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31 août 2013

Véronique

 

opéra,opérette,lyrique,musiquemessager,véroniqueVéronique est la première des trois opérettes qui vont faire l’objet des billets de rentrée. J’avoue humblement que, si je connaissais cet ouvrage, il ne m’avait pas particulièrement frappé : j’aimais bien certains passages comme « le duo de l’escarpolette » ou l’air de la lettre au 2ème acte, ou le duo du 3ème acte « Hélène et Véronique », mais sans plus. Et puis, cet été, allez savoir pourquoi, j’ai écouté attentivement toutes les opérettes autres que celles d’Offenbach que j’ai dans ma discothèque : et ce fut la « découverte ».

D’accord, d’accord, Véronique n’est pas une opérette mais un Opéra-comique (voir billet précédent) ; peu importe la classification. C’est un petit bijou d’élégance et d’harmonies délicates ; bon, le livret n’est pas génial, mais il est amusant. Et puis surtout, il y a les airs. J’avais oublié à quel point ils sont mélodieux et comme, à peine entendus, ils se gravent dans la mémoire à un point tel qu’on ne peut plus s’empêcher de les fredonner, encore et encore…

Certes, cet ouvrage n’a pas la beauté absolue et la profondeur de Fortunio, le chef-d’œuvre de Messager (œuvre que je ne manquerai pas de vous présenter, rassurez-vous) ; mais derrière la légèreté du livret et ses quelques invraisemblances, on distingue bien les réalités sociales et celles, aussi évidentes, du rapport homme-femme. Certes, l’œuvre date de 1898, or l’action se passe sous Louis-Philippe ; mais ces deux époques sont-elles si éloignées ? On a un peu l’impression d’assister à un match de boxe : on rend coup pour coup et c’est à celui ou à celle qui frappera le plus fort : Hélène, traitée de « petite dinde » par Florestan médite de lui faire payer cette insulte ; Agathe, abandonnée par le même Florestan, le raille cruellement lorsqu’il découvre la vérité ; Florestan quant à lui, séducteur vaguement bellâtre dupé par plus rusée que lui, ne peut supporter d’être un peu ridicule et doit se venger. Au fond, cela pourrait très mal finir ; mais nous sommes dans une comédie, donc, tout est bien qui finit bien.

Né en 1853, André Messager, considéré comme le plus raffiné et le plus « français » des compositeurs du début du 20ème siècle, fait de brillantes  études à l’école Niedermeyer sous la férule e Camille Saint-Saëns dont il est l’élève. A vingt-et-un ans, il obtient le poste d’organiste du chœur à Saint-Sulpice et en 1882, il est maître de chapelle à Sainte-Marie-des-Batignolles. Il fait ses débuts dans l’opérette en terminant une œuvre d’un jeune compositeur prématurément disparu –et que la postérité a hélas pour lui, oublié. Puis, en 1886, grâce à Camille Saint-Saëns, l’Opéra de Paris lui commande un ballet : Les Deux pigeons ; c’est un succès et Messager, encouragé, va alors composer pour l’Opéra-comique à qui il donne La Basoche en 1890, Madame Chrysanthème en 1893. En 1898, il remporte coup sur coup deux triomphes en présentant Les P’tites Michu et Véronique. La même année, il est nommé Directeur de la Musique à l’Opéra-comique.

Il va alors se consacrer à la diffusion d’œuvres françaises et étrangères. Il fut un artisan essentiel dans la création de Pelléas et Mélisande dont il dirigea la première et où il dut affronter les sarcasmes d’une partie du public, réfractaire à une musique si nouvelle ; il fut également un wagnérien de la première heure et fit connaître au public français les œuvres du maître du Bayreuth, surtout Le Crépuscule des dieux, L’Or du Rhin et Parsifal. Ami de Puccini, c’est lui qui conseilla au compositeur de renoncer à des livrets du genre Tosca pour en revenir aux tendres héroïnes comme Mimi. De 1901 à 1907, il dirige également l’orchestre du Covent Garden et en 1908, il devient codirecteur de l’Opéra de Paris. L’année 1907 voit la création à l’Opéra-comique de son chef-d’œuvre, Fortunio, adaptation du Chandelier, la pièce de Musset.

Après la guerre de 14-18, Messager revient à l’opérette avec L’Amour masqué en 1919, Monsieur Beaucaire en 1928, etc. Il meurt en 1929, à Paris.

Pour le grand public, Messager, c’est avant tout le compositeur de Véronique dont la première eut lieu le 10 décembre 1898, avec Jean Périer (le futur créateur de Pelléas en compagnie de Mary Garden dans le rôle de Mélisande) en Florestan. Hélène/Véronique était interprétée par Mariette Sully. D’emblée, on a considéré cet opéra-comique comme un des chefs d’œuvre de l’opéra léger français ; la postérité a ratifié ce jugement puisque Véronique n’a jamais cessé, depuis sa création, d’être ici ou là représentée…

ARGUMENT : Sous le règne de Louis-Philippe, à Paris.

Acte I – Une boutique de fleuriste « Au Temple de Flore ». Les patrons du magasin, Monsieur et Madame Coquenard sont anxieux : lui attend sa nomination comme Capitaine de la Garde Nationale et Agathe Coquenard attend impatiemment son amant, le vicomte Florestan de Valaincourt. Celui-ci, jeune coureur de jupons et panier percé, a compromis sa fortune à tel point que sa famille l’a mis devant l’alternative suivante : aller en prison pour dettes ou épouser la riche héritière Hélène de Solanges, qu’il ne connait pas. Entrent deux dames qui viennent acheter des fleurs ; elles ne sont autres qu’Hélène de Solanges et sa tante Ermerance de Champ d’Azur. Arrivent Florestan et son « garde du corps » Loustot, chargé de veiller à ce qu’il se présente bien le soir aux Tuileries pour faire la connaissance de sa promise. Hélène et Estelle se cachent afin de surprendre la conversation. Et ce qu’elles entendent est très édifiant : d’abord Florestan invite toute la compagnie à un déjeuner à la campagne afin de bien profiter de ses dernières heures de liberté ; ensuite, il  méprise sa future qui ne peut être qu’une provinciale « petite dinde » ; enfin, il est l’amant d’Agathe qui n’a pas l’intention de le lâcher aussi facilement, bien que lui, visiblement, commence à se lasser de cette liaison.

Tout le monde s’en va ; Hélène et Ermerance sortent de leur cachette. La première est furieuse (« Petite dinde, ah quel outrage ! »), d’autant plus que Florestan lui plait beaucoup, et jure de se venger, malgré les appels au calme d’Ermerance. Elles s’en vont alors qu’arrive un commissionnaire chargé d’apprendre à M. Coquenard que sa nomination est confirmée. Florestan affirme que le déjeuner champêtre permettra de fêter cette bonne nouvelle. Au moment où la compagnie va partir, entrent deux jeunes femmes qui se déclarent apprenties-fleuristes et affirment chercher une place. Il s’agit évidemment d’Hélène et Ermerance, déguisées respectivement en Véronique et Estelle. Le plan d’Hélène est simple : sous le déguisement de Véronique, tourner la tête à Florestan qui sera bien marri de découvrir le moment venu que cette jolie fleuriste n’est autre que sa future femme, la fameuse « petite dinde ». Séduit déjà par l’apparence de « Véronique », Florestan les invite à la fête et tout le monde s’en va à Romainville.

Acte II – Une auberge à Romainville.

Comme par hasard, c’est dans la même auberge que Séraphin, le valet d’Hélène et Ermerance, fête son mariage. Pendant que la noce déjeune de son côté, la compagnie de Florestan revient d’une promenade. « Véronique » n’a eu aucun mal à rendre Florestan, sous le charme de la jeune fille (duo de l’âne puis duo de l’escarpolette), fou d‘elle. De son côté, « Estelle » n’est pas insensible à la « prestance » de Coquenard. Tout le monde va déjeuner et les invités de la noce de Séraphin sortent de table pour danser ; Loustot demande, au nom des dames de la bande, la permission de se joindre à eux ; permission accordée et on danse joyeusement. Las ! Séraphin reconnait Hélène et Ermerance sous leur déguisement ; menacé d’être renvoyé s’il parle, il jure de se taire. Alors qu’on se prépare à partir, Florestan annonce qu’il a renvoyé toutes les voitures et qu’elles ne reviendront qu’à huit heures. Voilà « Véronique » et « Estelle » bien ennuyées : elles doivent être à dix heures aux Tuileries pour le bal ! A nouveau furieuse de ce tour que Florestan a joué à tout le monde (pour pouvoir continuer à « draguer » Véronique), Hélène imagine un stratagème : elle soudoie la femme de Séraphin et sa tante pour qu’elles échangent leurs habits et les laissent partir à leur place dans la seule voiture qui reste, celle de la mariée. Le tour réussit, et voilà « Véronique » et « Estelle » en route pour Paris en compagnie de Séraphin qui découvrira trop tard la supercherie.

Naturellement, le départ des deux femmes est vite découvert. Hélène a laissé une lettre pour Florestan dans laquelle elle dit que « Véronique » doit disparaître pour faire place à la fiancée. Florestan est désespéré et se promet, plus que jamais, de refuser ce mariage, fût-ce en acceptant d’aller en prison pour dettes. Devant son obstination, Loustot se voit contraint de l’arrêter et le conduire à la prison de Clichy.

Acte III – Un salon au palais des Tuileries.

C’est le soir du bal où doit avoir lieu la présentation de Florestan à sa fiancée, Hélène de Solanges. Seule dans le salon, Ermerance se souvient avec nostalgie de la promenade à Romainville et de Coquenard dont elle a dû, noblesse oblige, repousser les galantes avances. Arrive Hélène, surexcitée à l’idée de récupérer Florestan en tant qu’amoureux de Véronique et de lui donner une leçon en tant que fiancé dédaigneux (« ah ma tante… »). Les premiers invités arrivent et parmi eux, le couple Coquenard qui a trouvé en rentrant chez lui une invitation pour le bal des Tuileries. Evidemment, les quatre personnages ne peuvent manquer de se trouver nez à nez, à leur grande surprise. Explications, léger dépit d’Agathe qui digère mal d’avoir été abusée. Elle apprend à Hélène que Florestan ne viendra pas car il a préféré se faire enfermer à Clichy plutôt qu’épouser sa promise –tout ça bien sûr à cause de « Véronique ». Mais Loustot a décidé de lui donner une dernière chance : Florestan est dans une voiture devant le palais et a finalement accepté de rencontrer sa future. Hélène paye les dettes du jeune homme afin qu’il soit définitivement libre et supplie Loustot de ne pas révéler à Florestan que Véronique et Hélène ne sont qu’une seule et même personne. Puis, Ermerance et elle s’en vont.

Arrive Florestan, les naseaux fumants : comment, cette Hélène de Solanges a osé payer ses dettes ! De quoi se mêle-t-elle, celle-là ? La présentation va être vite faite : ce sera un « non » définitif ! Alors qu’il rumine sa colère, les Coquenard font leur apparition et Agathe n’a rien de plus pressé que de lui apprendre le tour que lui a joué Hélène de Solanges (« vrai, je m’en veux de rire, quand je devrais y compatir… »). Puis ils s’en vont et Hélène entre dans le salon : à la façon dont Florestan la salue, elle comprend tout de suite que la supercherie lui a été révélée. Elle essaie de lui parler mais il fait semblant de ne pas savoir à qui il s’adresse : Véronique ou Hélène (duo « qu’importe, rien n’est terminé, puisqu’Hélène, c’est Véronique ») ? Afin de bien marquer que rien n’est possible entre eux, il écrit une lettre à son oncle lui expliquant qu’il refuse la main d’Hélène. Puis il sort. Désespoir d’Hélène qui se traite de « petite dinde » et rentrée discrète de Florestan dont la lettre, en fait, contenait l’acceptation de ce mariage. Mais il fallait bien qu’il lui rende la monnaie de sa pièce…

Et ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

VIDEOS :

1 - Air d'entrée d'Hélène à l'acte I.

2 - Duo de l'escarpolette

3 - Air de la Lettre, acte II, Florestan

4 - Acte III - Air d'Ermerance et air d'Hélène

5 - Acte III - Air d'Agathe et Duo "Hélène et Véronique"

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

30 août 2013

Opéra, opérette, opéra-comique, opéra-bouffe...

Pour ce retour en fanfare, justement, pas de fanfare ; désertons le grand Opéra bien sérieux pour une série de trois œuvres, trois opérettes, qui feront l’objet de prochains « articles » (va pour ce nom.)

Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce genre un peu particulier, qui fait grincer les dents de certains trop sérieux, parce que, justement, par tradition, une opérette, « ce n’est pas sérieux » ; et puis, ce n’est pas de « la grande musique ». (Si quelqu’un peut me dire précisément ce qu’est « la grande musique », qu’il n’hésite surtout pas à parfaire ma culture.)

Puisque nous avons retrouvé l’ardeur de nos premiers billets lyriques, donnons dans l’érudition, sans modestie. Qu’est-ce que l’Opérette par rapport à l’Opéra, l’Opéra-Comique et l’Opéra-bouffe ?

Déjà, une première remarque  s’impose : le terme « Opérette » n’est qu’un diminutif de « Opéra », et signifie « petit Opéra léger ». Certes, l’Opérette se distingue de l’Opéra traditionnel par l’alternance de parties chantée et dialoguées. Mais cette caractéristique appartient également à l’Opéra-Comique –qui n’a d’ailleurs rien de comique soit dit en passant. Cet adjectif doit être pris dans le même sens que celui utilisé dans L’Illusion comique de Corneille (= illusion théâtrale) ou Le Roman comique de Scarron (= le roman des comédiens). « Comique » renvoie donc à la notion de théâtre, d’où Opéra-comique pour un ouvrage qui comporte des dialogues parlés.

L’Opéra-comique est censé être un genre noble ; l’Opérette, un genre mineur. Est-ce donc une simple question de légèreté et de sérieux qui ferait la différence entre les deux ? Je suis sûr de vous avoir déjà servi la boutade de Camille Saint-Saëns : «  L’Opérette est une fille de L’Opéra-Comique qui a mal tourné, mais qui est quand même charmante. » Si on s’en tient à cette définition certes amusante, mais un peu superficielle, alors oui, il semblerait que cette différence soit bien dans le degré de sérieux.

Et pourtant, l’Opérette est bien la digne et légitime héritière de l’Opéra-comique. Comme le dit David Rissin (1) « à regarder de plus près l’histoire de la famille lyrique (2), on s’aperçoit que ses avatars ne tiennent pas seulement aux caprices conjugués d’Euterpe et de Thalie, mais aussi à des raisons sociales, voire politiques. L’évolution des genres de l’Opéra, de l’Opéra-comique, de l’Opéra-bouffe, de l’Opérette, c’est surtout l’évolution des fonctions de représentation sociale que ces formes ont remplies. »

Le grand Opéra est aristocratique : il présente des sentiments nobles, des situations dignes de celles imaginées par Corneille ; il voue au passé un véritable culte : en un mot, il met en scène une Humanité supérieure, loin du vulgaire et du quotidien.

L’Opéra-comique, lui, au contraire, a une origine populaire et petite-bourgeoise. Apparu peu avant la Révolution, il ne s’adresse pas vraiment au même public que l’Opéra et n’a donc pas le même genre. Les sujets et sentiments ne sont plus héroïques mais plus humains, plus proches de la vie de tous les jours, bref, bourgeois. La machinerie théâtrale est également beaucoup moins complexe, car l’Opéra-Comique ne requiert plus de décors luxueux, des ballets, etc… Enfin, comme son nom l’indique, l’Opéra-comique est un mélange de musique et de comédie : le parler convient mieux que le chant à des dialogues familiers, proches du réel.

Vers le milieu du 19ème siècle, la bourgeoisie a pris le pouvoir et remplace l’ancienne aristocratie décimée par la Révolution. Ce n’est plus la naissance qui compte, mais la réussite matérielle, l’argent. Cette bourgeoisie veut adapter la Culture noble à ses propres valeurs. Elle va donc démocratiser l’Opéra et en même temps anoblir l’Opéra-comique. Finalement, les deux vont se confondre. « En 1875, Carmen n’a déjà plus rien du ton gentiment sentimental de l‘Opéra-comique traditionnel ; […] la formule familière et un peu simplette de l’alternance chanté/parlé apparaît comme un anachronisme et c’est pourquoi on a éprouvé le besoin, après la mort de Bizet, de remplacer les dialogues parlés de Carmen par des récitatifs chantés. L’ancien Opéra-comique a été absorbé par l’Opéra, mais le genre original n’a pas disparu, il a seulement changé de nom. » (3)

Certaines œuvres du genre s’appelleront « Opérettes », d’autres « Opéra-Bouffe » : ce dernier genre se distingue par son ton comique qui n’est pas celui de l’Opéra dit « comique » ; si l’Opéra-Bouffe est d’origine italienne, il a acquis en France ses lettres de noblesse avec Offenbach, dont la plupart des œuvres sont bien autre chose que des Opérettes au sens diminutif du terme. D’autres œuvres, quel que soit le genre indiqué par le compositeur ou donné par le public, sont bel et bien dans la tradition de l’Opéra-comique, comme les ouvrages de Chabrier ou de Messager. Ce dernier, comme Offenbach, a souvent varié la désignation du genre de ses œuvres : c’est sans doute dû au style du théâtre auquel elles étaient destinées. Ainsi, Véronique, dont je parlerai plus tard, est désignée comme « Opéra-comique » par Messager, alors que nous avons tendance à la considérer comme une « Opérette ».

Ces questions de terminologie reflètent en fait une réalité plus générale et notamment une réalité sociale. Certains compositeurs choisissent des sujets plus « distingués » que ceux traités par l’Opérette ; d’autres, au contraire, comme Messager, composent des œuvres qui perpétuent une fonction sociale : offrir un miroir idéalisé à la bourgeoisie (et surtout à la petite bourgeoisie) grâce à ce que David Rissin appelle « la mythologie du brassage des classes sociales. »

Il prend Messager comme exemple : toutes ses œuvres comportent ce mélange des classes sociales : Dans Véronique, deux aristocrates se font passer pour de simples fleuristes alors qu’un vrai fleuriste se fait admettre aux Tuileries. Dans Monsieur Beaucaire, un barbier se fait passer pour un duc et la Lady amoureuse de lui finit par admettre, une fois la supercherie découverte, qu’elle aime un roturier qui se révèlera à la fin être le Duc Philippe d’Orléans, frère du roi Louis XVI !

« Ce mythe –un psychanalyste dirait avec plus de précisions ce fantasme- de réalisation imaginaire d’un renversement ou d’un nivellement des rapports sociaux est omniprésent non seulement chez Messager mais chez Lecoq, Planquette, Offenbach… […] De nos jours il n’a rien perdu de son pouvoir, à en juger par le succès de la littérature journalistique où il est démontré que la Reine d’Angleterre ou le Prince de Monaco ont au fond les mêmes soucis domestiques et sentimentaux que vous et moi tout en les vivant d’une manière qui nous parait plus romanesque et excitante. » (3)

Mais des compositeurs tels que Gounod, Bizet ou Massenet, soit les grands auteurs d’Opéra-comique, négligeront volontairement ce thème du brassage social. Lorsqu’il interviendra, ce sera avec une signification  totalement opposée à celle d’un beau rêve : Dans Mireille, par exemple, la différence sociale est vue comme un obstacle rédhibitoire : l’amour est impossible et conduit à la mort.

C’est donc bien une fonction cathartique qu’a, à partir d’un moment donné, revêtu l’œuvre lyrique dite « légère ». C’est peut-être pour cela que l’Opérette ne peut pas mourir…

(1) – Livret de présentation des œuvres de Messager, coffret vinyle  comportant La Basoche, Les Pt’ites Michu, Véronique, Fortunio, Monsieur Beaucaire.

(2) – En France. En Italie ou en Allemagne, ce fut différent.

(3) – David Rissin.

 

 

29 août 2013

Résurrection (si on peut dire)

Voilà plus de six mois que Porky le cochon avait disparu de la blogosphère, malgré quelques petites incursions de temps en temps, histoire de faire semblant de n’avoir pas oublié son blog.

Manque de temps ? Certes. Mais cette seule explication ne serait qu’un prétexte. Il est vrai que je n’ai pas vu passer les semaines et les mois, tant les obligations professionnelles m’ont occupé l’esprit et les mains. Cela dit, du temps, j’aurais toujours pu en trouver si je l’avais voulu.

En fait, ce qui m’est arrivé n’a rien de sensationnel et je crois que beaucoup de blogueurs sont un jour ou l’autre confrontés à ce problème : la lassitude, ou plus exactement, l’absence de motivation pour rédiger des billets. J’avais l’impression de ne plus avoir rien à dire, à raconter, à expliquer. L’idée même de devoir écrire un article devenait une corvée. Quand on en arrive à ce stade, le mieux est d’arrêter.

Pour changer, j’aurais pu, comme beaucoup, commenter l’actualité, m’indigner de tel ou tel scandale… J’avoue que cela ne m’intéresse pas. Je laisse cela à d’autres blogueurs beaucoup mieux qualifiés que moi et dont les convictions sont certainement moins chancelantes que les miennes.

Alors, j’allais arrêter définitivement ? A vrai dire, telle n’était pas mon intention. D’abord pour une raison très prosaïque : ayant déjà édité deux romans, un troisième se profilant à l’horizon, il me fallait conserver une plate-forme où faire ma pub (oui, je sais, c’est d’un odieux matérialisme –mais il m’arrive quelquefois d’avoir la tête sur les épaules) ; ensuite, parce que je savais que je n’avais pas épuisé, loin de là, la liste des chefs-d’œuvre lyriques à vous présenter. Ce n’était donc qu’un retrait momentané, destiné à prendre de la distance et à me sevrer d’une overdose.

J’ai donc volontairement oublié ce qui depuis 2007 avait été pour moi d’abord un plaisir, puis s’était peu à peu transformé en une obligation. Et cette prise de distance a été salutaire. Elle ne m’a pas permis de « réfléchir » sur l’avenir de mon blog –quelle « réflexion » pourrait-il bien y avoir à ce sujet ?- mais de faire le vide et de penser à autre chose.

Et puis, ce mois d’août tranquille et reposant a vu revenir l’envie de tenir à nouveau ce blog. Ne me demandez pas pourquoi, comment, cette envie a fait sa réapparition, je n’en sais rien. Mais me voilà de retour, et cette fois, je l’espère pour de bon.

Alléluia !!!