10.05.2008

Les Olympiens : 5

HERMES

Vous direz ce que vous voudrez, mais personnellement, c’est le dieu que je préfère. D’abord parce qu’il préside à mon signe astrologique sous le nom romain de Mercure et ensuite parce que ce petit rigolo toujours prêt à se livrer à mille facéties –souvent douteuses- me parait éminemment sympathique dans son rôle de patron des emmerdeurs.

Hermès (qui devrait réclamer des droits financiers pour l’utilisation de son patronyme à une certaine marque célébrissime) est le fils de Zeus et de Maia, la plus jeune des Pléiades. Il naît en Arcadie, dans une grotte et il est, comme tout nouveau-né, entouré de bandelettes ainsi que l’exige la coutume. Mais à force de remuer (il n’aime pas être prisonnier de quoi que ce soit et ça, je le comprends tout à fait), Hermès parvient à se délier et gagne la Thessalie où il rejoint son frère Apollon qui gardait des troupeaux. Profitant d’un moment d’inattention d’Apollon, Hermès lui vole douze vaches, cent génisses et un taureau. Il emmène tout le troupeau en Messénie, à Pylos, après avoir attaché une branche à la queue des animaux pour effacer toutes les traces de leur marche. (Vous comprenez maintenant de qui je tiens ma fabuleuse intelligence…)

A Pylos, Hermès, pas gêné du tout, sacrifie deux des génisses et en fait douze parts, une pour chacune des douze divinités. Puis il dissimule son butin et retourne se coucher dans sa grotte natale. Mais en y entrant, il découvre une tortue : il la vide et tend sur la cavité des cordes fabriquées avec les intestins des victimes sacrifiées. Ainsi est inventée la lyre.

Pendant ce temps, Apollon, furieux, cherche partout son bien et son art divinatoire lui permet de découvrir toute l’affaire. Il se rend auprès de Maia et se plaint vertement à elle du comportement de son jeune frère. Mais Maia lui montre l’enfant, tranquillement enveloppé dans ses langes et arborant  un air de parfaite innocence. Apollon doit alors avoir recours à Zeus qui ordonne à Hermès de rendre ce qu’il a volé. Mais dans la grotte, Apollon a vu la lyre : il l’échange contre le troupeau.

Hermès inventa aussi le syrinx (flûte de Pan) et vendit son invention à Apollon contre une houlette d’or. De plus, il demanda à son frère de lui enseigner l’art divinatoire.

Hermès est le messager des dieux : il a des sandales ailées qui le transportent dans les airs. Il est également chargé d’accompagner aux Enfers les âmes des morts. C’est aussi le compagnon et le guide des voyageurs. Il protège les bergers mais il est surtout célèbre pour ses ruses.

Aimant les voyages et sachant s’approprier le bien d’autrui, il ne pouvait manquer d’être le dieu des voleurs et du commerce… Est-ce pour cela que ladite marque a choisi son nom ? Je l'ignore...

 

 

 

 

09.05.2008

Petits arrangements entre amis

PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS 

 

Connaissez-vous la dernière invention (qui risque de faire fureur dans les années à venir) de certains parents d’élèves et médecins d'une certaine banlieue lyonnaise ? Ces deux catégories conjointes (parvenus friqués + médecins-serpillères complaisants) ont trouvé un moyen infaillible d’entuber bien profond l’Education Nationale : Le Certificat médical pour maladie soudaine de deux ou trois heures. (Le nombre d’heures dépendant effectivement du degré de gravité du mal ou du choix du patient client –parce qu’évidemment, ça se paye.)

Anecdote (sous forme de conseil aux ados) : Vous êtes un élève de première. Vous avez un exposé à faire un matin pendant le cours de 8 h à 10 h mais vous n’avez pas envie de vous taper une sale note parce que :

1)      Préparer cet exposé est très chiant et vous avez autre chose à faire, de plus important (foot, tennis, etc…)

2)      Vous ne savez pas faire et vous n’avez aucune idée de ce que vous pouvez bien dire sur le sujet.

3)      Vous avez beau eu vous connecter sur Internet, vous n’avez pas trouvé d’exposé pré-mâché.

Une seule solution pour éviter la cata : ne pas aller en cours, prétextant que vous n’êtes vraiment pas dans votre assiette. Jusque là, rien d’anormal.

Problème : le règlement intérieur de votre établissement prévoit qu’une absence non justifiée par un certificat médical à un devoir (et hélas, un exposé = devoir) est sanctionnée par un zéro. Donc, il faut ruser.

Qu’à cela ne tienne : vous expliquez votre cas à papa – maman (en leur mentant ou non sur le motif de votre soudain malaise, à vous de voir) ; comme on vous aime à la folie et qu’on ne tient surtout pas à ce qu’un zéro vienne entacher votre moyenne et vous empêche –sait-on jamais- de briguer une classe prépa qui ne demande qu’à vous recevoir les bras ouverts, on vous expédie chez X… médecin le plus proche, ami de la famille ou nouvellement débarqué dans le coin et qui a besoin de se constituer une clientèle fidèle.

Par chance pour vous, vous avez affaire à une personne compréhensive : « Oui, mon petit, vraiment, vous n’avez pas l’air bien, c’est évident. Votre établissement et vos profs sont d’une cruauté inouïe à votre égard. Pour vous consoler de vos peines, je vais vous faire un certificat médical pour deux heures. Ca fera 50 euros. »

Nanti du précieux papier, vous arrivez donc tranquillement à votre lycée vers 10 heures ; votre maladie matinale est tout à coup guérie, et vous brandissez le certificat sous le nez de votre professeur : vous êtes couvert, vous n’aurez pas zéro et vous n’aurez pas fait cet exposé chiant et débile qui risquait de vous donner vraiment mal à la tête. Triomphe absolu. Vous les avez eus, ces cons.

L’anecdote pourrait s’arrêter là.

Mais imaginons que ledit prof ne soit pas dupe, l’administration de l’établissement non plus, et qu’ils décident (les salauds !) de ne pas accepter cette excuse : le certificat part à l’Ordre des Médecins avec une lettre explicative détaillée, et on vous colle quand même un zéro.

La tuile ! Mais c’est qu’ils se révoltent, ces esclaves ? Non mais, attendez, ça ne va pas se passer comme ça. Heureusement pour vous, Superman est là, de même que Wonderwoman. Votre père, chef d’entreprise ou quelque chose comme ça, habitué à tout voir plier devant lui, y compris les balustrades en fer forgé, est mis hors de lui par cette intolérable résistance. Il téléphone à l’établissement, engueule les secrétaires, inonde la Direction de récriminations et menaces diverses ; pendant ce temps, votre mère pond une lettre contenant toute l’indignation du monde : quel est donc ce prof qui ne croit pas aux certificats médicaux ? Pour qui se prend-il ? Vos parents font front, ils se déchaînent pour vous tirer de ce mauvais pas. Votre père alerte l’Inspection Académique, le Rectorat. Pour un peu, il écrirait à Sarko et même à Dieu le Père si sa « connasse de secrétaire » était seulement capable de trouver son adresse.

Vous accuser de mensonge ! Accuser votre médecin de complaisance à votre égard ! C’est intolérable, tout simplement. Dieu merci, le Rectorat a pris conscience de l’infâme complot monté contre vous : on téléphone à l’Etablissement, on dit à la Direction de se calmer : pourquoi faire tout ce bruit pour quelque chose de si anodin ? Il faut laisser tomber cette affaire qui n’a aucun intérêt et surtout ne pas faire de vagues : ça pourrait gâcher les garden-parties du Recteur. (A défaut de l’intéresser.)

Que déduire de cette anecdote presque imaginaire ?

1)      Que certains parents apprennent avec une admirable constance à leurs chérubins la lâcheté, la malhonnêteté et qu’ils en font de merveilleux prédateurs dans un monde bâti pour eux.

2)      Que certains médecins, pour des raisons qui ne regardent que leur conscience, n’hésitent pas à gratter ces tristes parvenus là où ça les démange, quitte à oublier le serment d’Hypocrate et la plus petite notion de déontologie.

3)      Que les hautes instances de l’Education Nationale se fichent notoirement de ce qui devrait pourtant être la base de cette institution : l’apprentissage de l’honnêteté et de la droiture.

Il ne faut pas faire de vague : ce serait politiquement incorrect.

Vous vous souvenez de la chanson de Guy Béart : La Vérité  ? (1968) Prémonitoire, à coup sûr. Et tellement d’actualité dans une société où l’hypocrisie atteint son zénith…

 

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu'il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l'Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d'hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s'évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent "juste" à l'heure.
L'inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C'est plus juste en somme
D'abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

 

Guy Béart

 

08.05.2008

Zaza Blondina et Monsieur de Lavallière

ZAZA BLONDINA ET MONSIEUR DE LAVALLIERE  :

GAFFES ET BEVUES (suite)

Le portrait de ces deux éminents membres de la Salle des Urnes funéraires n’eût pas été complet si nous n’avions pas raconté non pas leurs dernières frasques (en ce moment, ils se tiennent tranquilles mais pour combien de temps ?) mais quelques-unes de leurs précédentes boulettes.

La courtoisie et la bonne éducation (si chères à Zaza Blondina) exigent que l’on commence par les dames : voici donc la première anecdote, celle dont la Blonde Sublime a été l’héroïne.

18 H : la journée est finie : Zaza Blondina, sac en bandoulière et cartable dans la main, se dirige d’un pas primesautier vers l’arrêt du bus situé en face de l’établissement. Elle est toute contente parce que son dernier cours s’est particulièrement bien passé et elle a l’impression d’être une prof géniale. Elle n’ose pas chantonner parce qu’il y a pléthore d’élèves autour d’elle, mais elle adresse à la ronde une généreuse série de sourires radieux.

Et justement, non loin d’elle, un jeune homme lui rend son sourire. Visiblement, il la connaît. Elle aussi le connaît, elle l’a vu quelque part, c’est certain. Elle s’approche de lui, aimable et pimpante. « Oh, bonjour, dit-elle, vous ne seriez pas le serveur du restaurant chinois de la place XYZ ? Ca fait longtemps que je ne vous ai pas vu. »

Le sourire du jeune homme se fige et disparaît. Son visage prend une expression particulièrement réprobatrice. « Non, répondit-il. Je suis un de vos étudiants et vous venez de me faire cours pendant deux heures. »

Zaza Blondina, foudroyée, se tait.

L’étudiant ne lui adressera plus la parole de l’année.

 

Deuxième anecdote : cette fois, c’est Monsieur de Lavallière, notre arbitre des élégances, qui en est le héros malgré lui.

Alors qu’il traverse inconsidérément le centre commercial de la Part-Dieu, Monsieur de Lavallière s’entend héler par une voix féminine. Il s’arrête, regarde autour de lui. Une jeune fille lui fait de grands signes et s’approche de lui, souriante. Seigneur, c’est une de ses étudiantes. Mais laquelle ? Et à quelle promotion appartient-elle ?

La jeune fille bavarde, très à l’aise, pendant qu’il essaie désespérément de se souvenir d’elle. Elle lui apprend qu’elle fait un stage dans le centre commercial.

Monsieur de Lavallière (voyant là l’occasion d’arriver à cerner l’époque où il essayait de lui enseigner les rudiments de la synthèse de documents) : Un stage ? Mais vous n’avez toujours pas trouvé de travail ?

L’étudiante (surprise par l’incongruité de cette question) : Non, je fais simplement mon stage normal.

Monsieur de Lavallière (guère plus avancé)  : Ah, d’accord ! Mais dites-moi, je vous ai eue comme étudiante en quelle année ?

L’étudiante (abasourdie) : Mais vous m’avez cette année ! Je suis dans votre classe de BTS !

Monsieur de Lavallière (effondré, à part) : Nom de Dieu, comment je vais me tirer de cette merde ? (A voix haute, radieux et faux cul comme cela ne devrait pas être permis de l’être) : Ah oui, mais bien sûr ! Vous avez changé de coiffure, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi je ne vous reconnaissais pas.

L’étudiante (rassérénée) : Oui, en effet, je me suis fait couper les cheveux.

Monsieur de Lavallière (soulagé) : Je me disais aussi… Vous savez qu’elle vous va très bien, cette coiffure ? Vraiment.

L’étudiante (ravie) : Oh merci, c’est gentil. A bientôt.

Et elle s’en va, laissant Monsieur de Lavallière au bord de la déroute, en sueur, et se disant qu’il l’a échappé belle. Vivent les coiffeurs !