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29.02.2008
Les aventures du Prince Lexomil : X
Episode 10
Les déboires du Prince Lexomil
Les Stressés n’étaient certes pas du style à s’arrêter pour consoler un mendiant pleurnicheur. Aussi Lexomil attendit-il donc longtemps avant que quelqu’un daignât s’intéresser à lui. Et encore, ce n’était pas dans le but de connaître la raison de ses larmes qu’un agent de police vint lui intimer l’ordre de dégager parce que sa disgracieuse personne nuisait à l’esthétisme de la place. Lexomil dut prendre son sac à dos et replonger à nouveau dans la mêlée.
Il avait finalement décidé de s’en remettre au hasard. Puisqu’il était impossible de se repérer dans cette ville délirante, autant laisser ses pas le conduire là où ils voulaient. La circulation était moins dense et les trottoirs n’étant plus encombrés par une foule de zinzins bons à enfermer, la promenade devenait plus agréable.
Parvenu à un carrefour, le Prince s’arrêta. De l’autre côté de la rue, se tenait une vieille dame qui semblait relativement fraîche par rapport à ceux qui déambulaient encore sur le boulevard. Il traversa et la salua poliment. « Je n’ai aucun anti-dépresseur sur moi, dit la vieille. Et ce n’est pas la peine de me menacer, j’ai de quoi me défendre », et elle sortit de sa poche un révolver qu’elle pointa sur notre héros, lequel fit un bond de six mètres en arrière. « Mais je ne veux pas vous attaquer ! » protesta-t-il. « Vraiment ? fit la vieille, dubitative. J’en ai vu des moins pires que toi prêts à n’importe quoi pour avoir ne serait-ce qu’un somnifère. » « J’ai ce qu’il me faut sur ce plan-là », assura le Prince Lexomil. « Excellent, répartit la vieille. Tu vas donc lever les mains et me laisser fouiller ton sac, j’ai justement besoin de regarnir mon porte-anti-dépresseurs. » « Mais vous êtes une voleuse ! s’écria le Prince Lexomil en obéissant malgré lui. Une vile et infâme rançonneuse ! C’est un hold-up ! » « Absolument, confirma-t-elle. Plus haut les mains, j’ai dit. » « Et même, vous êtes malhonnête », ajouta Lexomil, outré.
Et c’est ainsi que Lexomil, après avoir failli mourir étouffé et écrasé, se fit proprement écumer par une perfide et cupide représentante du troisième âge de Stress. « Vous avez quand même du culot », dit le Prince alors que la vieille mettait dans son sac ce qu’elle venait de retirer de celui de Lexomil. « Il en faut si l’on veut survivre. Que puis-je pour toi, maintenant ? » « Je voudrais aller à Déprime-Sur-Boulot, grommela Lexomil. Mais je ne sais pas quel chemin prendre. » « Tout droit. C’est la direction de Coup Bas des Collègues. Cela dit, pourquoi veux-tu aller dans cette ville ? Elle est ignoble. » « Parce que là-bas, m’attend ma bien-aimée, Damoiselle Citalopram-Biogaran », répondit Lexomil dont les yeux se mirent soudain à briller. « Drôle de nom, commenta la vieille. Et drôle d’habillement pour aller retrouver sa bien-aimée. D’ailleurs, ta tête me dit quelque chose. » « Oh, ça m’étonnerait, s’exclama Lexomil, redoutant qu’elle découvrît sa véritable identité. Je suis un parfait inconnu anonyme. Vous pourriez peut-être me rendre quelques anti-dépresseurs ? demanda-t-il en essayant de minauder. Juste de quoi me payer à manger. » « Et puis quoi encore ? dit la vieille. Je ne vais pas abandonner ce que j’ai si honnêtement gagné. Débrouille-toi pour faire comme moi. » « Vous me mettez dans une terrible situation, plaida encore Lexomil et vous m’obligez à faire quelque chose que je déteste. Mais puisqu’il le faut… » Il leva le genou et l’envoya dans l’estomac de la vieille qui soudain se plia en deux en émettant de disgracieux borborygmes. « Vraiment, je suis désolé, dit Lexomil en lui arrachant son sac. Mais vous ne m’avez pas laissé le choix. » Et il partit en courant, tandis que l’ancêtre essayait de retrouver une respiration qui avait une fâcheuse tendance à la fuir.
« Voilà où vous m’avez réduit parents indignes, songeait Lexomil pendant qu’il courait à grandes enjambées. Attaquer les vieilles à révolver. C’st indigne de moi. » Lorsqu’il s’estima suffisamment loin du lieu de son larcin, il ouvrit le sac, en retira tous les anti-dépresseurs, les glissa dans sa poche puis posa l’objet du délit bien en évidence sur un banc. « Comme ça, si elle passe par ici tout à l’heure, elle le retrouvera », se dit-il. Mais à peine avait-il le dos tourné qu’un stressé monté sur roulettes s’en saisit et s’enfuit.
« Tout droit », avait dit la vieille. Lexomil suivait donc cet interminable boulevard et se retrouva bientôt dans les faubourgs de la ville, à la croisée de quatre routes. Laquelle prendre ? Laquelle menait à Coup Bas des Collègues ? Trois hommes se dirigeaient lentement vers lui. Ils avaient tous trois une sorte de cartable en bandoulière et leur démarche ne semblait pas des plus assurées. Néanmoins, Lexomil s’adressa à eux. « Bonjour Messieurs, dit-il poliment. Avez-vous un révolver dans vos poches ? » « Nenni, fit l’un d’eux. Mais nous avons des copies. En voulez-vous ? » « Grand merci, fit Lexomil, mais je ne vois pas ce que je pourrais en faire. » « C’est pourtant simple, dit le deuxième. Les corriger à notre place. » « Je ne suis point formé à ce genre de travail, répliqua Lexomil. Et puisque vous n’avez aucune arme sur vous, pouvez-vous me renseigner ? » « A quel sujet ? » demanda le troisième. « Je voudrais aller à Coup Dur des Collègues. Quel chemin dois-je prendre ? Cestui-ci ou cestui-là ? » « Aucun, répondit le premier. Cet endroit de dégénérés chroniques n’est pas pour vous. Venez plutôt avec nous, nous allons sur Alcool. Nous sommes des Alcoolisés. » « Oh, vous n’êtes point Stressés ? » s’enquit Lexomil, très mondain. « Je l’étais il y a quelques années, fit le second. Mais j’ai déménagé à Alcool. Bien meilleure ville, soit dit entre nous. La plus joyeuse de tout le pays de Déprime. » « Je serais heureux de vous accompagner, mais Damoiselle Citalopram-Biogaran m’attend à Déprime-Sur-Boulot. » « Eh, dit le troisième, elle vous attendra encore un peu. Aussi bien, avec un nom pareil, elle ne risque pas de trouver un autre prétendant. » « Je vous défends de parler d’elle de cette façon », dit Lexomil, vexé. Le second s’inclina fort élégamment devant lui. « Mon compagnon a une fâcheuse manie dont il ne faut pas lui tenir rigueur : il dit tout ce qu’il ne faut pas dire. C’est une maladie incurable, hélas. Excusez-le. » « Je veux bien, dit Lexomil, magnanime. Mais je ne veux point vous accompagner à Alcool. » « Vous avez tort, rétorqua le troisième. Il y a toujours là-bas quelque chose à fêter. Tenez, nous boirons à la santé de votre Damoiselle. » « Ne pourrions-nous pas boire à sa santé ici ? » argua Lexomil. « Dans cette cité pourrie ? Vous plaisantez ! Venez. Alcool n’est qu’à vingt kilomètres et j’ai ma voiture. Nous y serons en un quart d’heure. Et puis après, on vous emmène à Coup Bas. » « Comme ça, d’accord », dit Lexomil. Et il suivit les trois compères, totalement ignorant du guêpier dans lequel il venait de se fourrer.
(A suvre)
07:00 Publié dans Conte du pays de Déprime | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, conte, humour, satire, caricature, pastiche
28.02.2008
A propos de not2be
Je ne vais pas sur ce blog continuer la polémique autour de ce site qui, comme tout ce qui relève du phénomène de mode, va créer beaucoup de remous, faire couler beaucoup d’encre et de salive, pour retomber ensuite comme un soufflé trop cuit. L’idée de faire noter les profs par les élèves est dans l’air du temps, et comme chacun sait, l’air du temps ne dure, comme nous l’affirme Malherbe à propos de Rosette, que « l’espace d’un matin. »
Passons aussi sur le fait que ce site ne risque pas de responsabiliser les élèves dans la mesure où la notation, les avis, etc. sont anonymes. Qu’on note les profs, soit ; mais qu’on ait le courage d’assumer son opinion et son vote. Mais comment assumer pleinement cela à 15 ou 17 ans ? Difficile, on est bien d’accord. Donc, ce site n’est qu’une tartufferie de plus, d’une remarquable démagogie et je crains bien que le maître mot de l’histoire ne soit, une fois de plus, ce vocable magnifique : fric. (Encore que je ne vois pas bien ce que les auteurs peuvent financièrement tirer de ça. Ce qui laisserait supposer que leur explication « la simple réalisation d’un rêve d’enfant » pourrait être exacte. Non, c’est encore plus démoralisant que l’explication précédente dans la mesure où ça donne le vertige sur leurs ambitions enfantines. Laissons tomber.)
Ce qui est très intéressant, ce n’est pas de regarder la note de telle ou telle personne (les critères sont inconnus et le nombre de votants tellement ridicule qu’il est inutile de se prendre la tête pour ça), mais de lire les messages que s’adressent les participants au forum. Là, c’est grandiose, et édifiant. Personnellement, ça m’a terrifié. Pourquoi ?
Laissons de côté les fautes de langue et d’orthographe qui rendent parfois la lecture extrêmement difficile. Taper sur un clavier peut se révéler redoutable à ce niveau-là, j’en sais quelque chose. Non, ce qui m’a fait très peur, c’est d’avoir sous les yeux la preuve évidente qu’une grande partie de la jeune génération non seulement méprise mais surtout –et le mot n’est pas trop fort- déteste ceux qui représentent la possession du savoir, quel qu’il soit, et sa transmission. Quand une société met à son ban ceux qui, justement, sont là pour lui permettre d’évoluer, il y a de grandes inquiétudes à avoir pour sa survie, ou plus simplement, pour la survie de sa liberté. Dois-je rappeler ici que tous les régimes tyranniques ont commencé par cette tâche fondamentale : discréditer ceux qui peuvent nuire à leur établissement ? Il faut être ou stupide, ou lâche, ou aveugle pour oser prétendre que nous vivons encore en démocratie.
Plus inquiétante encore est cette propension à la généralisation de cas particuliers, comme si tout à coup, l’Education Nationale était le repaire d’incapables et de fainéants dont la seule préoccupation est de martyriser des innocents incompris. Tous les profs sont nuls, ils ne foutent rien et ont trop de vacances. (Je résume l’opinion publique.) A croire qu’il n’y a aucun glandeur dans le secteur privé des entreprises. Désolé, mais c’est un milieu que j’ai suffisamment fréquenté, l’entreprise, avant de devenir prof, et je peux affirmer qu’il y a là-dedans autant de fainéasses qu’ailleurs. Seulement les entreprises, elles font du fric, elles rapportent ; et puis, c’est là-dedans que travaille la majorité de la population… Ne tapons donc pas trop sur elles, ça pourrait nous retomber sur le nez. Mais que rapporte un prof ? Rien, sur le plan financier. Alors…
Ne nous trompons donc pas de cible : ce ne sont pas les élèves, les responsables ; ce ne sont pas leurs parents. (Encore que. L’aveuglement est excusable chez les enfants et les ados. Pas chez les adultes.) Ces idées que l’on distille dans la population, elles viennent d’en haut, de ceux à qui l’Education Nationale, pour la plupart, a permis d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. On ne leur en demandait pas une reconnaissance éternelle ; ne soyons pas naïfs. Peut-être simplement une neutralité bienveillante. Mais –attention, cliché !- si le pouvoir corrompt, il rend aussi ingrat, tout le monde le sait. A ce point-là, cependant, ça confine à l’œuvre d’art. Qu’attendre du nabot excité ? Qu’attendre de la folle de Chaillot ? Rien. Strictement rien. Sinon le dernier coup de pioche à cet édifice en ruines.
Regardons couler le navire ; tout le monde a bien participé au torpillage. Et sauve qui peut, n’est-ce pas ?...
11:20 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, société, politique, sarkozy, ps
Zaza Blondina
ZAZA BLONDINA
Dieu merci, dans ce bestiaire désenchanté, il reste encore quelques spécimens certes hauts en couleur mais dont on prend plaisir à parler et à faire le portrait. Zaza Blondina est de ceux-ci.
Résumons-nous : qui, depuis l’ouverture de cette galerie, n’avons-nous pas assassiné ? Régina, Etna, Esthética Strombolia, Madame de L’Hôpital, Sangria Natiskaïa, Sauce Blanche, Enigmatica, Gontranix, Agénor, Sigismond Bétéhesse et Carmen. (Enfin pas trop.) 11 sur 52 : ça fait pas beaucoup, il faut bien le dire. Et, fait très bizarre, ils appartiennent tous à la même bande… A part Agénor qui nous snobe mais qu’on finira bien par avoir. (Chantage genre : je vais dans ton syndicat si tu viens lichetroner avec nous, vous voyez le topo ?...)
Zaza Blondina n’en fait pas directement partie, de cette équipe de foutraques. Cependant, lorsqu’il y a un coup foireux à monter, elle répond toujours présent. Et puis dites, quelle descente ! Pire que celle de Carmen, c’est tout dire…
Lorsque Zaza Blondina pénètre dans la salle des Urnes Funéraires, c’est un peu de soleil qui arrive. Elle est de bonne humeur, plaisante pour un rien et ferait se tordre de rire un mélancolique lorsqu’elle commence à vous raconter ses histoires de cours ou de famille.
Elle est toujours coiffée d’un impeccable chignon ; (les cheveux longs et libres lui vont mieux, à mon humble avis, je le lui ai dit mais elle m’a répondu que je n’avais aucune notion d’esthétisme). Une écharpe multicolore et taillée dans un tissu brillant est nonchalamment jetée sur ses épaules ; c’est parfois un châle ou parfois un simple foulard en mousseline blanche. Son manteau noir couvre une tenue souvent sombre, car si Zaza Blondina aime les couleurs, elle évite de porter des vêtements trop voyants. Elle trimballe à bout de bras un énorme cartable dont vous vous demandez bien quel peut être le contenu, vu son poids et son ampleur et un tout petit sac à main genre réticule dans lequel elle arrive pourtant à perdre ses affaires. Qui n’a pas vu Zaza Blondina chercher ses lunettes alors qu’elle les a sur le nez n’a rien vu.
Zaza Blondina est une bonne vivante ; une vraie. Elle adore bien manger, bien boire, danser comme une folle avec son mari au cours de soirées complètement délirantes. C’est la grande amie d’Isabeau de Bondière, déesse numéro deux après Nibarella dans le panthéon de Sigismond Bétéhesse. Elles ne se quittent pas d’une semelle, se livrent à de mystérieux conciliabules (« pcht, pcht, pcht… ») et ont déjà prévu de marier ensemble leurs gamins.
Et puis, Zaza Blondina est une remarquable faiseuse de gaffes, surtout en cours, quand elle ne réalise pas ce qu’elle dit. Exemple : on lui demande la signification du mot « lustré » contenu dans un texte. Zaza Blondina fournit volontiers l’explication puis emportée par sa fièvre pédagogique veut l’assortir d’un exemple concret. Et ça donne « Parce que je la caresse tous les jours, ma chatte a le poil lustré… » Je vous laisse imaginer la tête des élèves…[1] Et celle de leur prof, qui souhaite soudain que la terre s’ouvre et l’engloutisse à jamais…
N’empêche, heureusement qu’elle est là, Zaza Blondina, pour mettre elle aussi un peu d’ambiance. Son humour souvent percutant et son sens de la dérision contrebalancent, Dieu merci, la médiocrité des conversations qui ont lieu à l’autre bout de la salle. Dans le coin des Mamies chères à Pirmprenelle…
PS : Ne manquez pas les nouvelles photos du bestiaire...
[1] Je me moque, mais au fond, je ne fais guère mieux. Quelques petites anecdotes vont suivre…
07:00 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour, portrait, satire, caricature
27.02.2008
Qui veut gagner des lardons n° 9
QUI VEUT GAGNER DES LARDONS ?
N° 9
Chers amis de la porcherie, bonjour. Astrocochon, le magazine qu’on lit sans polochon, vous offre une fois encore son jeu douteux destiné à bien vider votre cerveau déjà peu encombré. Il parait que les questions de la semaine dernière étaient trop faciles. (Décidément, les lecteurs, vous commencez à devenir pénibles ! J’m’en vais vous flanquer huit jours sous une benne, moi, vous allez voir après si vous allez vous plaindre !) Donc, cette semaine, nous allons monter d’un cran la difficulté. Accrochez-vous aux poignées et aux barres…
QUESTION 1 - CINEMA
Quel est le cinéaste qui a porté à l’écran le roman de Mauriac Thérèse Desqueyroux ?
A – Claude Autant-Lara
B – Jean-Pierre Melville
C – Georges Franju
D – Robert Bresson
QUESTION 2 - LITTERATURE
De quelle œuvre littéraire est tirée le film Les dames du bois de Boulogne avec Maria Casarès dans le rôle principal ?
A – Les femmes savantes de Molière
B – Jacques le Fataliste de Diderot
C – La fille aux yeux d’or de Balzac
D – La parure de Maupassant
QUESTION 3 – POLITIQUE
Quelle femme politique a prononcé ces paroles devenues célèbres : « Je vais leur montrer que moi aussi j’en ai, à ces glands ! »
A – Marie-Antoinette
B - Margaret Thatcher
C – Christine Boutin
D – Juliette Récamier
QUESTION 4 – HISTOIRE
Comment a été surnommée la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel et femme du roi Edouard II d’Angleterre ?
A – La lionne des Valois
B – La Reine vierge
C – La louve de France
D – La dame de France
QUESTION 4 bis – GEOGRAPHIE
Où se trouve la ville de kérynia ?
A – En Crète
B – En Grèce continentale
C – Sur l’île de Patmos
D – A Chypre
QUESTION 5 – CULTURE GENERALE
Comment appelle-t-on le major (= le premier) au concours de l’Ecole Normale Supérieure ?
A – Cadique
B – Cacique
C – Carique
D – Canique
QUESTION 6 - SPORT ET FINANCE
Combien touche par mois un footballeur professionnel de haut niveau ?
A – Une somme astronomique
B - Un salaire démentiel
C – Quelque chose qui dépasse l’entendement et la logique
D – Un peu plus que moi
QUESTION 7 – ASTRONOMIE
Qu’est-ce que le nadir ?
A – La courbe de la terre autour du soleil
B - Le thème astral d’un émir saoudien
C – L’angle formé par la position de la lune face à la terre
D – L’opposé du zénith
QUESTION 8 - SUPERSTITION
Que faut-il faire si vous avez eu le malheur de croiser un chat noir ?
A – Faire votre signe de croix et attendre la suite.
B – Ne pas bouger et attendre qu’un chat blanc vienne rompre la malédiction
C – Essayer d’attraper ledit chat pour lui tordre le cou et faire ainsi cesser la malédiction
D - Votre testament, parce que c’est rédhibitoire.
QUESTION 9 - POESIE
Dans quel célèbre recueil de poèmes se trouve le sonnet consacré à « la tarte à la rhubarbe » ?
A – Les fleurs du mal, de Baudelaire.
B – Une saison en Enfer, de Rimbaud
C – Paroles de Jacques Prévert
D - La négresse blonde, de Georges Fourest
QUESTION 10 – PUBLICITE
Pour quel produit Bill Gates fait-il de la pub sur la photo ci-dessous ?

A – Un balais
B – Un godemiché
C - Un nouveau programme informatique
D – Difficile à dire
REPONSES :
1 – Réponse C, Georges Franju. Il est d’ailleurs introuvable pour l’instant.
2 - Réponse B, Jacques le Fataliste : il s’agit d’un petit récit enchâssé dans l’histoire générale.
3 – Aucune, bien que certaines auraient pu sortir ce genre de choses.
4 – Réponse C, la Louve de France, parce qu’elle était à la tête de l’armée des barons révoltés contre Edouard II. Une fois son mari expédié les pieds outre, elle a placé son fils Edouard III sur le trône. Elle aurait mieux fait de s’abstenir parce que c’est sous le règne de ce dernier qu’a commencé la guerre de Cent Ans contre son cousin Philippe VI de Valois.
4 bis – Réponse D, à Chypre, au nord de l’île, actuellement encore sous domination turque.
5 – réponse B, cacique. Rassurez-vous, je l’ignorais aussi je suis tombé sur le mot tout à fait par hasard en feuilletant le dictionnaire.
6 – Toutes les réponses sont bonnes, quelles qu’elles soient.
7 – Réponse D. A midi, le soleil est au zénith, à minuit il est au nadir.
8 – Réponse B. (Il parait que c’est tout à fait vrai, dixit une sorcière de ma connaissance.)
9 – Aucune, tarte vous-mêmes !
10 – Aucune, banane, c’est pas une pub !
07:00 Publié dans Jeu : "Qui veut gagner des lardons ?" | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : humour, jeu, caricature
26.02.2008
Les mythes des origines : 6
III – LE MYTHE SCANDINAVE
L’Edda est le recueil de mythes scandinaves le plus complet. Il a été rédigé au XIIIè siècle par l’historien islandais Snorri Sturluson. Il contient entre autre le récit de la création du monde ainsi que le récit de sa fin, le fameux « Crépuscule des Dieux », titre dont Wagner a baptisé la dernière journée de sa Tétralogie.
Wagner a beaucoup emprunté au mythe nordique pour écrire L’anneau du Nibelung, œuvre dans laquelle il a mélangé les légendes scandinaves et la légende de Siegfried. Tolkien et son Seigneur des Anneaux doivent aussi beaucoup à ces mythes, de même qu’une bonne partie de la littérature actuelle dite « fantasy ».
La première partie de l’Edda est intitulée Gylfaginning ou « Mystification de Gylfi ». C’est dans cette partie que sont relatés la création du monde et sa destruction. Le récit de cette création, est, sur le plan littéraire et formel, tout à fait particulier : il ne s’agit pas d’une « histoire racontée » mais d’une conversation entre quatre personnages, le Roi Gylfi et les Ases, dieux nordiques. Le point de départ est le suivant : Gylfi, abusé par une déesse qui lui avait enlevé un morceau de son pays, s’interroge sur la nature des dieux et sur l’origine de leur pouvoir. Il se rend donc à Asgard, leur lieu de résidence, afin de connaître de la bouche des dieux mêmes leur race, leur puissance et leur destin. Arrivé à Asgard, il est introduit auprès de trois de ses hôtes qui lui donnent l’autorisation de les questionner à loisir à la condition cependant qu’il se révélât plus savant qu’eux. La conversation qui va avoir lieu se déroule donc sur un arrière-plan assez dramatique puisque Gylfi risque sa vie s’il est pris en défaut par les Dieux.
Les trois interlocuteurs de Gylfi sont : « Le Très-haut », « l’Egal du Très-Haut » et « le Tiers ». Chacun prendra la parole à tour de rôle pour répondre aux questions de Gylfi.
Je ne vais ici vous donner qu’un résumé de cette étrange conversation. Pour cela, j’ai utilisé la traduction de l’Edda faite par François-Xavier Dillmann, parue chez Gallimard. De temps en temps, j’introduirai un petit extrait pour vous donner un aperçu du texte original.
A l’origine des temps, il n’y avait rien, seulement le néant. Pas de mer, pas de terre, pas de ciel. Il n’y avait que l’abîme.
Avant la création de la terre, il existait cependant un lieu appelé Niflheim. En son centre se trouvait la source nommée Hvergelmir et de cet endroit partaient neuf rivières. Mais avant la création de Niflheim, il y avait eu le monde appelé Muspell, situé dans la partie méridionale. C’était un monde très lumineux et très chaud, car il n’était que feu et flammes. L’être appelé Skurt se tenait à la frontière de ce pays afin d’empêcher toute intrusion.
Lorsque les neuf fleuves appelés Elivagar arrivèrent très loin de leur lieu d’origine, leurs flots venimeux durcirent et formèrent de la glace. Quand la glace ne coula plus, la vapeur qui émanait du poison gela et devint du givre. Le givre petit à petit augmenta en volume et arriva jusque dans l’immense abîme appelé Ginnungagap.
« L’Egal du Très-haut dit alors : « Dans sa partie orientée au nord, Ginnungagap se remplit d’une lourde masse de glace et de givre, et, à partir de là, de la vapeur et un souffle d’air glacé se répandirent vers l’intérieur de l’abîme. A l’inverse, dans sa partie orientée au sud, Ginnungagap s’allégea sous l’effet des étincelles et des flammèches qui volaient à sa rencontre en provenance du monde de Muspell. »
Un froid terrible venait de Niflheim et la chaleur et la luminosité venaient de Muspell. L’intérieur de Ginnungagap était très doux. Lorsque l’air chaud rencontra le givre, celui-ci commença à fondre. Des gouttes qui tombaient jaillit alors la vie et une créature apparut, qui avait forme humaine. Elle s’appelait Ymir.
Ymir n’était pas un dieu : c’était un être mauvais, cruel, comme ceux qu’il engendra par la suite. Pendant qu’il dormait, il se mit à transpirer. De son bras gauche naquirent un homme et une femme et l’une de ses jambes engendra un fils avec son autre jambe. Les Géants du Givre descendent de ces créatures nées de Ymir.
Des gouttes de givre sortit également la vache Audhumla ; quatre fleuves de lait coulaient de ses pis. Ce fut elle qui nourrit Ymir. La vache se nourrissait en léchant les pierres du givre qui étaient salées. De la pierre qu’elle lécha le premier jour, sortit une chevelure d’homme, le deuxième jour une tête d’homme et le troisième un homme entier. Il s’appelait Buri, était beau et vigoureux. Il eut un fils nommé Bor qui épousa Bestla et dont il eut trois fils : le premier Odin, le second Vili, le troisième Vé.
Les fils de Bor tuèrent le géant Ymir. Lorsqu’il mourut, le sang jaillit de ses blessures en telle abondance qu’il noya toute la race des géants du givre. Un seul en réchappa, Bergelmir, qui monta avec sa femme dans une embarcation en forme de tronc d’arbre évidé et put ainsi se maintenir sain et sauf. C’est par eux que se reconstitua la race des Géants du Givre.
Quant à Odin, Vili et Vé, ils se servirent du corps d’Ymir pour commencer la Création.
(A suivre)
06:25 Publié dans mythologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, contes, légende, mythes, mythologie
25.02.2008
Carnavala Rusticana
CARNAVALA RUSTICANA
Roulement de tambour, lumière, projecteurs :
« Attention, Mesdames et Messieurs ! Voici, pour votre plus grand plaisir et dans sa vingt-cinq millième apparition, la célébrissime, l’illustrissime schoolteacher, j’ai nommé la pulpeuse Carnavala Rusticana ! »
Nouveau roulement de tambour, applaudissements, ovation et voici qu’entre sur la scène de ce bestiaire désenchanté non pas The best mais la grand-mère déjantée, la spécialiste du collant bariolé, du bijou délirant et de la jupe à la ramasse : vieille dame très indigne et parfaitement consciente de l’être, capable d’en rajouter un maximum juste pour faire chier les autres mémés de l’endroit, coincées dans leur tenue infâme « bon-chic-bon-genre-Galeries-Lafayette » et leurs (faux) bijoux Cartier.
C’est Carnavala Rusticana. Un mélange détonant de pré retraitée pour l’âge et d’adolescente abonnée aux joints pour le vêtement. Carnavala en est resté aux couleurs des années 70, bien clash, bien fluo, à vous crever les yeux dès que vous jetez un regard dessus. Il est certain qu’au milieu de la grisaille ambiante, Carnavala fait tache et porte bien son nom : quand on la voit, on est transporté à Rio, ou à Nice, au cœur du corso des tireurs…
Essayons de décrire l’une de ses tenues favorites : jupe longue d’un vert pomme absolument atroce, propre à vous faire abominer la couleur de l’espérance pour le restant de votre vie, un sous-pull d’un rose…comment dire… rose, quoi, parsemé de paillettes bleues scintillantes, des collants qui ressemblent à une spirale infernale jaune et noire, des chaussures plates rouges, mais rouges, des lunettes à monture en écaille, et le must, des boucles d’oreille en forme de cuvette de chiottes. Et Carnavala se bambane ainsi toute la journée au milieu de ses collègues, harponnant Pierre, Jacques ou Paulette et comme elle n’a pas la langue dans sa poche, elle vous saoule en plus de vous rendre aveugle.
C’est, naturellement, fort sympathique. Pour une fois qu’il y en a une qui met un peu de couleur et d’extravagance dans ce repaire de désespérément normaux, ne boudons pas notre plaisir. Esthétiquement, c’est indéfendable, on est bien d’accord, et cela d’autant plus que Carnavala possède des rondeurs plus qu’évidentes (mais très humaines comparées à celles de Nibarella), un embonpoint solide, et un visage que les ans, hélas, n’ont pas épargné. Mais quelle importance ? Les mamies Nova post ménopausées chuchotent entre elles que Carnavala n’a aucun goût, qu’elle fait de la provocation et qu’à son âge, c’est ridicule. Et ça fait « psch, psch, psch… » en la regardant passer, ça jette à la renégate des regards profondément indignés et offensés et c’est persuadée que Carnavala insulte toute la profession à travers ses « déguisements de gamine que, ma chère, elle n’est plus ». (Je cite.)
Il est vrai que Carnavala ne fait pas vraiment honneur à son statut de grand-mère –ce qu’elle est depuis peu. Du moins au statut tel que se le représente le Troisième Age version CAMIF. Le hic, c’est qu’elle n’a jamais prétendu –comme on le pense- vouloir paraître jeune. Pourquoi s’habille-t-elle ainsi ? Mais tout simplement parce qu’elle aime ça. C’est d’une évidence qui devrait crever les yeux au moins aussi sûrement que sa jupe vert pomme. Mais on n’aime pas la simplicité, en ces lieux de profondes cogitations. La simplicité est suspecte. Et comme les trois quarts de ceux qui peuplent à leurs heures perdues la salle des Urnes Funéraires se targuent de psychologie (la moitié des trois quarts étant suivie par un psy –chiatre ou chanalyste- on voit déjà les dégâts que ça peut donner), le comportement hors normes de Carnavala a été disséqué à la lumière des théories freudiennes, jungiennes, kantiennes (mal digérées) et on lui a trouvé un nombre invraisemblable de complexes pas normaux et certainement pas assumés. (Phrase très embirlificotée, je le sais, mais c’est exprès : on plonge directement dans l’esprit compliqué et fumeux de ces psys sur le retour.)
En fait, personne ne s’est avisé d’aller vraiment lui demander pourquoi elle s’habillait de cette manière. On a préféré clabauder, supposer et analyser –à partir de bases fausses, bien entendu. Et Carnavala, qui n’est pas sotte, ni sourde, a compris qu’il lui fallait quand même expliquer ce qui n’avait pas besoin d’explication. « J’aime l’originalité et le mauvais goût assumé, a-t-elle dit. Je trouve cela amusant. » Et voilà. Seulement, on ne l’a pas crue. Trop simple. Non, non, non : Carnavala cache certainement de hideux secrets au fond de son inconscient subconscient et ils rejaillissent sous forme de tenue vestimentaire à faire hurler un daltonien. Mais pendant que la valetaille s’agite et se répand en murmures, Carnavala, sereine, passe et repasse dans sa jupe froufroutante et montre ses collants clash à qui veut les voir. Je ne vous dis pas le nombre de dentiers qui jonchent la moquette à la fin de la journée…
Bref, avec elle, c’est Carnaval tous les jours. Mais elle n’a pas que de bons côtés, dit Sangria Natiskaïa qui la connaît bien. Elle peut être infecte avec les collègues, notamment avec les jeunes stagiaires, qu’elle incendie parce qu’ils ne savent (dixit) « pas tenir leur classe ». Dommage. Cela gâche le portrait. Carnavala en harpie vociférante terrorisant les nouveaux agrégés/certifiés ? Je veux bien le croire. Quand on est capable d’assumer aussi bien son extravagance, on est tout aussi capable de bien assumer ses mauvais côtés.
Et d’en faire profiter tout le monde, of course.
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23.02.2008
Les aventures du Prince Lexomil : IX
Episode 9
Stress et les Stressés
Sortir de Coup Dur fut chose très aisée. Le Prince Lexomil était si sale qu’il n’avait pas besoin de demander son chemin, tous les passants le lui indiquaient du bras avant même qu’il le demande, en restant relativement éloignés de sa royale personne.
Une dizaine de kilomètres seulement séparait Stress de Coup Dur. Et comme le Prince avait l’habitude de l’exercice physique, cette marche le long de la route ne lui déplut nullement. Il n’eut même pas besoin de faire du stop et dans l’état où il était, ça valait mieux, personne ne se fût risqué à s’arrêter. D’ailleurs, les Déprimés prennent très rarement des auto-stoppeurs car ne n’est pas dans leur nature de songer à aider autrui.
Lorsque Lexomil arriva à Stress, l’après-midi touchait à sa fin. Les Stressés sortaient qui du bureau, qui de l’école ou du lycée, et les magasins étaient tous pleins à craquer d’excités gueulards, prêts à se jeter leurs anti-dépresseurs à la figure. Le spectacle dans les rues était identique. Stress ressemblait à un asile de fous dont on aurait libéré les pensionnaires en leur ordonnant de flanquer une pagaille monstre. Ca braillait dans tous les sens et personne ne s’écoutait. Les klaxons hurlaient à la mort, les piétons tapaient à coup de parapluie sur le capot des voitures dont les conducteurs démarraient sur les chapeaux de roue, menaçant d’écraser le plus de Stressés possible si on les empêchait de passer, les feux rouges étaient très vaguement respectés, les vélos zigzaguaient à qui mieux mieux au milieu de ce merdier infernal et quelques mendiants disséminés ça et là pissaient en rigolant contre les lampadaires dans l’espoir inconscient de provoquer un court-circuit qui aurait plongé la ville dans l’obscurité totale.
« Où suis-je donc tombé ? se dit en lui-même le Prince Lexomil, abasourdi, ahuri par ce déchaînement inconnu à Coup Dur. Les gens de Stress ont donc perdu tout contrôle d’eux-mêmes ! On m’avait bien dit qu’ils étaient un peu spéciaux, mais me voilà plongé dans les pires abîmes de la perplexité ! »
Alors qu’il s’étonnait, planté sur le trottoir, quelques Stressés des deux sexes, énervés par son immobilité et son calme, le bousculèrent rudement, lui ordonnant l’une « d’arrêter de faire le poireau, c’était pas la saison », l’autre de « dégager la voie vite fait parce qu’il y avait des gens pressés », le troisième de « regagner sa cambrousse et d’ouvrir un guide Michelin avant de revenir », etc… Assailli de toutes parts, Lexomil se mit à tourner dans tous les sens, projeté à gauche, ramené à droite, balancé contre une porte, envoyé sur le capot d’une voiture ; il passait de bras en bras, tel un ballon fou, et finit par se retrouver à plat ventre sur le trottoir, à la merci d’un troupeau de Stressés qui, ne le voyant même pas tellement ils étaient occupés à bouillir intérieurement, marchaient sur lui et, pour les plus distraits, butaient sur ses jambes ou ses bras, juraient et parfois s’étalaient, entraînant leurs voisins dans leur chute. Ce qui finit par provoquer des remous encore plus insensés.
Le pauvre Lexomil se dégagea à grand-peine du magma gigotant et, traînant la jambe, entreprit de traverser la Grande Rue en direction de la petite place où il envisageait de faire halte quelques minutes. Il faillit deux fois y laisser la vie, et ne dut son salut qu’à des sauts acrobatiques en arrière. Le regard halluciné des conducteurs, leur visage contracté au point qu’on ne voyait même plus leurs yeux révélaient à eux seuls leur totale incapacité à décoller le pied de l’accélérateur, qu’il y ait ou non sur la chaussée des feux, des piétons, des obstacles, des paralytiques et des handicapés mentaux. N’ayant aucune envie de recommencer une si dangereuse aventure, Il se posta sagement devant les passages cloutés et attendit que le flot connût un moment d’apaisement. Las. Au bout d’une demi-heure, il n’avait toujours pas bougé et il n’était pas question de traverser au feu vert, de toutes façons, aucun stressé ne lui aurait laissé le passage, bien qu’il eût la priorité absolue. Ce qui le consolait, c’était la bande de sonnés qui trépignait derrière et à côté de lui, invectivait les voitures, dressait le poing vers le ciel et hurlait à la mort chaque fois qu’un véhicule grillait un feu rouge. Finalement, vu que les trottoirs débordaient de Stressés près à tout pour traverser, il fallut se lancer bravement sur les pavés. Il y eut des crissements de frein, quelques « boums » bien sonores, des fusées jaillirent des voitures accidentées et se jetèrent les une sur les autres en vociférant tandis que les piétons, trop pressés pour s’inquiéter s’il y avait ou non des blessés, s’éparpillaient dans tous les sens, non sans se taper les uns sur les autres pour arriver plus vite de l’autre côté.
Lorsque le Prince Lexomil parvint enfin sur la place (qui, étrangement était quasiment déserte), il était dans un état encore plus lamentable qu’à son départ de Coup Dur. Il alla s’asseoir sur le rebord de la fontaine située au milieu de la place et entreprit de constater les dégâts. « Vraiment, ce comportement est inouï, dit-il à voix haute. Qu’ont donc tous ces gens à courir, crier, s’exciter ? On se croirait au zoo de Coup Dur devant un parterre de singes. » Il en était là de ses réflexions lorsque trois stressés passèrent devant lui. Leur tenue vestimentaire le rassura sur la sienne. Certes, on voyait son caleçon à travers les déchirures (nouvelles) du pantalon et sa chemise se réduisait à deux pans qui couvraient malaisément le haut des épaules. Mais la femme qui venait de traverser la place n’avait plus qu’une chaussure, le haut de son chemisier était déchiré, sa jupe avait été raccourcie de moitié et il ne lui restait plus que la moitié de son collant. Les deux hommes qui la suivaient n’étaient guère mieux lotis, l’un avec un pantalon réduit à une jambe et l’autre une veste que les manches avaient désertée. Et tous deux portaient sur le visage les marques de quelques coups attrapés Dieu savait où.
Le réconfort ne dura pas longtemps. « Celle ville est dangereuse, pensa Lexomil, soudain terrifié. On y meurt avec une facilité déconcertante. Je ne dois pas m’attarder ici, c’est évident. Mais quelle direction prendre ? » Il regarda autour de lui. Pas de panneaux. Ou plutôt PLUS de panneaux ; ils gisaient à terre au coin des carrefours, amochés, tordus, biscornus, ratatinés par une foule de Stressés en délire. « Comment vais-je arriver à Déprime-sur-Boulot si je ne sais pas quelle route y mène ? » dit le Prince en se tordant les mains de désespoir. Il aurait fallu aller relever les panneaux pour les lire. Mais cela n’aurait pas servi à grand-chose, vu qu’ils n’étaient plus tournés vers l’endroit qu’ils étaient censés indiquer.
« Je ne peux pas compter sur mon sens de l’orientation, je n’en ai pas, continua Lexomil, de plus en plus déprimé. Et je n’ai ni carte, ni guide. Ô mon père et ma mère, que je vous en veux de m’avoir mis dans une si périlleuse situation. » Et il se mit à pleurer, pour s’occuper, et au cas (fort improbable) où cela attendrirait quelqu’un.
(A suivre)
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22.02.2008
Gna-Gna Serpilliéra
GNA-GNA SERPILLIERA
Encore une qui est gentille…Ce qui veut dire, en bon français, aussi tarte que Pimprenelle, aussi molle que Gélatine et aussi cruche que Haltéra Poichicha. Bref, le boulet par excellence.
Gna-Gna Serpilliéra ne parle pas, elle se répand. Elle coule dans les couloirs, inonde le sanctuaire des Urnes Funéraires et clapote comme une mâchoire sans dentier dans les salles de classe. Quand elle vous adresse la parole, c’est d’une voix quasiment inaudible, et vous ne comprenez rien à ce qu’elle dit, d’abord parce qu’elle ne sait pas hausser le ton et ensuite parce qu’elle ne sait pas non plus articuler.
Et puis elle est niaise. Désespérément, éternellement niaise.
Elle a toujours l’air d’une triste ahurie, avec ses cheveux qui pendouillent dans tous les sens ou se hérissent sur sa tête à l’instar des serpents de Méduse. (La coiffure dépend des jours et de la météo : Gna-Gna Serpilliéra a-t-elle reçu ou non la pluie sur la tronche ?) Elle s’étonne de la moindre connerie, s’extasie sur la moindre idiotie, prend pour argent comptant toutes les stupidités proférées par la Pimprenelle ’s band et tient parfaitement sa place de Présidente du Club Tricot et Dentelles de l’établissement.
Gna-Gna Serpilliéra n’est hélas pour elle pas très douée lorsqu’il faut prendre la parole en public. A peine a-t-elle prononcé trois mots qu’elle se perd dans des circonvolutions inutiles, bafouille, ânonne, commence des phrases et ne les achève pas et finit par admettre qu’elle ne sait plus du tout où elle en est et qu’elle ne se rappelle plus ce qu’elle voulait dire. Le désastre. On espère simplement qu’elle est un peu plus efficace pendant ses cours…
Il fut un temps où Gna-Gna Serpilliéra servait de bras droit à Nostra-Dama lorsque cette dernière était absente et qu’il fallait bien organiser les réunions syndicales, donner les informations et gérer l’administratif. On imagine très mal Nostra-Dama – et surtout les Talons Aiguilles Meurtriers- supporter plus de trente secondes cette gnangnanterie désespérante –et cette incapacité notoire.
Et bien si. Nostra-Dama, a dû la supporter pendant de nombreuses années, par la force des choses vu que personne ne voulait prendre sa place. Et Gna-Gna Serpilliéra, avec un tact, une délicatesse et une diplomatie de premier ordre, a donc fait de la retape pour Le Syndicat. Elle s’y est tellement bien prise que les adhésions ont chuté aussi sévèrement que la côte de popularité du nain dans les sondages d’opinion. Elle a même réussi, une année, à dégoûter un certain nombre de personnes (dont votre serviteur) à participer au scrutin lors des élections au C.A. (On se demande si la classe politique dans son ensemble n’a pas pris exemple sur elle pour rebuter les électeurs.) Pensez, quand on vous harponne sans cesse dans les couloirs en vous intimant l’ordre de vous rendre aux urnes et de voter intelligemment, forcément, ça indispose.
Nostra-Dama, un jour que ses Talons Aiguilles la démangeaient, a donc viré Gna-Gna Serpillliéra de son poste « à responsabilité » avec pertes et fracas et l’a remplacée par Carnavala Rusticana. Celle-là n’a pas fait long feu. Pourquoi ? Parce qu’Attila rôdait déjà autour du pouvoir et commençait sa lente mais irrésistible ascension vers les hauts sommets de la reconnaissance syndicale. Carnavala a tenu un mois à peu près. Puis Attila l’a décapitée, l’a découpée en morceaux, l’a fait cuire et a envoyé son corps meurtri et rôti à sa famille.
Qu’est devenue dans tout ça Gna-Gna Serpilliéra ? Rien. Elle continue son petit bonhomme de chemin. Elle semble avoir abandonné le syndicat. Elle ne se poste même plus avec Deborah et Attila auprès de la machine à café pour obtenir quelques voix lors de ces fameuses élections au CA. Elle laisse les autres tapiner, ce en quoi elle a bien raison, vu ce que ça rapporte.
C’est bien la seule décision intelligente que Gna-Gna Serpilliéra a prise dans sa vie.
[1] Elle arrive bientôt.
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Les mythes des origines : 5
II - LE MYTHE BIBLIQUE (fin)
CAÏN ET ABEL
Adam et Eve eurent deux enfants : l’aîné, Caïn et le cadet Abel. Ce dernier faisait paître les moutons tandis que son frère cultivait le sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au Seigneur une offrande de fruits de la terre. Abel apporta lui quelques unes de ses bêtes ainsi que leur graisse. Son offrande plut à Dieu qui détourna les yeux de celle de Caïn, lequel en conçut un très fort dépit. Aussi lorsque lui et Abel furent-ils aux champs, le tua-t-il.
Ce crime ne resta évidemment pas inconnu du Seigneur qui demanda à Caïn : « où est ton frère ? » et Caïn répondit : « je ne sais pas, suis-je le gardien de mon frère ? » « Qu’as-tu fait ? répliqua Dieu. La voix du sang de ton frère crie du sol jusqu’à moi. Tu es maudit de la terre qui a ouvert la bouche pour recueillit le sang de ton frère. Le sol ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre. » Et le Seigneur mit un signe sur le front de Caïn pour que personne qui en le rencontrant ne le tue. Caïn s’éloigna de la présence du Seigneur et alla habiter à Nod, à l’est d’Eden. Là, il eut un fils de sa femme qu’il appela Hénok et il construisit une ville à laquelle il donna le nom de son fils.
Adam et Eve eurent un troisième enfant, suscité par Dieu à la place d’Abel, tué par Caïn. Ils le nommèrent Seth.
LE DELUGE
Les hommes se multipliaient grandement à la surface de la terre mais leur méchanceté se multipliait aussi. A longueur de journée, leur cœur n’était porté qu’à concevoir le mal et le Seigneur regretta d’avoir fait l’homme sur la terre. Il décida d’anéantir tout ce qui vivait sur la terre, hommes, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel et d’effacer ainsi toute sa création. Seul Noé trouva grâce à ses yeux. C’était un homme juste et intègre au milieu des hommes de son temps. Alors que la terre s’était corrompue et couverte de violence, lui seul avait continué à suivre les voies de Dieu.
Le Seigneur lui ordonna de construire une arche, d’y entrer avec sa femme et ses fils ainsi que leurs épouses, d’introduire aussi dans l’arche un mâle et une femelle de chaque espèce d’oiseaux, de bestiaux, de petites bêtes, et de faire des provisions en abondance. Noé obéit.
En l’an 600 de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour de ce mois, tous les réservoirs du grand Abîme furent rompus et les ouvertures du Ciel furent béantes. La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux grossirent et soulevèrent l’arche qui se détacha de la terre et dériva à la surface des eaux. La crue des eaux devint de plus en plus forte et recouvrit jusqu’aux montagnes les plus élevées. Toute chair vivante expira dans les eaux en fureur, et même les oiseaux du ciel furent effacés de la création.
Dieu fit alors passer un souffle sur la terre et les eaux se calmèrent. Les réservoirs du grand Abîme se fermèrent de même que les ouvertures du Ciel. La pluie ne tomba plus et les eaux se retirèrent peu à peu en un ample mouvement de flux et de reflux. Lorsque la terre fut sèche, Dieu ordonna à Noé de sortir de l’arche et ordonna que toutes les bêtes sauvées par Noé grouillent et se reproduisent. Noé ayant fait des sacrifices en l’honneur du Seigneur, ce dernier décida de ne plus anéantir les vivants comme il l’avait fait, bien que le cœur de l’homme fût porté au mal dès sa jeunesse. « Tant que la terre durera, semailles et moissons, froid et chaleur, été et hiver, jour et nuit jamais ne cesseront. » Et il conclut une alliance avec Noé et tous ses descendants.
LA TOUR DE BABEL
Tous les hommes parlaient la même langue et utilisaient les mêmes mots. Or, ils décidèrent de bâtir une ville et une tour dont le sommet toucherait le ciel.
Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour qu’ils bâtissaient. Il fut courroucé à la vue de cette œuvre : « ils ne sont qu’un peuple et qu’une langue, et voila leur première œuvre ! Maintenant, rien de ce qu’ils projetteront de faire ne leur sera inaccessible. Brouillons donc leur langue, qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »
Et Il fit comme il dit. Puis il les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. On lui donna le nom de Babel. (Babylone.)
SODOME ET GOMORRHE
Or, il arriva que le Seigneur tourna ses regards vers Sodome et entendit les plaintes contre cette ville impie. « La plainte est si forte, le péché est si lourd que je dois descendre pour voir s’ils ont agi en tout comme la plainte le prétend. » Abraham plaida la cause de Sodome : le Seigneur allait-il punir le juste comme le coupable ? Peut-être y avait-il 50 justes à Sodome. » Le Seigneur dit : « si tu trouves 50 justes à Sodome, à cause d’eux, je pardonnerai à toute la cité. » Abraham fit tant et si bien que le Seigneur accepta finalement d’épargner la ville s’il ne s’y trouvait ne serait-ce que dix justes.
Le Seigneur envoya à Sodome deux de ses anges qui arrivèrent le soir dans la cité et trouvèrent Loth assis devant les portes. Il se prosterna devant eux et leur offrit l’hospitalité pour la nuit. Les deux anges refusèrent, arguant qu’ils voulaient passer la nuit sur la place. Mais Loth insista si bien qu’ils firent un détour chez lui et arrivèrent au moment du repas.
Ils n’étaient pas encore couchés que la maison fut cernée par les gens de la ville. Ils appelèrent Loth et lui demandèrent de faire sortir les deux hommes qu’il hébergeait afin de les connaître. ( Le verbe « connaître » dans la Bible = avoir des rapports sexuels avec quelqu’un.) Loth refusa et proposa de livrer ses filles à la place des deux étrangers. Mais le peuple se mit en fureur et voulut enfoncer la porte. Les deux anges frappèrent alors les hommes de Sodome de cécité et ils ne purent trouver l’entrée.
Les anges dirent à Loth : « quitte cette ville avec ta femme et tes filles car nous allons la détruire. » Comme il répugnait à obéir, les anges le tirèrent par la main et le firent sortir pour le mettre hors de la cité. Ils lui dirent : « sauve-toi bien loin, il y va de ta vie. Ne regarde pas derrière toi, ne t’arrête nulle part, fuis vers la montagne de peur de périr ! »
Le soleil se levait sur la terre lorsque le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe un déluge de soufre et de feu. Les villes furent détruites et tous leurs habitants. La femme de Loth regarda en arrière et fut transformée en colonne de sel. De la terre montait une immense fumée, comme celle d’une fournaise.
PS : La Genèse est à la fois trop longue et trop complexe pour que je puisse en résumer l'intégralité. Je n'ai indiqué ici que les principales étapes de cette création du monde. A vous d'aller lire les épisodes manquants dans une édition de la Bible.
07:10 Publié dans mythologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : légendes, contes, mythes, Bible, religion
21.02.2008
Les aventures du Prince Lexomil : VIII
Episode 8
Indécision et décision
Si vous aviez traversé ce jour-là la place centrale de Coup Dur, vous auriez assisté à un spectacle étrange : un jeune homme à l’apparence rien moins que miséreuse se tenait debout en plein milieu, la main gauche sur les yeux et tournait sur lui-même à l’instar d’un derviche en folie, le bras droit tendu vers quelque chose de visiblement inatteignable. Vous vous en doutez, il s’agissait du Prince Lexomil.
Ce dernier se trouvait dans une situation assez inconfortable. Certes, suivant les conseils de Valium, il avait regardé les premiers panneaux de signalisation routière qu’il avait trouvés. Mais ils indiquaient tous des directions différentes –ce qui était normal étant donné qu’il s’agissait d’un carrefour à quatre routes. Laquelle choisir ? L’indécision avait envahi Lexomil. Dix pas à droite, vingt à gauche, trente en avant, vingt-cinq en arrière… Aller sur Tromperie ? Sur Stress ? Sur Bonne Profession ? Sur Grand Amour ?... Ah, le choix raisonné était impossible !
Et donc, il s’était planté sur la place et avait commencé à tourbillonner, se disant que lorsqu’il s’arrêterait, il prendrait le chemin que lui indiquerait sa main droite.
Alors qu’emporté par son élan il commençait une série d’acrobaties extrêmement compliquées, il entendit quelqu’un applaudir, puis un anti-dépresseur tomba à ses pieds. « Bravo, dit la voix d’une vieille Déprimée écroulée sur sa canne. Dans ma jeunesse, je ne faisais pas aussi bien. » L’attraction n’étant pas banale dans une ville où pourtant les comportements les plus délirants étaient monnaie courante, il se forma un attroupement et c’est sous un déluge d’anti-dépresseurs que Lexomil acheva ses tourbillons sur le derrière, la tête à l’envers et le cœur au bord des lèvres. « J’ai envie de vomir », geignit-il. Mots miracles. Immédiatement, il se fit un grand désert autour de lui et il put tranquillement reprendre ses esprits.
« Voyons, se dit-il après un moment de complète immobilité. Que me dit ma main droite ? » Naturellement, cette dernière ne disait rien, mais elle lui indiquait une direction, celle de Stress. « Là ou ailleurs », pensa le Prince et il se releva.
Ce fut le moment que choisit le couple Royal pour regagner le palais, après une petite promenade fort relaxante, escorté des nombreux journalistes et photographes qui les mitraillaient sans interruption. Xanaxa tourna machinalement la tête vers la place. Ce qu’elle vit la fit frémir. « Il est encore là ! » gémit-elle. « Qui donc, ma mie ? » demanda Valium dont la mémoire avait déjà évacué le départ de son fils. « Lexomil, pardi ! Pourvu qu’il ne se précipite pas vers nous ! Il serait capable de faire un esclandre ! Nous serions dans de beaux draps ! Vous imaginez le scandale ? Impossible après de lui trouver une Princesse convenable. »
Mais Lexomil ne faisait pas attention au vacarme pourtant infernal déclenché par le retour de son père et de sa mère dans leur humble logis. Il était en train de se remémorer la visite des Bourgmestres qui avait eu lieu quelques jours auparavant. C’était une cérémonie traditionnelle dans le Pays de Déprime. Tous les ans, les Bourgmestres venaient rendre hommage au Roi et lui offraient sur un coussin de velours incarnat les clefs de leur ville ainsi que leurs salutations distinguées et l’assurance de leur fidélité. Laudanum et Tranxène n’avaient rien de bien attrayant pour le jeune homme ; et pas davantage dame Athymil, certes bien conservée, mais ayant dépassé l’âge d’inspirer à de jeunes gens des fantasmes insensés. Par contre, la Régente de Déprime-sur-Boulot était accompagnée de ses deux filles : Damoiselle Séropram et Damoiselle Citalopram-Biogaran. L’aînée était fort jolie, un peu coquette mais pas trop, et avait un rire très attrayant. C’était la seconde, cependant, qui avait retenu l’attention de Lexomil.
Damoiselle Citalopram-Biogaran avait des cheveux blonds comme les blés, des yeux bleus comme l’azur, une taille de rêve, une poitrine certes menue mais que le Prince, devenu soudain libidineux, imaginait d’une inégalable fermeté, des jambes à faire damner un saint, un sourire d’ange, et une voix enduite de miel. Bref, Lexomil était tombé amoureux d’elle mais, totalement ignorant des choses de l’amour, ne savait absolument pas qu’il l’aimait. Simplement, il pensait tout le temps à elle, ce qui était certes bien curieux mais trop agréable pour parler de ce problème à son précepteur et même à sa mère. (Surtout à sa mère : elle aurait été capable de lui prouver qu’il était grandement malade. Et quand on aime son obsession, on n’a vraiment pas envie de guérir.)
Adonc, Lexomil réfléchissait et se disait que le hasard s’était montré très bienveillant à son égard. Prendre la route de Stress, c’était aller en direction de Déprime-sur-Boulot, où se trouvait la Damoiselle de son cœur. Peu importait qu’elle l’aimât ou non. La perspective de la revoir remplissait l’âme du jeune Prince d’une inextinguible joie.
Lorsque le vacarme ambiant parvint enfin à entrer dans ses oreilles, il était trop tard pour qu’il pût réintégrer le Palais, la limousine des Altesses avait déjà passé le portail qui se refermait. D’ailleurs, il n’avait désormais nulle envie d’y revenir dans la mesure où il avait décidé de rejoindre Damoiselle Citalopram-Biogaran dans sa cité fluviale. Et ce fut d’un pas alerte qu’il se lança sur la route, en direction de Stress.
(A suivre)
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