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31.01.2008
Les aventures du Prince Lexomil : II
Episode II : Itinéraires en Déprime (fin)
Deuxième itinéraire
Il est destiné aux voyageurs pressés, qui ne désirent pas s’arrêter à certaines étapes et veulent arriver au plus vite à leur but. Ces touristes ne forment pas la majorité des visiteurs, moins pressés qu’eux de parvenir à la Mer des Antidépresseurs, mais ils sont aussi bien accueillis que les autres dans la mesure où leur séjour à Déprime se révèle souvent définitif.
Si vous choisissez cet itinéraire, il vous faudra partir de Faiblesse Congénitale et rejoindre Coup Dur, passage obligé de tous ceux qui arrivent à Déprime. Mais il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Vous embarquerez sur un bateau qui descendra le fleuve Génétique sans aucune escale jusqu’à Déprime- sur-Génétique. Les arrêts ne sont pas prévus dans la mesure où le courant du fleuve vous entraînera à une vitesse de plus en plus élevée vers votre ville d’arrivée. Vous aurez tout le loisir alors soit de continuer immédiatement votre voyage vers la Mer des Antidépresseurs par l’estuaire des trois rivières, soit de vous installer pour un temps indéterminé à Déprime-sur-Génétique. Vous n’aurez rien vu du pays, mais vous serez parvenus à votre but bien plus rapidement que les autres.
Itinéraire 2 : détail

Troisième Itinéraire
Si vous aimez les sites remarquables, nous vous conseillons d’emprunter cet itinéraire. Il est absolument parfait pour découvrir les plus belles villes bâties par les Déprimés. Les routes sont larges, sûres, sans danger. Il suffit de vous laisser entraîner par le charme des bourgades que vous allez traverser.
Cette fois, le point de départ est Bonne Profession. Cité ancienne, certes, mais qui mérite qu’on la visite de fond en comble et qu’on jouisse tranquillement de toutes ses beautés. Cependant, un séjour trop prolongé à Bonne Profession vous empêcherait de goûter à tous les plaisirs qui vous attendent.
Au sortir de Bonne Profession, la route tourne à gauche et se dirige vers Coup Dur, une fois encore. Après la visite de la capitale, sortez par la grande route de droite qui vous mènera à la ville de Stress. N’hésitez pas à y faire étape, ne serait-ce que pour déguster les spécialités locales : la tarte à l’énervement, les divers fromages aux engueulades, les crus du vignoble de l’Insomnie raviront votre palais.
A partir de Stress, vous avez le choix entre bifurquer légèrement à gauche en direction de Déprime-sur-Boulot ou continuer tout droit sur Alcool, puis Canabis avant d’arriver au Lac des Délires, endroit charmant entre tous.
Alcool est une cité aussi animée que Stress mais beaucoup plus joyeuse. C’est le seul endroit à Déprime où l’on fait constamment la fête. C’était à l’origine la Capitale du Royaume. Mais le prédécesseur de Valium, Electrochoc, trouvant la cité vraiment trop agitée transporta le Siège du Gouvernement à Coup Dur d’où il n’a pas (encore) déménagé. De Alcool, vous vous dirigerez ensuite vers Canabis, la ville des rêves, où tout devient possible. Il ne vous faudra ensuite pas longtemps pour parvenir au bord du Lac des Délires. Faire demi-tour à cet endroit est quasiment impossible. Nous vous conseillons donc de bien réfléchir avant de vous engager sur cette voie.
Si Déprime-sur-Boulot vous attire, après Stress, vous traverserez successivement Coup Bas des Collègues, étape importante sur votre route, puis Harcèlement Patronal (à ne pas rater), Mise au Placard, où vous vous reposerez quelques jours. Ne manquez pas d’admirer l’arrivée sur Congédiement. La route surplombe un instant la ville puis descend vers elle en une pente de plus en plus forte. Fermez les yeux si vous avez le vertige.
Déprime-sur-Boulot n’est plus alors qu’à quelques kilomètres. Bâtie au bord du Fleuve Boulot, elle saura vous accueillir à bras ouverts. Si vous désirez continuer sur ANPE-Chômage, vous devrez traverser en bac le fleuve Boulot. Le chemin pour rejoindre la Mer des Antidépresseurs est encore long. Pour aller plus vite, empruntez donc le bateau qui vous emmènera à l’estuaire de Déprime-sur-Génétique d’où vous pourrez atteindre la Grande Bleue.
Itinéraire 3 : Détail

(A suivre)
08:15 Publié dans Conte du pays de Déprime | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour, conte, satire, caricature, tourisme
Les Somnambules : 24
La peur, Louis. Ta peur… Je la connais, je la partage, même si je ne peux qu’en imaginer l’intensité, avec la certitude de rester bien en-deçà de la vérité. Mais je peux te décrire la mienne. C’est une peur hideuse, dévorante, qui me tourmente sans cesse. Est-il nécessaire de t’en préciser la cause ? Toi, bien sûr, ou ce qui, bientôt, ne sera plus toi…
Je croyais que l’attente était enfin achevée. Mais elle ne fait que commencer. La transformation d’Eralda s’est effectuée en quelques heures. La tienne semble être beaucoup moins rapide. Voilà des jours que tu es rétabli et aucun changement ne s’est encore opéré. Je ne cesse de t’examiner à la dérobée, essayant de déceler en toi le moindre signe avant-coureur : les cheveux, le regard, les mains… Rien. Le monstre refuse de se révéler. Tu manges, tu bois, tu dors, tu ris même, comme si tu n’avais pas conscience de cette épée suspendue au-dessus de ta tête. Mais parfois, ton rire se brise en mille éclats sonores ; parfois, ton visage se contracte, une lueur de terreur brille dans ton regard et s’éteint aussitôt. Combien de fois as-tu laissé une phrase inachevée et t’est-tu abîmé dans tes pensées, oubliant jusqu’à ma présence, à l’écoute d’une voix peut-être impossible à entendre ?… Nous n’avons jamais parlé de ce terrible instant, dans la chambre, où le temps s’est figé pour nous deux. Je sais que tu y penses, nuit et jour ; je sais que la peur et le désespoir te rongent. Hier soir, ne t’ai-je pas trouvé étendu sur ton lit, la tête enfouie dans l’oreiller ? Tu pleurais. D’un geste, tu m’as ordonné de sortir. Je suis revenu au salon, torturé par un sentiment de culpabilité qu’aucune réflexion cohérente ne peut m’ôter. Ma prière a été exaucée. Pas celle que mes lèvres ont prononcée. L’autre, l’informulée. La seule vraie. Par ma faute, peut-être, tu vas devoir bientôt te réfugier dans la Presqu ’île… Sottises, bien sûr ! C’est me donner beaucoup d’importance que de me croire le seul coupable. Dans ce genre de loterie, c’est le hasard qui décide. Mais si, sans le savoir, sans le vouloir, j’avais guidé sa main ?… Tu m’as dit hier soir que tout était prévu d’avance, que toi-même, tu avais été averti par tes rêves. Tu m’as dit qu’Eralda viendrait te chercher et qu’il fallait simplement attendre. Tu semblais presque heureux à l’idée de la revoir, comme si tu avais oublié le prix à payer… Es-tu sûr que nous ne pouvions pas changer le cours des événements ? Etait-ce réellement là ton destin… et le mien ?
Cette attente tourne à l’obsession. Le soir, j’allume volontairement un grand nombre de bougies, afin de chasser l’obscurité du salon ; je m’arrange pour que Louis occupe la place la plus éclairée. Il m’arrive même, dans la journée, de le faire sortir sur le balcon inondé de soleil, sous un prétexte quelconque ; je l’observe, je contemple son visage, ses yeux, je guette la moindre grimace de souffrance, redoutant de découvrir le premier signe de la transformation –et l’espérant parfois. Sans cesse, je le harcèle. Je sais que je suis odieux. La comédie que je joue me dégoûte et pourtant, rien ne peut m’y faire renoncer. Pas même les sourires ironiques que tu m’adresses, car tu n’es pas dupe de mon manège. Mais tu te plies à mes caprices avec une patience et une bonne volonté qui devraient me faire mourir de honte. Souvent, j’ai envie de te supplier de m’envoyer au diable, de me frapper pour que je me taise enfin… Il est vain d’attendre de toi ce genre d’aide. Celle-là non plus, tu ne me la donneras pas.
Ce soir est semblable aux autres soirs. Il est assis en face de moi, il lit. Il a disposé une dizaine de bougies autour de lui. Calmement, il tourne les pages de son livre. Ses doigts n’ont encore subi aucune transformation. Quant aux cheveux, ils sont toujours aussi noirs, aussi épais ; il relève de temps en temps la mèche qui lui tombe sur le front, la rejette en arrière, d’un geste machinal. Où le premier changement va-t-il s’effectuer ? Sur quelle partie de son corps dois-je me focaliser pour être sûr de ne pas manquer le premier stade de la métamorphose ? Il lève les yeux, me surprend en train de le fixer, me sourit et se replonge dans sa lecture. Il semble serein, détaché de tout. Je commence toutefois à le connaître suffisamment bien pour savoir que ce n’est qu’un masque. Nul être au monde ne pourrait accepter ça avec une telle impassibilité. Il possède une extraordinaire maîtrise de soi, mais si parfaite soit-elle, elle n’arrive pas à dissimuler les larmes qui ont envahi les yeux noirs. Les bougies les font tout à coup briller d’une lueur presque surnaturelle. Je les vois trembler au bord des paupières ; il détourne la tête, rapidement. Je fais semblant de chercher un stylo. Il a repris sa lecture. Seul demeure sur sa joue un vague reflet, presque imperceptible. Les bougies se consument. Le petit jour ne doit plus être très loin.
« Il faut aller se coucher », dit-il. Le son de sa voix, un peu rauque, me fait tressaillir. Il se racle la gorge puis continue –et sa voix a repris son timbre naturel : « le jour va se lever. Je suis épuisé et toi aussi. » « C’est vrai. Je n’en peux plus. »
Il pose son livre, se lève, ouvre la fenêtre. L’air tiède envahit la pièce.
« Moi non plus, murmure-t-il. Je voudrais que tout cela finisse… Ou commence… Vite ! Vite !… »
Il se retourne, vient se planter devant moi. L’expression de son visage me fait frémir. Le masque est tombé. Son calme, sa fausse impassibilité ont disparu. Je ne reconnais pas l’homme qui me fait face. Son visage n’est plus celui d’un être humain et pas encore celui du monstre qui sommeille en lui. L’angoisse et le désespoir lui tordent la bouche en une affreuse grimace.
« Tu m’as assez examiné pendant des jours, dit-il avec une violence contenue plus effrayante que n’importe quelle explosion. Ai-je changé ? Vois-tu enfin apparaître ce que tu attends ?… »
Instinctivement, je m’écarte de lui. Sa colère n’est pas dirigée contre moi, je le sais. Du moins pas totalement. Mais elle est si intense que je pourrais presque la palper. Il se prend soudain la tête à deux mains, ses épaules s’affaissent et il se laisse tomber dans un fauteuil.
« Quand, mais quand, bon Dieu, cela va-t-il arriver ? gémit-il. Je passe mon temps à me regarder dans les miroirs, à attendre, à espérer que, peut-être, cela n’aura pas lieu… Qu’ai-je donc fait pour être ainsi damné ?… Quel crime ai-je commis ? Explique-moi, dis-moi de quoi je suis coupable…Ce que j’ai vécu n’a donc pas suffi ?… »
Il éclate tout à coup en sanglots. Depuis un moment, je sentais venir la crise. Sa violence me prend cependant au dépourvu. J’entoure ses épaules de mon bras, en silence. Je voudrais lui expliquer qu’il n’a rien fait, que je suis le seul coupable, mais les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. Je voudrais… Mon Dieu, sais-je encore ce que je voudrais ?… Je caresse lentement la chevelure brune, douce et soyeuse, comme un plumage d’oiseau. J’aimerais lui transmettre cette vie que je sens bouillonner en moi et qui m’est pour l’instant inutile. Mais en lui, les forces mystérieuses et démoniaques travaillent à sa perte. La redoutable alchimie a commencé. Les transformations sont encore invisibles ; elles vont cependant bientôt apparaître. Le mal coule dans ses veines, envahit les centres vitaux, se répand dans les plus petits vaisseaux sanguins. Rien ne sera épargné. Ni le corps, ni l’âme.
Ses sanglots se sont apaisés. Il se redresse, se libère, s’essuie les yeux d’une main, me demande un mouchoir que je lui tend sans un mot.
« C’est fini, dit-il après s’être mouché. Ca va mieux. » « Louis… Et si ce n’était pas la maladie ? »
Il hausse les épaules sans répondre. Ce que je dis est absurde. C’est même extrêmement maladroit. Mais si nous nous trompions tous les deux ?…
« Ne rêve pas, réplique-t-il. Demain, tout sera sans doute terminé. »
Il tente tant bien que mal de se recoiffer puis se lève.
« Allons nous coucher. Même si nous ne dormons pas, nous serons mieux dans un lit qu’ici. »
Il me regarde souffler les bougies et sourit tristement.
« J’aimais tellement leur lumière, autrefois… » soupire-t-il.
Un instant, il effleure du bout des doigts la mèche encore fumante puis il se détourne et disparaît lentement dans les ténèbres du couloir.
J’ai dormi. C’est invraisemblable, mais réel. J’aurais volontiers juré sur ma tête que le sommeil n’allait pas venir. Et pourtant, j’ai dormi. Trop, peut-être. Le soleil est déjà haut dans le ciel, il ne doit pas être loin de midi.
Louis est déjà levé. Je le trouve debout devant la fenêtre du salon. Le front contre la rue, il contemple la rue. L’impression de déjà vécu me fait sursauter. Le temps tourne à l’envers, et me voilà revenu à ce matin ensoleillé où il m’a annoncé qu’il voulait m’accompagner à Saint-Jean. Qu’il se retourne, se sourie, me dise qu’il a envie de rencontrer d’autres gens, de voir d’autres visages, et le cercle sera refermé. Pour toujours. Mais il ne bouge pas. Les mains dans les poches de son pantalon, il continue de m’ignorer. Je m’approche, m’arrête à quelques centimètres de son épaule, l’appelle. Il tourne vers moi un visage aux traits tirés, plus pâle encore que la veille.
« Excuse-moi, dit-il, je ne t’avais pas entendu. »
Quelque chose a changé en lui, pendant cette nuit. Le visage ? Non. Les cheveux ? Non, pas davantage. Le regard ? Oui, c’est le regard. Il est un peu trop fixe ; un peu moins noir, aussi, comme si les prunelles commençaient à se décolorer… Mais surtout, il n’y avait pas dans ses yeux cette lassitude et cette résignation que je découvre aujourd’hui. Il garde les mains au fond de ses poches. J’ai compris.
« Les mains ? »
Ma voix ne tremble pas. Elle me semble détachée, indifférente. Il acquiesce de la tête.
« Les cheveux, aussi. Ce matin, j’ai trouvé de nombreuses touffes sur l’oreiller. Mais je suppose que le processus va s’accélérer… » « Oui, sans doute », dis-je. « Combien de temps, à ton avis ? » « Je ne sais pas. Un jour, peut-être moins, peut-être plus… »
Je m’applique de toutes mes forces à ne pas réfléchir. J’aurai tout le temps plus tard de penser.
« Tu as déjeuné ? » « Non, répond-il. Je n’ai pas faim. » « Il reste encore un peu de café. Tu en veux ? »
Je sors sans attendre la réponse. Dans la cuisine, je m’arrête un instant devant l’évier. Le robinet fuit, et l’eau s’écoule, goutte à goutte… Voilà. L’attente touche à sa fin. Ce soir, avant peut-être, il quittera l’appartement, descendra l’avenue jusqu’au quai, traversera le fleuve… Et la Presqu ’île l’engloutira. Je ne veux pas assister à cela. Dieu merci, l’autre matin, dans mon affolement, j’ai oublié les trois-quarts de mes provisions à Saint-Jean. Il faut que j’y retourne, cette après-midi même. Je pourrais attendre jusqu’à demain, c’est vrai ; mais j’ai envie de les voir, soudain : Renaud, Olivier, Mona-Lisa et les autres… Je ne veux pas rester seul avec lui. Je dois fuir cette maison, avant que mes yeux ne contemplent un spectacle qu’ils n’auraient pas la force de supporter…
Lorsque je reviens au salon, un plateau dans les mains, Louis, qui s’est installé sur le divan, m’adresse un sourire forcé. Je lui annonce que je dois me rendre à Saint-Jean. Un mouvement de tête m’indique qu’il a reçu le message. Il a pris son bol à deux mains et le porte à sa bouche. Je regarde ses doigts. Ils sont toujours aussi fins, longs ; mais l’extrémité commence à se courber.
« Une fois de plus, tu vas devoir y aller seul, dit-il avec un petit rire, en reposant son bol. Mais c’est très bien ainsi, continue-t-il. Je ne veux pas que tu assistes à ça. De toute façon, je serais parti avant la transformation totale… Va à Saint-Jean, restes-y le plus longtemps possible, jusqu’à ce que tout soit fini. » « Tu seras encore là ce soir, quand même ? » « Peut-être, réplique-t-il doucement. Ou peut-être pas. Tout dépendra de l’évolution. Mais ça m’étonnerait… »
De nouveau, nos regards se croisent, se mêlent, longtemps. Le même mouvement nous dresse face à face, nous jette dans les bras l’un de l’autre, en une étreinte désespérée. C’est l’adieu définitif, je le sais et lui aussi… Et puis, il reprend en silence sa place devant la fenêtre, le regard fixé sur les collines déjà brûlées par le soleil.
(A suivre)
08:00 Publié dans romans sérieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Litérature, roman
30.01.2008
Qui veut gagner des lardons ? n° 5
Jeu n° 5
Toujours à son poste, Astrocochon, le magazine des cornichons, vous offre, pour la cinquième semaine (et certainement pas la dernière) votre jeu favori.
Préparez votre barbecue, les lardons arrivent…
Bonne prise de tête. Attention, vous savez maintenant qu’il y a parfois plusieurs bonnes réponses ! (Comme il peut n’y en avoir aucune…)
QUESTION 1 : CIVISME ET POLITIQUE
Quelle sera la prochaine interdiction qui va nous tomber sur la tête concernant les lieux publics ?
A – Interdiction de s’embrasser dans les lieux publics ;
B – Interdiction de faire chier les autres avec les mouflets dans les lieux publics ;
C – Interdiction de s’asseoir dans les lieux publics ;
D – Interdiction de respirer dans les lieux publics.
E – Interdiction de traverser les lieux publics.
QUESTION 2 : ACTUALITE
Qui, d’après une certaine radio nationale –et un « journaliste » qui n’a pas peur du ridicule- recommence à hanter les cafés depuis l’interdiction d’y fumer ?
A – Les mamans à bébés ;
B – Les bonnes femmes à poussette ;
C – Les mères à enfants ;
D – Les génitrices de futurs apprenants.
QUESTION 3 : CHANSON
A qui Léo Ferré fait-il allusion dans sa chanson Madame la Misère ?
A – Cosette
B – Fadela Machin Chose
C – La reine d’Angleterre
D – Personne en particulier.
QUESTION 4 : CINEMA
Quel est le réalisateur du film ô combien célèbre : Sous le plus grand chapiteau du monde ? (sous-titre : cirque et compagnie.)
A – François Fillon
B – François Hollande (faut pas toujours prendre la même, on finirait par dire que je lui en veux.)
C – Cecil B. de Mille (orthographe approximative)
D - Nicolas Sarkozy
QUESTION 5 : HISTOIRE
Louis XIII est le fils de :
A – Louis XII
B – Son père
C – Henri IV
D – Marie-Antoinette
QUESTION 6 : LITTERATURE (pour les initiés)
Dans quel ouvrage trouve-t-on le personnage ô combien inoubliable de Porcilius ?
A – Truisme
B – Le sourire du cochon
C – Vivre et penser comme des porcs
D – un roman en attente d’édition.
QUESTION 7 : MUSIQUE
Qui a composé ce célèbre morceau de musique contemporaine : Symphonie pour Casseroles allumées, fourchettes désaccordées et cantatrice hystérique ?
A – Pierre Boulez
B – Marcel Landowski
C – Paul Bocuse
D – Un mec qui squattait les ondes de France Musique dans les années 70.
QUESTION 8 : ECONOMIE
Quel est l’autre nom du système ultra libéral ?
A – L’enculage
B – L’esclavage
C – Le matraquage
D – Le non partage
QUESTION 9 : CULTURE GENERALE
Qu’est-ce que l’astragale ?
A – Une fleur de montagne
B – Un petit os du pied
C – Le titre d’un roman d’Albertine Sarrazin
D – Une maladie des astres.
QUESTION 10 : GEOGRAPHIE
Quel autre nom donne-t-on à l’Espagne et au Portugal ?
A – La péninsule des barriques ;
B – La péninsule hystérique ;
C – La péninsule à Derrick
D – La péninsule ibérique.
REPONSES :
Question 1 : Réponse au choix, A,C,D, et E. Pour la B , faut pas rêver !
Question 2 : La bonne réponse est la réponse A. (véridique. A France-Inter, pour ne pas nommer la station en question. J'ai adoré la précision "à bébé" : dès fois que c'aurait été des mamans "à pustules" ou "à vendre" !) Mais on accepte toutes les réponses.
Question 3 : Réponse D. ( La Reine d’Angleterre ! Et puis quoi, encore ?)
Question 4 : Réponse C. Les autres font bien du cirque, mais ce n’est hélas pas le même.
Question 5 : Réponse C, certes, mais aussi B tas de nouilles. Donc, si vous n’avez pas répondu C ET B, pas de lardon !
Question 6 : Réponse B ET (hélas !) D. Si vous connaissez quelqu’un qu’une saga porcine intéresse…
Question 7 : Réponse D. C’était insoutenable : les glapissements d’une cuisinière en folie !
Question 8 : Les quatre réponses sont justes, quelle que soit celle choisie.
Question 9 : Réponse B ET C. Le roman a même été adapté au cinéma avec (je crois) Marlène Jobert dans le rôle principal.
Question 10 : Réponse D, évidemment. Pardon, Carmen.
08:20 Publié dans Jeu : "Qui veut gagner des lardons ?" | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jeu, humour, satire, caricature
Les Somnambules : 23
« Ton rêve, murmuré-je. Tu connais la fin, n’est ce pas ? » « Est-ce réellement la fin ? Je sais seulement ce qu’il y a au bout de cette avenue. »
Je sens mes mains se glacer, malgré la chaleur.
« Et… Qu’est-ce que c’est ? »
Il ne répond pas tout de suite. Il semble réfléchir, le regard dans le vague. Et quand il se décide enfin à parler, sa voix tremble d’une émotion contenue.
« Rien d’effrayant, au fond. Et pourtant… » Il avale sa salive et reprend : « J’ai revu les carrefours, d’innombrables carrefours… Et près de moi, quelque chose marchait. Au loin une lueur perçait l’obscurité… C’était la première fois que je la voyais dans le rêve. Une lueur étrange, fixe, mais tremblotante, comme celle d’une bougie. Elle ne semblait pas très forte mais dans les ténèbres, je la distinguais bien. Bizarrement, elle n’était pas dans l’avenue. Je veux dire, pas à hauteur d’homme… Très haut, bien plus haut que les arbres… Mais pas dans le ciel. On aurait dit qu’elle se trouvait sur le toit d’un immeuble ou au dernier étage. Plus je m’approchais, plus elle grandissait… J’ai fini par comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une lumière, mais de centaines de lumières, que quelqu’un avait disposé sur les rebords des fenêtres. C’était sans doute des bougies. Un nombre incroyable de bougies… La lumière devenait éblouissante. Je me suis arrêté devant l’immeuble… Et… Et une voix, à côté de moi, a chuchoté, très distinctement : « nous sommes arrivés ». C’était celle d’Eralda… »
De nouveau, le silence. Sa main agrippe mon genou, s’y accroche, comme si j’avais le pouvoir de repousser ces images d’épouvante.
« Tu comprends à présent pourquoi j’ai peur. Ce n’est pas en vain que je fais ce rêve depuis si longtemps. Elle et moi… Nos destins sont liés. Et elle le savait. Elle l’a toujours su… Ne m’a-t-elle pas affirmé que nous nous reverrions ?... »
Il fixe sur moi un regard halluciné, dans lequel l’horreur et le désespoir, déchaînés, hurlent comme des damnés. Avec une force prodigieuse, il m’arrache à mon siège, me fait tomber près de lui et prenant mon visage entre ses mains, il approche ses lèvres de mon oreille et murmure :
« Je ne veux pas devenir comme elle… Empêche cette abomination de s’accomplir… »
Les mêmes paroles que celles d’Eralda ; la même intonation ; la même exhortation… Terrorisé, je me débats pour échapper à cette étreinte de fer et cours vers la porte, comme si tous les démons de l’enfer étaient à ma poursuite.
« Reviens, je t’en prie… »
Cet appel me cloue sur place, la main sur la poignée de la porte. J’ignore comment je me retrouve, l’instant d’après, tout près de lui. Nous restons silencieux, face à face. Perdu dans le sombre dédale de son regard, j’erre, seul, à la recherche de quelque chose que j’ai entrevu, une seconde et qui maintenant m’échappe, pour toujours.
« Je te demande pardon, dit-il, de nouveau maître de lui. Je n’aurais jamais dû me laisser aller de cette façon. Après tout, ce n’est qu’un rêve… » Un sourire moqueur apparaît sur ses lèvres. « Seulement un rêve… Et j’étais encore sous son emprise. J’ai réagi comme un gamin. Mais tout va bien, à présent. N’aie pas peur. » « Je n’ai pas peur. Du moins pas de ce que tu crois. » « Ecoute. Le temps presse, et j’ai quelque chose d’important à te demander… »
La douceur de sa voix, si amicale, le regard chaleureux qui s’attache au mien, la clarté de son sourire font voler en éclats mon dernier rempart de dignité –bien fragile. Je me mets tout à coup à pleurer, à gros sanglots, sans pouvoir me retenir. Plus j’essaie de me calmer, et plus les sanglots redoublent. Je songe à tout ce que nous avons vécu ensemble, à la vie qui m’attend après sa mort, à tout ce que j’aurais aimé lui dire, à cette scène atroce où, pour la seconde fois, j’ai failli le trahir… Et ce rêve abominable, prémices, peut-être, d’un destin contre lequel je n’ai pas pu, pas voulu lutter, que j’ai même certainement aidé à s’accomplir… Il ne dit rien, attend que les sanglots s’apaisent. Immobile, il me regarde et à travers mes larmes, je vois son sourire disparaître, ses traits se figer en une expression d’indifférence lointaine.
« Calme-toi, dit-il tranquillement. Et écoute-moi. »
Son visage n’est plus qu’un masque lisse, sévère, d’une glaciale beauté. Seul le regard noir, profond, jette encore une étincelle de vie.
« Je veux que tu me promettes une chose, poursuit-il. Quand je serai mort, quitte la ville. Une bonne fois pour toutes. Tu n’as rien à y faire. Cherche un endroit où la vie a repris, comme avant. Je suis sûr qu’il en existe un, quelque part… Vincent n’a vu que ce qu’il voulait voir. Ici, c’est la mort qui t’attend. »
« Où que j’aille, elle me suivra, murmuré-je. Et même si je parviens à la distancer, elle me retrouvera, n’importe où… » « C’est juste, convient-il. Comme il est juste aussi qu’elle peut t’attendre au premier carrefour que tu traverseras, au premier village dans lequel tu pénètreras… » « Alors ? Quelle importance qu’elle me trouve ici ou ailleurs ? » « Il n’y a pas que la mort, dans cette ville. Il y a la folie, l’horreur, explique-t-il posément. Saisis la chance qui t’est offerte. Pars, avant que la maladie ne te frappe. Veux-tu devenir un Gardien de la Nuit ? Mourir n’est rien ; encore faut-il mourir au bon endroit et au bon moment… Ta destinée t’attend ailleurs. Pars. » « Quelle destinée ? Comment peux-tu connaître mon destin ? » « Je ne le connais pas. Je ne fais que l’imaginer, avec les éléments dont je dispose. Mais cela n’a pas d’importance. Je n’ai plus besoin de toi, à présent. Profites-en. Quitte ce lieu tout de suite. Va-t-en ! »
La dernière phrase claque comme un coup de fouet. Je me redresse, saisi.
« Je ne veux pas t’abandonner », dis-je violemment. « Pourquoi ? » « Je ne veux pas t’abandonner », répété-je, incapable de prononcer d’autres mots. « Tu es stupide. Que tu sois là ou non ne changera rien au résultat. Je vais mourir. Tout à l’heure, ou cette nuit. Demain, ce sera terminé. Va-t-en ! » « Non. Tu ne peux pas m’y obliger. » « Exact, admet-il avec un petit rire. Mais tu ne me facilites pas la tâche. »
Il soupire, visiblement las, tout à coup, de cette discussion.
« Promets-moi au moins de partir ; demain au plus tard. »
J’incline la tête.
« Quand tout sera fini, dis-je. Je te le promets. Mais pas avant. » « Relève le store, s’il te plait. J’ai envie de voir le soleil. Tu as été un merveilleux ami, continue-t-il tandis que j’obéis. J’aurais voulu t’aimer comme tu m’aimes. Mais ce n’est pas ma faute. Je ne pouvais pas… »
Je sens mon visage s’empourprer. J’achève maladroitement de coincer la corde du store afin qu’il ne retombe pas et je reste un moment immobile, face à la rue déserte, le temps de laisser les battements de mon cœur se calmer.
« Je ne te l’ai jamais demandé », dis-je, continuant de regarder l’immeuble d’en face, les mains crispées sur le rebord de la fenêtre. Je me retourne enfin, prêt à affronter son regard. Mais il a fermé les yeux. Je reprends ma place sur la chaise, à son chevet.
« Je voudrais rester seul, dit-il soudain. M’endormir seul. S’il te plait… »
Il rouvre les yeux, me sourit. Sa main cherche la mienne, la serre, une dernière fois.
« Disons-nous adieu, sans démonstrations excessives. Je vais m’endormir tranquillement. Je t’interdis de revenir ici avant demain matin, quoi qu’il arrive. D’accord ? » « D’accord », dis-je, alors que tout mon être se refuse à admettre l’évidence.
C’est à peine si j’ai pu acquiescer. Mais son regard impérieux m’oblige à rester digne.
« N’oublie pas ta promesse. » « Non. Je n’oublierai pas. »
Encore une pression de main, longue, très longue. « Va », dit-il. Je me lève, me dirige vers la porte. Ce n’est pas moi qui marche ainsi, d’un pas ferme et assuré, qui ouvre cette porte et sors, sans un regard en arrière. Ce n’est qu’un automate, un assemblage de rouages compliqués mû par une incompréhensible énergie. Mon âme est restée là-bas, près du lit où il s’endort, dans le soleil…
Cette nuit, c’est la pleine lune. Ses rayons déchirent l’obscurité, projetant sur la ville une pâle lumière froide. Les ténèbres semblent s’éclaircir. Ca et là, on distingue les contours de quelques immeubles, le tracé rectiligne ou sinueux d’une rue, d’une avenue. Assis sur le balcon, je fixe ce monstrueux œil jaune qui ne cligne jamais des paupières, éternellement ouvert sur l’immensité du vide. Qu’y a-t-il derrière cet œil cyclopéen, au-delà du ciel, au-delà des étoiles ? Est-ce l’infini, le néant ?…
Je ne suis pas retourné dans la chambre de Louis. J’ai passé les dernières heures de l’après-midi sur ce balcon, à lutter contre l’envie de le revoir, une ultime fois. Je n’ai pas osé transgresser l’interdiction. Il voulait être seul pour la recevoir. Et j’ai beau eu guetter, attendre, je ne l’ai pas entendue frapper à la porte. Elle est entrée discrètement, sur la pointe des pieds. Comme une voleuse. Me voilà seul, de nouveau. Demain, je devrai tenir ma promesse : partir. Mais où aller ?
Toute la nuit à tenir, interminable !… Il est inutile que j’essaie de dormir, le sommeil ne viendra pas. Je préfère rester là, silhouette solitaire et immobile, baignée par le clair de lune. Le temps finira bien par s’écouler, je le sais. Il est bien trop tôt pour commencer ma promenade dans l’appartement ; trop tôt pour allumer la bougie qui accompagnera mon errance de l’aube… Que puis-je faire sinon attendre, penser, me souvenir ?… Inventer à mon tour une autre vie, comme ceux de Saint-Jean, et me la raconter à voix haute. Ma vie rêvée. Peut-être la seule vraie.
Les heures tombent, lentement, les unes après les autres. La lune est toujours là, immobile. Plus la nuit s’avance, et plus elle me paraît devenir maléfique. De son empyrée, elle a suivi la lente montée du drame, témoin silencieux et impassible ; et c’est peut-être grâce à sa lumière que l’Ennemie a su trouver l’endroit où il se tenait. Si elle ne lui avait pas indiqué le chemin, jamais elle ne serait parvenue jusqu’à nous…
J’ai remonté le cours du temps. Devant mes yeux, j’ai vu défiler un film dont je connaissais chaque plan, chaque séquence. J’en avais écrit moi-même le scénario et les dialogues. Il me suffisait de rajouter quelques scènes, de changer quelques répliques pour visionner un tout autre film, idéal celui-ci. La nuit était propice à ce songe intérieur. J’avais trouvé le fil d’Ariane, et il ne m’était pas difficile de le suivre ; il fallait simplement prendre garde à ne pas le rompre en l’enroulant dans ma main. Souvent, je me suis arrêté pour contempler telle ou telle scène, imaginant des modifications dans le décor, les dialogues, les jeux de physionomie. Lorsque je suis arrivé au cœur du labyrinthe, à la source même de ma vie, je n’ai eu qu’à dérouler le fil dans une autre direction et tout s’est effacé, tout s’est transformé. J’ai vu, j’ai ressenti, j’ai vécu ce qui pour moi était jusque là resté mystère et jeu de l’esprit. Des gouffres de mon imagination sont nés des êtres de chair, que j’ai caressés, aimés, qui n’ont pas seulement traversé ma vie mais s’y sont installés, dérangeant mes habitudes, m’obligeant à les voir, à les entendre, à leur consacrer un peu de ce temps qui ne cessait de me fuir pour mieux me perdre. J’ai rêvé, sur ce balcon, rêvé les yeux ouverts, sans dormir ; j’ai laissé glisser sur moi le manteau noir de la nuit et, enveloppé dans ses plis, je me suis évadé sur les flots tumultueux du délire…
L’aube m’a trouvé à la même place, engourdi, les yeux brûlants de fatigue, conscient qu’il me fallait revenir à la réalité et incapable de résister à l’attrait du rêve. J’avais pourtant vu la nuit décroître, s’effacer, tandis que, là-bas, à l’est, la barre argentée commençait d’éclairer faiblement l’horizon. Mais je n’ai pas pris garde aux subtils changements qui annonçaient l’aurore. Je me suis tout à coup rendu compte que l’immeuble d’en face devenait plus net, que je pouvais percevoir la couleur beige de sa façade ; j’ai tourné la tête, trop tard. Le petit jour était né.
Il est l’heure, maintenant, d’affronter la vérité. Pas une seule fois, cette nuit, je n’ai songé à celui qui repose dans cette chambre close. J’ai cependant vécu des heures intenses, à ses côtés, dans la lueur blafarde des rayons de lune. Mais l’aube l’a chassé et la lumière des bougies n’éclaire plus que l’ombre d’un désir, le souvenir trompeur de quelqu’un qui n’a jamais été…
Pénétrer dans la chambre a été facile ; tout comme il m’a été facile de baisser le store, de fermer la fenêtre, d’allumer quatre bougies qui brûlent à la tête et au pied du lit. Il est là, couché. Bien réel. Renaud avait raison, finalement. Les souffrances sont achevées. Les siennes comme les miennes. Il se repose, à jamais. Et l’Ennemie, en venant le chercher, m’a fait un somptueux cadeau : il est désormais à moi, sans restriction. Dans ma mémoire, dans mes rêves. Plus aucune réalité décevante ne viendra me l’enlever.
Je m’approche, sans hâte. J’ai tout mon temps, à présent. Tout mon temps pour le regarder, caresser ce front lisse… Je me penche lentement vers ces lèvres entrouvertes…. Qui laissent échapper… Un souffle tiède…
Il vit.
(A suivre)
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29.01.2008
Le club des Péremptoires : Musclor
LE CLUB DES PEREMPTOIRES : MUSCLOR
OU
LE COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE
« Salut, les p’tits cons ! Salut, les grosses poufs ! »
Une voix claironne son bonjour dans la salle des urnes funéraires. Musclor vient d’arriver. Les têtes se relèvent. Les « pt’its cons » sourient avec condescendance et les « grosses poufs » prennent un air indigné qui les rend encore plus poufs.
« Salut, vieille merde ! »
Telle est la réponse que Musclor s’attire.
On pourrait croire que ça se passe comme ça tous les jours. Non, quand même. Musclor se montre volontiers grossier, voire vulgaire mais sait aussi, quand il le veut bien, saluer convenablement une assemblée. Et puis, ça finit par devenir un jeu, cette manière un peu… brutale de s’annoncer.
Musclor est grand, très grand ; Musclor est large d’épaules ; il est affligé d’un « léger » embonpoint consécutif à la grossesse de sa femme (non, non, je ne me trompe pas, ils ont grossi de conserve, il parait que c’est très à la mode chez les jeunes pères) ; hélas, ce colosse vacille assez souvent sur sa base. On le dirait bâti à chaux et à sable : nenni : Musclor ramasse tous les microbes et virus qui traînent dans le coin et passe l’hiver entre Dames Angine, Bronchite, Rhinopharyngite et Pseudo-Pneumonie, tout ça parce que sa mère a eu la mauvaise idée de le bourrer de médicaments depuis sa naissance et que son système immunitaire est incapable de se débrouiller sans l’aide de Monseigneur Antibiotique.
Quand il est en bonne santé, Musclor parle. Et c’est parfois redoutable. Il a formé avec quelques uns de ses congénères un groupe nommé « le Club des Péremptoires. » Règle numéro un : ne pas discuter, affirmer. Et de préférence très haut et très fort. On écoute à peine leurs élucubrations tellement ça devient chiant au bout de cinq minutes.
Jetez n’importe quel sujet sur la table : le Club des Péremptoires va s’en emparer et transformer quelque chose d’anodin en une véritable guerre de Troie. Tout est prétexte à profondes idées philosophiques, exhibition d’érudition et assénement d’hypothèses devenues certitudes. Naturellement, chacun est persuadé de détenir la vérité eu égard à sa profonde culture et à ses nombreuses lectures. Musclor tient brillamment sa partie dans ce spectacle de cabotins. L’air extatiquement sérieux, l’œil luisant d’une inspiration divine, les lunettes diaboliquement intellectuelles, il pourfend l’adversaire avec des formules meurtrières, prononce des sentences définitives d’une voix définitive censée vous expédier définitivement au tapis et perd toute mesure lorsqu’il s’agit de dire ce qu’il pense –sa pensée ne pouvant évidemment être que la meilleure de toutes. (Mais là, il a de la concurrence, comme vous le verrez prochainement.)
Un certain nombre de personnes le trouve insupportable. Honnêtement, ça dépend des jours. Il peut faire preuve de beaucoup d’humour, ce n’est fondamentalement pas quelqu’un de méchant –seulement un peu pénible- et il est certain qu’il sait beaucoup de choses. (Vous me direz, ça vaut mieux vu l’endroit où il sévit travaille.) Il semble avoir également une double personnalité : beauf intégral un jour, prof cultivé un autre jour. A quoi peut-on attribuer cette particularité ? En tous cas, pas à l'astrologie, Musclor n'est pas gémeaux. (Mais votre serviteur, si. D'où ce que vous avez constaté depuis belle lurette.)
Hélas, il ressemble à un éléphant égaré dans un magasin de porcelaines. On ne lui a jamais appris la diplomatie, l’art de la nuance, la légèreté du trait, la finesse de l’esquisse, la réponse à double sens avec d’exquis sous-entendus, bref, tout ce qui fait en somme le charme de ces portraits.
On aurait pu penser que Musclor se serait un peu dégrossi en changeant de statut social et en devenant père de famille. Le fait est qu’il brille moins souvent dans les réunions du Club des Péremptoires. Il a par contre acquis l’état d’esprit de tous les jeunes pères : il est devenu complètement idiot.
Exemple : Encore plus faux cul qu’à l’accoutumée, Monsieur de Lavallière, qui se doutait de la réponse, lui demande un matin, comme s’il s’agissait d’une bonne plaisanterie, s’il avait lu la nombreuse littérature pour futurs parents angoissés. Musclor répond naïvement que « oui, bien sûr, il s’est farci l’œuvre complète de Laurence Pernoud dans la Pléiade et que d’ailleurs, ça lui a coûté la peau des fesses. » Monsieur de Lavallière continue son interrogatoire faussement naïf. « Et tu crois vraiment que ça va t’apprendre quelque chose ? Je veux dire, tu ne peux pas faire appel à ton simple bon sens ? » Sursaut indigné de Musclor. « Mais enfin ! Il y a des gestes essentiels à connaître, ne serait-ce que pour tenir le bébé sans lui faire mal ! » Evidemment. Musclor devait effectivement penser qu’un gamin se tenait par les pieds, ou par les cheveux, la tête en bas de préférence, et le plus près possible du mur pour bien pouvoir l’éclater quand on le bercerait.
Que voulez-vous répondre à ça ?
Dernière en date : il parait qu’il existe plein de jeux rigolos et psys (ça va ensemble, bien sûr) nouveaux ; Musclor va les essayer sur sa fille.
L’amour c’est beau ; mais, quel qu’il soit, ça rend très con, je l’ai toujours pensé. Par expérience personnelle.
08:15 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : portrait, humour, caricature, satire
Les Somnambules : 22
Comparé aux petits-déjeuners d’antan, celui que je lui apporte fait piètre figure. Assis sur une chaise à son chevet, je le regarde dévorer à belles dents. Je ne peux rien avaler, pas même le café. Il me demande de lui raconter ma nuit à Saint-Jean. Ce que j’ai vécu là-bas me paraît à présent irréel. L’arrivée de Vincent, la soirée au cabaret ne l’intéressent guère. L’annonce de la mort d’Elsa l’impressionne davantage. Mais le récit de la transformation et du départ d’Eralda le bouleverse. Il repose son bol, repousse le plateau. Son visage est devenu très pâle. Il reste un long moment silencieux, tête baissée, le regard fixé sur ses mains.
« Ainsi c’est arrivé, murmure-t-il. Elle est partie. Ce soir, elle se promènera dans la Presqu ’île, une torche à la main, comme les autres… » Ses doigts se crispent sur le drap avec une telle violence qu’ils semblent vouloir le lacérer. « Nous ne la reverrons plus, poursuit-il. Plus jamais… » Sa voix se brise sur le dernier mot. Il se détourne, pas assez vite cependant pour dissimuler l’émotion qui ravage ses traits. « Eralda… » Ce n’est plus qu’un chuchotement, un souffle de plus en plus ténu qui vient mourir sur la dernière lettre du prénom. A nouveau, le silence s’installe entre nous. Lourd, dense. Etouffant.
« Il ne reste plus qu’Olivier, maintenant, reprend-il tout à coup. Et Renaud. Lui, tellement plus fort que les deux autres… »
Il tourne vers moi un regard fiévreux, presque hagard, comme si une vision d’épouvante s’imposait soudain à lui.
« Prends garde ! Ils ne sont pas ce qu’ils prétendent être… »
Il me fixe intensément. Me voit-il ? Est-ce moi qu’il regarde avec un tel désespoir ? Je le saisis aux épaules, le secoue de toutes mes forces.
« Louis, arrête ! Tu délires ! »
Ses yeux se ferment, il laisse échapper un gémissement de douleur. Je le lâche aussitôt.
« Tu ne sais plus ce que tu dis… »
Il soulève les paupières, me sourit.
« Je délire, oui. Tout cela n’est qu’une illusion. Tu as raison. La fièvre a dû remonter. D’ailleurs, il fait une chaleur ici… »
C’est mon tour de le fixer intensément. Puis je me lève d’un bond. L’attitude de Renaud, cette nuit, après le départ d’Eralda, vient de me revenir en mémoire. Cette impression de force et de domination absolue qui irradiait de son visage, de son corps, et cet avertissement concernant Louis… Il savait. Ce que ma raison refuse d’admettre, mon instinct le comprend, l’accepte…
« Le plateau, dit Louis. S’il te plait, pose-le sur une chaise. Il me gêne. »
J’obéis machinalement.
« Tout cela n’a plus grande importance, poursuit-il. Pour moi, le jeu est terminé. Et toi… »
Il hésite, sa main froisse nerveusement le drap. Ce qu’il a à dire est donc si difficile ?
« Et moi ? » répété-je pour l’encourager. « Toi, tu sais te taire. Tu sais accepter les choses sans poser trop de questions. Ici, c’est ton meilleur atout. »
J’ai envie de rire, tout à coup. Il m’arrive parfois de comprendre à demi-mot ce qu’on veut me dire.
« Je n’ai rien compris et rien deviné. Tu le sais très bien. L’observation et l’analyse ne sont pas mon fort. » J’ajoute, dans un accès de franchise : « je ne peux pas être à la fois à l’écoute des autres et de moi-même. Je suis bien trop égoïste pour cela. »
Il sourit.
« Il faut l’être si tu veux survivre. D’ailleurs, je ne m’inquiète pas pour toi. Tu t’en tireras. Bien que le pire soit encore à venir. » « Que veux-tu dire ? » « Rien, répond-il hâtivement. Ce n’était qu’une impression… » « Louis, qui sont-ils réellement ? »
Il garde le silence. Je me penche sur lui. Je dois savoir, il doit m’aider à poser un nom sur ceux que je n’ose plus nommer. Seul, je ne parviendrai pas à réunir tous les indices, je ne saurai pas suivre jusqu’au bout mes intuitions et donner les bonnes réponses à ces terribles énigmes.
« Je ne sais pas, dit-il enfin. C’est à toi de le découvrir. Moi, je n’ai plus le temps. Tu as les mêmes informations que moi. Tu as vu ce que j’ai vu. Continue tout seul. Tu en sais autant que moi. » « Sans toi, c’est impossible », dis-je impulsivement. « Cesse de faire l’enfant, réplique-t-il d’une voix sèche, visiblement irrité par le ton pleurnichard que –je m’en rends compte à l’instant même- j’ai adopté. Tu es intelligent ; ne joue pas les idiots pour le simple plaisir de t’entendre dire que tu ne l’es pas. Tu vivais, avant mon arrivée, il me semble ; tu continueras de vivre après ma mort. Je ne te suis en rien indispensable et tu as atteint l’âge où on peut se débrouiller seul. »
Il me décoche un coup d’œil perçant, dénué de bienveillance.
« Il est temps de te prendre en charge, tu ne crois pas ? Cesse de te raconter des histoires, d’attendre. Prends ta vie en main. Et ne fais pas comme moi », achève-t-il plus doucement.
Le ton, bien plus que les paroles, me fait baisser la tête, honteux de ma puérilité. Je viens de recevoir une gifle salutaire et si j’étais beau joueur, je le remercierais de ce brutal rappel à l’ordre.
« Tu as raison, dis-je tout bas. Je suis désolé. »
Je suis prêt à ajouter que Renaud m’a fait à peu de choses près les mêmes reproches mais Louis ne paraît guère avoir envie de poursuivre la conversation. Il baille, ferme les yeux. Je me lève et saisis le plateau.
« Je vais te laisser. Tu as besoin de te reposer. » « C’est vrai que j’ai sommeil, avoue-t-il. Mais tu peux rester. » Il ajoute, malicieux : « Inutile de te tourmenter. Ce ne sera qu’un petit somme. L’heure n’a pas encore sonné. » « J’espère que tu me préviendras avant. Je veux pouvoir allumer les cierges », répliqué-je essayant, à mon tour, d’ironiser. « Sans problème, dit-il en riant. Je ne te jouerai pas le sale tour de mourir sans te le dire. A tout à l’heure. »
La cuisine est dans un état lamentable. Il faudrait laver cette vaisselle, continuer le ménage commencé dans la chambre de Louis. L’appartement est en train de devenir un nid à poussière. Il y a quelques jours, j’ai tué deux araignées et les cafards commencent à apparaître. Ces immondes bestioles sont bien vivantes, elles, et si je n’y prends pas garde, vont envahir notre espace vital.
Je pose le plateau sur la table, découragé avant même de me mettre au travail. Le visage de Renaud apparaît soudain devant mes yeux, sans que je sache pourquoi, ni comment. Il sourit tristement ; on dirait qu’il veut me confier quelque chose. D’un violent mouvement de tête, je chasse cette vision qui disparaît aussitôt. Deviendrais-je fou à mon tour ? Je m’assois un instant sur une chaise. Mes mains tremblent et je ne peux pas les en empêcher. Une force maléfique rôde autour de moi. Serait-ce elle, déjà ?… D’un bond, je suis dans la chambre de Louis. Il dort. Le drap qui le recouvre se soulève régulièrement, suivant le rythme lent de la respiration. Le visage calme et reposé, le sourire qui illumine les traits me rassurent. J’ai pourtant déjà vu le même sourire sur les lèvres d’Elsa. A peine moins épanoui. Elsa… Je pense tout à coup à la promesse que je lui ai faite et que je n’ai pas tenue. J’ai oublié ce matin de jeter la clef dans le fleuve. Elle est toujours là, dans ma poche. Et je me dis que cet oubli n’est peut-être pas involontaire. Quand Louis m’aura quitté, je fermerai définitivement cette chambre. Fenêtres closes, stores baissés : c’est dans l’obscurité, le silence et la solitude que s’effectuera l’ultime transformation. Et les deux clefs reposeront au fond de l’eau, ensevelies à jamais dans la boue noire et nauséabonde.
Le temps s’écoule. Le soleil s’élève lentement dans le ciel, atteint son zénith, s’arrête un instant, flamboyant, puis redescend sur l’horizon. Louis dort toujours. Assis à son chevet, je l’épie. Il a rejeté le drap qui le couvrait, révélant ainsi un corps amaigri certes, mais à la sensualité intacte. Je songe à Eralda qui n’aurait pas hésité à se rassasier de cette beauté. Où est-elle, maintenant ? Que fait-elle ? Je le sais, bien sûr. Et pourtant, contre toute logique, le doute s’insinue en moi. A-t-elle vraiment rejoint les damnés de la Presqu ’île ? Est-elle devenue comme eux ? Ou bien se terre-t-elle ailleurs, à l’abri de ces monstres démoniaques auxquels elle ne ressemble pas ?
Louis s’agite dans son lit, remonte le drap, se tourne sur le côté, s’apaise peu à peu. Dans la pièce, la chaleur devient insupportable. Un flot de lumière éclatante s’engouffre par la fenêtre grande ouverte et commence à brûler le visage abandonné sur l’oreiller. Sans hâte, la lumière recouvre le grand corps moulé dans le drap et le roule dans ses anneaux de feu. Il gémit dans son sommeil, sa main se lève, tente de repousser l’incandescente offensive ; il ouvre les yeux, se redresse en sursaut, me regarde, l’air hébété, puis se rallonge avec un soupir. J’attends qu’il ait totalement repris ses esprits pour lui demander s’il se sent reposé et s’il a bien dormi. Il se contente de hocher affirmativement la tête et me fait signe de baisser le store. La lumière pâlit, cède la place à une douce pénombre.
« Laisse la fenêtre ouverte, dit-il, sinon nous allons étouffer. »
Je reviens m’asseoir près du lit. J’aimerais rompre le silence, lourd de pensées secrètes, qui s’est installé entre nous ; mais je ne sais que dire. Ce sera peut-être notre dernière conversation, et ce temps qui nous reste, si court, il ne faut pas le gaspiller en paroles inutiles. Je le regarde, avec une avidité presque indécente. Je n’ai fait que cela, pendant qu’il dormait : le regarder, tenter de graver dans ma mémoire les traits de son visage, les courbes harmonieuses de son corps. Je voudrais qu’il parle, que le son de sa voix s’imprime en moi, comme une marque indélébile, un souvenir ineffaçable et éternel.
« Qu’as-tu fait aujourd’hui ? » demande-t-il.
La banalité de la question me prend au dépourvu.
« Rien, dis-je. Rien de spécial. Un peu de ménage… »
Ma réponse me semble idiote. Pire : absurde. Mais il ne semble pas l’avoir entendue. Il a cet air attentif et lointain de ceux qui écoutent une voix intérieure. Son visage, si détendu avant sa plongée dans le sommeil, est crispé, inquiet.
« J’ai peur, dit-il sans me regarder. Oh, pas de mourir, non. Je me suis habitué à l’idée de la mort. Depuis longtemps. J’ai peur de devenir comme elle, comme Eralda… » « Quelle idée ! m’écrié-je. Pourquoi veux-tu que cela t’arrive ? » « Je l’ignore, soupire-t-il. Je l’ai vue. En rêve. Telle que tu me l’as décrite. Elle se promenait sur les berges du fleuve. Seule. Elle s’arrêtait pour regarder l’eau, puis reprenait sa marche… Je la suivais. Enfin, je crois que je la suivais… Elle s’est arrêtée, s’est retournée, et m’a regardé. Elle souriait. Tu ne peux pas savoir à quel point elle était belle… Elle m’a dit quelque chose que je n’ai pas compris. Et puis… » « Et puis ? dis-je, gagné par un monstrueux effroi. Et puis ? » « Et puis rien. Elle a disparu et le décor avec elle. Je me suis retrouvé dans l’avenue… »
(A suivre)
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28.01.2008
Les aventures du Prince Lexomil : I
LES AVENTURES DU PRINCE LEXOMIL DANS LE PAYS DE DÉPRIME
Conte stupide
EPISODE I : Le Pays de Déprime : son histoire, sa géographie, des itinéraires de visite.
Quelque part dans le monde, bien à l’abri des regards indiscrets et des autoroutes puantes existe un petit pays nommé Déprime. Oh, il n’est pas bien grand ; et il est vrai qu’on ne sait pas trop comment on y arrive. Mais il est connu de la terre entière.
Déprime s’étend sur une surface d’environ …. km2, et adopte la forme assez particulière d’un rectangle à l’intérieur duquel les habitants peuvent tranquillement tourner en rond. Ce pays possède trois fleuves, un lac et deux mers intérieures. Il est bordé de tous côtés par des montagnes qui, à première vue, semblent infranchissables et que pourtant le commun des mortels peut gravir avec une facilité déconcertante.
Le pays de Déprime est fort accueillant : les habitants vous reçoivent toujours avec courtoisie, affabilité et sont prêts à partager avec tous les étrangers leurs innombrables richesses. Le voyageur arrivant à Déprime sera sans doute surpris de constater que malgré leur amabilité naturelle, les Déprimés ne sourient que très rarement et ont toujours l’air d’attendre qu’une catastrophe leur tombe sur la tête. Mais au bout de quelques jours, on ne constate plus aucune différence entre les anciens autochtones et les nouveaux arrivants. C’est dire si le mode de vie de Déprime est facile à adopter.
Déprime est un pays assez récent, conquis par les Premiers Ancêtres au 19ème siècle ; ils ne furent d’abord que quelques uns à s’installer dans ce bassin fermé par les montagnes, puis, au fil du temps, arrivèrent de nouveaux voyageurs, séduits par la vie tranquille mais non monotone de ce petit royaume. Le 20ème siècle fut celui de l’âge d’or. Des caravanes entières de futurs résidents passèrent les défilés rocheux pour venir goûter aux joies de la noire mélancolie qui faisait la réputation de Déprime. L’essor fut prodigieux. De nombreuses villes furent construites. A ce jour, on compte exactement 25 cités réparties judicieusement sur tout le territoire. Elles ne se ressemblent certes pas, bien que leur architecture soit identique et leurs habitants aussi peu joyeux les uns que les autres.
Déprime possède sa propre langue, formée de mots assez compliqués à prononcer et encore plus compliqués à comprendre mais en fait, le cosmopolitisme du pays entraîne logiquement un cosmopolitisme linguistique difficile à gérer pour les novices. Mais à son arrivée, chacun est pris en main par un Ancien qui lui enseigne les rudiments du langage des Déprimés. En général, la méthode se révèle si efficace qu’il ne faut pas plus d’un mois à un nouveau Déprimé pour adopter la langue de ses concitoyens.
Déprime est un pays essentiellement industriel. La plus grande partie de sa production se situe dans e domaine médicamenteux. Comme partout ailleurs dans le monde, Déprime a vu s’installer la société de consommation et le pourcentage d’achat de pilules diverses, de cachets, de suppositoires, d’appareils à électrochocs et de poudre de Perlimpinpin a fait un bond prodigieux depuis quelques décennies.
La population se renouvelle lentement mais sûrement. Car nul n’est prisonnier de Déprime. Du moins en apparence. Ceux qui estiment avoir pris un maximum de plaisir dans ce pays le quittent sans regrets, soit par la Terre du Sevrage, soit en se jetant dans la Mer des Suicides, comme nous le verrons plus loin en étudiant la carte du Royaume. En effet, par une bizarrerie de la nature, il est impossible de sortir de Déprime en utilisant les chemins qui vous ont conduit à cet endroit.
Toutes les classes sociales sont représentées à Déprime et il y a égalité parfaite entre les Déprimés. La pilule du chef d’entreprise est aussi efficace que le suppositoire du Proviseur de lycée ou les cachets du chômeur. Tout est dispensé avec le même souci d’être agréable aux habitants.
Le service de santé de Déprime est un modèle du genre. Chaque ville possède un immense hôpital où les Déprimés viennent se faire soigner à toute heure du jour ou de la nuit. Le traitement est gratuit car l’argent ne compte pas dans ce pays. La monnaie en circulation est l’anti-dépresseur. Chaque arrivant doit passer à la banque pour changer son argent. Le taux de change est le suivant : un anti-dépresseur vaut environ 35 euros ; le décimal de l’anti-dépresseur s’appelle le Tranquillisant. Le décimal du décimal s’appelle Le Somnifère. Les nouveaux ont parfois quelques difficultés à s’habituer à ce système monétaire mais les problèmes se résolvent au bout de quelques semaines.
On l’aura compris depuis longtemps, Déprime est une royauté dont la capitale fédérale est Coup Dur. Le Palais Royal, situé au centre de la ville, abrite les salles d’audience et d’apparat ainsi que les appartements privés de Valium, le Roi en exercice. Son fils Lexomil, est destiné à lui succéder lorsque le Roi mourra ou, ne se sentant plus capable d’exercer ses fonctions efficacement, décidera d’abdiquer.
Voici maintenant la carte du Pays de Déprime ; elle est remise à ceux qui débarquent et veulent s’installer dans cette merveilleuse contrée. On voudra bien excuser le côté artisanal de la chose, l'auteur, l'éditeur et l'imprimeur ayant fait leur possible. (cliquez sur le dessin pour l'agrandir un peu -mais ne vous faites pas trop d'illusions sur sa lisibité.)



