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31.10.2007

Cunégonde à Genève : II

Scène 2

CUNEGONDE, LEILA

LEILA (à part)

Le portier de l’hôtel ne m’avait pas trompée.

Chaque jour elle vient les vagues contempler.

Elle semble si triste et surtout si morose

Qu’à l’aborder ici, Mon Dieu vraiment je n’ose.

Et pourtant je le dois. Fifi m’attend là-haut,

Prêt à se transformer en un glorieux zéro.

Comme moi il espère que cette ambassade

Au mieux finira sur de belles embrassades,

Que nous pourrons sans peur, de retour au Palais,

Dire au cher Président : « eh bien voilà, c’est fait ! »

Mais pour que cet espoir enfin se concrétise

Il faut que je m’approche et lui fasse une bise.

A moins qu’il vaille mieux faire la révérence

Et lui rappeler là toutes nos confidences.

(Elle s’approche. Cunégonde se retourne. Un long moment de silence pendant lequel elles restent toutes deux immobiles.)

LEILA (Se jetant aux pieds de Cunégonde)

Madame !

 

 

CUNEGONDE (glaciale)

                Que viens-tu faire ici, misérable ?

De haute trahison n’es-tu donc pas coupable ?

Lorsque je suis partie, tu ne m’as pas suivie

Et je sais bien pourquoi.

 

 

LEILA

                                          Hélas, navrée je suis.

  

CUNEGONDE

Tu le peux malheureuse, en toi j’avais confiance,

Au point de t’avouer*, mais cela sans méfiance,

Tout ce je pensais, ce que je désirais.

Et de ces confidences, qu’en as-tu donc fait ?

Eloigne-toi de moi, je ne peux supporter

La vue d’une traîtresse à mes pieds effondrée.

 

 

LEILA

Epargnez-moi de grâce, écoutez ma prière.

Au nom de ce qui fut, ce qui était naguère.

J’ai péché, je le sais, et je vous ai déçue.

Pour vous je ne suis rien, seulement une grue.

Mais l’amour voyez-vous a embrasé mon âme

Je n’ai pu résister à ce fleuve de flammes,

J’avais tant attendu, j’en avais tant rêvé,

Que pour lui je l’avoue je vous ai délaissée.

  

CUNEGONDE (songeuse)

Le pouvoir a ses charmes, je ne le nie pas.

Moi-même bien souvent j’ai subi ses appâts.

Au nom de ce Seigneur, j’ai commis bien des fautes.

Je pense être sereine et soudain je tressaute

Au souvenir des mots que j’ai dû proférer,

A tout ce que j’ai fait, ce que j’ai perpétré

Et l’angoisse envahit mon âme malheureuse :

Je n’ai de goût pour rien, je marche langoureuse

Au hasard des chemins, et je me dis parfois

Qu’en la vie j’ai perdu mon espoir et ma foi.

 

 

 

 

LEILA

Vous comprenez alors ce que là je ressens.

Pour vous je verserai tout ce que j’ai de sang,

Ne me rejetez pas, entendez votre cœur

Qui s’émeut à l’écho de ma triste douleur.

 

 

 

 

CUNEGONDE

Je comprends en effet mais ne peux excuser

Que de mon ex époux tu sois l’âme damnée.

As-tu donc occulté ce que j’ai enduré ?

Crois-tu donc que l’oubli sur mon âme est tombé ?

Je sais ce que j’ai fait et ce que l’on m’a fait.

Tes pleurs et tes sanglots n’ont pour moi nul attrait.

 

 

 

 

LEILA

Et pourtant là, Madame, il faudra m’écouter.

 

 

 

 

CUNEGONDE

Retire-toi, Leila, je ne veux que pleurer,

Sur mes années enfuies, mon sort infortuné.

Qu’une opportune mort vienne donc achever

Un destin si cruel qui sur moi s’abattit !

 

 

 

 

LEILA

Madame, par pitié, il y va de ma vie !

 

 

 

 

CUNEGONDE

Ne sois pas ridicule et quitte donc ces lieux

Ta vue m’est importune et ton discours odieux.

 

 

 

 

LEILA

Vous n’entendrez donc pas ce cœur désespéré ?

Que faut-il donc faire pour que vous m’écoutiez ?

Je viens certes céans implorer mon pardon,

Et pourtant ma présence a bien d’autres raisons.

Si vous me renvoyez par un geste si laid,

Je ne passerai plus la porte du Palais.

 

 

 

 

CUNEGONDE

Que veux-tu dire ? Parle.

 

 

 

 

LEILA

                                        Que je suis troublée !

Et sous votre regard, je n’ose respirer.

Je suis du Président porteuse d’un message.

 

 

 

 

CUNEGONDE (en colère)

Va-t-en bien loin de moi, car je tremble de rage

A l’idée d’être encor aux ordres du pourceau !

Prononce une fois son nom, dis de lui un seul mot,

Et tu verras alors l’effet de mon courroux !

 

 

 

 

LEILA (en pleurs)

Cette réponse-là m’expédie dans le trou !

Vous serez invitée, c’est sûr, prochainement,

A la cérémonie de mon enterrement.

 

 

 

 

CUNEGONDE

Je me garderai bien de venir les bras nus

J’ai compris la leçon, je suis moins ingénue.

 

 

 

 

LEILA

Comme vous me raillez !

 

 

 

 

CUNEGONDE

                                         Disparais de ma vue,

Je ne t’écoute pas car je ne t’aime plus.

 

 

(Cunégonde se détourne et s’apprête à sortir par la droite. Fifi apparaît de l’autre côté.)

 

(A suivre)

30.10.2007

Cunégonde à Genève : I

CUNEGONDE A GENEVE

Pièce en un acte et quelques scènes servant de prologue à une autre pièce dont l’intrigue n’est pas encore très claire.

PERSONNAGES

Cunégonde, ex Présidente.

La Cour du Président :

Leila : ex confidente de l’ex Présidente.

Fifi : toujours Prime Minister, mais pour combien de temps encore ?

L’Esprit du Président : voix off.

La Madone des Déshérités : Toujours la même, consternante.

Trois banquiers genevois : ils représentent la corporation.

Un fabricant de chocolat suisse : idem.

Un horloger genevois : idem.

La scène est à Genève, au bord du lac Léman, dans un endroit on ne peut plus romantique.

 

 

Scène 1

Au bord du Léman. Taillis, herbes diverses. C’est le crépuscule. Lumière rouge qui tombe sur les flots du lac. Cunégonde, debout sur le rivage, regarde le paysage.

 

CUNEGONDE

Que cette heure si douce est donc triste à mon cœur !

Les souvenirs affluent, pauvres ambassadeurs

De la mélancolie qui toujours me saisit

Quand je pense au passé qui loin de moi s’enfuit.

Je revois ma jeunesse et ses beaux tourbillons,

Je revois mes entrées dans tous les grands salons,

Je me revois encor aux marches du palais,

Montant les escaliers entourée de laquais,

Accordant mon sourire à qui me savait plaire

Et jetant à mes pieds tous les impopulaires.

Regretté-je ce temps où j’étais l’égérie

De celui qu’autrefois j’appelais mon chéri ?

Regretté-je les nuits que nous passions tous deux

A faire des projets toujours bien hasardeux,

A nous prendre la tête, à tenter de savoir

Comment pousser les gens qui sont dans l’isoloir

A voter pour nous-mêmes, pour notre parti

Et gagner le combat contre l’autre abrutie ?

Les regretté-je enfin, ces joutes pathétiques

Du futur Président contre la vieille bique ?

Sois plus calme ô mon cœur et cesse de gémir.

Tu l’as voulu ainsi, tu as voulu partir.

Des ors et des diamants tu voulus t’éloigner

Et ce pays de pauvres tu voulus gagner.

Cette ville maudite sent trop la misère,

C’est la honte vraiment de tout notre hémisphère,

Tant de si pauvres gens, tant d’indigents banquiers,

Qui là, près de ce lac, viennent ce suicider !

Ce matin, tôt encore, on repêcha le corps

D’un pauvre millionnaire ayant perdu son or,

Du moins à ce qu’on dit. Il semblerait pourtant

Que ce désespéré n’ait perdu que cent francs,

Suisses, bien entendu. Ca fait cher le suicide

Mais cette perte hélas vaut bien un parricide

Et je comprends vraiment que cet homme aux abois

Ait voulu dans le lac noyer son désarroi.

Oui, douce Cunégonde, arrête de pleurer,

Plus malheureux que toi cela peut exister.

Songe à tous les bienfaits que tu vas là répandre,

Et cesse de ton âme arpenter les méandres.

(On entend un gros « plouf » sur la droite. Cunégonde sursaute. Suite incompréhensible de « bloub » divers et variés.)

Encore un ! Oh mon Dieu ! Il faudrait que j’agisse !

C’est peut-être là-bas la mort d’un petit Suisse !

Et je le vois couler, sur lui l’onde se ferme,

Il est déjà bien fait, pour lui c’est donc le terme !

Ah ! Que j’aurais voulu nager comme un poisson

Pour me jeter à l’eau, mais d’un vieux paillasson

J’ai l’étrange aptitude à ne pas bien flotter

Et le Léman sur nous fût venu s'effondrer. 

(Un temps)

Je n’entends plus de bruit. Il n’y a plus de « bloub ».

Son sort est donc scellé. Dieu le voulait, mektoub !

De ce spectacle atroce il faut que je m’arrache.

Allons dans mon palace engloutir des pistaches. 

 

(Un ronflement de moteur, puis le silence. Cunégonde regarde toujours le lac. Leila apparaît sur la gauche, fait quelques pas vers l’ex Présidente, puis s’arrête.)

 

 (A suivre)

"Casserole, cuis !"

Voici le deuxième conte tchèque que je vous ai promis.

« CASSEROLE, CUIS ! »

d'après K. J. Erben

Traduit de l’allemand par Didier Debord

Il était une fois dans un petit village une pauvre veuve qui ne possédait pour toute fortune qu'une fille. Les deux femmes vivaient dans une vieille cabane au toit de chaume percé autour de laquelle elles élevaient quelques poules. En hiver, la vieille femme allait en forêt ramasser du bois mort pour se chauffer, en été elle cueillait des fraises des bois qu'elle écrasait dans sa bouillie et en automne, elle glanait les épis de blé dans les champs moissonnés. Quant à sa fille, elle allait chaque jour en ville vendre les œufs de la veille et c'est ainsi que les deux femmes réussissaient à se nourrir tant bien que mal.

Par un beau jour d'été, ne se sentant pas très bien, la mère envoya sa fille en forêt pour cueillir des fraises. La jeune fille prit une casserole et un morceau de pain noir et se mit en chemin. Quand elle eut rempli sa cas­serole de fraises, elle fit une pause près d'une source dans la forêt. Elle s'assit, sortit le pain noir de la poche de son tablier et se mit à manger. Il était en effet déjà midi.

Tout à coup apparut une vieille femme sortie de nulle part. La vieille était vêtue comme une mendiante et tenait dans une main une petite casserole.

« Bonjour, jolie jeune fille ! s'exclama la mendiante. Je suis affamée comme jamais encore je ne l'avais été. Je n'ai pas mangé le plus petit morceau de pain depuis hier matin. Voudrais-tu bien me donner un bout de ton pain ? »

« Volontiers, répondit la jeune fille. Je peux même vous le donner entier si voulez. Moi, je pourrai toujours manger en rentrant à la maison. Ne craignez-vous pas, toutefois, qu'il soit trop dur pour vous ? »

Et elle donna à la vieille tout son repas de midi.

« Dieu te le rendra, jolie jeune fille. Dieu te le rendra ! Et puisque tu as été si gentille avec moi, je veux moi aussi te donner quelque chose : cette casserole. Arrivée à la maison, tu la poseras sur la table. Il te suffira alors de dire : «Casserole, cuis ! » et la casserole te préparera autant de bouillie que tu voudras. Et quand tu en auras assez, tu diras : « Casserole, assez ! » et elle arrêtera aussitôt. »

La vieille femme lui tendit la casserole et disparut comme elle était venue.

Arrivée à la maison, la jeune fille raconta cette ren­contre à sa mère et posa la casserole sur la table, curieu­se de voir si la vieille femme ne lui avait pas menti.

« Casserole, cuis ! » dit-elle.

Le fond de la casserole se garnit aussitôt de bouillie et se mit à cuire. Avant même que la jeune fille n'ait pu compter jusqu'à dix, la casserole était pleine d'une belle bouillie fumante.

« Casserole, assez ! » s'exclama la jeune fille émerveillée. Et la casserole s'arrêta de bouillir.

Les deux femmes s'assirent aussitôt autour de la table et se mirent à manger avec appétit la bonne bouillie aux amandes. Une fois le repas terminé, la jeune fille partit sur le marché vendre ses quelques œufs. Elle attendit longtemps ce jour-là avant qu'on ne lui en propose un prix raisonnable et il était déjà tard quand elle reprit le chemin de la maison.

A la maison, sa vieille mère en eut bientôt assez d'attendre sa fille, et elle avait en outre très faim. Elle prit la casserole, la posa sur la table et dit :

« Casserole, cuis ! »

La bouillie se mit aussitôt à cuire dans la casserole, et, avant même que la vieille femme n'ait eu le temps de se retourner, la casserole était déjà pleine.

« Il me faut encore aller me chercher une cuillère et une assiette dans la cuisine », se dit la vieille femme satisfaite.

Quand elle revint avec son couvert, elle eut une telle frayeur que son sang se figea dans ses veines : la bouillie débordait de la casserole, recouvrait déjà la table et s'écoulait de la table sur le banc pour se répandre sur le sol. La vieille femme en oublia ce qu'elle devait dire pour mettre fin à cette cascade de bouillie. Elle se précipita vers la casserole et la couvrit avec une assiette dans l'espoir de l'arrêter. L'assiette tomba sur le sol et se brisa, mais la bouillie continua à s'écouler comme un torrent. La salle à manger était déjà pleine de bouillie et la vieille femme alla chercher refuge dans le vestibule en implorant le ciel :

« Que nous a donc rapporté là cette catin ! J'aurais dû m'en douter, cette histoire ne me disait rien qui vaille. »

Quelques instants plus tard, la bouillie franchit la porte de la salle à manger et envahit le vestibule. La vieille femme ne savait plus où aller, et, prise de peur, elle alla se réfugier dans le grenier, accusant toujours sa fille d'avoir rapporté là un objet du diable. La bouillie ne cessait de gonfler et elle s'écoula bientôt par les por­tes et les fenêtres, envahissant les rues et la place du village. Qui sait jusqu'où serait allée la bouillie si, par chance, la jeune fille n'était pas arrivée à temps.

« Casserole, assez ! » s'exclama cette dernière.

Sur la place du village toutefois, la montagne de bouillie était déjà si imposante qu'il était impossible de la franchir. Aussi, ce soir-là, au retour des champs, les paysans n'eurent pas trop de toutes leurs dents, ni même de leur appétit, pour la traverser.

 

29.10.2007

Cunégonde's news

Cunégonde a donc quitté Mars avec la ferme intention de se tirer du Palais présidentiel dès que la fusée aurait atterri. A-t-elle ou non rempli sa mission auprès de l'Empereur ? A vrai dire, on s'en fiche, ce n'est pas ça le plus important. Depuis le temps qu'elle baroude sur vos écrans, vous avez dû apprendre à la connaître : notre héroïne fait toujours ce qu'elle dit, quitte à s'en mordre les doigts par la suite.

Donc, à peine revenue sur terre, a-t-elle claqué la porte du Palais et le museau de son occupant pour aller s'installer ailleurs. Elle a choisi comme nouvelle résidence le pays le plus miteux d'Europe, à savoir la Suisse, bien connue pour ses nombreux bidonvilles. Son âme charitable, me direz-vous, va trouver là de quoi s'occuper. Certes. Mais la pauvre chérie ne peut même pas le soir, après une dure journée de travail, arpenter tranquillement les rives du Léman. On vient l'embêter sans arrêt.

Mais qui ? demanderez-vous, offusqués et compatissants. Vous allez le savoir très bientôt, car nous allons la retrouver à Genève, âme meurtrie essayant d'échapper à un destin fatal...

La Chimère, le Centaure et la Polytraumatisée

Fable pour Solko, trouvée au fond d’un tiroir. (Accessoirement pour des parents – s’il y en a- affligés par l’orthographe désastreuse de leurs chérubins.)

 

 

LA CHIMÈRE , LE CENTAURE ET LA POLYTRAUMATISÉE

 

Dans la salle de bain tout en porphyre orange,

Sentant l’urine rance et saturée de fange,

La Chimère chantait, le nez à la fenêtre,

Tapotant de la patte un joli baromètre.

Trempant dans la baignoire et dans un jus marron,

Une polytraumatisée jaune citron

Marmonnait quelques mots et toujours en anglais

Car sa mémoire flasque ignorait le français.

La Chimère chanta pendant un bon moment,

Puis se dit tout à coup : c’est mon tour à présent

      Dans la boue de tremper, virons la vieille,

      Et rangeons-la donc dans cette bouteille.

Sitôt dit, sitôt fait. Première tentative :

Ce fut un bel échec, la triste maladive

Résistant comme un âne qui ne veut pas boire,

S’accrochant aux rebords de toute sa mâchoire,

Car il ne lui restait, pour se mouvoir hélas,

Que ses nouvelles dents, beau cadeau de Christmas.

       « As-tu fini de résister, vieux veau !

       Disait la Chimère en frappant le pot.

C’est à moi maintenant dans le bain de plonger,

Tire-toi donc de là, polytraumatisée ! »

       « Il n’en est pas question, répondit-on

       En bel anglais mais sans la traduction.

Je suis traumatisée plus dés orthographiée.

Dans cette boue marron j’ai le droit de nager

Mes moignons me démangent, c’est un très bon signe,

Et mon orthographe redevient curviligne.

        Je sens monter en moi tous les accords

        Grammaticaux et lexicaux d’abord,

Puis la syntaxe vient, c’est la grande jouissance,

Je suis bientôt guérie, c’est une vraie jouvence. »

La Chimère cria :. « Pauvre chose atrophiée,

Qu’on ne peut sans vomir voir photographiée*,

Penses-tu que ce bain va tes os recoller ?

Tu rêves ma chérie ; ton squelette est brisé.

Rends-moi cette baignoire, car c’est ici ma place

Ou j’appelle Centaure et ses armes salaces. »

La menace fut vaine. On s’accrocha bien plus.

La Chimère bondit et dans un saut de puce,

Parvint dans un salon plein de miroirs profonds

Dans lequel un centaure assez peu pudibond

Exhibait sa vaillance, attendant le moment

De faire visiter un si beau monument.

      « Aide-moi, l'ami, geignit la Chimère.

      La pouf dans le bain me fait des misères.

      Ca veut s'incruster, pourtant c'est mon tour

      De tremper tel un joli petit-four,

Dans la baignoire emplie de cette eau si marron. »

« Je viens, dit le Centaure ôtant son pantalon.

Qu’elle le veuille ou non, la baignoire est à nous,

L’envie lui passera de cacher son minou. »

Tout de fureur et bien d’autre chose gonflé,

Le Centaure apparaît, mais la traumatisée,

Voyant cet étalon, sent que son appétit

Se réveille à son tour et pousse un petit cri.

       Ce qui suit ne peut être raconté.

       Mais sachez que la dés orthographiée

Là se releva dépolytraumatisée,

Et fit un zéro faute à toutes ses dictées.

 

 

 

Bien des maux sur la terre ont des causes bizarres ;

Ce n’est pas en allant dans un aérogare

Qu’on résout les problèmes existentialistes.

Il suffit de si peu pour retrouver la piste

D’où l’on s’était écarté. Fautes d’orthographe ?

Polytraumatisme et panne de paragraphe ?

Le remède est bien là, trouvons donc un centaure

Et nous saurons comment on écrit hareng saur.

28.10.2007

Les trois fileuses

Toujours dans la série des contes tchèques, voici deux extraits du recueil suivant :

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Je vous livre le premier aujourd'hui, le second venant dans quelques jours. 

LES TROIS FILEUSES

 

d'après K.J. Erben, traduit de l’allemand par Didier Deborde.

 

Il était une fois une pauvre veuve qui vivait seule avec sa Ii Ile prénommée Liduska. Les deux femmes ne possé­daient pas le moindre arpent de terre ni la plus petite vache, aussi devaient-elles gagner leur vie en filant la laine. Liduska était certes fort jolie et très sage, mais elle était d'une paresse inimaginable, et, chaque fois que la mère réussissait à asseoir la jeune fille devant le rouet, celle-ci se mettait à pleurer. Liduska travaillait en outre si mal que son ouvrage était le plus souvent bon à recommencer. La mère en eut un jour assez de tant de paresse et, dans sa colère, elle gifla sa fille. La jeune fille se mit alors à pleurer si fort qu'on put entendre ses cris à quatre lieues à la ronde.

La reine qui visitait la contrée en calèche entendit des cris de douleur et demanda au cocher d'arrêter son attelage. Elle descendit de la voiture et pénétra dans l'humble demeure où avait dû, pensait-elle, se produire un bien pénible événement.

« Qu'as-tu donc à pleurer ainsi, belle jeune fille ? » demanda la reine en voyant Liduska en larmes.

« Ma mère m'a battue », répondit la jeune fille en s'essuyant les yeux.

La reine se tourna vers la mère et lui demanda : « Pourquoi as-tu frappé cette pauvre enfant ? » La mère gênée ne sut que répondre. Elle n'aurait en effet pour rien au monde confessé à la reine la paresse de sa fille.

«  Reine bien-aimée, répondit-elle enfin, cette enfant me fait vivre un véritable calvaire. Elle ne sait rien faire d'autre que filer la laine. Du chant du coq à la tombée de la nuit, elle file la laine. De la tombée de la nuit au chant du coq, elle file aussi. J'étais tellement énervée ce matin en la trouvant une fois de plus assise devant son rouet que je lui ai donné une gifle. »

La reine qui prisait elle-même beaucoup l'art de filer la laine se prit d'affection pour la belle jeune fille.

« Si ta fille aime filer la laine, laisse-la venir avec moi à la cour. Je m'occuperai d'elle et lui donnerai à filer autant de fuseaux qu'elle voudra de la plus belle laine. Qu'elle montre de l'ardeur à l'ouvrage et elle ne le regrettera pas. »

La mère fut on ne peut plus contente de se débarras­ser de sa bonne à rien de fille et Liduska partit donc avec la reine pour le château royal. Sitôt arrivée, la reine prit la jeune fille par la main et la conduisit vers ses appartements. Ceux-ci étaient remplis du sol au plafond d'un lin si beau qu'il emplis­sait la pièce de doux reflets argentés et soyeux.

« Ne rechigne pas à l'ouvrage et file tout ce lin, dit alors la reine à la jeune fille. Quand tu auras terminé, je te donnerai mon fils comme époux et tu deviendras reine. »

La reine fit livrer au château le plus beau et le plus cher rouet que l'on n’ait jamais vu. La roue était en ivoi­re sculpté et les ressorts en or. Elle fit en outre appor­ter une grande corbeille pleine de quenouilles en bois jaune et odorant puis quitta la pièce, laissant la jeune fille seule devant la montagne de lin.

La reine partie, Liduska s'accouda à la fenêtre et se mit à pleurer. Comment pourrait-elle seulement filer seule une telle quantité de lin ? Il lui faudrait pour ce faire passer ses nuits et ses jours à manier la quenouille avec ardeur pendant au moins cent ans. Or, comme on le sait, la jeune fille aurait été bien incapable de filer ne serait-ce qu'une heure. Liduska pleura toute la nuit et elle n'avait pas même accordé un regard au lin quand le clocher du palais royal sonna midi le lendemain.

Quand la reine vint voir combien de lin Liduska avait filé, elle fut surprise de voir que la jeune fille n'a­vait pas commencé. Liduska lui dit qu'elle en aurait été bien incapable parce que les larmes - sa chère mère lui manquait tant - lui avaient brouillé la vue. La reine très maternelle la consola et lui dit :

« Qu'à cela ne tienne, douce enfant. Tu n'en seras que plus courageuse demain et tu n'en mériteras que davantage d'épouser mon fils et de devenir reine. »

La reine partie, Liduska retourna à la fenêtre en sou­pirant. Elle ne travailla pas jusqu'au soir et elle ne tra­vailla pas davantage jusqu'à ce que le clocher du palais royal sonnât midi le lendemain.

Quelle ne fut pas la surprise de la reine, quand elle vint voir combien de lin Liduska avait filé : la jeune fille n'avait encore rien fait. Liduska lui dit alors qu'elle en aurait été bien incapable tant elle avait mal à la tête après avoir pleuré si longtemps. La reine la crut de nouveau, mais elle lui dit en partant :

« Liduska, il va être grand temps que tu te mettes à l'ouvrage si tu veux épouser mon fils et devenir reine ! »

Et pourtant, ce soir-là, la jeune fille ne travailla pas davantage que les deux jours précédents. Elle ne dai­gna même pas honorer le rouet d'un regard, mais, accoudée â la fenêtre, elle regarda dehors en soupirant jusqu'à ce que le clocher du palais royal sonnât midi le lendemain. La reine se mit en colère quand elle vint voir combien de lin Liduska avait filé. La jeune fille était encore à la fenêtre et semblait ne pas devoir en bouger.

« Ecoute-moi bien, Liduska, dit-elle en colère, voilà maintenant trois jours que tu ne fais rien. Demain, si tu n'as encore pas commencé à filer le lin, non seulement je ne te donnerai pas mon fils pour époux, mais je te ferai jeter dans le plus profond de nos cachots où grouillent serpents, rats et grenouilles. Je t'y laisserai mourir de faim afin que tu comprennes que l'on ne se moque pas impunément de la reine. »

Ayant proféré cette menace, la reine sortit en cla­quant la porte.

Liduska sentit la peur monter en elle et son front se couvrit de sueur à la seule pensée du lendemain. Que pouvait-elle bien faire ? Elle prépara une quenouille et s'assit devant le rouet, mais sa paresse fut plus forte que la peur et elle ne réussit pas même à filer une que­nouille entière. Elle délaissa bientôt son ouvrage et retourna à la fenêtre où elle pleura à chaudes larmes jusqu'au soir.

Elle entendit soudain frapper à la fenêtre. Liduska regarda dehors et vit trois vieilles bonnes femmes d'une laideur effrayante. L'une d'elles avait une lèvre si grande et si molle qu'elle pendait jusque sous son menton, une autre avait un pouce si large qu'il cou­vrait toute la paume de sa main droite et la troisième avait un pied si plat qu'on aurait pu croire qu'il avait été laminé par un fléau. Liduska eut si peur qu'elle recula vivement dans la pièce en tremblant. Les trois vieilles femmes lui sourirent amicalement et lui firent signe d'ouvrir la fenêtre.

« Tu n'as rien à redouter de nous », lui expliquèrent-­elles.

La jeune fille rassurée ouvrit la fenêtre.

« Bonsoir, belle jeune fille ! Pour quelle raison pleu­res-tu donc ainsi ? »

Liduska prit son courage à deux mains et répondit en sanglotant :

« Pauvre de moi! Comment pourrais-je ne pas pleurer toutes les larmes de mon corps alors que je dois filer seule tout le lin que vous voyez dans cette pièce ? Et il y a encore deux autres pièces également emplies de lin comme celui-ci. »

Elle raconta alors aux vieilles femmes que la reine lui avait promis, quand elle aurait filé tout le lin des trois pièces, de la marier avec son fils pour qu'elle devienne reine.

« A quoi bon une telle promesse si pour ce faire je dois filer jusqu'à ma mort ! »

Les vieilles femmes sourirent et lui dirent :

« Vois-tu, belle jeune fille, si tu nous promets de nous inviter à ton mariage avec le jeune roi et de nous faire asseoir à table à tes côtés sans avoir honte de nous devant tous les invités, alors nous te promettons de filer tout le lin que contiennent les trois pièces. Et nous aurons fini bien plus tôt que tu ne le penses. »

« Je ferai tout ce que vous voudrez, répondit Liduska en souriant. Mais faites vite, pour l'amour de Dieu. »

Les trois vieilles femmes entrèrent dans la pièce, envoyèrent Liduska se reposer et se mirent sans plus attendre au travail. Celle avec le pouce si extraordinai­rement large tirait le fil et celle avec la lèvre pendante le mouillait et le lissait alors que celle avec le pied aplati faisait tourner la roue. Les trois vieilles étaient habiles et l'ouvrage avançait rapidement. Et c'est ainsi que quand Liduska se leva aux premières de l'aube, ses yeux incrédules purent contempler un grand nom­bre de bobines de lin adroitement et étroitement filé. Son cœur se mit à danser dans sa poitrine en voyant le trou que les trois fileuses avaient fait pendant la nuit dans la montagne de lin, un trou si gros qu'elle aurait pu aisément s'y coucher. Les trois vieilles dames dirent « Le Seigneur soit avec toi » et partirent par la fenêtre, non sans avoir promis de revenir le soir même.

Quand la reine vint vers midi pour voir si Liduska s' é­tait enfin mise à l'ouvrage, elle fut émerveillée à la vue des belles bobines de lin. Son regard s'adoucit et elle complimenta la jeune fille pour son ardeur au travail.

Le soir même, à peine les derniers rayons du soleil disparus à l'horizon, les vieilles femmes frappèrent de nouveau à la fenêtre et la jeune fille leur ouvrit avec joie. Il en fut ainsi tous les jours suivants : elles arri­vaient discrètement le soir et repartaient tout aussi dis­crètement le matin, et, pendant que Liduska dormait, elles filaient toute la nuit. Et il en fut ainsi tous les midis, la reine venait pour voir combien de lin Liduska avait filé et elle ne trouvait pas de mots suffisamment beaux pour décrire le lin docilement enroulé autour des bobines. Chaque fois, elle complimentait la jeune fille pour son ardeur au travail et lui disait:

« Dieu me pardonne, j'ai été bien injuste envers toi ! » La première pièce fut bientôt vide et les vieilles femmes s'attaquèrent alors au lin de la deuxième pièce et, quand celle-ci fut presque vide, la reine commença à organiser les préparatifs du mariage royal. Quand la troisième pièce fut vide à son tour, Liduska remercia avec ferveur les vieilles femmes de l'avoir tant aidée. Celles-ci lui rappelèrent alors le marché qu'elles avaient conclu :

« N'oublie pas la promesse que tu nous as faite, belle jeune fille, et tu ne le regretteras pas. »

La table du mariage fut dressée et le jeune roi se réjouissait à l'idée de prendre pour épouse une femme aussi jolie que jeune et travailleuse. « Demande-moi ce que tu voudras, dit-il à Liduska. Je te l'accorderai. »

La jeune fille se rappela la promesse faite aux trois vieilles femmes et répondit :

« Me permettras-tu d'inviter à notre mariage trois de mes tantes ? Elles sont très pauvres et issues du peuple, mais elles m'ont transmis leur seule fortune : leur sagesse. »      

Le roi et la reine mère l'y autorisèrent volontiers. Le grand jour arriva enfin. Les invités prenaient place autour de la table quand la porte s'ouvrit sou­dain. Les trois vieilles femmes entrèrent vêtues d'ha­bits traditionnels on ne peut plus ridicules. La fiancée se leva aussitôt et alla à leur rencontre.

« Soyez les bienvenues, mes chères tantes, leur dit-­elle. Entrez et prenez place à mes côtés. »

Les invités regardaient ces vieilles femmes avec de grands yeux étonnés et ils auraient volontiers éclaté de rire s'ils n'avaient pas redouté la colère du roi. Le roi et la reine mère, rouges comme des pivoines, n'osè­rent rien dire. N'avaient-ils pas d'ailleurs eux-mêmes autorisé Liduska à inviter ses vieilles tantes ?

Pendant tout le repas, Liduska se montra très atten­tive envers les vieilles femmes. Elle leur servit elle-même à boire et à manger, leur disant sans cesse : « Mangez et buvez à volonté, mes chères tantes. Je vous le dois bien, car vous avez su me transmettre votre sagesse. »

Quand le repas fut terminé et que les hôtes furent partis, le roi alla voir la première tante, celle dont le pied était si extraordinairement plat.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre pied soit si plat ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

Le roi se rendit alors auprès de la vieille femme dont il avait remarqué le pouce très large.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre pouce soit si large ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

 Le roi se tourna alors vers la troisième tante, celle dont la lèvre pendait mollement sur le menton.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre lèvre soit si pendante ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

Le jeune roi effrayé se rendit aussitôt aux côtés de sa belle épouse et lui interdit sur-le-champ et à jamais de s'asseoir devant le rouet. N'aurait-elle pas également un pied si plat, un pouce si large et une lèvre si pendan­te si elle filait ainsi la laine avec une telle ardeur?

Les trois vieilles tantes disparurent comme elles étaient venues et personne n'aurait pu dire où elles étaient allées. Mais s'il est quelqu'un qui jamais ne les oublia dans ses pensées, c'est bien la reine Liduska. Jamais personne depuis que le monde est monde n'avait eu une telle reconnaissance envers autrui que Liduska envers les trois vieilles femmes, et jamais non plus depuis que le monde est monde femme n'avait obéi aussi volon­tiers aux ordres de son mari que la jeune reine n'obéit à ceux du roi.

 

 

 

 

Cunégonde sur Mars : épisode XXX et dernier (ouf !)

Suite scène 9 acte V (celui qui n'en finit pas de se terminer)

MARIE-JO LA ROUGE (en extase, à genoux devant l’Apparition)

Patronne de la lutte et Sainte syndiquée,

Je suis là, devant toi, j’embrasse tes beaux pieds ;

Apprends-moi ton courage et tes convictions*

Mais ne me laisse pas choir en déréliction.

Mon parti sans ton âme n’a plus de soutien,

Il coule malgré moi, je t’en supplie, reviens !

 

 

DENAÏZE

Relève-toi ma sœur, cesse cette sonate

Qui me fend trop le cœur, prend du bicarbonate,

Tes grands maux d’estomac cela soulagera.

Je ne peux rien pour toi, en vain tu pleureras

Car tu m’as trop déçue.

 

 

MARIE-JO LA ROUGE (En pleurs)

                                      Je suis maudite hélas !

 

 

LA MADONE

Pendant combien de temps la paire de connasses

Va garder la parole et nous briser la rate ?

 

 

LE CHEF (il se relève peu à peu)

Excellences je dois être ici diplomate

Et vous remercier* de toutes vos bontés.

A vous je vous le jure je suis enchaîné,

Mon existence entière vous est consacrée.

 

 

L’EMPEREUR

C’est bien.

 

 

LE PRESIDENT

                  C’est très bien.

 

 

DENAÏZE

                                          Tu vas donc te syndiquer ?

 

 

LE CHEF

Aussitôt que sur Mars apparaîtra la chose,

Des motions je lirai, vrai, jusqu’à l’overdose.

 

 

DENAÏZE

Dans mes bras mon enfant.

 

 

L’EMPEREUR (au chef)

                                             Tu plaisantes j’espère ?

 

 

LE CHEF (bas à l’empereur)

Il faut bien qu’en retour je lui fasse plaisir.

Ca ne me coûte rien et je peux bien le dire

Quitte à ne rien faire.

 

 

LE PRESIDENT

                                   Quelle diplomatie !

Cet homme est précieux*, car il a tout compris.

 

 

L’EMPEREUR

Je crois que de l’exil je vais le relever

Et le faire plutôt mon premier conseiller.

 

 

MINIBUS

Alors et moi ?

 

 

L’EMPEREUR

                        Mais tu le conseilleras bien.

Du premier conseiller, tu seras le soutien.

 

 

MINIBUS (pleurant)

Je perds donc ma place, j’abandonne mon rang

Au profit de celui qui n’est là qu’un poufian !

 

 

LE CHEF (pontifiant)

Cette douleur t’égare et je veux pardonner

Qui conseillera bien le premier conseiller.

 

 

DENAÏZE

J’ai bien rempli ma tâche et je suis satisfaite,

Je vais donc vous laisser et j’ai le cœur en fête

Car l’injustice ici, j