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30.08.2007
Cunégonde en enfer : épisode XIII
Episode 13 : Où l’on assiste enfin à la rencontre tant attendue : la Madone des Déshérités contre Cunégonde : Le « Combat des Chefs ». (Ce moment inouï vaut bien un épisode à lui seul.)
L’apparition de la Madone et son troupeau de survoltés avait quelque peu perturbé Cunégonde. Déjà, la transformation de Fifi et de la Langoureuse Arielle en statue de crottes l’avait bouleversée au point de lui faire oublier sa légendaire diplomatie. A peine avait-elle lancé sa déclaration de guerre à la Sorcière du Château d’Onyx Noir qu’elle regrettait déjà son mouvement d’humeur. La vision de la Madone des Déshérités, triomphante, bardée de banderoles, de slogans et de ballons lui redonna toute son ardeur belliqueuse. Alors que la troupe des diablotins envahissait la salle en hurlant, Cunégonde s’avança bravement et barra le chemin à son héréditaire ennemie, laquelle était portée en triomphe par cinq ou six démons. Sur l’estrade, la Sorcière applaudissait vigoureusement et appelait à la révolte immédiate. C’était un bordel innommable et pourtant, Cunégonde ne perdit rien de sa superbe. « Halte ! cria-t-elle en pourfendant son adversaire d’une main vengeresse. Tu n’iras pas plus loin, Madone des Déshérités ! » « Ah, la voilà, l’autre méduse ! répondit la Madone. Déposez-moi à terre, amis, que je puisse lui régler son compte ! »
Mais un cri unanime s’éleva d’un bout à l’autre de la salle : « Un discours ! Un discours ! La Madone à la tribune ! Un discours ! Des propositions ! » Lanlan eut tout à coup l’air très inquiet tandis que sa compagne levait les deux bras vers le ciel. « Je vous ai entendus, amis, hurla-t-elle. Et je vous ai compris ! Portez-moi sur l’estrade, je vais vous faire un discours ! » « Oh là, là ! » gémit Lanlan alors que Cunégonde, tout à coup radieuse, se frottait les mains. « Cette débile va se descendre elle-même, pensa la Présidente , ravie. Je n’ai strictement rien à faire sinon l’écouter se saborder. »
On porta la Madone sur l’estrade. La Sorcière lui tendit son micro. Tout le monde s’installa le plus commodément possible. Cunégonde profita du désintérêt général dont elle bénéficiait pour se glisser derrière les statufiés et ouvrit grand ses oreilles, prête à pleurer de rire.
« Chers amis, bonjour ! commença la Madone et des hurlements de joie couvrirent un instant sa voix. Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui et de pouvoir enfin vous exposer la programmation que j’ai coconctée à votre attention. » « Ca y est, se dit Lanlan, consterné, ça commence ! » Cunégonde pouffa derrière sa main tandis que quelques diablotins haussaient des sourcils intrigués. « Il y a entre vous et nous de grandes similitesses, poursuivit la Madone. La pauvritude est un fléau qui, chez nous, fait des ravages. Elle ne va pas tarder à en faire aussi chez vous si vous acceptez la programmation de votre digérant. » (Ici, Lanlan se cacha le visage dans ses mains et gémit de désespoir.) « Il ne faut pas tomber dans le piège qu’on vous tend : non, les nouvelles réformes ne vous apporteront ni le bonheur, ni la richitude ! » (Légers remous dans la foule.) « Vous serez obligés de travailler plus et tout ça pour des finfrelis ! Ce sera votre digérant que se mettra les mains dans les poches… heu, pardon, l’argent dans les poches ! » « Je suppose que votre Grâce veut parler de charbons ardents, coupa la Sorcière qui avait l’air aussi inquiet que Lanlan. Il n’y a pas d’argent en Enfer. » « Evidemment, répondit la Madone en haussant les épaules. Argent ou chaudron ardent, c’est pareil ! » « O, Seigneur ! » gémit Lanlan. Cunégonde étouffait de rire et croisait les jambes pour ne pas faire pipi sur elle.
La salle commençait à sérieusement s’agiter. On attendait des propositions qui ne venaient pas, on était noyé sous un bla-bla incompréhensible et on trouvait que la Madone avait quelques problèmes avec le vocabulaire. Constatant que l’attention de son public se dispersait un peu et qu’elle risquait de se trouver bientôt dans la même situation que le Pot de Peinture dans l’épisode précédent, la Madone donna un grand coup de pied sur l’estrade. « Public de mon cœur, Amis à moi, écoutez-moi ! » cria-t-elle de toute la force de ses cordes vocales et le brushing de Cunégonde s’effondra, au grand désespoir de sa propriétaire. « Il faut faire face tous ensemble à cette marée mentante de réformes insanes. Unissons-nous dans le refus d’une programmation qui ne peut qu’être néfaste à notre pouvoir d’achat et à la suite des événements ! » Il y eut des applaudissements, moins nourris cependant ; et avant que l’oratrice eût pu reprendre son discours, plusieurs voix s’élevèrent : « Et alors ? Quel est ton programme à toi ? Que proposes-tu ? » « De faire le contraire de ce que propose votre digérant et de ce que proposera le Président », rétorqua la Madone , très sûre d’elle. « C'est-à-dire ? » insistèrent les voix. Le caractère soupe au lait de la Madone refit son apparition à la vitesse grand V : « C’est à dire rien du tout, tas de veaux ! répondit-elle. Il faut d’abord savoir ce que le Président a en tête pour pouvoir le contrer ! Vous imaginez-vous par hasard que j’ai un plan et des propositions ? Que dalle, oui ! Je me contente de critiquer, c’est tout. » Une immense déception se lut sur tous les visages. La Sorcière arborait son air le plus féroce et semblait vouloir pourfendre la Madone. Puis , la colère s’empara de la foule. On hua, on conspua l’oratrice qui joignit les mains : « Vous n’allez pas vous attaquer à une Mère bientôt à la retraite ? dit-elle, jetant son dernier atout sur la table. Vous ne seriez pas anti-sociaux à ce point et qui plus est méchants avec le troisième âge ? »
« Dehors, la vieille ! Retourne à ton tricot ! » lança une voix que la Madone connaissait bien. « Cunégonde ! rugit-elle. C’est toi, horripilante sorcière qui montes ces débiles contre moi ! » « Dis donc, sois polie, ordonna Marie-Gudule. Le fait d’être une sorcière n’a jamais été une tare, que je sache ! » « Toi, ne m’enquiquine pas ! J’ai un compte à régler avec la punaise du Président. Ton tour viendra après ! » « Hélas, murmura Lanlan, elle prend sa crise d’hystérie hebdomadaire. Juste au mauvais moment ! » Et il se mit à pleurer.
Le public, d’abord houleux, se calma dès qu’on eut compris qu’un combat homérique se préparait. Immédiatement, deux camps se mirent en place : les fans de Cunégonde d’un côté, les adorateurs de la Madone de l’autre. Trois bookmakers s’installèrent dans un coin et enregistrèrent les paris. Pendant ce temps, la Madone et Cunégonde se préparaient à la lutte, chacune dans son coin. Ce fut Cunégonde qui ouvrit le feu et d’une façon qui dérouta un peu son adversaire. « Je suis toute seule et tu as Lanlan avec toi, tricheuse, dit-elle. Je demande à ce qu’il soit lui aussi statufié. » « Ca va pas, non ? protesta l’intéressé. Déjà qu’elle me prend pour une merde, je ne tiens pas à ce que sa métaphore devienne réalité ! » « Accordé », fit la Sorcière qui s’était octroyé le titre d’arbitre. Lanlan adopta tout à coup une ressemblance certaine avec le couple sublime. La Madone eut un sourire méprisant. « Es-tu contente, plénipotentiaire dégénérée ? » dit-elle. « Très contente, fausse vierge sur le retour », rétorqua Cunégonde. La Sorcière leva son balai : « Pas de coups bas, rappela-t-elle. Un combat loyal, à armes égales ! » « Je pars déjà avec un avantage, ricana Cunégonde. Je ne fais pas de fautes de français, moi ! » « Ah, ah ! ricana à son tour la Madone. Mais sais-tu penser toute seule, sans répéter ce que dit le Président ? » « Le Président ne disant jamais –ou rarement- de conneries, ça m’évite au moins d’en proférer une par minute comme quelqu’un de ma connaissance ! » répliqua Cunégonde. « Espèce de perroquet ! lança la Madone , de plus en plus dédaigneuse. Je préfère dire des stupidités : au moins, elles viennent de moi ! » « C’est bien ce qui t’a fait couler lors de ton dernier combat avec le Président, pauvre cloche ! » ironisa Cunégonde.
La Sorcière abaissa le balai qu’elle tenait levé depuis un bon bout de temps. « Stop ! dit-elle. Le face à face est commencé ou pas ? » « A ton avis, grenouille de chaudron ? » répondit la Madone , les poings sur les hanches. « Je voudrais quand même vous rappeler les règles… » commença la Sorcière mais elle ne put arriver au terme de sa phrase. « On s’en fout, de tes règles ! coupa Cunégonde qui avait adopté le ton, le vocabulaire et la posture de son adversaire. La seule règle en vigueur, c’est qu’elle va en prendre plein la tronche, la vieille ! »
« Jeunesse décatie contre expérience sénile, dit la Sorcière , pensive. Ca me paraît équilibré. » Cunégonde leva à son tour la main. « Pouce, dit-elle. Il faut quand même préciser quelque chose : nous avons toutes les deux au moins dix mille euros de vêtements sur le dos, sans compter les chaussures. Je demande à ce que soient épargnés tailleur, ensemble, chemisier et bijoux. » « D’accord, admit la Madone après réflexion. J’ajouterai sous-vêtements de marque également. Et collants. » « Si tu veux, dit Cunégonde. Mais il ne va pas rester grand-chose. » « Le combat sera essentiellement verbal ! décida la Sorcière. J ’admettrai seulement quelques gifles de part et d’autre. »
Cunégonde sursauta. « Ah ! jeta-t-elle, dégoûtée. Mettre un doigt sur ses dix couches de fond de teint dégoulinant ? Merci bien ! » « Tu peux parler, avec tes faux cils de dix kilomètres ! s’exclama la Madone. J ’exige qu’elle les enlève ! C’est une protection déloyale. » La Sorcière se tourna vers Cunégonde. « Présidente, dit-elle, je me vois dans l’obligation de vous demander d’ôter vos faux cils dans la mesure où votre adversaire peut se transpercer la main dessus. » « Je veux bien, dit Cunégonde. Mais en contrepartie, vous prêtez une truelle à cette maçonne pour qu’elle racle son mortier. »
Le public s’impatientait. Oui ou non, le combat allait-il sérieusement commencer ? Pour l’instant, on n’avait assisté qu’à des échanges d’invectives plus ou moins banales ; on n’avait pas misé des tas de charbons ardents pour entendre parler maquillage !
Marie-Gudule traça par terre un carré et ordonna aux belligérantes de se placer à l’intérieur. « La première qui franchit la ligne est déclarée perdante ! dit-elle. Prêtes ? Partez ! » La Madone et Cunégonde se mirent à tourner dans le carré tout en s’observant. « Nous sommes censées faire quoi, là ? demanda Cunégonde après le dixième tour. Nous avons promis de ne pas abîmer nos vêtements. Ca limite les possibilités. » « Je sais, répondit la Madone. On pourrait s’insulter mais c’est déjà fait. »
Tout à coup, la Madone se pencha, ôta une de ses chaussures et la brandit sous le nez de Cunégonde, interloquée. « Regarde et crève de jalousie ! scanda-t-elle. C’est de la chaussure italienne, made in Rome ! Cinq mille euros le soulier ! » On crut un instant que la Présidente , démontée par cette botte inattendue et inouïe, allait, dans son désarroi, franchir la ligne. Mais elle se retint à temps et se déchaussa à son tour. « Regarde, pauvre minable ! répondit-elle. Chaussure italienne made in Florence, six mille euros l’une ! »
« Il me semble qu’on s’est quelque peu éloigné de la politique », murmura un démon à l’oreille de son voisin et ce dernier approuva de la tête. « Ni l’une ni l’autre n’ont la moindre idée de ce que c’est exactement », répliqua-t-il. « Je trouve que ce feuilleton devient extrêmement misogyne, intervint une succube. A mon avis, l’auteur ignore ce qui l’attend quand il aura avalé son extrait de naissance. Il a intérêt à redresser la barre. » « Et que veux-tu qu’il fasse avec ces deux ahuries qui ne savent que brandir leurs chaussures ? dit le premier démon. Je me mets à sa place : franchement, se trimballer de pareils personnages, c’est pas de la tarte ! » « On assume son imagination infantile et malsaine, rétorqua la succube. Ou bien, on ne se prétend pas auteur. »
Intervention de l’auteur :
« Chère succube de mon cœur, rassure-toi, j’assume pleinement ce que je déblatère. Une remarque en passant : si je t’ai donné la parole, c’est pour une bonne raison : je ne sais pas du tout comment finir cet épisode encore plus insensé que les précédents. Je me suis dit que tu parviendrais peut-être à le faire à ma place, mais c’est raté. L’un d’entre vous aurait-il une idée pour me tirer de cette merde où je me suis fourré ? »
La réponse des démons dans le prochain épisode.
(A suivre)
PS : Ca, c’est de la pirouette littéraire (facile) ou je ne m’y connais pas !
16:05 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, satire, caricature, littérature, Sarkozy
28.08.2007
Polémique qui n'est pas nouvelle : argent public pour éducation privée ?
Vu un reportage à midi à la télé sur je ne sais plus quelle chaîne (si vous croyez que je fais attention à celle qui apparait lorsque je presse le bouton !) concernant les inscriptions dans les établissements d'enseignement catholique.
Il y aurait trente mille demandes en attente. (Ou un chiffre de ce genre.) Sur un certain nombre de gamins scolarisés à tous les niveaux, ça ne fait pas beaucoup et après tout, chacun est libre de faire ce qu'il veut sur ce plan, là n'est pas le problème.
Le problème, il est lorsque une chaîne télévision donne la parole à une.... dame (soyons poli) bien propre sur elle, bouche en cul de poule et cul serré, qui explique les raisons pour lesquelles ses chérubins vont dans un établissement catholique : les profs sont plus à la disposition des élèves (c'est à voir), ils ne font pas grève (ben oui, ça, ils ne risquent pas !) et si j'ai bien suivi la fin de cette affligeante interview, ils sont plus compétents que ceux du public. Ce n'est évidemment pas dit, mais le sous-entendu était parfaitement explicite.
Chère madame, tant mieux pour vous si avez les moyens de payer 1200 euros pour donner à vos enfants l'éducation que vous souhaitez. Mais évitez, si vous ne voulez pas être ridicule et pire, consternante, de proférer des accusations sur une catégorie de gens dont vous ignorez totalement le métier. Contentez-vous de faire des gosses, ce sont visiblement les organes de la reproduction qui fonctionnent le mieux chez vous.
Cerise sur le gâteau : interview du directeur de cet établissement qui gémit que les subventions ne sont pas assez importantes.
J'avais déjà mal digéré les affirmations de la pét... dame. Mais là, mon sang n'a fait qu'un tour. Merde et merde ! J'en ai marre que mes impôts soient utilisés à renflouer les caisses d'établissements qui font payer leur clientèle (il n'y a pas d'autre mot) et que l'éducation nationale soit exangue au niveau des moyens humains et financiers : 35 ou plus élèves par classe dans les lycées, des programmes de plus en plus lourds pour des horaires de plus en plus réduits, de moins en moins de profs... ON SE FOUT DE LA GUEULE DE QUI ? Si les adorateurs du Vatican et de l'école Privée préfèrent payer pour quelque chose qui, étiquement, ne peut être que gratuit, c'est à dire la transmission du savoir, libre à eux. MAIS QU'ILS PAYENT VRAIMENT ! Et que ces putains d'établissements ne détournent pas un fric qui APPARTIENT au peuple et non à des gens qui font des ronds-de-jambes à de faux bourges parvenus dont les trois quarts sortent justement de ce peuple qu'ils renient.
Personne ne vous empêche de faire ce que vous voulez, chers directeurs du privé ; mais faites-le avec votre fric, comme de bons petits capitalistes, et non avec celui de l'Etat.
Evidemment, ce sera peut-être plus difficile d'entuber le citoyen moyen....
PS : On le sait, 11 000 postes supprimés cette année dans l'éducation nationale. Notre Premier Ministre a déclaré qu'il fallait réduire les dépenses publiques. Parfait : supprimez donc les subventions du privé en ce qui concerne l'éducation. Vous allez faire de ces économies, mon chéri...
Ou alors soyez clair : il n'y a plus d'éducation publique. Au moins, cela aura l'avantage d'être honnêtement dit.
2ème PS : Rectifiez si je me trompe, mais il y a bien eu la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 ? Ou ai-je rêvé ?
16:15 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : société, éducation nationale, enseignement public
Cunégonde en enfer : épisode XII
Episode 12 : Suite et fin du retour en arrière : une séance à l’IUFM – Révolte de la Madone - Un geste humanitaire de Daktari – Rosie la Terreur trouve le Palais Infernal
L’oratrice blablatait :
« La psychologie particulièrement sensible et la sensibilité exacerbée des damnés sont deux facteurs essentiels à la réussite d’une punition perpétuelle telle que les Instructions Officielles la préconisent à la page 1253 bis, paragraphe 152, alinéa 4,5 et ces facteurs sont donc à prendre en compte lorsque vous aurez votre premier contact avec eux. Ainsi vous, les Agents Anthracites de Réprimande Eternelle –autrefois nommés démons- avez-vous un rôle capital non seulement dans l’organisation de l’Enfer mais aussi et surtout dans le traitement des condamnés. D’abord, vous devez tenir compte de l’ego intrinsèquement boursouflé du damné moyen et ne jamais le piquer comme si vous piquiez un vulgaire morceau de viande. Un damné appartient à une catégorie particulière, un peu comme un élève, voyez-vous : on le torture, mais avec des égards. L’avantage, c’est que si vous lui tirez une baffe, vous n’aurez pas ses parents sur le dos au alors, ils seront eux aussi en train de griller quelque part. (Rire de l’oratrice ; trois diablotins s’esclaffent –les fayots ; le reste ne se donne même pas la peine de sourire.)
« Nous allons voir maintenant comment tenir la fourche satanique. Ce n’est ni un manche, ni un morceau de craie, ni ce à quoi je pense et qui me fait saliver… (Nouveau rire. La Madone des Déshérités fronce les sourcils, réprobatrice.) Elle se tient à deux mains, comme ça… Non, succube numéro 777 : laissez donc vos souvenirs terrestres et libidineux au vestiaire et imitez-moi. Voilà, c’est mieux. Donc, une fois que vous avez la fourche bien en mains, vous la levez élégamment, comme ceci, et vous plantez d’un coup sec à l’endroit le plus sensible de votre victime, endroit que vous aurez au préalable déterminé en lui faisant remplir un questionnaire dont voici quelques exemplaires. Attrapez, tas de gueux ! » Un paquet de feuilles s’envola et retomba en pluie sur le public qui n’attacha à leur contenu qu’un très médiocre intérêt. Une feuille s’étant délicatement posée devant la Madone , cette dernière s’en saisit et la parcourut rapidement. Mais la presbytie étant toujours à l’heure à ses rendez-vous, elle dut chausser ses lunettes pour que les caractères devinssent compréhensibles.
Voici ce que déchiffra la Madone :
« Avis aux nouveaux damnés : vous venez de subir le jugement définitif qui vous garantit une grillade éternelle : veuillez remplir ce questionnaire, afin que nous puissions vous torturer le mieux possible. Inutile de mentir, on sait déjà tout sur vous. » « A quoi sert ce truc, dans ces conditions ? » demanda la Madone , ahurie. Le diablotin assis près d’elle haussa les épaules. « A rien. Comme tout ce qu’on ne refile ici. Mais ça fait bien, vous comprenez. Du bla-bla inutile et des documents pourris, ça donne à nos maîtres l’impression d’exister. »
Le questionnaire était ainsi conçu : on demandait d’abord le nom, le prénom, puis l’âge ; à la signe suivante, on devait indiquer l’heure et la cause du décès. Enfin, une dernière ligne était réservée à la cause de la condamnation. Suivait un schéma très compliqué de l’anatomie humaine : il suffisait de mettre une croix sur l’endroit où l’on pouvait vous faire le plus mal, de dater et de signer. « Pour être nul, c’est nul ! gronda la Madone. Qu ’arrive-t-il si je me trompe ? » « Vu qu’on ne tient jamais compte de cette merde, il n’arrive rien », rétorqua le diablotin. « Et ça dure depuis longtemps, cette ineptie ? » « Une éternité », fut la réponse désabusée.
La Madone se dressa : « Viens, Lanlan, on va révolutioniser tout ça ! Il est temps de renvoyer ces nullissimes glapisseurs à leur cuvette de chiottes. On n’aurait d’ailleurs jamais dû les en sortir. »
Elle bouscula Lanlan parce qu’il ne s’extirpait pas assez vite de son siège et fonça dans l’allée centrale qui menait à l’estrade. L’oratrice, en la voyant débouler, leva la main, roula des yeux furieux, et tendit un doigt de Proviseur : « Retournez vous asseoir, ordonna-t-elle. Ce n’est pas un meeting terrestre, ici. En tant qu’Inspectrice des Agents Anthracites de Réprimande Eternelle, je vous ordonne de faire marche arrière et de vous retirer en silence si vous ne voulez pas être mutée dans la pire région de l’Enfer ! » La Madone s’esclaffa : « Non mais elle me prend pour qui, cette décolorée sénile ! s’exclama-t-elle en sautant d’un bond sur l’estrade. Dégage, dégoûtant pot de peinture ! » La cohorte des Formateurs s’élança pour défendre sa Reine. Mais la Madone avait pris dans sa jeunesse quelques cours de kung-fu. Aussi, malgré quelques difficultés au début à coordonner ses mouvements fit-elle merveille dans l’art d’envoyer au tapis ses agresseurs. De son côté, Lanlan s’était saisi de la fourche brandie quelques minutes plus tôt par Pot de Peinture et piquait tous les derrières qui passaient à sa portée. Le public, réveillé, hurlait à qui mieux mieux, tapait dans ses mains, encourageaient la Madone et son chevalier servant. On vit même certains stagiaires se précipiter sur l’estrade et démolir la figure des formateurs les plus chiants et les plus odieux. Pot de Peinture et sa suite s’enfuirent comme ils purent, les uns en courant, les autres en boitant, les derniers en rampant. La Madone , déchaînée, s’empara du micro : « voulez-vous continuer à vous faire exploiter, amis démons ? » cria-t-elle et un énorme « non ! » monta de la foule en délire. « Alors, tous avec moi au meeting de la Sorcière du Château d’Onyx Noir ! On va montrer à Satan, à Cunégonde et à cette punaise de Président qui nous sommes ! Des pancartes, des bannières, des slogans, des ballons, des chansons ! Voilà ce qu’il nous faut ! Aux armes, diablotins ! »
Et voilà comment la Madone des Déshérités fit irruption dans la salle des meetings, avec une bande de surexcités et se trouva face à Cunégonde, dépourvue, elle, de banderoles, de slogans et de ballons, mais prête à tout pour remplir correctement sa mission.
Le Président avait fini par admettre que son short n’était pas vraiment une tenue adéquate pour une entrevue diplomatique. Il était cependant trop tard pour faire marche arrière et les boutiques de l’enfer étaient fermées. « Note ça, Daktari, dit-il. Faire ouvrir tous les magasins tous les jours vingt-quatre heures sur vingt-quatre. » Daktari n’était pas rancunier. Bien que tuméfié par les poings vengeurs de Président, il proposa à son génial supérieur de lui prêter sa cape afin de couvrir non pas sa nudité biblique (on est certes dans le royaume des horreurs mais il y a des limites à tout) mais ses jambes de… heu… jogger. Le Président hésita à accepter ce geste humanitaire : il ne tenait pas à ce que la cape magique se mît à fonctionner sans son consentement. Plus que tout, le Président avait peur du ridicule. Provoquer, ça, c’était dans sa nature ça ne le gênait pas, au contraire ; mais qu’on puisse rire de lui ! Et c’est ce qui risquait d’arriver s’il s’envolait au premier détour du couloir. « Vous ne risquez rien, assura Daktari en posant la cape sur ses épaules. Elle ne fonctionne que sur mon ordre. » Le Président se drapa dans le vêtement et le trouva finalement pas si mal que ça. La cape traînait par terre, parce qu’ils n’avaient pas la même taille, Daktari et lui. Mais sa royale prestance s’en trouvait grandie et c’était un bon début. « Ah, si j’avais mes chaussures de ville à talonnettes cachées, songea le Président, j’aurais eu encore plus d’allure. Baste ! Faisons avec ce que nous possédons ! » « Ca vous va très bien, affirma Daktari, un brin lèche-bottes. Cette cape met en valeur votre… heu… envergure. » « Tu es sûr que je ne risque rien ? » insista le Président. « Oui, dit Daktari. Ma cape n’obéit qu’à ma voix. Il suffit que je lui dise envole-toi ma belle… » Et le président s’envola. « Oups ! fit Daktari en se plaquant la main sur la bouche. Je n’aurais pas dû dire ça ! »
Le tailleur rose de Rosie la Terreur ne déparait pas dans l’environnement d’un très joli rouge sanguinolent. La porte de l’Antarctique était en fait un raccourci pour parvenir très rapidement au Palais. Et Rosie, sans se perdre un instant, arriva la première, toujours aussi martiale, devant les jardins du Palais alors que le Président volait dans les couloirs (ou du moins essayait), que Daktari se tapait la tête contre les murs pour s’autopunir de sa sottise, et que Cunégonde et la Madone s’apprêtaient à se crêper le chignon dans la salle des meetings.
(A suivre)
15:40 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, satire, caricature, littérature, Sarkozy
22.08.2007
Eté pourri ? Das ist eine grosse Katastrophe....
On le sait, les vacances sont l'occasion rêvée pour se livrer à des activités que l'on n'a pas le temps de faire d'habitude. Donc, je regarde la télé. Ca m'arrive à peu près quinze jours dans l'année. Rassurez-vous, je ne regarde que les JT, et encore pas n'importe lesquels, ceux de TF1. Bon, jusque là, rien d'anormal.
Pourtant, depuis un certain temps, une question me hante : les gens sont-ils vraiment aussi cons que la télé nous l'affirme ? Et je n'ai pas de réponse à cette question existentielle.
On peut s'étonner : qu'est-ce qui peut bien motiver une telle interrogation, surtout en plein mois d'aôut, quand le mot d'ordre général est "cerveau s'abstenir" ? La réponse est simple : les reportages sur "l'été pourri" que nous sommes en train de vivre. A en croire les QI 75 interrogés, c'est une catastrophe abominable et phénoménale. On n'a pas de soleil en août ! On est en vacances et on ne peut pas profiter du beau temps ! C'est terrible, vraiment.
J'ai toujours cru, pauvre naïf que je suis, que les vacances n'étaient en fait rien d'autre qu'un état d'esprit ; qu'on pouvait trouver du plaisir à ne rien faire, à changer ses habitudes sous n'importe quelle latitude et avec un soleil resplendissant ou une pluie battante. A en croire TF 1 (et les autres chaînes, j'en suis persuadé), je me trompe lourdement. Les vacances n'auront pas été des vacances parce qu'il n'y aura pas eu suffisamment de soleil ! Que les professionnels du tourisme râlent, ça se conçoit, vu qu'une saison pluvieuse est parait-il une saison économiquement foutue. Mais que des gens qui triment toute l'année, qui se font chier du matin au soir, à qui on impose des heures sup à tout va (pour la plupart) gueulent parce qu'ils sont incapables de prendre du plaisir sans se faire cramer, là, j'ai l'impression de rêver.
Oui, ici aussi l'été a été pourri ; et pourtant, je vous assure que j'en ai profité pleinement. Je n'ai pas passé mon temps à regarder le ciel et à me plaindre parce que "quelle horreur, il pleut !" Je n'aime pas spécialement la pluie, mais par contre, j'ai la faculté, devenue rare j'en ai l'impression, de me contenter de ce que j'ai et de prendre du plaisir à simplement "être en vacances".
C'est pourquoi je demande : sommes-nous devenus incapables de jouir simplement de la liberté ou est-ce la télé qui nous offre de nous-mêmes ce piteux reflet ?
Il y a des moments où je pense qu'un bon cataclysme bien catastrophique devrait nous tomber sur la gueule : genre ouragan Dean, ou Katrina, vous voyez ? De quoi remettre à l'endroit des cervelles qui, hélas, tournent de plus en plus à l'envers.
17:45 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : société
Cunégonde en enfer : Episode XI
Episode 11 : De l’inconvénient de descendre en short en enfer – Satan s’impatiente et s’interroge – Désobéissance de Rosie la Terreur – Un petit retour en arrière (début)
De chutes en chutes, le Président était finalement parvenu au terme de son voyage, pas vraiment sain et sauf, dirons-nous. Ses genoux étaient couronnés de glorieuses écorchures, il s’était tordu une cheville, vaguement démis un poignet et son visage présidentiel était balafré de quelques égratignures récoltées çà et là, au gré de la descente. Daktari, lui, était intact dans la mesure où il avait triché sans vergogne et s’était servi de sa cape magique pour éviter les obstacles.
On imagine sans peine l’état d’esprit du Président lorsqu’il posa enfin les pieds en Enfer. L’éminence satanique, saoulée par un déluge de paroles aussi violentes qu’incompréhensibles avait tranquillement disparu. Dakatari, courageux mais pas téméraire se cacha dans une encoignure et attendit que l’excitation présidentielle fût parvenue à un degré supportable. « Regarde mes jambes ! tempêta le Président une fois les dégâts constatés. Je ne pourrai plus concourir pour les plus belles guibolles du pays ! Tout ça à cause de toi, débris déliquescent ! » Daktari, au lieu de se taire, eut la mauvaise idée de vouloir se justifier. « C’est votre faute, répliqua-t-il. Je vous avais prévenu : le short et les baskets, ici, c’est plus qu’osé, c’est stupide. De plus, est-ce une tenue pour parlementer avec Son Altesse ? Vous ne serez pas crédible et ce sera bien fait pour vous. Na. »
Ce discours pontifiant ranima l’ire du Président. Se dressant sur ses ergots, il serra les poings et les brandit devant le visage tout à coup très inquiet du Docteur Miracle. (Il venait de réaliser sa sottise.) « En garde, Daktari ! On va régler ça par un combat de boxe. Et on va voir lequel des deux est dans son tort. Je m’en remets au jugement de Dieu. » A peine avait-il proféré cette insanité qu’un épouvantable coup de tonnerre ébranla les entrailles de la terre et quelques rochers s’abattirent non loin des belligérants. « Ah bravo ! s’écria Humanitaire’s boy. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Invoquer Dieu ici ! » « Je crois que j’ai gaffé, murmura le Président soudain très embêté. Mais c’est à cause de toi, boy-scout retardé ! Tu m’as mis en colère et j’ai dit n’importe quoi. Tiens, voilà ta récompense ! » Et il décocha un superbe uppercut au pauvre Daktari qui se retrouva sur le derrière, le menton quelque peu endolori. Le Président entama une danse de la pluie autour du Docteur Miracle à moitié groggy et, tout en sautillant et en agitant les bras comme il l’avait vu faire à la télé à ses héros favoris, il répétait : « Debout, cloporte, debout ! Que je te règle ton compte ! »
Nous allons laisser ces deux débiles s’exterminer mutuellement et nous allons faire un petit tour du côté du Palais Infernal, but final du parcours initiatique de notre Cunégonde chérie –et de quelques autres. Dans son poste de contrôle, Satan, assis devant les écrans de télévision, commençait à trouver le temps long. D’accord, il avait hurlé de rire au spectacle des errances diverses de la Cunégonde ’s bande, mais à présent, il s’impatientait. Et même, il s’inquiétait. Avait-il choisi les bons alliés ? La question se posait avec une certaine acuité quand on examinait d’un peu plus près le délire de ces excités. Que la Sorcière du Château d’Onyx Noir ait fait appel à la Madone, ça, c’était secondaire. Et c’était plutôt rassurant. Et amusant. Ca en disait long sur l’état de l’Opposition infernale. Mais que lui, Satan, Prince des Ténèbres, Empereur du Royaume de Douleur, ait pu se tromper au point de réclamer l’aide du Président et de Cunégonde, voilà qui était plus inquiétant. « Je vieillis, se dit Satan, consterné. Mon cerveau ramollit. Pensez, des milliers d’années à gouverner ce foutu royaume… J’y ai laissé ma force et ma jeunesse, tout ça pour quoi ? Même pas un remerciement du Vieux. Je me demande si je ne ferais pas mieux de me trouver un régent qui règnerait en mon nom, cela me permettrait d’aller folâtrer là-haut avec quelques sorcières à balai… » Il en était là de ses réflexions lorsqu’il vit surgir, au détour d’un couloir, le Président et Daktari. « Ah, enfin ! dit-il, rassuré. Le Président est arrivé, il va prendre les choses en main. » Puis, la tenue dudit Président le fit quelque peu tiquer. De même que la querelle qui éclata entre Daktari et son supérieur hiérarchique. « Oh là, là ! Même le Président devient merdique ! s’exclama-t-il, le regard rivé sur l’écran de contrôle. Et puis alors, ce short, ça ne lui va pas du tout, on voit toutes ses varices. Que fais-je ? Je les laisse se paumer dans les couloirs ou je les aide ? D’un côté, le Président est mon allié et mon modèle ; d’un autre côté, j’ai peut-être intérêt à ne pas trop vite lui ressembler. Nom de moi-même ! Je suis bien embêté ! »
Le lecteur, passionné par cet époustouflant feuilleton, n’a sans doute pas oublié le personnage ô combien fascinant de Rosie la Terreur. Rendons-nous donc en Antarctique et voyons ce que devient notre égérie des Hygiéniques.
Dans son igloo numéro 54 sans chauffage central, Rosie la Terreur s’ennuyait ferme. Et puis, elle avait froid. – 45°, c’était pénible à supporter avec pour protection un unique tailleur rose et des chaussures de camionneur. Le Président avait poussé le vice jusqu’à interdire qu’on lui fournît le moindre manteau en laine de zébu. Seule une couverture mitée lui tenait lieu de couette. La banquise n’était pas chaude et de plus, elle était dure. Rosie la Terreur avait mal au dos et pestait contre ces conditions de détention absolument indignes de son rang, de son standing et de ses engagements politiques. Elle avait fait une connerie, on était d’accord ; était-ce une raison pour la punir d’une aussi odieuse façon ? « Je vais finir par choper une sciatique, gémissait-elle régulièrement en se frottant les lombaires. Et bien sûr, c’est quand je serai bloquée que le Président fera appel à moi. Juste pour m’enquiquiner. » Elle eut une pensée émue pour son ministère : « Oh, ma raison de vivre, comme tu me manques ! » soupira-t-elle ; de grosses larmes roulèrent sur son visage et gelèrent instantanément. Elle soupira de nouveau : même le secours des pleurs lui était interdit. Rosie la Terreur n’était cependant pas une mauviette ; elle pouvait avoir des moments de faiblesse mais son indomptable volonté reprenait toujours le dessus. Aussi donna-t-elle un grand coup de pied dans la porte de l’igloo et sortit-elle sur la banquise en respirant puissamment. « Nom de Dieu, cria-t-elle, ça ne va pas se passer comme ça ! Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe, à l’autre nase ! »
Le ciel était bleu, le soleil brillait et la mer était gelée. Adonc Rosie la Terreur s’engagea d’un bon pas sur la morne plaine de glace, négligeant le fait que ses chaussures de camionneur n’avaient pas de crampons. Comme la glace a la particularité non seulement d’être froide et dure mais de glisser, notre héroïne en tailleur rose, qui n’avait pas fait trois mètres, pirouetta gracieusement sur elle-même, telle une Peggy Fleming sur le retour, et s’étala face contre terre. (Ou glace.) Elle se redressa comme elle put : « Ca ne va pas être simple, se dit-elle. Mais j’y arriverai, foi de Rosie la Terreur. Où ? Peu importe. Le tout est d’y parvenir. » Et pour se donner du courage, elle ajouta : « Dis-toi que c’est comme en politique : tu ne sais pas où tu vas, mais tu fonces quand même. »
Le chemin était long et elle avait besoin d’un chant de marche. Aussi entonna-t-elle à pleine voix sa chanson préférée :
Je reviens, je reviens, je reviens au pays,
Dans le vent et la tempête,
J’ai failli y laisser ma peau,
Je reviens le cœur en fête,
Jusqu’aux bottes du pas beau.
Rosie la Terreur , rendons-lui cette justice, ne s’était jamais prise pour la Callas. Encore moins pour Jane B. Mais il y avait des limites à ce que la nature, même polaire, pouvait endurer. Aussi, un gigantesque ouragan de neige et de glace fut-il la prompte réponse à cette provocation cacophonique. Perdue dans la tempête qui tourbillonnait autour d’elle, grondait, hurlait et la sommait d’arrêter le massacre sinon c’était elle qui allait se faire massacrer, Rosie essaya de se repérer. L’igloo était invisible, de même que le campement, elle était perdue dans le blizzard. « Sauvez-moi, mon Dieu ! » cria-t-elle en joignant les mains, mais Dieu était occupé ailleurs et ne répondit point. Alors, Rosie la Terreur perdit la tête. « Satan, hurla-t-elle, je suis à toi si tu m’aides à ne pas crever ! » Vous pensez bien que Satan, toujours devant ses écrans de contrôle, dressa les oreilles à cet appel. « Je n’ai pas un besoin éternel de ce manche à balai, pensa-t-il, mais elle peut m’être utile dans les négociations avec le Président. » Il appuya sur un bouton. Une éminence écarlate apparut. « Va trouver cette grosse nouille rose, dit Satan en pointant du doigt Rosie, et montre-lui la porte de l’Antarctique. »
C’est ainsi que Rosie, titubant dans son blizzard se paya le luxe de deux apparitions : l’une était l’éminence écarlate, l’autre une porte qui s’ouvrit tout à coup dans la banquise et découvrit un couloir d’où s’échappait une lumière rouge et beaucoup de fumée. Pour lui éviter un choix pénible (vers quelle apparition se diriger ?), l’éminence indiqua de la main la porte, devenue aussi écarlate que l’envoyé. « Satan m’a répondu, se dit Rosie. J’ai chaud, tout à coup. Si je reste dans les courants d’air, gare à la crève. Mais quitter l’Antarctique sans ordre, c’est désobéir au Président. Oui, mais avec un peu de chance, je vais tomber sur la Madone des Déshérités et je pourrai l’empêcher de nuire et la ridiculiser. Le Président me pardonnera et j’aurai une médaille en chocolat. Tant pis si je prends des kilos, le jeu en vaut la chandelle. » Et sans plus barguigner, elle pénétra dans le couloir enfumé. La porte se referma derrière elle.
Faisons maintenant un petit retour en arrière, histoire de retrouver la Madone des Déshérités et Lanlan après leur rencontre avec BHL. On le sait à présent, la salle des meetings n’était pas très loin du lieu où notre moderne Platon endurait son supplice. Mais évidemment, nos deux aventuriers de l’impossible se trompèrent une fois de plus et entrèrent sans prévenir dans un amphithéâtre bondé. Sur les gradins étaient assis environ deux cents diablotins à moitié endormis. Certains, pourtant, (trois, pas davantage) écoutaient les orateurs qui se succédaient à la tribune. Deux prenaient des notes. Le reste essayait de ne pas s’écrouler d’ennui. On ne tourna même pas la tête vers les nouveaux arrivants.
« A ton avis, où sommes-nous, Lanlan ? » demanda la Madone , saisie d’un doute. « Aucune idée, fit Lanlan et sa réponse n’étonna nullement sa compagne. Mais je ne pense pas que ce soit un meeting, c’est trop calme et trop ordonné. En général, dans tous les meetings, c’est le bordel. » La Madone s’approcha d’un diablotin qui, au bout de la dernière rangée, tentait désespérément de garder les yeux ouverts. « Est-ce une réunion politique ? » chuchota-t-elle. « Même pas, fit le diablotin. Vous êtes dans l’amphithéâtre de l’IUFM. C’est pour les nouveaux certifiés en punition perpétuelle. On écoute un cours de pédagogie torturante. » « Ca doit être passionnant », dit la Madone, faux cul jusqu'au bout des ongles. « C’est chiant comme la pluie, oui ! » rétorqua le démon. Il se poussa vers la gauche. « Tenez, asseyez-vous, proposa-t-il. Et écoutez cinq minutes. C’est moins cher que le Valium et le Tranxène réunis et c’est plus efficace. » La Madone, curieuse de nature, obéit et obligea Lanlan à s’installer près d’elle. Au bout de deux minutes, elle sentit le sommeil la gagner au grand galop. Pourtant, sur l’estrade, l’oratrice faisait de gros efforts pour intéresser son public…
(A suivre)
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21.08.2007
Cunégonde en enfer : Episode X
Episode 10 : Un détour très instructif – Transformation de la Triste Arielle – La salle du meeting et son public – Tentative de discours d’ouverture de la Sorcière du Château d’Onyx Noir, dite Marie-Gudule – Une arrivée inattendue.
Cunégonde, Fifi et la Triste Arielle , précédée de la Sorcière que nous appellerons désormais par son petit nom, à savoir Marie-Gudule, avançaient bravement à travers un dédale de couloirs. Cunégonde n’avait certes pas oublié sa mission originelle mais se disait que connaître les propositions de l’opposition ne pouvait qu’être bénéfique et servir ses desseins. Et puis, c’était somme toute amusant de se promener dans cet endroit encore épargné par le tourisme de masse. On y faisait des rencontres surprenantes –pas forcément intéressantes, la preuve, la Triste Arielle , mais bon !...
A force de tourner à droite, à gauche, etc, ils finirent par arriver dans cette fameuse grande salle que la Madone des Déshérités avait traversée quelques instants plus tôt. Le chaudron était toujours là, les démons aussi et BHL ne s’était pas absenté pour aller aux toilettes. Quand ils virent débarquer la Cunégonde ’s bande, les diables se montrèrent fort courroucés : « Encore ! dit l’un d’eux. Y en a marre de ces touristes à la con ! On va nous foutre la paix, oui ? » « C’est moi, dit majestueusement l’atroce Marie-Gudule. Je les conduis au meeting. J’espère que vous allez venir vous aussi ? » « On n’a pas le droit d’abandonner notre poste, répondit un démon. Il faut un service minimum, tu le sais bien. Si le patron voit qu’il y a cent pour cent de grévistes, il va nous ramoner les poumons ! » Cunégonde intervint –alors qu’on ne lui demandait rien : « Cette règle est tout à fait normale, dit-elle. Vous n’allez pas laisser votre travail en plan alors que ce damné compte sur vous pour le torturer ? Les usagers de l’enfer ont des droits, je vous le rappelle, y compris celui de se faire larder et cramer. » « Et le droit de te piquer les fesses, on l’a aussi, pétasse ? » rétorqua le démon en levant sa fourche et Cunégonde se cacha derrière Fifi. « Vous savez, murmura-t-elle, je disais ça comme ça, parce que le Président m’a demandé de le dire. Je ne suis pas forcément d’accord avec lui. Quoique si, ajouta-t-elle honnêtement. Dans ma position, c’est beaucoup plus reposant. »
Depuis quelques minutes, la Triste Arielle poussait derrière son rideau de petits cris inarticulés et s’agitait à l’instar d’un moulin à vent. « On dirait que votre copine veut prononcer quelques mots », remarqua un autre démon en enfournant une grosse pile de feuilles dans la bouche du malheureux condamné. Mâche, connard ! » ordonna-t-il et il planta sa fourche dans le chaudron, histoire de voir si la viande était saignante. On se tourna vers la Triste Arielle qui, ayant écarté son rideau, roulait des yeux toujours aussi bleus mais agrandis par l’épouvante et la consternation. « é a è », gémit-elle. « Oh, misère, mon égérie a perdu ses consonnes ! » pleura Fifi. « Enlève-lui son bâillon, débile, dit le démon et tu comprendras ce qu’elle raconte. » On se tourna vers Marie-Gudule qui planait toujours sur son balai. « Ok, dit cette dernière. Mais cinq minutes et si jamais elle chante, je la change en statue de crotte. »
A peine débâillonnée, la Triste Arielle se précipita vers le chaudron en se tordant les mains. « Hélas ! beugla-t-elle. Mon BHL à moi ! Je t’ai enfin retrouvé et c’est pour te perdre déjà ! Tu es cuit ! Que vais-je faire, moi qui t’ai toujours cru ? Toi, ma Bible, mon cerveau, mon cœur, mes entrailles… » Et elle sanglotait, se frappait la poitrine de ses poings serrés. BHL eut sans doute bien voulu répliquer mais l’énormité de son génie littéraire l’en empêchait. « C’est terrible, quand même, dit Cunégonde, saisie de la même pitié que la Madone. Si on savait ce qui vous attend, on ferait sans doute attention à ce qu’on écrit. J’en parlerai au Président en rentrant. » Fifi s’avança à son tour. « Belle Triste Arielle, dit-il, ne pleurez pas, je suis là. Je peux remplacer BHL, peut-être pas dans la partie déblatérante mais dans une autre, plus intéressante. » « Hélas ! gémit à nouveau la Triste Arielle. Etes-vous aussi riche que lui ? Avez-vous des comptes en Suisse ? Etes-vous monégasque ? Avez-vous une villa encore plus belle que celle de la Madone ? » « Oui, oui, répondit Fifi, transporté. J’ai tout ça et plus encore. » « Fifi, ne dites pas de mensonges sous prétexte qu’elle vous plait, gronda Cunégonde. Vous êtes riche, d’accord, mais moins que le Président et moi qui représentons la Jet Set à l’américaine et vous n’êtes pas monégasque. » « J’ai fait avant-hier une demande de naturalisation, répliqua Fifi, hautain tout à coup. Elle est en train d’être examinée. » La Triste Arielle cessa de se répandre et considéra Fifi d’un œil certes bleu mais surtout très intéressé. « Vous semblez être un parti tout à fait convenable, dit-elle. Mais je demande à voir… » « Pas de problème, rétorqua Fifi. Ce ne sont pas les coins noirs qui manquent ici. »
Cunégonde éclata. « Non, franchement, là, ça devient n’importe quoi ! Que la Triste Arielle soit obsédée par le fric, je le conçois et même je l’admets très bien dans la mesure où le Président veut réconcilier son peuple avec l’argent, et il a raison, c’est le meilleur moyen d’obtenir des gens ce qu’il veut et de gouverner en paix. Mais que Fifi se transforme en obsédé sexuel, en oublie ses devoirs politiques, électoraux, étatiques et conjugaux, alors là, non et non ! » Ayant dit, la Présidente , excédée, alluma une cigarette (bien que ce ne fût pas son genre), s’assit sur un rocher et fuma, le regard rivé sur le chaudron. De son côté, BHL avait réussi à cracher une partie de son œuvre et poussa un rugissement. « Va radasse ! Je t’ai tirée du néant et tu me renvoies à mon néant ! A peine mort, tu me trompes ! Que tes nichons dégringolent, que ta peau se fripe et se fende, et que le reste se putréfie ! Maudite, sois maudite, jusqu’à ton treizième lifting ! » « Ah, mon BHL, rétorqua la CB , si je pouvais t’aider, je le ferais sans hésiter, crois-moi. Mais vois : on me défend de chanter pour charmer les Enfers. Je suis plus faible et désarmée qu’une agnelle et la malédiction s’est déjà abattue sur moi : à force de me faire tirer la peau, à mon prochain lifting, j’ai un collier de barbe… » Et elle pleura de nouveau, mais juste d’un œil, pour montrer à Fifi que son chagrin n’avait rien d’éternel ni d’inconsolable. Lequel Fifi la saisit sans prévenir par la main et l’entraîna vers une caverne obscure. Cunégonde alluma sa deuxième cigarette et fixa cette fois son regard sur Marie-Gudule. « Est-ce que tu te rends compte de ma situation ? demanda-t-elle. Me voilà bloquée ici à cause d’une histoire de cul ! Quand le Président saura ça ! Lui qui tient tellement à ce que la com soit irréprochable ! Montrer qu’on a du fric, oui. Mais qu’on ne sait pas gérer sa libido, non. Ca ne passe pas, ça, dans l’opinion publique et au JT de TF1. Sans compter la femme de l’autre con qu’il va falloir empêcher de faire un scandale. D’ici à ce que je sois envoyée en mission chez Fifi, il n’y a pas pléthore de bornes kilométriques. Tout ça me saoule, tu le comprends, j’espère ? »
Cunégonde avait à peine fini d’exhaler son mécontentement que le nouveau couple réapparut, radieux. Fifi semblait beaucoup plus sûr de lui. (Mais ça, c’était parce qu’il n’était pas en face du Président.) La Triste Arielle avait écarté définitivement son rideau et sa démarche était plus sensuelle. Même sa voix avait changé, on eut l’occasion de s’en apercevoir de suite. « Ah, dit-elle en poussant un profond soupir. Je ne suis plus la Triste Arielle. Me voici maintenant devenue la Langoureuse Arielle et je n’ai plus besoin de chanter pour exprimer mon désespoir vu que je ne suis plus désespérée. » Et elle se serra amoureusement contre Fifi. « Pincez-moi, sorcière, vous supplie-je, murmura Cunégonde, anéantie. J’ai l’impression de me mouvoir dans un mauvais rêve ou dans un sketch des Branquignols. » « Dites, intervint un démon, vous n’avez rien d’autre à foutre qu’à bavasser ? La salle des meetings est à deux cents mètres. Si vous y alliez, qu’on ait enfin la paix ? » Cunégonde se leva, jeta son mégot dans le chaudron ce qui n’eut pas l’heur de plaire à son occupant. « Oh pardon, fit-elle, confuse. Un moment d’inattention. Continuez bien », et elle suivit docilement Marie-Gudule qui s’était remise en route, elle-même suivie du gentil couple qui se tenait par la main et échangeait des propos d’une écoeurante niaiserie.
La salle des meetings n’était pas très grande et affectait la forme d’un demi cercle. Une lumière rouge assez vulgaire l’éclairait et elle était garnie de sièges en pierre, peu nombreux et très inconfortables, ainsi que d’une estrade formée d’un tas de braises brûlantes. Manifestement, tout était fait pour qu’il n’y eût point d’orateur et le moins de public possible. Cunégonde loua hautement cette disposition qui, dit-elle, aurait pu être imaginée par le Président lui-même. « On s’assoit en vitesse ! » rugit la sorcière en sautant de son balai et allant s’installer sur l’estrade. Cunégonde obéit bien vite et se releva encore plus vite. « Ca brûle ! protesta-t-elle. Outre que c’est douloureux, c’est inesthétique, je vais avoir des cloques sur les fesses. » « Ca ne brûle pas du tout », minauda la Langoureuse Arielle en prenant place sur les genoux de Fifi, lui-même assis sur ceux d’une succube. Un diablotin se tapa la cuisse. « Viens là, présidente ! dit-il. C’est doux, c’est chaud, c’est poilu, ça ne pique pas et ça garantit des brûlures. » « Non merci, je crois que je vais rester debout », répondit Cunégonde, devenue tout à coup très rouge –alors qu’il n’y avait vraiment pas de quoi. « Tu fais ce que tu veux, bougresse, mais tu te tais et tu me laisses parler ! » cria Marie-Gudule qui, entre-temps, avait transformé son balai en micro, éteint les braises et dispersé une fumée aussi soudaine qu’incommodante. Sagement, Cunégonde décida de ne pas relever l’injure et se cala contre un pilier, par miracle pas trop chaud.
« Bien ! commença l’oratrice. Chers amis, vous qui êtes venus si nombreux à ce meeting de l’opposition… » et Cunégonde étouffa un début de fou rire dans sa main tandis que Fifi ricanait ouvertement. Le public se composait de six diables et de la Cunégonde ’s bande. Le reste de l’enfer se désintéressait visiblement des affaires du royaume. « Bon, ça, pensa Cunégonde. Le Président n’aura aucune difficulté à faire passer ses idées. Je vais jouer sur du velours. » Mais elle n’eut pas le temps de se réjouir davantage. La sorcière, exaspérée par le rire de Fifi, lança de la main droite un éclair qui transforma la Langoureuse Arielle et son chevalier servant en une superbe statue d’excréments séchés. Cunégonde poussa un cri d’horreur et voulut se précipiter vers eux. « Bouge un cil, Présidente, et tu subis le même sort », prévint Marie-Gudule. « C’est la guerre, alors ? » répondit Cunégonde en se dressant de toute sa taille. « C’est la guerre ! » déclara une voix bien connue et la Madone des Déshérités pénétra dans la salle, suivie de Lanlan et d’un énorme troupeau de démons qui brandissaient pancartes, banderoles et ballons et chantaient une rengaine promettant à Cunégonde un avenir particulièrement sombre.
(A suivre)
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18.08.2007
Cunégonde en enfer : Episode IX
Episode 9 : Où l’on retrouve la Cunégonde ’s bande – Intervention des pompiers de l’enfer – Fifi redevient entier – Le Président et Daktari s’interrogent sur la meilleure façon de descendre en enfer.
Nous avions laissé notre sympathique équipe de glandus pétrifiée de terreur dans un couloir de l’enfer, à cause d’un rire épouvantable qui avait éclaté sans crier gare. Il ressemblait tellement à celui du Président que Cunégonde en avait des frissons d’horreur. La Triste Arielle s’était, vous vous en souvenez, jetée au cou de Fifi. Suspendue tel un lampion du quatorze juillet aux cervicales de l’humble serviteur du Président, la Triste Arielle fronça soudain son joli nez. Fifi sentait terriblement mauvais et son pouvoir de séduction sombra dans les abysses plus rapidement encore que le Titanic. « Vous puez d’une façon atroce ! s’exclama la Triste Arielle , partagée entre sa frousse et son dégoût. On dirait du caca. Auriez-vous fait sur vous ? Et comment ne m’en suis-je pas rendue compte plus tôt ? » « Je pense que votre rideau vous protégeait assez efficacement, expliqua posément Cunégonde. Quant à l’odeur, chère, vous n’avez point fait d’erreur : c’est bien du caca. Fifi s’est étalé tout à l’heure dans un tas d’excréments. » « Fi, quelle dégoûtation ! Passe encore que vous soyez troué, mais ça ! » dit la Triste Arielle et elle cessa de jouer les lustres pour ne redevenir qu’une simple lampe de chevet, rôle qui lui convenait infiniment mieux. Le rire résonna de nouveau, tel un funeste roulement de tonnerre, dans le couloir désert de l’Enfer. « Sorcière ! appela Cunégonde qui, ne pouvant se raidir davantage, commençait à mollir. Est-ce vous qui riez ainsi ? Cessez, vous prie-je, on dirait le Président quand il a la colique ! » La voix de la Sorcière du château d’Onyx Noir s’éleva. « Je ne redeviendrai visible que lorsque cette créature insane aura été rendue muette ! » coassa-t-elle.
« Veuillez préciser, dit Cunégonde sans se troubler. Lequel de nous trois est insane ? Lui, elle ou moi ? » « Tu n’as pas l’habitude de chanter, il me semble ? répondit la voix. Et lui non plus. » « A part sous ma douche… » commença Fifi mais Cunégonde le fit taire d’un bon coup de sac sur le bras. « Je suppose qu’elle parle de moi, soupira la Triste Arielle. Et voilà, ça recommence ! On m’insulte, on me calomnie et en plus, on m’empêche de chanter ! » « Je ne voudrais pas être désagréable, murmura Cunégonde, mais il me semble que les exigences de la Sorcière vont au-delà de l’interdiction de chanter. Je crois qu’elle vous demande de la fermer définitivement. » « Gagné ! » fit la voix et le rire sinistre se fit entendre une fois de plus. « J’ai pétrifié Jane B, reprit la Sorcière. Je peux recommencer. » C’est alors que Fifi montra tout son courage et sa galanterie. « Non, affreuse sorcière ! répliqua-t-il en se plaçant devant la Triste Arielle qui se boucha immédiatement le nez. Tu n’exerceras pas ton ignoble pouvoir sur cette créature céleste ! Je m’y oppose fermement et pour te prouver ma bravoure, je vais la bâillonner sur le champ. » « Avec quoi, Fifi ? demanda Cunégonde. Je n’ai pas de scotch dans mon sac. Voudriez-vous arrêter une minute de vous écouter déblatérer ? » Mais Fifi, dans un geste dont le grandiose le disputait à l’élégant arracha sa cravate et l’enroula –un peu au hasard- autour de la tête de la Triste Arielle. « Plus bas, crétin, dit cette dernière. Tu me l’as placé sur les yeux ! » « Voilà, abominable sorcière ! lança Fifi après avoir rectifié l’erreur. Elle est muette. »
La Sorcière du Château d’Onyx Noir apparut tout à coup dans les airs. « Parfait, dit-elle. La CB étant out, on peut parler sérieusement. La salle des meetings n’est pas loin, mais tu ne peux pas te présenter devant mes adhérents dans cette tenue » et elle pointa un doigt crochu et lépreux en direction de Fifi. Avant que le pauvre troué ait pu dire quoi que ce soit, elle émit un hululement strident et disparut de nouveau.
Quatre incubes surgirent du néant, une lance à incendie à la main. Cunégonde poussa un léger cri d’angoisse tandis que Fifi faisait de son mieux pour protéger la Triste Arielle. Les incubes commencèrent à tourner autour du couple sublime tout en psalmodiant :
« Nous sommes les pompiers de l’enfer,
Par nous la merde est enlevée ;
Nous sommes les pompiers de l’enfer,
Par nous Fifi est lavé. »
« Présidente, à l’aide ! cria Fifi. Ils vont me brûler ! » « Ne soyez pas bête, Fifi, dit Cunégonde qui n’en menait pas large et racontait un peu n’importe quoi. Ce sont des Pompiers. Ils vous décrotter, je le suppose. Enfin, je l’espère. » Malgré l’odeur, la Triste Arielle s’accrochait aux épaules de Fifi de toutes ses petites forces. Un incube lui décocha une claque sur le derrière qui l’expédia dans les bras de Cunégonde. « Feu ! » crièrent les incubes et un déluge de flotte s’abattit sur l’Emmerdé. « Ah les vaches ! hurla Fifi en se débattant. Elle est bouillante ! Je vais finir rôti ! » « Tu ne t’imagines tout de même pas qu’on va te décrasser à l’eau tiède, dis, bouseux ? » demanda un des incubes. Puis, comme il n’y avait rien d’autre à faire qu’à asperger Fifi, les démons engagèrent une conversation animée portant sur les réformes préconisées par Satan. « Quand vous aurez fini de discuter, tas de crétins ! dit Fifi. Je suis à moitié cramé ! » « Ben autant finir le travail », dit le quatrième incube. Et le pauvre Fifi devint rouge écrevisse, couleur qui ne lui seyait absolument pas. « Vous avez vu dans quel état je suis ? fulmina Fifi. Je boursoufle et je pèle, maintenant, gros cons ! » « Oh là, là, ce qu’il est chiant ! remarqua le deuxième incube. Jamais content ! » Et il agita négligemment la main. Les brûlures disparurent instantanément et le tunnel ventral se ferma comme par enchantement. « Au plaisir de ne jamais vous revoir, les taches ! » lança le troisième incube et ils retournèrent au néant. Cunégonde joignit les mains, extasiée : « Oh, Fifi, quel bonheur ! Vous n’êtes plus troué ! C’est votre femme qui va être contente de vous récupérer intact ! »
L’allusion à sa légitime ne perturba nullement Fifi qui, à présent entier et propre, sentait monter en lui toutes les réserves de testostérone non exploitées depuis un temps certain. Il s’approcha de la Triste Arielle et lui proposa plus ou moins galamment d’aller faire un tour dans les bois. Cunégonde fut doublement horrifiée : d’abord, parce qu’il n’y avait aucun bois en enfer, Fifi délirait complètement, et puis parce que la soudaine lubricité de son compagnon la surprenait désagréablement et lui semblait de très mauvais augure. Mais la Triste Arielle , bâillonnée, ne pouvait rien dire et Fifi en fut pour ses frais de proposition malhonnête, et cela d’autant plus que la Sorcière surgit soudain sur son balai et les engagea à la suivre sans faire d’histoire. « Ce n’est que partie remise », pensa Fifi et il put enfin bomber le torse en attendant de pouvoir bomber autre chose.
Pendant ce temps, le Président et Daktari se demandaient comment descendre en Enfer. Le Président proposa d’y aller en petites foulées, tranquille, ça lui permettrait de faire son jogging sans avoir autour de lui sa meute de gorilles habituelle, gorilles qu’il avait d’ailleurs remisés dans leur cage avec ordre de ne pas pousser plus d’un grognement par heure. Daktari fit la moue : descendre en courant, c’était périlleux. Et puis, par quel chemin ? Mieux valait utiliser sa cape magique. Le Président lui rétorqua qu’il ne l’avait pas soudoyé pour l’entendre proférer des âneries. La cape ne pouvait être d’aucune utilité. Mieux valait psalmodier l’incantation qui avait permis à Cunégonde de descendre. Les sosies de la Madone et de Lanlan ayant évoqué la porte des GPM, Daktari émit l’idée qu’on pouvait peut-être l’utiliser ; ce à quoi le Président répliqua que la proposition n’était pas recevable dans la mesure où les sosies n’avaient pas été fichus de se rappeler la formule utilisée. Il somma une dernière fois Daktari de se montrer moins stupide. Avant de décider de ne plus rien moufter, Humanitaire’s boy se paya toutefois le luxe de faire remarquer au Président que question absence de formule, il n’avait rien à dire, parce que Cunégonde avait emporté avec elle le papier sur laquelle elle était inscrite.
Finalement, Satan, qui voyait tout et entendait tout grâce à son Poste de Contrôle Infernal, leur dépêcha un envoyé chargé de les conduire dans son royaume par le chemin le plus rapide. Le Président enfila son short et ses baskets. « On y va », dit-il et il s’élança en courant dans le couloir que l’éminence satanique avait ouvert dans le mur. « Prenez garde, Président, crièrent de conserve l’éminence et Daktari. Ca descend, ça glisse et c’est plein de caill… » Un barouf épouvantable leur parvint aux oreilles, suivi d’une abominable kyrielle de jurons. « Trop tard, soupira Daktari. Il s’est foutu la gueule par terre et moi, je vais encore me faire ramasser. Voilà ce qui arrive quand on veut faire jeune. Depuis le temps que je lui répète qu’il n’a plus l’âge de ce genre d’amusement… »
(A suivre)
16:05 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, satire, littérature, Sarkozy
13.08.2007
Cunégonde en enfer : épisode VIII
Abandonnons pour cet épisode notre héroïne bien-aimée et penchons-nous sur le destin d’autres personnages…
Dans son très Présidentiel Palais, le Président attendait. Quoi ? A vrai dire, lui-même commençait à ne plus bien savoir quels étaient les motifs exacts de son attente et cette ignorance faisait monter sa température. Cunégonde n’avait pas envoyé de deuxième télégramme et Rosie la Terreur restait obstinément silencieuse. La tranchée ouverte dans la moquette ayant été refermée, le Président de tout son peuple s’attaqua au papier peint qu’il détestait et en arracha de grands pans. Puis, pendant qu’il y était, il entreprit de démolir une cloison qu’il trouvait gênante. « Ne faites pas ça, Votre Majes… heu, Président, intervint un maçon, appelé en hâte par les huissiers, c’est un mur porteur. Abattez plutôt celui-là. »
Quelques heures plus tard, le Président, excédé, ayant constaté le piteux état de ses doigts, arrêta ses travaux de rénovation et décrocha son téléphone.
« Envoyez-moi Daktari illico ! » rugit-il.
Une seconde après, des barrissements s’élevaient dans le couloir, accompagnés d’un lancinant tam-tam venu du plus profond de la brousse africaine. La porte s’ouvrit et Daktari apparut. Il était vêtu d’une blouse blanche et d’une grande cape noire qui lui servait de tapis volant, d’où son deuxième surnom donné par les peuplades ignorantes : « Docteur Miracle ». (On l’appelait aussi « Humanitaire’s Boy » à cause de sa compassion envers les malheureux.) « Hello, Président ! fit-il en se mettant au garde à vous. Une mission pour moi ? » « Oui, dit le Président. Direction la Superbe Villa de la Madone des Déshérités. Rosie est une gourde, je suis sûre qu’elle s’est fait avoir. Va la rejoindre et démasque ces imposteurs. » « Qu’est-ce que j’aurai en échange ? » demanda Daktari qui, on s’en aperçoit, avait l’esprit assez pratique et pas du tout intéressé. « Tu as déjà un ministère, c’est peut-être suffisant ? » rétorqua le Président. « Tu plaisantes ! lança Daktari. Je n’ai pas brodé « pomme » sur ma cape. Si tu m’as appelé, c’est que tu comptes sur ma largesse d’esprit pour t’aider. Je veux bien, mais ça se monnaye. » C’était le genre de propos que le Président était tout à fait capable de comprendre. Il réfléchit donc quelques minutes. « Que dirais-tu d’aller faire de l’humanitaire en Inde ? dit-il enfin. Ils en ont grand besoin, en ce moment. » « Tope là, ça marche ! Mon âme chevaleresque et débordante de compassion pour les malheureux accepte avec reconnaissance cette mission », répondit Daktari qui s’écoutait volontiers parler. « Parfait, dit le Président. Mais avant, va voir la Méditerranée et botte les fesses de cette grosse courge de Rosie. »
Cela faisait bien deux heures que Rosie la Terreur , plantée comme une potiche sur le perron de la Superbe Villa , appuyait sur le bouton de la sonnette sans obtenir la moindre réponse. Elle commençait à légèrement s’énerver. Allait-elle enfoncer la porte blindée d’un coup de pied ? Démolir cette *µ£¤@ de sonnette ? Sauter à la perche par-dessus la haie ? Ce silence n’était pas normal. La Madone aurait dû envoyer des domestiques pour ouvrir la porte. « Je suis sûre qu’ils ont des ordres, ces petits cons, pensa Rosie. Et le Président qui attend ! Je vais me faire passer au mixer en rentrant, moi ! »
Barrissement d’éléphant, tam-tam africain : Daktari fit son apparition au-dessus d’elle, planant dans les airs tel un élégant vieux corbeau déplumé, sa cape largement déployée. Rosie hurla : « Ah ! Un vampire ! A l’aide ! » « Du calme, hystérique, dit Daktari en atterrissant. Ce n’est que moi, Humanitaire’s Boy. » Rosie le regarda d’un sale œil. « Que vient-il faire ici, ce transfuge décati ? Il n’y a aucun miséreux dans cette villa, ça se saurait. » « Salut, la Terreur , dit Daktari et il ramena sa cape autour de lui. Je suis envoyé par le Président pour t’aider, il pense que tu n’es qu’une grosse courge. » (Comme on le voit, ce n’est ni le tact, ni la délicatesse qui caractérisaient le Docteur Miracle. Peut-être un peu de machiavélisme ?...) Rosie la Terreur avala sa salive avec une certaine difficulté et comprima fortement sa jambe de sa main afin que son genou n’allât pas faire des dégâts dans le bas-ventre de Daktari. « Dès qu’on est parti d’ici, je l’éclate, pensa-t-elle. Quant au Président qui ose dire ça de moi… » Plus ou moins conscient de ce qu’il avait déchaîné, Daktari appuya à son tour sur la sonnette. La porte s’ouvrit immédiatement. « Pourquoi n’ont-ils pas répondu quand j’ai sonné ? » gronda Rosie, dépitée. « Parce que tu appuyais sur l’œil et pas sur la sonnette, banane », répondit le Docteur Miracle et il entra, bousculant le domestique qui ne les avait pas invités à entrer.
Au bord de la piscine, les sosies imitaient à la perfection leurs modèles : ils ne fichaient strictement rien. La fausse Madone se redressa en voyant Daktari et Rosi se diriger vers eux. « Gaffe ! fit-elle. Des visites. » Elle remit à l’endroit le dictionnaire qu’elle lisait à l’envers et le faux Lanlan dissimula prestement ses osselets. Daktari s’arrêta à quelques mètres d’eux et fronça les sourcils. « Ce n’est pas la Madone , chuchota-t-il à l’oreille de Rosie. Et je vais te le prouver. » « S’il dit vrai, gare à mes os », songea Rosie, verte dans son tailleur rose. (Couleurs qui ne se mariaient absolument pas.)
« Bonjour à toi, la Madone , dit Daktari en s’avançant vers elle. Je viens te rendre visite de la part du Président. » « Que veut cet agité de la cacahuète ? » s’enquit la fausse Madone qui avait appris par cœur les expressions préférées de la vraie. « Ton aide pour secourir Satan », dit Daktari et la fausse Madone ricana –exactement comme l’autre. « Qu’il aille se faire voir où je pense, répliqua-t-elle. J’ai pas le temps de psalmodier. » Daktari fit un saut de dix mètres et faillit s’envoler. « Tu n’es pas la Madone des Déshérités ! hurla-t-il. Elle n’aurait jamais pu prononcer ce verbe correctement ! » « C’est faux ! » brama la sosie et elle tira une baffe au faux Lanlan, histoire de prouver qu’elle était bien la Madone. Mais les bras de Rosie la Terreur s’allongèrent démesurément et ses mains de plâtrier s’enroulèrent autour du cou de la fausse Madone et commencèrent à serrer. « Avoue ! grinça-t-elle. Avoue, affreux furoncle purulent ! Avoue que tu n’es pas celle que tu prétends être ! » Plus rouge que le tailleur de son assaillante (asphyxie oblige), la sosie réussit à articuler –on ne sait comment : « J’avoue », et roula des yeux blancs. « Ne la tue pas, idiote, intervint Daktari. Elle peut servir. » « Tu la protèges parce que c’est ton ancienne patronne, hein, vieux satyre ! » gronda Rosie. « Ne confonds pas la fausse et la vraie, rétorqua Humanitaire’s Boy. Mon ex Madone à moi ne se fût pas contentée de dire « j’avoue », crois-moi. »
Pendant que les sosies se remettaient de leurs émotions, Daktari qui n’avait pas, lui, oublié son portable, téléphona au Président. L’Excellence Présidentielle poussa des hurlements à la fois si lugubres et si joyeux que le Docteur Miracle hésita entre se mettre à pleurer et éclater de rire. Puis, la pensée du Président se précisa : « Enferme les deux connards dans un placard, et revient dans la seconde au Palais. La Madone est en Enfer. J’ai peur que Cunégonde n’ait de sérieux problèmes. Je dois descendre moi aussi et tu vas venir avec moi. » « Et Rosie ? » demanda Daktari. « Tu la flanques dans le premier avion en partance pour l’Antarctique, si je revois sa tronche de cake, je l’extermine », dit très calmement le Président.
Et c’est ainsi que Rosie la Terreur débarqua en Antarctique par un beau matin d’été polaire, avec son tailleur rose et ses chaussures de camionneur, sans son portable, et se vit attribuer l’igloo numéro 54, le seul à n’avoir pas le chauffage central. Qu’on se rassure, nous la retrouverons dans quelques épisodes. (Un personnage de cette envergure ne s’abandonne pas si vite.)
Redescendons en Enfer et voyons à présent ce que devient la véritable Madone des Déshérités. A vrai dire, elle ne devenait rien dans la mesure où pour devenir, il faut d’abord être, et qu’elle n’était point –du moins ce qu’elle pensait être. Lanlan et Sa Grâce erraient donc dans les couloirs, comme Cunégonde et Fifi, à la recherche de la Salle des Meetings. La Madone ne disait pas un mot parce qu’elle se récitait mentalement son discours et butait sur un certain nombre de mots et Lanlan se taisait aussi, par habitude et parce qu’il n’avait rien à dire. Aucun des deux ne faisait réellement attention à ce qui se passait autour d’eux. Pourtant, ça criait, ça gémissait, ça sentait la chair grillée, le cadavre putréfié, et surtout, il commençait à faire très, très, très chaud. Lanlan émit la prétention de quitter sa veste ; décision qui lui valut une sévère remontrance : depuis quand un homme enlevait-il sa veste devant une dame ? « Devant une dame, oui », répliqua Lanlan, exaspéré et la Madone suffoqua. Alors qu’elle allait le battre pour lui apprendre la politesse, le couloir qu’ils suivaient déboucha soudain sur une grande sale –pardon, salle- où un unique et malheureux damné subissait des sévices si atroces que les larmes montèrent aux yeux de la compatissante Madone. « Vois, Lanlan, comme ils traitent les gens, ici ! Ah, vraiment, il est temps d’intervenir ! »
Dans la lueur d’un étrange rayon violet venu de nulle part, le pauvre supplicié trempait dans un chaudron d’huile bouillante et quatre démons lui faisaient ingurgiter de force une montagne de feuilles de papier, imprimées ou manuscrites. « La tête de ce damné me dit quelque chose, murmura la Madone. De même que ces cris inarticulés. » Une feuille s’échappa de la bouche du misérable et vint virevolter au pied de la Madone. Elle la ramassa et la déchiffra laborieusement. « D’accord, je vois, dit-elle. C’est BHL. Je me demande pourquoi il est ici, d’ailleurs. Il n’a pas écrit plus de conneries que Sollers ou Angot. »
Un démon s’approcha d’eux. « Qu’est-ce que vous voulez, vous deux ? On n’aime pas les espions, ici. On fait notre boulot correctement. » « Ami Démon, minauda la Madone , rassure-toi, nous ne venons pas t’espionner ou chronométrer ton rendement. Nous voulons t’aider. Ne me reconnais-tu pas ? Je suis la Mère de mon peuple et de tous les smicards. » « Ah, c’est toi la Madone des Déshérités ? fit le démon en lui adressant un regard lubrique. T’as l’air aussi tarte qu’à la télé. Mais plus faux cul. » La Madone s’emballa immédiatement. « Dis donc, espèce de vieux cornu démanché, parle-moi sur un autre ton ! » « Je prends le ton que je veux, fausse quadragénaire, répliqua le démon. Et viens pas bavasser ici. Avec ça qu’il ne te l’a pas mise bien profond, l’excité perpétuel ! » « Oh ! » fit la M



