09.05.2008

Petits arrangements entre amis

PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS 

 

Connaissez-vous la dernière invention (qui risque de faire fureur dans les années à venir) de certains parents d’élèves et médecins d'une certaine banlieue lyonnaise ? Ces deux catégories conjointes (parvenus friqués + médecins-serpillères complaisants) ont trouvé un moyen infaillible d’entuber bien profond l’Education Nationale : Le Certificat médical pour maladie soudaine de deux ou trois heures. (Le nombre d’heures dépendant effectivement du degré de gravité du mal ou du choix du patient client –parce qu’évidemment, ça se paye.)

Anecdote (sous forme de conseil aux ados) : Vous êtes un élève de première. Vous avez un exposé à faire un matin pendant le cours de 8 h à 10 h mais vous n’avez pas envie de vous taper une sale note parce que :

1)      Préparer cet exposé est très chiant et vous avez autre chose à faire, de plus important (foot, tennis, etc…)

2)      Vous ne savez pas faire et vous n’avez aucune idée de ce que vous pouvez bien dire sur le sujet.

3)      Vous avez beau eu vous connecter sur Internet, vous n’avez pas trouvé d’exposé pré-mâché.

Une seule solution pour éviter la cata : ne pas aller en cours, prétextant que vous n’êtes vraiment pas dans votre assiette. Jusque là, rien d’anormal.

Problème : le règlement intérieur de votre établissement prévoit qu’une absence non justifiée par un certificat médical à un devoir (et hélas, un exposé = devoir) est sanctionnée par un zéro. Donc, il faut ruser.

Qu’à cela ne tienne : vous expliquez votre cas à papa – maman (en leur mentant ou non sur le motif de votre soudain malaise, à vous de voir) ; comme on vous aime à la folie et qu’on ne tient surtout pas à ce qu’un zéro vienne entacher votre moyenne et vous empêche –sait-on jamais- de briguer une classe prépa qui ne demande qu’à vous recevoir les bras ouverts, on vous expédie chez X… médecin le plus proche, ami de la famille ou nouvellement débarqué dans le coin et qui a besoin de se constituer une clientèle fidèle.

Par chance pour vous, vous avez affaire à une personne compréhensive : « Oui, mon petit, vraiment, vous n’avez pas l’air bien, c’est évident. Votre établissement et vos profs sont d’une cruauté inouïe à votre égard. Pour vous consoler de vos peines, je vais vous faire un certificat médical pour deux heures. Ca fera 50 euros. »

Nanti du précieux papier, vous arrivez donc tranquillement à votre lycée vers 10 heures ; votre maladie matinale est tout à coup guérie, et vous brandissez le certificat sous le nez de votre professeur : vous êtes couvert, vous n’aurez pas zéro et vous n’aurez pas fait cet exposé chiant et débile qui risquait de vous donner vraiment mal à la tête. Triomphe absolu. Vous les avez eus, ces cons.

L’anecdote pourrait s’arrêter là.

Mais imaginons que ledit prof ne soit pas dupe, l’administration de l’établissement non plus, et qu’ils décident (les salauds !) de ne pas accepter cette excuse : le certificat part à l’Ordre des Médecins avec une lettre explicative détaillée, et on vous colle quand même un zéro.

La tuile ! Mais c’est qu’ils se révoltent, ces esclaves ? Non mais, attendez, ça ne va pas se passer comme ça. Heureusement pour vous, Superman est là, de même que Wonderwoman. Votre père, chef d’entreprise ou quelque chose comme ça, habitué à tout voir plier devant lui, y compris les balustrades en fer forgé, est mis hors de lui par cette intolérable résistance. Il téléphone à l’établissement, engueule les secrétaires, inonde la Direction de récriminations et menaces diverses ; pendant ce temps, votre mère pond une lettre contenant toute l’indignation du monde : quel est donc ce prof qui ne croit pas aux certificats médicaux ? Pour qui se prend-il ? Vos parents font front, ils se déchaînent pour vous tirer de ce mauvais pas. Votre père alerte l’Inspection Académique, le Rectorat. Pour un peu, il écrirait à Sarko et même à Dieu le Père si sa « connasse de secrétaire » était seulement capable de trouver son adresse.

Vous accuser de mensonge ! Accuser votre médecin de complaisance à votre égard ! C’est intolérable, tout simplement. Dieu merci, le Rectorat a pris conscience de l’infâme complot monté contre vous : on téléphone à l’Etablissement, on dit à la Direction de se calmer : pourquoi faire tout ce bruit pour quelque chose de si anodin ? Il faut laisser tomber cette affaire qui n’a aucun intérêt et surtout ne pas faire de vagues : ça pourrait gâcher les garden-parties du Recteur. (A défaut de l’intéresser.)

Que déduire de cette anecdote presque imaginaire ?

1)      Que certains parents apprennent avec une admirable constance à leurs chérubins la lâcheté, la malhonnêteté et qu’ils en font de merveilleux prédateurs dans un monde bâti pour eux.

2)      Que certains médecins, pour des raisons qui ne regardent que leur conscience, n’hésitent pas à gratter ces tristes parvenus là où ça les démange, quitte à oublier le serment d’Hypocrate et la plus petite notion de déontologie.

3)      Que les hautes instances de l’Education Nationale se fichent notoirement de ce qui devrait pourtant être la base de cette institution : l’apprentissage de l’honnêteté et de la droiture.

Il ne faut pas faire de vague : ce serait politiquement incorrect.

Vous vous souvenez de la chanson de Guy Béart : La Vérité  ? (1968) Prémonitoire, à coup sûr. Et tellement d’actualité dans une société où l’hypocrisie atteint son zénith…

 

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu'il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l'Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d'hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s'évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent "juste" à l'heure.
L'inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C'est plus juste en somme
D'abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

 

Guy Béart

 

03.05.2008

Scène ordinaire d'une vie ordinaire

Promenade hier après-midi au Parc de la Tête d'Or. Assis sur un banc, je lis quelques nouvelles fantastiques de Bram Stocker (pas terribles entre nous, rien ne vaut Dracula. Mais le problème n'est pas là. )

Passent devant moi un père et son fils. Le père, la trentaine, le fils, deux ou trois ans. Sur le chemin, un joli pigeon multicolore qui cherche de la nourriture en gloussant tranquillement.

Geste du père (adulte) : courir après le pigeon pour lui faire peur et l'obliger à s'envoler. Ce que fait la bestiole, pas bête au point de s'affronter à un con pareil. Le fils abandonne son tricycle pour mieux voir ce que fait son père. Ledit père, encourageant, désignant le pigeon qui s'est réfugié sur la pelouse : "vas-y, cours-lui après, fais-lui peur !" Et le gamin, évidemment, d'obéir. Envol du pigeon, cris de joie du gamin.

Scène banale et ordinaire, direz-vous. De celles qu'on voit dans tous les parcs quand les adultes plus bêtes que les animaux apprennent à leurs gamins à effrayer des oiseaux.

Elle m'a laissé songeur, cette scène. j'ai rêvé un moment d'un être humain capable de dire à son mouflet : "Arrête-toi, ne fais plus un geste, regarde comme il est joli, ce pigeon, comme ses plumes ont de multiples couleurs. Regarde-le marcher, est-ce que cela ne te donne pas envie de le caresser ?..."

J'ai pensé un instant à ce que serait peut-être ce petit garçon plus tard : de l'espèce de ceux qui cherchent à tout prix à faire peur aux oiseaux, pauvre résidu d'homme qui n'a aucune aile pour voler, pas même en pensée ?....

16.04.2008

Les envahisseurs

LES ENVAHISSEURS

Les plus vieux mûrs d’entre vous se souviennent sans doute de la série télé des années 70 où le héros, David Vincent, était aux prises avec des « envahisseurs venus d’une autre planète », et qu’il avait vus, une nuit qu’il « cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. » Ces affreux extra-terrestres avaient deux particularités : 1) Quand ils mouraient, ils se dissolvaient dans une très jolie lumière rouge ; 2) On les reconnaissait au petit doigt d’une des deux mains qui, je crois, ne pouvait pas se plier. Bref, tout ça pour dire que les envahisseurs sont revenus parmi nous et qu’ils hantent –entre autres- les rames du métro lyonnais aux heures de pointe.

Seulement voilà : ce ne sont plus des êtres a priori comme vous et moi, mais des androïdes dont le cerveau est relié à une machine via des fils qui pendouillent élégamment le long du visage, les pseudo oreilles servant de récepteur, puisqu’à l’intérieur, on a introduit un bout de métal censé transmettre les ordres venant de l’extérieur.

Ces androïdes ont une apparence humaine quasi parfaite ; n’étaient ces fils disgracieux, on les prendrait vraiment pour des gens de notre espèce. De nombreux modèles différents circulent, aussi bien masculin que féminin, et on en trouve dans les classes d’âge variant entre 15 et 35 ans. (Avant 15 ans, il parait que le cerveau est trop mou, et après 35, trop racorni.) On ne peut qu’admirer l’ingéniosité des techniciens extra-terrestres qui nous ont envoyé ces prototypes ; il semble cependant qu’ils doivent améliorer leur production de manière à faire disparaître complètement la cervelle et les fils.

Toujours est-il qu’il est facile de les reconnaître : outre les filaments qui sortent des oreilles, on remarque chez eux un air hébété, comme s’ils étaient absents mentalement du monde où on les a expédiés, et, chez les plus réussis, une expression d’intense idiotie répandue sur le visage. Leur avantage est qu’ils sont en général silencieux mais –gros désavantage lié à leurs oreillettes- sourds comme des pots. Vous pouvez vous égosiller pendant une heure pour leur faire comprendre qu’ils bouchent le passage et que vous aimeriez bien descendre à la prochaine station, rien ne se passe. Ils sont plantés comme des piquets devant la porte et leur regard vide ne voit que le néant.

De temps en temps, toutefois, l’un(e) d’entre eux est saisi(e) de quelques mouvements convulsifs qui l’obligent à se déhancher stupidement sur un rythme douteux, mais c’est la seule manifestation de vie qu’ils sont capables de montrer. Là aussi, il y a des progrès à faire, chers ingénieurs d’une autre galaxie.

Il paraît que le rêve de ces envahisseurs est de peupler notre planète. Ils sont en train d’y arriver. Alors, si vous en croisez un(e), dessoudez-le/la sans avoir pitié de lui/elle. De toutes façons, ce ne sont que des machines sans âme, sans esprit et sans vie réelle. Vous aurez fait œuvre de salubrité publique.

N’attendez cependant pas qu’ils se transforment en poussière rouge pour vous tirer. Ces androïdes n’ont pas le pouvoir de leurs prédécesseurs, hélas. Leur cadavre est du genre à encombrer les couloirs de métro. Il y a déjà assez d’immondices qui traînent par terre….

 

07.03.2008

Un glaviot pour Esthética Strombolia

UN GLAVIOT POUR ESTHETICA STROMBOLIA

OU

DU DANGER DE DIRE TOUT HAUT DANS UN BUS CE QUE LES AUTRES PENSENT

OU

GNA-GNA SERPILLERA ATTEINT DES SOMMETS

 

Jeudi, 13 h 45 salle des Urnes Funéraires.

Alors qu’à l’instigation de Dame Angoissa Chronica [1] le groupe d’ergothérapie[2] animé par Gontranix Imprecator vient de se mettre en place, un bolide fait irruption dans la salle et vient jeter le trouble parmi les patients qui ont tout juste commencé à avaler leurs cachets quotidiens.[3] C’est Musclor.

Avec la douceur qui le caractérise, il traverse la salle à grandes enjambées et s’effondre sur la table. « Vous savez quoi ? beugle-t-il. Esthética vient de se ramasser un crachat dans la figure. »

Remous dans le groupe des malades. Un élève aurait osé répandre sa bave puante sur le beau visage de notre Muse ? « Non, non, rectifie Musclor, c’est arrivé dans le bus. »

Evidemment, l’émoi grandit. Dame Angoissa avale dix cachets en même temps, Gontranix s’étonne, Enigmatica réclame quelques explications. Alors que Musclor, en bon disciple de Théramène, ouvre la bouche pour saouler l’auditoire avec un récit parsemé de « merde » et de « bon dieu », voire de « putain », l’héroïne de ce fait divers apparaît, souriante et détendue, mais légèrement énervée. « Vous savez pas ? dit-elle. Je viens de me ramasser un crachat dans la figure. » « Si, on sait, lui est-il répondu. Mais si tu pouvais préciser dans quelles circonstances, nous serions plus à même d’apprécier l’horreur de ce geste scandaleux. » (Vous pensez bien qu’une phrase si élégamment tournée n’a jamais été prononcée. Mais nous sommes sur un blog littéraire, ne l’oublions pas.)

Esthética s’assoit, grandiose. Elle réfléchit quelques secondes pour savoir comment elle va introduire son histoire. Pendant ce temps, tout le monde sèche sur place. Enigmatica pianote impatiemment sur la table, Zaza Blondina rectifie sa coiffure, Dame Angoissa finit le tube de cachets, Musclor tripote la poignée de son cartable avec une férocité inouïe, Gontranix se livre à des contorsions bizarres et Monsieur de Lavallière fait on ne sait pas trop quoi.

Scène : Esthética Strombolia dans le bus, assise sur une banquette ; non loin d’elle, Gna-Gna Serpilléra qui tout au long du voyage, fera semblant de ne pas la voir. Quelques voyageurs, des enquêteurs chargés d’interroger les clients afin « d’améliorer le service » et, au fond du bus, deux machins femelles qui écoutent à fond la caisse du rap sur des engins exclusivement réservés au vidage de cerveau.

Esthética Strombolia se lève et demande très poliment aux machins de baisser le son parce que leur musique est un peu fatigante. Elle n’aurait pas dû. Dans un langage aussi fleuri qu’imagé, l’un des machins dresse d’Esthetica un portrait peu flatteur :

1)       C’est une vieille peau ;

2)       Elle est moche ;

3)       Elle est pleine de rouge à lèvres ;

4)       C’est une sale pute ;

5)       C’est une sale française.

Vous connaissez la Strombolia  : elle réagit. Elle leur dit quelque chose comme « si vous n’avez que ce genre de termes à la bouche, restez dans votre banlieue. » Les deux machins se lèvent, se dirigent vers la porte et au moment où elles vont descendre, l’une se tourne vers Esthética et lui envoie un superbe glaviot à la figure. Et elle se barre.

Strombolia veut se jeter à sa poursuite pour lui faire rendre gorge. Les enquêteurs l’en empêchent. Pendant ce temps, aucun voyageur présent n’a moufté. Esthética s’en prend à eux. Et c’est ainsi qu’elle apprend « qu’on a failli l’aider, mais vu ce qu’elle a dit sur les banlieues, on a décidé de ne rien faire. »

Esthética éclate : « Ca fait vingt ans que j’enseigne dans les banlieues, alors je connais, et je sais très bien qu’il ne faut pas faire de stupides amalgames. Vous avez failli, effectivement. C’est vraiment le bon terme ! » Gêne légère des voyageurs. Gna-Gna Serpilléra reste totalement silencieuse et s’écrase le nez contre la vitre.

Finalement, le bus s’arrête, le chauffeur intervient, on conseille à Esthética de porter plainte (ce qu’elle va faire aujourd’hui). Musclor, qui attendait l’arrivée du bus, monte et s’installe près d’Esthética qui lui raconte ce qui vient de se passer. Gna-Gna Serpilléra joue toujours les femmes sourdes, muettes, aveugles et paralysées.

Fin du parcours : le bus stoppe non loin de l’établissement. Musclor, Esthética et Gna-Gna Serpilléra descendent. Et c’est alors que la dernière retrouve tout à coup le don de la parole. Elle apostrophe Esthética :

« Vraiment, écoute, il faut revoir ta façon de parler aux ados et aux gens ! Franchement, tu as entendu comment tu t’adresses à eux ? »

Musclor et Esthética se regardent, doutant de leurs oreilles.

Musclor (à Gna-Gna Serpilléra) : « Mais casse-toi, débile, on t’a rien demandé. »

Esthética (à la même) « Non, mais alors là, je rêve ! Tu étais là depuis le début et tu t’es bien gardée d’intervenir ! »

On ne saura jamais la fin de ce dialogue mouvementée parce que l’auditoire, choqué, s’exclame bruyamment et taille à ladite Gna-Gna Serpilléra un costume de toute beauté. Dame Angoissa est bouleversée par une telle attitude. Zaza Blondina s’écrie : « Mais elle est conne, celle-là ! » Barouf monumental.

Esthética Strombolia n’est pas spécialement traumatisée par cette aventure. Elle constate simplement que la lâcheté est devenue monnaie courante dans cette société et que les gens attendent que d’autres interviennent à leur place pour dire leur fait aux connards de tout bord.

Triste constat, mais totalement vrai. Quant à l’attitude de Gna-Gna Serpilléra, no comment. C’est une remarquable représentante des imbéciles démagos qui encombrent la profession.

 

 



[1] Portrait dans quelques jours

[2] Nouvelle invention qui va faire fureur, c’est sûr, et dont je vous parlerai très bientôt.

[3] Des Treets, pour être plus précis.

02.03.2008

Les animaux non malades de la peste

VENDREDI 29 FEVRIER, 20 H 15, BOULEVARD DE LA CROIX-ROUSSE, LYON

Après avoir passé une après-midi studieuse à corriger des copies dans mon café favori, après quelques libations prises en compagnie de sa Seigneurie Sigismond Bétéhesse, je retournais tranquillement vers ma voiture lorsque je fus le témoin d'une scène au fond très ordinaire mais plutôt savoureuse.

Personnages : une dame accompagnée d'une chienne blanche, ladite chienne et un chien-loup mâle tout ce qu'il y a de plus mâle.

La dame se bambannait tranquillement sur le boulevard, de ci, de là, cahin, caha, tandis que sa chienne, très belle, toute blanche, fine, racée, flairait elle aussi de ci de là les trucs infâmes qui jonchent généralement le trottoir. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, d'autant plus que la dame avait libéré ladite chienne de sa laisse et que ce superbe animal n'en profitait pas pour faire l'andouille ou pour chier partout.

Et tout à coup, déboulant d'un café, surgit un chien-loup. Magnifique lui aussi.

Ils se voient, ils se regardent, et croyez-moi sur parole, c'est le COUP DE FOUDRE. Et comme chez les animaux, quand on se plait, on se le fait savoir tout de suite, commence un joli frottage de museaux ressemblant fort à un roulage de pelle de première grandeur, suivi de... Parfaitement, vous avez deviné.

Avant que la dame ait pu faire quoi que ce soit, le chien-loup avait escaladé la jolie chienne blanche et comme il n'était pas manchot... crac, du premier coup. On le reçut d'ailleurs sans protester une seconde. Et commença le spectacle. Qui, alors qu'on aurait pu le supposer, ne venait pas seulement du couple en train de s'ébattre.

Cris et gémissements de la dame, appel désespéré de cette dernière, genre "viens ici tout de suite, viens ici, arrête !" (vous pensez comme ils se sont arrêtés, les deux autres !), nouveaux gémissements, plainte prolongée, question stupide : "qu'est-ce que je vais faire ?" ; et la voilà qui tourne autour des deux chiens comme une folle en essayant de les séparer.

Vous avez déjà essayé ce genre de sport ? Inutile, croyez-moi. Le chien-loup était bien encastré dans sa partenaire et n'avait pas du tout l'intention d'arrêter son travail. D'ailleurs, tout ce que la dame eut en récompense de ses efforts, ce fut de profonds grognements qui annonçaient des morsures imminentes si elle persistait dans cette conduite éhontée. Quant à la chienne, elle eut un mouvement de tête envers sa maîtresse qui en disait long sur ce qu'elle pensait de son outrecuidance.

Bref, voilà le trottoir en émoi et les spectateurs sous le charme de ce spectacle offert gratis. La dame continuait de se tordre les mains en murmurant "mais que faut-il faire" et elle finit par s'attirer une réplique du genre "rien, laissez-les donc tranquilles, vous aimeriez qu'on vous interrompe, vous ?"

Et quand ce fut terminé, le chien-loup retomba sur ses quatre pattes, donna de grands coups de langue affectueux à celle qu'il venait de trousser si élégamment et retourna dans son café. Quant à sa dulcinée, après avoir reçu avec une grâce ineffable les hommages amoureux de son compagnon, elle se planta devant sa maîtresse et attendit, la tête levée, l'air de dire "bon alors, on fait quoi, maintenant ? On rentre ou pas ?"

Gageons que dans quelques mois, la dame -si sa chienne ne prend pas la pilule-  sera l'heureuse grand-mère de petits chiots, bâtards, certes, mais qui seront certainement superbes vu le physique de leurs parents.

Je n'étais pas de très bonne humeur ce soir-là. Et bien, vous savez quoi ? Cette scène m'a ragaillardi et m'a donné un moral d'enfer. Quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi ?....

 

 

 

28.02.2008

A propos de not2be

Je ne vais pas sur ce blog continuer la polémique autour de ce site qui, comme tout ce qui relève du phénomène de mode, va créer beaucoup de remous, faire couler beaucoup d’encre et de salive, pour retomber ensuite comme un soufflé trop cuit. L’idée de faire noter les profs par les élèves est dans l’air du temps, et comme chacun sait, l’air du temps ne dure, comme nous l’affirme Malherbe à propos de Rosette, que « l’espace d’un matin. »

Passons aussi sur le fait que ce site ne risque pas de responsabiliser les élèves dans la mesure où la notation, les avis, etc. sont anonymes. Qu’on note les profs, soit ; mais qu’on ait le courage d’assumer son opinion et son vote. Mais comment assumer pleinement cela à 15 ou 17 ans ? Difficile, on est bien d’accord. Donc, ce site n’est qu’une tartufferie de plus, d’une remarquable démagogie et je crains bien que le maître mot de l’histoire ne soit, une fois de plus, ce vocable magnifique : fric. (Encore que je ne vois pas bien ce que les auteurs peuvent financièrement tirer de ça. Ce qui laisserait supposer que leur explication « la simple réalisation d’un rêve d’enfant » pourrait être exacte. Non, c’est encore plus démoralisant que l’explication précédente dans la mesure où ça donne le vertige sur leurs ambitions enfantines. Laissons tomber.)

Ce qui est très intéressant, ce n’est pas de regarder la note de telle ou telle personne (les critères sont inconnus et le nombre de votants tellement ridicule qu’il est inutile de se prendre la tête pour ça), mais de lire les messages que s’adressent les participants au forum. Là, c’est grandiose, et édifiant. Personnellement, ça m’a terrifié. Pourquoi ?

Laissons de côté les fautes de langue et d’orthographe qui rendent parfois la lecture extrêmement difficile. Taper sur un clavier peut se révéler redoutable à ce niveau-là, j’en sais quelque chose. Non, ce qui m’a fait très peur, c’est d’avoir sous les yeux la preuve évidente qu’une grande partie de la jeune génération non seulement méprise mais surtout –et le mot n’est pas trop fort- déteste ceux qui représentent la possession du savoir, quel qu’il soit, et sa transmission. Quand une société met à son ban ceux qui, justement, sont là pour lui permettre d’évoluer, il y a de grandes inquiétudes à avoir pour sa survie, ou plus simplement, pour la survie de sa liberté. Dois-je rappeler ici que tous les régimes tyranniques ont commencé par cette tâche fondamentale : discréditer ceux qui peuvent nuire à leur établissement ? Il faut être ou stupide, ou lâche, ou aveugle pour oser prétendre que nous vivons encore en démocratie.

Plus inquiétante encore est cette propension à la généralisation de cas particuliers, comme si tout à coup, l’Education Nationale était le repaire d’incapables et de fainéants dont la seule préoccupation est de martyriser des innocents incompris. Tous les profs sont nuls, ils ne foutent rien et ont trop de vacances. (Je résume l’opinion publique.) A croire qu’il n’y a aucun glandeur dans le secteur privé des entreprises. Désolé, mais c’est un milieu que j’ai suffisamment fréquenté, l’entreprise, avant de devenir prof, et je peux affirmer qu’il y a là-dedans autant de fainéasses qu’ailleurs. Seulement les entreprises, elles font du fric, elles rapportent ; et puis, c’est là-dedans que travaille la majorité de la population… Ne tapons donc pas trop sur elles, ça pourrait nous retomber sur le nez. Mais que rapporte un prof ? Rien, sur le plan financier. Alors…

Ne nous trompons donc  pas de cible : ce ne sont pas les élèves, les responsables ; ce ne sont pas leurs parents. (Encore que. L’aveuglement est excusable chez les enfants et les ados. Pas chez les adultes.) Ces idées que l’on distille dans la population, elles viennent d’en haut, de ceux à qui l’Education Nationale, pour la plupart, a permis d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. On ne leur en demandait pas une reconnaissance éternelle ; ne soyons pas naïfs. Peut-être simplement une neutralité bienveillante. Mais –attention, cliché !- si le pouvoir corrompt, il rend aussi ingrat, tout le monde le sait. A ce point-là, cependant, ça confine à l’œuvre d’art. Qu’attendre du nabot excité ? Qu’attendre de la folle de Chaillot ? Rien. Strictement rien. Sinon le dernier coup de pioche à cet édifice en ruines.

Regardons couler le navire ; tout le monde a bien participé au torpillage. Et sauve qui peut, n’est-ce pas ?...

23.02.2008

Les aventures du Prince Lexomil : IX

Episode 9

Stress et les Stressés

Sortir de Coup Dur fut chose très aisée. Le Prince Lexomil était si sale qu’il n’avait pas besoin de demander son chemin, tous les passants le lui indiquaient du bras avant même qu’il le demande, en restant relativement éloignés de sa royale personne.

Une dizaine de kilomètres seulement séparait Stress de Coup Dur. Et comme le Prince avait l’habitude de l’exercice physique, cette marche le long de la route ne lui déplut nullement. Il n’eut même pas besoin de faire du stop et dans l’état où il était, ça valait mieux, personne ne se fût risqué à s’arrêter. D’ailleurs, les Déprimés prennent très rarement des auto-stoppeurs car ne n’est pas dans leur nature de songer à aider autrui.

Lorsque Lexomil arriva à Stress, l’après-midi touchait à sa fin. Les Stressés sortaient qui du bureau, qui de l’école ou du lycée, et les magasins étaient tous pleins à craquer d’excités gueulards, prêts à se jeter leurs anti-dépresseurs à la figure. Le spectacle dans les rues était identique. Stress ressemblait à un asile de fous dont on aurait libéré les pensionnaires en leur ordonnant de flanquer une pagaille monstre. Ca braillait dans tous les sens et personne ne s’écoutait. Les klaxons hurlaient à la mort, les piétons tapaient à coup de parapluie sur le capot des voitures dont les conducteurs démarraient sur les chapeaux de roue, menaçant d’écraser le plus de Stressés possible si on les empêchait de passer, les feux rouges étaient très vaguement respectés, les vélos zigzaguaient à qui mieux mieux au milieu de ce merdier infernal et quelques mendiants disséminés ça et là pissaient en rigolant contre les lampadaires dans l’espoir inconscient de provoquer un court-circuit qui aurait plongé la ville dans l’obscurité totale.

« Où suis-je donc tombé ? se dit en lui-même le Prince Lexomil, abasourdi, ahuri par ce déchaînement inconnu à Coup Dur. Les gens de Stress ont donc perdu tout contrôle d’eux-mêmes ! On m’avait bien dit qu’ils étaient un peu spéciaux, mais me voilà plongé dans les pires abîmes de la perplexité ! »

Alors qu’il s’étonnait, planté sur le trottoir, quelques Stressés des deux sexes, énervés par son immobilité et son calme, le bousculèrent rudement, lui ordonnant l’une « d’arrêter de faire le poireau, c’était pas la saison », l’autre de « dégager la voie vite fait parce qu’il y avait des gens pressés », le troisième de « regagner sa cambrousse et d’ouvrir un guide Michelin avant de revenir », etc… Assailli de toutes parts, Lexomil se mit à tourner dans tous les sens, projeté à gauche, ramené à droite, balancé contre une porte, envoyé sur le capot d’une voiture ; il passait de bras en bras, tel un ballon fou, et finit par se retrouver à plat ventre sur le trottoir, à la merci d’un troupeau de Stressés qui, ne le voyant même pas tellement ils étaient occupés à bouillir intérieurement, marchaient sur lui et, pour les plus distraits, butaient sur ses jambes ou ses bras, juraient et parfois s’étalaient, entraînant leurs voisins dans leur chute. Ce qui finit par provoquer des remous encore plus insensés.

Le pauvre Lexomil se dégagea à grand-peine du magma gigotant et, traînant la jambe, entreprit de traverser la Grande Rue en direction de la petite place où il envisageait de faire halte quelques minutes. Il faillit deux fois y laisser la vie, et ne dut son salut qu’à des sauts acrobatiques en arrière. Le regard halluciné des conducteurs, leur visage contracté au point qu’on ne voyait même plus leurs yeux révélaient à eux seuls leur totale incapacité à décoller le pied de l’accélérateur, qu’il y ait ou non sur la chaussée des feux, des piétons, des obstacles, des paralytiques et des handicapés mentaux. N’ayant aucune envie de recommencer une si dangereuse aventure, Il se posta sagement devant les passages cloutés et attendit que le flot connût un moment d’apaisement. Las. Au bout d’une demi-heure, il n’avait toujours pas bougé et il n’était pas question de traverser au feu vert, de toutes façons, aucun stressé ne lui aurait laissé le passage, bien qu’il eût la priorité absolue. Ce qui le consolait, c’était la bande de sonnés qui trépignait derrière et à côté de lui, invectivait les voitures, dressait le poing vers le ciel et hurlait à la mort chaque fois qu’un véhicule grillait un feu rouge. Finalement, vu que les trottoirs débordaient de Stressés près à tout pour traverser, il fallut se lancer bravement sur les pavés. Il y eut des crissements de frein, quelques « boums » bien sonores, des fusées jaillirent des voitures accidentées et se jetèrent les une sur les autres en vociférant tandis que les piétons, trop pressés pour s’inquiéter s’il y avait ou non des blessés, s’éparpillaient dans tous les sens, non sans se taper les uns sur les autres pour arriver plus vite de l’autre côté.

Lorsque le Prince Lexomil parvint enfin sur la place (qui, étrangement était quasiment déserte), il était dans un état encore plus lamentable qu’à son départ de Coup Dur. Il alla s’asseoir sur le rebord de la fontaine située au milieu de la place et entreprit de constater les dégâts. « Vraiment, ce comportement est inouï, dit-il à voix haute. Qu’ont donc tous ces gens à courir, crier, s’exciter ? On se croirait au zoo de Coup Dur devant un parterre de singes. » Il en était là de ses réflexions lorsque trois stressés passèrent devant lui. Leur tenue vestimentaire le rassura sur la sienne. Certes, on voyait son caleçon à travers les déchirures (nouvelles) du pantalon et sa chemise se réduisait à deux pans qui couvraient malaisément le haut des épaules. Mais la femme qui venait de traverser la place n’avait plus qu’une chaussure, le haut de son chemisier était déchiré, sa jupe avait été raccourcie de moitié et il ne lui restait plus que la moitié de son collant. Les deux hommes qui la suivaient n’étaient guère mieux lotis, l’un avec un pantalon réduit à une jambe et l’autre une veste que les manches avaient désertée. Et tous deux portaient sur le visage les marques de quelques coups attrapés Dieu savait où.

Le réconfort ne dura pas longtemps. « Celle ville est dangereuse, pensa Lexomil, soudain terrifié. On y meurt avec une facilité déconcertante. Je ne dois pas m’attarder ici, c’est évident. Mais quelle direction prendre ? » Il regarda autour de lui. Pas de panneaux. Ou plutôt PLUS  de panneaux ; ils gisaient à terre au coin des carrefours, amochés, tordus, biscornus, ratatinés par une foule de Stressés en délire. « Comment vais-je arriver à Déprime-sur-Boulot si je ne sais pas quelle route y mène ? » dit le Prince en se tordant les mains de désespoir. Il aurait fallu aller relever les panneaux pour les lire. Mais cela n’aurait pas servi à grand-chose, vu qu’ils n’étaient plus tournés vers l’endroit qu’ils étaient censés indiquer.

« Je ne peux pas compter sur mon sens de l’orientation, je n’en ai pas, continua Lexomil, de plus en plus déprimé. Et je n’ai ni carte, ni guide. Ô mon père et ma mère, que je vous en veux de m’avoir mis dans une si périlleuse situation. » Et il se mit à pleurer, pour s’occuper, et au cas (fort improbable) où cela attendrirait quelqu’un.

(A suivre)

 

09.12.2007

L'élégance de Nymphéa

L’ELEGANCE DE NYMPHEA

Nymphéa est élégante. C’est ce que prétend Deborah. Pas en ce qui concerne l’habillement, hélas. Là, on serait plutôt dans le domaine du « décrochez-moi ça ». Non. Nymphéa est élégante dans l’esprit, l’intellect, le moral, la personnalité.

Cette élégance innée n’empêche pas Deborah, sa grande copine, d’affirmer en catimini à qui veut l’entendre que « Nymphéa, c’est un monstre d’orgueil ». (A prononcer avec l’accent du sud-ouest.)

Nymphéa est à la retraite. Elle fait partie de ces gens qui ont eu la chance de naître avant les autres, ceux qui sont condamnés à travailler jusqu’à 80 ans pour pouvoir jouir (48 heures parce qu’après ils claquent) d’un repos bien mérité.

Nymphéa appartenait à la chorale du lycée et à un tas d’autres chorales. Il lui arrivait de se prendre pour la Callas et de régaler, pendant le repas, les convives attablés autour d’elle de « tittattatititatitati » censés être du Mozart (par exemple), fredonnés Dieu merci à mi-voix. Soit ça donnait des frissons d’horreur, soit ça flanquait un tel fou rire qu’on en crachait dans sa serviette.

Quand elle était en activité, Nymphéa prenait sa mission d’enseignement très au sérieux. C’est ainsi qu’elle s’est gardée pendant des décennies certaines classes de BTS censées être le top du top au niveau du recrutement. On lisait Schopenhauer, Bourdieu, Kant, Arendt et autres auteurs connus pour leur facilité de compréhension.

Mais Nymphéa n’a pas vu passer les années. Elle n’a pas voulu s’apercevoir que les temps changeaient, que le public n’était plus le même et elle s’est entêtée dans sa décision de faire avaler Bourdieu à des gens dont le vocabulaire ne dépassait pas trois cents mots et à qui il fallait expliquer les paroles des chansons de Jennifer. Forcément, sa relation avec ses étudiants s’est d’abord un peu modifiée, puis beaucoup dégradée. A la fin, c’était entre eux et elle une corrida digne de celle dont Proserpine et Sardine offrent de temps en temps le spectacle dans les couloirs.

Et c’est là que, d’après Deborah, intervient l’élégance de Nymphéa. Elle n’a jamais voulu se plaindre ouvertement de ses difficultés. Bien sûr, elle en parlait de temps en temps, se plaignait que « c’était très dur » ; elle n’a cependant jamais dit un mot sur ces certains étudiants qui lui menaient la vie dure. Elle avait encore cette belle certitude, profondément ancrée en elle, qu’il était de son devoir de transmettre le savoir, même si ce savoir n’intéressait nullement une catégorie de gens légèrement bornés, tout à fait à l’aise dans leurs convictions et décidés avant même de la connaître à rejeter cette culture-là.

Monsieur de Lavallière n’a pas eu cette élégance. Il a clamé haut et fort dans les oreilles de Deborah qu’on n’oblige pas à boire des ânes qui n’ont pas soif et que la simple lucidité (voire le bon sens, ou tout simplement l’instinct de survie) vous oblige à tenir compte d’une réalité certes déplorable, mais tangible. Deborah a acquiescé puis le jugement est tombé : « Mais tu sais, Nymphéa avait de l’élégance. » Ce qui sous-entendait que Monsieur de Lavallière en manquait singulièrement.

Soit. Mais est-ce bien de l’élégance ? Ne serait-ce pas plutôt la peur de regarder la réalité en face ? La peur aussi –étrange chez un prof de lettres- de ce que les mots sont capables de dire ? Ou bien n’est-ce que le respect d’une convention sociale : ces choses-là ne se disent pas ? Quelles choses ? Et bien, qu’il y a des gens qui seraient beaucoup mieux ailleurs que dans un lycée ou une fac, d’une part dans leur propre intérêt, et d’autre part dans l’intérêt de ceux qui les entourent.

C’est vrai, c’est dur. Et Nymphéa avait au moins pour elle son idéal –ou son utopie. Cela lui a permis de tenir jusqu’à la fin.

Quid de ceux qui restent ?...

 

 

 

07.12.2007

Chanson pour la Madone des Déshérités

CHANSON POUR LA MADONE DES DESHERITES

POUR UNE VIEILLE POUF LIFTEE

(Complainte de la négritude)

Pour une vieille pouf liftée, j’ai concocté

Un bouquin qu’elle a bien signé, un sottisier.

Si jamais elle le lit un jour, ça prouverait

Qu’elle a au moins retenu son alphabet.

 

Je suis la vieille pouf liftée que tu descends,

Je suis la vieille pouf liftée, gare à tes dents,

Ecris donc au lieu de baver, car moi j’attends,

Je dois faire ma publicité pour dans quatre ans.

 

Cette courge n’était pas morte, ce soir-là,

Dans sa guirlande de conneries, j’ai mis mes pas,

J’ai cru coucher sur le papier du beau français,

En écrivant les barbarismes qu’elle me dictait.

 

Non, je n’étais certes pas morte, ce soir-là,

Et ma guirlande de conneries, tu l’écrivas,

Tu crus coucher sur le papier du beau français

Mais ma grammaire était partie, je l’oublia.

 

Pour la vieille pouf liftée, j’ai dû chercher

Un titre à ses bavasseries, et j’ai trouvé,

Pourquoi donc se faire chier pendant des heures,

Quand on peut tranquillement plagier les morts ?

 

Pour ta vieille pouf liftée, tu dus chercher,

Un titre pour mes lecteurs, mes bien-aimés,

Mais j’ai tellement dû frapper, te massacrer,

Que j’en ai la main et le bras ankylosés.

 

Pour une vieille pouf liftée, j’ai concocté,

Un bouquin qu’elle a bien signé, un sottisier.

Je sais qu’elle le lira un jour, quand elle saura,

Que prendre les gens pour des cons, on ne peut pas.

 

Bonjour, je suis la vieille pouf liftée, j’ai essayé,

Bonjour, je suis la vieille pouf liftée, de t’entuber,

Cher public et j’ai réussi mon coup d’éclat,

Car même mes militants en sont babas.

28.11.2007

Les cucusseries de Noël

CA Y EST ! Novembre n'est même pas terminé qu'on commence à s'agiter pour Noël et à ressortir toutes les débilités qui entourent hélas cette fête. Le centre commercial de la Part-Dieu n'échappe pas à la règle, il est truffé du sol au plafond de guirlandes scintillantes -à vous donner mal à la tête- et la fontaine centrale, déguisée en village de nains délirants, est prête à subir les assauts de la foule admirative et infantile.

BREF, c'est bientôt Noël à en croire les annonceurs ; même la page d'accueil de hautetfort n'échappe pas à la contamination.

C'est pourquoi il me semble intéressant de mettre sur ce blog un extrait d'un article écrit par J. Garcin dans l'Evènement du jeudi il y a un certain nombre d'années (je ne sais plus la date exacte.) Rien n'a changé depuis qu'il a rédigé ce texte... Je crois même que c'est pire...

"Chaque fois que Noël pointe le bout de son conifère, il faut s'attendre au pis : supporter, pendant plusieurs semaines, que la ville s'embouteille ou s'infantilise, areu-areu-guili-guili-mon-beau-sapin, klaxons et crises de nerfs sur les trottoirs où gisent les paquets-cadeaux ; que les rues soient décorées comme une salle des fêtes en Poitou-Charentes pour la promotion du capitaine des pompiers ; que les platanes soient affublés de guirlandes multicolores qui n'en finissent pas de clignoter -on croirait qu'ils vont décoller de Roissy-Charles-de-Gaulle ; que tous les commerçants se croient obligés, même les vendeurs d'appareils orthopédiques et les spécialistes du presse-purée électrique, de mettre des flocons de coton, des branches de sapin teintes en rose et des skieurs en céramique rouge dans leurs vitrines ; que les grandes surfaces, grotesques cavernes d'Ali-Baba, diffusent en boucle et en mono Tino Rossi et Chantal Goya rendant respectivement grâce à Papa Noël et au petit Jésus ; que des gagne-misère se déguisent en tristes Rois mages sur les grands boulevards ; que les journaux, envahis par des annonceurs surexcités, se transforment soudain en supplément du catalogue de la Redoute -même Libé, cette année, y va de son "spécial cadeau"- ; et que les radios truffent leurs émissions de conseils pour réussir son foie gras, et pour prévenir indigestions et gueules de bois..."