19.05.2008
Proserpine Decheval s'essaie à la séduction
PROSERPINE DECHEVAL S’ESSAIE A LA SEDUCTION …
… ET SE VIANDE
Ca y est, l’Ineffable est de retour parmi nous.
Elle a abandonné couches, biberons, rots, braillements et caca verdâtre pour son ordinateur bien-aimé, son bureau adoré, sa fonction vénérée que personne ne vénère à part elle et quelques courtisans en mal de reconnaissance. Et tout recommence comme en 14.
Proserpine a éjecté sa remplaçante dans un placard à balais et trône majestueusement derrière sa table de travail derrière laquelle n’émerge que son sublime visage encore un peu bouffi, luisant de crème (contre quoi ?) et ses grands petits yeux pas encore chassieux, mais cela ne saurait tarder.
Et sa voix de crécelle résonne de nouveau dans les couloirs et dans la salle des Urnes Funéraires.
Et les menaces diverses et variées recommencent, parce que Proserpine, mère ou non, ne sait toujours pas lire ce qu’on lui écrit. (Ou fait semblant, ce qui est encore plus désolant. Ou déblatère sur ce qu’elle n’a pas lu, ce qui est un trait marquant de sa personnalité.)
MAIS…. Oh oui, il y a un MAIS…
Proserpine Decheval, inspirée par on ne sait quelle révélation divine, décide tout à coup de changer de rôle et de harpie glapissante glisse sournoisement vers celui de Lorelei. Proserpine a décidé de séduire, c’est sa dernière invention, et c’est sans doute une des meilleures.
Pimpante dans sa tenue chic-mode toujours aussi peu seyante, souriante (on arrive même à croire qu’elle ne s’est pas exercée toute la nuit devant son miroir), le verbe fleuri à la bouche et l’amabilité aux lèvres, elle s’avance langoureusement de son pas de grenadier vers le groupe des renégats qui l’accueille –ô immonde hypocrisie !- avec des sourires encore plus sucrés que les siens.
Que veut donc notre Egérie chérie ?
Rien, rien, juste quelques petits renseignements… Il faut se mettre d’accord sur ceci, penser à cela, est-ce que c’est possible de faire ceci… Est-ce qu’on aura le temps de faire cela… Le tout enrobé de formules de politesse grosses comme les biceps de Superman. Les bras vous en tombent et vous la regardez en vous demandant si c’est vraiment elle ou un clone nettement plus réussi que l’original. Non, non, c’est bien Proserpine.
La preuve, c’est que dans une conversation uniquement professionnelle, elle arrive quand même à placer son « conjoint », homme génial s’il en est parce qu’il brasse du vent traite des affaires dans lesquelles ont ne parle même plus en millions d’euros, c’est vous dire son importance, son chieur, son amour pour son chieur, la réussite qu’est son chieur, les horaires de son chieur (nourriture, pipi, caca, dodo), l’âge auquel elle a eu son chieur, la nourrice de son chieur, et on va s’arrêter là parce que vous êtes déjà complètement groggy –et qu’en outre, vous en vous en foutez mais alors à un point…
Bref, Proserpine a changé son fusil d’épaule. Elle s’est dit que l’amabilité était le meilleur moyen de regagner –sinon le cœur ou l’estime, faut pas exagérer- du moins l’écoute de ses ouailles. Elle regroupe sous son aile ses petits profs afin qu’ils puissent tous (elle et eux) travailler en bonne intelligence.
Venant de quelqu’un d’autre, ça pourrait être crédible. Venant d’elle, ça parait tout simplement aberrant. Autant dire que personne n’est tombé dans les filets de cette sirène au chant cacophonique ; mais tout le monde est curieux de savoir comment les choses vont évoluer. Alors, d’un commun accord, les renégats ont joué le jeu et sorti toute leur panoplie de faux cul. A eux également les sourires, les amabilités, les z’innocentes plaisanteries (voyez comme nous acceptons d’être complices avec vous) ; Gontranix ne tonne pas, Sigismond Bétéhesse rengaine ses vacheries, Monsieur de Lavallière fait taire son ironie, Deborah hoche la tête d’un air concentré, Enigmatica continue de jouer l’énigmatique, Dame Angoissa se tait mais n’en pense pas moins, Gaffiot Sculpturus sourit dans sa barbe, Isabeau de Bondière accepte de quitter son trône, Zaza Blondina opine du chignon, bref, tous ceux présents lors de ce moment miraculeux font semblant de trouver Proserpine absolument charmante. Et se tordent de rire dès qu’elle a quitté la salle des urnes Funéraires.
Combien de temps Proserpine va-t-elle tenir ? Quelle sera la première connerie qui flanquera par terre tout son bel édifice de guimauve écoeurante ? Sur quelle tête vont tomber les prochaines menaces ?...
Les paris sont ouverts.
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08.05.2008
Zaza Blondina et Monsieur de Lavallière
ZAZA BLONDINA ET MONSIEUR DE LAVALLIERE :
GAFFES ET BEVUES (suite)
Le portrait de ces deux éminents membres de la Salle des Urnes funéraires n’eût pas été complet si nous n’avions pas raconté non pas leurs dernières frasques (en ce moment, ils se tiennent tranquilles mais pour combien de temps ?) mais quelques-unes de leurs précédentes boulettes.
La courtoisie et la bonne éducation (si chères à Zaza Blondina) exigent que l’on commence par les dames : voici donc la première anecdote, celle dont la Blonde Sublime a été l’héroïne.
18 H : la journée est finie : Zaza Blondina, sac en bandoulière et cartable dans la main, se dirige d’un pas primesautier vers l’arrêt du bus situé en face de l’établissement. Elle est toute contente parce que son dernier cours s’est particulièrement bien passé et elle a l’impression d’être une prof géniale. Elle n’ose pas chantonner parce qu’il y a pléthore d’élèves autour d’elle, mais elle adresse à la ronde une généreuse série de sourires radieux.
Et justement, non loin d’elle, un jeune homme lui rend son sourire. Visiblement, il la connaît. Elle aussi le connaît, elle l’a vu quelque part, c’est certain. Elle s’approche de lui, aimable et pimpante. « Oh, bonjour, dit-elle, vous ne seriez pas le serveur du restaurant chinois de la place XYZ ? Ca fait longtemps que je ne vous ai pas vu. »
Le sourire du jeune homme se fige et disparaît. Son visage prend une expression particulièrement réprobatrice. « Non, répondit-il. Je suis un de vos étudiants et vous venez de me faire cours pendant deux heures. »
Zaza Blondina, foudroyée, se tait.
L’étudiant ne lui adressera plus la parole de l’année.
Deuxième anecdote : cette fois, c’est Monsieur de Lavallière, notre arbitre des élégances, qui en est le héros malgré lui.
Alors qu’il traverse inconsidérément le centre commercial de la Part-Dieu, Monsieur de Lavallière s’entend héler par une voix féminine. Il s’arrête, regarde autour de lui. Une jeune fille lui fait de grands signes et s’approche de lui, souriante. Seigneur, c’est une de ses étudiantes. Mais laquelle ? Et à quelle promotion appartient-elle ?
La jeune fille bavarde, très à l’aise, pendant qu’il essaie désespérément de se souvenir d’elle. Elle lui apprend qu’elle fait un stage dans le centre commercial.
Monsieur de Lavallière (voyant là l’occasion d’arriver à cerner l’époque où il essayait de lui enseigner les rudiments de la synthèse de documents) : Un stage ? Mais vous n’avez toujours pas trouvé de travail ?
L’étudiante (surprise par l’incongruité de cette question) : Non, je fais simplement mon stage normal.
Monsieur de Lavallière (guère plus avancé) : Ah, d’accord ! Mais dites-moi, je vous ai eue comme étudiante en quelle année ?
L’étudiante (abasourdie) : Mais vous m’avez cette année ! Je suis dans votre classe de BTS !
Monsieur de Lavallière (effondré, à part) : Nom de Dieu, comment je vais me tirer de cette merde ? (A voix haute, radieux et faux cul comme cela ne devrait pas être permis de l’être) : Ah oui, mais bien sûr ! Vous avez changé de coiffure, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi je ne vous reconnaissais pas.
L’étudiante (rassérénée) : Oui, en effet, je me suis fait couper les cheveux.
Monsieur de Lavallière (soulagé) : Je me disais aussi… Vous savez qu’elle vous va très bien, cette coiffure ? Vraiment.
L’étudiante (ravie) : Oh merci, c’est gentil. A bientôt.
Et elle s’en va, laissant Monsieur de Lavallière au bord de la déroute, en sueur, et se disant qu’il l’a échappé belle. Vivent les coiffeurs !
12:31 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : portrait, humour, caricature, satire, littérature
03.04.2008
Jeudi, c'est ergothérapie
JEUDI, C’EST ERGOTHERAPIE
Le lecteur ne manquera pas d’admirer la concordance parfaite entre le jour de la semaine et le titre de ce « portrait » qui n’en sera d’ailleurs pas vraiment un ; plutôt une succession de scènes « prises sur le vif ». Toujours est-il qu’on voudra bien tirer son chapeau à l’auteur pour sa présence d’esprit…
13 h 45 – Salle des Urnes Funéraires, côté délirium pas mince du tout.
Dame Angoissa arrive, poussant devant elle une brouette remplie de tas de paperasses aux allures de copies. Elle s’arrête près de la table de soins et, dédaignant de se livrer à un tri préalable, jette les papiers au hasard Balthazar, voudra les récupérer qui le veut bien. Elle a les traits tirés, le regard glauque, le cheveu triste et c’est d’une voix éteinte qu’elle annonce : « l’atelier est ouvert ».
Puis elle s’assoit, pose les coudes sur la table, appuie son front contre ses mains et soupire.
13 h 50 – Esthética Strombolia pénètre d’un pas martial dans la salle et se dirige vers son casier. Elle apostrophe la Présidente du groupe : « Ca n’a pas l’air d’aller, Angoissa ! » « Oh pas du tout, répond cette dernière. J’espère que l’ergothérapie me fera du bien. » « J’aimerais bien y assister, dit Esthética, mais j’ai cours. »
13 h 55 : Gontranix Imprecator débaroule et s’affaisse sur une chaise, en face d’Angoissa. « Alors, tout est prêt ? » clame-t-il avec une férocité inouïe dans la voix. Dame Angoissa opine du chef. « Il manque les médicaments, dit-elle. Je n’ai plus de monnaie. » « Qu’à cela ne tienne, répond Enigmatica, arrivée entre-temps. Je vais en chercher au distributeur. »
14 h – Esthética Strombolia quitte la salle en faisant sonner ses talons sur la moquette. Enigmatica revient, les mains pleines de pilules et de cachets. « Je crois bien que je fais une addiction aux Treets, murmure-t-elle. C’est terrible, c’est le dixième paquet que je mange depuis ce matin. » Puis elle s’assoit tandis que Dame Angoissa et Gontranix se jettent sur les cachets et les avale en moins de deux.
14 h 05 : Monsieur de Lavallière prend place aux côtés de Dame Angoissa, laquelle se lève pour prononcer son discours hebdomadaire de bienvenue. « Chers amis malades de la peste, commence-t-elle, notre séance sera encore une fois consacrée à ce qui doit finir par guérir notre obsession, à savoir la correction de monceaux de copies que j’ai demandé aux pensionnaires du Vinatier de rédiger comme ils l’entendaient. » « Il est normal que je corrige des copies, intervient Gontranix. Je suis prof. » « Oui, c’est ça, intervient Monsieur de Lavallière. Mais l’es-tu réellement ? » « Je ne sais pas, dit Gontranix. Mais j’ai l’impression d’avoir retrouvé mon ego quand j’ai zébré de toutes les couleurs ces tas d’inepties. » « Laissez-moi finir, intervient Dame Angoissa, terrifiée à l’idée de ne pas pouvoir achever sa harangue. Tous ici sommes atteints du même mal ; nous sommes tous frappés mais dieu merci, nous n’en mourons pas. Puisque nous sommes persuadés d’être des profs, il nous faut nous livrer à cette sainte occupation qui est la première dans l’ordre d’importance des tâches réservées à un enseignant. Cela fait bientôt un an que nous nous réunissons tous les jeudis et j’avoue que je suis un peu déprimée : nous n’arrivons pas à guérir de cette obsession. L’un de vous aurait-il une autre solution que ce traitement qui ne semble faire effet que quelques jours ? » Puis elle se rassoit, épouvantée à l’idée d’avoir dit des sottises.
14 h 10 : Gontranix se lève: « Quand si grand est le mal, il faut le prendre à la racine. Nous n’avons pas encore atteint le plus profond de nous-mêmes et ce n’est qu’en corrigeant, corrigeant, corrigeant que nous parviendrons à comprendre d’où vient notre problème. » « Hélas ! fait Dame Angoissa. Les racines de mon mal-être me semblent inatteignables ! » Enigmatica s’agite. « J’ai besoin de cachets, vite, vite, donnez-moi des cachets ! » et elle plonge une main tremblante mais dévoreuse dans le sac de pilules multicolores.
14 h 15 : Musclor se joint au groupe. Il a les lunettes sardoniques, le triple menton menaçant et la bedaine arrogante. « Vous foutez quoi, là ? » demande-t-il. « Nous nous soignons, dit Monsieur de Lavallière. Es-tu malade ou viens-tu nous narguer ? » Dame Angoissa soulève de quelques centimètres son postérieur, non pour péter mais pour attraper le sachet de pastilles dont le contenu baisse dangereusement de secondes en secondes. « Il n’y a presque plus rien, gémit-elle, terrorisée. Et nous n’avons même pas commencé la thérapie ! Oh, ciel ! Que va-t-il advenir de nous ? » Affolement. Puis Gontranix propose de renouveler le stock en se servant au distributeur. Enigmatica se lève à nouveau, en profite pour glisser subrepticement un paquet de Treets dans sa poche, puis revient en arborant un sourire radieux et jette les sachets neufs sur la table.
14 h 20 : Dame Angoissa répartit au hasard les feuilles graphitées. Enigmatica se saisit de son stylo et rejette ses cheveux en arrière ; Gontranix brandit un feutre rouge et l’abat furieusement sur le premier papier de sa pile ; Monsieur de Lavallière commence à souligner férocement tout ce qui lui semble relever de la pure ineptie, Dame Angoissa met ses lunettes et écrit n’importe quoi en marge de ce qu’elle est en train de lire ; Musclor, emporté par cette fièvre correctionnelle, s’empare d’une partie du tas de Dame Angoissa, laquelle pousse un couinement aigu et proteste avec virulence : si elle ne corrige pas tout ce qu’elle s’est imposé, le traitement n’aura aucune efficacité. « J’voulais t’aider, proteste Musclor, mais puisque c’est comme ça, va mourir ! » « Pas dans cet état de déliquescence absolue ! » pleurniche Dame Angoissa dont les larmes dissolvent l’encre des copies et transforme le texte en traînées bleuâtres et illisibles. Pendant ce temps, les autres s’acharnent sur leurs feuilles en murmurant : « Je suis prof, je suis prof, je suis prof, donc je corrige. » Dame Angoissa essaie de se persuader : « Je me soigne, je me soigne, ça va marcher, je me soigne. »
14 h 30 : Musclor, fatigué d’être tenu à l’écart, va s’asseoir plus loin et ouvre un journal. Ce côté-ci de la salle des Urnes Funéraires est totalement désert. Les momies se sont entassées de l’autre côté, de peur d’être happées par la contagion.
14 h 45 : Hurlement : il n’y a plus de cachets. Cette fois, c’est Monsieur de Lavallière qui se propose de réapprovisionner la pharmacie. Enigmatica approuve de la tête mais déguste sournoisement, les yeux en dessous, les pilules qu’elle a dissimulées dans sa poche. Dame Angoissa enlève ses lunettes et les fait tourner entre ses doigts. Gontranix grommelle que ce qu’il lit relève de la plus pure insanité anti-culturelle.
15 h : Enigmatica abandonne le groupe car elle doit aller faire cours. Elle est remplacée par un nouveau membre, Regina, à qui il faut expliquer les règles si elle veut que sa thérapie fonctionne. Son refus de consommer des médicaments fait froncer les sourcils de Dame Angoissa : sans les pilules, le traitement sera totalement inefficace. « J’ai trop envie de guérir pour m’entêter », dit Régina et elle engouffre la moitié du sachet de pastilles miraculeuses que Monsieur de Lavallière vient de déposer au centre de la table.
17 h : Le tas de feuilles corrigées a démesurément grossi. Les membres du groupe suent et soufflent. Leur enthousiasme originel baisse à la vitesse grand V. La guérison approche.
17 h 30 : Dame Angoissa se lève, triomphante : « J’en ai ras le bol de ces conneries, je ne suis pas plus prof que Napoléon était pape, je n’ai pas à corriger ces merdes ! » Et elle prend ce qui lui reste de feuilles, les jette en l’air puis les piétine lorsqu’elles retombent. Et la voilà partie dans une danse endiablée parce que cette fois, ça y est, c’est bon, elle s’est débarrassée de son obsession. « Je marche dedans, ça porte bonheur » chantonne-t-elle en sautillant sur ce qu’elle considérait en début d’après-midi comme des copies que sa conscience professionnelle lui enjoignait de lire.
17 h 35 : La joie devient générale. Tout le monde se déclare guéri. On jette tout à la poubelle et Dame Angoissa déclare la séance levée. « Espérons que jeudi prochain, nous n’aurons pas besoin de remettre ça », dit-elle, pour une fois optimiste.
20 h : Chacun chez soi : la folie remonte peu à peu ; Dame Angoissa hallucine de nouveau : je dois aller au lycée demain. Monsieur de Lavallière, noyé dans son gin-tonic, pleurniche : ça recommence ! Gontranix lève le nez du Journal de Léon Bloy : Putain, c’est vrai que demain, j’ai cours ! Les cheveux d’Enigmatica se dressent sur sa tête : oh là, là, la fièvre remonte, je dois préparer un DS…
Il n’y a pas à dire : quand on commence à se prendre pour un prof, aucun atelier, qu’il soit d’ergothérapie ou non, ne peut arriver à vous guérir de cette obsession…
07:10 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, satire, portrait, littérature
18.03.2008
Dame Angoissa Chronica
DAME ANGOISSA CHRONICA DOLOROSA MAXIMA
Un jour, vous aurez peut-être l’idée un peu bizarre de chercher Dame Angoissa dans les couloirs. Le portraitiste se doit donc de vous donner quelques indices afin de ne pas vous tromper car si elle apprend que vous avez pris une autre pour elle, Dame Angoissa Dolorosa va se mettre dans tous ses états et pleurnicher que personne ne la reconnaît parce qu’elle est insignifiante, ce qui, vous allez le voir, est totalement faux. Mais elle en est persuadée et cette angoisse s’ajoute aux multiples autres qui lui empoisonnent la vie.
Premier indice (qui n’en est pas un) : Elle porte un cartable, ce qui, dans ce lieu, n’a rien de vraiment extraordinaire. Donc, vous ne pouvez pas la reconnaître à ce seul signe.
Deuxième indice (plus sérieux) : Elle a toujours l’air de craindre que le ciel lui tombe sur la tête. Cela dit, elle n’est pas la seule, moult spécimens dans cet établissement ont ce visage un peu hagard et ces yeux exorbités.
Troisième indice (encore plus sérieux) : Elle marmonne toute seule des mots incompréhensibles et se prend la tête entre les mains toutes les trente secondes. Parler à d’invisibles interlocuteurs est certes monnaie courante ici (faire un cours devant des bœufs = monologuer), mais se tenir la tête l’est moins.
Quatrième indice (sérieux de chez sérieux) : Elle répète à qui veut l’entendre : « je suis nulle », « j’en ai marre », « je suis folle », « ça va barder ce soir », « mon fils me mènera à la tombe plus sûrement que l’âge », etc, etc…
Résumons : une jeune femme mère de famille portant un cartable, l’air hagard, les cheveux dans l’œil, qui parle toute seule, se prend la tête et se flagelle avec une constance extrêmement rare dans cette « certaine catégorie de personnel » : et bien ça y est, vous vous trouvez en présence de Dame Angoissa Dolorosa Maxima.
Vous êtes surpris(e) ? Vous allez vous y habituer.
Dame Angoissa est angoissée. Ca peut paraître évident vu son surnom, mais il est bon d’insister sur cette caractéristique qui se révèle même dans son délire onirique. Ainsi, au lieu de rêver comme tout un chacun de champs de pâquerettes ou de mer bleue sous le soleil, voit-elle la fin du monde arriver. Bon. Essayons de savoir par cette nouvelle pythie comment nous allons crever. La vision apocalyptique reste cependant très floue : « une comète va s’écraser sur la terre, on la voit bien qui arrive, les gens courent partout, et il y a une lumière éblouissante. » La lumière est-elle un signe que Dame Angoissa sera reçue au Paradis ? Allez savoir…
Pour corser le tout, Dame Dolorosa a ce qu’elle appelle des « angoisses croisées ». Avant de lui demander ce qu’elle entend par là, on s’assure qu’elle ne confond pas avec les objets d’étude. Non, non, elle parle bien de ses angoisses. Ses cours, ses enfants qui font les pires sottises (on a beau lui dire qu’à leur âge, cela n’a rien d’étonnant et que c’est même tout à fait normal, elle ne vous écoute pas), ses copies qu’elle n’arrive pas à corriger, ses dons d’ubiquité qu’elle ne maîtrise pas, la Direction qui l’emmerde, sa fille qui trouve que la philo est chiante comme la mort, son fils qui joue les Saint-Martin et partage son manteau savoir avec qui ne le mérite pas, et la fin du monde pour couronner le tout.
A la fin de la journée, Dame Angoissa n’a plus :
- De voix ;
- De jambes ;
- De cervelle ;
- D’optimisme ;
- D’idées ;
- D’angoisses, parce qu’à force, elle les a toutes épuisées.
Résultat qui ne lui convient pas du tout. Comment vivre sans inquiétude ? Comment être sans être angoissée ? Elle gémit : « Ca y est, je suis folle. »
Dame Angoissa est très célèbre sur son lieu de travail. D’ailleurs, c’est elle qui a inspiré le personnage de la mère dans le livre d’Astrid Norg Maman est folle dont vous avez un sublime compte-rendu sur ce même blog. Ce n’est certes pas son fils qui l’a écrit mais on jurerait que si…
Par contre, ce que le livre ne dit pas, c’est que Dame Angoissa Chronica Dolorosa Maxima, finalement consciente de ses problèmes, a ouvert un atelier d’ergothérapie qui ne fonctionne que le jeudi après-midi mais qui, dit-elle, lui fait « un bien fou ». Comme elle est persuadée d’être folle, les résultats sont époustouflants de positivité. Cela lui permet de libérer ses angoisses et lorsque sonne le moment de clore cet atelier, elle se sent d’une légèreté aérienne. D’ailleurs, elle en danse la valse dans la salle des Urnes Funéraires, à la grande consternation des participants au groupe qui se demandent quel autre délire elle va inventer.
Parce que quand une angoisse est finie, une autre prend la place. Et ça recommence.
Au fond, on se moque, mais on l’adore, Dame Angoissa. Surtout qu’elle reste folle à lier. Ca met un peu d’ambiance là où il n’y en a pas, même quand elle arrive en vous tirant une gueule de six pieds de long. Il suffit d’ailleurs de lui dire « comment va la timbrée ? » pour voir un sourire illuminer son visage. Sa folie, c’est son exutoire.
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01.03.2008
Les bourdes de Monsieur de Lavallière
LES BOURDES DE MONSIEUR DE LAVALLIERE
Comme je vous le disais dans le portrait précédent, Zaza Blondina n’est pas la seule à proférer en cours de spectaculaires inepties. Notre aristocrate préféré, Monsieur de Lavallière, détient ex aequo avec elle la palme des gaffes.
Est-ce parce qu’ils ne font pas vraiment attention à ce qu’ils disent ? Ou bien sont-ils au contraire tellement pris par leur sujet qu’ils ne se rendent pas compte de ce que leur bouche profère –ou qu’ils s'en rendent compte trop tard ? Allez savoir. Toujours est-il que voilà quelques anecdotes savoureuses. Pour les lecteurs. Pas pour celui qui en est malgré lui le héros.
Anecdote 1 :
Monsieur de Lavallière explique majestueusement devant une classe de première le texte de Victor Hugo intitulé « souvenir de la nuit du 4 » où l’auteur décrit avec force détails à la fois réalistes et métaphoriques le cadavre d’un enfant tué à coup de fusil par les troupes du futur Napoléon III lors de son coup d’état. Voulant faire comprendre aux élèves à quel point Hugo insiste sur l’horreur des blessures, Monsieur de Lavallière s’emballe et dérape dans le premier virage venu : « Regardez, s’écrie-t-il, inspiré, comme la description est minutieuse, comme on voit bien la largeur et la profondeur du trou de balle… » Silence pétrifié dans la salle. Puis hurlements de rire. Et consternation du malheureux prof qui ne sait pas comment rattraper ça. De toutes façons, c’est irrattrapable.
Anecdote 2 :
Le même devant une classe de BTS, s’écoutant parler à propos de l’utilisation insensée de l’image dans notre société, et pourfendant les émissions de télé réalité. Le spectateur est un voyeur, explique-t-il à des étudiants qui s’en foutent. On l’introduit dans une intimité dans laquelle il n’a que faire. (Bon, déjà ça, c’est limite, quelques étudiants gloussent mais ce n’est pas le pire. Le pire arrive.) Voulant davantage expliciter sa pensée, Monsieur de Lavallière décide d’utiliser une comparaison choc : l’œil du voyeur et le trou de la serrure. On est censé entendre : « c’est comme si l’on avait l’œil collé au trou de la serrure. » Hélas, ce ne sont pas ces paroles anodines qui sortent de sa bouche, mais un spectaculaire : « c’est comme si on avait le trou collé à la serrure. » Eclat de rire général, grosses plaisanteries bien lourdingues. Etudiants hilares jusqu’à la fin de l’heure. Heureusement, il ne restait que dix minutes…
Anecdote 3 :
Devant une classe de seconde, Monsieur de Lavallière parle d’un des personnages du Meilleur des Mondes, d’Aldous Huxley, œuvre qu’il est en train d’étudier. Il s’agit de Linda, personnage relativement secondaire, qui est décrit d’une façon assez particulière : une atrocité devenue bouffie, énorme et moche pendant son séjour loin du Meilleur des Mondes. Et Monsieur de Lavallière insiste, pour que les élèves comprennent bien à quel point elle diffère des critères esthétiques de cette société. Il en devient même un peu lourdingue. Silence relativement gêné dans la classe. Que se passe-t-il ? (On est en début d’année.) Rien, sinon que Monsieur de Lavallière aperçoit tout à coup, au premier rang, répandue sur son siège, une réplique exacte de la Linda en question dont il est en train d’assassiner l’anatomie en la traitant de « grosse horreur » et autres qualificatifs du même genre. Stupeur et tremblements. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Surtout que l’élève vous regarde avec un air assassin. Vous glissez à toute vitesse sur un autre personnage, moins miné… En évitant de tourner les yeux, pendant tout le reste de l’heure, vers l’élève en question…
Rassurez-vous : il lui arrive très fréquemment, à ce brave homme, de faire des cours sans prononcer d’insanités. Mais que voulez-vous : dans un métier fondé sur la parole, il arrive parfois qu’on dérape sans le vouloir.
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28.02.2008
Zaza Blondina
ZAZA BLONDINA
Dieu merci, dans ce bestiaire désenchanté, il reste encore quelques spécimens certes hauts en couleur mais dont on prend plaisir à parler et à faire le portrait. Zaza Blondina est de ceux-ci.
Résumons-nous : qui, depuis l’ouverture de cette galerie, n’avons-nous pas assassiné ? Régina, Etna, Esthética Strombolia, Madame de L’Hôpital, Sangria Natiskaïa, Sauce Blanche, Enigmatica, Gontranix, Agénor, Sigismond Bétéhesse et Carmen. (Enfin pas trop.) 11 sur 52 : ça fait pas beaucoup, il faut bien le dire. Et, fait très bizarre, ils appartiennent tous à la même bande… A part Agénor qui nous snobe mais qu’on finira bien par avoir. (Chantage genre : je vais dans ton syndicat si tu viens lichetroner avec nous, vous voyez le topo ?...)
Zaza Blondina n’en fait pas directement partie, de cette équipe de foutraques. Cependant, lorsqu’il y a un coup foireux à monter, elle répond toujours présent. Et puis dites, quelle descente ! Pire que celle de Carmen, c’est tout dire…
Lorsque Zaza Blondina pénètre dans la salle des Urnes Funéraires, c’est un peu de soleil qui arrive. Elle est de bonne humeur, plaisante pour un rien et ferait se tordre de rire un mélancolique lorsqu’elle commence à vous raconter ses histoires de cours ou de famille.
Elle est toujours coiffée d’un impeccable chignon ; (les cheveux longs et libres lui vont mieux, à mon humble avis, je le lui ai dit mais elle m’a répondu que je n’avais aucune notion d’esthétisme). Une écharpe multicolore et taillée dans un tissu brillant est nonchalamment jetée sur ses épaules ; c’est parfois un châle ou parfois un simple foulard en mousseline blanche. Son manteau noir couvre une tenue souvent sombre, car si Zaza Blondina aime les couleurs, elle évite de porter des vêtements trop voyants. Elle trimballe à bout de bras un énorme cartable dont vous vous demandez bien quel peut être le contenu, vu son poids et son ampleur et un tout petit sac à main genre réticule dans lequel elle arrive pourtant à perdre ses affaires. Qui n’a pas vu Zaza Blondina chercher ses lunettes alors qu’elle les a sur le nez n’a rien vu.
Zaza Blondina est une bonne vivante ; une vraie. Elle adore bien manger, bien boire, danser comme une folle avec son mari au cours de soirées complètement délirantes. C’est la grande amie d’Isabeau de Bondière, déesse numéro deux après Nibarella dans le panthéon de Sigismond Bétéhesse. Elles ne se quittent pas d’une semelle, se livrent à de mystérieux conciliabules (« pcht, pcht, pcht… ») et ont déjà prévu de marier ensemble leurs gamins.
Et puis, Zaza Blondina est une remarquable faiseuse de gaffes, surtout en cours, quand elle ne réalise pas ce qu’elle dit. Exemple : on lui demande la signification du mot « lustré » contenu dans un texte. Zaza Blondina fournit volontiers l’explication puis emportée par sa fièvre pédagogique veut l’assortir d’un exemple concret. Et ça donne « Parce que je la caresse tous les jours, ma chatte a le poil lustré… » Je vous laisse imaginer la tête des élèves…[1] Et celle de leur prof, qui souhaite soudain que la terre s’ouvre et l’engloutisse à jamais…
N’empêche, heureusement qu’elle est là, Zaza Blondina, pour mettre elle aussi un peu d’ambiance. Son humour souvent percutant et son sens de la dérision contrebalancent, Dieu merci, la médiocrité des conversations qui ont lieu à l’autre bout de la salle. Dans le coin des Mamies chères à Pirmprenelle…
PS : Ne manquez pas les nouvelles photos du bestiaire...
[1] Je me moque, mais au fond, je ne fais guère mieux. Quelques petites anecdotes vont suivre…
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25.02.2008
Carnavala Rusticana
CARNAVALA RUSTICANA
Roulement de tambour, lumière, projecteurs :
« Attention, Mesdames et Messieurs ! Voici, pour votre plus grand plaisir et dans sa vingt-cinq millième apparition, la célébrissime, l’illustrissime schoolteacher, j’ai nommé la pulpeuse Carnavala Rusticana ! »
Nouveau roulement de tambour, applaudissements, ovation et voici qu’entre sur la scène de ce bestiaire désenchanté non pas The best mais la grand-mère déjantée, la spécialiste du collant bariolé, du bijou délirant et de la jupe à la ramasse : vieille dame très indigne et parfaitement consciente de l’être, capable d’en rajouter un maximum juste pour faire chier les autres mémés de l’endroit, coincées dans leur tenue infâme « bon-chic-bon-genre-Galeries-Lafayette » et leurs (faux) bijoux Cartier.
C’est Carnavala Rusticana. Un mélange détonant de pré retraitée pour l’âge et d’adolescente abonnée aux joints pour le vêtement. Carnavala en est resté aux couleurs des années 70, bien clash, bien fluo, à vous crever les yeux dès que vous jetez un regard dessus. Il est certain qu’au milieu de la grisaille ambiante, Carnavala fait tache et porte bien son nom : quand on la voit, on est transporté à Rio, ou à Nice, au cœur du corso des tireurs…
Essayons de décrire l’une de ses tenues favorites : jupe longue d’un vert pomme absolument atroce, propre à vous faire abominer la couleur de l’espérance pour le restant de votre vie, un sous-pull d’un rose…comment dire… rose, quoi, parsemé de paillettes bleues scintillantes, des collants qui ressemblent à une spirale infernale jaune et noire, des chaussures plates rouges, mais rouges, des lunettes à monture en écaille, et le must, des boucles d’oreille en forme de cuvette de chiottes. Et Carnavala se bambane ainsi toute la journée au milieu de ses collègues, harponnant Pierre, Jacques ou Paulette et comme elle n’a pas la langue dans sa poche, elle vous saoule en plus de vous rendre aveugle.
C’est, naturellement, fort sympathique. Pour une fois qu’il y en a une qui met un peu de couleur et d’extravagance dans ce repaire de désespérément normaux, ne boudons pas notre plaisir. Esthétiquement, c’est indéfendable, on est bien d’accord, et cela d’autant plus que Carnavala possède des rondeurs plus qu’évidentes (mais très humaines comparées à celles de Nibarella), un embonpoint solide, et un visage que les ans, hélas, n’ont pas épargné. Mais quelle importance ? Les mamies Nova post ménopausées chuchotent entre elles que Carnavala n’a aucun goût, qu’elle fait de la provocation et qu’à son âge, c’est ridicule. Et ça fait « psch, psch, psch… » en la regardant passer, ça jette à la renégate des regards profondément indignés et offensés et c’est persuadée que Carnavala insulte toute la profession à travers ses « déguisements de gamine que, ma chère, elle n’est plus ». (Je cite.)
Il est vrai que Carnavala ne fait pas vraiment honneur à son statut de grand-mère –ce qu’elle est depuis peu. Du moins au statut tel que se le représente le Troisième Age version CAMIF. Le hic, c’est qu’elle n’a jamais prétendu –comme on le pense- vouloir paraître jeune. Pourquoi s’habille-t-elle ainsi ? Mais tout simplement parce qu’elle aime ça. C’est d’une évidence qui devrait crever les yeux au moins aussi sûrement que sa jupe vert pomme. Mais on n’aime pas la simplicité, en ces lieux de profondes cogitations. La simplicité est suspecte. Et comme les trois quarts de ceux qui peuplent à leurs heures perdues la salle des Urnes Funéraires se targuent de psychologie (la moitié des trois quarts étant suivie par un psy –chiatre ou chanalyste- on voit déjà les dégâts que ça peut donner), le comportement hors normes de Carnavala a été disséqué à la lumière des théories freudiennes, jungiennes, kantiennes (mal digérées) et on lui a trouvé un nombre invraisemblable de complexes pas normaux et certainement pas assumés. (Phrase très embirlificotée, je le sais, mais c’est exprès : on plonge directement dans l’esprit compliqué et fumeux de ces psys sur le retour.)
En fait, personne ne s’est avisé d’aller vraiment lui demander pourquoi elle s’habillait de cette manière. On a préféré clabauder, supposer et analyser –à partir de bases fausses, bien entendu. Et Carnavala, qui n’est pas sotte, ni sourde, a compris qu’il lui fallait quand même expliquer ce qui n’avait pas besoin d’explication. « J’aime l’originalité et le mauvais goût assumé, a-t-elle dit. Je trouve cela amusant. » Et voilà. Seulement, on ne l’a pas crue. Trop simple. Non, non, non : Carnavala cache certainement de hideux secrets au fond de son inconscient subconscient et ils rejaillissent sous forme de tenue vestimentaire à faire hurler un daltonien. Mais pendant que la valetaille s’agite et se répand en murmures, Carnavala, sereine, passe et repasse dans sa jupe froufroutante et montre ses collants clash à qui veut les voir. Je ne vous dis pas le nombre de dentiers qui jonchent la moquette à la fin de la journée…
Bref, avec elle, c’est Carnaval tous les jours. Mais elle n’a pas que de bons côtés, dit Sangria Natiskaïa qui la connaît bien. Elle peut être infecte avec les collègues, notamment avec les jeunes stagiaires, qu’elle incendie parce qu’ils ne savent (dixit) « pas tenir leur classe ». Dommage. Cela gâche le portrait. Carnavala en harpie vociférante terrorisant les nouveaux agrégés/certifiés ? Je veux bien le croire. Quand on est capable d’assumer aussi bien son extravagance, on est tout aussi capable de bien assumer ses mauvais côtés.
Et d’en faire profiter tout le monde, of course.
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22.02.2008
Gna-Gna Serpilliéra
GNA-GNA SERPILLIERA
Encore une qui est gentille…Ce qui veut dire, en bon français, aussi tarte que Pimprenelle, aussi molle que Gélatine et aussi cruche que Haltéra Poichicha. Bref, le boulet par excellence.
Gna-Gna Serpilliéra ne parle pas, elle se répand. Elle coule dans les couloirs, inonde le sanctuaire des Urnes Funéraires et clapote comme une mâchoire sans dentier dans les salles de classe. Quand elle vous adresse la parole, c’est d’une voix quasiment inaudible, et vous ne comprenez rien à ce qu’elle dit, d’abord parce qu’elle ne sait pas hausser le ton et ensuite parce qu’elle ne sait pas non plus articuler.
Et puis elle est niaise. Désespérément, éternellement niaise.
Elle a toujours l’air d’une triste ahurie, avec ses cheveux qui pendouillent dans tous les sens ou se hérissent sur sa tête à l’instar des serpents de Méduse. (La coiffure dépend des jours et de la météo : Gna-Gna Serpilliéra a-t-elle reçu ou non la pluie sur la tronche ?) Elle s’étonne de la moindre connerie, s’extasie sur la moindre idiotie, prend pour argent comptant toutes les stupidités proférées par la Pimprenelle ’s band et tient parfaitement sa place de Présidente du Club Tricot et Dentelles de l’établissement.
Gna-Gna Serpilliéra n’est hélas pour elle pas très douée lorsqu’il faut prendre la parole en public. A peine a-t-elle prononcé trois mots qu’elle se perd dans des circonvolutions inutiles, bafouille, ânonne, commence des phrases et ne les achève pas et finit par admettre qu’elle ne sait plus du tout où elle en est et qu’elle ne se rappelle plus ce qu’elle voulait dire. Le désastre. On espère simplement qu’elle est un peu plus efficace pendant ses cours…
Il fut un temps où Gna-Gna Serpilliéra servait de bras droit à Nostra-Dama lorsque cette dernière était absente et qu’il fallait bien organiser les réunions syndicales, donner les informations et gérer l’administratif. On imagine très mal Nostra-Dama – et surtout les Talons Aiguilles Meurtriers- supporter plus de trente secondes cette gnangnanterie désespérante –et cette incapacité notoire.
Et bien si. Nostra-Dama, a dû la supporter pendant de nombreuses années, par la force des choses vu que personne ne voulait prendre sa place. Et Gna-Gna Serpilliéra, avec un tact, une délicatesse et une diplomatie de premier ordre, a donc fait de la retape pour Le Syndicat. Elle s’y est tellement bien prise que les adhésions ont chuté aussi sévèrement que la côte de popularité du nain dans les sondages d’opinion. Elle a même réussi, une année, à dégoûter un certain nombre de personnes (dont votre serviteur) à participer au scrutin lors des élections au C.A. (On se demande si la classe politique dans son ensemble n’a pas pris exemple sur elle pour rebuter les électeurs.) Pensez, quand on vous harponne sans cesse dans les couloirs en vous intimant l’ordre de vous rendre aux urnes et de voter intelligemment, forcément, ça indispose.
Nostra-Dama, un jour que ses Talons Aiguilles la démangeaient, a donc viré Gna-Gna Serpillliéra de son poste « à responsabilité » avec pertes et fracas et l’a remplacée par Carnavala Rusticana. Celle-là n’a pas fait long feu. Pourquoi ? Parce qu’Attila rôdait déjà autour du pouvoir et commençait sa lente mais irrésistible ascension vers les hauts sommets de la reconnaissance syndicale. Carnavala a tenu un mois à peu près. Puis Attila l’a décapitée, l’a découpée en morceaux, l’a fait cuire et a envoyé son corps meurtri et rôti à sa famille.
Qu’est devenue dans tout ça Gna-Gna Serpilliéra ? Rien. Elle continue son petit bonhomme de chemin. Elle semble avoir abandonné le syndicat. Elle ne se poste même plus avec Deborah et Attila auprès de la machine à café pour obtenir quelques voix lors de ces fameuses élections au CA. Elle laisse les autres tapiner, ce en quoi elle a bien raison, vu ce que ça rapporte.
C’est bien la seule décision intelligente que Gna-Gna Serpilliéra a prise dans sa vie.
[1] Elle arrive bientôt.
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11.02.2008
Endive
ENDIVE OU
« LEGUME MAN »
Retour au jardin potager de l’établissement. Le carré des légumes s’agrandit. Après Rutabaga le Fier, voici Endive Le Surdoué, sous-fifre de Cerbère –et son souffre-douleur quotidien.
Endive a, derrière son bureau, la même attitude que Proserpine Decheval : il trône. Sauf que son siège à lui n’est pas un confortable fauteuil à roulettes qu’on propulse négligemment (et avec une totale absence d’élégance) à coups de jambons de la table à l’ordinateur mais une simple chaise pas même rembourrée. Hiérarchie oblige. Comme chacun sait, les fesses directoriales sont beaucoup plus sensibles que les fesses prolétariennes. Forcément, elles n’ont connu que la soie et le velours.
Mais Endive est au-dessus de tout cela. Tant de documents importants zet confidentiels lui passent entre les mains qu’il se sent investi d’un pouvoir aussi sacré que celui de Cerbère. Ce qui, pense-t-il, lui donne l’autorisation de regarder ceux qui entrent dans son bureau comme vous regarderiez des fourmis en train de s’agiter : sourire condescendant aux lèvres, vague (mais très vague) parole aimable, genre « oui ? » ou bien « vous désirez ? » qui signifie à peu près « que veut cet(te) esclave ? », air affairé et dé-bor-dé. Il est assez convaincant dans ce rôle. Car vous pensez bien qu’il ne s’agit que d’un rôle.
Endive s’égare parfois dans la salle des Urnes Funéraires pour déposer avec une grâce inégalable quelques papiers dans des casiers, papiers que les destinataires liront à peine. (Ce qui peut provoquer quelques superbes quiproquos, mais passons.) Il regarde autour de lui, toujours avec ce petit air narquois dont vous vous demandez bien l’origine (il y a longtemps que vous vous êtes aperçu qu’il était incapable de faire de l’esprit), ne dit rien à personne et surtout pas bonjour, fait son petit tour et sa distribution de courrier puis ressort, sans avoir adressé la parole à quiconque.
Il est peut-être myope, avancerez-vous, bonne pâte que vous êtes. Et pourquoi pas aveugle, pendant qu’on y est ? En fait, Endive, renversant les règles de la politesse, attend simplement que les momies écroulées dans la salle et dont les bandelettes poussiéreuses attestent le triple de son âge, le saluent les premières ; il attend encore. Non mais, on ne va pas, en plus, faire son éducation ?
Beaucoup plus chanceux que la plupart d’entre nous, Endive se fait ramoner au minimum dix fois par jour par Cerbère. Il faut avouer qu’il est en première ligne vu qu’il lui sert de secrétaire. Mais il a une fâcheuse tendance à faire des conneries. Et l’initiative n’est pas franchement son fort. Il a beau être asticoté du matin au soir par Sa Gracieuse Majesté, il continue, avec une admirable persévérance, à accumuler erreurs et oublis.
Pauvre Endive ! vous exclamerez-vous, toujours pas guéri(e) de votre manie de plaindre tout le monde. Il doit souffrir le martyre.
Et bien non. Il voue à Cerbère une admiration sans borne. Il aime qu’elle le flagelle, qu’elle l’engueule, qu’elle lui agite sous le nez ses conneries en le menaçant de châtiments épouvantables. S’il tremble, c’est de joie ; c’est l’amour qui lui donne cette subite teinte verdâtre ; il bave de vénération devant la colère de la Divine. Et cette dernière, désarmée, finira par dire, avec un haussement d’épaules, à la prochaine idiotie qu’elle trouvera : « ça, c’est encore Endive ! » et se contentera de ce constat amer et résigné.
Que voulez-vous : on ne peut pas fouetter ses esclaves 24 heures sur 24. Ca fatigue, et puis ça finit par devenir ennuyeux.
Pour Endive, Cerbère a toujours raison. Même quand elle lui affirme qu’il est « plus mou qu’une nouille molle. » Donc, si jamais vous ne faites pas les choses en règle et dans les temps, vous l’avez régulièrement sur le dos pendant une partie de l’année. Il vous inonde de billets doux vous rappelant que vous n’avez pas rendu le formulaire «machin-chose » revêtu de votre signature et de celle de Benoît XVI, que le règlement d’utilisation quotidienne des chiottes ne lui est pas revenu tamponné par la Préfecture , etc, etc. Comme il n’a pas la comprenette facile et rapide, il faudra attendre six mois pour que lui vienne à l’esprit l’idée qu’au fond, vous n’allez peut-être jamais rendre ces idioties et qu’il ferait mieux d’abandonner ses relances.
Et ça recommence comme en 14 l’année suivante, parce que pendant les vacances, Endive a vidé le disque dur mais n’a pas fait de sauvegarde.
Comme il est de bon ton de ne pas aimer les profs et de les trouver fainéants, Endive ne nous aime donc pas et nous trouve fainéants. Amusant tour de passe-passe qui permet d’échanger les rôles. Ce qu’il y a encore de plus amusant, c’est que lesdits profs, en fait, se fichent totalement de son opinion. On ne pense à lui qu’au moment de faire son portrait.
Ce n’est déjà pas si mal, après tout…
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04.02.2008
Nibarella Agregationa
NIBARELLA AGREGATIONA OU
L’ANTI BELLISSIMA BUT LA SUPERBA PRETENTIOSA
Si un jour vous avez l’idée saugrenue, voire délirante, d’entrer dans la salle des Urnes Funéraires, ne cherchez pas Nibarella Agregationa, elle a disparu de la circulation depuis quelques années. Elle s’est retirée dans son domaine seigneurial pour jouir en paix d’une retraite qui lui est délicatement et dévotement servie par ses collègues encore en fonction. (Et les millions d’autres tartes, bien sûr.)
Quand elle hantait encore ce lieu sublime, Nibarella se distinguait par deux caractéristiques : la première, vous vous en doutez, son surnom est d’une clarté absolue ; la seconde portait sur sa perfection pédagogiquo-intello-culturelle venant de son statut d’agrégée de Lettres, statut qui la rendait à ses yeux encore plus précieuse que tous les joyaux de la Couronne d’Angleterre réunis. (Il faudra que je vous parle un jour de la « guerre » qui existe encore –bien qu’atténuée par rapport à la Grande Epoque- entre les Agrégés et les Certifiés : c’est digne de la Maternelle Supérieure. )
Lorsque je l’ai connue, Nibarella était déjà moche. Ca n’a pas dû s’arranger depuis. Elle avait le visage avenant de la sorcière dans Blanche-Neige (légère exagération), une poitrine aussi arrogante que sa propriétaire, et ressemblait à un petit boudin monté sur pattes.
La poitrine de Nibarella avait de quoi vous impressionner. Plus encore que le ventre proéminent et la cellulite de Proserpine Decheval. Imaginez deux obus (oui, Sigismond, je vais la placer, l’expression que vous attendez et qui d’ailleurs vous appartient : « obus de destruction massive ») pointant sur vous d’une façon on ne peut plus menaçante, ce qui avait pour conséquence de vous obliger à lui parler en laissant entre elle et vous une distance variant entre 3 et 50 mètres, selon la position adoptée par les canons de 75.
L’esprit malsain de Monsieur de Lavallière avait, à ce sujet, enfanté un énorme fantasme : piquer les seins de la dame avec une épingle pour voir :
1) Si ça allait exploser (nibards = ballons) ;
2) Si l’épingle allait se casser (nibards = silicone) ;
3) Si l’épingle allait se planter dans la chose sans pouvoir en ressortir (nibards = soutien-gorge renforcé) ;
4) S’il allait recevoir une claque méritée (nibards = vrais).
Qu’on se rassure : l’arbitre des élégances n’a jamais transformé ce fantasme en réalité. C’est donc resté dans le domaine de l’imagination pure (si on peut dire) ou de la pure imagination si vous préférez.
Sigismond Bétéhesse et elle s’adoraient. Vrai, il est rare de voir entre collègues une telle estime, une telle complicité, de tels rapports amicaux. Ils avaient toujours l’un pour l’autre des mots exquis. Forcément, Dame Nibarella, comme Sigismond, n’enseignaient qu’aux classes de BTS. Le supérieur, ça rapproche… Depuis qu’elle est partie, BTS’S Master n’est plus que l’ombre de lui-même. [1] Il erre, hagard, à la recherche des obus perdus. C’est bien pour lui faire plaisir et mettre un peu de baume sur son vague à l’âme que j’écris ce portrait…[2]
Nibarella s’enorgueillissait d’être, elle aussi, The Best dans son domaine. A l’instar d’Arsenica (non encore parachutée chez nous), la Spécialiste des BTS se considérait comme la seule et unique compétente de l’équipe de Lettres à analyser avec subtilité et profondeur les phénomènes sociaux, psycho, culturels, etc. de son époque. (Lointaine.) Ce que vous faisiez, vous, non seulement n’avait aucun intérêt, mais relevait de la nullité pure et simple. A tel point, ma pauvre amie, que lorsqu’elle prenait en deuxième année les étudiants que vous aviez eus en première année, elle était obligée de tout refaire, parce que vraiment, non, c’était du n’importe quoi…
Nibarella mettait son nez partout, notamment dans des discussions qui ne la concernaient pas, prenait la parole et ne la lâchait plus. Vous n’aviez plus qu’à vous taire et à l’écouter. Ou à tourner les talons d’une manière franchement impolie, mais très efficace.
Nibarella avait deux sujets de conversation préférés : elle et sa fille. Vous preniez le bus avec elle (parlez-en à Sangria Natiskaïa) et au bout de cinq minutes, vous saviez : qu’elle était agrégée (mot répété 5 fois), que sa fille était agrégée (mot répété 10 fois), qu’elle corrigeait les copies des concours des Grandes Ecoles (information répétée 3 fois), qu’elle passionnait ses étudiants (répété 4 fois) ; rentré chez vous, il vous fallait 10 cachets d’aspirine pour faire passer le mal de tête qu’elle vous avait flanqué.
Quand Nibarella s’est enfin tirée, personne ne l’a regrettée. Mais peut-être que Sigismond Bétéhesse, le soir, devant un verre de whisky, songe avec mélancolie à ce que fut cette rencontre inoubliable… Après tout, la haine n’est pas si loin que ça de l’amour…[3]
[1] Et moi, quand il lira ça, je ne serai plus qu’informe tas de viande.
[2] Inutile d’en avaler vos dents, cher Maître : ce n’est qu’une boutade. Tout le monde sait que Nibarella est votre cauchemar perpétuel…
[3] Là, je suis mort. Adieu.
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