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30 décembre 2008

Lettre de Rosie la Terreur à l'Opinion Publique

CE N'EST PAS MA FAUTE

 

Astrocochon ayant la réputation d’un magazine sérieux et sachant trouver les infos là où personne ne songerait à les chercher, la rédaction a le plaisir de vous faire part d’une lettre un peu particulière. Une femme de notre connaissance s’étant empêtrée dans une affaire dont elle n’arrivait pas à sortir la tête haute finit par écrire une lettre qui sentait un peu sa Merteuil en ce qui concerne le style et l’inspiration, mais franchement, cela changeait de ses manières de grenadier de la garde. Voici cette lettre, destinée à l’Opinion Publique, après la triste affaire du manque de place dans les hôpitaux :

 

« On finit toujours par mourir un jour, mon ange, c’est une loi de la nature ; ce n’est pas ma faute.

« Si donc il est mort avant d’avoir trouvé une place, ce n’est pas ma faute.

« Si, par exemple, j’ai eu juste assez d’humanité dans mon emploi que vous d’intelligence pour élire qui vous savez, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un soit aussi peu efficace que l’autre ; ce n’est pas ma faute.

« Il suit de là que depuis quelques temps, je vous ai entubés : mais aussi, c’est que votre impitoyable passivité m’y forçait en quelque sorte ; ce n’est pas ma faute.

« Aujourd’hui, les impératifs économiques exigent que je les sacrifie, lui et le service public ; ce n’est pas ma faute.

« Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la nature n’a accordé au peuple que le don de gémir, tandis qu’elle donnait aux hommes politiques celui d’agir, ce n’est pas ma faute.

« Croyez-moi, faites taire votre conscience comme je fais taire la mienne. Ce conseil est bon, très bon. Si vous le trouvez mauvais, ce n’est pas ma faute.

« A bientôt chers amis ; j’ai été nommée ministre avec plaisir et je le reste sans regret. Je réduirai peut-être encore les dépenses de santé publique. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. »

 

Rosie la Terreur.

09 mai 2008

Petits arrangements entre amis

PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS 

 

Connaissez-vous la dernière invention (qui risque de faire fureur dans les années à venir) de certains parents d’élèves et médecins d'une certaine banlieue lyonnaise ? Ces deux catégories conjointes (parvenus friqués + médecins-serpillères complaisants) ont trouvé un moyen infaillible d’entuber bien profond l’Education Nationale : Le Certificat médical pour maladie soudaine de deux ou trois heures. (Le nombre d’heures dépendant effectivement du degré de gravité du mal ou du choix du patient client –parce qu’évidemment, ça se paye.)

Anecdote (sous forme de conseil aux ados) : Vous êtes un élève de première. Vous avez un exposé à faire un matin pendant le cours de 8 h à 10 h mais vous n’avez pas envie de vous taper une sale note parce que :

1)      Préparer cet exposé est très chiant et vous avez autre chose à faire, de plus important (foot, tennis, etc…)

2)      Vous ne savez pas faire et vous n’avez aucune idée de ce que vous pouvez bien dire sur le sujet.

3)      Vous avez beau eu vous connecter sur Internet, vous n’avez pas trouvé d’exposé pré-mâché.

Une seule solution pour éviter la cata : ne pas aller en cours, prétextant que vous n’êtes vraiment pas dans votre assiette. Jusque là, rien d’anormal.

Problème : le règlement intérieur de votre établissement prévoit qu’une absence non justifiée par un certificat médical à un devoir (et hélas, un exposé = devoir) est sanctionnée par un zéro. Donc, il faut ruser.

Qu’à cela ne tienne : vous expliquez votre cas à papa – maman (en leur mentant ou non sur le motif de votre soudain malaise, à vous de voir) ; comme on vous aime à la folie et qu’on ne tient surtout pas à ce qu’un zéro vienne entacher votre moyenne et vous empêche –sait-on jamais- de briguer une classe prépa qui ne demande qu’à vous recevoir les bras ouverts, on vous expédie chez X… médecin le plus proche, ami de la famille ou nouvellement débarqué dans le coin et qui a besoin de se constituer une clientèle fidèle.

Par chance pour vous, vous avez affaire à une personne compréhensive : « Oui, mon petit, vraiment, vous n’avez pas l’air bien, c’est évident. Votre établissement et vos profs sont d’une cruauté inouïe à votre égard. Pour vous consoler de vos peines, je vais vous faire un certificat médical pour deux heures. Ca fera 50 euros. »

Nanti du précieux papier, vous arrivez donc tranquillement à votre lycée vers 10 heures ; votre maladie matinale est tout à coup guérie, et vous brandissez le certificat sous le nez de votre professeur : vous êtes couvert, vous n’aurez pas zéro et vous n’aurez pas fait cet exposé chiant et débile qui risquait de vous donner vraiment mal à la tête. Triomphe absolu. Vous les avez eus, ces cons.

L’anecdote pourrait s’arrêter là.

Mais imaginons que ledit prof ne soit pas dupe, l’administration de l’établissement non plus, et qu’ils décident (les salauds !) de ne pas accepter cette excuse : le certificat part à l’Ordre des Médecins avec une lettre explicative détaillée, et on vous colle quand même un zéro.

La tuile ! Mais c’est qu’ils se révoltent, ces esclaves ? Non mais, attendez, ça ne va pas se passer comme ça. Heureusement pour vous, Superman est là, de même que Wonderwoman. Votre père, chef d’entreprise ou quelque chose comme ça, habitué à tout voir plier devant lui, y compris les balustrades en fer forgé, est mis hors de lui par cette intolérable résistance. Il téléphone à l’établissement, engueule les secrétaires, inonde la Direction de récriminations et menaces diverses ; pendant ce temps, votre mère pond une lettre contenant toute l’indignation du monde : quel est donc ce prof qui ne croit pas aux certificats médicaux ? Pour qui se prend-il ? Vos parents font front, ils se déchaînent pour vous tirer de ce mauvais pas. Votre père alerte l’Inspection Académique, le Rectorat. Pour un peu, il écrirait à Sarko et même à Dieu le Père si sa « connasse de secrétaire » était seulement capable de trouver son adresse.

Vous accuser de mensonge ! Accuser votre médecin de complaisance à votre égard ! C’est intolérable, tout simplement. Dieu merci, le Rectorat a pris conscience de l’infâme complot monté contre vous : on téléphone à l’Etablissement, on dit à la Direction de se calmer : pourquoi faire tout ce bruit pour quelque chose de si anodin ? Il faut laisser tomber cette affaire qui n’a aucun intérêt et surtout ne pas faire de vagues : ça pourrait gâcher les garden-parties du Recteur. (A défaut de l’intéresser.)

Que déduire de cette anecdote presque imaginaire ?

1)      Que certains parents apprennent avec une admirable constance à leurs chérubins la lâcheté, la malhonnêteté et qu’ils en font de merveilleux prédateurs dans un monde bâti pour eux.

2)      Que certains médecins, pour des raisons qui ne regardent que leur conscience, n’hésitent pas à gratter ces tristes parvenus là où ça les démange, quitte à oublier le serment d’Hypocrate et la plus petite notion de déontologie.

3)      Que les hautes instances de l’Education Nationale se fichent notoirement de ce qui devrait pourtant être la base de cette institution : l’apprentissage de l’honnêteté et de la droiture.

Il ne faut pas faire de vague : ce serait politiquement incorrect.

Vous vous souvenez de la chanson de Guy Béart : La Vérité  ? (1968) Prémonitoire, à coup sûr. Et tellement d’actualité dans une société où l’hypocrisie atteint son zénith…

 

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu'il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l'Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d'hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s'évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent "juste" à l'heure.
L'inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C'est plus juste en somme
D'abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

 

Guy Béart