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01 avril 2014

Une Traviata un peu spéciale

Avant de vous parler de la Vraie Traviata, un petit tour du côté des délires de certains artistes qui, dan sles années 50, ont fait une parodie époustouflante de l'opéra de Verdi.

Les artistes se nomment, par ordre d'apparition : Jacqueline Maillan, Lucie Dolène (vous savez, la voix de Blanche-Neige : "un jour, mon prince viendra..."), Robert Hirsch, grandiose Traviata et Jean Le Poulain.

Ce n'est pas d'une finesse exceptionnelle, mais ça vaut le détour...

 

28 juin 2008

La vengeance du pied fourchu : 4

La semaine qui s’écoula ne fut pas pour Missia une période d’insouciance. Les paroles d’Asphodèle n’étaient pas tombées dans l’oreille d’une incrédule. Aussi prit-elle garde à tout changement, même le plus insignifiant. Pour rien, d’ailleurs, car Monseigneur Satan était toujours vautré dans son enfer et continuait de peaufiner son plan d’attaque.

Missia devint quasiment obsédée par une attente dont elle ignorait totalement la durée et le terme. Sa manie de guetter le moindre bruit, de humer la moindre brise, de tâter le moindre rocher puis de l’asperger d’eau bénite afin d’être certaine qu’il s’agissait bien d’un inoffensif minéral et non d’un démon finit par rendre nerveux tous les membres de sa famille, y compris Madame la Mairesse qui n’était pourtant pas du style à s’angoisser quand le bon état de son argenterie n’était pas en jeu. Elle confia un soir à son mari la  dernière invention de sa sœur cadette. Monsieur le Maire n’avait rien contre Missia sinon qu’il la trouvait parfois très fatigante, insolente, et il l’eût volontiers giflée quand elle s’avisait de le rendre ridicule en public, comme cela avait été le cas lors de la dernière réunion du conseil municipal. Aussi ordonna-t-il à sa femme de prendre ses distances avec la « demi folle » comme il l’appelait en son for intérieur, ce que Madame la Mairesse s’empressa de faire. Alors qu’auparavant, elle se rendait à la maison familiale au moins quatre fois par semaine pour gémir quand elle était de mauvaise humeur ou parader lorsqu’elle estimait que tout allait bien dans son existence, Catherine espaça ses visites et, cette semaine-là, ne vint voir sa mère qu’une seule fois.

« Elle est malade, dit gravement Madame Marie en ne voyant point débarquer sa fille aînée juste au moment où personne n’avait envie de la voir. Je crains qu’elle n’ait attrapé l’influenza ou quelque chose de ce genre. » « L’influenza cloue au lit, répliqua Arnaud. Et Catherine court comme un cabri dans les champs, je viens de la voir. Elle a simplement autre chose à faire. » Mais la mère tenait à son idée. « J’ai une tante qui est morte de l’influenza, insista-t-elle. Du moins est-ce ce qu’on a prétendu. Mais vu les gens qu’elle fréquentait, je me demande si elle ne s’est pas tout bonnement fait assassiner. Je ne sais plus. » Arnaud contempla sa mère d’un œil compatissant. « Il n’y a aucune épidémie d’influenza dans le coin, dit-il. Ca se saurait. Peut-être que Missia en connait plus long sur la dernière lubie de notre sœur que nous. »

On interrogea Missia qui répondit qu’elle ne savait strictement rien mais qu’il ne fallait pas s’inquiéter, Catherine ayant toujours été bizarre. Affirmation qui fit sourire Martin, présent à cette petite conversation familiale. Puis, selon une habitude prise depuis sa rencontre avec Asphodèle, Missia se mit à bénir la table, les chaises, et tous les recoins de la cuisine, sans parler des chambres et du grenier. « Quant tu auras fini de te prendre pour le Pape et de nous faire tourner la tête, tu viendras peut-être m’aider à faire la cuisine », grommela Marie, très contrariée par le délire religieux qui s’était tout à coup emparé de sa cadette. « Il y a beaucoup plus urgent que le repas, répondit Missia. Faites-moi confiance. » Et pendant qu’elle y était, elle lança son eau bénite sur sa mère, son frère et son fiancé, lesquels ne parurent pas très contents de cette douche improvisée, surtout Marie qui venait de laver le carrelage.

Lorsque la semaine fut écoulée, Missia monta de nouveau au refuge d’Asphodèle, comme cette dernière le lui avait ordonné. Mais cette fois, elle se fit accompagner de Martin qui, tout courageux qu’il fût, n’avait pas tellement envie d’affronter la sorcière la nuit et sur son terrain. Mais les désirs de Missia étaient des ordres, d’abord parce qu’il l’aimait plus que tout au monde et ensuite parce qu’elle pouvait se montrer tellement insupportable qu’il valait mieux céder tout de suite à ses caprices.

Grimper dans la montagne en pleine obscurité n’était pas chose facile, mais Missia et Martin connaissaient tous les chemins par cœur. Aussi fut-ce sans difficulté qu’ils parvinrent au repaire d’Asphodèle qu’ils trouvèrent assise devant sa cabane. Elle avait allumé un grand feu et entassé près d’elle une dizaine de pierres d’une étrange couleur noire. Elle releva la tête à leur arrivée et leur fit signe de s’asseoir en face d’elle, de l’autre côté du feu. « Je vais interroger les pierres pour toi, dit-elle à Missia. Vous devrez garder le silence absolu pendant toute la séance. D’ailleurs, pourquoi as-tu amené cet ahuri qui me regarde comme si j’allais lui sauter à la gorge ? » La réponse de Missia devança celle de Martin. « C’est mon fiancé, expliqua-t-elle. Je ne peux rien lui cacher et il saura me protéger. » « Contre le diable ? ricana Asphodèle. J’en doute. Mais qu’il sache se taire, au moins. Cette cérémonie ne doit être connue de personne, sinon, je ne donne pas cher de notre peau à tous les trois. » « Il sait garder un secret », assura Missia. « Vu qu’apparemment, il est muet, je pense que je peux te croire », railla Asphodèle et Martin prit l’air contrarié. « Je peux parler… » commença-t-il mais un sec « ce n’est pas le moment d’en faire la démonstration » coupa sa réplique.

Asphodèle saisit une des pierres noires dans sa main, se pencha sur elle, traça dessus un étrange dessin, puis après avoir marmonné une incompréhensible incantation, la lança dans le feu. Hypnotisés, Missia et Martin ne quittaient pas le brasier des yeux, certains d’en voir surgir le diable lui-même. Mais rien ne se produisit, sinon un jaillissement d’étincelles. Et il en fut de même pour toutes les autres pierres qui furent à leur tour jetées au milieu des flammes. Le feu, qui aurait dû être étouffé par cet entassement, semblait au contraire connaître un regain d’ardeur. La voix d’Asphodèle s’éleva : « Pierres du désert, pierres de l’enfer, accordez-moi le pouvoir d’être un instant à la fois ici et en bas, prêtresse et diablesse, sorcière et démon. »

A peine avait-elle fini sa phrase que les flammes parurent s’affoler, monter encore plus haut vers le ciel ; le feu cracha une myriade d’étincelles et les pierres virèrent au rouge incandescent. Asphodèle s’était penchée en avant et avait tendu les mains, comme pour accueillir un visiteur attendu. Puis elle se rejeta en arrière ; une fumée noire l’enveloppa tout à coup et lorsque cette dernière se dissipa, Missia et Martin, terrorisés, virent à sa place un homme vêtu de noir, assis en tailleur, flottant dans les airs à quelques centimètres de la pierre sur laquelle Asphodèle se tenait quelques secondes plus tôt.

(A suivre)

23 décembre 2007

Histoire lamentable et véridique d'un poète subjectif et inédit

Poème dédié à tous ceux qui inondent leur blog de leurs écrits en rimes et en prose... Je suis le premier concerné, of course !

 

HISTOIRE LAMENTABLE ET VERIDIQUE D'UN POETE SUBJECTIF ET INDEDIT

Sentimental et sensitif,

Plein de rancoeur, un peu moqueur

Il faisait des vers subjectifs,

De ces vers où l'on dit : "Mon coeur !"

"Mon coeur c'est ci, mon coeur c'est ça,

"Mon coeur fait ci, mon coeur fait ça,

"Mon coeur par ci, mon coeur par là !"...

Il s'analysait puissamment,

Subtilement et doctement !

 

Il faisait des vers subjectifs

Et quand il avait dit : "Mon coeur..."

A la rime il collait : "Moqueur"

Ou bien "liqueur" ou bien "rancoeur",

Ne voulant rimer, quant à lui,

Qu'avec la consonne d'appui...

"Mon coeur c'est ci, mon coeur c'est ça,

"Mon coeur fait ci, mon coeur fait ça,

"Mon coeur par ci, mon coeur par là!"

A tour de bras il rimait, mais

Tous ces beaux vers si bien rimés

Ne furent jamais imprimés

Et, poète vraiment maudit,

Il resta toujours inédit ;

Si vous voulez savoir comment

Je vais vous le dire à l'instant,

Si vous voulez savoir pourquoi

Ecoutez bien, tenez-vous cois

Prêtant l'oreille à mon récit

Très lamentable mais concis !

 

Au moins un lustre

S'est écoulé

Depuis qu'un lustre

S'est écroulé

Sur sa tête chez un bistro

Dont il savourait le sirop

Tout en corrigeant ses épreuves ;

Il mourut laissant bien des veuves :

(Son coeur allait de ci, de là

Et, lui, couchait par ci, par là

Chez celle-ci, chez celle-là,

Rouquine, blonde ou chocolat).

 

Dans du bois blanc on l'enferma,

On entonna le Libera

(De Profundis et tra la la !)

Puis à Bagneux on l'inhuma

(Autrement dit on l'enterra)

Un monsieur très bien palabra :

"Son coeur était comm'ci, comm'ça,

"Il faisait ci, il faisait ça,

"Son coeur par ci, son coeur par là

"Et caeteri et caetera

"Et patati et patata

"De Pronfundis et tra la la !"

 

Mais comme ces vers pleins de coeur

S'imprimaient à compte d'auteur,

Il arriva que l'éditeur,

(Commerçant fort intelligent !)

Sans imprimer garda l'argent.

Le manuscrit, il le brûla

Dans son poêle à bois, et voilà

(De Profundis et tra la la !)

Pourquoi ce poète maudit,

ainsi que j'ai ci-dessus dit,

A Bagneux pourrit inédit :

 

Et dans l'autre monde, après tout,

Il est probable qu'il s'en fout !

 

Georges Fourest

22 décembre 2007

Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil

Je ne résiste pas...

 

PSEUDO-SONNET QUE LES AMATEURS DE PLAISANTERIE FACILE PROCLAMERONT LE PLUS BEAU DU RECUEIL

Exergue : ............................................

             ............................................

            Nemo (Nihil, chap.OO)

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* Si j'ose m'exprimer ainsi ! (Note de l'Auteur.)

21 décembre 2007

Pseudo-sonnet asiatique et littéraire

Allons, remettons-en une louche....

 

PSEUDO-SONNET ASIATIQUE ET LITTERAIRE

Emmi les hauts roseaux, les rotangs et les joncs que

Réfléchit l'étang mauve où nagent les cyprins,

La frêle Hadja-Sari, fille des mandarins

Au teint jaune citrin navigue dans sa jonque ;

 

La salangane vole, effroi des moucherolles*,

A son nid de fucus, potage expectatif ;

Un friselis frivole affole les corolles

Des lotus fiers d'avoir Loti pour génitif ;

 

On entend miauler un tigre dans les jungles.

Or, de ses doigts menus que terminent des ongles

Pointus, Hadja-Sari, princesse de Bangkok,

 

Avec un geste mièvre et des mines jolies,

Feuillette, abandonnant la rame à ses coolies,

Un roman très cochon que signa Paul de Kock.

 

* On dirait qu'on joue à pigeon vole, trouvez pas ? (Note de l'auteur.)

 

 

20 décembre 2007

Fleurs des morts - Pseudo sonnet africain et gastronomique

Quittons un peu le domaine pastiche théâtral et allons faire un tour du côté des poésies un peu particulières que Fourest écrivit. La plupart sont vraiment savoureuses dans la mesure où le début est souvent très enchanteur, très poétique et la chute... totalement inattendue !

Voici un poème que j'aurais dû mettre sur le blog le 1er novembre. Tant pis. La date importe peu...

 

FLEURS DES MORTS

Chrysanthèmes, fleurs d'or,

Fleurissez les pauvres morts ;

Chrysanthèmes, fleurissez...

Pour les pauvres trépassés...

Mais, sous la terre enfermés,

Ils ne connaîtront jamais

Vos pétales embaumés* :

Dans leurs tristes monuments,

Las ! Ils verront seulement

Vos racines : c'est pourquoi,

Sentimental, à part moi,

Je songe, ô vivants pieux,

Que peut-être il vaudrait mieux

Planter sous les cyprès verts

Les fleurs des morts à l'envers !

 

* Il est bon de faire observer que les chrysanthèmes sentent plutôt mauvais. (Note de l'auteur.)

 

Et maintenant, un sonnet dans la plus pure tradition...

 

PSEUDO SONNET AFRICAIN ET GASTRONOMIQUE

OU (PLUS SIMPLEMENT) REPAS DE FAMILLE

 Exergue : prenez et mangez : ceci est mon corps.

 

Au bord du Loudjiji qu'embaument les arômes

Des toumbos, le bon roi Makoko s'est assis.

Un m'gannga tatoua de zigzags polychromes

Sa peau d'un noir vineux tirant sur le cassis. 

 

Il fait nuit : les m'pafous ont des senteurs plus frêles ;

Sourd, un marimeba vibre en des temps égaux ;

Des alligators d'or grouillent parmi les prêles ;

Un vent léger courbe la tête des sorghos ;

 

Et le mont Koungoua rond comme une bedaine,

Sous la lune aux reflets pâles de molybdène,

Se mire dans le fleuve au bleuâtre circuit.

 

Makoko reste aveugle à tout ce qui l'entoure :

Avec conviction ce potentat savoure

Un bras de son grand-père et le juge trop cuit.