28.06.2008
Germaine Beaumont
Germaine Beaumont : voilà un nom qui ne vous dit peut-être rien, ou pas grand-chose. Pour les plus âgés d’entre nous, peut-être est-ce un vague rappel de la TSF d’autrefois, quand, le mardi soir, dans les années 50 et 60, passait une émission intitulée Les Maîtres du mystère, signée Germaine Beaumont…
Je l’avoue humblement : seul ce souvenir d’elle me restait. J’ignorais qu’elle avait écrit des romans, des nouvelles, qu’elle avait été journaliste, avait fréquenté les salons littéraires parisiens dans l’entre-deux guerres et après la seconde guerre mondiale, que sa carrière s’était poursuivie jusque dans les années 80, 1981 plus exactement, année de la parution de son dernier roman Une odeur de trèfle blanc. J’ignorais qu’elle avait été une lectrice passionnée des sœurs Brontë, de Virginia Woolf, qu’elle avait acquis ses galons de journaliste au Matin, sous la férule impitoyable de la grande Colette elle-même. J’ignorais enfin que j’allais un jour découvrir son univers, m’y plonger avec délices et en ressortir ébloui, et peut-être plus vraiment le même qu’auparavant.
Une partie de son œuvre vient d’être rééditée dans la collection Omnibus, en deux volumes : le premier s’intitule Des Maisons, des mystères et regroupe trois romans : La Harpe irlandaise, Les Clefs et Agnès de rien. Le second volume a pour titre général Des familles, des secrets : il contient deux romans, Du côté d’où viendra le jour (titre magnifique à mon humble avis) et La Roue d’infortune ainsi qu’un recueil de nouvelles, L’Enfant du lendemain.
Colette définissait les trois romans contenus dans le premier volume comme « des romans policiers sans police ». En fait, il s’agit plutôt de « romans de famille », dans lesquels les femmes tiennent le premier rôle. Secrets hideux à découvrir, squelettes dans les placards, drames du passé, soigneusement enfouis dans les mémoires et qui ressurgissent à la faveur d’un présent que les héroïnes subissent plus qu’elles ne maîtrisent… Il suffit de trois fois rien pour que l’ordre des choses soit bouleversé : Une sorte de « vision » perçue par Laura dans La Harpe irlandaise ; l’allure énigmatique et détachée du monde de Frédérique dans Les Clefs ainsi que son étrange faculté à voir dans l'obscurité ; la faiblesse et la naïveté d’Agnès dans Agnès de Rien. Dans chaque roman, ce sont les pierres, les meubles, les jardins, les maisons qui chuchotent, témoins, gardiens de ces tragédies enfouies. Face à ces femmes solitaires, il y a les autres, les mesquins, les petits, les envieux : tout un monde d'étroitesse et de cupidité qui s'acharne à les empêcher de trouver la lumière.
La force des romans de Germaine Beaumont, ce n’est pas seulement l’intrigue, qui souvent passe au second plan : c’est la description des lieux, toujours liés d’une façon ou d’une autre au destin des héroïnes, c’est l’atmosphère délétère, voire maléfique, qui plane sur les maisons ; c’est la lente et prodigieuse descente au fond de l’âme humaine et plus précisément de l’âme féminine, c’est l’observation minutieuse de tous ces petits riens qui composent les grands drames. A ce titre, Du côté d’où viendra le jour, s’il n’est pas le roman le plus représentatif du talent de Germaine Beaumont, est sans aucun doute celui qui vous hante le plus longtemps.
Ce roman est compris dans le second volume, Des familles, des secrets : cette fois, il n’y a plus de « roman policier » qui tienne. Plus d’énigmes à résoudre, de drames oubliés à découvrir. Ce sont des histoires simples, celles de femmes d’un autre temps, d’une autre époque, ensevelies dans le silence et l’obéissance à leur famille, écrasées par un milieu qui les retient prisonnières, tant physiquement que moralement. Elles essaient de trouver tant bien que mal un remède à leurs maux : ce sera la révélation divine pour Armande dans Du côté d’où viendra le jour et le meurtre, puis le rachat par la mort pour Nellie dans La Roue d’infortune.
Du côté d’où viendra le jour ouvre ce volume et le titre ne prend sa signification qu’à la dernière ligne du roman. Voici ce qu’en dit Hélène Fau, qui a signé la postface du second tome :
« Le premier de ces textes, Du côté d'où viendra le jour a été écrit pendant la guerre, en 1941, et publié l'année suivante. Il porte en lui l'écho des inquiétudes et des doutes de son auteur, perméable à l'air de son temps mais constitue aussi une expérience créatrice inédite dont Germaine Beaumont conservera longtemps Ie souvenir doux-amer. Alors qu'elle est lancée dans la rédaction de ce huitième roman, elle doit subitement s'arrêter, en proie à une véritable crise d’inspiration. « Le livre se fermait devant moi, sans horizon et sans issue ; les personnages s'estompaient dans cette brume que connaissent la plupart des écrivains ; cette subite absence de vie et de chaleur me fit perdre le don de création.» Mais il faut bien vivre : elle s'interrompt pour honorer une commande du journal Le Temps. Ce sera Agnès de rien, rédigé d'un trait, qui connaîtra le succès lors de sa parution chez Plon en 1943. Puis elle reprend Du côté d'où viendra le jour et parvient à le mener à son terme, non sans difficulté.
« C'est de tous mes livres celui qui s'est le moins vendu et dont on m'a le moins parlé », regrette Germaine Beaumont qui lui voue pourtant l'attachement secret d'une mère à son enfant le plus fragile. […] L'ouvrage est précédé d'une préface dans laquelle l'auteur expose, non sans un certain art de la dramaturgie, les difficultés et le mystère qui entourent les circonstances de sa conception, lequel mystère prend les traits d'une inconnue fantomatique croisée au hasard des rues de Paris. Cette passante, à laquelle est dédié Du côté d'où viendra le four, c'est Armande Armand-Louvesne dont le nom et l'allure annoncent l'opulence un peu ternie d'un autre siècle.
« Sans doute ai-je touché à des problèmes qui n'intéressent que moi », confie Germaine Beaumont avec sagesse dix ans plus tard. Ce roman se distingue en effet de l'ensemble de sa production littéraire notamment par les thèmes qu'elle y aborde, la charité et le miracle de la grâce, et qui le colorent d'une nuance mystique particulière. Cet aspect n'échappe pas aux critiques de l'époque. On est loin des « ironies moqueuses, bouffonnes même, auxquelles ses autres livres nous ont habitués », commente l’un d’eux. […] Les éloges de Colette vont également dans ce sens. « Bougresse, tu m'as bien eue », s'indigne l'illustre occupante du Palais Royal. C'est qu'elle a été prévenue de la parution du livre par son voisin Cocteau, avec qui elle se rend chez Stock pour s'en procurer un exemplaire. « Mon enfant, comme tu montes droit. Comme tu te sers de ces grandes choses, auxquelles j'ose à peine toucher, et encore en me tortillant d'un air gêné», écrit-t-elle à Germaine à qui elle avoue ses larmes «de lecteur dur à lui-même» pour la prière de la fin. Cette prière force du reste l'admiration d'une autre plume illustre, François Mauriac, dont Germaine Beaumont s'approche ici par la subtilité de l'analyse psychologique et surtout par la tension que provoque l'enjeu religieux chez ses personnages. »
De Nellie, l’héroïne de La Roue d’infortune, on serait tenté de faire une seconde Thérèse Desqueyroux : ce sont toutes deux des empoisonneuses. Mais leur ressemblance s’arrête là. Nellie n’est pas le « monstre » que dépeint Mauriac, ses motifs ne sont pas les mêmes que ceux de Thérèse. Certes, toutes deux étouffent dans leur milieu, toutes deux subissent leur destin ; c’est l’amour, cependant, qui guide la main de Nellie, l’amour passion pour un autre homme que son mari, un homme qui, d’ailleurs, se révélera être un menteur et un manipulateur. Thérèse n’agit nullement par amour ; il n’y a en elle et autour d’elle qu’un immense vide, et ce n’est que dans les dernières pages de La fin de la nuit que lui viendra la grâce. Si Nellie commet l’irréparable, c’est qu’elle espère échapper au pire. Dans sa longue introspection, Thérèse ne parvient pas à trouver le motif exact de son acte alors que Nellie est tout à fait consciente de ce qu’elle fait et surtout des raisons pour lesquelles elle le fait. Et qu’est le pire, pour Nellie ? C’est le mariage, qui permet aux jeunes filles d’échapper, comme le dit Mauriac, aux « barreaux vivants d’une famille » mais ouvre une autre prison, pas plus épanouissante que la précédente. Luxe, bijoux, soirées, sortie, considération sociale se payent et c’est ce que devine Nellie : « A mesure que les jours passaient […] une croissante angoisse dénaturait ma joie ». Alors quand surgit l’amour, le vrai, de quoi ne devient-on pas capable pour le vivre pleinement ?
Laissons le mot de la fin à Germaine Beaumont elle-même. A la question posée par une journaliste en 1975 et qui peut se résumer en une courte phrase : « pourquoi vos héroïnes sont-elles toutes des victimes ? », la romancière répondit : « Parce qu’elles souffrent davantage, étant à la fois plus vulnérables et plus dures que les hommes. Parce que la plupart d’entre elles ne disposent pas encore d’échappatoires. »
Mesdames, qu’en pensez-vous ?...
PS : Je doute cependant que notre époque, totalement dénuée de la plus petite spiritualité, soit capable d'apprécier ce genre de littérature...
17:25 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, blog
La vengeance du pied fourchu : 4
La semaine qui s’écoula ne fut pas pour Missia une période d’insouciance. Les paroles d’Asphodèle n’étaient pas tombées dans l’oreille d’une incrédule. Aussi prit-elle garde à tout changement, même le plus insignifiant. Pour rien, d’ailleurs, car Monseigneur Satan était toujours vautré dans son enfer et continuait de peaufiner son plan d’attaque.
Missia devint quasiment obsédée par une attente dont elle ignorait totalement la durée et le terme. Sa manie de guetter le moindre bruit, de humer la moindre brise, de tâter le moindre rocher puis de l’asperger d’eau bénite afin d’être certaine qu’il s’agissait bien d’un inoffensif minéral et non d’un démon finit par rendre nerveux tous les membres de sa famille, y compris Madame la Mairesse qui n’était pourtant pas du style à s’angoisser quand le bon état de son argenterie n’était pas en jeu. Elle confia un soir à son mari la dernière invention de sa sœur cadette. Monsieur le Maire n’avait rien contre Missia sinon qu’il la trouvait parfois très fatigante, insolente, et il l’eût volontiers giflée quand elle s’avisait de le rendre ridicule en public, comme cela avait été le cas lors de la dernière réunion du conseil municipal. Aussi ordonna-t-il à sa femme de prendre ses distances avec la « demi folle » comme il l’appelait en son for intérieur, ce que Madame la Mairesse s’empressa de faire. Alors qu’auparavant, elle se rendait à la maison familiale au moins quatre fois par semaine pour gémir quand elle était de mauvaise humeur ou parader lorsqu’elle estimait que tout allait bien dans son existence, Catherine espaça ses visites et, cette semaine-là, ne vint voir sa mère qu’une seule fois.
« Elle est malade, dit gravement Madame Marie en ne voyant point débarquer sa fille aînée juste au moment où personne n’avait envie de la voir. Je crains qu’elle n’ait attrapé l’influenza ou quelque chose de ce genre. » « L’influenza cloue au lit, répliqua Arnaud. Et Catherine court comme un cabri dans les champs, je viens de la voir. Elle a simplement autre chose à faire. » Mais la mère tenait à son idée. « J’ai une tante qui est morte de l’influenza, insista-t-elle. Du moins est-ce ce qu’on a prétendu. Mais vu les gens qu’elle fréquentait, je me demande si elle ne s’est pas tout bonnement fait assassiner. Je ne sais plus. » Arnaud contempla sa mère d’un œil compatissant. « Il n’y a aucune épidémie d’influenza dans le coin, dit-il. Ca se saurait. Peut-être que Missia en connait plus long sur la dernière lubie de notre sœur que nous. »
On interrogea Missia qui répondit qu’elle ne savait strictement rien mais qu’il ne fallait pas s’inquiéter, Catherine ayant toujours été bizarre. Affirmation qui fit sourire Martin, présent à cette petite conversation familiale. Puis, selon une habitude prise depuis sa rencontre avec Asphodèle, Missia se mit à bénir la table, les chaises, et tous les recoins de la cuisine, sans parler des chambres et du grenier. « Quant tu auras fini de te prendre pour le Pape et de nous faire tourner la tête, tu viendras peut-être m’aider à faire la cuisine », grommela Marie, très contrariée par le délire religieux qui s’était tout à coup emparé de sa cadette. « Il y a beaucoup plus urgent que le repas, répondit Missia. Faites-moi confiance. » Et pendant qu’elle y était, elle lança son eau bénite sur sa mère, son frère et son fiancé, lesquels ne parurent pas très contents de cette douche improvisée, surtout Marie qui venait de laver le carrelage.
Lorsque la semaine fut écoulée, Missia monta de nouveau au refuge d’Asphodèle, comme cette dernière le lui avait ordonné. Mais cette fois, elle se fit accompagner de Martin qui, tout courageux qu’il fût, n’avait pas tellement envie d’affronter la sorcière la nuit et sur son terrain. Mais les désirs de Missia étaient des ordres, d’abord parce qu’il l’aimait plus que tout au monde et ensuite parce qu’elle pouvait se montrer tellement insupportable qu’il valait mieux céder tout de suite à ses caprices.
Grimper dans la montagne en pleine obscurité n’était pas chose facile, mais Missia et Martin connaissaient tous les chemins par cœur. Aussi fut-ce sans difficulté qu’ils parvinrent au repaire d’Asphodèle qu’ils trouvèrent assise devant sa cabane. Elle avait allumé un grand feu et entassé près d’elle une dizaine de pierres d’une étrange couleur noire. Elle releva la tête à leur arrivée et leur fit signe de s’asseoir en face d’elle, de l’autre côté du feu. « Je vais interroger les pierres pour toi, dit-elle à Missia. Vous devrez garder le silence absolu pendant toute la séance. D’ailleurs, pourquoi as-tu amené cet ahuri qui me regarde comme si j’allais lui sauter à la gorge ? » La réponse de Missia devança celle de Martin. « C’est mon fiancé, expliqua-t-elle. Je ne peux rien lui cacher et il saura me protéger. » « Contre le diable ? ricana Asphodèle. J’en doute. Mais qu’il sache se taire, au moins. Cette cérémonie ne doit être connue de personne, sinon, je ne donne pas cher de notre peau à tous les trois. » « Il sait garder un secret », assura Missia. « Vu qu’apparemment, il est muet, je pense que je peux te croire », railla Asphodèle et Martin prit l’air contrarié. « Je peux parler… » commença-t-il mais un sec « ce n’est pas le moment d’en faire la démonstration » coupa sa réplique.
Asphodèle saisit une des pierres noires dans sa main, se pencha sur elle, traça dessus un étrange dessin, puis après avoir marmonné une incompréhensible incantation, la lança dans le feu. Hypnotisés, Missia et Martin ne quittaient pas le brasier des yeux, certains d’en voir surgir le diable lui-même. Mais rien ne se produisit, sinon un jaillissement d’étincelles. Et il en fut de même pour toutes les autres pierres qui furent à leur tour jetées au milieu des flammes. Le feu, qui aurait dû être étouffé par cet entassement, semblait au contraire connaître un regain d’ardeur. La voix d’Asphodèle s’éleva : « Pierres du désert, pierres de l’enfer, accordez-moi le pouvoir d’être un instant à la fois ici et en bas, prêtresse et diablesse, sorcière et démon. »
A peine avait-elle fini sa phrase que les flammes parurent s’affoler, monter encore plus haut vers le ciel ; le feu cracha une myriade d’étincelles et les pierres virèrent au rouge incandescent. Asphodèle s’était penchée en avant et avait tendu les mains, comme pour accueillir un visiteur attendu. Puis elle se rejeta en arrière ; une fumée noire l’enveloppa tout à coup et lorsque cette dernière se dissipa, Missia et Martin, terrorisés, virent à sa place un homme vêtu de noir, assis en tailleur, flottant dans les airs à quelques centimètres de la pierre sur laquelle Asphodèle se tenait quelques secondes plus tôt.
(A suivre)
11:36 Publié dans Contes et légendes de France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : contes, légendes, humour, pastiche, littérature
26.06.2008
Les aventures du Prince Lexomil : XXIII
Episode 23
Quand un Prince doit décliner son identité…
…tout s’arrange, comme par hasard
Pendant que Lexomil et son tortionnaire devisaient de choses et d'autres, les policiers, dont le zèle avait été aiguillonné par une bordée d’injures et d’extravagantes menaces de représailles inouïes, s’étaient précipités sur les papiers du malheureux Lexomil et avaient découvert avec une stupéfaction aggravée d’une angoisse soudaine que leur prisonnier n’était rien moins que le Prince héritier qu’ils n’avaient pas reconnu, et pour cause, Lexomil s’étant toujours tenu à l’écart des photographes, même pendant les réceptions officielles. Le passeport qu’ils tenaient entre leurs mains était estampillé du sceau Royal, portait le cachet du Palais Royal et la tronche de Son Altesse Royale ressemblait trait pour trait à celle du zigoto qu’ils avaient ramassé dans la rue.
Ce genre de document étant on ne peut plus miné, ce fut avec moult précautions qu’ils le portèrent à leur patron et ils sortirent en courant, à peine le passeport posé sur la table. Le commissaire s’étonna bien de cette précipitation mais ne prit pas vraiment garde à ce qu’elle supposait. Il allait enfin connaître l’identité de ce petit malin et lui coller un rapport qui allait l’envoyer à l’ombre pendant au moins un mois.
Lexomil n’était pas content. Il voulait être traité comme un simple citoyen et était à peu près sûr que dès que le commissaire serait guéri de la déprime qui allait s’abattre sur lui, il allait devoir subir courbettes et compliments, excuses interminables et discours pontifiants. Si son anonymat tombait, il ne pourrait plus arpenter les routes comme il le souhaitait -ou plutôt comme il le devait eu égard aux ordres de Sa Majesté Xanaxa- et surtout, il lui serait impossible sinon d’arriver à Déprime-Sur-Boulot, tout au moins de rencontrer en privé et tranquillement Damoiselle Citalopram-Biogaran et commencer à lui faire sa cour. Aussi fit-il une dernière tentative pour éviter la catastrophe.
« Mon identité importe peu, dit-il. Collez-moi une amende, je suis prêt à la payer. Et même emprisonnez-moi pour un jour ou deux, je le mérite. Mais je vous assure, vous n’aurez rien de plus quand vous saurez qui je suis. »
Le commissaire grimaça le sourire de l’hyène qui contemple sa proie. « Tes paroles en disent long, répliqua-t-il. Tu ne veux vraiment pas que je regarde ce passeport. Mais c’est justement ce que je vais faire. » Et, persuadé d’avoir mis la main sur l’ennemi public numéro un, le commissaire ouvrit le document fatidique.
« Et zut ! pensa Lexomil en le voyant devenir tout à coup blême. C’est fichu ! Adieu ma tranquillité ! » « Nom de Dieu… » exhala seulement le commissaire avant de sombrer dans un bienheureux évanouissement. « Qu’il est donc émotif ! » dit Lexomil en se levant pour lui porter secours.
Les quelques minutes qui suivirent furent assez houleuses. Le bruit de la chute « commissariale » avait été suffisamment fort pour attirer tous les policiers présents dans le bâtiment. On s’attroupa autour de l’évanoui, on le gifla, on lui fit respirer des sels, on l’éventa, on lui jeta un seau d’eau froide à la figure tout en faisant de majestueuses courbettes au Prince Héritier et en lui demandant s’il voulait boire quelque chose. La pagaille était à son comble lorsque le malheureux commissaire revint à lui. La première personne qu’il vit, ce fut Lexomil, assis sur la table, en train de siroter avec une paille un diabolo menthe qu’on était allé chercher au café du coin. A peine revenu de son coma, l’humble fonctionnaire se traîna à genoux devant le Prince en balbutiant de piteuses excuses. « Remettez-vous, mon ami, dit Lexomil, magnanime. Votre erreur est très pardonnable. Je n’avais qu’à me présenter tout de suite. » « Votre Majesté est trop bonne », chuchota le policier, toujours à genoux. « Pas encore Majesté, rectifia Lexomil. Votre altesse royale suffira. »
Pendant ce temps, on continuait de s’empresser autour de cet hôte inattendu et on proposa à Lexomil de lui faire visiter le commissariat de fond en comble. « Hélas, fit Lexomil avec son plus charmant sourire, j’aimerais bien vous agréer, mais j’ai déjà perdu beaucoup de temps (ici, tout le monde baissa la tête, empli d’une extrême confusion) et j’aimerais poursuivre ma route sur Congédiement. Si, bien entendu, cela ne vous ennuie pas de me rendre mon passeport. » Ce fut un tollé général : non seulement cela n’ennuyait personne, mais en plus, on proposa d’emmener Son Altesse Royale à destination dans une voiture blindée précédée de dix motards en uniforme. « Non, merci, répondit Lexomil. Je tiens à garder l’incognito. Et vous me feriez grand plaisir, messieurs, d’oublier ce qui est arrivé et de ne rien dire à quiconque concernant mon passage dans votre ville. » « Votre Altesse Royale a notre parole », promit-on en chœur mais on continuait de s’interroger sur le vertigo qui s’était emparé du Prince Héritier et l’avait poussé à hululer en pleine rue en compagnie de la folle. D’ailleurs, tiens, en parlant d’elle, que fallait-il en faire, de cette exaltée ?
Interrogé, Lexomil répondit que c’était une de ses meilleures amies, qu’il fallait la libérer sur le champ et la laisser faire ce qu’elle voulait, elle n’était pas dangereuse, seulement légèrement prompte à s’emporter. On alla donc libérer la malheureuse Fa qui tournait toujours en rond dans sa cellule et avait réussi à creuser une tranchée de vingt centimètres.
(A suivre)
07:10 Publié dans Conte du pays de Déprime | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, humour, satire, caricature, littérature
23.06.2008
Planisphère : Mort, où est ta victoire ?
Je sais : un titre aussi beau pour une histoire aussi sordide et une greluche aussi tordue, c’est plus qu’un sacrilège, c’est une trahison. Mais on racole le lecteur comme on peut.
Peut-être préférez-vous ce titre ?
LA FIN DE SATAN PLANISPHERE
Par Victor Hugo Porky
Un peu prétentieux, de quoi faire grimper Dame Sardine aux murs (« tu ne te prends quand même pas pour Victor Hugo ? » « Non, ma chérie, je me prends pour moi, tout simplement »), mais tant pis, assumons.
Et nox facta est.
Voilà bien peu de temps, Planisphère tomba…
Abandonnons la rime pour revenir à la prose et décrivons l’écroulement d’un monde, celui de Planisphère, éjectée, dissoute, atomisée par une équipe en pleine rébellion. Marie-Antoinette est morte, vive Gélatine 1er !
On se souvient de l’effroyable anecdote racontée quelques jours plus tôt sur ce blog, anecdote à vous faire pleurer toutes les lames de votre corps parce qu’elle décrivait la révolte insensée des esclaves de Planisphère ayant osé prendre les armes contre leur bonne dame, leur si gentille maîtresse, incarnation vivante de la charité et du dévouement.
On aurait pu croire que, grâce à l’aide chevaline et zélée de Proserpine, Planisphère allait mater ces insensés et les faire rentrer dans le rang. Hélas…
Planisphère tomba, elle tomba bien bas…
Elle chut dans le vide et le néant obscur,
Rejetée par ses pairs, crucifiée sur le mur.
Réunion au sommet, regroupant Cerbère, Proserpine Ventremou Decheval, Planisphère et les adorateurs du Cabinet. (Justement, en parlant de cabinet, il semble que Planisphère ait eu des problèmes pendant la réunion qu’elle dut quitter précipitamment plusieurs fois : Chagrin inconsolable ou taraudante cystite ? Pas d’info à ce sujet.)
Discours pontifiant de Cerbère qui adore parler d’elle. Inattention croissante de l’auditoire qui pense surtout au combat meurtrier qui va se dérouler dès que la cheftaine aura fini de se glorifier. Planisphère tripote un énorme tas de papiers et Proserpine prend ce qu’elle s’imagine être un air inspiré ; son regard tente de laisser percevoir une lueur d’intelligence ; essai manqué.
Regina trépigne, Agénor s’endort. Gélatine se répand. Musaraigne Laborieuse, consciente de vivre un moment historique, écoute de toutes ses oreilles. Planisphère tripote toujours sa paperasse.
Elle tomba encore, Interminablement.
Ca n’en finissait plus, ça devenait barbant…
Quid de ces feuilles graffités ? Rien d’autre que toutes les tâches que Planisphère a accomplies pendant son règne et dans ses vies antérieures. Arme de dissuasion totale : si on veut la dégommer, voilà ce qu’il faudra faire, voilà les corvées qui vous attendront. Ah ! De quoi en effrayer plus d’un(e), pas vrai ?
Jetons un coup d’œil sur ces fameux travaux d’Hercule : beaucoup d’encre pour pas grand-chose. Elle aurait pu résumer ça en dix lignes et ce qu’elle affirme devoir prendre, au bas mot, plusieurs heures par jour, ne va vous occuper qu’une heure par semaine. Planisphère serait-elle méditerranéenne pour sombrer ainsi dans l’exagération ?
Cerbère pérore toujours. Planisphère l’écoute, ravie. Voilà maintenant que la Patronne se lance dans un éloge dithyrambique de la vieille morue. Tous les visages autour de la table se renfrognent. Planisphère plane. Elle est au septième ciel. Elle a bien fait de confier ses soucis à Proserpine ; elle a bien fait de lui demander de plaider sa cause auprès de Cerbère ; elle a tué la révolte et niqué ses administrés. Proserpine a fait du bon boulot puisque la Patronne dit exactement ce qu’on attendait d’elle.
Mais Cerbère est une rouée. Elle ne peut pas blairer Proserpine. La vieille Planisphère l’insupporte. Et la grenade inattendue explose, étendant raide les deux conspiratrices.
Cerbère (sucre et miel, à Proserpine Decheval, en guise de conclusion de son éloge planisphérique) – Ai-je bien récité ma leçon ? J’ai bien dit tout ce que vous m’aviez demandé de dire ? Je n’ai rien oublié, vous êtes sûre ?
Planisphère blêmit, Proserpine rougit, Cerbère sourit. L’auditoire ne fait rien mais n’en pense pas moins.
On regarde le cadavre de Planisphère. Il gît parmi les trucs inutiles et ringards entreposés dans la salle. Mais il bouge encore. Il faut l’achever au plus vite.
Vote : qui va obtenir la direction du Cabinet ? Deux voix pour Planisphère (la sienne et celle de Musaraigne Laborieuse –mais on sent une hésitation dans le vote de cette dernière : si Planisphère est out, ne vaudrait-il pas mieux cirer les pompes du/de la nouveau/nouvelle directeur/directrice ?) Toutes les autres voix pour Gélatine, tellement ému d’être ainsi élu par ses pairs qu’il coule sur la moquette au grand dam de Cerbère.
C’est ainsi qu’elle tomba, sans cri, en silence,
Mais son dernier regard exprimait sa souffrance.
Quoi ! Tant d’années passées à se bien dévouer*
Et par ces intrigants être déboulonnée !
Elle rit tout à coup et par terre cracha :
Morte, je ne suis point ; j’aurai ces cancrelats !
Mais un souffle passa ; elle tomba plus bas…
* On fait une diérèse. Merci.
07:10 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : portraits, humour, caricature, profs, satire, littérature
21.06.2008
Paranoïa Psychopatha
PARANOIA PSYCHOPATHA
L’exercice qui s’annonce va être diablement difficile : c’est la première fois que je fais le portrait d’une paranoïaque psychopathe mythomane.
N’ayant jusque là que très peu fréquenté les asiles psychiatriques, je m’avance sur la pointe des pieds pour décrire un phénomène que, Dieu merci, je n’ai dû rencontrer qu’une ou deux fois dans mon existence, et encore, la dose de démence était relativement supportable.
Il vous faudra donc excuser, amis lecteurs, certaines approximations, un certain flou dans la description du personnage, et un noir complet quant à l’origine de ses divagations. Paranoïa Psychopatha est siphonnée, d’accord. Mais d’où vient cette étrange manie de considérer certains de ses collègues comme des ennemis prêts à lui tirer dessus sans sommation, alors que, grand Dieu, ils ignoraient jusqu’à son existence et qu’il a fallu l’intervention de l’ARP (Association des Ragots et Potins) pour qu’on apprenne que, oui, ma foi, Dieu, un jour qu’il était plus distrait qu’à son ordinaire, lui avait donné forme, souffle de vie et démence précoce ?
Il y a là un mystère que, pauvre mortel dévoyé, je ne puis résoudre. Si un psy lit mes élucubrations, qu’il veuille bien me donner la solution de cette énigme, qui, entre nous, ne me taraude que le temps de rédiger ce portrait.
Donc, Paranoïa Psychopatha est folle. Son surnom vous l’avait déjà appris. Ce côté très sombre de sa personnalité schizophrénique (rajoutons-en un peu) s’est révélé il y a peu de temps par un flot d’affirmations hallucinées qu’il a fallu trier pour n’en retenir que les plus savoureuses. Elles ne font pas rire Esthetica Strombolia qui trouve qu’on ne devrait pas permettre à des engins pareils de circuler librement dans un établissement scolaire. Divagation, oui ; aberration, non.
J’avoue que ce délire me fait rigoler au-delà du descriptible. Ne vous impatientez pas, les trouvailles arrivent :
- First affirmation : Paranoïa Psychopatha est sûre et certaine, elle en met sa main au feu, sa tête à couper, son corps à tronçonner (un rêve !) et d’ailleurs, c’est d’une évidence absolue, que Gontranix Imprecator et Monsieur de Lavallière couchent ensemble ! Elle le dit et le répète.
Ah bon ! Première nouvelle. Heureusement qu’elle est là pour m’apprendre que j’ai un amant. Je ne m’en étais pas encore aperçu. Ces trous de mémoire, franchement, quand on vieillit !... Cela dit, ma chérie, tes infos sont incomplètes : on fait ça à trois avec Sigismond Bétehesse et même que parfois, on racole dans la rue pour organiser de gigantesques partouzes. (Pendant qu’on y est, autant lui donner de quoi alimenter son imaginaire.)
- Second affirmation : Dame Angoissa Chronica est une perverse. Mais si, mais si ! Est-ce qu’elle n’a pas le front, le culot, l’outrecuidance et la perversité de piquer des courriers dans le casier de son homonyme (hélas pour Dame Angoissa, elle porte le même nom que Paranoïa), de détruire lesdits courriers, et d’ailleurs, il n’y a pas que les courriers, des choses ( ?) ont disparu et c’est intolérable. Dame Angoissa est totalement infréquentable et on la déteste.
Petite précision : il est vrai qu’en début d’année, de petites confusions entre ces deux dames se sont produites au niveau de la distribution du courrier. Qu’a fait Dame Angoissa quand elle a découvert que certains papiers n’étaient pas pour elle ? Elle a simplement transféré lesdits papiers de son casier à celui de son homonyme et l’affaire était close.
Pour elle. Parce que Paranoïa Psychopatha n’a pas été d’accord du tout pour enterrer une hache de guerre qui n’avait jamais été déterrée. Elle a collé sur la porte du casier de Dame Angoissa une énorme affiche qui proclamait qu’elle n’était pas celle qu’on croyait, qu’il ne fallait pas la confondre avec n’importe qui, que son courrier n’appartenait qu’à elle et qu’on devait (je crois que la formule était encore plus impérative et péremptoire) éviter de telles erreurs absolument insupportables. Dame Angoissa Chronica (vous finissez par la connaître) n’en a pas dormi pendant une semaine.
Comme on le voit, Paranoïa a une haute idée d’elle-même. Et elle ne craint pas d’affirmer sa supériorité en réunion : Problèmes pédagogiques ? Connais pas ; problèmes disciplinaires ? Connais pas. Problèmes tout court ? Connais pas. Moi, cinglée ? Moi, hystérique ? Vous voulez une baffe ?
Comme je suis quelqu’un de curieux et que j’aime bien savoir qui colporte des bruits sur mon compte (non pas pour lui régler le sien mais pour bien l’affirmer dans ses convictions en accueillant par exemple Gontranix devant elle avec un retentissant « bonjour, mon amour, merci pour cette nuit de rêve »), j’ai demandé à ceux qui la connaissaient de me la montrer. L’engin n’était point dans la salle. Bon. Alors, de me la décrire pour que je puisse pousser l’amusement jusqu’au bout. Je cite : « une petite moche boulotte à la figure écrasée ». D’accord. Avec ça, vous allez loin parce que les moches boulottes, dans cet endroit… (Vous finirez la phrase à ma place.)
Résumons-nous : cet établissement présentait déjà beaucoup de spécimens dignes d’un zoo ; voilà maintenant qu’on se tape une psychopathe déjantée. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire ? Moi si.
07:10 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : portraits, humour, satire, profs, caricature, littérature
19.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 15
EXPLOSION...
QUINZIEME ET DERNIERE PARTIE
Mail CXLI
De : Agénor
A : Zizi Nouillet
CC : Deborah, Regina, Ammoniaque, Ajax
Va te faire foutre, boy scout demeuré. Ta lanterne est morte depuis longtemps. Allez tous vous faire foutre !
Mail CXLII
De : Ammoniaque
A : Agénor
CC : /
C’est déjà fait, connard, et depuis longtemps !
Mail CXLIII
De : Ajax
A : Agénor
CC : /
PAM ne trempe pas dans ces combines.
Mail CXLIV
De : Deborah
A : Agénor
CC : /
Ne remue pas le couteau dans la plaie. Je me meurs.
Mail CXLV
De : Zizi Nouillet
A : Agénor
CC : /
Pourquoi être aussi grossier et vulgaire ? Je ne faisais que poser quelques questions. Et que sais-tu de ma lanterne ? Et puis d’abord, quelle lanterne ? Sois plus clair.
Mail CXLVI
De : Cerbère
A : Ses supérieurs hiérarchiques
CC : /
Rapport succinct par mail en attendant le rapport complet par courrier
Je tiens à signaler à votre attention les faits déroutants et terribles qui se sont produits il y a deux jours dans mon établissement et dont je vous ai déjà fait part au téléphone.
Il était environ dix-huit heures quinze lorsque d’horribles cris et hurlements se sont élevés de l’angle du bâtiment principal, vers la cabane du jardinier. Mon personnel et moi-même nous précipitâmes vers l’endroit d’où montaient ces cris et nous avons vu le spectacle suivant :
Le dénommé Attila gisait par terre, la figure en sang tandis que la dénommée Ammoniaque le frappait de toutes ses forces avec un sac argenté de marque 365 poches à 600 euros bourré de nitroglycérine laquelle, heureusement, était d’une aussi mauvaise qualité que le sac et n’a donc pas sauté.
La dénommée Pimprenelle, dite la Niaise, était allongée sur le sol ; il lui manquait tout le côté droit de cheveux et une carte de photocopie était coincée entre ce qui restait de ses dents. (Un bilan complet a été fait par mon intendant : deux molaires, trois incisives, deux canines et trois prémolaires manquent à l’appel. La balance n’est donc pas équilibrée.)Nous avons immédiatement appelé les pompiers qui ont transporté les blessés à l’hôpital le plus proche. Leur état est jugé très grave. La dénommée Ammoniaque a été emmenée hurlant des insanités au centre psychiatrique de la ville. Il a fallu lui passer la camisole de force et lui faire cinq piqûres de calmant avant qu’elle daigne sombrer dans l’inconscience. Il parait qu’elle n’est pas prête de retrouver son bon sens.
De même, un certain PAM ainsi que le dénommé Ajax, présents lors de l’affrontement, ont tous deux reçus des horions assez sévères de la part du sac argenté. Ils ont été d’abord jetés dans une voiture de police qui, en raison de leurs blessures, a fait un détour par les urgences d’une clinique avant de les emmener au commissariat où ils pourrissent dans une cellule en attendant d’être entendus.
Je me dois également de porter à votre connaissance les faits survenus très peu de temps après et qui, semble-t-il, ont un rapport avec cette tragédie :
La dénommée Regina a été retrouvée errant dans la campagne, vêtue d’un seul peignoir, noire des pieds à la tête et les yeux exorbités ; elle a prétendu qu’un certain Agénor avait piégé les réseaux informatiques alors qu’elle s’apprêtait à envoyer une lettre de dénonciation aux instances nationales syndicales et que son ordinateur lui avait explosé au nez, l’expédiant à la cime d’un arbre avant de retomber dans la soue des cochons qui ont manqué, semble-t-il, la prendre pour une nourriture de choix. Elle a été conduite à l’hôpital en état de choc.
Le dénommé Agénor a été relevé par une patrouille de police alors qu’il gisait à terre dans un quartier mal famé, une bouteille dans la main, baignant dans son vomi. Il était ivre mort et a déclaré aux policiers qu’ils devaient aller se faire foutre. Il a été enfermé dans une cellule de dégrisement d’où il n’est toujours pas sorti à l’heure actuelle.
Enfin, la dénommée Deborah a décidé de quitter l’enseignement et de se retirer au Couvent de Sainte Marie Jo et d’y prononcer des vœux perpétuels. Elle priera pour toutes les luttes présentes, passées et à venir, qu’elles soient gréco-romaines ou autres.
Voila le récit des extravagantes journées que nous avons vécues. J’avoue ne rien y comprendre, surtout depuis que le dénommé Zizi Nouillet m’a envoyé un mail en me demandant ce que signifiait tout cela. Que vais-je faire maintenant avec tous ces gens inaptes au travail ?
Mail CXLVII
De : Cunégonde
A : Scarlatina O’Blondi
CC : /
As-tu lu dans Le Monde ce qui s’est passé dans l’établissement d’Attila ? C’est proprement incroyable. Pauvre Atti ! Son complot a fini par se retourner contre lui. Enfin, la seule bonne nouvelle dans tout ça, pour mon ex époux s'entend, c'est que cette cellule de séditieux est dissoute. Mais toutes ces révélations sur les magouilles et les luttes intestines dans le corps enseignant m’ont écoeurée. Je croyais que cela nous était réservé. Que penses-tu de tout cela ?
Mail CXLVIII
De : Scarlatina O’Blondi
A : Cunégonde
CC : /
Je suis comme toi, atterrée et écoeurée. Qui aurait pu croire que de si nobles visages cachaient une âme aussi noire ? Mais remercions le ciel de ce qui est arrivé car il nous permet de tirer une leçon de ce drame affreux : jamais on ne dira assez l’abomination des liaisons dangereuses.
FIN
07:10 Publié dans Roman par mail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, pastiche, caricature, littérature
17.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 14
OU CELA SE GATE VRAIMENT...
QUATORZIEME PARTIE
Mail CXXIX
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Je n’aime pas beaucoup qu’on se paye ma fiole de cette manière-là. Ta langue de bœuf était-elle une déclaration de guerre ?
Mail CXXX
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Si tu le prends comme ça, et bien oui, ça l’est ! Je bois à ta non santé !
Mail CXXXI
De : Deborah
A : Ammoniaque
CC : Regina, Agénor, Zizi Nouillet, Ajax
(Une copie du mail CXXXII est jointe)
Je ne comprends plus rien, tout est affreusement noir autour de moi. Je n’irai pas au rendez-vous, Ammoniaque, j’ai trop peur de devoir admettre que tu avais raison. Mais je persiste à penser qu’il faut donner une dernière chance à Attila de se justifier. J’ai peut-être eu tort, mais je lui ai envoyé le mail dont je joins une copie, en espérant que mes maladresses informatiques ne l’expédieront pas au Pôle Nord. Je suis dans un état de déliquescence totale, je n’ai même plus goût à la lutte, je vais crever, je vous le dis. Agénor, mon enfant chéri, aide-moi.
Mail CXXXII
De : Deborah
A : Attila
CC : /
Attila, des bruits odieux courent sur ton compte dans notre groupuscule. Tu es accusé de fricoter avec la Niaise et de trahir le Syndicat pour t’assurer la royauté l’année prochaine. Dis-moi que ce n’est pas vrai et prends garde à toi, une révolte gronde dans le Sein des Seins, on prépare un piège à ton intention, je t’en supplie, ne va pas à ton rendez-vous avec la Niaise. Je pleure tellement que je ne vois plus les touches du clavier, aussi excuse les fautes éventuelles.
PS : J’ai mis deux heures à taper ce message avec un doigt en cherchant toutes les touches. Tiens-en compte dans ta décision.
Mail CXXXIII
De : Agénor
A : Deborah
CC : /
Je ne suis pas ton enfant, la vieille. Laisse-moi m’imbiber tranquillement et surtout, oublie mon existence. Merci d’avance.
Mail CXXXIV
De : Ajax
A : Attila
CC : /
Frère de combat, bien que tu m’aies trahi, je ne peux pas te laisser courir à ta perte sans rien tenter. PAM et moi te supplions de ne pas aller au rendez-vous que la Niaise t’a donné, c’est un piège ; Ammoniaque médite ta perte et a lu l’avenir dans son sac argenté : l’implosion du groupe est imminente. N’approche pas le briquet de l’amadou…
Mail CXXXV
De : Attila
A : Deborah et Ajax
CC : /
Vos recommandations me vont droit au cœur mais elles me laissent indifférent. Je n’ai jamais trahi qui que ce soit, ma conscience est d’une pureté absolue, autant que mon cœur et mes entrailles, sans parler du reste. Je dois voir la Niaise pour régler des problèmes d’ordre purement professionnels qui concernent certains de nos élèves communs. Quant à Ammoniaque, je ne crains ni sa bile, ni son sac argenté. Il faudra des forces plus grandes que les siennes pour me vaincre.
Mail CXXXVI
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Tu as tort de me provoquer. Tu veux la guerre ? Et bien, qu’elle soit !
Mail CXXXVII
De : Regina
A : Deborah
CC : Ammoniaque, Ajax, Zizi Nouillet
Agénor nous abandonne lâchement pour sa réserve de whisky. Je propose que non seulement nous détrônions Attila mais que nous nous occupions de lui une fois réglé le sort du groupie de la Niaise. Je pense qu’une lettre anonyme aux plus hautes instances du Syndicat dénonçant ses intempérances devrait suffire pour lui enlever la confiance de nos chefs et faire sauter ses responsabilités. Je suis prête à l’écrire. Qu’en pensez-vous ?
Mail CXXXVIII
De : Deborah
A : Regina
CC : /
Fais ce que tu voudras. Mon cœur est mort et mon esprit bat la campagne. Je me retire en moi-même pour pouvoir mieux pleurer la perte de mes idéaux. Et je vais de ce pas à la piscine pour me noyer dans le petit bassin.
Mail CXXXIX
De : Ammoniaque
A : Regina
CC : Deborah, Zizi Nouillet, Ajax
Je savais bien qu’il n’était pas fiable. Ecris cette lettre. Je la signerai avec toi.
Mail CXL
De : Zizi Nouillet
A : Regina
CC : Ammoniaque, Deborah, Ajax, Agénor
Mais de qui parles-tu, Regina ? Je ne comprends rien. Agénor boirait-il ? Ce n’est pas bien. Et pourquoi veux-tu écrire aux Instances Nationales ? A propos de quoi ? Je vous trouve bien énigmatiques, tous. Ou alors, je n’ai toujours pas saisi le pourquoi du comment de cette correspondance. Eclairez ma lanterne.
(A suivre)
JEUDI NE MANQUEZ PAS LE DERNIER EPISODE...
07:10 Publié dans Roman par mail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, caricature, pastiche, littérature
16.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 13
OU LA SITUATION SE DEGRADE CONSIDERABLEMENT...
TREIZIEME PARTIE
Mail CXVI
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Agénor Trésor, je sens que ta réponse contient une certaine ironie qui certes enchante mon esprit primesautier mais inquiète la militante que je suis. Voudrais-tu insinuer que tu refuses de collaborer avec moi pour démasquer les fourberies d’Attila ? Tu ne vas pas me jouer un pareil tour ! Tu ne vas pas mettre fin, comme ça, d’un coup, sans prévenir, sans sommation, sans injonction, sans préavis, à une collaboration aussi fructueuse ? Songe à tout ce que nous avons fait ensemble, à tous les combats que nous avons menés : Songe que nous en avons même gagné certains. Ca m’étonne, mais c’est comme ça. Revois ta position et dis-moi que ce n’était qu’une plaisanterie (mauvaise, entre nous) et que tu participeras à la réunion avec Ammoniaque. Rassure-toi, elle me tape autant sur les nerfs qu’à toi mais en l’occurrence, c’est une alliée qui peut devenir précieuse. Je sais que cela ne te concerne plus vraiment mais je sais aussi que l’honneur parle en toi plus haut que le ressentiment. J’ai confiance en toi.
Mail CXVII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Tu as tort.
Mail CXIX
De : Deborah
A : Regina
CC : Ajax, Ammoniaque, Zizi Nouillet
Ammoniaque vient de m’apprendre une nouvelle si terrifiante que je ne sais plus où j’en suis. Il parait qu’Attila trahit le Syndicat avec la Niaise ! J’en suis non seulement retournée mais affreusement angoissée. Qu’allons-nous devenir s’il trahit la Cause ? Je ne peux arriver à croire cela possible. Ammoniaque a dû se tromper. Sinon, je meurs, la main sur le cœur et la tête sur ma carte d’adhérente.
Mail CXX
De : Ammoniaque
A : Deborah
CC : Ajax, Regina, Agenor, Zizi Nouillet
Je ne me suis pas trompée, je les ai vus et j’ai tout entendu. Maintenant, il faut qu’il soit vaincu. Meurs après, s’il te plait.
Mail CXXI
De : Regina
A : Ammoniaque
CC : Agénor
Je t’avais dit de la fermer, espèce de grande cruche ! Voilà le résultat, maintenant ! Deborah m’a tenu la jambe six heures au téléphone, c’est moi qui ai failli claquer. Elle veut rédiger plein de motions contradictoires et pense qu’il faut faire comparaître Attila devant notre tribunal. Je préconise l’exécution sans jugement.
Mail CXXII
De : Zizi Nouillet
A : Deborah
CC : Agénor, Ammoniaque, Ajax, Deborah, Regina
Je suis peut-être un peu lent d’esprit mais je ne comprends pas bien ce qui arrive. Vous pouvez m’expliquer ? Il me semble impossible qu’Attila ait pu prendre de telles décisions sans nous en parler auparavant. Au fait, qui est la Niaise ?
Mail CXXIII
De : Ajax
A : Ammoniaque
CC : Deborah, Agénor, Regina, Zizi Nouillet
Ce n’est pas possible, Amo, tu t’es trompée. Jamais Attila ne ferait cela, je le connais. D’accord, tu m’as utilisé pour parvenir jusqu’à lui et il n’a pas dit non mais mon profond humanisme m’a permis de pardonner cette tromperie. Là, je sens que mon cœur s’arrête. Je demande des preuves tangibles, écrites, irréfutables. Et si cela s’avère, j’en parlerai à mon député chéri dont j’ai la bouche pleine depuis un certain nombre de jours et à qui je servirais bien volontiers de carpette si le besoin de s’essuyer les pieds se faisait sentir. PAM sera mon soutien, à la vie à la mort.
Mail CXXIV
De : Ammoniaque
A : Ajax
CC : /
Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Toi aussi, tu veux quitter le navire ? Tu veux faire une carrière politique ? Tu plaisantes, mon chéri, reviens sur terre. Tu as autant le profil d’un homme politique que mon sac argenté celui d’un sac de grande bourgeoise. Quant aux preuves, rien de plus facile : ils ont rendez-vous demain à 18 heures à l’angle du bâtiment principal. Viens avec moi, et tu sera convaincu, incrédule !
Mail CXXV
De : Ammoniaque
A : Agenor,
CC : Deborah, Regina, Zizi Nouillet
Je vous propose de nous rendre tous au rendez-vous qu’Attila a donné à la Niaise afin de nous rendre compte de la gravité de la situation. Nous nous planquerons derrière la cabane du jardinier. Demain, 18 heures, angle du bâtiment principal. Ajax est prévenu, il viendra peut-être avec TAM-TAM PAM.
Mail CXXVI
De : Agénor
A : Ammoniaque
CC : Deborah, Regina, Ajax, Zizi Nouillet
Désolé, je suis pris à cette heure. Et d’ailleurs à toutes les autres heures aussi. Vous me les brisez menues avec vos conneries.
Mail CXXVII
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Agénor, je t’ordonne d’être là et d’arrêter tes cuistreries !
Mail CXXVIII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Aucun texte n’est écrit mais un document est joint. C’est la photo d’une bouche grande ouverte tirant une énorme langue.
(A suivre)
07:15 Publié dans Roman par mail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, caricature, littérature
13.06.2008
La Principessa Ovina Libria
PRINCIPESSA OVINA LIBRIA
OU
ATTILA’S GODESS
La Principessa Ovina Libria e bella. Si, si, si, si, si, si. Elle est sublissima. Elle rendrait même des points à Isabeau de Bondière, championne toute catégorie dans le domaine de l’élégance. Il paraît qu’Attila en est convaincu et Regina l’affirme avec beaucoup de conviction. (Mais on sait que les goûts esthétiques de notre fermière bien-aimée sont parfois douteux.) Et Ovina Libria a sur Ammoniaque un extraordinaire avantage : elle est plus jeune. (Pas de beaucoup mais ça suffit pour que certaines personnes en mal de séduction opèrent un virage à 180 degrés.)
Ovina Libria a une chevelure noire comme le plumage d’un corbeau (tellement noire que cela en devient suspect : teinture ou non ?) ; elle est frisée comme un mouton, grande, mince, toujours vêtue à son avantage. Attila, bien que menacé par la retraite dans quelques années, n’en a pas pour autant décidé de raccrocher. Après avoir bassement séduit Ammoniaque, il la jette comme un vieux kleenex usagé (qu’elle est, hélas, et en plus, elle est grand-mère) et se tourne vers cette fleur vénéneuse au regard de charbon.
La Principessa Ovina Libria s’habille quasiment toujours en noir. Elle n’est pas désagréable mais ce n’est pas non plus un monument de sympathie et de chaleur humaine. On dira d’elle qu’elle est « professionnelle ». Amoureuse folle de l’informatique, elle ne s’adresse désormais à nous que par le truchement des mails –ce qui a d’étranges conséquences dans la mesure où, pour prendre juste un exemple, votre serviteur ne regarde ses courriels qu’environ une fois tous les quinze jours, et encore quand le mot « messagerie » lui vient à l’esprit. La Principessa en est parfois grandement offensée. Comment, on n’a pas lu ce qu’elle envoyait ? Vraiment, là, c’est du j’m’en foutisme.
Le pire, c’est qu’elle nous inonde de copies de tous les messages inutiles, chiants, parasitaires qu’elle reçoit des multiples zozos qui cherchent à placer leurs spectacles, livres, conférences, etc… C’est tellement horripilant que vous flanquez ces merdes à la poubelle sans même les ouvrir. Et vous finissez par souhaiter que son ordinateur lui explose au nez et l’expédie toute noire au plafond. Ca rendrait la décoration du lieu plus attrayante.
Mais La Principessa est inatteignable : elle déambule dans les couloirs et la salle des Urnes Funéraires avec une élégante ostentation et un port de tête dont la fierté le dispute à la noblesse ; sa prestation est toutefois nettement mieux réussie que les lamentables essais de Proserpine Decheval. Il est vrai qu’entre les deux, on ne peut guère hésiter. De là cependant à prendre Ovina Libria pour Aphrodite (ce qu’elle est aux yeux d’Attila, rendu bigleux par sa dernière montée de testostérone avant la panne sèche), il y a quand même de la marge.
Cependant, Attila ne tourne ses regards que vers elle. Notre Pâris sur le retour vient de lui remettre la pomme ; a-t-elle cédé ? Qu’a-t-elle promis en échange de cette récompense ? That is the question. Personne ne le sait. Alors on suppute, vous pensez. Il faut bien occuper cette fin d’année scolaire et trouver de quoi s’amuser pendant les interminables surveillances de bac qui vont nous tomber sur la figure dans peu de temps. Ont-ils ?... « Ils ont », dit Regina en haussant les épaules. « D’ailleurs… » et elle s’arrête, un petit sourire en coin, histoire de vous faire mariner dans votre jus. Aurait-elle surpris La Principessa et Attila dans des postures que la morale réprouve ? Non, non, nos esprits dévoyés font fausse route. Mais Ovina Libria a su s’infiltrer dans les réseaux intérieurs et semble vouloir déboulonner Ammoniaque de sa place d’Egérie Chérie. Il paraîtrait qu’elle traficoterait des trucs bizarres et qu’elle fricoterait via les échanges de mails avec le Trio Houp là là, j’ai nommé les trois A.
En tous cas, Ammoniaque fait un peu la gueule et a abandonné son sac argenté. C’est mauvais signe. Ajax « l’humaniste » (dernière trouvaille de Deborah, grandement inspirée dans son délire) rôde comme une âme en peine en attendant de se faire de nouveau ammoniaquer. Et Attila fourbit ses armes. Pendant ce temps, mystérieuse et hautaine, l’air sévère et condescendant, le sourire totalement absent de ses lèvres non gercées, La Principe



