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09 août 2015

Silence radio

Bonjour à tous,

Pendant quelques lois, je n'ai rien écrit sur ce blog pour la simple raison que j'étais occupé à soigner une maladie très chiante qui demande des traitements assez lourds. Cela commence à aller mieux alors bientôt, je vais pouvoir remettre en ligne des billets concernant l'opéra ou tout autre sujet.

A bientôt donc. Et pour vous faire patienter, un grand Monsieur et une sublime chanson.

29 août 2013

Résurrection (si on peut dire)

Voilà plus de six mois que Porky le cochon avait disparu de la blogosphère, malgré quelques petites incursions de temps en temps, histoire de faire semblant de n’avoir pas oublié son blog.

Manque de temps ? Certes. Mais cette seule explication ne serait qu’un prétexte. Il est vrai que je n’ai pas vu passer les semaines et les mois, tant les obligations professionnelles m’ont occupé l’esprit et les mains. Cela dit, du temps, j’aurais toujours pu en trouver si je l’avais voulu.

En fait, ce qui m’est arrivé n’a rien de sensationnel et je crois que beaucoup de blogueurs sont un jour ou l’autre confrontés à ce problème : la lassitude, ou plus exactement, l’absence de motivation pour rédiger des billets. J’avais l’impression de ne plus avoir rien à dire, à raconter, à expliquer. L’idée même de devoir écrire un article devenait une corvée. Quand on en arrive à ce stade, le mieux est d’arrêter.

Pour changer, j’aurais pu, comme beaucoup, commenter l’actualité, m’indigner de tel ou tel scandale… J’avoue que cela ne m’intéresse pas. Je laisse cela à d’autres blogueurs beaucoup mieux qualifiés que moi et dont les convictions sont certainement moins chancelantes que les miennes.

Alors, j’allais arrêter définitivement ? A vrai dire, telle n’était pas mon intention. D’abord pour une raison très prosaïque : ayant déjà édité deux romans, un troisième se profilant à l’horizon, il me fallait conserver une plate-forme où faire ma pub (oui, je sais, c’est d’un odieux matérialisme –mais il m’arrive quelquefois d’avoir la tête sur les épaules) ; ensuite, parce que je savais que je n’avais pas épuisé, loin de là, la liste des chefs-d’œuvre lyriques à vous présenter. Ce n’était donc qu’un retrait momentané, destiné à prendre de la distance et à me sevrer d’une overdose.

J’ai donc volontairement oublié ce qui depuis 2007 avait été pour moi d’abord un plaisir, puis s’était peu à peu transformé en une obligation. Et cette prise de distance a été salutaire. Elle ne m’a pas permis de « réfléchir » sur l’avenir de mon blog –quelle « réflexion » pourrait-il bien y avoir à ce sujet ?- mais de faire le vide et de penser à autre chose.

Et puis, ce mois d’août tranquille et reposant a vu revenir l’envie de tenir à nouveau ce blog. Ne me demandez pas pourquoi, comment, cette envie a fait sa réapparition, je n’en sais rien. Mais me voilà de retour, et cette fois, je l’espère pour de bon.

Alléluia !!!

27 octobre 2009

Dame Anastasie n'est pas morte

censure1.jpg

Petit jeu, juste pour introduire le sujet. Qu'est-ce que les journalistes et les écrivains du 19ème siècle appelait de ce joli nom ?...

La guillotine ? Faux. C'était (même au 20ème) « la veuve ».

La syphilis ? Et puis quoi, encore ?

L'Impératrice des Français ? N'importe quoi !

C'était tout simplement la Censure.

Et Dame Anastasie, qu'on croyait enterrée définitivement, est sortie subrepticement de sa tombe et revient hanter le misérable monde dans lequel nous vivons.

On le sait déjà, me direz-vous. Et vous ne faites qu'enfoncer des portes ouvertes : qu'est-ce que le « politiquement correct » sinon un avatar de Dame Anastasie ?

Oui, oui, je suis d'accord. L'ennui, c'est que cette chère Anastasie vient de franchir les portes d'un endroit où elle ne devrait jamais avoir droit de cité, à savoir... l'école, ou plus exactement le lycée. Et Dame Anastasie s'est réincarnée dans des gens classe moyenne mais qui s'imaginent être classe supérieure, bêtes à manger du foin, incultes à un point difficilement imaginable et bardés de préjugés qui datent de... oh, plus que ça encore.

Notre bien aimée Zaza Blondina s'est heurtée en cette fin de moitié de trimestre à Anastasie au cours d'une rencontre parents / professeurs de seconde. Et votre serviteur a eu l'honneur de rencontrer la même Dame Anastasie dans une classe de BTS...

Zaza Blondina a commis un crime impardonnable aux yeux d'Anastasie : elle a osé faire étudier à des élèves de seconde le recueil de nouvelles La Ronde de JMG Le Clezio, prix Nobel de littérature...

Saviez-vous que c'est ni plus ni moins qu'un scandale ? Faire étudier Le Clezio relève de la pornographie (si, si, on croit rêver mais cela a été dit...) et c'est une incitation à la violence et cela risque de traumatiser les pauvres chéris à qui Zaza Blondina essaie de donner un minimum de culture. Et pour rendre son cas encore plus indéfendable, Zaza Blondina a osé poursuivre son étude avec la notion de « fait divers » afin de leur montrer que les plus grandes œuvres littéraires (Madame Bovary ou le Rouge et le Noir pour ne citer qu'eux) sont en fait tirés de faits divers de leur époque.

« C'est honteux ! » a déclaré Anastasie qui, pour la circonstance, avait pris la tronche (inénarrable) et le non cerveau (encore plus indescriptible) d'une connasse d'une des banlieues friquées de Lyon. On ne doit pas faire lire ça à des adolescents.

Mais pour que l'histoire soit complète, il faut savoir que l'intervention d'Anastasie se situe après celle de son compère Anastasien qui, lui, s'était servi du téléphone pour demander à Zaza Blondina d'arrêter le cours sur les faits divers parce que cela traumatisait son fils... Ah bon ?! vous exclamerez-vous. A ce point ? Mais pourquoi ? Parce qu'Anastasien occupe un poste important dans une entreprise qui a beaucoup fait parler d'elle il y a très peu de temps (pour des raisons fort peu glorieuses, tâchez de trouver le nom, peut-être que le nombre 25 vous mettra sur la piste...) et que son bambin risque de voir, sinon des nains partout, du moins des allusions au détour de chaque phrase.

N'est-ce pas merveilleux, tout ça ? Bientôt, ce seront les parents d'élève qui se mêleront de dire aux enseignants ce qu'ils doivent étudier en littérature. Comme la plupart d'entre eux en sont restés à Oui-Oui a une idée  (pas deux, ça risque d'être compromettant) et Martine à la plage, les listes de bac ne risquent pas d'être surchargées... Parce que, si on suit le raisonnement d'Anastasie et d'Anastasien, il ne faut plus lire de bouquins tels que Madame Bovary (ça peut donner de mauvaises idées), le Rouge et le Noir (scandaleux, ce type qui tire sur une innocente, et en pleine église, encore !) A la recherche du temps perdu (non mais attendez, là, vous avez vu les mœurs qu'il a, le Charlus ?), Thérèse Desqueyroux (une femme qui empoisonne son mari, c'est horrible !), sans parler bien sûr de Zola et de Germinal (par exemple) parce que, franchement, les scènes d'émeute des mineurs sont absolument épouvantables.

Et comme si cela ne suffisait pas, certains étudiants eux-mêmes se déguisent en Anastasie et se mettent à protester parce qu'on ose leur projeter des films « indécents » ! Quel film ? demanderez-vous en fronçant les sourcils. (Parce qu'on ne sait jamais...) Celui de Martin Scorcèse, After Hours dans le cadre de l'étude d'un thème portant sur l'univers urbain. Votre malheureux Porky ne pensait pas que la découverte du New-York nocturne et de sa faune un peu bizarre pouvait à ce point traumatiser deux jeunes étudiantes au demeurant fort sympathiques, mais qui sont sorties en plein milieu parce que vraiment, elles étaient « scandalisées, jamais elles n'avaient vu cela, des prostituées... C'était horrible. » (Je précise qu'il n'y a aucune prostituée dans le film, seulement des gens un peu paumés et un peu bizarres...)

Que voulez-vous faire face à ça ? Ou bien vous baissez les bras en vous disant qu'après tout, si on veut rendre les adolescents encore plus bêtes qu'ils ne sont et leur cacher la réalité du monde dans lequel ils vivent, cela ne regarde qu'eux et leurs parents. Ou bien vous continuez de faire ce que vous avez décidé de faire, sans tenir compte des avis d'Anastasie ; et il faut alors vous attendre à subir quelques avanies.

Non, Dame Anastasie n'est vraiment pas morte. La preuve : elle parle encore.

Mais nous ? Combien de temps nous reste-t-il avant d'avoir la bouche définitivement close ?....

11 octobre 2008

Katia Kabanova : réflexion sur les mises en scène

Honnêtement, j’ai un peu hésité avant de mettre cet « article » sur le blog. Non par crainte d’encourir les foudres de qui que ce soit mais je  risquais de me faire taxer une fois de plus de réactionnaire en ce qui concerne les mises en scène d’opéra… Et puis tant pis : si demander à ce que les théâtreux respectent les œuvres qu’ils montent, les servent au lieu de se servir d’elles, c’est être réactionnaire, alors je le suis et je l’affirme et je l’assume.

 

Il y a quelques années de cela, le festival de Salzbourg proposa une nouvelle production de Katia Kabanova ; production retransmise par Arte en direct. Merveilleux ! pensai-je. Déjà le label « festival de Salzbourg » ne pouvait être, dans mon esprit naïf, que synonyme de qualité. Et puis, l’œuvre de Janacek est si rarement montée qu’il ne fallait pas rater cette production. Me voilà donc installé devant le téléviseur, prêt à déguster note après note, cet opéra. J’avais –hélas pour moi- encore devant les yeux la superbe représentation de Glyndebourne de la même œuvre –celle dont vous avez des extraits dans les vidéos consacrées à cet opéra.

 

Ouverture du rideau. O grandissime surprise : la maison des Kabanov au bord de la Volga est devenue une façade de HLM de banlieue, avec cour carrée miteuse plantée de cactus dont la fraîcheur ne saute pas tout de suite aux yeux et flanquée en son milieu d’une mare –carrée elle aussi- dans laquelle végètent quatre centimètres d’eau pourrie.

 

Etonné, je vérifie quand même que je ne me suis pas trompé de chaîne et que je ne vais pas me farcir un reportage sur Sarcelles. Nenni. Je suis bien sur Arte, la preuve, j’entends sortir du téléviseur des sons mélodieux et c’est bien la musique de Janacek. Donc, je suis en direct de Salzbourg et ce décor est bien celui de l’opéra prévu.

 

Bon. Attendons l’entrée en scène des personnages. Attente relativement courte. Voilà tout à coup qu’un pan de la façade s’ouvre et qu’on découvre l’intérieur de l’appartement des Kabanov. Assise sur un lit déglingue, une grosse pouf à tailleur dont la jupe arrive à mi-cuisse remonte ses bas résilles. Elle a une tronche à faire peur. Lorsqu’elle a terminé son travail de relookage, elle se lève et arpente la pièce en roulant des hanches, du bassin, de la cuisse, des seins (énormes) tout ça un glapissant. Elle a tout de la mère maquerelle qui s’apprête à aller relever les compteurs. Ai-je vu juste ? Re-nenni. C’est tout simplement la Kabanikha. Bon… Voyons un peu le fils (Tikhon) : dans le genre délabré, on ne fait guère mieux. Surtout que la tenancière de maison close n’arrête pas de lui taper dessus pour un oui pour un non, tout ça en continuant d’effectuer de redoutables torsions du bassin. Et puis quand elle a fini de corriger le désobéissant, elle lui fourre ses nichons sur la figure, histoire de l’étouffer davantage. Seigneur, où avons-nous mis les pieds ?...

 

Arrive Katia. Grande blonde aux cheveux courts, vêtue d’une minijupe et d’un imperméable beige qu’elle ne quittera pas de toute la représentation, même au plus fort du duo d’amour avec Boris, duo qui a évidemment lieu dans la cour dégueulasse de l’immeuble, jonchée de débris divers, sans doute pour faire « réaliste ». Peut-être Katia est-elle aussi chaussée de bottes montantes, mais là, c’est sous réserves, ma mémoire refuse d’aller plus loin dans l’horreur.

 

Tout l’opéra va donc se dérouler dans ce décor sinistre, avec ces personnages glauques, au milieu des cactus pas frais et devant, ou à côté la mare stagnante qui –on le suppose- doit figurer la Volga. Quant à la Kabanikha, au cas où vous n’auriez pas compris que cette vieille salope se tape son fils et qu’elle se vautre dans l’inceste, d’où le fait qu’elle exècre Katia et la considère comme une rivale dont il faut désamorcer la séduction (alors là, aucun problème, vu la façon dont on a « arrangé » ladite Katia), on va demander à la vieille de multiplier les attitudes provocantes. Ce qu’elle fait, la sale carne !

 

Lorsque arrive l’acte III, vous vous demandez comment l’immonde chose responsable de ce désastre a mis en scène le suicide final de Katia. Elle ne va quand même pas plonger dans les cactus ? Se noyer dans la mare de quatre centimètres d’eau ??? Et ben si !  Après une scène d’adieu si consternante que les cactus finissent de crever, Katia s’approche de la mare (devenue flaque par on ne sait quel miracle) et se couche dedans. Vrai, pour claquer là-dedans, il faut vraiment en avoir envie ! Mais elle meurt quand même (vivent les conventions de l’opéra) et le rideau se ferme.

 

Et bien sûr, le public, conquis, éclate en applaudissements et fait une ovation à la troupe de branquignols qui a mis deux heures à assassiner une œuvre un million de fois plus grande qu’elle. Que faites-vous alors ? Vous avez le choix entre éteindre le téléviseur et aller vomir, ou casser « l’étrange lucarne » pour lui apprendre à retransmettre de telles abominations. Mais au fond, vous ne faites rien. Vous restez abasourdi, stupéfait, écoeuré. Et terrifié. Parce que vous venez de comprendre que vous faites partie de ces gens masochistes qui subissent le supplice pendant deux heures au lieu de vite changer de chaîne et qu’au fond, c’est vrai que « ça fait du bien quand ça s’arrête ». Pourquoi avoir regardé jusqu’au bout ? Parce que l’imbécillité, la connerie, le mauvais goût, la prétention sont certes d’excellents répulsifs, mais qu’ils ont aussi un redoutable pouvoir de fascination. Comment peut-on se permettre d’aller aussi loin dans la destruction ? Et quelle sera la prochaine étape dans cette entreprise de démolition ? Ce crescendo dans le nauséeux vous révulse et en même temps vous attire. Est-ce pour cela que le public de Salzbourg n’a pas abandonné la partie en cours de route ? Peut-être. Mais plus sûrement parce qu’il est venu là pour se montrer, que la salle est garnie du sol au plafond de snobinards qui vont s’extasier sur la « nouveauté » et la « modernité », le « renouvellement salutaire », le « dépoussiérage » de cette mise en scène. Ce sont ces termes qu’utilisent tous ceux qui ont décidé de massacrer des œuvres qui les dépassent totalement.

 

Pauvre Janacek, pauvre Katia. Et pauvre culture tchèque. Elle ne mérite pas un pareil non sens. Et on se demande où le metteur en scène est allé chercher ces « trouvailles ». Gageons qu’il a la cervelle farcie de théories « analytiques » qui oublient simplement qu’une œuvre, qu’elle soit littéraire ou musicale, est avant tout le reflet de son époque et d’un état d’esprit et qu’en voulant à tout prix lui appliquer une grille moderne d’interprétation sans prendre quelques précautions élémentaires, on risque de courir au contresens. Qu’on renouvelle les mises en scène, oui, bien sûr. Mais ne peut-on pas le faire intelligemment, en respectant l’esprit de l’œuvre et surtout en essayant de faire de la qualité avant de vouloir en mettre plein la vue au spectateur ? Les plus grands festivals ne sont plus à l’abri de la médiocrité ambiante : il y a deux ou trois ans, à Orange, Savary (bien davantage « metteur en spectacle » que metteur en scène) sabotait Les Contes d’Hoffmann, transformant l’opéra en un gigantesque Disneyland auquel ne manquait plus que les Mickey et Donald de service ; cette année, ce fut Faust avec le très médiatique Roberto Alagna, redoutable cabotin et assez ridicule dans son numéro « je suis proche du public. »

 

J’avoue ne pas être très optimiste quant au devenir de la culture lyrique. Déjà qu’elle était taxée de « culture pour privilégiés… » Mais ce n’est pas en présentant ce genre de manifestations qu’on réconciliera le grand public avec l’art lyrique. Tout au plus lui mettra-t-on dans la tête qu’il s’agit d’un « spectacle » comme un autre. Désolé, mais ce n’est pas le cas.

 

 

23 septembre 2008

Dictionnaire post-philosophique : article "le blogger"

Extrait d’un article paru dans le quotidien Le matin de Sirius et signé d’un certain Micromégas.

 

« L’espèce étrange qui peuple la planète dont nous avons longuement parlé dans les articles précédents se divise notamment en deux catégories : les bloggers (ou blogueurs, ou blogers, voire blagueurs) et les autres. C’est cette première catégorie qui retiendra aujourd’hui notre attention.

 

« Déjà, une première remarque s’impose : les différentes façons d’orthographier le mot désignant ces êtres humains est un indice fondamental de la difficulté à cerner réellement qui sont, sur le plan de la personnalité – voire de l’utilité-  ces fameux bloggers.

 

« Ce sont des gens qui s’expriment : c’est leur particularité essentielle. Le support qu’ils utilisent pour « s’exprimer » est une machine totalement dépassée et obsolète dans notre monde et qu’ils nomment pompeusement « computer » ou « ordinateur » -tout dépend de la langue dans laquelle ils « s’expriment ».

 

« Le verbe « bloguer » et les expressions « tenir un blog », « faire un blog », « remplir un blog », « se répandre sur un blog », « blablater sur un blog » désignent l’action de « s’exprimer ». Quant au « blog » lui-même sur lequel ils « s’expriment », c’est une chose abstraite qui prend forme sur la lucarne du « computer » quand vous avez tripoté pendant dix minutes un nombre incalculable de « touches » collées sur un « clavier ». Le blogger est donc assis devant son « computer » et tape sur le « clavier » ce qui lui permet –ô magie technique- de faire apparaître sur sa lucarne les mots qu’il a laborieusement choisis dans son cerveau en pleine ébullition puisqu’il lui faut à la fois réfléchir au contenu, au contenant, à la forme, à l’orthographe, à la syntaxe de ses phrases, tour de passe-passe inouï que tous les bloggers, hélas, ne réussissent pas à chaque tentative.

 

« Vous l’aurez compris, chers lecteurs : en définitive, le blog n’est rien d’autre qu’une plate-forme électronique pour éjection de déjections mentales.

 

« Voyons maintenant qui sont les « bloggers » : nous en avons rencontré quelques uns et surtout, nous avons passé deux mois, lors de notre séjour dans ce monde délirant, à « surfer » (1) sur les blogs.

 

« Avant tout, le blogger est quelqu’un qui a des convictions fondamentales :

 

1) Il est sûr d’avoir quelque chose à dire ;

2) Il est encore plus sûr que ça va intéresser les autres.

3) Il est plus que convaincu que son opinion vaut la peine d’être connue et partagée.

4) Il est persuadé que personne ne peut passer une bonne journée sans être allé faire un tour sur son blog.

 

« Fort de ses convictions, le blogger énonce péremptoirement son avis sur tous les sujets possibles et imaginables. Comme tous les bloggers n’ont pas forcément les mêmes névroses intérêts, il est évident que la « blogosphère » (2) présente une variété de blogs assez extraordinaire. Nous n’en citerons que quelques catégories :

 

- Blogs politiques : chacun y va de ses arguments pour démolir le camp adverse et chanter ses propres louanges. On peut y trouver des renseignements intéressants sur le délire des terriens.

 

- Blogs personnels à visée familiale : pour les inconditionnels de la vie privée d’autrui. Voyeurisme et exhibitionnisme garantis, pipi-caca-bobo du dernier et j’en passe. En tant que Sirien, j’ai appris de fort nombreuses choses sur l’espèce humaine.

 

- Blogs personnels à visée intellectuelle et culturelle : très nombreux, très sérieux, très ennuyeux (parfois). Où l’on comprend en lisant la prose de ces malheureux que, finalement, être un terrien humain n’est pas rose tous les jours.

 

- Blogs personnels à visée humoristique et satirique : les pires parce que certains trouvent encore le moyen de parler d’eux-mêmes en travestissant leur égocentrisme sous des formes d’humour plus ou moins réussies : par exemple, un blogger faisant un article sur les manies des bloggers dissimule le plaisir qu’il prend à « s’exprimer » derrière une façade très critique : on n’est pas plus faux cul.

 

« Mais où est l’intérêt, me direz-vous, de donner son opinion sur tout et sur rien quand personne ne peut vous répondre ou vous complimenter sur la sagacité de vos réflexions ? C’est pour cela que le « blog » comprend une catégorie nommée « commentaires » : ainsi, le lecteur peut-il « exprimer » son sentiment sur l’article que vous venez d’écrire. On voit tout de suite l’intérêt de la chose : se met en place un « réseau » de bloggers qui échangent leur point de vue alors qu’ils ne se connaissent pas, ne savent pas qui ils sont, ne se sont jamais vus. Les terriens s’extasient sur cette merveilleuse façon de « communiquer » avec son prochain (ou son lointain, quand les correspondants habitent à trois cents kilomètres l’un de l’autre.) Détail amusant : la plupart n’adressent jamais la parole à leur voisin de palier et ignorent même leur nom.

 

« En fait, le blogger est, au fond, une victime de sa société et même de sa nature : il vit sans cesse dans la peur, celle de ne pas exister. Ces quelques lignes écrites parfois à la hâte, entre deux travaux domestiques ou autres, sont une façon pour lui d’être sûr que les autres, même peu nombreux, le verront et l’entendront. Le blogger résume à lui seul la tragédie de l’espèce humaine : la lutte incessante contre la solitude, la vraie, celle qu’il veut oublier, ou plutôt conjurer, en tapant quelques phrases sur son « clavier ». La preuve : avec quelle avidité se jette-t-il chaque jour sur les fameuses « statistiques » prouvant que sa voix a été entendue, ne serait-ce que par un seul de ses congénères…

« Mais, chers lecteurs, je dois vous faire une confidence, pour achever cet article sur une note moins sombre : pendant mon séjour chez ces étranges bipèdes, je me suis amusé à « tenir un blog ». Et bien j’ai adoré. C’est vrai. C’est si bon de pouvoir « s’exprimer »…  

 

Parlez-moi d’moi, y a que ça qui m’intéresse… » (3)

 

 

(1) Surfer : sauter de blog en blog. Exercice physique pénible (il faut appuyer sur la touche de la « souris » avec un doigt) qui trouve son origine dans un autre sport qui, lui, consiste à rester debout sur une planche à laver en haut d’une vague, puis de passer sur une autre vague, etc. Génial, tout simplement.

(2) Nom donné à l’ensemble des blogs. Ce nom sous-entend la notion de monde. Les bloggers feraient donc partie d’un monde dans leur monde au milieu du monde. On prend mal à la tête.

(3) Très jolie chanson chantée par une ex très jolie terrienne, devenue absolument atroce.

28 juin 2008

Germaine Beaumont

 DU COTE D’OU VIENDRA LE JOUR

 Numériser0003.jpg 

Germaine Beaumont : voilà un nom qui ne vous dit peut-être rien, ou pas grand-chose. Pour les plus âgés d’entre nous, peut-être est-ce un vague rappel de la TSF d’autrefois, quand, le mardi soir, dans les années 50 et 60, passait une émission intitulée Les Maîtres du mystère, signée Germaine Beaumont…

Je l’avoue humblement : seul ce souvenir d’elle me restait. J’ignorais qu’elle avait écrit des romans, des nouvelles, qu’elle avait été journaliste, avait fréquenté les salons littéraires parisiens dans l’entre-deux guerres et après la seconde guerre mondiale, que sa carrière s’était poursuivie jusque dans les années 80, 1981 plus exactement, année de la parution de son dernier roman Une odeur de trèfle blanc. J’ignorais qu’elle avait été une lectrice passionnée des sœurs Brontë, de Virginia Woolf, qu’elle avait acquis ses galons de journaliste au Matin, sous la férule impitoyable de la grande Colette elle-même. J’ignorais enfin que j’allais un jour découvrir son univers, m’y plonger avec délices et en ressortir ébloui, et peut-être plus vraiment le même qu’auparavant.

Une partie de son œuvre vient d’être rééditée dans la collection Omnibus, en deux volumes : le premier s’intitule Des Maisons, des mystères et regroupe trois romans : La Harpe irlandaise, Les Clefs et Agnès de rien. Le second volume a pour titre général Des familles, des secrets : il contient deux romans, Du côté d’où viendra le jour (titre magnifique à mon humble avis) et La Roue d’infortune ainsi qu’un recueil de nouvelles, L’Enfant du lendemain.

Colette définissait les trois romans contenus dans le premier volume comme « des romans policiers sans police ». En fait, il s’agit plutôt de « romans de famille », dans lesquels les femmes tiennent le premier rôle. Secrets hideux à découvrir, squelettes dans les placards, drames du passé, soigneusement enfouis dans les mémoires et qui ressurgissent à la faveur d’un présent que les héroïnes  subissent plus qu’elles ne maîtrisent… Il suffit de trois fois rien pour que l’ordre des choses soit bouleversé : Une sorte de « vision » perçue par Laura dans La Harpe irlandaise ; l’allure énigmatique et détachée du monde de Frédérique dans Les Clefs ainsi que son étrange faculté à voir dans l'obscurité ; la faiblesse et la naïveté d’Agnès dans Agnès de Rien. Dans chaque roman, ce sont les pierres, les meubles, les jardins, les maisons qui chuchotent, témoins, gardiens de ces tragédies enfouies. Face à ces femmes solitaires, il y a les autres, les mesquins, les petits, les envieux : tout un monde d'étroitesse et de cupidité qui s'acharne à les empêcher de trouver la lumière.

La force des romans de Germaine Beaumont, ce n’est pas seulement l’intrigue, qui souvent passe au second plan : c’est la description des lieux, toujours liés d’une façon ou d’une autre au destin des héroïnes, c’est l’atmosphère délétère, voire maléfique, qui plane sur les maisons ; c’est la lente et prodigieuse descente au fond de l’âme humaine et plus précisément de l’âme féminine, c’est l’observation minutieuse de tous ces petits riens qui composent les grands drames. A ce titre, Du côté d’où viendra le jour, s’il n’est pas le roman le plus représentatif du talent de Germaine Beaumont, est sans aucun doute celui qui vous hante le plus longtemps.

Ce roman est compris dans le second volume, Des familles, des secrets : cette fois, il n’y a plus de « roman policier » qui tienne. Plus d’énigmes à résoudre, de drames oubliés à découvrir. Ce sont des histoires simples, celles de femmes d’un autre temps, d’une autre époque, ensevelies dans le silence et l’obéissance à leur famille, écrasées par un milieu qui les retient prisonnières, tant physiquement que moralement. Elles essaient de trouver tant bien que mal un remède à leurs maux : ce sera la révélation divine pour Armande dans Du côté d’où viendra le jour et le meurtre, puis le rachat par la mort pour Nellie dans La Roue d’infortune.

Du côté d’où viendra le jour ouvre ce volume et le titre ne prend sa signification qu’à la dernière ligne du roman. Voici ce qu’en dit Hélène Fau, qui a signé la postface du second tome :

« Le premier de ces textes, Du côté d'où viendra le jour a été écrit pendant la guerre, en 1941, et publié l'année suivante. Il porte en lui l'écho des inquiétudes et des doutes de son auteur, perméable à l'air de son temps mais constitue aussi une expérience créatrice inédite dont Germaine Beaumont conservera longtemps Ie souvenir doux-amer. Alors qu'elle est lancée dans la rédaction de ce huitième roman, elle doit subitement s'arrêter, en proie à une véritable crise d’inspiration. « Le livre se fermait devant moi, sans horizon et sans issue ; les personnages s'estompaient dans cette brume que connaissent la plupart des écrivains ; cette subite absence de vie et de chaleur me fit perdre le don de création.» Mais il faut bien vivre : elle s'interrompt pour honorer une commande du journal Le Temps. Ce sera Agnès de rien, rédigé d'un trait, qui connaîtra le succès lors de sa parution chez Plon en 1943. Puis elle reprend Du côté d'où viendra le jour et parvient à le mener à son terme, non sans difficulté.

« C'est de tous mes livres celui qui s'est le moins vendu et dont on m'a le moins parlé », regrette Germaine Beaumont qui lui voue pourtant l'attache­ment secret d'une mère à son enfant le plus fragile. […] L'ouvrage est précédé d'une préface dans laquelle l'auteur expose, non sans un certain art de la dramaturgie, les difficultés et le mystère qui entourent les circonstances de sa conception, lequel mystère prend les traits d'une inconnue fantomatique croisée au hasard des rues de Paris. Cette passante, à laquelle est dédié Du côté d'où viendra le jour, c'est Armande Armand-Louvesne dont le nom et l'allure annoncent l'opulence un peu ternie d'un autre siècle.

« Sans doute ai-je touché à des problèmes qui n'inté­ressent que moi », confie Germaine Beaumont avec sagesse dix ans plus tard. Ce roman se distingue en effet de l'ensemble de sa production littéraire notam­ment par les thèmes qu'elle y aborde, la charité et le miracle de la grâce, et qui le colorent d'une nuance mystique particulière. Cet aspect n'échappe pas aux critiques de l'époque. On est loin des « ironies moqueuses, bouffonnes même, auxquelles ses autres livres nous ont habitués », commente l’un d’eux. […] Les éloges de Colette vont également dans ce sens. « Bougresse, tu m'as bien eue », s'indigne l'illustre occupante du Palais Royal. C'est qu'elle a été prévenue de la parution du livre par son voisin Cocteau, avec qui elle se rend chez Stock pour s'en procurer un exemplaire. « Mon enfant, comme tu montes droit. Comme tu te sers de ces grandes choses, auxquelles j'ose à peine toucher, et encore en me tortillant d'un air gêné», écrit-t-elle à Germaine à qui elle avoue ses larmes «de lecteur dur à lui-même» pour la prière de la fin. Cette prière force du reste l'admiration d'une autre plume illustre, François Mauriac, dont Germaine Beaumont s'approche ici par la subtilité de l'analyse psycholo­gique et surtout par la tension que provoque l'enjeu religieux chez ses personnages. »

De Nellie, l’héroïne de La Roue d’infortune, on serait tenté de faire une seconde Thérèse Desqueyroux : ce sont toutes deux des empoisonneuses. Mais leur ressemblance s’arrête là. Nellie n’est pas le « monstre » que dépeint Mauriac, ses motifs ne sont pas les mêmes que ceux de Thérèse. Certes, toutes deux étouffent dans leur milieu, toutes deux subissent leur destin ; c’est l’amour, cependant, qui guide la main de Nellie, l’amour passion pour un autre homme que son mari, un homme qui, d’ailleurs, se révélera être un menteur et un manipulateur. Thérèse n’agit nullement par amour ; il n’y a en elle et autour d’elle qu’un immense vide, et ce n’est que dans les dernières pages de La fin de la nuit que lui viendra la grâce. Si Nellie commet l’irréparable, c’est qu’elle espère échapper au pire. Dans sa longue introspection, Thérèse ne parvient pas à trouver le motif exact de son acte alors que Nellie est tout à fait consciente de ce qu’elle fait et surtout des raisons pour lesquelles elle le fait. Et qu’est le pire, pour Nellie ? C’est le mariage, qui permet aux jeunes filles d’échapper, comme le dit Mauriac, aux « barreaux vivants d’une famille » mais ouvre une autre prison, pas plus épanouissante que la précédente. Luxe, bijoux, soirées, sortie, considération sociale se payent et c’est ce que devine Nellie : « A mesure que les jours passaient […] une croissante angoisse dénaturait ma joie ». Alors quand surgit l’amour, le vrai, de quoi ne devient-on pas capable pour le vivre pleinement ?

Laissons le mot de la fin à Germaine Beaumont elle-même. A la question posée par une journaliste en 1975 et qui peut se résumer en une courte phrase : « pourquoi vos héroïnes sont-elles toutes des victimes ? », la romancière répondit : « Parce qu’elles souffrent davantage, étant à la fois plus vulnérables et plus dures que les hommes. Parce que la plupart d’entre elles ne disposent pas encore d’échappatoires. »

Mesdames, qu’en pensez-vous ?...

 

 

PS : Je doute cependant que notre époque, totalement dénuée de la plus petite spiritualité, soit capable d'apprécier ce genre de littérature...