30.12.2007

J'attends un cochon - deuxième entretien

Salut, revoilà les cochons. Il y avait longtemps qu'ils n'étaient pas venus envahir notre espace... ILs sont d'ailleurs bien décidés à s'incruster et à nous offrir de nous-mêmes un reflet certes peu flatteur, mais ô combien exact...

Voici donc le deuxième extrait de ce best-seller porcin qu'est J'attends un cochon. Dans le monde des cochons, ses deux auteurs, empereurs des évidences, sont multimilliardaires...

J 'ATTENDS UN COCHON

DEUXIEME ENTRETIEN 

LA VIE QUOTIDIENNE PENDANT LA GESTATION

Porky : Chère Porca, merci de m’accorder ce deuxième entretien qui va porter cette fois sur les ennuis rencontrés par nos cochonnes dans leur vie quotidienne et sur leurs obligations.

Porca da Spina : Les ennuis, certes. Les obligations, je ne cerne pas très bien ce que cela  peut être.

Porky : Nous allons y arriver. Une cochonne peut-elle continuer à travailler tout en étant grosse ?

Porca da Spina : Je ne vois pas où serait l’impossibilité. Dans la mesure où tout se passe bien, où nous n’avons pas affaire à une fainéante dissimulée sous les traits d’une angoissée ou à une réelle angoissée chronique et pathologique, une cochonne peut tout à fait continuer à travailler jusqu’au moment de son congé légal.

Porky : Vous avez dit « dans la mesure où tout se passe bien » : cela signifie qu’il peut y avoir des problèmes ?

Porca da Spina : Naturellement. Mais ils sont rares. Une cochonne en bonne santé avec une constitution normale n’a pas à s’inquiéter pour la suite des événements. C’est le cas des trois quarts de notre population femelle. Dans la mesure où le corps de la cochonne est naturellement destiné à porter des porcelets, franchement, pourquoi voulez-vous qu’il arrive des ennuis ? Ce n’est pas la peine de crier au loup avant d’en avoir vu la queue –si j’ose dire. (Rires.) Par contre, oui, dans certains cas qui relèvent du traitement médical, il faut faire davantage attention. Mais c’est loin d’être la majorité. Je suis la première à reconnaître qu’une portée en gestation fatigue. De là toutefois à jouer les agonisantes, non. Et c’est justement là que se situe le gros problème, voyez-vous, Porky : nous vivons dans une époque où le fait d’être grosse est quasiment assimilé à une maladie qu’il faut soigner. Tout a été médicalisé, y compris ce qui relève de la seule nature, à savoir la reproduction. Comment voulez-vous après ça que nos cochonnes ne soient pas complètement détraquées ?

Porky : Il y a effectivement beaucoup de vrai dans ce que vous dites. Les cochonnes semblent de plus en plus fragiles et incapables de mener à bien leur grossesse sans avoir pléthore de spécialistes autour d’elles.

Porca da Spina : Vous avez employé le mot juste : « semblent ». En réalité, elles ne sont pas plus fragiles que leurs aïeules mais elles s’écoutent bien davantage. Il est possible, hélas, qu’elles soient devenues aussi plus idiotes que les générations précédentes. Ce qui tendrait à montrer que l’espèce ne s’améliore pas en évoluant. Les civilisations humaines l’avaient déjà prouvé.

Porky : Abordons maintenant, si vous le voulez bien, le problème des différents excitants comme l’alcool, la cigarette… Qu’en est-il, au juste, à ce sujet ?

Porca da Spina : Nous nous trouvons face à deux écoles : l’Ecole Officielle, avec un règlement édicté par les différents « spécialistes » qui vous démontrent, preuves à l’appui, qu’il faut renoncer à tout excitant, et puis l’Ecole disons « Libre » qui, elle, vous affirme qu’à condition de ne pas exagérer, vous pouvez parfaitement continuer à boire et à fumer sans pour autant mettre la vie de vos porcelets en danger.

Porky : A votre avis, laquelle des deux est dans le vrai ?

Porca da Spina : Tout dépend de quel point de vue vous vous placez. Prenons celui de l’Ecole Officielle : cette dernière est constituée d’individus ayant passé une partie de leur jeunesse à souffrir sur des bancs d’amphithéâtre pour atteindre leur objectif ; forcément, il faut bien que ce qu’ils ont appris serve à quelque chose, sinon, où serait l’intérêt de faire des études ? Ils sont donc persuadés, au nom de la Connaissance , de détenir la vérité. Et la vérité, dans leur cas, c’est : alcool et cigarettes sont dangereux pour les porcelets.

Porky : Cela a été scientifiquement démontré, je crois ?

Porca da Spina : Tout à fait. Comme il avait été scientifiquement démontré par nos prédécesseurs que la terre était plate et qu’il leur a fallu un bon nombre de siècles pour s’apercevoir qu’ils s’étaient trompés. Cela dit, je peux vous affirmer –et je parle par expérience personnelle- que cette démonstration vise davantage à placer les cochonnes dans une norme de comportement qu’à protéger les futurs porcelets.

Porky : Comment pouvez-vous dire cela ?

Porca da Spina : J’exagère un peu. L’Ecole Officielle se soucie probablement sincèrement de la santé des embryons. Mais qu’il y ait là une volonté –plus ou moins consciente- de normaliser nos cochonnes, j’en suis persuadée. Voyez-vous, j’ai moi-même eu deux portées de cinq cochonnets chacune. Je n’ai jamais, pendant ma grossesse, cessé de boire quelques apéritifs et de griller mes cigarettes quotidiennes. Or, mes porcelets sont fort bien constitués, n’ont aucune déficience, qu’elle soit mentale ou physique. D’après les règles de l’Ecole Officielle, j’aurais dû mettre au monde non pas des cochonnets mais des jambons fumés. C’est raté.

Porky : Mais vous aviez sans doute réduit votre consommation…

Porca da Spina : Vous rigolez ? Je n’ai rien changé à mes habitudes. Il faut dire que c’était à l’époque où on vous fichait encore la paix et où on ne vous prenait pas pour une débile rédhibitoire. Non, en fait, nous revenons au problème évoqué tout à l’heure : la médicalisation excessive de tous nos faits et gestes, sous le prétexte de responsabiliser les cochons. Je ne vois pas en quoi les générations précédentes de cochonnes étaient moins responsables que celles d’aujourd’hui. Mais par contre, je cerne mieux la notion d’obligation que vous avez évoquée tout à l’heure. Il est évident que si vous ne voulez pas passer pour une mauvaise cochonne, irresponsable et scandaleuse, vous avez intérêt à vous conformer aux bienséances actuelles.

Porky : Vous ne pouvez pas nier, Porca, que les conditions de vie étaient différentes, autrefois.

Porca da Spina : Je ne le nie pas. Et je ne condamne pas les avancées de la société porcine. Je dis simplement que nous tombons dans l’excès et que c’est fort préjudiciable à notre équilibre mental et plus simplement à notre vie quotidienne. Ce n’est pas parce qu’une cochonne attend des porcelets qu’elle doit rentrer au cochocarmel et s’interdire tout plaisir, quel qu’il soit.

Porky : Et les relations sexuelles, justement ? Une cochonne peut-elle encore en avoir en étant grosse ?

Porca da Spina : Cette question, fort courante chez les cochonnes que nous rencontrons au cochôpital, révèle une consternante ignorance de l’anatomie porcine. Je dis bien « consternante » car comment voulez-vous raisonner sainement lorsque vous ne connaissez pas le fonctionnement basique de votre propre corps ? Les embryons ne risquent absolument rien. Simplement, vous évitez les positions acrobatiques. Maintenant, il faut évidemment que notre cochonne en ait envie. Il arrive parfois que la libido disparaisse, le temps de la gestation. Mais elle revient sitôt l’accouchement terminé.

Porky : Le verrat doit donc parfois se serrer la ceinture ?

Porca da Spina : Il ne va pas en mourir. Au pire, il se branle et on n’en parle plus. (Rires.)

Porky : Evoquons l’alimentation : doit-elle être changée ou non ?

Porca da Spina : En quantité ou en qualité ?

Porky : Les deux.

Porca da Spina : En ce qui concerne la quantité, il n’y a pas de règle : c’est l’organisme de la cochonne qui réclamera de la nourriture en plus ou au contraire la dissuadera de trop manger. Encore une fois, point n’est besoin d’avoir recours aux conseils de nutritionnistes à la gomme, écoutez votre corps et faites-lui confiance. Quant à la qualité, il est évident qu’on évitera les trucs dégueulasses, mais ça, logiquement, il n’y a pas besoin d’être grosse pour le faire.

Porky : Au final, on ne change rien ?

Porca da Spina : Non. Comme je l’ai déjà dit, quand on a autre chose qu’un pois chiche dans la tête, on n’a pas attendu d’être grosse pour ne pas manger ce qui vous fait du mal.  Cela suppose évidemment de savoir se servir de ses neurones.

Porky : Je suis désolé d’insister, mais on parle beaucoup, dans les milieux médicaux, de l’importance des menus équilibrés pendant la gestation.

Porca da Spina : Ce qui signifie que les cochons mangent d’habitude n’importe quoi, ce qui n’est pas faux.  Evidemment, il faut des menus équilibrés, dans la mesure où les porcelets tirent leur nourriture de celle de leur mère. Franchement, Porky, ne trouvez-vous pas que cette question relève de la stupidité la plus crasse et de l’ignorance la plus totale ?

Porky : Elle est pourtant très souvent posée…

Porca da Spina : Ca en dit long sur le niveau…  Et ça en dit long aussi sur la propension de nos « spécialistes » à considérer les cochons comme des imbéciles. Ou comme des porcelets qu’il faut protéger d’eux-mêmes.

Porky : Y a-t-il des aliments à éviter ?

Porca da Spina : Non. Aucun aliment en soi n’est dangereux ou néfaste s’il est pris en quantité raisonnable, voilà tout. On évitera bien sûr d’ingurgiter des amanites phalloïdes mais cela aussi, ça relève de l’évidence.

Porky : Dernière question : peut-on faire du sport et voyager lorsque l’on est grosse ?

Porca da Spina : Jusqu’à preuve du contraire, une grossesse ne vous rend pas cul-de-jatte. Donc, vous pouvez parfaitement voyager et faire du sport. Cela dit, il est clair qu’avec une portée dans le ventre, vous ne risquez  pas de faire des exploits et de pulvériser le record du monde de course à pattes. Marchez tranquillement, à votre rythme ; faites un peu de natation, c’est très bon pour les muscles. Evitez le saut en cochoparachute ou à l’élastique et ne faites pas l’ascension de l’Everest. Pour le reste, ma foi, si votre constitution est normale, la cochomobile, le cochotrain ou le cochavion ne vont pas vous faire accoucher prématurément.

Porky : Si nous résumons en une phrase cet entretien, nous pouvons dire que la vie quotidienne d’une cochonne grosse n’est pas tant modifiée que cela.

Porca da Spina : Non. Sinon dans les limites qu’imposent les transformations du corps, c’est tout. Le reste, c’est dans la tête que ça se passe. Et quand la tête fonctionne normalement, il n’y a aucun besoin de guide quelconque.

Porky : Merci beaucoup. A bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01.08.2007

J'attends un cochon : conseils en psychologie porcine

Dans la civilisation Porcine, il y a aussi des cochons qui se posent de graves questions au sujet de leurs porcelets chéris. Voici donc un extrait d'un ouvrage intitulé J'attends un cochon rédigé par deux éminents spécialistes de la chose. Vous verrez que finalement, cochon ou humain, nous avons tous les mêmes préoccupations.

Commençons par la préface de cet ouvrage puis feuilletons ensemble ce livre admirable, Bible s'il en est de tous les futurs parents cochons.

 

J’ATTENDS  UN  COCHON 

 PREFACE

La civilisation porcine se distinguait autrefois de la civilisation humaine par sa propension à faire confiance au bon sens et à l’intelligence de ses membres.

« Autrefois », avons-nous dit.

Car, hélas, nous avons constaté un sévère relâchement dans l’utilisation des neurones que nos prédécesseurs ont si gentiment implantés dans le cerveau de nos ancêtres.

De plus en plus de cochonnes se posent des questions au sujet de leurs futures portées, questions le plus souvent inutiles et frôlant l’idiotie, voire la pathologie, mais suffisamment taraudantes pour enquiquiner une grande partie de la société cochonne. (Rassurons tout de suite les ligues de défense des cochonnes : les verrats sont tout aussi atteints dans ce domaine, sinon plus.

C’est pourquoi, avec le concours de mon illustre consoeur, Porca Da Spina, grande diseuse d’évidences et spécialiste en Gestation Porcine, j’ai décidé d’écrire ce guide pour répondre aux lancinantes interrogations des cochonnes, lesquelles ont tout simplement oublié que leurs aïeules avaient elles aussi eu des portées et n’en avaient pas pris pour autant ces crises d’angoisse qui sont le lot de tant de nos parturientes.

On m’objectera que notre société a heureusement fait de considérables progrès dans la connaissance du porcelet et dans la relation que ce dernier doit avoir avec ses parents et que nous n’en sommes plus au temps où les cochonnes accouchaient sans savoir ce qui allait arriver ensuite. Elles ont besoin d’aide et de conseils, car « le porcelet doit être au centre du monde cochon ». Oui. Si le terme « progrès » s’apparente à la perte totale de la faculté de raisonner, alors effectivement, on peut parler de « progrès ». Il nous a semblé plus facile, et plus « amusant », de rédiger ce manuel sous forme d’entretiens. Chaque chapitre correspondra à un problème auquel se verra peut-être confrontée la future mère cochonne. Si elle doute de ses facultés cérébrales, elle pourra toujours ouvrir ce manuel et chercher la solution à son « problème ». Nous espérons cependant pour elle et pour l’avenir de l’espèce porcine qu’elle n’aura pas besoin de ce guide stupide, censé mettre les points sur les i, mais compliquant à loisir les choses les plus simples et transformant les relations porcines en un véritable enfer.

 

Mais comme le dit si bien Porca da Spina, « pendant que ces cons décervelés achètent mon livre, moi je me fais du lard sur leur dos et mon compte en banque prend des rondeurs aussi agréables que celle d’une cochonne grosse. »

Ce livre ayant eu un succès foudroyant (vous avez en main la cinquième édition), nous avons ensuite édité J’élève mon cochon, autre guide à l’usage de parents cochons dépassés par les événements et revenus eux-mêmes à l’état de porcelets en ce qui concerne le développement et l’utilisation de leur intelligence. Ils y trouvent d’autres conseils, toujours d’une consternante évidence ; mais lesdites évidences, visiblement, ne sont pas parvenues à leur destination finale, à savoir la cervelle de nos bienheureux géniteurs. Nous préparons actuellement Mon cochon est un surdoué, livre destiné lui aussi à apaiser la panique qui se répand dans toutes les couches de la société cochonne et qu’on peut définir en une phrase : et si mon porcelet était plus intelligent que moi ? (Variante : et si mon porcelet était plus intelligent que ses petits copains ?)

 

Bonne lecture à toutes et à tous. Nous, nous allons nous payer des vacances de rêve avec votre fric.

 

Porky et Porca da Spina.

 

 

PREMIER ENTRETIEN :

APRES LA COPULATION ET AVANT  L’ACCOUCHEMENT

 

Porky : Chère Porca da Spina, commençons par le commencement, voulez-vous ? Comment une cochonne peut-elle être certaine d’être grosse ? Y a-t-il des signes prémonitoires ?

 

Porca da Spina : Votre question met le doigt sur un problème majeur en ce qui concerne la découverte, pour une cochonne, de sa future maternité. Autant dire les choses crûment : il n’existe pour l’instant aucun moyen de savoir cinq minutes après la copulation si on est grosse. Il faut attendre un certain temps.

 

Porky : Ah bon ? Les signes, s’il y en a, ne se révèlent pas immédiatement ?

 

Porca da Spina : Non. De nombreuses études ont été consacrées à ce problème, mais aucune solution satisfaisante n’a été trouvée. Les cochonnes futures mères doivent donc supporter cette attente –terrible, je l’admets volontiers- avant de savoir avec certitude si leur verrat a joui pour des nèfles ou non.

 

Porky : Au bout de combien de temps peut-on donc être sûre d’être grosse ?

 

Porca da Spina : Et bien, la gestation porcine étant d’un peu plus de trois mois, quelques semaines de patience sont nécessaires, disons deux pour être rassurante. En fait, tout dépend de la constitution de la cochonne. Chez certaines, les flancs s’arrondissent très vite. Chez d’autres, au contraire, il faut attendre le milieu du deuxième mois pour voir apparaître un gonflement abdominal suspect.

 

Porky : Ne peut-on pas confondre ce gonflement abdominal avec une surcharge pondérale due à l’ingestion insensée de choses qui font grossir ?

 

Porca da Spina : Bien entendu. D’où les amusantes erreurs dont le personnel des services de maternité des hôpitaux est parfois le témoin. Il faut cependant savoir que les mamelles des cochonnes se développent également.

 

Porky : C’est vrai. C’est d’ailleurs fort agréable de… Bref, passons. Y a-t-il d’autres signes ?

 

Porca da Spina : Si l’on se réfère aux symptômes qui accompagnaient chez les humaines les signes d’une grossesse, on dira succinctement que nos cochonnes sont bien mieux loties que les malheureuses dont je viens de parler qui se payaient, elles,  un lot invraisemblable d’ennuis, de malaises, de nausées, de vomissements, de sautes d’humeur, d’envies délirantes, etc… Bref, c’est à se demander pourquoi elles tenaient tant à perpétuer leur espèce. La constitution porcine est, sur ce plan, nettement plus adaptée à la reproduction : nos cochonnes n’éprouvent aucune difficulté particulière pendant leur grossesse et les seuls signes qui montrent leur état est, je le répète, l’arrondissement de l’abdomen et le gonflement des mamelles, c’est tout. Quand on songe qu’il fallait neuf mois à un embryon humain pour parvenir à maturité et qu’il n’en faut que trois pour que quatre ou cinq embryons cochons se transforment en jolis porcelets tout aussi bien constitués et intelligents que les bébés de nos prédécesseurs, vous comprendrez à quel point notre espèce est au fond très supérieure à la leur. Par contre, on a remarqué chez certaines cochonnes grosses une propension à avoir le groin beaucoup plus humide que la normale. C’est d’ailleurs un signe avant-coureur qui devrait inciter les cochonnes à passer un examen pour savoir si elles sont grosses ou non. Mais ce signe n’apparaît pas chez tout le monde.

 

Porky : Comment expliquez-vous cette différence, justement ?

 

Porca da Spina : On ne l’explique pas. On constate.

Porky : Mais ce groin toujours humide entraîne un problème fort ennuyeux : comment ne pas confondre signe avant-coureur de grossesse et rhume de cerveau ?

Porca da Spina : Vous prenez de l’aspirine et en deux jours, votre rhume disparaît. S’il persiste, méfiance, le problème se situe peut-être plus bas. Et puis, faut-il encore que vous ayez copulé dans les temps impartis. Vous voyez, en réfléchissant un peu, il y a quand même moyen d’avoir, sinon une certitude, du moins un début d’opinion.

Porky : Existe-t-il des tests de grossesse qui permettent justement de réduire l’attente et d’avoir une certitude plus rapidement et d’une façon plus… heu… sûre ?

Porca da Spina : Il en existe mais ils sont à prendre avec des pincettes.

Porky (étonné: Comment ça ? On ne peut pas utiliser seulement les pattes ? Il faut absolument des pincettes ?

Porca da Spina : Non, cher Porky. Je veux dire qu’ils doivent être utilisés avec beaucoup de prudence. Par exemple, un des tests les plus courants consiste à faire pipi dans un bocal et ensuite à tremper une languette réactive dans l’urine. Si la languette se fend et explose en morceaux, vous êtes grosse. Si elle ne bouge pas, vous avez le ventre aussi vide qu’une outre creuse. Vous voyez vous-même les dangers : imaginez que vous ayez mal lavé votre bocal, l’expérience est réduite à néant. Votre vie peut également être réduite à néant si vous n’avez pas eu la bonne idée de protéger votre visage avec un masque d’escrimeur au moment de tremper la languette dans le liquide. Si vous recevez un bout dans l’œil ou dans la gorge, vous êtes cuite.

Porky : On a peut-être intérêt à ne pas faire de test et à laisser la nature s’exprimer quand elle le jugera utile…

Porca da Spina : Ca parait évident, d’autant plus que les autres tests ne sont pas plus fiables et pas moins dangereux. Cela dit, une cochonne avertie en vaut deux. Si elle prend toutes les précautions nécessaires, pourquoi pas ? Mais, je serais à sa place, j’attendrais tranquillement de voir si je grossis ou non.

Porky : Une visite chez un cochomédecin semble pourtant indiquée ?

Porca da Spina : Non seulement indiquée, mais obligatoire, ne serait-ce que pour les futures démarches administratives que nous évoquerons dans un autre entretien.

Porky : Y a-t-il un délai légal ?

Porca da Spina : Après la copulation et avant l’accouchement.

Porky : Plus précisément ?

Porca da Spina : Que voulez-vous que je vous dise ? Une première visite est nécessaire pour être absolument certaine d’être grosse ; après, si tout va bien, pas la peine d’encombrer les cabinets de cochomédecin, ils sont suffisamment débordés comme ça.

Porky : On a dit qu’il fallait absolument une échographie toutes les semaines ?

Porca da Spina : Pour les angoissées de nature, oui. Pour les cochonnes qui prennent la maternité comme la chose la plus naturelle au monde, non. Une seule suffit, au début de la grossesse. Après, qu’est-ce qui peut bien arriver ? Soit les porcelets naissent normalement et on n’en parle plus, soit la cochonne fait une fausse couche, et on n’en parle plus non plus. Si vous désirez vraiment contribuer à l’enrichissement des cabinets de radiographie, vous êtes libre de faire une échographie tous les jours.

Porky : Ce n’est pas un peu dangereux, pour les porcelets, ces multiples examens avec tous ces trucs à rayon qu’on passe sur le ventre de leur mère ?

Porca da Spina : Alors ça, comment voulez-vous qu’on le sache ? On verra bien les résultats dans quelques dizaines d’années. On suppose que non. Mais la recherche doit bien progresser.

Porky : Beaucoup de cochonnes craignent de mettre au monde des porcelets anormaux ou handicapés physiques ou moteurs. Que répondez-vous à cette crainte ?

Porca da Spina : Qu’elle est légitime et fondée. En effet, quand vous voyez dans quel état mental certaines cochonnes se préparent à être mères, on peut tout craindre pour leur progéniture. Génétiquement, il peut n’y avoir aucun problème mais si la cochonne a un comportement de névrosée angoissée, il est évident que cela va se répercuter sur la portée.

Porky : Prenons d’abord le cas où les malformations sont génétiques. Y a-t-il un moyen de savoir que les porcelets seront handicapés ?

Porca da Spina : Naturellement. Un prélèvement permet de constater très vite s’il y a danger de malformation ou non. La décision de provoquer une fausse couche relève alors des futurs parents. Mais nous sommes dans le cas le plus simple, celui où le processus naturel a été entravé par un phénomène anormal quelconque.

Porky : Quels sont les autres cas ?

Porca da Spina : Ils sont multiples, divers et variés. Mais ils ont tous la même origine : une cochonne complètement à coté de la plaque. Ce pédalage dans la semoule a des causes différentes. Soit nous avons affaire à une cochonne qui est persuadée d’être la première à procréer et qui craint de ne pas parvenir à accoucher normalement, soit il s’agit de futures mères ayant subi un tel bourrage de crâne qu’il leur est impossible de raisonner à peu près sainement. Ce sont les deux cas les plus courants, dirons-nous. Les autres relèvent généralement de la pathologie la plus complexe, comme le cas de cette cochonne que j’ai connue et qui était persuadée que ses porcelets naîtraient anormaux si elle ne faisait pas tous les jours cinq fois le tour de la Truiglise en courant. Mais il s’agit là bien sûr d’un phénomène isolé.

Porky : Cas intéressant cependant, car il révèle chez nos cochonnes une certaine tendance à la névrose, même si elle n’est généralement pas aussi prononcée.

Porca da Spina : Tout à fait. Et il est d’ailleurs important de traiter les symptômes assez rapidement.

Porky : Et quel traitement appliquez-vous ?

Porca da Spina : La paire de gifles. Ca secoue, ça réveille et ça remet les idées en place.

Porky : Un peu rude, non ?

Porca da Spina : Vous savez, Porky, l’important est de trouver un remède efficace. A maladie délirante, traitement délirant. Je peux vous assurer que dans les cinq minutes qui suivent l’application des baffes, les trois-quarts des cochonnes retrouvent leur sens commun.

Porky : Et le quart qui reste ?

Porca da Spina : Ce sont les cas désespérés. On leur donne un manuel du genre de celui que nous sommes en train de rédiger et on leur conseille d’apprendre par cœur les inepties qui sont dedans. Ca permet de meubler leur cervelle et ça les occupe.

Porky : Passons maintenant à un autre problème : le fait d’attendre une portée ne concerne-t-il que nos cochonnes ?

Porca da Spina : Vous pourriez être plus clair ? J’ai l’impression que votre pensée est assez confuse.

Porky : Et bien, les verrats sont-ils eux aussi concernés par la grossesse de leur cochonne ?

Porca da Spina : Question très pertinente, dans la mesure où elle fait partie des mille deux cent cinquante quatre interrogations de base que se pose une cochonne grosse. La réponse me parait évidente : bien sûr qu’il est concerné. Sans lui, vous pourriez faire tintin pour avoir des porcelets sous le tablier.

Porky : Non, je veux dire : après la copulation ?

Porca da Spina : La réponse est la même : évidemment que la grossesse de sa cochonne le concerne dans la mesure où elle va le faire chier pendant trois mois et trois semaines.

Porky : Voyons, vous exagérez. Toutes les cochonnes ne sont pas pénibles au point de vous faire regretter de les avoir mises en cloque.

Porca da Spina : Evidemment non, je prends les cas extrêmes. Il est cependant certain que l’attente des porcelets a lieu à deux. Cela parait même assez évident. Comme il a fallu être deux pour les faire.

Porky : Alors, que conseillez-vous aux verrats qui désirent partager avec leur cochonne ces trois mois d’attente ?

Porca da Spina : Rien. Continuez d’agir exactement comme vous le faisiez avant et laissez la nature s’occuper de ce qui la regarde. Servez-vous aussi de votre bon sens, s’il vous en reste un peu : aidez votre cochonne dans les tâches difficiles et évitez de lui monter dessus sans crier gare. Cela ne mettrait nullement en danger la vie des petits porcelets mais vous risqueriez de recevoir une claque d’amplitude maximum.

Porky : Donc, il y a quand même chez nos cochonnes des changements hormonaux pendant la grossesse qui pourraient expliquer cette réaction un peu… violente ?

Porca da Spina : Nullement. La gifle est simplement la réponse à un comportement de soudard. N’allez pas chercher midi à quatorze heures.

Porky : Tous les verrats ne sont pas des mufles…

Porca da Spina : Absolument. Où voulez-vous donc en venir avec vos remarques oiseuses ? Cela fait deux heures que je m’extermine le tempérament à vous expliquer que ce n’est pas parce qu’une cochonne est grosse qu’il faut la confondre avec la statue de la Magna Truya. Ou, à l’inverse, l’utiliser comme une batterie de cuisine.

Porky : Si je comprends bien, toutes ces questions que nous nous posons sont inutiles ?

Porca da Spina : Tout à fait.

Porky : A quoi servez-vous, alors ?

Porca da Spina : Pratiquement, et tout à fait honnêtement, à rien.  Je rassure les angoissées et j’affirme les égocentriques dans leur conviction qu’elles sont uniques. En gros, je dis à chacune ce qu’elle a envie d’entendre. Ca ne me coûte rien et ça me rapporte assez gros.

Porky : On ferait peut-être mieux d’arrêter l’entretien ?

Porca da Spina : Oh non. Nous avons commencé, finissons. De quoi voulez-vous que nous parlions ?

Porky : Si nous évoquions la transformation du couple, une fois les porcelets nés ?

Porca da Spina : Oui. Précisez.

Porky : Un couple, c’est deux  individus, n’est-ce pas ?

Porca da Spina : Certes. Jusque là, vous avez vingt sur vingt. Ensuite ?

Porky : Si on ajoute par exemple quatre porcelets, cela fait six individus ?

Porca da Spina : Alors là, vous êtes génial. Deux plus quatre = six.

Porky : Ce n’est plus un couple : c’est une famille.

Porca da Spina : Bravo. J’applaudis des deux pattes à votre sagacité.  Et alors ?

Porky : N’y a-t-il pas un changement important dans la vie d’un couple cochon ?

Porca da Spina : Il est certain qu’il y en a un. Déjà, passer de deux à six, ça pose des problèmes de place. Je conseille donc d’avoir une soue assez grande pour ranger les porcelets quand on en aura assez de s’amuser avec. Mais j’imagine que votre question porte sur la relation entre la cochonne et le verrat qui va se trouver grandement modifiée par l’irruption de ces nouveaux arrivants que représentent les porcelets ?

Porky : Oui. On a vu des couples se déchirer à cause des porcelets.

Porca da Spina : Ca prouve au moins une chose : qu’il faut réfléchir avant de procréer. Si on n’est pas fichu d’imaginer les conséquences d’une partie de jambons en l’air programmée, on avale sa pilule quotidienne ou on enfile une capote.

Porky : Mais vous ne conseillez rien à ces couples qui tout à coup, se trouvent confrontés à ce genre de problème ?

Porca da Spina : Que voulez-vous que je leur conseille ? Quand ils se posent la question, c’est en général trop tard, on ne peut pas renvoyer la marchandise à l’expéditeur sous prétexte qu’elle ne répond pas aux critères exigés. Evidemment que la cochonne aura moins de temps à consacrer à son verrat ; évidemment que les sorties en amoureux deviennent impossibles, ou du moins se raréfient considérablement ; évidemment que le verrat n’est plus pour sa cochonne le centre du monde. Tout cela est du domaine de l’évidence. Y a-t-il vraiment besoin d’interminables explications ? Encore une fois, si vous avez envisagé sereinement le problème avant de commettre l’irréparable, la question n’a pas lieu d’être. Et quand bien même elle se poserait, on réagit comme un être sensé : on se dit que c’est normal, point, barre.

Porky : A vous entendre, il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait d’attendre une portée ?

Porca da Spina : Non. Tous les problèmes évoqués sont en général de faux problèmes. Les humains, à une certaine période de leur histoire, passaient leur temps à couper les cheveux en trente-six mille et à culpabiliser s’ils n’arrivaient pas à surmonter certaines épreuves. Ne faisons pas comme eux, s’il vous plait. Pour ce que cela leur a servi !

Porky : Donc, il est normal que la relation de couple évolue ?

Porca da Spina : Prétendre le contraire serait une stupidité notoire. On admet le changement et puis voilà. Ou bien, on ne fait pas de portée.

Porky : Cela paraît très simple, quand on vous écoute.

Porca da Spina : Ca l’est, je vous l’assure. Il suffit simplement d’utiliser un minimum de raison.

Porky : Prenons maintenant le cas d’une cochonne ne vivant pas en couple et attendant une portée. Les problèmes rencontrés vont être différents.

Porca da Spina : Alors là, je ne vois vraiment pas pourquoi. Physiquement, il se passera exactement la même chose. Elle aura même un avantage dans la mesure où elle n’aura pas à subir les conneries de son verrat.

Porky : Il n’y aura personne pour l’aider, non plus.

Porca da Spina : Ne nous appuyons pas trop sur de tels présupposés. Cela reviendrait à dire que le verrat aide sa compagne. C’est vrai dans un certain nombre de cas, pas dans tous. Il est certain qu’elle devra descendre la poubelle elle-même et se taper les courses dans les grandes surfaces. Mais là encore, il s’agit d’un choix. On assume.

Porky : Je parle de la présence, de l’aide psychologique que peut apporter le futur père.

Porca da Spina : La présence, je veux bien ; l’aide psychologique, là, je ris. Nous avons évoqué tout à l’heure les cochonnes angoissées. Parlons un peu des verrats névrosés. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de futurs pères qui sont à la limite de la dépression nerveuse.

Porky : Ah bon ? Je vous assure que je n’étais nullement déprimé quand ma cochonne attendait nos portées.

Porca da Spina : Porky, vous êtes un cas à part. Je subodore chez vous une certaine déviance mentale qui vous pousse à considérer la reproduction comme quelque chose d’une effrayante banalité qui ne mérite pas qu’on s’y attarde outre mesure.

Porky : Je vous retourne le compliment, chère Porca.

Porca da Spina : Il est vrai que mes études m’ont amenée à comprendre un certain nombre de choses et à me débarrasser de toute une façon de penser assez consternante. Mais le phénomène de la reproduction reste pour moi quelque chose de passionnant, surtout en ce qui concerne l’examen approfondi des ahurissants excès qu’il entraîne.

Porky : Revenons au problème évoqué précédemment : l’angoisse du verrat devant sa future paternité.

Porca da Spina : Il n’y pas grand-chose à dire : là encore, nous ne faisons que constater. Et nous en revenons toujours au même point, à savoir que la décision de devenir père a des conséquences psychologiques, que c’est une évidence et qu’il serait bon d’y réfléchir avant de copuler. Si cette réflexion a été menée correctement, il n’y a aucune raison pour qu’une déprime quelconque s’installe ; à la limite, on peut accepter quelques petites angoisses concernant le bon déroulement de la grossesse et de l’accouchement. Le reste n’est au fond que moyen de se sentir vivre et d’occuper son temps libre. Croyez-moi, les cochonnes et les verrats qui doivent vraiment gagner leur vie n’ont pas le loisir ni l’envie de se créer de tels problèmes. Ces angoisses ne peuvent germer que dans le cerveau de couples n’ayant aucune difficulté matérielle. On a rarement vu des miséreux se payer une dépression nerveuse.

Porky : Vous mettez en exergue un phénomène de société qui commence à apparaître dans la civilisation porcine.

Porca da Spina : Hélas, oui. C’était chose courante chez les humains et il ne faut absolument pas que nous marchions sur leurs traces dans ce domaine. C’est pourquoi j’ai parfois tendance à envoyer chier tous ces cons qui n’ont rien d’autre à fiche qu’à s’inventer des problèmes.

Porky : C’est sur cette vigoureuse mise au point que nous clorons l’entretien. Merci Porca da Spina, à bientôt.

Extrait de J'attends un cochon.

 

22.07.2007

La cochonnaise

Salut à tous, les cochons reviennent. Et croyez-moi, ils n'ont pas l'intention de se laisser piétiner le groin  par une humanité en plein délire. Donc, ils ont concocté un chant de guerre. Et ça va chauffer dans les porcheries !...

 

LA COCHONNAISE - CHANT DE GUERRE DE L'ARMEE DU GROIN

 

COUPLETS I

ALLONS GORETS DES PORCHERIES,

LE COUP DE GROIN VA ARRIVER !

CONTRE NOUS DE LA CHARCUTERIE ,

ET LE LARD SANGLANT EST TRANCHÉ! (BIS)

ENTENDEZ DONC DANS LES BOUCHERIES

RUGIR CES TUEURS DE SUIDÉS,

ILS VIENNENT JUSQUE SOUS NOS PIEDS

EGORGER NOS PORCELETS, NOS TRUIES !

 

 

REFRAIN

AUX ARMES, LES COCHONS !

SORTEZ TOUS VOS LARDONS !

GRUIKONS GRUIKONS,

QUE LE SANG HUMAIN,

DEVIENNE DU BOUDIN !

 

 

II

Tremblez, affreux bouchers perfides,

Lie infecte de l’humanité !

Tremblez ! Vos projets cochocides

Vont vous retomber sur le nez ! (bis)

Vous crèverez, tas de limaces,

Et si vous tuez nos pourceaux,

Nos truies en feront de nouveaux

Qui vous boufferont le pancréas !

 

Aux armes, les cochons, etc…

 

III

Amour sacré de nos rôtis,

Pourfends, achève tous  ces bâfreurs !

Porcherie ! Porcherie chérie,

Aide-nous à en faire du beurre ! (bis)

Sous notre bannière, que notre lard,

Devienne le plus fort des poisons,

Que clamsent alors tous ces gloutons,

A nous, cholestérol, indigestion !

 

Aux armes, les cochons, etc…

 

IV

Quoi, ces  affreux dégénérés

De notre graisse veulent s’empiffrer ! 

Quoi ces crétins décervelés

Passeraient leur temps à nous bouffer ! (bis)

Dieu ! Ils nous couperaient le groin

Et nous sectionneraient le chanfrein !

Et nos jambons, nos intestins

Présideraient à leurs hideux festins !

 

Aux armes, les cochons ! etc.

 

 

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14.07.2007

Remerciements à Léon Bloy

Un de mes meilleurs amis est un admirateur plus que fervent de Léon Bloy. N’ayant eu que de très vagues contacts avec cet auteur, je ne me hasarderai pas à vous en parler, je vous renvoie au blog de Solko (voir adresse ci-contre) qui vous expliquera bien mieux que moi pourquoi vous devez lire l’écrivain en question. Mais le but de cet article n’a rien à voir avec ce que ce début pourrait laisser supposer.

En fait, je tiens à remercier Léon Bloy : il a publiquement avoué qu’il avait diffamé les cochons en se servant de ces nobles animaux pour écrire quelques pamphlets sanglants. (J'ai oublié les titres, qu'on veuille bien m'excuser.)

Le pardon demandé à l’espèce porcine lui est bien volontiers accordé par son représentant sur cette terre. Comme on dit, « faute avouée… » etc, vous connaissez la suite. Je vous absous, Léon Bloy. Et promis, juré, dès que je suis moi-même édité, je lis votre oeuvre...

09.07.2007

Le sourire du cochon

 

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Ceux qui s'imaginent que cochon + porc = cochonneries peuvent, hélas, passer leur chemin, cette rubrique n'est pas pour eux.

Pourquoi avoir créé une catégorie "saga porcine" ? Commençons déjà par "expliquer" le deuxième terme.

Avez-vous déjà rencontré un animal plus généreux que le cochon ? Il vous donne tout, de l'extrémité du groin à la pointe de la queue. Rien, chez lui, n'est à jeter. Trouvez-moi un seul être humain capable de réussir ce tour de force ! Compte tenu de tous les services qu'il a rendus à notre espèce depuis un certain nombre de siècles, il me semble tout à fait justifié d'élever un "monument" à sa gloire et de chanter ses louanges. C'est quand même le moins que nous puissions faire pour le remercier.

Ceci est d'autant plus vrai que dans le langage humain, le terme "cochon" est toujours utilisé comme injure, insulte, etc... et que le cochon est montré comme le must de l'animal le plus dégueulasse que la terre ait jamais porté.

Ne nous abaissons pas, amis cochons, à réfuter cette absurdité. Elle ne peut naître que dans l'esprit de gens ayant coupé tout lien avec la nature et qui ignorent tout de votre anatomie, sauf bien sûr, quand il s'agit de la déguster. Et puis, ne trouvez-vous pas que cette "injure" dans la bouche des trois-quarts de mes congénères est extrêmement amusante ? On ne vous reproche que votre saleté physique -autant dire une peccadille. Quid de de la saleté mentale, intellectuelle, morale de vos détracteurs ? Il est certain que la plupart sont très propres sur eux, bien lavés, douchés, pomponnés, parfumés... Mais alors, quand vous plongez à l'intérieur... Un ramonage urgent est nécessaire...

Tout ça pour dire, camarades : n'ayez aucun complexe envers l'espèce humaine, vous êtes largement supérieurs à elle.

Maintenant, imaginons un instant qu'à force de jouer les imbéciles, les hommes aient perdu non seulement la suprématie de cette planète, mais aussi la capacité de se reproduire... Extinction lente, mais irrévocable. Imaginez en outre que nos savants, dans leur délire expérimental, aient créé une race de cochons savants... (Bon, c'est un peu Frankenstein revu et corrigé ; et quand vous lirez la suite, vous direz : "mais c'est La planète des singes". Ca prouvera au moins que vous avez quelques références littéraires.) Imaginez enfin que lesdits cochons savants se révoltent et prennent le pouvoir... Et bien vous avez comme résultat une civilisation porcine qui essaie de toutes ses forces de ne pas imiter ses prédécesseurs mais qui -malheureusement ou heureusement- ressemble parfois un peu trop à celle de la défunte humanité. Voilà qui explique le terme "saga".

Les extraits qui vont suivre vont vous plonger pour un court instant au coeur de cette société un peu particulière. Si La planète des singes est un roman très sérieux, rassurez-vous, celui-ci l'est beaucoup moins. Même chez mes cochons, il existe des cinglés qui extravaguent à longueur de page. Mais cinglés ne veut pas dire stupides...

 

Commençons d'abord par quelques exergues placés en tête de chapitres et dont le contenu va peut-être vous rappeler quelque chose....

On ne répétera jamais assez l’importance du vernis à ongles dans les relations sociales et dans le développement de notre économie. Nos cochonnes l’ont bien compris puisque la production de ce plâtra colorant a plus que triplé en cinq ans. De nouveaux modèles sont apparus sur le marché, avec des conditionnements extrêmement originaux ; les fabricants proposent en outre une diversité de teintes et de couleurs que l’humanité, pourtant très forte dans ce genre d’ânerie, n’a jamais réussi à mettre au point. Les Elégantes qui sortent le soir, vont à l’Opéra Porcin ou au restaurant, n’oublient certes pas, avant de quitter leur soue, d’étaler sur leurs ongles une couche plus ou moins accentuée de ce produit qui contribue à la richesse de notre économie, grâce aux échanges entre les différentes Cochonies. On ne peut que saluer les performances de nos entreprises qui ont parié sur la coquetterie cochonne et ont mis en plein dans le mille. Reconnaissons qu’elles avaient cependant dans les entreprises humaines de la Décadence un éblouissant modèle d’aliénation.

Sylvestrocochono,  Développement instantané et durable d’une économie fondée sur la ressemblance entre l’ego cochon et la connerie humaine, Chapitre CCCVV, « le vernis à ongles », page 2548, éditions du Cochon Endormi.

(Exergue chapitre II du tome I)

 

Ce que les cochons nomment aujourd’hui le Grand Lac était autrefois –il y a très, très longtemps- une mer aux trois quarts fermée qui faisait plusieurs centaines de kilomètres de large sur une longueur qui se comptait, elle, en milliers de kilomètres. Certains documents humains conservés au Centre National des Archives Humaines sembleraient prouver que cette mer était le berceau de la civilisation susnommée. Mais peu d’ouvrages écrits ou audiovisuels nous sont parvenus concernant ce problème des origines de nos prédécesseurs. Le contenu de ces documents est donc à relativiser, surtout quand on connaît la propension humaine à affirmer d’un ton péremptoire n’importe quoi, à prouver scientifiquement la justesse de ses affirmations, puis à prouver tout aussi scientifiquement le contraire.

Porcanna, Manuel de Géographie à l’usage des étudiants Cochons en Civilisation Humaine, p. 122 Edition du Cochon estudiantin.

(Exergue chapitre IV du tome I)

« Pour qui le rôle de Cochaïna a-t-il été créé ? La bataille fait rage entre la Goretta et la Porcaldi.  »

De notre envoyé spécial à Cochon-pied-de-porc :

Encore un scandale qui met les partisans des deux divas hors d’eux : Dans une interview à notre confrère du journal La République Cochonne, la Goretta a déclaré tout net que le compositeur Cochozart avait évidemment pensé à elle lorsqu’il avait écrit le rôle titre de l’opéra Cochaïna. Personne d’autre qu’elle, a déclaré la Diva , ne peut se permettre de suivre à la note près une partition qui demande autant de qualités techniques et dramatiques. « D’autres ont essayé, et se sont cassées le groin sur le grand air du trois. Je suis navrée de le dire aussi crûment, mais moi seule peux arriver à tenir les notes les plus élevées. » La Goretta a terminé en mettant en cause sa rivale, La Porcaldi , l’accusant, quand elle se mettait en tête d’interpréter ce rôle autrement qu’en play-back, « d’assassiner une œuvre dix fois plus grande que sa voix. » Bien entendu, la Porcaldi a répliqué à cette attaque qu’elle a qualifiée de « mesquine et tout à fait dans l’esprit d’une sous-diva de province. »

Extrait d’un article paru dans le journal satirique : c’est y du lard ou du cochon ?

(Exergue du chapitre V du tome I)

Extrait d’une interview accordée par le peintre Cochomilk  au journaliste Pinceauporco de Art et Cochon.

Pinceauporko : Cher maître, la peinture humaine vous a-t-elle réellement influencé dans vos choix et votre évolution ?

Cochomilk : Oui et non. Oui pour les couleurs, non pour les formes. Nos prédécesseurs savaient admirablement mélanger les tons, ou donner à la couleur la place qu’elle mérite dans la peinture. Les formes cependant restaient très primitives, surtout à la fin de la Décadence où l’art figuratif avait été complètement abandonné au profit des pures abstractions. Ainsi mon Aura du cochon pétomane, qui est sans doute mon œuvre la plus accomplie, se réclame-t-elle de certains tableaux humains de la Décadence , et est-elle l’aboutissement d’une recherche sur la forme que les humains avaient seulement commencé au moment où leur civilisation s’et effondrée.

Pinceauporco : Cette œuvre a fait scandale, d’ailleurs. On vous a reproché de ne montrer qu’une toile barbouillée de bleu.

Cochomilk : Les détracteurs du modernisme ont toujours été légion, y compris chez les humains. Les cochons ne peuvent pas se contenter de répéter bêtement les gestes de ceux qui les ont précédés. Ils doivent aussi chercher de nouvelles formes. Mon tableau triangulaire en bleu n’a rien de révolutionnaire, il est seulement le fruit d’une recherche esthétique et créatrice. J’aime à croire que les artistes cochons pousseront la porte que j’ai entrouverte.

Pinceauporco : Vous faites allusion à votre tableau Le derrière de la porte ?

Cochomilk : Non. C’était une simple métaphore.

(Exergue du chapitre VI du tome I)

Tous ces exergues sont extraits du tome I de Le sourire du cochon, mémorial porcin en 4 tomes. 

 Bon, ça suffit pour aujourd'hui. Plus tard, si vous êtes sages, vous aurez droit à quelques apophtegmes cochons...

 

08.07.2007

Le sourire du cochon, suite

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Voici, comme promis, quelques exemples de proverbes porcins. Comme vous allez le constater, certains ont encore la marque de l’influence humaine. D’autres, au contraire, ont été inventés par la sagesse populaire cochonne. 

Cochon qui sommeille, appétit qui s’éveille

(Proverbe cochon)

 

Tête de cochon, tête de breton.

(Proverbe humain, repris par les cochons du peuple qui ignorent totalement ce que désigne ce mot et s’imaginent qu’il s’agit d’un casque blindé en acier trempé. Rétablissons la vérité ; voici la définition du Cochobert  du mot breton : breton : en langage humain, signifiait tête de cochon. On n’est pas plus avancé.)

 

Cochon qui vivra, verrat deviendra.

(Proverbe cochon)

Petite variante :

Verrat qui vivra, cochon deviendra.

(Proverbe d’origine inconnue. Peut-être inventé par les humains vu le peu de sens de cet apophtegme.)

Cochon trop aimable finit toujours sur la table.

(Autre proverbe cochon)

Persil dans le groin annonce le boudin.

(Proverbe d’origine inconnue. Il s’agit sans doute d’un adage cochon très ancien faisant référence à cette pratique humaine barbare qui consistait à manger les cochons.)

Un bon cochon a toujours le lard et la lanière.

(Maxime cochonne)

 

Et enfin, le plus connu d’entre eux, qui fait fureur parmi la jeunesse cochonne (laquelle ne comprend absolument rien à ce qu’elle scande, mais ce n'est pas grave, ça rappelle une autre jeunesse…)

God save the couenne !

(Proverbe en langage humain signifiant « Dieu sauve les cochons ».  Pour le malheur de l’humanité, cette prière a été entendue…)

 

Faisons maintenant connaissance avec nos héros cochons : ce sont quatre universitaires très sérieux ( !) de la Grande Cochonnerie Centrale, université bien connue de la Cochonie Centrale.

-               Porcella, spécialiste en Littérature Porcine Ancienne à l’Université de la Grande Cochonnerie Centrale.

-               Liliporca, spécialiste en Langues Humaines à la même université ;

-               Porcilius, savant et chercheur de génie, en poste dans la même université ; il a une compagne, Cochona, dont le déménagement fut un très grand moment dans la vie de nos vaillants universitaires ;

-               Porky, le narrateur, spécialiste en Civilisation humaine, également enseignant à la Grande Cochonnerie Centrale. Il a lui aussi une compagne, Cochonella et une portée de six cochonnets.

Nos cochons doivent se rendre sur le site de Saint-Goret des Côtes salées, station balnéaire de Cochonie Septentrionale, où a été découvert un site archéologique humain qui va se révéler plein de surprises. Leur mission : mettre au jour, traduire et commenter des documents vieux de plus de centaines de millions d’années et qui ont été retrouvés quasiment intacts dans des salles souterraines, miraculeusement épargnées par le temps et les bouleversements géologiques.

Le tome I nous permet de les suivre dans leur voyage de la Cochonie Centrale à la Cochonie Septentrionale et de découvrir ainsi la société, la culture et les traditions cochonnes… dont certaines vont sans doute vous rappeler quelque chose…

Par exemple, une soirée à l’Opéra Porcin de Jambonville, où ils vont applaudir la Goretta dans son grand rôle… 

 

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Extérieurement, l’Opéra Porcin de Jambonville n’avait rien d’extraordinaire, le bâtiment était même très laid, vous auriez dit un gros fromage blanc trempant dans une mare de sirop à la menthe. En traversant les jardins qui entouraient l’opéra, je ne pus m’empêcher de toucher de la main les arbustes qui jalonnaient l’allée de graviers ; ils me paraissaient être d’une couleur un peu trop éclatante et ce vert tape à l’œil avait quelque chose de malsain et de très suspect. Le contact des feuilles me fit frémir : du plastique. Toute cette verdure n’était que du faux-semblant. « Le comble du mauvais goût », dis-je à Porcella. Elle tourna vers moi un visage lugubre. « Attends de voir l’intérieur, prophétisa-t-elle. Je sens que ce n’est pas le grand air du trois qui va me faire tomber par terre, mais la décoration. » Elle tendit discrètement la patte vers une cochonne qui minaudait sur la droite, entourée d’un cercle de verrats souriants et libidineux. « Par la Grosse Truie, tu as vu le vernis de cette demeurée ? C’est une honte de sortir avec des ongles pareils !» Pour la circonstance, Cochonne Porcella avait revêtu une robe longue d’un très beau rouge sombre, et s’était laqué les ongles avec un soin inouï. Son vernis était de la même couleur que sa robe et, ma foi, elle en imposait. Bien plus que moi, étranglé et boudiné dans mon smoking ou que Porcilius qui nageait dans le sien, une fois et demie trop grand pour lui. (C’était le seul qui restait. Oui, je sais, lecteur chéri, nous aurions pu –et dû- échanger nos costumes. Mais voilà : nous n’y avons pas pensé !)) Liliporca avait choisi un chemisier jaune et une jupe longue noire, taillée dans un léger tissu, qui mettait en valeur la minceur de sa taille ; la jupe aux mille plis voletait autour d’elle, suivant le rythme de sa démarche, et elle avait posé un châle noir sur ses épaules nues. Elle avait grande allure, Liliporca, et elle fit, sur son passage, se retourner bon nombre de cochons mûrs ou verts (aussi verts que la fausse verdure), fortement intéressés par ce qu’ils découvraient, alors que Porcilius et moi ne déclenchions aucune vague de pâmoisons successives chez les cochonnes.

Porcella, très admirée elle aussi, mais surtout lardée de coups d’œil envieux, jaloux et assassins de certaines cochonnes, impassible, impavide, royale et totalement indifférente aux regards qui la dépeçaient, Porcella, donc, poussa d’une patte impériale la porte vitrée du hall de l’opéra, oublia de la retenir et Porcilius la reçut dans la figure. De sorte que, d’un côté, notre entrée fut très majestueuse, et de l’autre carrément inénarrable, si le lecteur imagine Porcilius, perdu dans son smoking, la main plaquée sur son groin, titubant et couinant de la plus désagréable manière.

Contrairement aux prévisions pessimistes de Porcella, la décoration intérieure ne provoquait pas d’évanouissement. Du moins dans l’immédiat et si vous ne cherchiez pas à la regarder de trop près. Le hall était circulaire mais quatre piliers qui soutenaient chacun un escalier dessinaient un carré parfait à l’intérieur du cercle. On avait jugé utile de placer les caisses au beau milieu de ce carré, ce qui provoquait des embouteillages monstres et une cohue qui n’avait rien d’élégant. Le sol ressemblait à du marbre, et j’en étais à me demander si c’était du faux ou du vrai marbre lorsque Porcella, qui avait suivi la direction de mon regard, leva tous mes doutes : « Du faux, du toc, du clinquant, comme la plupart des cochons qui sont ici, assena-t-elle. Tu as vu leur tronche ? Tu les as écoutés deux minutes ? Tu ne vas pas me soutenir qu’ils sont mélomanes, ces gros tas de graisse verbeux ! » « Je pense qu’ils viennent surtout voir la Goretta », répondis-je en essayant de résister aux remous qui m’entraînaient vers le mauvais escalier. Je perdis Porcella de vue mais retrouvai Porcilius, qui avait entendu ma réplique. « Si c’est le cas, elle a intérêt à être bonne », murmura-t-il, et il disparut dans le flot. « Bah, même si elle chante comme une casserole, ils la trouveront sublime », dit tout à coup Liliporca qui surgit comme par enchantement à mes côtés. J’en avais marre d’être bousculé, traîné, tiré de tous les côtés par cette foule de snobs endimanchés. Je commençai donc à jouer des coudes, des genoux, du groin, des pattes et, comme par miracle, il se fit autour de nous un grand vide. « Là ! dis-je. On va au moins pouvoir respirer à défaut de pouvoir penser. » Porcilius, dans un élan désespéré s’extirpa du flot et vint s’abattre dans les bras de Liliporca. Porcella, l’air de rien et le groin plus innocent que celui d’un cochonnet, se mit à pincer tout ce qui passait à sa portée, culs, hanches et j’en passe, et se retrouva en cinq secondes à nos côtés. « Il faut prendre cet escalier, là », dit-elle en montrant celui qui, par chance, était juste devant nous.

Le marbre de l’escalier était aussi faux que celui du hall, mais il brillait davantage et avait le désagréable privilège de glisser. Je ratai une marche et faillis m’étaler. « Décidément, ils sont débiles, dans ce trou paumé, dis-je, très mécontent. On n’a pas idée de cirer un escalier ! »  Porcella s’arrêta un instant. « Regarde ces trucs au-dessus de toi, murmura-t-elle. Si c’est pas à gerber dans la seconde ! » Je levai la tête. Encastrés dans le mur, presque au plafond, s’étalaient tous les deux mètres des bustes de cochons, de cochonnes, le cou tendu, le visage tourné vers le haut ou vers le bas ; un sourire niais étirait leurs babines et ils avaient le groin aussi sale que devait l’être celui des cochons que les humains éduquaient à chercher dans la terre une saloperie dont j’ai oublié le nom mais dont nos prédécesseurs étaient friands. Quant à leur regard, il avait la vivacité d’une poêle à frire. Tout ça au milieu de guirlandes de plâtre et d’exubérants bouquets de fleurs en stuc. « Opéra de province, me contentai-je de dire en reprenant la montée. Ça veut tout dire. » Qu’est-ce que la Goretta, Divine entre les Divines, était venue faire ici ? Comment avait-elle pu se fourvoyer dans ce repaire de la médiocrité ? C’était les ors et les pierres précieuses de l’Opéra National Porcin qu’il lui fallait, pas cette caricature de temple culturel !

Les places louées au dernier moment se trouvaient à l’orchestre. En plein milieu. Les plus chères, certes, mais les meilleures, du moins selon la logique un peu spéciale des directeurs de salle. En fait, pour un amateur d’opéra porcin, les meilleures places, elles sont tout à fait en haut, là où le son, amplifié par la structure en bois de la salle,  s’épanouit pleinement et prend toute sa beauté. Mais, évidemment, c’est très difficile de se montrer aux yeux de l’assistance quand vous êtes au dernier balcon.  Alors qu’à l’orchestre... La salle entière peut vous voir ; vous focalisez l’attention des spectateurs du haut et vous pouvez en toute sérénité vous livrer aux singeries mondaines qui attireront les regards. Pouah ! Ça, c’est bien une des pires choses que nous ayons piquées à la défunte humanité : son nombrilisme et le goût de la représentation inutile.

Je fus le premier à découvrir la rangée où étaient nos fauteuils. Les ouvreuses, débordées, tanguaient et viraient dans toutes les directions sauf dans la nôtre. Déjà bien énervé par ce que j’avais vu auparavant, je n’eus aucun scrupule à écraser les doigts de patte de ceux qui avaient eu l’outrecuidance de s’installer avant nous et prétendaient, avec leur amoncellement de manteaux de fourrure sur les genoux, nous barrer la route. Il résultat de ce passage en force quelques gémissements, un « aïe ! » sonore qui ne me fit ni chaud ni froid, quelques remarques dépourvues d’aménité sur mon « sans-gêne » (et eux, dans le hall, quand ils nous bousculaient, ils n’étaient pas sans gêne, peut-être ?), et une menace, de la part d’un vieux cochon sénile enrubanné comme un cadeau d’anniversaire (ce qu’il n’était vraiment pas) de m’apprendre la politesse si je ne m’excusais pas (menace qui resta lettres mortes : le regard meurtrier que je lui décochai rajouta quelques rides à sa figure de cochon ratatiné).

 

[... On s'installe et on fait la connaissance de Fredicocho, grand amateur d'opéra. Soudain...]

 

Nous en étions à deviser comme de vieux copains lorsque s’éleva au fond de la salle, vers une des portes, un énorme bruit et la moitié du public éclata en applaudissements. Tout le monde se retourna. En vain, on ne voyait rien, sinon un remous de cochons et de cochonnes en folie en train de glousser et de glapir à qui mieux-mieux. « Que se passe-t-il ? demandai-je. C’est le Cochon-Président qui s’amène ou quoi ? » Fredicocho s’était dressé sur son siège et, le cou tendu vers l’arrière, examinait avec attention le groupe qui déclenchait un tel charivari. « Mieux que ça, dit-il en se rasseyant. Je sens que la soirée va être très chaude. C’est la Porcaldi qui vient d’arriver. Avec ses groupies. » Porcilius se pencha vers moi. « Qu’est-ce qui se passe ? » « La Porcaldi », dis-je en prenant l’air mystérieux et important de celui-qui-sait-alors-que-les-autres-ignorent-tout. Fredicocho profita de cette intervention pour se faire présenter aux autres membres de l’équipe. Il s’inclina avec beaucoup de grâce sur la patte de Liliporca, puis sur celle de Porcella, admira fort astucieusement le vernis à ongles de cette dernière, laquelle, conquise, se montra avec lui d’une étonnante amabilité. Pendant ce temps, la Porcaldi, qu’on avait débarrassée de ses admirateurs, posait sa gracieuse personne rutilante de bijoux divers dans un fauteuil, au premier rang. « Mince ! siffla Liliporca. Rien qu’avec une de ses boucles d’oreille, j’achèterais la soue de mes rêves