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04 janvier 2009

Souvenir de Meuuuugève

Alors que nous nous préparions à mettre en ligne les prévisions astrologiques hebdomadaires, on est venu nous apporter une carte postale des cochons devins. Nous les remercions fortement de cette gentille attention. Vous vous attendiez à pire ? Nous aussi, croyez-le bien...

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10:48 Publié dans saga porcine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humour, vache

22 juillet 2007

La cochonnaise

Salut à tous, les cochons reviennent. Et croyez-moi, ils n'ont pas l'intention de se laisser piétiner le groin  par une humanité en plein délire. Donc, ils ont concocté un chant de guerre. Et ça va chauffer dans les porcheries !...

 

LA COCHONNAISE - CHANT DE GUERRE DE L'ARMEE DU GROIN

 

COUPLETS I

ALLONS GORETS DES PORCHERIES,

LE COUP DE GROIN VA ARRIVER !

CONTRE NOUS DE LA CHARCUTERIE ,

ET LE LARD SANGLANT EST TRANCHÉ! (BIS)

ENTENDEZ DONC DANS LES BOUCHERIES

RUGIR CES TUEURS DE SUIDÉS,

ILS VIENNENT JUSQUE SOUS NOS PIEDS

EGORGER NOS PORCELETS, NOS TRUIES !

 

 

REFRAIN

AUX ARMES, LES COCHONS !

SORTEZ TOUS VOS LARDONS !

GRUIKONS GRUIKONS,

QUE LE SANG HUMAIN,

DEVIENNE DU BOUDIN !

 

 

II

Tremblez, affreux bouchers perfides,

Lie infecte de l’humanité !

Tremblez ! Vos projets cochocides

Vont vous retomber sur le nez ! (bis)

Vous crèverez, tas de limaces,

Et si vous tuez nos pourceaux,

Nos truies en feront de nouveaux

Qui vous boufferont le pancréas !

 

Aux armes, les cochons, etc…

 

III

Amour sacré de nos rôtis,

Pourfends, achève tous  ces bâfreurs !

Porcherie ! Porcherie chérie,

Aide-nous à en faire du beurre ! (bis)

Sous notre bannière, que notre lard,

Devienne le plus fort des poisons,

Que clamsent alors tous ces gloutons,

A nous, cholestérol, indigestion !

 

Aux armes, les cochons, etc…

 

IV

Quoi, ces  affreux dégénérés

De notre graisse veulent s’empiffrer ! 

Quoi ces crétins décervelés

Passeraient leur temps à nous bouffer ! (bis)

Dieu ! Ils nous couperaient le groin

Et nous sectionneraient le chanfrein !

Et nos jambons, nos intestins

Présideraient à leurs hideux festins !

 

Aux armes, les cochons ! etc.

 

 

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09 juillet 2007

Le sourire du cochon

 

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Ceux qui s'imaginent que cochon + porc = cochonneries peuvent, hélas, passer leur chemin, cette rubrique n'est pas pour eux.

Pourquoi avoir créé une catégorie "saga porcine" ? Commençons déjà par "expliquer" le deuxième terme.

Avez-vous déjà rencontré un animal plus généreux que le cochon ? Il vous donne tout, de l'extrémité du groin à la pointe de la queue. Rien, chez lui, n'est à jeter. Trouvez-moi un seul être humain capable de réussir ce tour de force ! Compte tenu de tous les services qu'il a rendus à notre espèce depuis un certain nombre de siècles, il me semble tout à fait justifié d'élever un "monument" à sa gloire et de chanter ses louanges. C'est quand même le moins que nous puissions faire pour le remercier.

Ceci est d'autant plus vrai que dans le langage humain, le terme "cochon" est toujours utilisé comme injure, insulte, etc... et que le cochon est montré comme le must de l'animal le plus dégueulasse que la terre ait jamais porté.

Ne nous abaissons pas, amis cochons, à réfuter cette absurdité. Elle ne peut naître que dans l'esprit de gens ayant coupé tout lien avec la nature et qui ignorent tout de votre anatomie, sauf bien sûr, quand il s'agit de la déguster. Et puis, ne trouvez-vous pas que cette "injure" dans la bouche des trois-quarts de mes congénères est extrêmement amusante ? On ne vous reproche que votre saleté physique -autant dire une peccadille. Quid de de la saleté mentale, intellectuelle, morale de vos détracteurs ? Il est certain que la plupart sont très propres sur eux, bien lavés, douchés, pomponnés, parfumés... Mais alors, quand vous plongez à l'intérieur... Un ramonage urgent est nécessaire...

Tout ça pour dire, camarades : n'ayez aucun complexe envers l'espèce humaine, vous êtes largement supérieurs à elle.

Maintenant, imaginons un instant qu'à force de jouer les imbéciles, les hommes aient perdu non seulement la suprématie de cette planète, mais aussi la capacité de se reproduire... Extinction lente, mais irrévocable. Imaginez en outre que nos savants, dans leur délire expérimental, aient créé une race de cochons savants... (Bon, c'est un peu Frankenstein revu et corrigé ; et quand vous lirez la suite, vous direz : "mais c'est La planète des singes". Ca prouvera au moins que vous avez quelques références littéraires.) Imaginez enfin que lesdits cochons savants se révoltent et prennent le pouvoir... Et bien vous avez comme résultat une civilisation porcine qui essaie de toutes ses forces de ne pas imiter ses prédécesseurs mais qui -malheureusement ou heureusement- ressemble parfois un peu trop à celle de la défunte humanité. Voilà qui explique le terme "saga".

Les extraits qui vont suivre vont vous plonger pour un court instant au coeur de cette société un peu particulière. Si La planète des singes est un roman très sérieux, rassurez-vous, celui-ci l'est beaucoup moins. Même chez mes cochons, il existe des cinglés qui extravaguent à longueur de page. Mais cinglés ne veut pas dire stupides...

 

Commençons d'abord par quelques exergues placés en tête de chapitres et dont le contenu va peut-être vous rappeler quelque chose....

On ne répétera jamais assez l’importance du vernis à ongles dans les relations sociales et dans le développement de notre économie. Nos cochonnes l’ont bien compris puisque la production de ce plâtra colorant a plus que triplé en cinq ans. De nouveaux modèles sont apparus sur le marché, avec des conditionnements extrêmement originaux ; les fabricants proposent en outre une diversité de teintes et de couleurs que l’humanité, pourtant très forte dans ce genre d’ânerie, n’a jamais réussi à mettre au point. Les Elégantes qui sortent le soir, vont à l’Opéra Porcin ou au restaurant, n’oublient certes pas, avant de quitter leur soue, d’étaler sur leurs ongles une couche plus ou moins accentuée de ce produit qui contribue à la richesse de notre économie, grâce aux échanges entre les différentes Cochonies. On ne peut que saluer les performances de nos entreprises qui ont parié sur la coquetterie cochonne et ont mis en plein dans le mille. Reconnaissons qu’elles avaient cependant dans les entreprises humaines de la Décadence un éblouissant modèle d’aliénation.

Sylvestrocochono,  Développement instantané et durable d’une économie fondée sur la ressemblance entre l’ego cochon et la connerie humaine, Chapitre CCCVV, « le vernis à ongles », page 2548, éditions du Cochon Endormi.

(Exergue chapitre II du tome I)

 

Ce que les cochons nomment aujourd’hui le Grand Lac était autrefois –il y a très, très longtemps- une mer aux trois quarts fermée qui faisait plusieurs centaines de kilomètres de large sur une longueur qui se comptait, elle, en milliers de kilomètres. Certains documents humains conservés au Centre National des Archives Humaines sembleraient prouver que cette mer était le berceau de la civilisation susnommée. Mais peu d’ouvrages écrits ou audiovisuels nous sont parvenus concernant ce problème des origines de nos prédécesseurs. Le contenu de ces documents est donc à relativiser, surtout quand on connaît la propension humaine à affirmer d’un ton péremptoire n’importe quoi, à prouver scientifiquement la justesse de ses affirmations, puis à prouver tout aussi scientifiquement le contraire.

Porcanna, Manuel de Géographie à l’usage des étudiants Cochons en Civilisation Humaine, p. 122 Edition du Cochon estudiantin.

(Exergue chapitre IV du tome I)

« Pour qui le rôle de Cochaïna a-t-il été créé ? La bataille fait rage entre la Goretta et la Porcaldi.  »

De notre envoyé spécial à Cochon-pied-de-porc :

Encore un scandale qui met les partisans des deux divas hors d’eux : Dans une interview à notre confrère du journal La République Cochonne, la Goretta a déclaré tout net que le compositeur Cochozart avait évidemment pensé à elle lorsqu’il avait écrit le rôle titre de l’opéra Cochaïna. Personne d’autre qu’elle, a déclaré la Diva , ne peut se permettre de suivre à la note près une partition qui demande autant de qualités techniques et dramatiques. « D’autres ont essayé, et se sont cassées le groin sur le grand air du trois. Je suis navrée de le dire aussi crûment, mais moi seule peux arriver à tenir les notes les plus élevées. » La Goretta a terminé en mettant en cause sa rivale, La Porcaldi , l’accusant, quand elle se mettait en tête d’interpréter ce rôle autrement qu’en play-back, « d’assassiner une œuvre dix fois plus grande que sa voix. » Bien entendu, la Porcaldi a répliqué à cette attaque qu’elle a qualifiée de « mesquine et tout à fait dans l’esprit d’une sous-diva de province. »

Extrait d’un article paru dans le journal satirique : c’est y du lard ou du cochon ?

(Exergue du chapitre V du tome I)

Extrait d’une interview accordée par le peintre Cochomilk  au journaliste Pinceauporco de Art et Cochon.

Pinceauporko : Cher maître, la peinture humaine vous a-t-elle réellement influencé dans vos choix et votre évolution ?

Cochomilk : Oui et non. Oui pour les couleurs, non pour les formes. Nos prédécesseurs savaient admirablement mélanger les tons, ou donner à la couleur la place qu’elle mérite dans la peinture. Les formes cependant restaient très primitives, surtout à la fin de la Décadence où l’art figuratif avait été complètement abandonné au profit des pures abstractions. Ainsi mon Aura du cochon pétomane, qui est sans doute mon œuvre la plus accomplie, se réclame-t-elle de certains tableaux humains de la Décadence , et est-elle l’aboutissement d’une recherche sur la forme que les humains avaient seulement commencé au moment où leur civilisation s’et effondrée.

Pinceauporco : Cette œuvre a fait scandale, d’ailleurs. On vous a reproché de ne montrer qu’une toile barbouillée de bleu.

Cochomilk : Les détracteurs du modernisme ont toujours été légion, y compris chez les humains. Les cochons ne peuvent pas se contenter de répéter bêtement les gestes de ceux qui les ont précédés. Ils doivent aussi chercher de nouvelles formes. Mon tableau triangulaire en bleu n’a rien de révolutionnaire, il est seulement le fruit d’une recherche esthétique et créatrice. J’aime à croire que les artistes cochons pousseront la porte que j’ai entrouverte.

Pinceauporco : Vous faites allusion à votre tableau Le derrière de la porte ?

Cochomilk : Non. C’était une simple métaphore.

(Exergue du chapitre VI du tome I)

Tous ces exergues sont extraits du tome I de Le sourire du cochon, mémorial porcin en 4 tomes. 

 Bon, ça suffit pour aujourd'hui. Plus tard, si vous êtes sages, vous aurez droit à quelques apophtegmes cochons...

 

08 juillet 2007

Le sourire du cochon, suite

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Voici, comme promis, quelques exemples de proverbes porcins. Comme vous allez le constater, certains ont encore la marque de l’influence humaine. D’autres, au contraire, ont été inventés par la sagesse populaire cochonne. 

Cochon qui sommeille, appétit qui s’éveille

(Proverbe cochon)

 

Tête de cochon, tête de breton.

(Proverbe humain, repris par les cochons du peuple qui ignorent totalement ce que désigne ce mot et s’imaginent qu’il s’agit d’un casque blindé en acier trempé. Rétablissons la vérité ; voici la définition du Cochobert  du mot breton : breton : en langage humain, signifiait tête de cochon. On n’est pas plus avancé.)

 

Cochon qui vivra, verrat deviendra.

(Proverbe cochon)

Petite variante :

Verrat qui vivra, cochon deviendra.

(Proverbe d’origine inconnue. Peut-être inventé par les humains vu le peu de sens de cet apophtegme.)

Cochon trop aimable finit toujours sur la table.

(Autre proverbe cochon)

Persil dans le groin annonce le boudin.

(Proverbe d’origine inconnue. Il s’agit sans doute d’un adage cochon très ancien faisant référence à cette pratique humaine barbare qui consistait à manger les cochons.)

Un bon cochon a toujours le lard et la lanière.

(Maxime cochonne)

 

Et enfin, le plus connu d’entre eux, qui fait fureur parmi la jeunesse cochonne (laquelle ne comprend absolument rien à ce qu’elle scande, mais ce n'est pas grave, ça rappelle une autre jeunesse…)

God save the couenne !

(Proverbe en langage humain signifiant « Dieu sauve les cochons ».  Pour le malheur de l’humanité, cette prière a été entendue…)

 

Faisons maintenant connaissance avec nos héros cochons : ce sont quatre universitaires très sérieux ( !) de la Grande Cochonnerie Centrale, université bien connue de la Cochonie Centrale.

-               Porcella, spécialiste en Littérature Porcine Ancienne à l’Université de la Grande Cochonnerie Centrale.

-               Liliporca, spécialiste en Langues Humaines à la même université ;

-               Porcilius, savant et chercheur de génie, en poste dans la même université ; il a une compagne, Cochona, dont le déménagement fut un très grand moment dans la vie de nos vaillants universitaires ;

-               Porky, le narrateur, spécialiste en Civilisation humaine, également enseignant à la Grande Cochonnerie Centrale. Il a lui aussi une compagne, Cochonella et une portée de six cochonnets.

Nos cochons doivent se rendre sur le site de Saint-Goret des Côtes salées, station balnéaire de Cochonie Septentrionale, où a été découvert un site archéologique humain qui va se révéler plein de surprises. Leur mission : mettre au jour, traduire et commenter des documents vieux de plus de centaines de millions d’années et qui ont été retrouvés quasiment intacts dans des salles souterraines, miraculeusement épargnées par le temps et les bouleversements géologiques.

Le tome I nous permet de les suivre dans leur voyage de la Cochonie Centrale à la Cochonie Septentrionale et de découvrir ainsi la société, la culture et les traditions cochonnes… dont certaines vont sans doute vous rappeler quelque chose…

Par exemple, une soirée à l’Opéra Porcin de Jambonville, où ils vont applaudir la Goretta dans son grand rôle… 

 

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Extérieurement, l’Opéra Porcin de Jambonville n’avait rien d’extraordinaire, le bâtiment était même très laid, vous auriez dit un gros fromage blanc trempant dans une mare de sirop à la menthe. En traversant les jardins qui entouraient l’opéra, je ne pus m’empêcher de toucher de la main les arbustes qui jalonnaient l’allée de graviers ; ils me paraissaient être d’une couleur un peu trop éclatante et ce vert tape à l’œil avait quelque chose de malsain et de très suspect. Le contact des feuilles me fit frémir : du plastique. Toute cette verdure n’était que du faux-semblant. « Le comble du mauvais goût », dis-je à Porcella. Elle tourna vers moi un visage lugubre. « Attends de voir l’intérieur, prophétisa-t-elle. Je sens que ce n’est pas le grand air du trois qui va me faire tomber par terre, mais la décoration. » Elle tendit discrètement la patte vers une cochonne qui minaudait sur la droite, entourée d’un cercle de verrats souriants et libidineux. « Par la Grosse Truie, tu as vu le vernis de cette demeurée ? C’est une honte de sortir avec des ongles pareils !» Pour la circonstance, Cochonne Porcella avait revêtu une robe longue d’un très beau rouge sombre, et s’était laqué les ongles avec un soin inouï. Son vernis était de la même couleur que sa robe et, ma foi, elle en imposait. Bien plus que moi, étranglé et boudiné dans mon smoking ou que Porcilius qui nageait dans le sien, une fois et demie trop grand pour lui. (C’était le seul qui restait. Oui, je sais, lecteur chéri, nous aurions pu –et dû- échanger nos costumes. Mais voilà : nous n’y avons pas pensé !)) Liliporca avait choisi un chemisier jaune et une jupe longue noire, taillée dans un léger tissu, qui mettait en valeur la minceur de sa taille ; la jupe aux mille plis voletait autour d’elle, suivant le rythme de sa démarche, et elle avait posé un châle noir sur ses épaules nues. Elle avait grande allure, Liliporca, et elle fit, sur son passage, se retourner bon nombre de cochons mûrs ou verts (aussi verts que la fausse verdure), fortement intéressés par ce qu’ils découvraient, alors que Porcilius et moi ne déclenchions aucune vague de pâmoisons successives chez les cochonnes.

Porcella, très admirée elle aussi, mais surtout lardée de coups d’œil envieux, jaloux et assassins de certaines cochonnes, impassible, impavide, royale et totalement indifférente aux regards qui la dépeçaient, Porcella, donc, poussa d’une patte impériale la porte vitrée du hall de l’opéra, oublia de la retenir et Porcilius la reçut dans la figure. De sorte que, d’un côté, notre entrée fut très majestueuse, et de l’autre carrément inénarrable, si le lecteur imagine Porcilius, perdu dans son smoking, la main plaquée sur son groin, titubant et couinant de la plus désagréable manière.

Contrairement aux prévisions pessimistes de Porcella, la décoration intérieure ne provoquait pas d’évanouissement. Du moins dans l’immédiat et si vous ne cherchiez pas à la regarder de trop près. Le hall était circulaire mais quatre piliers qui soutenaient chacun un escalier dessinaient un carré parfait à l’intérieur du cercle. On avait jugé utile de placer les caisses au beau milieu de ce carré, ce qui provoquait des embouteillages monstres et une cohue qui n’avait rien d’élégant. Le sol ressemblait à du marbre, et j’en étais à me demander si c’était du faux ou du vrai marbre lorsque Porcella, qui avait suivi la direction de mon regard, leva tous mes doutes : « Du faux, du toc, du clinquant, comme la plupart des cochons qui sont ici, assena-t-elle. Tu as vu leur tronche ? Tu les as écoutés deux minutes ? Tu ne vas pas me soutenir qu’ils sont mélomanes, ces gros tas de graisse verbeux ! » « Je pense qu’ils viennent surtout voir la Goretta », répondis-je en essayant de résister aux remous qui m’entraînaient vers le mauvais escalier. Je perdis Porcella de vue mais retrouvai Porcilius, qui avait entendu ma réplique. « Si c’est le cas, elle a intérêt à être bonne », murmura-t-il, et il disparut dans le flot. « Bah, même si elle chante comme une casserole, ils la trouveront sublime », dit tout à coup Liliporca qui surgit comme par enchantement à mes côtés. J’en avais marre d’être bousculé, traîné, tiré de tous les côtés par cette foule de snobs endimanchés. Je commençai donc à jouer des coudes, des genoux, du groin, des pattes et, comme par miracle, il se fit autour de nous un grand vide. « Là ! dis-je. On va au moins pouvoir respirer à défaut de pouvoir penser. » Porcilius, dans un élan désespéré s’extirpa du flot et vint s’abattre dans les bras de Liliporca. Porcella, l’air de rien et le groin plus innocent que celui d’un cochonnet, se mit à pincer tout ce qui passait à sa portée, culs, hanches et j’en passe, et se retrouva en cinq secondes à nos côtés. « Il faut prendre cet escalier, là », dit-elle en montrant celui qui, par chance, était juste devant nous.

Le marbre de l’escalier était aussi faux que celui du hall, mais il brillait davantage et avait le désagréable privilège de glisser. Je ratai une marche et faillis m’étaler. « Décidément, ils sont débiles, dans ce trou paumé, dis-je, très mécontent. On n’a pas idée de cirer un escalier ! »  Porcella s’arrêta un instant. « Regarde ces trucs au-dessus de toi, murmura-t-elle. Si c’est pas à gerber dans la seconde ! » Je levai la tête. Encastrés dans le mur, presque au plafond, s’étalaient tous les deux mètres des bustes de cochons, de cochonnes, le cou tendu, le visage tourné vers le haut ou vers le bas ; un sourire niais étirait leurs babines et ils avaient le groin aussi sale que devait l’être celui des cochons que les humains éduquaient à chercher dans la terre une saloperie dont j’ai oublié le nom mais dont nos prédécesseurs étaient friands. Quant à leur regard, il avait la vivacité d’une poêle à frire. Tout ça au milieu de guirlandes de plâtre et d’exubérants bouquets de fleurs en stuc. « Opéra de province, me contentai-je de dire en reprenant la montée. Ça veut tout dire. » Qu’est-ce que la Goretta, Divine entre les Divines, était venue faire ici ? Comment avait-elle pu se fourvoyer dans ce repaire de la médiocrité ? C’était les ors et les pierres précieuses de l’Opéra National Porcin qu’il lui fallait, pas cette caricature de temple culturel !

Les places louées au dernier moment se trouvaient à l’orchestre. En plein milieu. Les plus chères, certes, mais les meilleures, du moins selon la logique un peu spéciale des directeurs de salle. En fait, pour un amateur d’opéra porcin, les meilleures places, elles sont tout à fait en haut, là où le son, amplifié par la structure en bois de la salle,  s’épanouit pleinement et prend toute sa beauté. Mais, évidemment, c’est très difficile de se montrer aux yeux de l’assistance quand vous êtes au dernier balcon.  Alors qu’à l’orchestre... La salle entière peut vous voir ; vous focalisez l’attention des spectateurs du haut et vous pouvez en toute sérénité vous livrer aux singeries mondaines qui attireront les regards. Pouah ! Ça, c’est bien une des pires choses que nous ayons piquées à la défunte humanité : son nombrilisme et le goût de la représentation inutile.

Je fus le premier à découvrir la rangée où étaient nos fauteuils. Les ouvreuses, débordées, tanguaient et viraient dans toutes les directions sauf dans la nôtre. Déjà bien énervé par ce que j’avais vu auparavant, je n’eus aucun scrupule à écraser les doigts de patte de ceux qui avaient eu l’outrecuidance de s’installer avant nous et prétendaient, avec leur amoncellement de manteaux de fourrure sur les genoux, nous barrer la route. Il résultat de ce passage en force quelques gémissements, un « aïe ! » sonore qui ne me fit ni chaud ni froid, quelques remarques dépourvues d’aménité sur mon « sans-gêne » (et eux, dans le hall, quand ils nous bousculaient, ils n’étaient pas sans gêne, peut-être ?), et une menace, de la part d’un vieux cochon sénile enrubanné comme un cadeau d’anniversaire (ce qu’il n’était vraiment pas) de m’apprendre la politesse si je ne m’excusais pas (menace qui resta lettres mortes : le regard meurtrier que je lui décochai rajouta quelques rides à sa figure de cochon ratatiné).

 

[... On s'installe et on fait la connaissance de Fredicocho, grand amateur d'opéra. Soudain...]

 

Nous en étions à deviser comme de vieux copains lorsque s’éleva au fond de la salle, vers une des portes, un énorme bruit et la moitié du public éclata en applaudissements. Tout le monde se retourna. En vain, on ne voyait rien, sinon un remous de cochons et de cochonnes en folie en train de glousser et de glapir à qui mieux-mieux. « Que se passe-t-il ? demandai-je. C’est le Cochon-Président qui s’amène ou quoi ? » Fredicocho s’était dressé sur son siège et, le cou tendu vers l’arrière, examinait avec attention le groupe qui déclenchait un tel charivari. « Mieux que ça, dit-il en se rasseyant. Je sens que la soirée va être très chaude. C’est la Porcaldi qui vient d’arriver. Avec ses groupies. » Porcilius se pencha vers moi. « Qu’est-ce qui se passe ? » « La Porcaldi », dis-je en prenant l’air mystérieux et important de celui-qui-sait-alors-que-les-autres-ignorent-tout. Fredicocho profita de cette intervention pour se faire présenter aux autres membres de l’équipe. Il s’inclina avec beaucoup de grâce sur la patte de Liliporca, puis sur celle de Porcella, admira fort astucieusement le vernis à ongles de cette dernière, laquelle, conquise, se montra avec lui d’une étonnante amabilité. Pendant ce temps, la Porcaldi, qu’on avait débarrassée de ses admirateurs, posait sa gracieuse personne rutilante de bijoux divers dans un fauteuil, au premier rang. « Mince ! siffla Liliporca. Rien qu’avec une de ses boucles d’oreille, j’achèterais la soue de mes rêves ! » « Si jamais la Goretta réussit le contre-contre-contre mi bémol, la Porcaldi va en prendre une attaque, me glissa Fredicocho à l’oreille. Elle n’est jamais parvenue à le sortir, la chérie, et pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir tenté, je vous l’affirme. » « S’il me fallait choisir entre les deux, je prendrais la Goretta sans hésiter, affirmai-je. Son timbre est peut-être moins beau que celui de la Porcaldi, mais, par la Magna Truya, elle, c’est une actrice ! Et elle risque des notes que personne n’oserait risquer. Ça passe ou ça casse, mais au moins, elle essaie ! » « Tout à fait d’accord avec vous, dit Fredicocho. La Porcaldi est excellente au disque ; en studio, elle fait des merveilles. Mais sur scène, personne n’arrive à la cheville de la Goretta. » 

 

[... La représentation commence. La Goretta est sublime, bien entendu et tout le monde attend le fameux grand air du trois. Il finit par arriver...]

 

Les juges blablatèrent un moment, le chœur se lamenta sur la pauvre Cochaïna, la mezzo vint glapir que l’heure de la vengeance avait sonné, le ténor pleura dix minutes sur sa bien-aimée, et enfin, enfin, la Goretta réapparut. Entre le deuxième et le troisième acte, Cochaïna était censée avoir passé de longues semaines en prison dans un cul de basse fosse, et donc, sa tenue vestimentaire et son apparence physique devaient être rien moins que misérables.

La maquilleuse et le costumier n’avaient pas donné dans l’abstraction. Le beau visage de la Goretta était enlaidi par ce qui semblait être du noir de fumée, maculé de saloperies diverses, elle était enveloppée de haillons d’une couleur indéfinissable, haillons qui lui couvraient à peine le corps et laissaient voir –plus que deviner- de généreuses mamelles et des jambes dégueulasses elles aussi, mais dont le galbe et la plénitude avaient de quoi faire loucher une armée de cochons séniles. Quant à ses bras, d’habitude d’un rose tendre et exquis, on eût dit qu’ils avaient mariné des heures dans le tout à l’égout de l’opéra. La Porcaldi ne put retenir un petit cri de frayeur, genre  « Ahi ! Comment peut-on accepter de se laisser défigurer ainsi ? » et, me murmura Porcella qui la voyait mieux que moi, fit, parait-il, une affreuse grimace et agita furieusement son éventail, comme pour chasser les ignobles effluves que lui envoyait sa rivale. La Goretta et la Porcaldi se détestaient tellement que la première aurait été parfaitement capable de s’enduire de merde des pieds à la tête, juste pour faire vomir de dégoût la seconde.

Très consciente de l’effet qu’elle produisait sur le public, la Goretta se jeta aux pieds des juges dans un ample mouvement plein de grâce et de sensualité, et, du coin de l’oeil, je vis les oreilles et le groin de Porcilius se dresser à la verticale totale. Encore cinq secondes, et il allait baver comme un vieux lubrique. Ce n’était pas le moment de lui rappeler que Cochona l’attendait patiemment dans leur soue, d’ailleurs, j’étais prêt à parier qu’il avait oublié jusqu’à son existence.

La Goretta, toujours allongée par terre, entama sa grande plaidoirie. L’air commence d’abord tout en douceur, puis devient de plus en plus lyrique, et finit en un extraordinaire crescendo dramatique, au terme duquel les chanteuses se contentent généralement d’un contre-ut, parce qu’elles ne peuvent pas aller au-delà de certaines notes. Le contre-contre-contre mi bémol allait arriver... J’en salivais à l’avance. Le jeu de scène de la Goretta était d’une incroyable intensité. Elle vivait son rôle, jusqu’à l’épuisement. Elle variait les positions à l’infini, allongée au pied du tribunal, à genoux, debout, penchée, les pattes tendues, levées, se traînant sur le sol, enroulée sur elle-même, à plat ventre, sur le dos, et tout ça sans faire la moindre fausse note et sans cesser une seconde de chanter et non de gueuler, comme bon nombre de divas incapables de suivre, dans certains passages proches du parlando, la ligne mélodique. Même Porcella paraissait estomaquée par ce tour de force. Et puis, la montée commença.

Lente, lente, légère, la voix grimpait, grimpait, grimpait vers des hauteurs prodigieuses, devint de plus en plus aiguë, pratiquement inaudible, puis redescendit d’une octave. La Goretta, debout, prit son souffle, et lança enfin cet inoubliable contre-contre-contre mi bémol. « Ah ! Je meurs », expira Porcilius. A mes côtés, Porcella s’agita, se pencha et sembla chercher quelque chose par terre. Ravi, transporté, je ne pris pas garde à ses débordements. Le son était tellement aigu que mes oreilles le captèrent à peine. Et pourtant, il était là, sans conteste. La Goretta tint la note un certain temps puis s’effondra à nouveau sur le sol, exténuée, tandis que l’orchestre, dans un formidable fortissimo mettait le point final à cette sublime démonstration de chant. Il y eut d’abord un silence total dans la salle, puis ce fut un invraisemblable charivari. Pendant que Porcilius hurlait à la mort en trépignant sur son siège, que Fredicocho jetait sur la scène des brassées de fleurs (d’où avait-il bien pu les tirer, mystère !) et que le public devenait hystérique, Porcella continuait ses « recherches » sous le fauteuil de Liliporca dont les yeux tournaient dans leurs orbites comme deux billes affolées. « Mais qu’est-ce que tu as, à la fin ? » demandai-je entre deux acclamations. « Ben, je cherche sa voix, me répondit-elle. Visiblement, elle l’a perdue, je n’ai rien entendu de son contre-machin. D’ici à ce qu’elle ait craché ses cordes vocales dans la salle, il n’y a pas des kilomètres. » L’humour de Porcella me parut d’un lourd, mais d’un lourd ! Comment quelqu’un d’aussi cultivé qu’elle pouvait se montrer aussi éléphantesque ?

Les acclamations continuaient. Mais s’y mêlaient aussi des huées, des cris, des sifflets, et derrière nous, s’éleva tout à coup la voix d’un jeune cochon frisotté, snobinard en diable, accusant la Goretta « d’avoir triché et rien émis du tout parce qu’on n’avait rien entendu, c’était un scandale une imposture pareille ! » Ce devait être un fan de la Porcaldi. Il n’eut pas le temps de crier deux fois ses insanités. Porcilius, entendant cette horreur, se tourna comme une furie vers l’hérétique et se jeta sur lui, les pattes en avant. Je n’eus pas le temps d’intervenir ni de réaliser ce qui se passait que mon cochon préféré avait déjà basculé sur le malheureux et le bourrait de coups de poing, de pattes, le mordait avec frénésie et transformait ses frisettes en un magma informe de poils dégoulinants de teinture. Porcella s’était dressée de toute sa taille : « Vas-y, Porcilius, démolis-lui sa tronche de con ! » criait-elle. Les amis du frisotté se jetèrent sur Porcilius. Fredicocho entra à son tour dans la mêlée. Je fus bien obligé de m’y mettre à mon tour, encouragé par Liliporca, absolument déchaînée. En un instant, partisans de la Goretta et partisans de la Porcaldi en étaient venus à échanger insultes et coups de pattes virulents. La soirée tournait à l’émeute. J’entendis tout à coup un cri strident : la Porcaldi s’était évanouie à grand bruit. Quant à la Goretta , la dernière vision que j’eus d’elle était celle d’une diva très contente de soi, contemplant l’infâme merdier et entrelacs de pattes, de bras, de groins avec, sur les lèvres, un sourire inextinguible.

Les cochons-policiers virèrent tout le monde du théâtre et personne ne vit la fin de la représentation et à vrai dire, tout le monde s’en foutait. Nous avions perdu de vue Fredicocho et le retour à l’hôtel s’effectua bien plus tard, quand la cochopolice, après nous avoir laissé croupir trois heures dans une cellule du cochonissariat et avoir enfin  relevé notre identité, voulut bien nous libérer sur un péremptoire « c’est bon pour cette fois, mais encore un scandale de ce genre et c’est la mise au frais pendant trois mois et 5 000 goros d’amende. »

Extrait de Le sourire du cochon, Mémorial porcin, Tome I

 

Comme quoi, même chez les cochons, les stars déclenchent aussi des émeutes...