24.06.2008
Nostra Dama s'en va
NOSTRA DAMA S’EN VA
La sublime Nostra Dama, déesse aux Talons Aiguilles pourfendeurs, notre Mylène-Marlène bien aimée part à la retraite…
La nouvelle n’a rien de surprenant, me direz-vous, étant donné que vous l’avez déjà annoncée dans le premier portrait que vous fîtes d’elle.
Certes. Mais c’était en décembre 2007 ; l’échéance semblait encore bien lointaine. A présent, tout est consommé. Elle a vidé son casier, emporté toutes les chaussures à talons qui l’encombraient de même que tous ses catalogues de bas résilles et, accessoirement, les copies des tracts rédigés par Deborah qui pourrissaient au fond d’un carton.
C’est fini. Et vous pensez bien que nous ne l’avons pas laissée partir comme ça. Nous lui avons infligé une soirée « d’au-revoir » au cours de laquelle un individu qui n’avait rien de mieux à faire a trouvé le moyen de prononcer un discours que je vous reproduis tel quel.
L’EPOPEE DE NOSTRA DAMA
Discours en vers qui se veulent des alexandrins.
En vertu des pouvoirs qui me sont conférés,
Grande Impératrice, Reine de la soirée,
C’est à moi, misérable et indigne rimeur
Que revient donc le soin de chanter ta valeur !
De ce cœur daigne entendre la plainte sacrée,
Et de ton attention daigne bien l’honorer.
Mon discours sera long, et même interminable
Car j’ai bien l’intention d’endormir cette table
Par le glorieux récit de toutes tes prouesses :
Cet hommage impromptu n’aura certes de cesse
Que de tous tes combats, je n’ai rendu compte
Et que tes ennemis j’eusse couvert de honte.
Commençons tout d’abord par l’adoration*
Et laissons notre cœur épancher sa passion.
Ave Nostra Dama, gratia plena,
Benedicta tu, et benedictis Talonis Aiguillonis tui.
Morituri unde tassa stupidum copierum te salutant.
Sancta Nostra Dama, ora pro nobis pendentum retraita tua,
Nunc et in hora retraitis nobis qui arriverit, helas, in multi annea et
Crevarum erimus avanti, certainis est, dixit Denaïze.
(Gafiot, I beg your pardon for the sacrilegium)
Nostra Dama naquit en plein siècle dernier
Après ces longs combats qui furent meurtriers.
Dans ses langes serrée, elle réclamait fort
Des talons effilés et des bas tout en or.
Sur son front la résille avait posé ses doigts
Et ses rêves n’étaient que chatoiements de soie.
A trois ans de la lutte elle fit son combat,
Recrachant sa Blédine, inondant de caca
Tous ceux qui s’opposaient à son désir secret :
Devenir l’Egérie des plus grands cabarets.
Le meilleur lui ouvrit une porte impériale :
Ce fut L’Education que l’on dit Nationale.
Elle erra quelque temps dans ce milieu pourri,
Cherchant quelque intérêt à tous ces gens rassis
Et très vite compris que pour gagner l’Olympe,
Aux sommets de Paris il fallait qu’elle grimpe.
Sa lumière sur nous à grands flots descendit,
Nous fûmes enchantés et nous fûmes ravis,
Par son verbe exalté, par sa bouche vermeille
D’où tombaient si souvent comme autant de merveilles
Des oracles divins, des sons si mélodieux
Que sans force à ses pieds nous gisions silencieux.
Pouvait-on concevoir adresser ses prières
Autrement qu’allongé le nez dans la poussière,
A la divinité souple comme une anguille
Qui vous ratatinait de ses talons aiguilles
Si vous prononciez* certains mots malheureux
Excitant son courroux, son esprit valeureux.
Comme il était aisé, cependant, de lui plaire !
Il suffisait de dire et cela d’un tel air,
« Je fais grève aujourd’hui, je vais à la manif,
Je prends la banderole et j’ai là mon canif,
Prêt à plonger au cœur de tous les opposants
Sa lame si sacrée, son acier si tranchant. »
Un sourire radieux tombait sur votre cou,
Elle vous bénissait, disait « relevez-vous,
Entendu je vous ai, je vous ai bien compris
Entre vos mains je mets mon honneur et ma vie,
Encor adorez-moi**, défendez-moi toujours,
Et vous serez alors digne de mon amour. »
Mais ce temps de bonheur hélas est révolu !
Notra Dama nous quitte et nous laisse tout nus
Entre les mains de qui, mieux vaut n’en point parler
On pourrait de mes mots beaucoup trop s’offusquer.
Adieu notre Sibylle, adieu notre Cassandre,
Droit en enfer sans vous nous allons redescendre,
Nous n’avons pas compris ce que vous psalmodiez,
Nous n’avons pas suivi vos avis éclairés.
Nous voilà maintenant tout au bord de l’abîme
Et vous nous laissez seuls, face à notre déprime !
Mais vous n’avez pas tort, chère Nostra Dama
De tourner les talons, de vous tirer de là.
Hélas, votre départ laisse en nous un grand vide,
Et remplit notre cœur de pensées bien morbides.
N’étiez-vous pas pourtant, depuis déjà longtemps,
Partie très loin de nous rejoindre les Titans ?
Dans les couloirs obscurs, vos pas bientôt s’éloignent,
Il ne reste plus rien, comme alors en témoignent
Ce silence absolu, cette absence de son,
Le souvenir perdu du bruit de vos talons.
Regagnez l’Empyrée, au banquet prenez part,
Des dieux soyez l’idole et soyez le rempart
Contre les coups de blues qui sur nous s’abattront
Quand des discours simplets, las, nous écouterons.
Dame aux talons pointus, dame aux belles résilles,
Dame aux cheveux de feu couverts d’une mantille,
Souvenez-vous de nous au sein de votre ivresse,
Et parfois soupirez : que devient donc le SNES ?...
* On fait une diérèse. Merci.
** A cet endroit, le récitant, submergé par l’émotion, s’est planté et au lieu de lire « adorez-moi » a dit « adhérez-moi » : lapsus révélateur de l’influence magnétique de notre Egérie Syndicale.
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23.06.2008
Planisphère : Mort, où est ta victoire ?
Je sais : un titre aussi beau pour une histoire aussi sordide et une greluche aussi tordue, c’est plus qu’un sacrilège, c’est une trahison. Mais on racole le lecteur comme on peut.
Peut-être préférez-vous ce titre ?
LA FIN DE SATAN PLANISPHERE
Par Victor Hugo Porky
Un peu prétentieux, de quoi faire grimper Dame Sardine aux murs (« tu ne te prends quand même pas pour Victor Hugo ? » « Non, ma chérie, je me prends pour moi, tout simplement »), mais tant pis, assumons.
Et nox facta est.
Voilà bien peu de temps, Planisphère tomba…
Abandonnons la rime pour revenir à la prose et décrivons l’écroulement d’un monde, celui de Planisphère, éjectée, dissoute, atomisée par une équipe en pleine rébellion. Marie-Antoinette est morte, vive Gélatine 1er !
On se souvient de l’effroyable anecdote racontée quelques jours plus tôt sur ce blog, anecdote à vous faire pleurer toutes les lames de votre corps parce qu’elle décrivait la révolte insensée des esclaves de Planisphère ayant osé prendre les armes contre leur bonne dame, leur si gentille maîtresse, incarnation vivante de la charité et du dévouement.
On aurait pu croire que, grâce à l’aide chevaline et zélée de Proserpine, Planisphère allait mater ces insensés et les faire rentrer dans le rang. Hélas…
Planisphère tomba, elle tomba bien bas…
Elle chut dans le vide et le néant obscur,
Rejetée par ses pairs, crucifiée sur le mur.
Réunion au sommet, regroupant Cerbère, Proserpine Ventremou Decheval, Planisphère et les adorateurs du Cabinet. (Justement, en parlant de cabinet, il semble que Planisphère ait eu des problèmes pendant la réunion qu’elle dut quitter précipitamment plusieurs fois : Chagrin inconsolable ou taraudante cystite ? Pas d’info à ce sujet.)
Discours pontifiant de Cerbère qui adore parler d’elle. Inattention croissante de l’auditoire qui pense surtout au combat meurtrier qui va se dérouler dès que la cheftaine aura fini de se glorifier. Planisphère tripote un énorme tas de papiers et Proserpine prend ce qu’elle s’imagine être un air inspiré ; son regard tente de laisser percevoir une lueur d’intelligence ; essai manqué.
Regina trépigne, Agénor s’endort. Gélatine se répand. Musaraigne Laborieuse, consciente de vivre un moment historique, écoute de toutes ses oreilles. Planisphère tripote toujours sa paperasse.
Elle tomba encore, Interminablement.
Ca n’en finissait plus, ça devenait barbant…
Quid de ces feuilles graffités ? Rien d’autre que toutes les tâches que Planisphère a accomplies pendant son règne et dans ses vies antérieures. Arme de dissuasion totale : si on veut la dégommer, voilà ce qu’il faudra faire, voilà les corvées qui vous attendront. Ah ! De quoi en effrayer plus d’un(e), pas vrai ?
Jetons un coup d’œil sur ces fameux travaux d’Hercule : beaucoup d’encre pour pas grand-chose. Elle aurait pu résumer ça en dix lignes et ce qu’elle affirme devoir prendre, au bas mot, plusieurs heures par jour, ne va vous occuper qu’une heure par semaine. Planisphère serait-elle méditerranéenne pour sombrer ainsi dans l’exagération ?
Cerbère pérore toujours. Planisphère l’écoute, ravie. Voilà maintenant que la Patronne se lance dans un éloge dithyrambique de la vieille morue. Tous les visages autour de la table se renfrognent. Planisphère plane. Elle est au septième ciel. Elle a bien fait de confier ses soucis à Proserpine ; elle a bien fait de lui demander de plaider sa cause auprès de Cerbère ; elle a tué la révolte et niqué ses administrés. Proserpine a fait du bon boulot puisque la Patronne dit exactement ce qu’on attendait d’elle.
Mais Cerbère est une rouée. Elle ne peut pas blairer Proserpine. La vieille Planisphère l’insupporte. Et la grenade inattendue explose, étendant raide les deux conspiratrices.
Cerbère (sucre et miel, à Proserpine Decheval, en guise de conclusion de son éloge planisphérique) – Ai-je bien récité ma leçon ? J’ai bien dit tout ce que vous m’aviez demandé de dire ? Je n’ai rien oublié, vous êtes sûre ?
Planisphère blêmit, Proserpine rougit, Cerbère sourit. L’auditoire ne fait rien mais n’en pense pas moins.
On regarde le cadavre de Planisphère. Il gît parmi les trucs inutiles et ringards entreposés dans la salle. Mais il bouge encore. Il faut l’achever au plus vite.
Vote : qui va obtenir la direction du Cabinet ? Deux voix pour Planisphère (la sienne et celle de Musaraigne Laborieuse –mais on sent une hésitation dans le vote de cette dernière : si Planisphère est out, ne vaudrait-il pas mieux cirer les pompes du/de la nouveau/nouvelle directeur/directrice ?) Toutes les autres voix pour Gélatine, tellement ému d’être ainsi élu par ses pairs qu’il coule sur la moquette au grand dam de Cerbère.
C’est ainsi qu’elle tomba, sans cri, en silence,
Mais son dernier regard exprimait sa souffrance.
Quoi ! Tant d’années passées à se bien dévouer*
Et par ces intrigants être déboulonnée !
Elle rit tout à coup et par terre cracha :
Morte, je ne suis point ; j’aurai ces cancrelats !
Mais un souffle passa ; elle tomba plus bas…
* On fait une diérèse. Merci.
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21.06.2008
Paranoïa Psychopatha
PARANOIA PSYCHOPATHA
L’exercice qui s’annonce va être diablement difficile : c’est la première fois que je fais le portrait d’une paranoïaque psychopathe mythomane.
N’ayant jusque là que très peu fréquenté les asiles psychiatriques, je m’avance sur la pointe des pieds pour décrire un phénomène que, Dieu merci, je n’ai dû rencontrer qu’une ou deux fois dans mon existence, et encore, la dose de démence était relativement supportable.
Il vous faudra donc excuser, amis lecteurs, certaines approximations, un certain flou dans la description du personnage, et un noir complet quant à l’origine de ses divagations. Paranoïa Psychopatha est siphonnée, d’accord. Mais d’où vient cette étrange manie de considérer certains de ses collègues comme des ennemis prêts à lui tirer dessus sans sommation, alors que, grand Dieu, ils ignoraient jusqu’à son existence et qu’il a fallu l’intervention de l’ARP (Association des Ragots et Potins) pour qu’on apprenne que, oui, ma foi, Dieu, un jour qu’il était plus distrait qu’à son ordinaire, lui avait donné forme, souffle de vie et démence précoce ?
Il y a là un mystère que, pauvre mortel dévoyé, je ne puis résoudre. Si un psy lit mes élucubrations, qu’il veuille bien me donner la solution de cette énigme, qui, entre nous, ne me taraude que le temps de rédiger ce portrait.
Donc, Paranoïa Psychopatha est folle. Son surnom vous l’avait déjà appris. Ce côté très sombre de sa personnalité schizophrénique (rajoutons-en un peu) s’est révélé il y a peu de temps par un flot d’affirmations hallucinées qu’il a fallu trier pour n’en retenir que les plus savoureuses. Elles ne font pas rire Esthetica Strombolia qui trouve qu’on ne devrait pas permettre à des engins pareils de circuler librement dans un établissement scolaire. Divagation, oui ; aberration, non.
J’avoue que ce délire me fait rigoler au-delà du descriptible. Ne vous impatientez pas, les trouvailles arrivent :
- First affirmation : Paranoïa Psychopatha est sûre et certaine, elle en met sa main au feu, sa tête à couper, son corps à tronçonner (un rêve !) et d’ailleurs, c’est d’une évidence absolue, que Gontranix Imprecator et Monsieur de Lavallière couchent ensemble ! Elle le dit et le répète.
Ah bon ! Première nouvelle. Heureusement qu’elle est là pour m’apprendre que j’ai un amant. Je ne m’en étais pas encore aperçu. Ces trous de mémoire, franchement, quand on vieillit !... Cela dit, ma chérie, tes infos sont incomplètes : on fait ça à trois avec Sigismond Bétehesse et même que parfois, on racole dans la rue pour organiser de gigantesques partouzes. (Pendant qu’on y est, autant lui donner de quoi alimenter son imaginaire.)
- Second affirmation : Dame Angoissa Chronica est une perverse. Mais si, mais si ! Est-ce qu’elle n’a pas le front, le culot, l’outrecuidance et la perversité de piquer des courriers dans le casier de son homonyme (hélas pour Dame Angoissa, elle porte le même nom que Paranoïa), de détruire lesdits courriers, et d’ailleurs, il n’y a pas que les courriers, des choses ( ?) ont disparu et c’est intolérable. Dame Angoissa est totalement infréquentable et on la déteste.
Petite précision : il est vrai qu’en début d’année, de petites confusions entre ces deux dames se sont produites au niveau de la distribution du courrier. Qu’a fait Dame Angoissa quand elle a découvert que certains papiers n’étaient pas pour elle ? Elle a simplement transféré lesdits papiers de son casier à celui de son homonyme et l’affaire était close.
Pour elle. Parce que Paranoïa Psychopatha n’a pas été d’accord du tout pour enterrer une hache de guerre qui n’avait jamais été déterrée. Elle a collé sur la porte du casier de Dame Angoissa une énorme affiche qui proclamait qu’elle n’était pas celle qu’on croyait, qu’il ne fallait pas la confondre avec n’importe qui, que son courrier n’appartenait qu’à elle et qu’on devait (je crois que la formule était encore plus impérative et péremptoire) éviter de telles erreurs absolument insupportables. Dame Angoissa Chronica (vous finissez par la connaître) n’en a pas dormi pendant une semaine.
Comme on le voit, Paranoïa a une haute idée d’elle-même. Et elle ne craint pas d’affirmer sa supériorité en réunion : Problèmes pédagogiques ? Connais pas ; problèmes disciplinaires ? Connais pas. Problèmes tout court ? Connais pas. Moi, cinglée ? Moi, hystérique ? Vous voulez une baffe ?
Comme je suis quelqu’un de curieux et que j’aime bien savoir qui colporte des bruits sur mon compte (non pas pour lui régler le sien mais pour bien l’affirmer dans ses convictions en accueillant par exemple Gontranix devant elle avec un retentissant « bonjour, mon amour, merci pour cette nuit de rêve »), j’ai demandé à ceux qui la connaissaient de me la montrer. L’engin n’était point dans la salle. Bon. Alors, de me la décrire pour que je puisse pousser l’amusement jusqu’au bout. Je cite : « une petite moche boulotte à la figure écrasée ». D’accord. Avec ça, vous allez loin parce que les moches boulottes, dans cet endroit… (Vous finirez la phrase à ma place.)
Résumons-nous : cet établissement présentait déjà beaucoup de spécimens dignes d’un zoo ; voilà maintenant qu’on se tape une psychopathe déjantée. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire ? Moi si.
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13.06.2008
La Principessa Ovina Libria
PRINCIPESSA OVINA LIBRIA
OU
ATTILA’S GODESS
La Principessa Ovina Libria e bella. Si, si, si, si, si, si. Elle est sublissima. Elle rendrait même des points à Isabeau de Bondière, championne toute catégorie dans le domaine de l’élégance. Il paraît qu’Attila en est convaincu et Regina l’affirme avec beaucoup de conviction. (Mais on sait que les goûts esthétiques de notre fermière bien-aimée sont parfois douteux.) Et Ovina Libria a sur Ammoniaque un extraordinaire avantage : elle est plus jeune. (Pas de beaucoup mais ça suffit pour que certaines personnes en mal de séduction opèrent un virage à 180 degrés.)
Ovina Libria a une chevelure noire comme le plumage d’un corbeau (tellement noire que cela en devient suspect : teinture ou non ?) ; elle est frisée comme un mouton, grande, mince, toujours vêtue à son avantage. Attila, bien que menacé par la retraite dans quelques années, n’en a pas pour autant décidé de raccrocher. Après avoir bassement séduit Ammoniaque, il la jette comme un vieux kleenex usagé (qu’elle est, hélas, et en plus, elle est grand-mère) et se tourne vers cette fleur vénéneuse au regard de charbon.
La Principessa Ovina Libria s’habille quasiment toujours en noir. Elle n’est pas désagréable mais ce n’est pas non plus un monument de sympathie et de chaleur humaine. On dira d’elle qu’elle est « professionnelle ». Amoureuse folle de l’informatique, elle ne s’adresse désormais à nous que par le truchement des mails –ce qui a d’étranges conséquences dans la mesure où, pour prendre juste un exemple, votre serviteur ne regarde ses courriels qu’environ une fois tous les quinze jours, et encore quand le mot « messagerie » lui vient à l’esprit. La Principessa en est parfois grandement offensée. Comment, on n’a pas lu ce qu’elle envoyait ? Vraiment, là, c’est du j’m’en foutisme.
Le pire, c’est qu’elle nous inonde de copies de tous les messages inutiles, chiants, parasitaires qu’elle reçoit des multiples zozos qui cherchent à placer leurs spectacles, livres, conférences, etc… C’est tellement horripilant que vous flanquez ces merdes à la poubelle sans même les ouvrir. Et vous finissez par souhaiter que son ordinateur lui explose au nez et l’expédie toute noire au plafond. Ca rendrait la décoration du lieu plus attrayante.
Mais La Principessa est inatteignable : elle déambule dans les couloirs et la salle des Urnes Funéraires avec une élégante ostentation et un port de tête dont la fierté le dispute à la noblesse ; sa prestation est toutefois nettement mieux réussie que les lamentables essais de Proserpine Decheval. Il est vrai qu’entre les deux, on ne peut guère hésiter. De là cependant à prendre Ovina Libria pour Aphrodite (ce qu’elle est aux yeux d’Attila, rendu bigleux par sa dernière montée de testostérone avant la panne sèche), il y a quand même de la marge.
Cependant, Attila ne tourne ses regards que vers elle. Notre Pâris sur le retour vient de lui remettre la pomme ; a-t-elle cédé ? Qu’a-t-elle promis en échange de cette récompense ? That is the question. Personne ne le sait. Alors on suppute, vous pensez. Il faut bien occuper cette fin d’année scolaire et trouver de quoi s’amuser pendant les interminables surveillances de bac qui vont nous tomber sur la figure dans peu de temps. Ont-ils ?... « Ils ont », dit Regina en haussant les épaules. « D’ailleurs… » et elle s’arrête, un petit sourire en coin, histoire de vous faire mariner dans votre jus. Aurait-elle surpris La Principessa et Attila dans des postures que la morale réprouve ? Non, non, nos esprits dévoyés font fausse route. Mais Ovina Libria a su s’infiltrer dans les réseaux intérieurs et semble vouloir déboulonner Ammoniaque de sa place d’Egérie Chérie. Il paraîtrait qu’elle traficoterait des trucs bizarres et qu’elle fricoterait via les échanges de mails avec le Trio Houp là là, j’ai nommé les trois A.
En tous cas, Ammoniaque fait un peu la gueule et a abandonné son sac argenté. C’est mauvais signe. Ajax « l’humaniste » (dernière trouvaille de Deborah, grandement inspirée dans son délire) rôde comme une âme en peine en attendant de se faire de nouveau ammoniaquer. Et Attila fourbit ses armes. Pendant ce temps, mystérieuse et hautaine, l’air sévère et condescendant, le sourire totalement absent de ses lèvres non gercées, La Principessa Ovina Libria passe et repasse dans sa jupe noire, jette élégamment quelques pièces dans la machine à café puis se retire dans son antre, le breuvage divin dans une main et un livre dans l’autre.
Il parait que tous les séniles de la salle des Urnes Funéraires la suivent des yeux en bavant.
Pas moi, hélas. Mais je ne suis pas sénile…
PS: SURTOUT NE MANQUEZ PAS D'ALLER VOIR SES EMBLEMES DANS LE BESTIAIRE DESENCHANTE N° 4 !
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12.06.2008
Le mai 68 de Planisphère
LE MAI 68 DE PLANISPHERE
OU
REFAISONS UN PEU L’HISTOIRE …
Planisphère la vieille carne, la mémé flingueuse nourrie au plutonium, la mangeuse de jeunes mâles en détresse a bu l’élixir de jouvence et a ainsi rajeuni de 40 ans. Elle est revenue au bon vieux temps des pavés volants et des voitures cramées, mais hélas, déjà, à cette époque, elle devait taper dans les 50 balais.
Toutefois, cette cure de rajeunissement l’a, malheureusement pour elle, projetée dans la peau d’un certain Général de Gaulle au moment desdits événements : la cheftaine se voit donc confrontée à une révolte de ses administrés : un vent genre ouragan Katrina est en train de souffler sur sa perruque et les fissures de son visage et menace de lui renverser son trône sur la gueule. Mais Planisphère appartient à la race de ceux qui ne plient pas : fidèle à son modèle, elle résiste. Se souvient-elle toutefois que ce cher général s’est fait blackboulé l’année suivante ? Cela voudrait dire que son règne touche à sa fin…
Cauchemar inouï, abominable et dantesque prémonition ! Planisphère en frémit de ses multiples bajoues. Mais pourquoi tant de haine ? A-t-elle commis des actes répréhensibles, osé des gestes incongrus, prononcé des paroles impardonnables ? Elle se dévoue tellement pour son équipe ! Elle va même jusqu’à choisir les classes à la place de ses collègues afin de leur épargner le souci de trop réfléchir. Elle défend ceux qu’elle estime être faibles et opprimés ; elle brandit la bannière du professionnalisme et de l’efficacité, de l’altruisme et du dévouement absolu à l’humanité. C’est une nouvelle Jeanne d’Arc. Et on veut la brûler sur le bûcher des barricades ? Mais c’est inconcevable !
D’ailleurs, en parlant de barricades, son équipe en révolte en a dressé quelques unes dans la salle des Urnes Funéraires et s’apprête à soutenir le siège. Regina a préparé ses torpilles, Agénor a piqué sa lance à Saint Georges afin de terrasser le dragon ; Musaraigne Laborieuse fait un rempart de son corps à la mamie persécutée et scande le seul slogan capable de faire reculer l’ennemi : « Il faudra me passer dessus avant de la toucher ! » Agénor en devient violet de terreur et Regina manque se faire exploser sa torpille à la figure.
Mais leur déconvenue est de courte durée. Musaraigne Laborieuse a bénéficié de l’effet de surprise et il ne dure pas si longtemps que ça. Les révoltés du Cabinet s’emparent des réseaux informatiques et inondent leurs collègues de mails. La bataille du courriel a commencé.
Echange de mots vinaigrés et d’expressions péremptoires voire menaçantes, de poulets venimeux et de paragraphes incendiaires. La démocratie est en jeu. Feu sur la centenaire qui veut rétablir le pouvoir absolu. Planisphère riposte, de toutes ses pauvres petites forces. « La carne résiste ! » dit Regina, féroce au-delà de l’imaginable. Musaraigne Laborieuse, qui a fini par comprendre que sa gracieuse personne n’intéressait que son mari, entre dans la danse et répond aux attaquants par de belliqueuses approximations grammaticales. Bruder Devotion se lance dans le combat aux côtés de la malheureuse Planisphère et pond des phrases interminables. Regina et Agénor sortent l’artillerie lourde. Planisphère est au bord de la déroute. Ses fissures sont devenues crevasses, sa perruque pend lamentablement, ses bajoues se sont effondrées dans une flaque de peau parcheminée. Elle va devoir céder, abandonner son trône, la voilà pourfendue, jetée au Temple, la Conciergerie l’attend et l’échafaud n’est pas loin. (On s’éloigne un peu de Mai 68 mais ce n’est pas grave.)
Taratata ! Taratata ! Taratata !
Quel est donc ce son si peu gracieux qui tout à coup résonne dans l’air ? On dirait une vieille trompette enrhumée. Et quel est ce hongre merdique qui apparaît au loin en essayant vainement de prendre l’allure d’un étalon ?
Mais c’est le cheval de Proserpine ! Hourra ! La grosse courge arrive dans sa combinaison orange clash. Elle tressaute sur sa selle comme un vieux sac de patates. Ses jambons enserrent avec peine les flancs de son étique monture. Elle brandit d’une main la Lance Salvatrice que Cerbère lui conféra lors de son adoubement et de l’autre tient comme elle peut des rênes qui ont tendance à lui échapper. Est-ce que ça va finir par une chute magistrale ? (Nous voilà maintenant en plein Moyen Age. Aucune importance.)
Nenni. Proserpine Decheval la bien nommée s’arrête périlleusement devant L’Innocence Outragée, se dresse sur ses étriers. Sa monture s’aplatit par terre, pattes écartées, mais elle n’en a cure. Elle rugit : « Je viens à toi Planisphère ! Je suis Celle qui combat toutes les injustices et je n’aurai de cesse que tes ennemis soient par moi vaincus ! Je vais lancer contre eux une attaque si inouïe qu’ils en seront pulvérisés. » Un pauvre sourire vient encore enlaidir le visage ravagé de la Détresse. « Oh, grande Proserpine, Chevalière à la Bouffie Figure, tu te souviens de mon indéfectible fidélité à ta cause. Si tu me sauves de ce désastre, je serai ta féale pour l’éternité. »
Revenons au vingt et unième siècle. Proserpine, à qui les ans ne font pas peur, traverse les siècles avec une maestria confondante et assise devant son ordinateur, envoie aux belligérants des deux camps un mail bien senti dans lequel elle vante les mérites, le dévouement, l’efficacité de Planisphère et exige, vous entendez nom de Dieu, exige que cette révolte cesse et que les coupables s’agenouillent devant leur Reine.
On en est là. Quelle sera la réaction des séditieux ? Planisphère sera-t-elle, malgré l’aide de Proserpine, détrônée ? Aura-t-elle la main mise sur tous les services de ses collègues ? Continuera-t-elle à jouer les Louis XIV de banlieue ?
Ce qu’il y a de sûr et certain, c’est que votre serviteur a frémi de joie en entendant que Proserpine s’était immiscée dans une affaire qui ne la regardait pas. Ce geste si noble risque de se retourner contre elle à brève échéance… Mais chut ! Gardons un peu de mystère pour la suite…
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26.05.2008
Gontranix Imprecator : "Autant en emporte mes dents"
OU : LA DRAMATIQUE SECESSION D'UNE MOLAIRE
Il y a quelques jours, un flash spécial d’Astrocochon nous permettait d’avoir un vague aperçu de la saga guerrière : « Gontranix contre une gencive exubérante ». Vos pensez bien que le rédacteur des portraits et anecdotes de ce blog sublime n’allait pas laisser passer ce genre d’information sans réagir. Voici donc, en quelques lignes, l’aventure inouïe qui arriva à notre Jupiter Tonnant.
Prologue :
Un matin, alors que Nous pénétrions d’un pas relativement peu assuré (radar automatique branché) dans la salle des Urnes Funéraires, quelle ne fut pas Notre surprise en découvrant, assis devant sa table favorite, Gontranix Imprecator dans une pose qui ressemblait très vaguement à celle du Penseur de Rodin, sauf que la main ne soutenait pas le menton mais était fortement plaquée sur une joue. (On est prié de ne pas demander laquelle, le rédacteur n’étant pas latéralisé, il passe son temps à confondre la droite et la gauche, ce qui est gênant au volant mais n’a aucune conséquence en politique.)
Nous prîmes un siège et Nous demandâmes à notre illustrissime confrère si tout allait bien ; car un tel silence et une immobilité aussi parfaite Nous avaient immédiatement donné de grandes inquiétudes au sujet de sa santé.
« Non, Nous dit Gontranix d’un ton souffreteux. J’ai mal aux dents. J’ai passé le week-end à bouffer de l’aspirine et à me gifler très fort pour que ça fasse encore plus mal que cette foutue molaire. Je suis claqué et je n’ai plus de joue. »
Et, pour bien montrer à l’assistance (quelques glandus matinaux nous avaient rejoints) le siège de son intolérable douleur, Gontranix ouvrit une bouche aussi grande qu’un four et exhiba quelques unes de ses dents –spectacle qui n’avait rien de ragoûtant. « J’ai tellement mal que je ne sais même plus laquelle il faut soigner. Heureusement, j’ai pris rendez-vous cette après-midi avec la Grosse P …, j’espère qu’elle va m’arranger ça. »
Nous nous demandâmes un moment pourquoi Gontranix avait demandé un rendez-vous à Proserpine Decheval dans la mesure où cette dernière n’avait rien, mais absolument rien d’une dentiste compétente. Peut-être pensait-il que pleurer dans son énorme giron lui permettrait d’alléger sa souffrance. Mais Nous fûmes, Dieu merci, vite détrompé : « La grosse P…, c’est ma dentiste, expliqua Gontranix. Pourvu qu’elle puisse faire quelque chose. »
AUTANT EN EMPORTE MES DENTS - Tragédie en cinq actes par Gontranix Imprecator
Acte I : Rumeur de guerre
Le lendemain, même endroit, même décor, à peu près mêmes personnages. Gontranix est assis sur une chaise mais cette fois parle très fort et s’agite.
NOUS (arrivant dans le même état qu’au prologue) – Alors, on dirait que ça va mieux ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait, la Grosse P … ?
GONTRANIX (radieux) - Elle a découvert que ma gencive avait recouvert une vieille dent pourrie qui s’était infectée et elle m’a donné des antibiotiques pour juguler l’infection ainsi que des antalgiques plus puissants que l’aspirine. Je n’ai plus mal. Et après, il faudra arracher cette saloperie et faire des trucs archi compliqués, je n’ai pas compris grand-chose sinon que cela allait me coûter la peau du cul et ça, c’est une catastrophe.
NOUS (très compatissant) – Bienvenue dans l’univers des abcès dentaires et des arrachages de molaire. Ca sent le râtelier à brève échéance.
GONTRANIX (terrifié, mais pontifiant) – Non, non, non ! Elle va simplement l’enlever et mettre un bridge à la place. Tu comprends, j’ai certes quelques dents abîmées mais c’est sans comparaison avec les tiennes. (Bingo !)
NOUS (digne) : Je te signale que mes dents vont très bien. Essaie donc d’avoir des caries dans du plastique ou une matière de ce genre ! (Un partout.)
GONTRANIX – Je ne tiens pas du tout à en arriver à ton stade. C’et bien pour ça que je vais suivre à la lettre les ordres de la Grosse P …
PROSERPINE (surgissant de derrière les urnes funéraires) – On parle de moi ?
Acte II : La guerre est déclarée : première victoire
Quelques jours plus tard, même endroit, personnages identiques.
GONTRANIX (vraiment très radieux) – Ca y est ! Je me suis séparé de ma dent pourrie. Elle me l’a arrachée hier !
NOUS – Et c’est ainsi que débuta la guerre de Sécession. (Avec un ton plein d’espoir) Et ça t’a fait très mal ?...
GONTRANIX – Pas du tout. Elle avait endormi la gencive avec une piqûre. Me voilà débarrassé de mon abominable souffrance et d’une ennemie dont la sournoiserie n’avait d’égale que sa propension à me transformer en bête hurlante et menaçante.
NOUS – Menaçante pour qui ?
GONTRANIX – J’avais tellement mal que j’aurais giflé n’importe qui. Maintenant, il faut attendre que ça se cicatrise et les travaux de ravalement pourront commencer.
NOUS – Méfie-toi. Une gencive ne se vainc pas comme ça. Elle peut s’infecter, gonfler, devenir purulente, se fendre en deux… Crois-en ma vieille expérience.
GONTRANIX (inquiet) – Tu crois ?
NOUS (moue dubitative) – Ca peut arriver.
GONTRANIX – J’ai pleinement confiance en la Grosse P …
PROSERPINE (apparaissant) – Vous m’avez appelée ?
Acte III : Revers de fortune : l’ennemie se rebiffe
Une semaine après. Café de la Crèche.
GONTRANIX : Je sors de chez la Grosse P … (Inquiet, tournant la tête de tous côtés) Je n’ose plus prononcer son nom, à chaque fois, la citrouille se pointe. Elle m’a annoncé une mauvaise nouvelle : ma gencive a fait des conneries, elle a repris du poil de la bête, il va falloir la traiter au laser.
NOUS – Je te l’avais bien dit. Tu chantes toujours victoire trop tôt. Une guerre ne se gagne pas en cinq minutes. Surtout ce genre de conflit. Elle refuse de ce cicatriser, c’est ça ?
GONTRANIX – Pas du tout. Elle cicatrise même trop bien. Et trop vite. Et trop fort.
SIGISMOND BETEHESSE (présent tout à fait par hasard à cet endroit) – C'est-à-dire, en clair ? Tâche d’être précis, j’ai horreur des approximations. Une gencive qui cicatrise trop fort, cela ne signifie rien et j’aime les précisions.
GONTRANIX – Et bien pour que la G … P… (Jetant un regard circulaire) puisse porter le coup fatal qui me rendra une dentition à peu près normale, il faut que ma gencive cesse de croître et de s’exciter. En résumé, il parait qu’elle est trop exubérante, elle recouvre ce qu’elle ne devrait pas recouvrir et ça empêche toute invasion par le bridge salvateur.
NOUS – Il est évident qu’elle ne se rendra pas sans avoir combattu jusqu’à sa dernière cellule. Les gencives ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois. Et depuis que ta dent a fait sécession, elle en profite pour agrandir son territoire. Normal, en temps de guerre.
GONTRANIX - En attendant, cette connasse m’oblige à multiplier les rendez-vous et ça fait monter la note.
VOIX DE PROSERPINE – Que se passe-t-il ? On m’a invoquée ?
Acte IV : L’ennemie est vaincue à la bataille de Laser 4
Trois semaines plus tard. Salle des Urnes Funéraires, fin de matinée.
NOUS – Mais où est donc Gontranix ? Nous ne l’avons point vu, ce matin.
VOIX INDETERMINEE – Je crois qu’il est allé chez sa dentiste.
REGINA – Le pauvre, il a dû atrocement souffrir. Si je le pouvais, j’irais assiéger sa dentiste pour l’obliger à être un peu plus efficace.
NOUS (sentencieux) – La guerre est la guerre. Une bataille remportée ne veut pas dire que le conflit est terminé. Et puis, je crois qu’il n’est pas dans notre intérêt de nous mêler de cette querelle interne. Nous n’avons aucun droit d’ingérence dans cette affaire.
REGINA – Quand même, être impuissante à ce point me donne des furoncles. Préparons au moins une infirmerie d’urgence au cas où il reviendrait gravement blessé.
(Gontranix entre, le visage coupé en deux par un sourire triomphant et vaguement outrecuidant.)
GONTRANIX – La guerre est finie ! Nous avons vaincu, la Grosse P … et moi. (Proserpine n’apparaît pas.) Quatre séances de laser, vous vous rendez compte, pour enfin lui faire rendre gorge, à cette pétasse ! (Proserpine n’apparaît toujours pas.) Maintenant, elle demande l’armistice.
REGINA (joignant les mains) – Soyez grands et généreux ! Accordez-le lui !
GONTRANIX – Tu penses bien que c’est ce que j’ai fait. Au prix où coûte une séance de laser pour gencive exubérante ! Maintenant, la reconstruction va pouvoir avoir lieu. Le bridge salvateur devrait arriver bientôt, il est parti de chez le prothésiste avec toute son armée de dents. Ce conflit aura cependant provoqué de terribles pertes. Je suis épuisé, je n’ai plus d’énergie. Mais la Grosse P … va très bien, elle, je vous remercie.
PROSERPINE (apparition éclair) – Mais qu’est-ce que vous me voulez encore ? Dites-le une bonne fois pour toutes !
ACTE V : La reconstruction sur une gencive vaincue mais dévastée.
Une semaine après. Encore la salle des Urnes Funéraires.
Gontranix est devant un ordinateur et massacre allègrement les touches du clavier.
NOUS – Vous semblez de bien bonne humeur, cher ami.
GONTRANIX – C’est le jour de la Victoire ! On me pose le bridge cette après-midi. Je vais enfin pouvoir montrer mes molaires à tout le monde.
REGINA (compatissante pour les malheureux) – Et qu’avez-vous fait de la vaincue ?
GONTRANIX – Rien. On va s’assurer qu’elle ne se révoltera plus et puis on débloquera des fonds pour reconstruire de nouveaux broyeurs. Reste à savoir si les autres dents vont accepter ça.
NOUS – En tant que spécialiste de la fausse dent, je peux te certifier que tu peux avoir de sérieux ennuis si les prémolaires rejettent cette alliance.
GONTRANIX – Je sais qu’une occupation de terrain ne se fait pas sans péril. On risque constamment l'expulsion. Mais j’ai pleinement confiance en la Grosse P …
PROSERPINE (surgissant, radieuse) – Enfin un compliment ! Dans mes bras, Gontranix Imprecator !
RIDEAU FINAL
(Là, nous nous avançons beaucoup. Car si la guerre des dents a bien eu lieu, elle n’est pas forcément terminée avec le renfort du bridge… Donc, peut-être à suivre.)
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19.05.2008
Proserpine Decheval s'essaie à la séduction
PROSERPINE DECHEVAL S’ESSAIE A LA SEDUCTION …
… ET SE VIANDE
Ca y est, l’Ineffable est de retour parmi nous.
Elle a abandonné couches, biberons, rots, braillements et caca verdâtre pour son ordinateur bien-aimé, son bureau adoré, sa fonction vénérée que personne ne vénère à part elle et quelques courtisans en mal de reconnaissance. Et tout recommence comme en 14.
Proserpine a éjecté sa remplaçante dans un placard à balais et trône majestueusement derrière sa table de travail derrière laquelle n’émerge que son sublime visage encore un peu bouffi, luisant de crème (contre quoi ?) et ses grands petits yeux pas encore chassieux, mais cela ne saurait tarder.
Et sa voix de crécelle résonne de nouveau dans les couloirs et dans la salle des Urnes Funéraires.
Et les menaces diverses et variées recommencent, parce que Proserpine, mère ou non, ne sait toujours pas lire ce qu’on lui écrit. (Ou fait semblant, ce qui est encore plus désolant. Ou déblatère sur ce qu’elle n’a pas lu, ce qui est un trait marquant de sa personnalité.)
MAIS…. Oh oui, il y a un MAIS…
Proserpine Decheval, inspirée par on ne sait quelle révélation divine, décide tout à coup de changer de rôle et de harpie glapissante glisse sournoisement vers celui de Lorelei. Proserpine a décidé de séduire, c’est sa dernière invention, et c’est sans doute une des meilleures.
Pimpante dans sa tenue chic-mode toujours aussi peu seyante, souriante (on arrive même à croire qu’elle ne s’est pas exercée toute la nuit devant son miroir), le verbe fleuri à la bouche et l’amabilité aux lèvres, elle s’avance langoureusement de son pas de grenadier vers le groupe des renégats qui l’accueille –ô immonde hypocrisie !- avec des sourires encore plus sucrés que les siens.
Que veut donc notre Egérie chérie ?
Rien, rien, juste quelques petits renseignements… Il faut se mettre d’accord sur ceci, penser à cela, est-ce que c’est possible de faire ceci… Est-ce qu’on aura le temps de faire cela… Le tout enrobé de formules de politesse grosses comme les biceps de Superman. Les bras vous en tombent et vous la regardez en vous demandant si c’est vraiment elle ou un clone nettement plus réussi que l’original. Non, non, c’est bien Proserpine.
La preuve, c’est que dans une conversation uniquement professionnelle, elle arrive quand même à placer son « conjoint », homme génial s’il en est parce qu’il brasse du vent traite des affaires dans lesquelles ont ne parle même plus en millions d’euros, c’est vous dire son importance, son chieur, son amour pour son chieur, la réussite qu’est son chieur, les horaires de son chieur (nourriture, pipi, caca, dodo), l’âge auquel elle a eu son chieur, la nourrice de son chieur, et on va s’arrêter là parce que vous êtes déjà complètement groggy –et qu’en outre, vous en vous en foutez mais alors à un point…
Bref, Proserpine a changé son fusil d’épaule. Elle s’est dit que l’amabilité était le meilleur moyen de regagner –sinon le cœur ou l’estime, faut pas exagérer- du moins l’écoute de ses ouailles. Elle regroupe sous son aile ses petits profs afin qu’ils puissent tous (elle et eux) travailler en bonne intelligence.
Venant de quelqu’un d’autre, ça pourrait être crédible. Venant d’elle, ça parait tout simplement aberrant. Autant dire que personne n’est tombé dans les filets de cette sirène au chant cacophonique ; mais tout le monde est curieux de savoir comment les choses vont évoluer. Alors, d’un commun accord, les renégats ont joué le jeu et sorti toute leur panoplie de faux cul. A eux également les sourires, les amabilités, les z’innocentes plaisanteries (voyez comme nous acceptons d’être complices avec vous) ; Gontranix ne tonne pas, Sigismond Bétéhesse rengaine ses vacheries, Monsieur de Lavallière fait taire son ironie, Deborah hoche la tête d’un air concentré, Enigmatica continue de jouer l’énigmatique, Dame Angoissa se tait mais n’en pense pas moins, Gaffiot Sculpturus sourit dans sa barbe, Isabeau de Bondière accepte de quitter son trône, Zaza Blondina opine du chignon, bref, tous ceux présents lors de ce moment miraculeux font semblant de trouver Proserpine absolument charmante. Et se tordent de rire dès qu’elle a quitté la salle des urnes Funéraires.
Combien de temps Proserpine va-t-elle tenir ? Quelle sera la première connerie qui flanquera par terre tout son bel édifice de guimauve écoeurante ? Sur quelle tête vont tomber les prochaines menaces ?...
Les paris sont ouverts.
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08.05.2008
Zaza Blondina et Monsieur de Lavallière
ZAZA BLONDINA ET MONSIEUR DE LAVALLIERE :
GAFFES ET BEVUES (suite)
Le portrait de ces deux éminents membres de la Salle des Urnes funéraires n’eût pas été complet si nous n’avions pas raconté non pas leurs dernières frasques (en ce moment, ils se tiennent tranquilles mais pour combien de temps ?) mais quelques-unes de leurs précédentes boulettes.
La courtoisie et la bonne éducation (si chères à Zaza Blondina) exigent que l’on commence par les dames : voici donc la première anecdote, celle dont la Blonde Sublime a été l’héroïne.
18 H : la journée est finie : Zaza Blondina, sac en bandoulière et cartable dans la main, se dirige d’un pas primesautier vers l’arrêt du bus situé en face de l’établissement. Elle est toute contente parce que son dernier cours s’est particulièrement bien passé et elle a l’impression d’être une prof géniale. Elle n’ose pas chantonner parce qu’il y a pléthore d’élèves autour d’elle, mais elle adresse à la ronde une généreuse série de sourires radieux.
Et justement, non loin d’elle, un jeune homme lui rend son sourire. Visiblement, il la connaît. Elle aussi le connaît, elle l’a vu quelque part, c’est certain. Elle s’approche de lui, aimable et pimpante. « Oh, bonjour, dit-elle, vous ne seriez pas le serveur du restaurant chinois de la place XYZ ? Ca fait longtemps que je ne vous ai pas vu. »
Le sourire du jeune homme se fige et disparaît. Son visage prend une expression particulièrement réprobatrice. « Non, répondit-il. Je suis un de vos étudiants et vous venez de me faire cours pendant deux heures. »
Zaza Blondina, foudroyée, se tait.
L’étudiant ne lui adressera plus la parole de l’année.
Deuxième anecdote : cette fois, c’est Monsieur de Lavallière, notre arbitre des élégances, qui en est le héros malgré lui.
Alors qu’il traverse inconsidérément le centre commercial de la Part-Dieu, Monsieur de Lavallière s’entend héler par une voix féminine. Il s’arrête, regarde autour de lui. Une jeune fille lui fait de grands signes et s’approche de lui, souriante. Seigneur, c’est une de ses étudiantes. Mais laquelle ? Et à quelle promotion appartient-elle ?
La jeune fille bavarde, très à l’aise, pendant qu’il essaie désespérément de se souvenir d’elle. Elle lui apprend qu’elle fait un stage dans le centre commercial.
Monsieur de Lavallière (voyant là l’occasion d’arriver à cerner l’époque où il essayait de lui enseigner les rudiments de la synthèse de documents) : Un stage ? Mais vous n’avez toujours pas trouvé de travail ?
L’étudiante (surprise par l’incongruité de cette question) : Non, je fais simplement mon stage normal.
Monsieur de Lavallière (guère plus avancé) : Ah, d’accord ! Mais dites-moi, je vous ai eue comme étudiante en quelle année ?
L’étudiante (abasourdie) : Mais vous m’avez cette année ! Je suis dans votre classe de BTS !
Monsieur de Lavallière (effondré, à part) : Nom de Dieu, comment je vais me tirer de cette merde ? (A voix haute, radieux et faux cul comme cela ne devrait pas être permis de l’être) : Ah oui, mais bien sûr ! Vous avez changé de coiffure, n’est-ce pas ? Voilà pourquoi je ne vous reconnaissais pas.
L’étudiante (rassérénée) : Oui, en effet, je me suis fait couper les cheveux.
Monsieur de Lavallière (soulagé) : Je me disais aussi… Vous savez qu’elle vous va très bien, cette coiffure ? Vraiment.
L’étudiante (ravie) : Oh merci, c’est gentil. A bientôt.
Et elle s’en va, laissant Monsieur de Lavallière au bord de la déroute, en sueur, et se disant qu’il l’a échappé belle. Vivent les coiffeurs !
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25.04.2008
Musaraigne Laborieuse
MUSARAIGNE LABORIEUSE
Comme son nom l’indique, Musaraigne travaille. Elle travaille même beaucoup. Du moins est-ce ce qu’elle affirme. Elle passe toutes ses vacances à faire ses cours et corriger ses copies.
Musaraigne n’est pas le symbole de la conscience professionnelle enseignante : elle EST la conscience professionnelle enseignante. Et elle a d’autant plus de mérite qu’elle est affligée de trois marmots –en bas ou haut âge, peu importe.
Je vous sens admiratif(s)/ve(s) : comment fait-elle pour mener de front deux tâches aussi prenantes ? Elle doit être super organisée. Vous avez raison : l’organisation est son point fort. Cependant, est-ce si difficile de l’être quand vous avez une belle-famille qui accepte de se coltiner les mômes pendant toutes les vacances et vous permet ainsi de vous consacrer à votre travail sans réelle prise de tête ?
Parlez-en à Dame Angoissa, elle aussi nantie de trois enfants, mais dont la belle-famille n’est pas si arrangeante ; elle a des raisons, elle, de frôler la crise de nerfs toutes les cinq minutes. Surtout quand lesdits enfants se liguent pour rendre la vie infernale à leur mère. Et je n’évoquerai pas ici toutes mes autres collègues féminines, soumises continuellement à ce type de pressions. (Il est vrai que j’ai l’habitude d’en assassiner quelques-unes ( !), mais je reconnais volontiers qu’un certain nombre d’entre elles n’a pas l’existence facile.)
Musaraigne Laborieuse n’est pas confrontée à ce genre de problème puisqu’elle peut larguer la chair de sa chair quand elle veut quasiment où elle veut. On comprend mieux, dès lors, pourquoi elle se vante d’être une grande travailleuse.
Et une pondeuse efficace, également. Trois jets de sperme ont suffi pour lui ouvrir les portes de l’Educ’Nat. Alors que les autres se sont fait suer à préparer des concours, Musaraigne n’a eu qu’à pouponner (et s’envoyer en l’air avant) pour devenir fonctionnaire. (Pour ceux qui ne le sauraient pas : une femme pourvue de trois gosses –minimum, heureusement, faut pas charrier- peut entrer dans la fonction publique sans se taper les concours. Si c’est pas une incitation à la fornication, ça !)
Mais son statut de Mère pesant parfois un peu lourd sur ses frêles épaules, elle aime rétrograder au rang de « fi-fille à sa mémé », la mémé en question se nommant Planisphère. Elle a trouvé en cette Vampirella 1830 une autre mère, qui la soigne, la chouchoute, la dorlote, lui indique tous les coups fumants à imaginer pour se faire bien voir et semble la désigner comme sa digne successeuse.
Un mouvement social se dessine-t-il (enfin !) parmi les rangs des enseignants ? Musaraigne Laborieuse lève son museau pointu et hume l’air ambiant : « De quoi parlez-vous ? dixit. Ah, de votre grève ! » Ce n’est pas la sienne, bien sûr. Musaraigne ne sera pas touchée par ce que si prépare. Le pire est qu’elle a peut-être raison. Elle sait si bien se faufiler partout, en bon rat d’égout auquel j’aurais mieux fait de la comparer qu’à cette sympathique bestiole, qu’elle est capable, effectivement, de passer au travers des mailles du filet.
Aussi Musaraigne Laborieuse voit-elle l’avenir en rose. Sa carrière est planisphérée planifiée par avance, elle connaît tous les trucs pour avancer à grands pas. Elle insupporte quelques collègues, ennemis irréductibles de Planisphère, qui n’espèrent qu’une chose : voir son poste passer à la trappe puisque c’est le moment du grand nettoyage dans l’Education Nationale. C’est méchant, vraiment. Pauvre petite Musaraigne égarée par la magie (noire) de la Carte Scolaire dans un collège pourri de banlieue, sans le secours de Planisphère-La-Gâteuse ! « Ca lui remettrait la cervelle à l’endroit, prétendent ces affreuses personnes, et ça lui ferait les pieds ». J’ai quelques doutes sur l’efficacité du traitement. Des gens comme Musaraigne retombent toujours sur leurs pattes, d’une façon ou d’une autre. Et je ne crois pas que sa cervelle soit capable de tourner dans un autre sens que celui où elle l’a habituée à girouetter depuis… Sa naissance ? Soyons sympa : quelques années…
Vous voyez ce qui fait la différence entre Musaraigne Laborieuse et Dame Angoissa, finalement ? Elles ont toutes deux contribué à la perpétuation de l’espèce. La première est bonne à jeter à la poubelle mais on garde précieusement la seconde…
(Voir ses emblèmes dans le Bestiaire Désenchanté n° 4)
07:05 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, satire, littérature, portraits
19.04.2008
Gaffiot Sculpturus
GAFFIOT SCULPTURUS
Gaffiot Sculpturus n’écrit qu’en russe.[1]
Mais Dieu merci, parle en français.
Cependant, lorsque vous trouvez dans votre casier un mot rédigé de sa main en alphabet cyrillique, d’évidents problèmes de compréhension se posent à vous. Vous avez beau tourner la feuille dans tous les sens, les formules cabalistiques n’en deviennent pas plus claires pour autant. Vous en êtes donc réduit(e) à attendre qu’il veuille bien apparaître dans la salle des Urnes Funéraires pour lui demander la traduction de son poulet.
Et quand vous lui dites : « Mais enfin, tu pourrais t’exprimer en français », il répond simplement « Non ». (« Niet » dans les moments de grande inspiration.)
Outre sa prédilection pour la langue de Dostoïevski, Gaffiot fait de la sculpture à ses moments perdus. Son atelier se trouvant en haut de la « Colline qui travaille » si chère à Solko, il hante régulièrement ce lieu marqué par l’Histoire. Mais Gaffiot n’oublie jamais, avant d’aller pétrir la pâte à modeler l’argile, ou buriner la pierre, de s’arrêter à sa Chapelle préférée afin de faire ses dévotions à la Déesse du lieu, l’Ineffable Lô-Rans. Là, il offre ses libations à la Dame aux Litres (corne, bien sûr), et fait rarement tapisserie en ce Saint Lieu car Sigismond Bétéhesse ne manque jamais de venir rendre hommage à l’Egérie du Plateau, de même que Monsieur de Lavallière et Gontranix Imprecator.



