06.11.2007
Les Martine - Fable 5
LA DERNIERE PARCE QUE JE COMMENCE A SATURER UN PEU...

MARTINE ET LE VOMI RÉCHAUFFÉ
Cette belle existence dut bientôt s’achever,
On trouva un matin le vieux ratatiné
Par une crise cardiaque. C’était couru.
A cet âge on ne peut toujours bien rester dru,
Surtout quand on pratique avec cette constance
Ce qui demande au fond beaucoup de résistance.
Une fois de plus, Martine fut obligée
De changer de demeure et de déménager.
Revenir chez ses vieux ? « Il n’en est pas question.
Pour toujours j’ai quitté cette horrible pension
Qui sent le chou cramé et le navet pourri.
Réfléchissons un peu. Mon argent a péri
Car j’ai trop dépensé. Si je faisais la manche ?
Je mets de vieux souliers et puis ma robe blanche,
Je prends l’air malheureux, pour ça, j’ai l’habitude
Et pour taper les cons de grandes aptitudes.
Non, cela n’ira pas. Ils sont bien trop avares.
Même mon joli cul, tel un gros gyrophare,
Ne les déciderait à soulager leur bourse.
Et si sur l’hippodrome on allait jouer aux courses ?
Soit. Avec quel argent ? Hélas, ma destinée
Est de finir esclave, il me faut travailler ! »
De son A.N.P.E. elle poussa la porte,
Se fit là recevoir à l’instar d’un cloporte,
Se fit bien engueuler parce qu’il lui manquait
Des papiers importants, de naissance un extrait,
Des actes certifiant qu’elle n’était pas morte
Et tous les documents qu’en ces lieux on apporte.
On trouva pour finir une place de bonne
Chez de gros prétentieux. La mère maigrichonne,
Bête comme ses pieds mais fort bourrée de tunes,
Le père pour du fric qui n’en ratait pas une,
Les deux enfants bouffis et déjà gras à lard
Qui ressemblaient pour sûr à d’immondes cafards,
Tels étaient les quidam chez qui elle tomba.
Ca fit des étincelles. Au bout de trois jours,
Martine se disait que ces topinambours
Méritaient par le feu d’être bien immolés.
Mais prudente elle était. Car vu son beau passé,
De ce crime c’est sûr on l’aurait accusée.
Elle se contenta de flanquer une claque
Au garçon pris soudain de fureur dionysiaque,
Arracha une touffe au toupet de la fille,
A Madame donna un bon coup de béquille,
Et se fit renvoyer. Est-ce bien étonnant ?
Mais avant son départ, ces horribles manants
L’obligèrent pour eux à préparer la soupe.
Un flacon d’ipéca, une très grosse coupe,
Quelques instants d’attente et ce fut le geyser.
Martine dégueula en plein dans la soupière,
Puis remua le tout, poivre et sel ajouta,
Avec de l’urine la pâte délaya,
Et pour corser le plat, un gros glaviot verdâtre
Vint donner à la soupe une saveur douceâtre.
« Bon appétit, dit-elle en posant sur la table
Le récipient couvert. Il est incontestable
Que de tous mes essais, celui-là est le mieux.
La recette me vient tout droit de mes aïeux.
Consommé de légumes, gros morceaux de viande,
Le tout bien réchauffé avec une guirlande
De persil, d’ail, d’oignons et de fenouil brûlé :
En un mot ça vaut bien ce que fait Maïté.* »
La famille attaqua ce repas si sublime
Le trouva délicieux et excellentissime,
En revoulut encore et cette fois Martine
Dut faire son marché au fin fond des latrines.
Sait-on bien ce qu’on mange ? S’est-on demandé
D’où sortent tous ces plats que l’on vous fait bouffer ?
Si dans un restaurant Martine est cuisinière,
Assurez-vous d’abord que cette cantinière
Ne met pas dans la soupe un peu n’importe quoi.
Finalement, parfois, mieux vaut rester chez soi,
Que dans un restaurant essayer un menu
Qui pour votre estomac sera très malvenu.
13:25 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, littérature, fable, martine
05.11.2007
Les Martine - Fable 4
BON, PUISQUE VOUS EN REDEMANDEZ... A
VOS RISQUES ET PERILS....
MARTINE ET LE VIEUX MONSIEUR PEDOPHILE
OU

MARTINE SE FAIT ENTRETENIR COMME UNE PUTE
« Quelle est donc cette merde au milieu du trottoir ?
Disaient tous les gens. C’est un vrai dépotoir !
Est-ce un handicapé par un bus écrasé ?
Ah non, c’est un enfant. Laissons-le donc crever,
Ce n’est pas mon affaire et mon patron m’attend,
Pour me baiser encore, il est très compétent. »
Pendant ce temps Martine à moitié congelée
Ouvrait grand ses deux yeux, se faisait engueuler
Parce que la chaussée bien trop elle encombrait.
Elle se redressa le visage défait,
Se traîna lentement secouée* de sanglots
Vers un beau magasin qui vendait des gâteaux.
Elle entra sur le ventre et gémit « Dieu j’ai faim,
Boulanger mon ami, file moi donc un pain. »
« Sors de ma boutique, répliqua l’artisan.
Je ne veux point ici de pauvre agonisant.
C’est plutôt dans la rue que les gens comme toi
Finissent leurs vieux jours à l’ombre d’un beffroi. »
Martine ressortit comme elle était entrée.
Dans la neige bien froide elle alla se rouler
Afin d’un miséreux détruire l’apparence.
Un vieil homme approcha. Il était certes rance,
Portait un long manteau, et les mains dans les poches
Tripotait quelque chose qui semblait bien moche.
« Voulez-vous, gentilhomme, à moi venir en aide ?
Dit la pauvre Martine. Je ne suis pas laide,
Je peux de vos vieux jours être le grand soutien
Soyez un bon grand-père et soyez bon chrétien. »
« Je suis par tes malheurs vraiment très contristé,
Répondit le vieillard. Pourtant tu t’es trompée.
Je ne suis pas de ceux qui courent après les filles,
Je préfère cent fois les garçons en guenilles,
Mais je suis charitable et je veux te donner
Quelque menue monnaie afin de subsister. »
Martine réfléchit. Vu de l’homme la tête,
Ce n’était pas souvent qu’il croquait les noisettes,
Et pour lui son bon cœur se remplit de pitié.
« Moi de même, dit-elle, je veux bien vous aider.
Je fais la rabatteuse avec cette culotte
J’attire les garçons sous votre redingote,
Mais en contrepartie, vous m’assurez le gîte
Et le couvert bien sûr. Pour une grosse bite,
Vous pouvez bien, Monsieur, me couvrir de cadeaux. »
« Serais-tu un peu pute ô mon bel angelot ?
Demanda le vieil homme. « Il faut être un cageot
Pour ne pas profiter des bonnes occasions.
Si vous êtes d’accord, topons-là, vieux croupion. »
Le marché fit merveille. A toute heure du jour,
Martine achalandait la belle basse-cour,
Qui se pressait autour de son coq déplumé
Trônant comme un vautour au milieu d’un merdier.
Dans une robe neuve en satin décadent
Un matin s’en alla Martine très gaiement
Du taudis de ses vieux à la porte frapper.
La mère en la voyant prit une grande épée,
La pointa sur sa fille et dit : « On n’entre pas. »
Martine eut un sourire et fit un entrechat.
« Regarde donc ma robe ô sinistre abrutie,
Dit-elle. Ce n’est pas ton très con de mari
Qui pourrait te payer une telle tenue.
Un seul mot m’a suffi pour être entretenue.
Ca fait vingt ans pétasse que tu te fais chier
Pour un salaire miteux à vouloir travailler,
Alors qu’en quatre mois, rien qu’en montrant mon cul,
J’ai gagné beaucoup plus que ton pauvre cocu.
Soyez-en remerciés, restez dans le fumier,
Moi je vais de ce pas payer mon couturier. »
Parents, finalement, la leçon est très claire :
Pour que vos chers enfants fassent une carrière,
Il faut de votre toit très bientôt les bannir
Ainsi pourront-ils mieux préparer l’avenir.
12:45 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, littérature, martine
04.11.2007
Les Martine - Fable III
POUR COMPLETER LA SERIE....

MARTINE SE FAIT JETER PAR SES VIEUX
L’affaire du caca finit très tristement
Car on trouva par terre les deux grands-parents,
Déjà ratatinés à l’instar de saucisses,
Prêts à quitter la scène et partir en coulisses.
Martine par ses vieux reçut une raclée.
On dira « c’est très dur », mais c’était mérité.
Les parents cependant n’étaient pas très tranquilles.
La gamine en effet paraissait très hostile,
Prête à recommencer ses meurtres en série,
A sortir du placard toute l’artillerie.
Ils allaient y passer, c’était sûr et certain.
Il fallait vite agir. Ce fut donc un matin
Que Martine trouva son balluchon tout prêt.
Son père et puis sa mère, armés d’un pistolet,
Désignèrent la porte et dirent en substance
Que vu la situation, et vu les circonstances,
Martine était bannie de son nid parental
Et devait désormais dormir à l’hôpital.
« L’assassinat, c’est sûr, vient de la génétique,
C’en est d’ailleurs vraiment presque mathématique.
Elle était destinée à semer les cadavres,
Foutons-là donc clou, même si ça nous navre. »
Martine protesta. « Je n’ai pas déjeuné,
Vous n’auriez pas le cœur, parents dégénérés,
De me jeter dehors avec le ventre vide ? »
La mère eut une larme et le père impavide
Répondit que sa fille était bien décédée
Et qu’une morte là n’avait jamais mangé.
« Je vous aurai, vieux cons », menaça la gamine
D’une terrible voix qui semblait vipérine.
« Nous nous retrouverons, je vous ferai bouffer
Votre coeur en boudin, votre lard en purée. »
Puis la porte sur elle enfin se referma.
On changea la serrure et puis on s’enferma.
Martine dans la rue se dit : « Où vais-je aller ?
Il fait vraiment très froid et la neige est tombée.
Errons donc dans les rues et tâchons de trouver
Un gentil vieux monsieur, tout prêt à m’adopter. »
Mais hélas, par ce temps, pas de vieillard dehors.
Martine était glacée dans son beau justaucorps.
La journée s’écoula en errance inutile,
Et lorsque vint la nuit, elle prit sa sébile,
S’assit sur un trottoir, sortit ses allumettes
Et se dit « Nom de dieu, ça va être leur fête !
Dans un grand barbecue je vais te les griller,
Ils sauront bien alors pourquoi ils m’ont chassée ! »
Mais un coup de blizzard chassa ces beaux projets.
Martine était pieds nus, n’avait pas de bonnet,
Elle allait s’enrhumer. Avisant une porte,
Elle frappa dessus. Ca resta lettres mortes.
A la porte suivante elle osa bien toquer
Mais on la rejeta sans un sou de pitié.
Et ce fut comme ça tout au long de la nuit.
Au matin, épuisée, par le grand froid transie,
Martine sur le sol s’effondra tout à coup,
De faiblesse évanouie, le nez dans la gadoue.
Avant de procréer, prenez vos précautions :
Faites des examens, voyez la prévention.
Avez-vous consulté un généalogiste
Qui pourra confirmer, si le doute subsiste,
Qu’aucun de vos aïeux n’avait commis de crime ?
Avez-vous eu déjà un début de déprime ?
Eûtes vous un beau jour, ça c’est très important,
L’envie de supprimer un bon nombre de gens ?
Faire un enfant, c’est bien ; mais si la génétique
N’est pas appropriée*, bonjour les pronostiques !
Des parents de Martine évitons donc l’exemple
Et couvrons bien le chef avant d’entrer au temple.
11:59 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, littérature, martine, satire, fable
03.11.2007
Les Martine - Fable 2
ET POURQUOI SE PRIVER ? CONTINUONS DONC LES STUPIDITES !
MARTINE FAIT CACA AU FOND DU JARDIN

On confisqua les joints, supprima les sorties,
Débrancha la télé, mais on la remit vite
Les parents n’ayant pas l’âme des carmélites.
Pour Internet hélas, ce fut une autre histoire.
Martine grâce aux blogs faisait tous ses devoirs,
Elle piquait par ci, elle piquait par là,
Recopiait celui-ci, recopiait celui-là,
Pensant que la maîtresse était vraiment trop conne
Et qu’il était aisé de tromper la bobonne.
Internet annulé, la chute fut sévère.
A la vue des zéros, les parents s’inquiétèrent.
« Pourquoi tes résultats sont aussi dramatiques ?
Demanda le papa, roulant les mécaniques.
Puisque c’est comme ça, nous allons t’interner
Chez tes vieux grands-parents, ça te fera les pieds. »
Martine supplia*, tomba sur ses genoux,
Se roula sur le sol, excita le courroux
De ses deux géniteurs. Pourquoi, me dira-t-on,
Faire un cirque pareil ? C’est que les deux croûtons
Nommés les grands parents n’étaient pas gens très drôles.
Ils vivaient à l’écart et tenaient bien leur rôle
D’atroce troisième âge et de vieillards séniles,
De ceux qu’on donnerait à de gros crocodiles
Pour que de leurs vieux os ils fassent leur délice.
C’est ainsi que Martine entra dans cet hospice.
Ce fut vite l’enfer. Grand-pa libidineux,
Grand-ma sentant la pisse et le marais fangeux,
Donnaient à la gamine l’envie de gerber.
Elle se contenait, ne voulant exhiber
Son dégoût si profond des chefs d’œuvre en péril.
Elle allait au jardin, respirait les pistils,
Tramait dans son esprit quelque vengeance atroce
Qui clamerait partout sa haine de ces rosses.
Il lui vint une idée. Dans ce jardin superbe,
Si bien entretenu par ces deux morts en herbe,
Au milieu d’une allée, en plein sur le gravier,
Elle fit un caca de l’ampleur d’un évier.
Un beau caca marron, résultat naturel
D’une digestion* très insurrectionnelle.
Son forfait accompli, elle revint au nid.
Grand-ma lui demanda : « Qu’as-tu fait aujourd’hui ?
As-tu fait tes devoirs, bien recopié tes mots ?
As-tu donc pour sortir bien mis tes vieux sabots ? »
« J’ai bien fait tout cela et même plus encor.
J’ai chié dans le jardin, cela sent vraiment fort,
A l’odeur de la rose, il me faut ajouter
Celle de mon caca, elle est vraiment salée. »
A ces mots la grand-ma tomba dans le coma,
Le grand-pa s’évanouit, il ne resta plus là
Que Martine songeuse et se disant vraiment
Il n’en faut pas beaucoup pour étendre ces gens.
Songez bien, chers parents, qu’avant de les punir
Il faut de vos enfants d’abord vous prémunir.
Car ils ont tous les droits, même celui de chier
Au fin fond d’un jardin, sous un palétuvier.
12:10 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, littérature, fables, martine
02.11.2007
Les Martine - Fable 1
ATTENTION ! TEXTE DE TRES MAUVAIS GOÛT - AMES SENSIBLES S'ABSTENIR !

MARTINE VEUT NOYER BEBE
« Viens ici, ma chérie, dit la mère à sa fille.
Il me faut te parler, laisse tomber tes quilles.
As-tu vu qu’en cinq mois j’ai pris beaucoup de ventre ? »
La gamine d’un coup sur l’endroit se concentre.
« Je ne suis pas bigleuse et perçu j’avais bien
Ce gonflement bizarre et je sais d’où ça vient.
Mon père encore un coup a vraiment fait des siennes,
Peut-être pourrais-tu lui dire qu’il s’abstienne ? »
La mère est étonnée de ce savoir si grand
Que cette belle enfant sur sa tête répand.
« De tes informations tu me sembles bien sûre »,
Dit la mère. « C’est que le trou de la serrure
Est meilleur professeur que la triste lecture
D’un guide formaté à l’usage d’enfants
Qui voudraient bien savoir ce que font leurs parents
Lorsque le tintamarre de leur chambre s’élève
Bruit qui ressemble au porc que soudain l’on achève. »
La mère resta coite et se le tint pour dit.
Et puis elle accoucha d’un horrible petit
Qui ressemblait à tout, sauf à un être humain.
« Et bien les vieux vraiment ils ont perdu la main,
Réfléchissait Martine en regardant son frère.
Ca devient aussi rouge qu’un calorifère,
C’est moche et puis ça crie, c’est sale et puis ça pue,
Ca pisse sur ma robe et là je n’en peux plus.
A ce chieur vagissant faisons donc prendre un bain
Voyons s’il flotte bien ou s’il coule soudain. »
Dans l’eau le petit veau Martine fit tomber,
Mit ses lunettes pour bien mieux regarder
Ce qui là se passait. Le lardon s’agita,
N’eut pas l’air bien content, faiblement il cria*
Fit quelques mouvements assez désordonnés,
Puis s’immobilisa, il était trépassé.
« Merde, dit Martine, l’expérience a raté.
Mais c’est sa faute aussi, ça ne sait pas nager.
Ma mère va gueuler, me priver de dessert
Et m’accuser d’avoir là zigouillé mon frère.
J’entends dès à présent ses propos hystériques,
Tout ça pour un marmot déjà cadavérique. »
Elle entra fermement dans la salle à manger
Où ses parents déjà commençaient à bouffer.
Elle s’assit près d’eux, déplia* sa serviette
Et dit en se servant une belle paupiette :
« Dernière information : mon frère a clapoté,
Bien vite il va falloir dans votre chambre entrer
Pour en faire un troisième et tâchez cette fois
Dans la procréation d’être moins maladroits. »
La vérité dit-on vient toujours des enfants
Ce récit n’en est-il pas la preuve vraiment ?
13:05 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, littérature, fables, satire, martine
29.10.2007
La Chimère, le Centaure et la Polytraumatisée
Fable pour Solko, trouvée au fond d’un tiroir. (Accessoirement pour des parents – s’il y en a- affligés par l’orthographe désastreuse de leurs chérubins.)
LA CHIMÈRE , LE CENTAURE ET LA POLYTRAUMATISÉE
Dans la salle de bain tout en porphyre orange,
Sentant l’urine rance et saturée de fange,
La Chimère chantait, le nez à la fenêtre,
Tapotant de la patte un joli baromètre.
Trempant dans la baignoire et dans un jus marron,
Une polytraumatisée jaune citron
Marmonnait quelques mots et toujours en anglais
Car sa mémoire flasque ignorait le français.
La Chimère chanta pendant un bon moment,
Puis se dit tout à coup : c’est mon tour à présent
Dans la boue de tremper, virons la vieille,
Et rangeons-la donc dans cette bouteille.
Sitôt dit, sitôt fait. Première tentative :
Ce fut un bel échec, la triste maladive
Résistant comme un âne qui ne veut pas boire,
S’accrochant aux rebords de toute sa mâchoire,
Car il ne lui restait, pour se mouvoir hélas,
Que ses nouvelles dents, beau cadeau de Christmas.
« As-tu fini de résister, vieux veau !
Disait la Chimère en frappant le pot.
C’est à moi maintenant dans le bain de plonger,
Tire-toi donc de là, polytraumatisée ! »
« Il n’en est pas question, répondit-on
En bel anglais mais sans la traduction.
Je suis traumatisée plus dés orthographiée.
Dans cette boue marron j’ai le droit de nager
Mes moignons me démangent, c’est un très bon signe,
Et mon orthographe redevient curviligne.
Je sens monter en moi tous les accords
Grammaticaux et lexicaux d’abord,
Puis la syntaxe vient, c’est la grande jouissance,
Je suis bientôt guérie, c’est une vraie jouvence. »
La Chimère cria :. « Pauvre chose atrophiée,
Qu’on ne peut sans vomir voir photographiée*,
Penses-tu que ce bain va tes os recoller ?
Tu rêves ma chérie ; ton squelette est brisé.
Rends-moi cette baignoire, car c’est ici ma place
Ou j’appelle Centaure et ses armes salaces. »
La menace fut vaine. On s’accrocha bien plus.
La Chimère bondit et dans un saut de puce,
Parvint dans un salon plein de miroirs profonds
Dans lequel un centaure assez peu pudibond
Exhibait sa vaillance, attendant le moment
De faire visiter un si beau monument.
« Aide-moi, l'ami, geignit la Chimère.
La pouf dans le bain me fait des misères.
Ca veut s'incruster, pourtant c'est mon tour
De tremper tel un joli petit-four,
Dans la baignoire emplie de cette eau si marron. »
« Je viens, dit le Centaure ôtant son pantalon.
Qu’elle le veuille ou non, la baignoire est à nous,
L’envie lui passera de cacher son minou. »
Tout de fureur et bien d’autre chose gonflé,
Le Centaure apparaît, mais la traumatisée,
Voyant cet étalon, sent que son appétit
Se réveille à son tour et pousse un petit cri.
Ce qui suit ne peut être raconté.
Mais sachez que la dés orthographiée
Là se releva dépolytraumatisée,
Et fit un zéro faute à toutes ses dictées.
Bien des maux sur la terre ont des causes bizarres ;
Ce n’est pas en allant dans un aérogare
Qu’on résout les problèmes existentialistes.
Il suffit de si peu pour retrouver la piste
D’où l’on s’était écarté. Fautes d’orthographe ?
Polytraumatisme et panne de paragraphe ?
Le remède est bien là, trouvons donc un centaure
Et nous saurons comment on écrit hareng saur.
07:00 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, satire, littérature, fable, école, lycée, pédagogie
30.07.2007
Fables de la Chine Antique IV
Fable pour nos chers politiciens :
TROIS LE MATIN ET QUATRE LE SOIRIl y avait autrefois un éleveur qui possédait une multitude de singes.
A force de vivre ensemble, ils étaient arrivés, maître et singes, à se comprendre parfaitement. Et le maître avait pour ses animaux une telle affection que, pour les nourrir, il allait jusqu’à rogner sur les vivres de sa famille.
Quand, plus tard, les vivres vinrent à manquer, il fut obligé de diminuer la ration des singes.
Pour prévenir leur mécontentement, il usa d’un stratagème.
« A chacun de vous, dit-il, je vais donner trois marrons le matin et quatre le soir. D’accord ? »
Mais les singes firent de hideuses grimaces signifiant à leur maître que la ration était trop maigre. Le maître réfléchit, puis au bout d’un moment, il reprit :
« Puisque vous trouvez insuffisante la ration de trois marrons pour le matin et quatre pour le soir, on va faire autrement. Ce sera quatre marrons pour le matin et trois pour le soir. Cela vous va-t-il ? »
Les singes, dupés par ce stratagème de pure rhétorique, acceptèrent l’arrangement avec satisfaction.
Fable du 5ème ou 7ème siècle av JC.
LE MUR ECROULE
Un riche propriétaire avait vu un mur de sa maison s’écrouler par suite de pluies torrentielles. Indiquant la brèche, son fils lui dit : « Il faut la boucher au plus vite, sinon, des voleurs entreront à la faveur de la nuit. »
Un vieux bonhomme qui habitait à côté de chez lui, ayant remarqué la brèche, l’avertit de même : « Si vous ne réparez pas le mur, les voleurs pénétreront chez vous lorsqu’il fera nuit noire. »
Et c’est ce qui arriva en effet la nuit même. Un homme se glissa chez le propriétaire et emporta un tas de choses précieuses.
Là-dessus, le propriétaire vanta beaucoup l’esprit de son fils qui, disait-il, était d’une clairvoyance étonnante tandis qu’il soupçonna son voisin d’être l’auteur du forfait.
Fable du 2ème siècle av JC.
LA LANCE ET LE BOUCLIER
Il y avait autrefois un armurier qui vendait des lances et des boucliers.
Il prit un bouclier et déclara : « Voilà mon bouclier. Il est si solide qu’aucune arme, si tranchante soit-elle, ne saura le percer. »
Ensuite, il prit une lance et dit : « Voilà ma lance. Elle a une pointe si affilée qu’aucune arme défensive, si solide soit-elle, ne saura lui résister. »
Un homme de l’assistance, que ces vantardises faisaient rire sous cape, se détacha du groupe et s’adressa au marchand :
« A ce que vous dites, votre lance est si pointue que rien ne saura lui résister et votre bouclier est si solide que rien ne saura le percer. C’est fort bien. Mais si vous prenez votre lance et foncez sur votre bouclier, qu’arrivera-t-il ? »
Pris au dépourvu, le marchand ne sut que répondre.
Fable du 2ème siècle av JC.
L’ELIXIR D’IMMORTALITE
Le bruit courait que dans la montagne, à quelques milliers de lieues de la capitale, vivait un vieux moine taoïste qui détenait le secret d’un élixir d’immortalité. Ayant eu vent de la chose, la roi envoya un grand dignitaire chercher le secret.
Mais quand le messager arriva sur les lieux, le moine venait de mourir.
Furieux, le roi accusa le dignitaire de s’être mis en retard par manque de diligence et le condamna au châtiment suprême.
Voilà un roi qui n’était pas un parangon de sagacité. Il ne lui était, en effet, même pas venu à l’esprit que si le moine avait possédé un élixir d’immortalité, il ne serait pas mort.
Fable du 2ème siècle av JC.
UN FILS PLEURE SA MERE
Deux familles habitent la même cour. Celle dont le pavillon donne sur l’est est en plein deuil : la mère vient de mourir. Son fils la pleure, mais sans grand chagrin.
Chez les voisins du pavillon ouest, le fils dit alors à sa mère : « Te voilà très vieille, maman. Il est temps de te dépêcher de mourir. Je jure de te pleurer à grands flots de larmes. »
Un fils qui souhaite la mort de sa mère est-il capable de la pleurer ?
Fable du 2ème siècle av. JC
LA CIGALE , LA MANTE ET LE MOINEAU
Sur un arbre, une cigale se régale de rosée tout en chantant, sans s’apercevoir que derrière elle, une mante la guette. La mante, prête à saisir la cigale, brandit, telle une paire de ciseaux, ses deux pattes de devant, mais elle n’a pas vu que derrière elle, un moineau est à l’affût. Le moineau bat des ailes et allonge le cou dans l’espoir d’attraper la mante ; juste à ce moment-là, un gamin prend son arc et vise le moineau.
La cigale, la mante et le moineau ont tous trois eu le grand tort de n’avoir d’yeux que pour leur proie sans se méfier des dangers qui les guettaient par derrière.
Fable anonyme, date inconnue.
Quelques petites explications concernant l’histoire littéraire chinoise et plus particulièrement le genre de la fable en Chine.
Voici ce qu’écrit Wei Jinzhi, écrivain chinois contemporain, dans sa préface au recueil de fables :
« Aux IIIe et IVe siècles avant notre ère, la domination féodale de la dynastie des Zhou commença à s'effondrer. Les principautés épuisaient leurs forces à chercher mutuellement à s'annexer, et les terres pouvaient se vendre et s'acheter librement. Certains aristocrates héréditaires retombèrent dans la plèbe ; par contre, des plébéiens acquirent la possibilité de s'instruire. De là on vit surgir nombre de philosophes et de politiciens, qui impulsèrent la rivalité entre de multiples écoles. Ces philosophes et politiciens, non contents des connaissances qu'ils possédaient déjà sur la culture antique et sur les riches expériences historiques, avaient beaucoup voyagé à travers les différentes principautés, et eu des contacts avec la population. C'est ainsi qu'ils avaient acquis une connaissance assez profonde de la vie du peuple, et assimilé les fables - une forme de récit métaphorique basée sur des récits de la vie quotidienne et des légendes historiques - auxquelles les gens du peuple avaient souvent recours dans leurs rapports entre eux. Ils prirent donc l'habitude d'emprunter des fables, largement répandues au sein du peuple, pour appuyer leurs arguments, lorsqu'ils composaient des satires contre les dominateurs ou leur adressaient des conseils, qu'ils essayaient de clore le bec à leurs adversaires dans les débats, qu'ils donnaient des leçons et des enseignements à leurs disciples et qu'ils écrivaient des œuvres pour exposer leurs théorie et doctrine. Parmi eux Han Feizi, Zhuangzi, Liezi étaient ceux qui savaient le mieux utiliser ce genre de littérature. Il va sans dire que les pensées développées par ces éminents philosophes et politiciens faisaient partie de notre patrimoine culturel antique dont l'éclat illumine tout le cours de notre Histoire. Les fables qui étaient utilisées par eux comme un moyen de communication purent être conservées pour la postérité grâce à leurs ouvrages, et toujours plus largement maîtrisées par la population qui les utilisait dans sa lutte pour la vie quotidienne. Précisément parce que ces fables étaient nées au sein du peuple et graduellement perfectionnées par lui, elles étaient caractérisées par la netteté des images et l'aspect typique des idées. En outre, d'une langue aisée et populaire, elles étaient faciles à comprendre pour les simples gens.
Après l'unification de la Chine au IIè siècle av. J.-C. par la dynastie des Han, tandis que le système féodal s'affirmait considérablement, les dominateurs féodaux entreprirent de bannir toutes les autres écoles pour honorer la seule école de Confucius et faire de sa doctrine la seule doctrine orthodoxe. Ils choisissaient et nommaient leurs agents administratifs uniquement suivant les règles établies par les classiques confucianistes. Les fables, qui étaient alors largement répandues parmi la population, furent considérées par eux comme des bavardages des rues sans valeur et qu'on ne pouvait admettre dans les "salons distingués". En effet la fable, genre de littérature satirique, attaquait trop souvent la société et les événements de l'époque, et donc faisait du tort aux classes dominantes. Voilà pourquoi celles-ci les ont toujours détestées et rejetées. Voilà pourquoi également ces fables, qui ne cessaient de jaillir au sein du peuple, n'étaient que rarement utilisées dans les écrits.
Pourtant Liu Zongyuan au VIe siècle et Su Shi au XIe siècle avaient écrit certaines fables, en particulier Su Shi qui composa un recueil de fables intitulé Aizi Za Shuo. Ces deux célèbres écrivains de la Chine ancienne, ayant essuyé des revers politiques, recoururent aux fables dans le but de ridiculiser et caricaturer la société et les événements de leur temps. Au XIVe siècle, Liu Ji, un lettré qui a vécu sous la domination des Mongols en Chine et qui fut un témoin oculaire des cruelles souffrances du peuple, avait écrit le livre Yu Lizi qui comprend un certain nombre de fables. Toutes ces fables ont joué naturellement un rôle efficace, celui d'une arme dans la lutte de ce temps. Mais ce genre de création, dans la main des lettrés, manquait souvent de souffle et des couleurs de la vie populaire.
Aux XVIe et XVIIe siècles, alors que la domination de la dynastie des Ming devenait de plus en plus corrompue, la course au pouvoir et pour satisfaire les intérêts personnels entre hauts dignitaires et eunuques, les fréquentes calamités naturelles, les impôts et fermages trop lourds et toutes les autres formes d'exploitation, plongèrent le peuple dans un abîme de souffrances. Les plaintes et les rumeurs allèrent se multipliant. Par la suite, les lettrés progressistes, nourrirent leur ironie d'anecdotes tirées de la vie et écrivirent des fables en prenant la société et les événements pour cible. Par exemple, l'auteur du Xue Tao Xiao Shu (Récits recueillis par Xue Tao), Jiang Yingke et celui du Xiao Zan (L'Eloge du Rire), Zhao N anxing, tous deux ayant caressé des ambitions politiques, mais ayant été évincés par de hauts dignitaires et eunuques, composèrent des fables et les utilisèrent comme arme pour attaquer les phénomènes néfastes de leur temps. L'auteur du Xiao Fu (Trésor des Bons Mots), Feng Menglong, en dehors des fables qu'il a recueillies et mises au point, écrivit et compila de nombreux contes populaires. Grâce à lui ces récits ont pu subsister jusqu'à nos jours. Bref, dans le domaine de la création des fables à cette époque, non seulement les fabulistes étaient nombreux ainsi que les œuvres qui leur étaient propres, mais les fables qu'ils créaient contenaient des éléments pleins de sève puisés dans la vie du peuple. Sur ce point, ils ont vraiment persévéré dans les bonnes traditions en matière de fable des IIIe et IVe siècles av. J.-C. et les ont développées et mises à l’honneur. Il est à noter que les fables de ce recueil sont toutes tirées des ouvrages des auteurs anciens. Quant à celles qui ont circulé de bouche en bouche parmi la population, et qui sont aussi nombreuses qu'intéressantes, elles n'ont pu y figurer. »
Wei Jinzhi
13:45 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, fables, Chine
27.07.2007
Fables de la Chine Antique III
LES BATEAUX VETUSTES
Lorsque Hu Lizi quitta la capitale pour s’en retourner dans son pays natal, le premier ministre mit à sa disposition un fonctionnaire pour l’accompagner.
« Choisissez pour votre voyage, dit-il, parmi les bateaux du gouvernement, celui qui vous plaira le mieux. »
Le jour du départ, Hu Lizi arriva le premier à l’embarcadère. Il y avait plusieurs milliers d’embarcations amarrées le long du rivage. Il cherchait à reconnaître les bateaux gouvernementaux mais n’y parvenait pas. Quand arriva le fonctionnaire qui devait l’escorter, il lui demanda :
« Il y a tant de bateaux ici ! Comment distinguer ceux du gouvernement ? »
« Rien de plus facile, répondit son interlocuteur. Ceux dont la bâche est trouée, les rames brisées et les voiles déchirées sont tous des bateaux du gouvernement. »
Hu Lizi leva les yeux au ciel, soupira et dit en lui-même : « Ce n’est pas étonnant que le peuple soit misérable. L’empereur le considère sans doute comme propriété du gouvernement lui aussi. »
Fable du 14ème siècle.
CELA N’EST PAS DE MON DOMAINE
Il était une fois un praticien qui se disait spécialisé en médecine externe. Un guerrier blessé réclama ses soins. Il s’agissait d’extraire une flèche qui s’était enfoncée dans ses chairs.
Le chirurgien prit une paire de ciseaux, coupa la penne au ras de la peau, puis réclama ses honoraires.
« La pointe de la flèche est encore dans ma chair, il faut l’en retirer », dit le guerrier.
« C’est du domaine de la médecine interne, répondit le docteur. Comment pourrais-je prendre la responsabilité d’un tel traitement ? »
Fable du 15ème siècle.
Fable pour Solko
LA CHAUVE-SOURIS
Le jour de l’anniversaire du phénix, tous les oiseaux se présentèrent devant lui pour lui offrir leurs souhaits ; seule la chauve-souris ne se présenta pas. Le phénix, fort vexé, lui en fit la remarque : « Vous êtes mon sujet, dit-il, et non mon suzerain. » La chauve-souris répondit : « Voyez mes pattes, suis-je un oiseau ? Pourquoi vous aurais-je adressé mes hommages ? »
Mais le jour de l’anniversaire de la licorne, la chauve-souris ne parut pas non plus. La licorne lui fit des reproches. « Moi ? dit la chauve-souris. Voyez mes ailes, je suis oiseau ; pourquoi vus adresserai-je mes hommages ? »
Le phénix et la licorne se rencontrant, se répétèrent les propos de la chauve-souris. « Le monde dégénère pour qu’une telle bête ayant quatre pattes et des plumes puisse y faire son apparition, soupirèrent-ils. Et nous n’y pouvons rien. »
Fable du 17ème ou 18ème siècle.
LES BRANCHES FOURCHUES
Les habitants d’un certain village de montagne avaient coutume de se servir de branches fourchues pour fabriquer les pieds de leurs tabourets. Un jour, un paysan qui voulait réparer les pieds d’un tabouret, dit à son fils d’aller couper une branche fourchue dans la montagne. Le fils prit sa hache et s’en fut. Après une journée, il revint bredouille. Son père lui reprocha son incapacité.
« C’est vrai, il y avait beaucoup de branches fourchues là-bas, dit le fils, mais e



