Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 novembre 2009

L'homme qui ménageait son âne

Un vieil homme, riche et avare, prêtait de l'argent à des taux usuraires ; il ne se passait pas de jour qu'il n'allât toucher ses intérêts. Mais ses sorties quotidiennes le fatiguaient beaucoup. Il acheta un âne. Il prit grand soin de sa monture et, à moins d'être vraiment à bout de forces, il ne montait jamais sa bête. Bref, l'homme chevauchait son âne tout au plus une quinzaine de fois par an.

Par un jour de forte chaleur, ayant un long trajet à faire, l'usurier résolut d'emmener son âne. A mi-route, le vieillard, haletant, se décida à enfourcher son baudet. Après deux ou trois lis de trajet, l'âne, peu habitué à porter un cavalier se mit à haleter à son tour. Son maître, affolé, s'empressa de descendre et de le débâter. L'âne crut qu'on n'avait plus besoin de ses services ; il fit demi-tour et prit la route en sens inverse. Le vieillard lui cria de revenir, mais l'âne continua son trot sans se retourner. Partagé entre la crainte de perdre son âne et celle de perdre son bât, le vieil homme rebroussa chemin, portant le bât sur son dos. Arrivé chez lui, sa première parole fut pour demander si l'âne était de retour.

"Mais oui", répondit son fils.

Le vieillard en fut très content, mais lorsqu'il se fut débarrassé du bât, la fatigue et la chaleur commencèrent à se faire sentir. Il dut s'aliter et fut malade tout un mois.

Fable de la Chine Antique, 17ème ou 18ème siècle.

09:46 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fables, chine, littérature

30 octobre 2009

Un caractère trop faible

Il était une fois un vieux paysan qui vivait du rapport des quelques mous de champ qu'il cultivait lui-même. C'était un homme sans caractère, mais qui prenait sa faiblesse pour une humeur paisible.

Un jour, on vint lui dire :

"Votre voisin a mené sa vache dans votre champ ; elle a piétiné vos plants de riz."

"Il ne l'aura pas fait exprès, répondit le vieux paysan. Je ne peux pas lui en vouloir."

Le lendemain, on vint lui dire :

"Votre voisin est en train de moissonner le riz de votre champ."

"Mon voisin n'a pas grand-chose à manger, expliqua le vieux paysan, mon riz est mûr avant le sien, qu'il en récolte un peu pour nourrir sa famille, cela ne tire pas à conséquence."

Cette humilité qui poussait toujours le vieux à faire des concessions rendit le voisin de plus en plus hardi ; celui-ci s'appropria une partie du champ du vieux voisin, et pour faire un manche à sa houe, coupa une branche à l'arbre qui ombrageait le tombeau des ancêtres du vieillard. Perdant patience, le vieux paysan vint lui demander des explications.

"Pourquoi vous êtes-vous approprié une partie de mon champ ?"

"Nos champs se tiennent, répondit le coquin, tous deux proviennent du même terrain inculte que nous avons défriché ; la ligne de démarcation n'a jamais été bien tracée. Vous me reprochez d'empiéter sur votre champ ? Mais c'est plutôt vous qui avez empiété sur le mien !"

"Mais tout de même, pourquoi avez-vous coupé des branches à l'arbre qui ombrage la tombe de mes ancêtres ?"

"Et pourquoi n'avez-vous ps enterré vos ancêtres pus loin ? riposta l'autre. Cet arbre a des racines qui s'étendent sous mes terres et des branches qui s'étalent au-dessus de mon champ. Si je veux les ocuper, cela ne regarde que moi !"

Devant tant de mauvaise foi, le paysan fut pris d'un tremblement de colère, mais sa faiblesse habituelle reprit le dessus et, saluant son voisin, il dit :

""Ce qui arrive est de ma faute, entièrement de ma faute ! Je n'aurais pas dû vous choisir comme voisin !"

Fable de la Chine Antique.

22 juillet 2009

Deux chasseurs d'oies sauvages

Deux frères, voyant approcher une bande d'oies sauvages, préparèrent leurs arcs.

"Si nous descendons une oie sauvage, nous la ferons cuire en daube", dit l'un. "Non, dit l'autre, c'est bon pour accommoder les oies sauvages tuées à terre, mais celles que l'on tue en plein vol doivent être rôties."

Pour régler cette discussion, ils en référèrent au chef du village. "Coupez l'oie en deux, conseilla le chef, et que chacun l'apprête à sa façon."

Mais lorsque les deux chasseurs furent prêts à tirer, les oies sauvages étaient loin à l'horizon.

Fable de la Chine Antique, 15ème siècle.

06 juillet 2009

Le vin aigre

 

Su Qin n'avait pas réussi à obtenir de poste pour fonctionnaire. Un jour, on fêta l'anniversaire du père de Su Qin. Le frèr aîné apporta un pichet de vin et remplit les verres de son père et de sa mère.

"Quel bon vin !" dirent les vieux. Mais lorsque vint le tour de Su Qin de leur offrir du vin, ils dirent, mécontents : "Comme ce vin est aigre !"

La femme de Su Qin crut que son vin était tourné et elle en emprunta un pichet à la femme du frère aîné. Quand les parents y goûtèrent, fâchés, ils répétèrent que le vin était aigre !

"Mais c'est du vin que je viens d'emprunter à ma belle-soeur aînée !"

Le beau-père cria : "C'et que la malchance est sur vous ! Il suffit que le vin passe par vos mains pour qu'il tourne à l'aigre !"

Fable de la Chine antique, 15ème siècle.

08:13 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fables, chine, antiquité, culture

02 juillet 2009

Un autre lac

Wang Anshi, premier ministre sous la dynastie des Song, pernait grand intérêt au développement du pays. Un jour, un homme qui cherchait à entrer dans ses bonnes grâces lui proposa le projet suivant :

"En asséchant le lac Liangshanbo, au pourtour de huit cent lis, vous auriez là de bons champs fertiles." Cette idée plut à Wang. "Mais où déverserons-nous l'eau du lac ?" demanda-t-il. Liu Gongfu, qui assistait à l'entretien, intervint. "Eh bien ! Creusez à côté un autre lac de huit cent lis de pourtour et le problème est résolu !"

Wang Anshi se mit à rire et le projet en resta là.

Fables de la Chine Antique, Recueil d'anecdotes de Shao, 11ème siècle.

08:07 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fables, chine, antiquité

05 juin 2009

Livres anciens et bronzes antiques

Certain lettré avait besoin d'argent. Il rassembla tous les livres qu'il avait à la maison -quelques centaines de volumes en tout- et s'en fut les vendre à la capitale. En route, il rencontra un autre lettré qui, après avoir regardé la liste des livres, désira vivement les posséder. Mais il était pauvre et n'avait pas de quoi les payer, alors il emmena l'autre chez lui pour lui montrer des bronzes antiques qu'il s'apprêtait à vendre contre du riz. L'homme aux livres était grand amateur de bronzes anciens et la collection lui plut énormément.

"Ne la vendez pas, dit-il à son nouvel ami, nous allons faire un échange." Et il troqua tous ses livres contre plusieurs dizaines de bronzes.

Sa femme s'étonna en le voyant si vite de retour. Elle jeta un coup d'oeil sur ce qu'il rapportait : deux ou trois sacs aux contours bosselés où les objets s'entrechoquaient avec un bruit métallique. Quand elle sut toute l'histoire, elle commença à crier :

"Quelle stupidité ! Comment ces bronzes nous permettront-ils de manger ?"

Il répondit : "Eh bien ! Et lui, est-ce que mes livres lui donneront du riz ?"

Fable de la Chine antique, auteur inconnu, environ Xème siècle.