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06 février 2010

L'usager des transports en commun lyonnais

Définitions :

« Transport en commun » : déplacement d'un lieu à un autre de corps compressibles à volonté au moyen de machines sophistiquées mais qui tombent régulièrement en panne (et surtout quand vous avez un train à prendre) nommées « métro », « bus » « tramway » « trolleybus ».

NB : Ne pas confondre le sens premier de cette expression « transports en commun » avec son sens plus imagé et disons plus métaphorique : « orgie ». Jusqu'à preuve du contraire, la définition de base ne contient pas la moindre connotation de plaisir.

Usager : Corps sans cervelle qui est déplacé d'un point A à un point B par les transports en commun susnommés.

Synonymes :

« Transports en commun » = bétaillère.

« Usager » = Fléau, grippe A, peste noire, choléra, cyclone, catastrophe ambulante...

Article :

Depuis quelques mois, par obligation, je prends très régulièrement les transports en commun lyonnais. Il m'est donc possible d'observer tout à loisir le comportement de mes concitoyens.

Eh ben, c'est pas triste.

J'ignore comment se comportent les lillois, marseillais, bordelais, toulousains dans leurs bus ou métros, mais la gent lyonnaise a quand même de très fortes chances de détenir le pompon dans le genre « j'ai laissé ma cervelle sur la table avant de partir, à moins que je sois né sans ». Mais vu la propension innée à la moutonnerie chez l'être humain, j'imagine que cela doit être à peu près pareil, à quelques variantes près. Quoique, avec l'accent marseillais ou toulousain, les choses sont peut-être plus amusantes...

Oh pardon, mille excuses, je viens d'écrire une énorme sottise, et pire, de commettre une injustice impardonnable. S'il y a une population qui n'a pas ce comportement de débile mental, c'est, d'après une bouche vénérable et vénérée (celle de ma sœur), la population parisienne. Oui, les gens là-bas savent réfléchir et sont civilisés (toujours dixit la même). Bon, je veux bien : que les ploucs mal élevés et cons soient plus nombreux en province qu'à Paris, cela me semble assez évident statistiquement parlant vu que sur 60 millions d'habitants que compte notre pays, il y en 50 qui vivent en province. Cela dit mes rares intrusions dans le métro parisien ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable sur la bonne éducation des gens de la capitale. Mais passons, le problème n'est pas là.

Intéressons-nous donc à ce que nous connaissons vraiment, à savoir l'usager lyonnais. Nous l'avons défini plus haut comme un fléau ; soyons plus précis : ce n'est pas lui en tant que personne (encore que...) mais plutôt son comportement qui laisse fortement à désirer. Nous prendrons, pour appuyer notre thèse, quelques exemples choisis au hasard... (Ben voyons !)

Fléau numéro un : l'impossibilité pour les lyonnais d'attendre qu'une rame de tramway ou de métro se vide pour monter dedans. Imaginons une station de tram bondée ; arrive la sublime machine, bondée elle aussi. Que demanderait le simple bon sens ? Qu'on s'écarte des portes et qu'on laisse descendre les voyageurs. Raisonnement stupide et beaucoup trop sain pour un certain nombre de personnes qui se précipitent sur la porte, s'engouffrent comme elles le peuvent dans la masse qui veut sortir et créent un bouchon innommable en voulant poinçonner leur ticket ou valider leur abonnement à la borne prévu pour cet usage.

Et je ne vous dis pas ce que ça donne les jours de fête style « fête de la lumière » où le délire atteint son paroxysme : une rame arrive bourrée jusqu'au plafond de voyageurs au bord de l'évanouissement ; une autre rame est attendue une minute après. Et tout le monde se précipite dans la première, les portes peinent à se refermer, ça crie dans tous les sens parce que ça ne peut plus bouger. Départ de la rame, arrivée immédiate de la seconde : quasiment vide, un seul voyageur monte : votre serviteur. (Absolument véridique, testé pour vous le soir du 8 décembre, station Part-Dieu.) Serais-je le seul à avoir conservé la faculté de réfléchir ??????

Ce sport bien connu ici sous le nom de « t'as pas à descendre quand je veux monter » est tellement pratiqué que la direction des TCL (Transports en commun lyonnais) a décidé de poster des agents de sécurité aux grandes stations de correspondance lors des « grands événements » qui se tiennent dans la ville, et plus prosaïquement aux heures de pointe. Ils sont chargés de veiller à ce que les usagers ne transforment pas une banale arrivée de rame de métro ou de tram en pagaille insensée. C'est tout dire...

Fléau numéro 2 : Aïe, là, je vais me faire des ennemies (notez le féminin pluriel)... Les lectrices qui ont peut-être bien rigolé précédemment risquent de trouver la suite moins amusante. Tant pis, j'assume. Ce fléau a pour nom : POUSSETTE.

Ne commençons pas à chipoter sur la taille et les dimensions de la chose, prenons la poussette lambda, celle qui ne relève ni du char d'assaut, ni de la litière pour rois fainéants.

Et reprenons notre exemple de la rame de métro bondée : au lieu de sortir le môme de sa poussette, de l'obliger à se tenir un peu sur ses deux jambes, de plier ladite poussette afin de tenir moins de place, la Mère s'engouffre dans le wagon toutes voiles dehors et se gare où elle peut. Mettez-en trois comme ça et vous n'avez plus de place pour les malheureux qui ont oublié d'acheter des lardons. D'accord, mais quand vous avez un bébé qui ne sait pas encore marcher, comment faites-vous, espèce de macho misogyne, bourreau d'enfants qui plus est ? Je vais être atroce, mais tant pis : vous évitez de prendre les transports en commun aux heures de pointe, voilà tout. Vous faites vos courses dans les moments creux de la journée, surtout (et c'est généralement le cas) si vous ne bossez pas. Car les femmes qui travaillent ne se tapent pas le métro ou le tramway avec leur gamin en revenant du boulot. Ce n'est quand même pas bien compliqué à comprendre, surtout si vous cessez de vous considérer comme le nombril du monde et que vous admettez une bonne fois pour toutes qu'avoir fait un gamin ne relève ni de l'exploit, ni du passeport pour le n'importe quoi.

A la poussette-fléau, il faut ajouter l'instrument dont je me servais quand j'étais enfant mais qu'à l'âge de dix ans, j'ai abandonné, me jugeant un peu ridicule juché dessus : LA TROTTINETTE. Apparemment, cela fait fureur chez les adultes nostalgiques ou frénétiquement décidés à ressembler à leurs enfants. En général, ce genre d'engin se plie. Mais ce serait vraiment trop facile de la plier ; et puis, dites, que faites-vous des efforts qu'il faudrait accomplir pour la déplier en sortant de la station ? Alors on monte avec son truc, on en profite pour en donner quelques coups dans les tibias ou les chevilles environnantes, et on croit avoir atteint le summum de la civilité en disant avec le sourire « oh, excusez-moi pour ma connerie maladresse» tant il est répandu depuis quelques années que tout le monde étant beau et gentil, on pardonnera sur le champ cette « maladresse » qui vous aura valu un bleu carabiné qui mettra quinze jours à s'estomper. Non, poufian / poufiasse, je n'excuse pas ta maladresse connerie, t'as vu comment je te regarde ? Je ne suis ni beau ni gentil et j'ai simplement envie de te mordre et de démolir ta trottinette. Tu permets que j'assouvisse mon instinct cannibale ?

Fléau numéro 3 : Je vais encore faire monter la pression d'un cran : les parents nantis d'un gamin qui sait se servir de ses deux jambes. Le comportement part d'un bon sentiment : quand il y a du monde, le môme risque de se faire écrabouiller, ou de trébucher quand la machine freine et s'arrête et de se casser la figure parce qu'il ne sait pas toujours bien se tenir. On cherche donc une place assise.

Mais là où nos grands-parents, nos parents auraient adopté une attitude sensée, à savoir s'asseoir et nous prendre sur leurs genoux, le géniteur / la génitrice vingt-et-unième siècle fait asseoir l'enfant et reste debout près de lui, le tient fermement... et bouche tout le passage. Pour peu que le paquet animé soit accompagné de paquets inanimés, c'est carrément la barricade qu'il faut franchir comme vous le pouvez, en restant poli, bien sûr ; d'autant plus qu'on vous a adressé un sourire de connivence censé prouver que, évidemment, vous comprenez la situation... Non, vous ne la comprenez pas et vous n'avez aucune envie de la comprendre. Vous vous retenez simplement de faire remarquer cette admirable absence de bon sens parce que vous n'avez pas envie d'être lynchée par la populace outrée. C'est de la lâcheté ? Pas du tout : c'est l'instinct de survie qui parle.

Fléau numéro 4 : Sortons de cet enfer des métros et trams bondés pour entrer dans une rame qui, pour une fois, ne l'est pas. Il n'y a pas de poussette, pas de trottinette, pas de gamin à tenir, bref, c'est le paradis. Et en plus, il y a plein de places assises. Vous vous installez commodément, vos regardez avec satisfaction autour de vous, et vous vous retenez tout à coup de pousser un hurlement d'effroi : vous n'êtes pas dans un wagon de métro, mais dans un train-fantôme. Vous n'êtes pas entourés d'êtres humains, mais de zombies ou d'automates reproduits à un nombre effarants d'exemplaires. C'est un cauchemar, c'est certain.

Mais qui sont ces bipèdes bardés de fils électriques qui sortent de leurs oreilles et vont se perdre dans les profondeurs de ce qui semble être leur corps ? Et pourquoi ont-ils tous le même regard aussi expressif qu'une vache en train de ruminer ? Et pourquoi d'ailleurs, ont-ils quasiment tous ce même mouvement de la mâchoire qui consiste à mastiquer, mastiquer, mastiquer ?... Et pourquoi lisent-ils tous le même « gratuit », penchés sur leur journal ouvert à la même page ?

Il est sept heures du matin, ce n'est pas encore l'heure de pointe, et vous êtes réveillé depuis un bon moment. Donc, ce n'est pas un cauchemar ; c'est la réalité...

Tout ceci est exagéré ? Oh non. C'est simplement le fruit d'une observation attentive et qui n'arrive plus à être bienveillante. Et quand on voit ce néant dans les petits gestes de la vie quotidienne, on en vient à prendre peur quand on envisage ce que ça peut donner dans le domaine plus vaste de la pensée, qu'elle soit politique ou autre...

Comme dirait Shakespeare : « How many goodly creatures ares there here ! How beauteous mankind is ! O brave new world !"... 

 

 

29 septembre 2008

Dictionnaire : "Le cycliste concon de Lyon"

DICTIONNAIRE POST-PHILOSOPHIQUE :

 

 ARTICLE « LE CYCLISTE CONCON DE LYON »

 

 

Nous commencerons cet article par les synonymes de l’expression « cycliste concon de Lyon » : cauchemars, nuisibles, débiles, j’m’en foutistes, amateurs, cervelles en grève, les jambes sans la tête et nous nous arrêterons là avant de compléter la liste par des mots plus malsonnants.

 

Le déplacement à bicyclette ne date pas d’aujourd’hui et est, à l’origine, quelque chose de tout à fait valable et respectable. Malheureusement, depuis quelques années, ce qui était autrefois réservé à des gens sachant utiliser un vélo et rouler correctement en ville est devenu, par la grâce de certaines municipalités, une facilité offerte au premier con venu qui ignore les rudiments de la circulation.

 

Le cycliste citadin en général se divise en deux catégories :

 

- La première, sur laquelle il n’y a rien à dire, intègre les gens qui ont compris qu’on ne peut pas faire n’importe quoi sur un deux roues, qu’il y a des règles à observer et que le code de la route s’applique à tout le monde, y compris à eux. Ce sont ce que nous nommerons les « cyclistes citadins pourvu d’une intelligence normale. »

 

- La seconde, sur laquelle nous allons nous étendre, a un nombre d’adhérents formidablement plus élevés que la première. Constatation déprimante, parce qu’elle sous-entend de graves problèmes quant à l’intellect d’une grande partie de notre population, notamment entre 20 et 35 ans, âges les plus touchés par la débilité précoce.

 

Un bon exemple valant mieux qu’un long discours abstrait, nous allons évoquer le cas de la bonne ville de Lyon qui a eu l’idée de mettre des deux roues à disposition de tout un chacun. Excellente idée sur le papier, et remplie d’implicites écologiques. L’huile de genou pollue moins que le diesel et son odeur est moins forte et moins désagréable (encore que) que celle des gaz d’échappement.

 

Néanmoins, néanmoins, dirons-nous, le « velov » n’est pas, à y regarder de plus près, une SI bonne affaire. Pourquoi ? Mais parce que n’importe qui peut emprunter un vélo et surtout ceux dont le QI ne dépasse pas le 50. Finalement, on se retrouve devant le même problème que celui qui hante les grands cerveaux de l’Education Nationale : la massification. Et forcément, la chute de la qualité.

 

Le « cycliste concon de Lyon » ignore :

 

- Les feux rouges ; (il n’en a jamais vu de sa vie et pense que c’est encore une invention du PC pour se faire remarquer. Comme il est en majorité PS, il est hors de question qu’il jette un soupçon de regard à cette chose malsaine.)

- Les sens interdits ; (il se dit que c’est une jolie décoration ; peut-être pour la Biennale de la danse ? Mais pourquoi n’en avoir mis que dans certaines rues ? )

- les priorités à droite ; (l’abstraction est trop difficile. Et puis, la droite, connais pas. Et puis, dites, hein ! Pas d’insanités pré électorales.)

- Les « cédez le passage ». (Mais pourquoi avoir tracé ces bandes sur la chaussée ? Ca, c’est salir la ville pour rien. Son ego écolo se révolte. )

- Pour celui qui utilise son propre vélo, qu’il vaut mieux avoir une lumière au cul pour circuler la nuit. (Etant lui-même une lumière, sa personne devrait suffire.)

 

Le « cycliste concon de Lyon » roule de préférence au milieu de la chaussée, en zigzaguant de son mieux, le nez en l’air, et traverse les carrefours sans faire attention à ce qui se passe autour de lui. Quand il estime que la rue ne lui suffit pas, il envahit les trottoirs et fonce au risque de renverser le premier obstacle venu, que ce soit Vénus en personne ou Miss Tick. 

 

Le « cycliste concon de Lyon » se prend pour un grand sportif : c’est pour cela qu’il ignore les règles élémentaires du code de la route. D’ailleurs, il ne fait que suivre les préceptes du Président d’une association d’usagers de bicyclettes, interviewé sur une radio quelconque et qui, en deux phrases, n’a pas peur de se contredire complètement. 9 h 10 : première phrase, mémorable : « faire du vélo est un véritable sport qui développe les muscles et l’endurance et c’est ça qui est bien dans ce moyen de transport. »  9 H 13 : deuxième phrase : « Les cyclistes ne peuvent pas s’arrêter aux feux rouges parce que redémarrer demande un trop grand effort physique. » (Véridique et sans commentaire.)

 

- Le « cycliste concon de Lyon » a sa fierté : on ne lui barre pas le passage impunément. Il vous insulte si votre voiture le frôle de trop près et vous insulte si vous avez l’outrecuidance de prétendre passer alors que vous avez le feu vert et qu’il arrive à toute allure sur vous et que c’est trop lui demander de freiner.

 

- Le « cycliste concon de Lyon » hait les voitures qui puent, polluent, font du bruit, l’empêchent de respirer correctement (ce en quoi il rejoint le jogger), de circuler librement, bref, lui pourrissent la vie ; mais heureusement qu’il a la sienne pour partir en vacances.

 

BREF :

 

- Le « cycliste concon de Lyon », sans doute las de la vie, fait tout pour se faire expédier au cimetière avant son heure. Et gageons qu’il saura encore protester auprès de Saint-Pierre ou de Messire Satan, arguant que « c’est la faute de l’autre » s’il se trouve à cet endroit. Seul problème dans ce séduisant programme suicidaire : quid du malheureux qui, sans le faire exprès, l’aura envoyé dans l’autre monde ? (Ou moins démoralisant : à l’hôpital ?) Ne parlons pas des assurances, là, le casse-tête devient trop abominable, mais du remord qui pourrait l’envahir alors qu’il n’est nullement responsable de la connerie du mort ?...

 

Redoutable engeance, le « cycliste concon de Lyon » est à éviter soigneusement, surtout l’été lorsqu’il pullule comme les morpions là où vous savez. Après les sauterelles, c’est la huitième plaie d’Egypte –pardon, de Lyon.

 

 

23 septembre 2008

Dictionnaire post-philosophique : article "le blogger"

Extrait d’un article paru dans le quotidien Le matin de Sirius et signé d’un certain Micromégas.

 

« L’espèce étrange qui peuple la planète dont nous avons longuement parlé dans les articles précédents se divise notamment en deux catégories : les bloggers (ou blogueurs, ou blogers, voire blagueurs) et les autres. C’est cette première catégorie qui retiendra aujourd’hui notre attention.

 

« Déjà, une première remarque s’impose : les différentes façons d’orthographier le mot désignant ces êtres humains est un indice fondamental de la difficulté à cerner réellement qui sont, sur le plan de la personnalité – voire de l’utilité-  ces fameux bloggers.

 

« Ce sont des gens qui s’expriment : c’est leur particularité essentielle. Le support qu’ils utilisent pour « s’exprimer » est une machine totalement dépassée et obsolète dans notre monde et qu’ils nomment pompeusement « computer » ou « ordinateur » -tout dépend de la langue dans laquelle ils « s’expriment ».

 

« Le verbe « bloguer » et les expressions « tenir un blog », « faire un blog », « remplir un blog », « se répandre sur un blog », « blablater sur un blog » désignent l’action de « s’exprimer ». Quant au « blog » lui-même sur lequel ils « s’expriment », c’est une chose abstraite qui prend forme sur la lucarne du « computer » quand vous avez tripoté pendant dix minutes un nombre incalculable de « touches » collées sur un « clavier ». Le blogger est donc assis devant son « computer » et tape sur le « clavier » ce qui lui permet –ô magie technique- de faire apparaître sur sa lucarne les mots qu’il a laborieusement choisis dans son cerveau en pleine ébullition puisqu’il lui faut à la fois réfléchir au contenu, au contenant, à la forme, à l’orthographe, à la syntaxe de ses phrases, tour de passe-passe inouï que tous les bloggers, hélas, ne réussissent pas à chaque tentative.

 

« Vous l’aurez compris, chers lecteurs : en définitive, le blog n’est rien d’autre qu’une plate-forme électronique pour éjection de déjections mentales.

 

« Voyons maintenant qui sont les « bloggers » : nous en avons rencontré quelques uns et surtout, nous avons passé deux mois, lors de notre séjour dans ce monde délirant, à « surfer » (1) sur les blogs.

 

« Avant tout, le blogger est quelqu’un qui a des convictions fondamentales :

 

1) Il est sûr d’avoir quelque chose à dire ;

2) Il est encore plus sûr que ça va intéresser les autres.

3) Il est plus que convaincu que son opinion vaut la peine d’être connue et partagée.

4) Il est persuadé que personne ne peut passer une bonne journée sans être allé faire un tour sur son blog.

 

« Fort de ses convictions, le blogger énonce péremptoirement son avis sur tous les sujets possibles et imaginables. Comme tous les bloggers n’ont pas forcément les mêmes névroses intérêts, il est évident que la « blogosphère » (2) présente une variété de blogs assez extraordinaire. Nous n’en citerons que quelques catégories :

 

- Blogs politiques : chacun y va de ses arguments pour démolir le camp adverse et chanter ses propres louanges. On peut y trouver des renseignements intéressants sur le délire des terriens.

 

- Blogs personnels à visée familiale : pour les inconditionnels de la vie privée d’autrui. Voyeurisme et exhibitionnisme garantis, pipi-caca-bobo du dernier et j’en passe. En tant que Sirien, j’ai appris de fort nombreuses choses sur l’espèce humaine.

 

- Blogs personnels à visée intellectuelle et culturelle : très nombreux, très sérieux, très ennuyeux (parfois). Où l’on comprend en lisant la prose de ces malheureux que, finalement, être un terrien humain n’est pas rose tous les jours.

 

- Blogs personnels à visée humoristique et satirique : les pires parce que certains trouvent encore le moyen de parler d’eux-mêmes en travestissant leur égocentrisme sous des formes d’humour plus ou moins réussies : par exemple, un blogger faisant un article sur les manies des bloggers dissimule le plaisir qu’il prend à « s’exprimer » derrière une façade très critique : on n’est pas plus faux cul.

 

« Mais où est l’intérêt, me direz-vous, de donner son opinion sur tout et sur rien quand personne ne peut vous répondre ou vous complimenter sur la sagacité de vos réflexions ? C’est pour cela que le « blog » comprend une catégorie nommée « commentaires » : ainsi, le lecteur peut-il « exprimer » son sentiment sur l’article que vous venez d’écrire. On voit tout de suite l’intérêt de la chose : se met en place un « réseau » de bloggers qui échangent leur point de vue alors qu’ils ne se connaissent pas, ne savent pas qui ils sont, ne se sont jamais vus. Les terriens s’extasient sur cette merveilleuse façon de « communiquer » avec son prochain (ou son lointain, quand les correspondants habitent à trois cents kilomètres l’un de l’autre.) Détail amusant : la plupart n’adressent jamais la parole à leur voisin de palier et ignorent même leur nom.

 

« En fait, le blogger est, au fond, une victime de sa société et même de sa nature : il vit sans cesse dans la peur, celle de ne pas exister. Ces quelques lignes écrites parfois à la hâte, entre deux travaux domestiques ou autres, sont une façon pour lui d’être sûr que les autres, même peu nombreux, le verront et l’entendront. Le blogger résume à lui seul la tragédie de l’espèce humaine : la lutte incessante contre la solitude, la vraie, celle qu’il veut oublier, ou plutôt conjurer, en tapant quelques phrases sur son « clavier ». La preuve : avec quelle avidité se jette-t-il chaque jour sur les fameuses « statistiques » prouvant que sa voix a été entendue, ne serait-ce que par un seul de ses congénères…

« Mais, chers lecteurs, je dois vous faire une confidence, pour achever cet article sur une note moins sombre : pendant mon séjour chez ces étranges bipèdes, je me suis amusé à « tenir un blog ». Et bien j’ai adoré. C’est vrai. C’est si bon de pouvoir « s’exprimer »…  

 

Parlez-moi d’moi, y a que ça qui m’intéresse… » (3)

 

 

(1) Surfer : sauter de blog en blog. Exercice physique pénible (il faut appuyer sur la touche de la « souris » avec un doigt) qui trouve son origine dans un autre sport qui, lui, consiste à rester debout sur une planche à laver en haut d’une vague, puis de passer sur une autre vague, etc. Génial, tout simplement.

(2) Nom donné à l’ensemble des blogs. Ce nom sous-entend la notion de monde. Les bloggers feraient donc partie d’un monde dans leur monde au milieu du monde. On prend mal à la tête.

(3) Très jolie chanson chantée par une ex très jolie terrienne, devenue absolument atroce.

19 juillet 2008

Dictionnaire post-philosophique : article "le jogger"

Informations Lexicales :

Vocabulaire venant de l’anglo-saxon, ce qui n’a rien d’étonnant vu ce qu’il trimballe.

Verbe : jogger, premier groupe ; se conjugue sur le modèle de « chanter ».

Noms : un jogger, une joggeuse, le jogging ; les deux premiers s’accordent en genre et en nombre avec le verbe. Le troisième ne s’emploie qu’au singulier, dieu merci.

Expression : « faire du jogging » ou encore mieux « faire son jogging ». Le possessif est ici une indication précieuse dans la mesure où l’on pourrait penser que le jogger jogge le jogging d’un autre.

Synonymes de l’expression et du verbe : tirer une langue de bœuf, courir comme un pied, sentir mauvais, dégouliner de sueur, chercher la crise cardiaque à tout prix, ahaner,  (en) baver, prendre l'air très concentré pour pas grand-chose.

Dérivés : hygiénisme, vouloir maigrir, se maintenir en forme, crever le plus tard possible, faire comme tout le monde, évacuer le stress, courir en papotant, avoir l’air très ridicule.

Origine et description :

Le jogger (dont la femelle est la joggeuse) est une espèce dérivant d’un croisement contre nature entre l’être humain et le mouton. Il est doté de deux pattes arrière sur lesquelles il court à des moments bien précis, le matin entre 9 heures et 11 heures mais surtout en fin d’après-midi, à partir de cinq heures. Son lieu privilégié : le parc de la Tête d’Or à Lyon. Mais il existe bien d’autres endroits en France où l’on peut rencontrer cet animal heu… extraordinaire ? Da : extraordinaire.

Le jogger n’a pas deux idées en tête mais une : courir n’importe où (par exemple dans des rues archi super polluées), pas vraiment n’importe quand mais surtout n’importe comment. Son origine humaine lui permet de penser qu’il se fait du bien en s’exhibant dans des tenues souvent désopilantes et en s’imaginant qu’il va devenir quasiment immortel grâce à ses trois tours de parc quotidiens. Son origine ovine le pousse à écouter tout ce qu’on dit sur les bienfaits de l’exercice physique et à appliquer ces principes à la lettre, sans même se demander s’il en a les capacités.

Utilité générale et principale du jogger :

Aucune.

Utilité générale et secondaire du jogger :

Etre un superbe divertissement pour ceux qui le regardent.

Utilité économique :

Le jogger a deux utilités :

Il permet aux magasins d’articles de sport d’être florissants et aux actionnaires des grandes marques de gagner encore plus de fric.

Grâce à ses foulures, entorses, fractures diverses et crises cardiaques, le jogger permet également au personnel de santé des hôpitaux publics et cliniques privées de ne pas trop s’ennuyer.

Utilité esthétique :

Absolument aucune.

Utilité personnelle :

Le jogging permet à un certain nombre de joggers de frimer en montrant leurs belles cuisses, leurs belles jambes, et leur beau torse. Les autres relèveraient plutôt du cauchemar.

Utilité civique :

Comme on l’a dit plus haut, le jogger n’ayant qu’une idée en tête, il est un excellent citoyen.

Descendance du jogger :

Certainement trop nombreuse, hélas.