16 septembre 2007

Cunégonde radine à nouveau sa fraise : c'est une grande causeuse.

 MON DISCOURS D'ADIEU, par Cunégonde.

Oh, peuple radieux, électeurs de mon cœur,

Cunégonde s’en va et verse bien des pleurs,

Car vous quitter ainsi, après tout un été

Ensemble à délirer sur un écran bombé

Ou plat, comme vous voulez, tout cela dépend

De votre compte en banque, de vos placements

Financiers. Bref, mon âme saigne à l’idée

De ne plus vous revoir, de ne plus vous trouver

Chaque jour sur le net, tout prêts à m’admirer.

Survivrai-je à cela ? Il faut bien l’espérer,

Un peu pour vous, beaucoup pour moi. Il n’est pas temps

Encore de livrer mon âme à ce cher Satan.

Vous l’avez lu plus haut, on m’attend bien sur Mars.

J’irai, vous pensez bien. Pourvu que cette garce

De Madone n’ait pas l’idée de m’espionner,

De préparer en douce sa propre fusée

Et de me damer le pion. Elle en est capable,

L’égérie avariée de tous les misérables.

Ne nous égarons pas. Mes adieux je vous fais,

A vous revoir plutôt, ô peuple que j’aimais,

Que j’aime bien toujours, pourquoi donc l’imparfait ?

Je suis une étourdie, mais moins que ce boulet

Qu’en enfer j’ai traîné, vous voyez qui je vise.

Je m’en vais de ce pas, je vous fais plein de bises

Et souhaite que bientôt ensemble nous fassions,

Ce voyage sur Mars et que nous rigolions.

Auf wiedersehen !

 

 

Cunégonde en enfer : épisode XX et dernier

Episode 20 et dernier : L’apéro à l’auberge : Déguisement obligatoire des invités – Réconciliation quasi générale dans une ivresse aussi générale – On remonte à la surface par l’ascenseur de service – Monologue de Cunégonde, dans sa chambre du palais présidentiel.

 

La salle de l’auberge de la Vieille Horrible Atroce (appelée par la suite VHA, l’auteur n’assumant pas la longueur de ses appellations) ; de grandes tables en bois et des chaises en paille ; le carrelage, rouge, n’est pas des plus propres. Sur une des tables du fond, un buffet bien garni de plats et de boissons diverses. Bruit d’un troupeau de moutons piétinant sur le seuil de la porte, porte que l’on aperçoit sur la droite. La VHA , en savates trouées, tablier autrefois blanc, bas épais noirs et portant perruque bleu turquoise va ouvrir. Irruption du troupeau, emmené par la succube.

LA VHA

Halte, tas de dégénérés ! De beaux habits

Sont nécessaires pour pouvoir entrer ici.

Conduis-les donc au vestiaire, et surveille-les bien

Afin qu’ils obéissent comme de bons chiens

Qu’ils sont.

LA MADONE

                   Tu parles d’un accueil ! Dire à moi

Qu’ici j’ai bien l’allure d’un vieux pékinois ?

Pour qui se prend-elle cette grosse méduse

Habillée comme un sac, certainement obtuse ?

LE PRESIDENT

Obéissons amis, c’est la diplomatie

Qui l’exige. Quel déguisement devons-nous

Vêtir ?

LA SUCCUBE

           Je vais les chercher. Vous êtes si mous

Que dans une heure encore vous n’aurez rien compris.

Seyez-vous sur ces chaises et attendez ici. (Elle sort)

LA VHA (se couvrant les yeux)

La vue de ces haillons je ne peux supporter.

Dépêche-toi succube ou bien je vais crever.

CUNEGONDE

Si tu veux tomber raide ne te gêne donc pas.

Nous te ramasserons, espèce de gros tas.

(Retour de la succube, portant un monceau de trucs indescriptibles.)

LA MADONE

Qu’est-ce donc que cela ? De ma loge on dirait

Le beau déguisement qui sent bon le muguet.

Un chapeau en triangle, une tunique noire ?

Une cagoule percée ? Ah seigneur, je crois voir

De mes maîtres maçons le costume du soir.

LE PRESIDENT

Ta loge n’est qu’un ramassis de prétentieux,

D’abrutis hystériques qui se prennent pour Dieu.

Sais-tu bien que la mienne, par comparaison,

Bien que formée hélas de gros sacs de son

A bien plus de pouvoir et bien plus de manières

Que ta vile cohorte d’étiques soupières.

LA MADONE

Ces tristes prétentions me font bien rigoler.

Il faut le voir agir, ton carnaval usé !

Quand on vous connaît bien, qu’on peut vous regarder,

On s’aperçoit vite que vous êtes non nés.

Comme ces taches ici présentes.

CUNEGONDE

                                                    Fi, la bouffie !

Oses-tu bien parler sur ce ton et ainsi

De ces gens altruistes qui  pour tout le bonheur

Des humains ici-bas vendraient même leur cœur ?

Ils sont sans une tache, ils sont si valeureux,

Ils sont si honnêtes, si intègres, si preux

Que Lancelot lui-même un serait bien jaloux.

Garde donc ta bile et ton factice courroux

Pour tes militants.

LE PRESIDENT

D’énormes inepties tu viens de proférer,

Madone. Sache que je ne suis pas non né

Car l’ardente lumière de la connaissance

A envahi mon être après l’an de silence

Demandé par nos maîtres.

ROSIE

                                           Un an sans parler ?

Comment fîtes-vous donc, Président bien aimé ?

LE PRESIDENT

Ce fut dur, je l’avoue, mais je pouvais bouger.

Hyperactif je suis, j’aime me remuer,

Et ce fut à vrai dire un bien joli atout

Quand il fallut boucher un grand nombre de trous,

Dans les murs, évidemment.

LA MADONE

                                              Comme tu mens mal !

Et que ton âme encore est loin du principal !

Tu hurles comme un fou, tu suis tes passions,

Comme un énergumène tu agites le fion,

Tu ne domines pas ton sacré caractère,

Et tu montres ainsi à la terre entière

Que tu n’as pas acquis nos si sublime lois,

A savoir bien garder en tout notre sang-froid.

Ton initiation a hélas capoté,

C’est pour la galerie que l’on doit te garder.

ROSIE

Certainement aussi, j’en suis bien persuadée,

Pour tous les beaux services que vous leur rendez.

DAKTARI

Je croyais qu’entre frères on devait s’épauler ?

Or là, votre dispute est vraiment consommée.

Y aurait-il une erreur sur l’interprétation

Que vous fîtes des lois et de tous vos canons ?

LA VHA

Changez-vous, nom de Dieu et qu’on puisse en finir !

Quelle bande de chieurs ! Toujours là à glapir !

( La Madone hausse les épaules, imitée par le Président et quelques autres qui eux existent au contraire du citoyen moyen. On enfile les costumes, dans un certain brouhaha. La langoureuse Arielle squatte le miroir placé à gauche. Elle se fait déloger par Cunégonde et la Madone , puis par Nono  toujours obsédé par sa peau. Rosie se lamente sur ses chaussures de camionneur qui ne vont pas du tout avec la tunique et le chapeau triangulaire. Daktari, après avoir viré Cunégonde et la Madone de devant la glace, se mire complaisamment. Pendant ce temps, le Président s’est approché du buffet et a commencé à bâfrer.)

LA VHA (se précipitant vers le buffet)

Hé là, le Président ! Seriez-vous un peu goinfre ?

LA MADONE

Ce bel euphémisme me semble bien…

CUNEGONDE

                                                              Oui ?

LA MADONE

Va sans dictionnaire trouver  rime en « infre » !

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Il n’y a pas que moi qui suis un peu bloquée

Quand des rimes débiles il s’agit d’inventer.

Je ne veux pas encore, sur cet auteur de gare,

Sur cet affreux étron, sur ce gros malabar

Jeter l’anathème. Mais bien vous avouerez…

ROSIE

Quoi donc chère ?

LA LANGOUREUSE ARIELLE

                             Qu’il est insupportable.

ROSIE

Mais ça ne rime pas ! Il n’y a pas de « é » !

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Ah bon ? Tiens, je croyé.*

 

* Et allez donc ! Elle aussi !

FIFI

                                            Viens donc près de la table,

O ma si tendre aimée, prenons tous ces gâteaux

A l’ombre des palmiers, dans ce si joli pot,

Allons les déguster.

(Pendant ce temps, la compagnie n’a pas perdu son temps et a fait quelques dégâts dans le buffet et dans les boissons.)

 

LA VHA

                                 Que pensez-vous, très chers,

De ce si bon repas, faites-vous bonne chère ?                               

LA MADONE (se léchant les doigts)

Ces mets sont excellents, cette sauce est divine.

Quel aliment vivant en est à l’origine ?

LA VHA

Un rat d’égout crevé, quelques chauves-souris

Le tout bien mariné et sur le feu bien cuit.

LA MADONE

Je me demande si je ne vais pas vomir.

J’ai tout à coup très froid, je commence à gémir.

LE PRESIDENT

Cette boisson, la vieille, qu’est-ce donc, là, dis-moi ?

LA VHA

Du jus de cafard et de grasse lamproie.

CUNEGONDE

Nom d’un gros chien gelé, j’en ai bu quatre fois.

C’est immonde et pourtant je sens là que mon foie

En redemande. Je vais finir bien pétée

Car je crois que ce jus est trop alcoolisé.

LA MADONE (cuite)

La présidente ronde en voilà un scandale !

 

CUNEGONDE (aussi cuite)

Arrête s’il te plait ton humour à deux balles.

Je ne me sens pas bien. J’ai envie de pleurer.

LA MADONE (en larmes)

Mes pleurs à moi aussi ne cessent de couler.

(Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre en pleurant. Tout le monde chiale, sauf le Président qui réfléchit aux bienfaits qu’il va pouvoir tirer de cette aventure.)

 

LA MADONE

Ma Cunégonde à moi !

CUNEGONDE

                                      Ma Madone adorée !

LA MADONE

Que de cris et de pleurs font couler nos disputes !

CUNEGONDE

Que de mots prononcés au cours de cette lutte

Et que nous ne pensions pas !

NONO

                                                 Là, j’en suis moins sûr,

Les échanges parfois ont été un peu durs,

Ce qui ne veut pas dire que tous nous mentions.

ROSIE (ronde)

De mon tailleur rose, je suis sûre qu’au fond

Vous êtes amoureux. Soyez mon conquérant.

NONO

Les camionneurs ne sont, je le regrette bien,

Pas encore à mon goût.

ROSIE

                                     Mais ça ne fait rien.

J’enlève mes chaussures, j’ôte ces souliers,

Qui de mon bel amour osent me séparer.

LA VHA (au Président)

Cher squelette emmanché on dirait que ta troupe

La tête la première est tombée dans la soupe.

Ils sont ronds comme des billes.

LE PRESIDENT

                                                   Je le déplore aussi.

Par où faut-il passer pour se tirer d’ici ?

LA SUCCUBE

Je vais vous accompagner pour être bien certaine

Que vous ne laissez pas vos paires de mitaines.

En d’autres termes : que vous êtes bien partis

Ca commence à bien faire cet amas d’idioties.

LE PRESIDENT (à Cunégonde)

Venez-vous, épouse obéissante ?

CUNEGONDE (montrant la Madone )

                                                      Sans elle ?

Je ne le puis cher époux, c’est ma sœur nouvelle.

LE PRESIDENT

Prenez-là par la main ou bien par les cheveux,

Je m’en contrefous, mais suivez-moi, je le veux.

LA VHA

Avant de partir, veuillez rendre vos habits.

(Tout le monde se change dans le bordel le plus complet. Puis, sur un geste de la VHA , une porte s’ouvre dans le mur du fond, découvrant un ascenseur.)

 

LA VHA

Dans ce grand monte-charge, embarquez je vous prie.

LA MADONE

Mais on va étouffer ! Il est bien trop petit !

LE PRESIDENT

Nous nous tasserons. Aussi bien chère amie,

Tu en as l’habitude.

LA MADONE

                                 Que veut dire ceci ?

LE PRESIDENT

Je t’expliquerai ça quand nous serons rentrés.

Cunégonde chérie, le bouton effleurez.

(La porte se referme. La VHA et la succube poussent un énorme soupir de soulagement, de même que la sorcière, restée évidemment. Le rideau tombe mais va se relever tout de suite. Alors, on ne quitte pas la salle si on est poli. )

 

DERNIER TABLEAU :

Dans sa chambre, au palais présidentiel, le soir, après une grande discussion avec le Président, Cunégonde se remémore ce voyage extraordinaire. Assise devant son miroir, tout en se brossant les cheveux, elle pense à voix haute.

CUNEGONDE (seule)

Le monde est bien étrange et bien dur à comprendre.

Qui aurait cru alors, avant que de me rendre

En Enfer, j’eusse pu, de la belle Madone

Devenir une amie ? Je la trouve si bonne !

Un peu conne, c’est vrai, mais après tout qu’importe ?

Ce n’est pas mon rôle de lui prêter main forte,

Au contraire. Mon royal époux se réjouit

De découvrir en elle un aussi grand dépit.

Quels étranges détours ma pensée a donc fait !

Le public de moi ne sera satisfait

Que lorsque j’aurais après de si grands détours

Satisfait ses envies de connaître la Cour ,

La fin de ce périple et le sort réservé

A de si beaux héros ; qu’est-il donc arrivé

Après notre départ de ce charmant royaume ?

Commençons par Fifi. Il a besoin d’un baume

Pour mettre sur son cœur encor bien trop meurtri

Par cet amour dément qui l’a presque détruit.

La langoureuse Arielle a voulu l’épouser,

Fifi de son côté, sa femme  délaisser

N’a pas voulu non plus, il n’a pas divorcé

Et la sombre blondasse a fini par lâcher.

En ce beau mois de mai,* un disque elle enregistre

Avec sa voix pourrie mais ça plait bien aux cuistres.

Elle s’est donc trouvé un nouveau milliardaire,

Moins con que BHL mais qu’elle fait bien braire.

C’est sa nature. Excusons-là. Point final.

Daktari et Rosie, pour éviter le pal,

Et retrouver intact leur beau ministère,

Ont au cher Président obéi sans manière,

Disant ce qu’il voulait, faisant ce qu’il voulait ;

Et de deux serpillières prenant tous les traits.

Assez sur eux. Que dire sur Lanlan, le pauvre ?

De son ex adorée il est toujours l’apôtre,

Prépare des discours, fait plein d’apparitions,

Ecrit ses mémoires, garde bien ses moutons,

Dans sa champêtre retraite voit ses amis,

Enfin ceux qui lui restent après ce tsunami.

Quant à Nono, grand dieu, il est très obsédé

Non par ses conquêtes, mais plutôt par son nez.

Il vient de découvrir, abominable chose,

Qu’un bouton purulent défigure son nose.

Le flacon de Satan il a déjà vidé

Pour que dalle vraiment, de volume a doublé

Ce nez de Cyrano. Mais n’ayant pas l’esprit

Du héros de Rostand et pas de répartie,

Il déprime à tout va et se dit que sa vie

Sans sa séduction est fichtrement finie.

La politique il dit que cela bien l’ennuie ;

C’est faux, évidemment, car il est incapable

D’envisager sa vie sans lécher les notables,

Maçons, de préférence. Je crois que c’est tout.

Ai-je oublié quelqu’un ? Je ne le pense pas.

Je suis contente au fond d’être revenue là.

L’enfer était sympa, et Satan séduisant,

BHL y cuisant, c’était très amusant ;

Parcourir les couloirs, chercher notre chemin,

Me plaisait grandement, me divertissait bien.

Mais toute chose en ce maudit bas monde, hélas,

A une fin. Me voilà à présent bien lasse.

Je vais aller dormir. Ce n’est plus de mon âge

De passer des nuits blanches. Cependant j’enrage :

J’étais là descendue chargée d’une mission,

Je l’ai un peu ratée, j’ai beaucoup l’air d’un con,

Ou plutôt d’une conne oublier il ne faut

Mes accords de grammaire et mes vœux conjugaux.

Mon Président chéri n’a fait aucun reproche

Ce qui vous montre bien comme nous sommes proches.

Il a fort bien compris, et je l’en remercie,

Que j’avais eu affaire à très forte partie.

Il n’a donc pas gueulé, n’a fait que soupirer,

M’a serrée contre lui, m’a donné un baiser

Et sans une parole est allé se pioncer.

Je vais donc à mon tour de ce pas l’imiter.

* La Présidente a des problèmes avec l’écoulement du temps. On lui pardonne sa faiblesse.

(Elle se lève, regarde une derrière fois sa coiffure, s’avance vers le lit et se couche. La lumière baisse, puis la pièce devient noire. Grand silence. Soudain, un abominable bruit de tempête s’élève à droite ; la porte s’ouvre à la volée. La lumière revient. Le Président jaillit du couloir comme une fusée et s’effondre sur le lit.)

 

LE PRESIDENT (secouant son épouse)

Cunégonde, ma mie, veuillez vous réveiller.

CUNEGONDE

Quoi encore ? Mon ami, cessez de trépigner,

Je ne suis pas un arbre, pas même un prunier.

Que voulez-vous ? Il est très tard.

LE PRESIDENT

                                                      Je le sais bien.

Lisez, je vous en prie, ce joli parchemin.

CUNEGONDE

Ah non, alors, ça ne va pas recommencer !

LE PRESIDENT

L’empereur de Mars est parait-il noyé

Sous les emmerdements. Satan a conseillé

Qu’à vous il s’adresse il faut bien vous lever.

CUNEGONDE

Ces dirigeants nullards commencent à me gonfler.

Prend-on le pouvoir quand on ne sait pas régner ?

Qu’il aille au diable.

LE PRESIDENT

                                 Mais il y est allé.

Satan ne peut pas comme vous le conseiller.

CUNEGONDE

Dites plutôt qu’il ne le veut pas ! Enfoiré !

LE PRESIDENT (avec un sursaut)

Qui, moi ?

CUNEGONDE (légèrement énervée)

                 Mais non, abruti ! L’autre, le damné !

LE PRESIDENT

Quittez donc, je vous prie, ce ton si courroucé

Vous êtes trop belle pour qu’ainsi il vous sied.

Ecoutez-moi. Ce n’est pas à l’instant bien sûr,

Que vous embarquerez. Il faut que je m’assure

Que la fusée est prête et que tout l’équipage

Saura être discret, éviter le tapage.

Vous ne partirez donc que le surlendemain.

Jusque là restez cool et surtout dormez bien.

(Il sort sans attendre de réponse. Cunégonde, de rage, fait sauter ses oreillers par terre. Puis elle se lève et les remet sur le lit en grommelant « quelle gourde ! ». Puis elle se calme s’adosse à ses oreillers et réfléchit.)

CUNEGONDE

L’empereur de Mars moins que Satan, j’espère,

Sera dur à manier. C’est une belle affaire

Qui m’attend. Grâce à cet incapable, je vais

Prendre enfin ma revanche et quitter cet air niais

Qui me va si mal. Au fond, je suis bien contente

Car cette aventure finalement me tente.

Haut les cœurs, Cunégonde, montre ta vaillance,

De ces mâles obtus conduis donc bien la danse !

(Elle se dresse, fait le salut militaire, puis se recouche et éteint la lumière. Rideau)

 

FIN DE VOTRE FEUILLETON FAVORI.

15 septembre 2007

Cunégonde intervient une fois de plus

Ne manquez pas, amis, demain le dernier épisode de ma saga estivale. Il va se passer des choses inouïes, vous ne pouvez même pas les imaginer. C'est là qu'on se rend compte, finalement, que la fiction dépasse quand même la réalité... Rendez-vous demain matin de très bonne heure. Comme vous le savez, je suis quelqu'un qui se lève tôt car j'ai beaucoup à faire dans mon palais présidentiel, sans compter toutes les associations "charitatives" auxquelles il faut que je fasse du gringue...  Je suis épuisée à l'avance. Mais je vous embrasse quand même, chers électeurs.

 

14 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XIX

Episode 19 : Synthèse de Satan sur ce qu’il vient d’entendre –  Chacun en prend pour son grade – Décision de Satan et nouvel élément qui vient perturber l’échiquier : « Stupeur et tremblements » (thanks, la Nothombe. ) – Feu nourri de remarques désagréables de part et d’autre.

 

« Bon, reprit Satan. Il me faut maintenant vous dire ce que je pense de toutes vos propositions. Vous allez le comprendre rapidement, je me suis livré à une petite analyse de toutes vos idées et voilà ce que cela donne. »

 

SATAN

A vous Président, à vous belle Cunégonde,

Je tiens à dire, autour de cette table ronde,

Que vos  dignes conseils m’ont été très précieux.

J’ai su, à vous entendre, qu’il valait bien mieux

Régner non en tyran mais en maître éclairé.

(Sourire ravi du Président et de Cunégonde. Satan, à part)

Je crois qu’ils n’ont pas vu le deuxième degré.

Laissons leur donc encore un peu leurs illusions.

(Haut)

Un si charmant modèle, une telle passion

A gouverner ainsi, en se montrant partout,

En se mêlant de tout, a sur moi je l’avoue

Des charmes indicibles et je suis persuadé

Que c’est bien là vraiment la façon de régner.

Néanmoins je dois dire que mes convictions

Ne vont pas jusqu’à prendre toutes vos leçons.

J’en retiens quelques unes, pas beaucoup je le crains,

Non que ce soit idiot, non que ce soit malsain,

Mais mon royaume à moi n’a pas les mêmes lois.

Vos gens acceptent tout, c’est un vrai troupeau d’oies,

Les diablotins ici sont moins anesthésiés :

C’est normal vraiment, chez nous, pas de télé.

Pas de foot ou rugby pour divertir la masse

Et lui faire avaler des poissons bien fadasses.

C’est une métaphore. Tout ça pour vous dire

Que le peuple infernal n’a pas besoin de sbires,

De larmes, d’émotions, de pleurs et de scandales

Pour exister vraiment et admettre le mal.

L’enfer n’est certes pas un modèle de bien

Ce n’est pas là son rôle et ce n’est pas le mien.

Mais comparé à vous, qui êtes incapables

De dire les vérités, qui cachez dans le sable

Le motif évident de toutes vos réformes,

Qui endormez vos gens à coup de chloroforme

De sublimes discours, de merveilleux non-dits,

L’enfer, je vous l’assure, est un vrai paradis.

 

(Applaudissements nourris de la Madone , de Lanlan et de Nono qui veut porter Satan en triomphe. La langoureuse Arielle se dresse et salue, persuadée que ces acclamations sont pour elle. On la fait rasseoir derechef. Le Président, Cunégonde, Fifi et Rosie tirent la gueule. Daktari hésite entre l’approbation et la réprobation. La sorcière sourit de toute sa dent.)

O Madone adorée, reine des inutiles,

Certes pleine de grâce or trop souvent débile,

Votre combat ce jour ne peut être le mien.

J’ai besoin de conseils et non d’entretiens

Où le néant du verbe à la glose s’allie,

Où la pensée absente est le moindre délit,

Où la vacuité, seule force en présence,

Devient un art de vivre et sait masquer l’absence

De réels combats et de réels changements.

Vous n’avez pas d’idées, c’est l’aveu de Lanlan.

Eussiez-vous aujourd’hui du Président la place,

Vous feriez comme lui bien autant de grimaces.

Vos discours maintenant, aussi peu authentiques

Que ceux de l’an dernier, virent à présent au tic.

Vous répétez sans cesse les mêmes paroles

Qui ne veulent rien dire et qui sentent la sole

Avariée et pourrie. Comme arme vous n’avez

Que la démagogie, votre aura de mémé,

Votre image de vierge et la langue de bois

Que vous maniez si bien ô Madone aux abois.

Le portrait est peut-être un peu dur, je m’excuse

Il vous caricature, on dirait une buse.

Mais vous ne l’êtes pas. Vous menez votre barque

Avec agilité, et ça, je le remarque.

C’est ce trait impérial que je vais emprunter

Pour que dans mon royaume il soit bien appliqué.

(Nouvelle salve d’applaudissements, venant cette fois du Président, de Cunégonde et de sa bande. La Madone a pris son air le plus revêche et pince les lèvres ; Lanlan est effondré sur la table et pleure, Nono s’agite sur sa chaise. Daktari hésite toujours entre la réprobation et l’approbation et la Sorcière continue de montrer sa dent.)

DAKTARI (pensif, à part)

J’ai bien fait de me taire, chacun prend son paquet.

 

SATAN

Quant aux opportunistes et aux perroquets,

Je n’ai qu’un mot à leur dire : Vade retro !

 

LA MADONE (A Daktari)

Ce trait-là est pour toi. Qu’en dis-tu, vieux pied-bot ?

 

DAKTARI

Que je me sens confus et même beaucoup sot.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (se levant)

Et moi ? N’ai-je pas droit aussi à un cadeau ?

 

SATAN

Veuve BHL, vous n’êtes pas concernée

Par les avis qu’ici je viens de donner.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Ah bon ! Alors je me rassois.

 

SATAN

                                               C’est ça, ma chère.

Occupez-vous un peu, faites votre prière.

Ici tout est permis. Mais surtout taisez-vous.

 

LE PRESIDENT

Seigneur, je vois que vous ne craignez point les coups.

Vous savez les donner. Vous n’êtes pas un mou.

Ca me plait.

 

SATAN

                    Je savais que vous apprécieriez

A sa juste valeur mon humour sans pitié.

Aussi à l’avance ai-je bien ri, chers amis,

Délecté je me suis, mon annonce voici.

Sachant que vos avis seraient très partagés,

J’ai voulu, à mon tour, ce problème régler ;

J’ai donc là-haut un bon émissaire envoyé

Pour, de Marie-Jo, avoir l’avis bien cadré.

Un mémoire elle m’a ici bas octroyé,

Je ne vais pas le lire, vous seriez consternés.

Mais j’avoue que par ses idées, je suis séduit.

C’est un peu tartignolle et ça suinte l’ennui,

Mais quand on débroussaille et qu’on y réfléchit,

Que pas tort  au fond, elle n’a pas, on se dit.

Pratiquement, vraiment, c’est irréalisable ;

C’est un peu le grand rêve du marchand de sable.

J’aime cependant cette naïve candeur,

Ce vœu d’égalité qui ressemble à un leurre.

Il est bien évident que ce qu’elle prescrit

Ne pourra certes pas être appliqué ici

Dans son intégralité.

 

CUNEGONDE

                               Vous déparlez, sire !

Vous plaisantez, je crois. C’est pour nous faire rire

Que vous dites cela.

 

SATAN

Point du tout. Je suis, ma chère, très sérieux.

Maire-Jo a des talents que beaucoup d’envieux

Revendiquent. D’accord, elle délire souvent

Ce n’est pas un problème et n’est pas dérangeant.

Des idées de réformes je vais lui piquer,

Et faire ainsi semblant de bien les appliquer.

Elle sera contente et moi je pourrai faire

Ce que veux ici et réformer l’enfer.

 

LE PRESIDENT

Votre éminence m’a fait peur !

 

LA MADONE

                                                  Et donc à moi !

J’ai bien cru un instant, pauvre biche aux abois,

Que vous alliez ici, de cet enfer si triste,

Augmenter le malheur et finir communiste.

 

SATAN

Rassure-toi, Madone, il n’est pas encore temps,

De semer tous mes biens dans un sublime élan

De générosité. Je ne suis pas si fou.

Altruiste je suis, amis, tout comme vous.

Mais je sais aussi bien garder mes intérêts,

Appliquant vos méthodes avec un grand succès.

Je vais tout mélanger, quel que soit votre bord,

Bien agiter le tout et piquer sans remords

Ce qu’en vos beaux programmes, il y a de meilleur.

 

CUNEGONDE

Tout ce boulot pour rien ! Je suis un peu sonnée,

Je ne le cache pas, beaucoup désappointée.

En sauveur de l’enfer, j’étais la première.

C’est foutu, je le vois ! Comme je suis amère !

 

LE PRESIDENT

Avez-vous, cher ami, vraiment bien réfléchi ?

Spécialiste je suis pour entuber autrui.

De mes leçons, je crois, on a tout à gagner

Si sans graves soucis on veut bien gouverner.

 

LA MADONE

Souvenez-vous, Seigneur, que Nono ci-présent

A donné un avis bien plus que compétent.

Marie-Jo est cinglée, ce n’est pas d’aujourd’hui,

Elle est en plein délire et n’a pas bien compris

Que le monde a changé. Nous si. Voyez donc, Sire,

Ce que nous pouvons faire pour bien vous servir.

 

CUNEGONDE

Toi, ayant compris quelque chose ? C’est nouveau !

Ca vient donc de sortir ? Ca naît du caniveau ?

 

SATAN

Vos joutes orales ne recommencez point.

Mon oracle a parlé, de vous n’ai plus besoin.

Mais pour vous remercier de vos si bons conseils,

Des cadeaux en flopée j’en ai pleine corbeille.

(A Cunégonde)

Pour vous, Présidente un abonnement annuel

A  Figaro Madame, Biba et puis Elle.

C’est un beau florilège que nous vous offrons,

En prime à Marie-Claire nous vous abonnons

Pour l’éternité.

 

CUNEGONDE (cul serré)

                         Vous êtes trop bon, Altesse.

J’ai fait tous mes efforts, j’ai vécu dans la liesse

Pendant tout mon séjour dans ce génial endroit.

Soyez donc remercié pour ces cadeaux de roi.

 

LA MADONE

Ben et moi ? On m’oublie ?

 

SATAN

                                            Oh que non, chère amie !

Vous serez, je le crois, par ce présent ravie.

 

LA MADONE (battant des mains)

Qu’est-ce donc ? De curiosité, je me meurs.

 

SATAN

Attendez d’être en haut. Ce n’est pas encore l’heure

De crever. Prenez donc ce paquet et voyez

Si la couleur vous va, si la taille vous sied.

 

LA MADONE

Je ne vois que du blanc. On dirait bien, ma foi

Une tenue de mariée, des rubans caca d’oie.

 

SATAN

Vous vous trompez, hélas. C’est un nouveau tailleur

Pour jouer les ingénues et les vierges en fleur,

Les saintes bonnes sœurs et la belle Marie,

Rôles que vous aimez, je sais, à la folie.

 

LA MADONE (Coincée)

Ce ne sont certes pas les bijoux espérés.

Mais c’est mieux que rien. Grand merci Majesté.

Quelle belle façon de faire remarquer

Que mon tailleur est sale et tout bon à jeter.

 

CUNEGONDE (ironique)

Un tailleur neuf, ma chère ! Cela en dit long

Sur l’énormité même de tes prétentions.

Tu ne vins pas ici en femme politique

Mais en quémandeuse d’habits plus esthétiques

Que ceux que tu mets d’habitude.

 

LA MADONE (méprisante)

                                                      Va, jalouse !

Parfais donc ta culture avec cette bouse,

Ces magazines idiots dont on t’a fait cadeau

Qui ne meubleront pas le quart de ton cerveau.

 

CUNEGONDE

Je n’ai pas à meubler car mon cerveau est plein.

 

SATAN (qui rigole)

Mesdames, je vous prie, veuillez mettre le frein

A des emportements qui ne sont de vous dignes.

Serrez-vous donc la main, ce sera un bon signe

De réconciliation.

 

LA MADONE

                              Si jamais elle pense

De son satané clan m’entraîner dans la danse,

Elle se trompe.

 

LE PRESIDENT

                        Dis, t’ai-je un jour demandé

A l’aréopage venir te mélanger ?

Ne prends pas tes désirs pour des réalités

Reste donc dans ton coin et ne nous fait plus suer.

 

SATAN

Ces débats participatifs très passionnants

Ont été ; encore une fois, cher Président,

De votre venue ici je vous remercie.

Faites mes amitiés à tous vos chers amis,

Complimentez-les pour leurs si beaux mensonges,

Pour ce goût du pouvoir qui si souvent les ronge,

Pour leur hypocrisie, pour leur facilité

A oublier qu’un peuple ils doivent gouverner

Non pour leurs intérêts mais pour le bien public,

Et non pour leur carrière d’homme politique.

 

LE PRESIDENT

Vos compliments, Majesté, me vont droit au cœur.

Je les ai bien formés, c’est vraiment un beau chœur

Que j’ai derrière moi. Dociles à un point

Que j’ai envie parfois de leur mettre mon poing

Dans la figure. Le devrais-je, croyez-vous ?

 

SATAN

Gardez-vous en bien. Pourquoi le feriez-vous ?

Ces mollusques si mous vous font tant de courbettes

Que les massacrer là ce serait vraiment bête.

Vous perdriez votre cour.

 

LE PRESIDENT

                                         D’autres viendraient vite,

Pour combler tous ces trous. Voulez-vous que je cite

Quelques noms ?

 

LA MADONE

                            Sur ta liste le mien en tous cas

N’apparaîtra jamais.

 

CUNEGONDE

                                 Je ne parierai pas

Sur ta fidélité à ton joli programme.

Tu es bien comme nous, ô sublime Madame.

 

LA MADONE (avec hauteur)

C'est-à-dire ?

 

NONO

C'est-à-dire faux cul, disons-le simplement.

Jouons cartes sur table, personne n’entend

Ce que nous proférons. Et dans nos réunions

A huis clos, de bien pires mensonges disons.

 

SATAN (épanoui)

Nono, quel bel exemple de sincérité

Viens-tu à cet instant à nous de bien donner.

Tu mérites un cadeau. Tiens. Prends ce flacon,

Il te servira bien pour séduire les thons

Quand dans quelques années tu seras un vieux con,

Que des rides traîtresses, qu’un triple menton,

Que des yeux chassieux, que des cuisses étiques,

Auront de ta carcasse détruit l’esthétique.

 

NONO

C’est de l’eau de Jouvence ?

 

SATAN

                                             On peut dire ça.

 

LA MADONE

J’en veux aussi, Seigneur. Je crains que mes appâts

Des ans ne subissent l’irréparable outrage.

 

ROSIE

C’est déjà fait, Madone et tu as vraiment l’âge

Où l’on doit préférer de rester dans sa cage

Au lieu de se montrer.

 

LA MADONE

                                     Que dit cette débile ?

 

SATAN (il se lève)

Rien, chère amie. Seulement des mots inutiles.

Mes serviteurs je vais maintenant appeler

Pour qu’ils vous reconduisent dans votre palé.*

 

* Décidément, tout le monde le chope, ce foutu accent. Même Satan, vous vous rendez compte ?

(La compagnie se lève. Congratulations de part et d’autres. La succube entre.)

LA SUCCUBE

Dans sa belle auberge, la vieille horrible atroce

A choisi un cocktail pour ces affreuses rosses.

Dois-je les y conduire ?

 

SATAN

                                      Va, emmène-les,

Un apéro d’enfer va les réconcilier.

Je me retire moi dans mes appartements

Pour des lois rédiger ainsi qu’un beau serment.

(Sortie des plénipotentiaires conseillers : Le président en tête ; Cunégonde et la Madone se disputent la seconde place ; Daktari porte la cape du Président afin qu’elle ne traîne pas dans la poussière ; Rosie arrange la coiffure présidentielle ; Lanlan soupire ; Nono se regarde dans un glace de poche pour être sûr qu’il n’est pas défiguré par un début de vieillesse ; Fifi et la Langoureuse Arielle se tiennent par la main et se jurent du regard un amour éternel. La sorcière ricane et plane avec son balai sur tout ce petit monde.  Satan les regarde sortir puis se rassoit et se met à hurler de rire. Rideau.)

(A suivre)

 

3561ed8209c39a19c8cc17e3470773ac.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7a2e1a1243a84711c95e9629e7b2892b.jpg

 

 

 

 

 

"L'enfer" extrait du jardin des délices de Bosch.

09 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XVIII

Episode 18 : Daktari rappelle sa présence et expose son dilemme cornélien – interventions de Rosie, Fifi, Lanlan – La Langoureuse Arielle blablate – BHL, tel Jean-Baptiste maudissant Hérodiade, anathématise – Satan prend sa décision.

 

DAKTARI

O Prince des ténèbres, de l’enfer maudit,

Vous m’avez oublié, et pourtant là je suis.

Certes je ne dis rien mais n’en pense pas moins,

De ces divagations, je suis muet témoin.

 

SATAN

Toutes mes excuses, Daktari, cher boy-scout,

Vous étiez silencieux, je vous ai cru out.

Mais bien visiblement, ce n’était pas le cas.

Parlez, vous prie-je à gémir n’hésitez pas.

 

DAKTARI (offensé)

Pourquoi gémirais-je, Seigneur ? Me croyez-vous

Identique à ceux-là qui crient comme des poux

Dès lors que leurs photos en grand dans les journaux

Ne sont plus à la une ?

 

LA MADONE

                                     Et toi dans un zoo

Tu ne déparerais pas, vieux singe ridé,

Traître qui devant moi ose encore trop parler.

Quelle guimauve encor vas-tu nous infliger ?

Sois donc humanitaire et ferme ton clapé.*

* La Madone a, elle aussi, chopé l’accent de la Drôme du sud.

SATAN

Sur vos propositions qu’il donne son avis.

D’en vraiment tenir compte obligé je ne suis.

 

NONO

Votre altesse a tout à fait compris mes leçons.

 

SATAN

Il faudrait être idiot pour rater l’hameçon.

Parlez, Daktari.

 

DAKTARI

                          Et que vous dire, Seigneur ?

Je suis écartelé. D’un côté mon bon cœur,

De l’autre mes intérêts. Ministre je suis,

Ou plutôt je l’étais ; puis-je avancer ainsi

Une opinion tranchée ? Impossible, votre Altesse.

Le Président s’apprête à me botter les fesses

Si je dis des bêtises. Ma fonction, je l’aime

Je fais tout mon possible et plus encore même

Pour la récupérer. Et mon beau ministère

Que m’envient les jaloux, la terre toute entière,

N’attend qu’un mot de moi pour venir dans mes bras.

Il a, croyez, Seigneur, de superbes appâts

Bien propres à me faire hésiter. Le pouvoir,

L’argent, les voyages. C’est un trop beau miroir

Pour mon ego flatté. Je ne puis me résoudre,

A risquer de le voir ainsi partir en poudre.

 

LA MADONE

Donc, tu es bien d’accord, espèce de vandale,

Avec les idées de cet horrible chacal ?

 

DAKTARI

Pas vraiment, ô Madone et c’est là mon souci.

Mon grand cœur trop souvent à bien gémir s’oublie.

Quand je vois dans la rue les malheureux errer,

Quand je vois tous ces gens ne sachant où loger,

Quand j’entends ces sanglots qui montent de l’abîme,

Quand je vois tout ce peuple au bord de la déprime,

Je me mets à pleurer.

 

CUNEGONDE

                                   Oh, comme c’est touchant !

Vous êtes donc un saint et nous des mécréants !

Pourtant il me semble que votre appartement

N’a rien à envier aux plus fiers monuments.

Chambord, par exemple.

 

DAKTARI

                                         Renseignez-vous donc mieux,

Ma chère. Mon logis à Paris est miteux,

Dix pièces seulement, même pas de balcon.

Ainsi je vous en prie, veuillez changer de ton.

 

SATAN

Si nous revenions à nos moutons ?

 

DAKTARI

                                                           Avec joie.

Je disais donc, avant que du Président, l’oie

Ne vienne ici glapir, que j’étais consterné,

Par les spectacles affreux que je dois contempler.

Ainsi ne puis-je totalement adhérer

Aux propositions de mon chef adoré.

Je m’incline néanmoins devant lui.

 

NONO (méprisant)

                                                        Faux cul !

A trop lécher la botte, tu finiras vaincu !

 

LE PRESIDENT

Sois calme, ô Daktari, le message est passé.

Je t’ai bien entendu, tu vas récupérer

Ton beau ministère, mais dis donc haut et fort

Que j’ai sur tout raison et que tu as bien tort.

 

DAKTARI

Je l’admets volontiers.

 

SATAN

                                     Une chose de réglée.

Un message, Rosie, à nous communiquer ?

(Léger remous parmi les participants à la table ronde/carrée. Des voix s’élèvent du dehors, nombreuses, excitées, et réclament « plus de justice, plus de libertés, moins de boulot, sinon, ça va chauffer ! » (On remarquera qu’ici les alexandrins sont devenus décasyllabes. Merci d’applaudir ce tour de force de l’auteur.) Daktari pâlit. Satan garde tout son calme. Le Président s’agite. Tous les regards sont braqués sur Rosie qui, dans son tailleur rose, se lève.)

ROSIE (grandiloquente)

Vous tous écoutez-moi ! D’un atroce complot

Je suis la victime. Ce Président si beau

Que j’ai tant adoré m’a envoyée là paître

Quand j’ai voulu céans près de lui apparaître.

Mes explications il n’a point entendu,

Il m’a jetée dehors avec son pied au cul.

Je demande justice.

 

CUNEGONDE

                                 Toujours aussi sotte,

Elle n’a rien compris, de plus en plus idiote,

Elle va nous casser la  baraque.

 

LE PRESIDENT

                                                   Certes non.

Vous allez voir. Rosie, ô toi, la plus canon,

Viens là près de moi.

(Rosie s’exécute de mauvaise grâce) Que ce tailleur est donc beau !

Où l’as-tu acheté ? (A Cunégonde) Voyez comme ce dos

Est bien mis en valeur. On dirait la Bardot

Avant qu’elle ne soit devenue ce râteau

Que l’on connaît. N’a-t-elle pas là fière allure ?

 

CUNEGONDE (hypocrite jusqu’au bout de ses cheveux)

Oh que si, cher époux. Tout en elle est dorure.

Si aux diables ainsi elle montre sa hure,

Il faudra que Satan distribue du bromure

Pour les calmer.

 

ROSIE (épanouie)

                            La moi Présidente exagère.

 

LE PRESIDENT

Elle a raison vraiment, et vous serez j’espère,

D’accord pour reprendre votre beau ministère.

 

ROSIE (battant des mains)

Oh, oui !

 

LE PRESIDENT

                 Mais à une condition très spéciale :

A Satan vous direz, et ce n’est pas un mal,

Que mes propositions vous agréent en tout point.

 

LA MADONE

N’appelle-t-on pas cela un tour de malin ?

 

SATAN

Si, mais c’est bien joué. Alors, qu’en dit donc Rosie ?

 

ROSIE

Qu’il dit juste, Seigneur. Et qu’il soit obéi.

 

SATAN

Bien. A Lanlan maintenant. Je veux ici ouïr

De l’opposition la voix et d’elle m’instruire.

 

LANLAN

Ne commettez pas au nom du fric, ô Seigneur

Ce qui va je le crains être une grave erreur.

Ecoutez votre peuple, entendez donc sa voix.

Il est là, au dehors, il proteste et je vois

Un avenir radieux pour lui comme pour vous

Si vous ne suivez pas ce gros tas de saindoux.

Nono est un traître, il ne parle que de lui,

Parce qu’il a trop peur que sa tronche on oublie.

Ce en quoi il a tort, une pareille tête

Ne saurait s’oublier tellement elle est bête.

 

SATAN

Que proposez-vous donc ?

 

LANLAN

                                          Depuis quand, votre Altesse,

Proposé-je ? Vous le savez bien, je ne cesse

De critiquer. Mais que puis-je bien dire ici

Quand mon rôle se borne à crier sans merci ?

Mon cerveau est bien vide et celui de Madone

Se réduit au cerveau d’un vieux magnétophone.

Ce qu’on lui a dicté elle ne sait que redire,

J’en suis au même point et c’est même bien pire.

 

SATAN

Bref ? Ton avis ?

 

LANLAN

                            Faites comme vous l’entendez.

Mais ne suivez donc pas des avis insensés.

 

SATAN

Me voilà bien avancé. Fifi, c’est à vous.

 

FIFI (Après s’être raclé la gorge)

En tant qu’ancien troué, moi, le premier ministre,

Je déclare bien haut, sinon je suis un cuistre,

Que la majorité en tout point a raison,

Qu’à balancer ainsi ce n’est pas de saison.

Des réformes il en faut, c’est même primordial,

Tant pis pour les ratés, flanquez-les donc au pal.

Que votre gré soit loi, que votre loi s’imprime

Dans tous les esprits forts et tant pis pour le crime.

Des études j’ai fait et elles m’ont appris

A ne pas tenir compte des larmes, des cris.

L’économie, voilà le maître mot, Seigneur !

La culture et le reste ne sont que du beurre !

Le pouvoir j’ai acquis, et j’entends bien du reste

A ceux qui m’ont élu ne pas lâcher du lest.

 

LE PRESIDENT

C’est moi qui suis élu. Evite de confondre !

 

FIFI

Mais vous m’avez nommé. Et je peux certes pondre

Plein de décrets affreux pour entuber les gens.

Je ne le ferai pas car je suis trop prudent

Pour agir ainsi. Je compte sur l’Assemblée

Pour ma volonté suivre et tout bien ramasser.

Je suis un politique et non pas l’abbé Pierre,

Que m’importe à moi donc la vie des vers de terre ?

Quand l’enjeu est crucial, cruel je sais être

Je n’ai pas de remords, je ne suis pas un prêtre,

Et crois sincèrement que notre économie,

Des sacrifices vaut, y compris ceux des vies.

 

SATAN

Diable ! C’est raide !

 

FIFI

                                    Je suis un libéral,

Ma conscience me dit que ce n’est pas un mal.

Voilà mon opinion.

 

LE PRESIDENT

                               Quel merveilleux serviteur !

Sans âme et sans regret, c’est un vrai promoteur !

Bel homme qui plus est, ça peut vraiment servir

A baiser plein de gens et les dames séduire.

 

SATAN

La langoureuse Arielle, de son opinion

Nous fera-t-elle part ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (se levant elle aussi)

                                    Ecoutez, maquignons !

Vous me connaissez tous, vous savez qui je suis.

J’ai laissé ma cervelle au fin fond d’un grand puits.

Je me mirais dans l’eau, j’étais toute contente

De me voir si belle dans le trou, et l’attente

De mon beau fiancé en avait plus de prix.

Et soudain, ô prodige, ma tête s’ouvrit

Ma cervelle tomba, dans l’eau se répandit.

Je n’ai donc plus d’idées, je fais n’importe quoi,

Je dis des inepties, je chante sans ma voix

Et ça marche ! Interrogez donc mon banquier,

Des euros il dira que j’en ai par milliers.

 

SATAN (bienveillant)

Nous savons tout cela. Ce n’est pas le problème.

Vous digressâtes un peu. Pouvez-vous ci même

Nous dire franchement si vous êtes d’accord

Avec des discours qui viennent de tout bord ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

La digression est une de mes passions.

Je ne puis m’exprimer sans circonvolutions.

Je cherche en vain hélas à être intelligente

Mais ne le puis, Seigneur.

 

LA MADONE

                                       Qu’elle est donc emmerdante !

Elle nous pompe l’air. Dites lui de se taire !

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Donc une opinion je ne peux pas me faire.

Décidez sans moi. J’aurais voulu cependant

Tant vous faire plaisir, mais ce crétin très chiant,

Autrement dit l’auteur, rimailleur de poubelle,

Tout juste bon ma foi à laver la vaisselle,

Obligé de me faire déparler se croit.

Je le hais, Majesté, mettez-le donc en croix

Quand il sera crevé. Car votre enfer l’attend.

On n’écrit pas de conneries impunément.

Tous nos actes se paient, voyez donc BHL

Trempant dans son chaudron, le feu sous les aisselles.

 

(On entend à ce moment-là un rugissement effroyable montant des abîmes infernaux. Tout le monde sursaute, y compris le Président.)

 

LA VOIX DE BHL

Où est-elle, l’impure ? Où est donc ce parjure ?

Où est l’atrocité ? Où est cette raclure ?

Je la veux près de moi, elle doit y passer

Par des écrits aussi elle a contaminé

L’univers. De plus elle a chanté. Et très faux.

Elle me trahit enfin avec un gros bobo !

Où es-tu, vieux fémur ? Nouvelle Jézabel !

Vieil os décalcifié ! Squelette à ritournelles !

A la punition tu n’échapperas pas !

Tu trembleras salope à l’heure du trépas !

Que mon maître Satan entende ma prière

Et fasse donc de toi une atroce sorcière !

 

LA SORCIERE (vexée)

Et bien, il est poli ! Et c’est bien fait pour lui

S’il trempe dans la soupe et se cuit le zizi.

 

LA VOIX DE BHL

Où es-tu la traîtresse ? Où es-tu vieille carne ?

Où es-tu, sale impie ? Où es-tu grosse darne ?

Je te maudis Arielle et pour l’éternité !

Je te l’ai déjà dit, mais j’aime répéter

Ce que j’ai proféré et ce que j’ai écrit. 

Sans moi tu n’es plus rien, pas même un pain rassis !

C’était moi ta pensée, c’était moi ton cerveau !

Tache donc maintenant de trouver un vieux beau 

Qui te supporteras, bête comme tes pieds,

De toi fera l’idole d’un public taré

Et sans frémir enfin écoutera ta voix

Filet inaudible gluant comme la poix !

 

LA MADONE

En verve il a gagné ce qu’il perd en génie.

Ses anathèmes sont vraiment très réussis.

Dommage que vivant, il n’ait pas su écrire

De si belles tirades. Comme il a fait pire,

Il me semble normal que dans son grand chaudron,

Il cuise maintenant, avis à tous les cons !

 

SATAN

La sorcière céans veut-elle intervenir ?

 

LA SORCIERE

J’ai effectivement bien des choses à dire.

Seigneur, vous entendez comme moi au-dehors,

Hurler les diablotins dans tous les corridors

Du palais. De pitié n’êtes vous pas saisi

Quand tout le peuple entier, par ses terribles cris,

Vous implore Seigneur de ne pas augmenter

Les heures de travail qui sont déjà serrées ?

Comment voulez-vous donc qu’on punisse vraiment

Quand la fourche on ne peut, et même le trident,

Tenir correctement tant on est fatigué ?

C’est trahir un serment ! C’est trahir les damnés !

De nous ils attendent un travail soigné,

Les clients ont le droit d’être bien maltraités.

C’est notre réputation que je défends là,

Notre future gloire et même notre aura.

Voulez-vous que là-haut, les gens puissent penser

Que votre enfer à vous ne sait plus rien brûler ?

 

SATAN (pensif)

De tous les discours, le tien est le plus sensé.

Ce n’est pas étonnant car je t’ai bien dressée.

Tu n’es pas une humaine, tu raisonnes bien

Et tu sais en un mot montrer le droit chemin.

 

CUNEGONDE (froissée)

Ainsi donc, Seigneur, je suis venue pour des prunes ?

 

SATAN

Calmez-vous Cunégonde, et songez que la une

De vos journaux locaux vous rendra bien justice.

Vous serez pour le monde un sublime solstice.

Vous serez encensée, on parlera de vous

Ce qui plaira je crois à votre cher époux.

 

LE PRESIDENT

Ma femme n’est pas moi et de loin il s’en faut.

Je veux qu’elle se taise et ne dise un seul mot.

Elle n’a pas à paraître et que les tribunaux

Aille ailleurs se faire voir avec ou sans leur sceau.

 

SATAN

Je vous ai écouté, et j’ai bien réfléchi.

Ma décision est prise et la voici, amis.

 

 

Ouf ! Nous voici enfin parvenus au terme de cette interminable conférence. Satan va tout nous dire. Mais plus tard, d’accord ? Ces gens-là saoulent prodigieusement. Coupons donc le son pendant quelques heures, ça nous fera des vacances…

 

(A suivre)

 

 

07 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XVII

Episode 17 : les pourparlers (pour ne rien dire) : résumé de la situation par Satan – La Madone se fait remarquer – Propositions du Président -  joute verbale entre Cunégonde et La Madone – Nono le Bellâtre fait des contre-propositions – On n’est pas plus avancé à la fin qu’au début.

 

Le lecteur l’aura sans peine constaté, nos amis ont contracté depuis deux épisodes la sale manie de s’exprimer en vers. L’auteur a beau eu se révolter, vu leur nombre, ils ont été les plus forts et ils l’ont obligé à se creuser la cervelle pour pondre des alexandrins –enfin, ce qui peut passer pour tel. Ligoté devant son ordinateur et menacé d’un côté d’être inscrit de force à l’UMP et de l’autre côté au PS, votre pauvre auteur n’a pas eu d’autre choix que celui de s’incliner s’il ne voulait pas se retrouver adhérent (voire militant) à ces deux sublimes partis –punition franchement disproportionnée à la faute. Il va donc continuer à rimailler vaille que vaille mais croyez bien que dès que l’un de ces zozos aura le dos tourné, il va en profiter pour faire de la prose.

Ce préambule a aussi pour but de mettre en garde ceux qui auraient l’intention de créer des personnages : vient un moment où vous ne contrôlez plus ces sales bêtes. Donc, méfiance ! (Exactement comme vos gamins, quoi !)

 

SATAN

Enfin, tout est fini, nous pouvons commencer.

A cette table ici je vais déblatérer

Et tout vous expliquer. Mon discours sera long

Et longue ma tirade à moins qu'un petit con

Veuille m’interrompre à ses risques et périls

Et tienne absolument à finir sur le grill.

Le problème est très simple et ne demande pas

Vraiment de longs débats ; comme vous ici bas,

J’aime écouter ma voix et me griser de mots

Qui ne veulent rien dire et satisfont les sots.

Humain je ne suis pas mais à vous fréquenter,

J’ai chopé tous vos tics, et agis comme un pied.

Mais le mal n’est pas grand. Car réfléchir je sais,

Contrairement à vous, je suis bien assez frais

Pour avoir des idées. Je vais donc résumer

Pour vous la situation. Depuis quelques années,

Ou bien quelques semaines, mois, peut-être jours

-Le temps ici n’est plus, il est mort pour toujours-

Mon royaume s’agite à cause de certains

Abrutis obstinés qui le délicieux train

De la modernité ne veulent emprunter.

Ce sont, je le sais bien, de grands sots arriérés.

Tout a commencé par une grosse déprime ;

Une absurde langueur tomba sur les abîmes,

On ne fit plus rien, on ne tortura plus,

La fourche on oublia et les damnés tout nus

Attendirent en vain qu’on veuille bien les cuire.

Ils étaient très gentils, mais réclamaient le pire

Qu’à l’instant du trépas, on leur avait promis.

Ce n’était que justice, et j’étais en souci

De les laisser ainsi dans leur jus mariner.

Ils avaient un peu froid, risquaient de s’enrhumer.

Que faire me dis-je ?  Prétendre que le Vieux

Pouvait m’aider ici n’était qu’un vœu très pieux.

Et puis, soudainement, tout redevint normal.

On se remit à cuire, à refaire le mal.

Mais les fondements mêmes de ma société

Par cette grève absurde étaient bien ébranlés.

Je compris qu’il fallait modifier quelque chose,

Forcer mes diablotins à augmenter la dose,

De gré ou de force, leur faire admettre enfin

Que l’esclavage seul apporte un peu de pain.

 

 

LA MADONE (A Lanlan)

Ce que sa Majesté peut aimer se répandre !

Ces trucs vingt fois déjà, on a pu les entendre.

Il faudrait conclure.

 

 

SATAN

                                Que dit donc la Madone  ?

 

 

LANLAN

Rien d’important, Seigneur. Un chant elle fredonne.

C’est ainsi qu’elle fait pour montrer qu’elle écoute.

Poursuivez, je vous prie.

 

 

SATAN

                                         J’ai fini. Mais je doute

Que ce problème ardu, vous puissiez le résoudre.

 

 

LE PRESIDENT (Pontifiant)

Voici donc mon avis : Faites parler la poudre

Et vos problèmes ainsi seront bien résolus.

Je sais qu’il faut ruser avec les obtus,

Leur caresser le dos, puis leur marcher dessus.

Etre une main de fer dans un gant de velours.

Mais quand la situation pèse vraiment très lourd

Sur nos frêles épaules il faut aussi savoir

Prendre un joli bâton pour sauver notre gloire

Et taper sur ces cons.

 

SATAN (intéressé)

                                 Est-ce votre méthode ?

De conduite avez-vous ainsi changé le code ?

 

LE PRESIDENT

Ce n’était qu’un avis. Je n’ai rien modifié.

Je m’en tiens aux discours, j’aime bien voyager.

Je suis partout vraiment, je suis sur tous les fronts,

Je me démultiplie, un jour à Besançon

Le soir même à Vesoul, la nuit à la Napoule ,

Le matin à Bercy, le midi…

 

 

 

LANLAN (goguenard)

                                             Chez ta poule ?

 

LE PRESIDENT (dédaigneux)

La rime est  très facile et rappelle bien trop

Les insanes répliques d’un certain cageot

Ici présent.

 

LA MADONE (courroucée)

                   A qui fais-tu donc allusion ?

                

LE PRESIDENT

Oh, tu te sens visée ? Tu n’as plus d’illusions ?

 

LA MADONE

L’illusion est ma vie, et ce n’est pas de toi

Que viendront les leçons. A tous ces gros bourgeois

Tu roules les yeux doux et ça marche, tant mieux.

Ne joue cependant pas maintenant les mielleux.

Tu n’es plus en campagne arrête de courir,

Cesse aussi de gonfler, cesse donc de glapir,

Tes dons d’ubiquité fatiguent tout le monde,

Y compris celle-là, ta belle Cunégonde.

 

CUNEGONDE

Madone à ma place, tu n’as pas à parler.

Qu’il rende des visites qui me font bien chier,

Que de gluantes mains il désire serrer,

C’est son problème à lui. Moi, je sais me tirer

Quand ça devient trop dur de supporter ces cons

Qui tournent autour de lui comme un tas de frelons.

Mais je dois avouer qu’en effet ma tension

A chuter quelquefois a des prétentions.

Je fatigue souvent, ce n’est pas toujours rose

D’être sur tous les fronts mais m’arrêter je n’ose.

 

LA MADONE

En t’écoutant j’ai peine à retenir mes larmes.

Un discours aussi beau a sur moi tous les charmes.

Votre vie me fait peine et savoir que sur vous

S’abattent tous les maux, viennent tous les courroux

De la création, je sanglote tout haut,

Verse des pleurs amers et chiale comme un veau.

Quelle effroyable vie ! Quel tragique destin !

Le peuple entier vraiment de tout son cœur vous plaint !

                         

LE PRESIDENT

Tiens, tiens, il y a six mois, tu n’en disais pas tant.

 

LA MADONE

Il y a six mois, vieux con, j’étais pas président

Mais je désirais l’être. Tu vois la nuance ?

 

CUNEGONDE

Est-ce le bon moment pour chanter ta romance ?

Le Président a fait une proposition

A Sa Majesté.

 

SATAN

                       Vrai. Qu’en dit l’opposition ?

CUNEGONDE

Elle n’en dit rien vu qu’elle n’a rien à en dire.

Elle ne sait qu’aboyer, elle ne sait que médire.

Regardez-les, ces trois, qui ouvrent de grands yeux

Et se demandent bien qui pourra donc le mieux

Noyer ce gros poisson.

 

NONO (se levant)

                                      Ecoutez-moi, Seigneur.

De la Madone ici je suis le grand menteur, *

Je suis son bel esprit, son compagnon fidèle

Par ma bouche elle parle et je suis bien comme elle,

Attaché aux valeurs qui ont fait nos succès.

Le Président toujours s’exprime avec excès.

Il s’imagine encor, bien qu’étant Président,

Du château de Versailles être le résident.

Il oublie très souvent que l’époque a changé,

Que des gens on ne brûle à présent plus les pieds,

Même si quelquefois, dans de curieux endroits,

On les fracasse encor pour les remettre droit.

La poudre, Majesté, n’est pas le bon système ;

La com non plus hélas, vous le voyez vous-même

En contemplant ici le résultat génial

Que vous offre en un mot ce couple impérial.

A la façade enfin il faut donc substituer

Un intérieur garni, une isba bien carrée

Pour que là vos réformes soient bien acceptées.

Ai-je été assez clair ? Suivez-vous mes idées ?

 

* Mentor ?

 

SATAN

La métaphore me plait.

 

CUNEGONDE

                                      Elle est assez nulle,

Majesté. Nono ne sait faire que des bulles,

Il s’écoute parler, mais n’a pas un instant

Songé à préciser ce qui n’est que du vent.

 

NONO

Au moins vous Majesté avez-vous bien compris

Le sens de mon discours, ce que je n’ai pas dit.

Faites donc vos réformes et n’ayez point de crainte

A vous montrer patient, écoutez bien les plaintes,

Promettez, assurez que l’opinion des gens

Pour vous leur dirigeant est le plus important.

Dites donc oui à tout, ayez l’air débonnaire

Et en douce passez les lois impopulaires.

C’est ainsi qu’on gouverne chez nous, croyez-moi

Tous ces gens assemblés suivent la même foi.

 

LE PRESIDENT

J’ignorais qu’à mon clan tu avais adhéré,

Nono. Et…

 

NONO

                  Vous ou nous, Président adoré,

C’est un peu identique et vu la situation

Nos choix sont importants. Il faut faire attention

A ne pas saborder nos si beaux privilèges.

On réforme bien sûr, les impôts on allège,

Mais il faudra vite de l’argent retrouver

Et désigner l’endroit où l’on peut le chercher.

Dans la bourse des gens.

 

SATAN

                                         Point de vue astucieux.

Je suis vraiment séduit par ton côté vicieux.

 

LA MADONE (en colère)

Penses-tu bien Nono, qu’avec ces beaux discours

J’ai des chances un jour d’accéder à la Cour ?

Je veux être une élue, c’est là mon obsession

Et tu viens mettre au jour nos hideuses passions ?

Es-tu traître ? Es-tu lâche ? Ou bien es-tu idiot ?

 

CUNEGONDE (méprisante)

Il est bien temps de voir, vraiment, que c’est un sot !

Si tu l’avais avant expédié chez sa mère,

Tu ne serais pas là à pleurer et à braire.

 

SATAN

Je vous ai écouté, j’ai pris ma décision.

Mais j’ai besoin encor de quelques auditions.

La Madone a parlé, le Président aussi,

Je voudrais à présent connaître de Rosie

L’opinion. De même que Fifi et Lanlan.

La Langoureuse Arielle , assise sur ce banc,

Peut aussi s’exprimer, ainsi que la sorcière.

Démocrate je suis, nul ne reste en arrière

Quand il s’agit de me conseiller.

 

LA MADONE (à Nono)

                                                     C’est râpé.

Lanlan ne va sortir que des insanités.

 

LE PRESIDENT (inquiet, désignant Rosie)

Est-il vraiment utile qu’elle ouvre la bouche ?

 

SATAN

Je le veux.

 

CUNEGONDE (au Président)

                   Il est vrai qu’elle en tient une couche.

Mais de vous elle doit se faire pardonner.

Elle ne jouera donc pas les cruches attardées.

 

SATAN (bienveillant)

Qui des cinq maintenant a quelque chose à dire ?

 

(Un grand silence. Tous les regards sont fixés sur ceux qui n’ont pas encore parlé. Et si on attendait le prochain épisode pour leur donner la parole ? Bonne idée, parce que là, je sature…)

 

04 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XVI

Episode 16 : Dans la salle de réunions : Le Président chipote sur la forme de la table et sur l’éclairage – Impatience de Cunégonde –  Plainte de la Langoureuse Arielle - On s’installe – Arrivée de Nono le Bellâtre

 

La salle des conférences du Palais Infernal. Satan, debout, dans son costume d’apparat, vérifie que tout est bien en ordre. La porte s’ouvre. Entrée du troupeau menée par la succube de service. On s’incline de part et d’autre. Les manifestants sont restés à l’extérieur. De temps en temps, on entendra  quelques voix crier « aux chiottes les réformes ! ».

 

SATAN

Soyez les malvenus dans mon enfer à moi.

Vous arrivez très tard et je sais bien pourquoi.

De terribles périls vous dûtes affronter,

Mais vous voilà enfin ! Aucun n’est abîmé,

(Regardant le Président)

Ou si peu.

CUNEGONDE (minaudant)

                 Sire, veuillez lui pardonner

La photo n’est pas belle, il faut la retoucher.

L’original est mieux, je peux le certifier.

« Si tu le dis ! ricana la Madone. On ne va pas recommencer à parler en vers, continua-t-elle. C’est fatigant et ça me saoule. Pas vous ? » « Ma reine adorée, commença Lanlan, as-tu cependant remarqué que quand tu t’exprimais en alexandrins, tu ne bousillais aucun mot ? Franchement, c’est plus agréable pour l’auditoire. » « Lanlan, tu me déçois profondément, dit la Madone , très contristée. Je vois que, toi aussi, tu passes à l’ennemi. Soit ! Je combattrai seule. Mais tu ne perds rien pour attendre. » « As-tu fini de jouer la tragédie, toi ? répartit Cunégonde. On pourrait peut-être s’installer. » La langoureuse Arielle hocha vigoureusement la tête. « Ah oui, alors ! D’abord, je commence à fatiguer, et puis je me suis farcie la prose de BHL pendant …. ans ; ce n’est pas pour entendre votre versification à la noix ! Parlons normalement. » On se tourna vers d’un bloc vers la Sorcière du Château d’Onyx Noir. « Vous deviez la rendre muette, celle-là ! » dit Cunégonde, accusatrice.

LA SORCIERE (inspirée)

Mon pouvoir en ces lieux s’apparente au  néant.

Seule sa Majesté, tout en prenant des gants,

A le bon droit céans, quant à ce vieux cageot,

D’interdire qu’ici, elle prononce un mot.

 

LA MADONE

A quoi sers-tu donc espèce de bourrique ?

 

SATAN

Elle ne sert à rien. Ce n’est qu’une barrique

Pleine de vent et d’eau. (Montrant Rosie) C’est comme ce clystère

Qui ne sait que chougner sur son beau ministère.

La question n’est pas là. Veuillez, vous prie-je, vous seoir.

Nous n’allons pas parler jusques à demain soir

Pour ne rien dire.

 

LE PRESIDENT

                            Tel n’est pas mon avis, Sire.

A prendre place ici, je ne puis consentir.

Me seoir à cette table, de moi c’est indigne.

 

CUNEGONDE

Et pourquoi, cher époux, à cet honneur insigne

Opposer un refus vraiment inconséquent ?

 

LA MADONE

Lui-même n’en sait rien, ce dévot Président.

Il nous fait son coquet, mais les idées, que dalle !

 

LE PRESIDENT

Elle est ronde.

 

SATAN

                        L’eussiez-vous aimée plus ovale ?

 

LE PRESIDENT

Que non, vous plaisantez ! Il faut l’avoir carrée

Pour qu’à son bout enfin je puisse présider.

Cette égalité-ci, par vous recommandée,

Me déplait.

 

LA MADONE

                   Ne serais-tu pas un peu gonflé,

Président odieux ? Pour qui donc te prends-tu ?

Oses-tu bien ici, et dans cette tenue,

Imposer tes diktats ? Va, vieux Sardanapale,

Je serais de Satan, je te clouerais au pal !

C’est à sa majesté, l’empereur des Enfers,

De décider tout ça. Pas à toi, ver de terre !

 

SATAN

A cette mise au point je n’ai rien à répondre.

Mais si le Président, pour ses idées mieux pondre,

Désire présider, je peux lui proposer

Une table carrée et un trône élevé.

 

« Franchement, poursuivit-il, moi, je m’en fous, je ne mets pas ma grandeur là-dedans, sans jeu de mots facile, Président. » On pressa le Président d’arrêter son délire mégalo et d’accepter que la table fût carrée, ronde, rectangulaire ou trapézoïdale. Daktari vit le moment où le caprice présidentiel allait dégénérer en conflit diplomatique. Aussi, avec l’aide de Rosie, plaça-t-il l’une contre l’autre deux tables : une ronde et une carrée. On s’extasia sur cette solution si ingénieuse et si sophistiquée. Le Président, radieux, daigna prononcer quelques mots pour les remercier mais ne leur rendit pas leur ministère pour autant. Alors qu’on allait s’installer, un autre différend éclata, portant cette fois sur l’éclairage.

 

LE PRESIDENT

Dans ce rouge insensé, ma peau me semble cuite ;

Nous devrions, je crois, eu égard à la suite

De la discussion, de ce lieu si charmant

Changer l’éclairage. Je le veux moins ardent,

Plus doux à mon regard, et servant mieux mes cuisses.

Je jogge comme un fou et voudrais bien qu’on puisse

Mes muscles admirer tout comme mes idées.

 

LA MADONE

Décidément en roi tu te veux couronner !

Ce rouge me sied bien, et j’en ai rien à fiche

Que ta plastique ici dans le néant s’affiche.

On garde l’éclairage.

 

FIFI

                                 Peut-être pourrait-on

Changer l’intensité, baisser un peu le ton.

 CUNEGONDE (tapant du pied)

De vous j’en ai assez ! La table, l’éclairage,

Et puis quoi d’autre encore ? Mais quel est donc votre âge

Pour vous complaire ainsi dans de puérils ennuis ?

Allez-vous, nom de Dieu, vous asseoir tous ici ?

Peu importe le rang. On se fout de la place !

Cher époux je vous prie d’arrêter là, de grâce,

Vos caprices d’enfant et de vous seoir enfin

Qu’on puisse discuter, sortir de ce pétrin !

 

L’explosion de Cunégonde fit son effet. On décida de garder l’éclairage tel quel et chacun s’approcha des tables. Naturellement, un troisième obstacle empêcha le commencement du colloque : et il vint du côté où on ne l’attendait pas.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

A l’écart ne veux point être mise, Seigneur !

Aux côtés de Fifi, mon nouveau protecteur,

Je désire être assise et donner mon avis

Sur ce qui se dira ; idiote je ne suis.

C’est cet infâme auteur, ce gredin maléfique,

Jaloux de ma richesse et plein d’atroces tics

Qui me fait déparler. Je demande justice

Et réclame à grands cris qu’enfin on le punisse !

Il me traite de conne, il fait de moi un thon,

Prétend que j’ai la lèpre et un triple menton,

Et parce que je suis blonde, il ose encore, l’affreux,

De teinture parler et… (Elle s’arrête)

 

SATAN

                                   De grâce, achevez !

 

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Une rime à affreux, je n’arrive à trouver.

 

LA MADONE

Ce qui tend à prouver que cet auteur de chiottes

N’a au fond pas bien tort de te rendre si sotte.

Ce ne sont pas les rimes qui manquent !

 

FIFI

                                                                 Assez !

A ma céleste aimée veuillez foutre la paix ! *

Elle est con, c’est un fait, mais à moi elle plait.

Allez vous faire voir, près de moi elle sied !

 

* Prononcer « pé » comme à Montélimar et dans ses environs.

 

CUNEGONDE

Dois-je une fois encor vous rappeler à l’ordre 

Et élever la voix pour vaincre ce désordre ?

Discuter allons-nous oui ou non commencer ?

Que vous êtes bavards ! Et que d’insanités !

 

LE PRESIDENT

Je suis sied, mes amis, maintenant approchez,

A la table garnie vous seoir aussi veuillez.

 

On se doute bien que l’installation en elle-même ne se fit pas sans quelques problèmes. La Madone et Cunégonde voulaient toutes deux être à la droite du Président. Satan, qui ne s’était pas autant amusé depuis fort longtemps, s’était assis en face du Président. Ce dernier mit tout le monde d’accord ; après avoir giflé Daktari qui s’était subrepticement installé là où il ne le fallait pas, malgré les pinçons meurtriers dont Rosie le gratifiait, il décida la chose suivante : sa femme, à sa droite, la Madone à sa gauche, aussi bien c’était la place qu’elle revendiquait depuis son entrée en politique. Il fallait qu’elle assume. Lanlan prit place à côté d’elle. Fifi, la Langoureuse Arielle et Rosie s’assirent près de Cunégonde. Daktari, la joue toute rouge, posa son séant près de sa Majesté Infernale. La Madone exigea que Lanlan laissât une place pour celui qui allait arriver. Ce fut encore tout un cirque mais on parvint enfin à un consensus. Satan voulut ouvrir les débats. La Madone s’y opposa, arguant que Nono le Bellâtre manquait encore à l’appel.

 

SATAN

Où est-il, celui-là ? Que glande-t-il encore ?

Une éminence à moi, chargée d’un kilo d’or,

J’ai envoyé là-haut, pour qu’elle le corrompe ;

Ne prétendez donc pas que sur lui je me trompe.

Le pouvoir a ses charmes, et Nono le sait bien,

C’est pour cela d’ailleurs qu’il politise en vain.

 

LA MADONE (vexée)

Votre altesse a sur moi et sur ceux qui m’entourent

Une belle opinion ! Mais je dis à mon tour

Que Nono est honnête et ne veut pas la gloire

Pour lui tout seul. Il n’est que le vaste miroir

De mes pensées profondes et il n’y a personne

En qui j’ai plus confiance, il me sert moi, Madone !

 

CUNEGONDE (ironique)

On voit le résultat d’une si belle action !

 

LA MADONE

Garde ton ironie et fais bien attention

A ce que tu dis.

 

LA SUCCUBE (entrant, échevelée)

                         Seigneur, un gros malhonnête

Dans un coin du couloir à me violer s’apprête.

Il dit qu’il adore ce qui porte jupon,

Que je lui plais ainsi, qu’il aime tous les cons.

Je suis outrée.

 

LA MADONE

                      C’est Nono, Sire, je le sais.

Un petit peu satyre, il tombe dans l’excès.

Ne lui en voulez pas. Sa jeunesse s’exprime

A travers des discours qui sentent un peu la frime.

A son âge il ignore et c’est certes un défaut,

Que les gens comme lui finissent en vieux beaux.

Pardonnez-lui, Seigneur, ces propos déplacés,

Et dans notre assemblée faites-le donc entrer.

 

SATAN (à la succube)

Dis-lui donc de venir et de se dépêcher !

 

L’entrée de Nono le Bellâtre ne passa pas inaperçue, d’autant plus qu’il avait trouvé utile de se vêtir en ado, ce qui, on en conviendra, était une hérésie vu qu’il avait largement passé l’âge des premiers boutons d’acné et des pollutions nocturnes.  Cunégonde pouffa derrière sa main, Fifi ricana mais la Langoureuse Arielle le trouva très séduisant. Quant au Président, enroulé dans sa cape, il se dit que sa tenue, finalement, était bien plus respectable que celle de ce Don Juan pour crétines attardées.

 

SATAN

Prend un siège, Nono, et assieds-toi bien vite.

 

LA SUCCUBE (horrifiée)

Seigneur, avant d’entrer, il m’a montré sa bite !

 

LA MADONE

Alors, qu’en dis-tu ?

 

LA SUCCUBE

                                 Qu’elle n’est pas à mon gré.

Au couvent c’est un coup à me faire rentrer. 

NONO (indigné)

Tu mens effrontément ! Ma braguette est fermée !

 

CUNEGONDE

Ce qui ne prouve pas qu’elle l’a bien été.

 

 

ROSIE

D’un faune il a la tête et je suis convaincue,

Qu’il touche à tout, Seigneur, et pince tous les culs.

 

NONO

Pas le tien en tous cas, vieille grenouille rance !

Tu peux garder pour toi tes grandes espérances !

Pour tâter ce tailleur, il faudrait me payer

Plus cher qu’un kilo d’or, suis-je clair, Majesté ?

 

Satan, que ce dialogue faisait hurler de rire (il est bien le seul), répondit que cette réplique était d’une clarté absolue et que point n’était besoin d’explication de texte. Puis, il déclara qu’il était peut-être temps d’ouvrir le colloque. A ces mots, tout le monde prit un air sérieux et compassé. Chacun se redressa sur son siège.

 

SATAN

Les débats sont ouverts. Qui veut le premier

Prendre notre parole et donner ses idées ?

 

Un grand silence s’installa. Profitons-en pour respirer un peu…

(

A suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

02 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XV

Episode 15 : Où la versification s'ajoute à l'imagination : Face à face tragique entre le Président et Rosie la Terreur dans le jardin du palais infernal - Arrivée tragique de la Cunégonde's bande - surprise tragique de part et d'autre - La Madone demande tragiquement l'aide de Nono le Bellâtre : tout est tragique.

A force de déambuler dans les couloirs, le Président et Daktari finirent par arriver eux aussi devant le palais. La première chose que le Président remarqua fut un tailleur rose se promenant à grandes enjambées dans les allées du palais et allant régulièrement donner un grand coup de pied dans la porte. "Dis, murmura-t-il, très inquiet tout à coup, aurais-je des hallucinations ? Tu vois bien ce que je vois, n'est-ce pas ?" "Moi, je vois un tailleur rose et des chaussures de camionneur, répondit Daktari. Maintenant, j'ignore ce que vous voyez vous." "La même chose, fit le Président, soulagé. Qu'est-ce qu'elle fout là la courge ? Je l'avais expédiée en Antarctique." "Elle a dû s'échapper", dit Daktari qui se réjouissait intérieurement de cette rencontre. L'explosive attention du Président allait se focaliser sur quelq'un d'autre que sur lui. "Si elle a ouvert la porte de sa cage sans mon consentement, ça va chauffer grave ! » promit le Président en s'approchant.

Il poussa la grille du jardin, suivi d'un Daktari qui arborait un sourire éblouissant. Au bruit de leurs pas sur le gravier, Rosie la Terreur se retourna et son regard tomba sur le Président. Le souvenir de son outrecuidante désobéissance lui revint en mémoire. Elle le vit, elle rougit, elle pâlit à sa vue.

ROSIE

C’en est fait ! Il est là, en short et devant moi !

De son courroux hélas, je vais subir la loi !

 

LE PRESIDENT

Oh déchet putréfié ! Que fais-tu donc isi* ?

A moi désobéir, tu as osé, Rosie ?

Sais-tu ce que deviennent ceux qui me trahissent ?

Aimes-tu à ce point crier dans les supplices ?

Réponds donc ! Non, tais toi ! Courbe plutôt la tête

Et prie ! Dans un instant, ça va être ta fête !

* Pour les besoins de la rime, on voudra bien excuser le subit zozotement de notre bon Président.

 

DAKTARI

Seigneur, ayez pitié de cette créature

Qui par amour pour vous a osé le parjure.

Songez que la clémence, à un roi tout puissant,

Sied mieux que la présence à des enterrements.

 

LE PRESIDENT

Tu dis des conneries, ô vieux débris sénile !

J’en ai assez de toi, de tes conseils débiles !

Tu bavasses en vain. Tu ne sauveras pas

Ce saumon avarié d’un atroce trépas.

  

ROSIE

A vos genoux, Seigneur, je tombe élégamment

Je me prosterne aux pieds de ce beau firmament

Que vous êtes. Ma faute est lourde, je le sais,

Mais ne mérite pas qu’on sombre dans l’excès.

Pour vous je suis venue, j’ai tout vu, j’ai vaincu

La tempête de glace et le courroux des nues ;

J’ai bravé le blizzard et dans mon tailleur rose

Voyez comme je tremble ; et devant vous je n’ose

Laisser couler mes pleurs, exhaler mes sanglots.

 

LE PRESIDENT

Tes larmes sont vaines car tu n’es qu’un vieux pot !

De ton beau ministère, à jamais je te chasse,

Loin de moi désormais, tu chercheras ta place.

Redeviens le néant d’où je t’ai extirpée :

Tu ne seras plus rien, pas même députée !

 

ROSIE

A cet arrêt cruel soudain mon cœur se brise.

Plus de ministère ? Plus de conseil de crise ?

Ingrat ! Moi qui à tes pieds me suis prosternée,

Moi qui de la Madone ai voulu triompher,

Pour t’offrir en cadeau, sur un beau plat d’argent,

Nouvelle Salomé, son programme aberrant !

Ah cruel ! N’as-tu point, odieux, de remords 

En songeant que mon cœur est lié à ton sort ?

Que sans toi je ne puis désormais exister

Que dans le souvenir d’un glorieux passé ?

Mon ministère a chu ! Je ne suis que douleur.

Moi qui ne suis née que pour faire ton bonheur,

Tu me dépouilles hélas, loin de moi tu me jettes,

Comme un kleenex usé, une vieille carpette !

C’en est trop ! Mon orgueil à ce coup se hérisse

Et souhaite que l’enfer tout entier te maudisse !

 

LE PRESIDENT

Cesse donc de gonfler mon auguste personne.

A mes pieds tu larmoies, branche ton sonotone,

Car de mes vœux, je crois, tu n’as rien entendu :

C’est fini entre nous ; ôte d’ici ton cul !

 

ROSIE

Encore un mot, Seigneur ! Vous êtes un grand homme,

Certes ; souvenez-vous que c’est grâce à la com

Que vous enseignai ; sans moi, que seriez-vous ?

Qui vous a conseillé de montrer vos genoux ?

Qui, dans les journaux, consulte tous les décès

Vous permettant ainsi de vous livrer en paix

A toutes vos simagrées électoralistes,

Et faire ainsi semblant de vous montrer si triste

Des terribles malheurs frappant tous vos sujets ?

Et qui, à la Madone , a piqué les projets

Démago, que vous mettez si bien en pratique

Que vos discours semblent à ce point authentiques ?

 

LE PRESIDENT

Tu déparles, bouffie ! Je me suis fais moi-même

Et je ne dois rien à ta face à de carême !

Mes grimaces sont à moi, vois-tu, à moi seul !

De toi n’ai pas besoin pour faire le guigneul*

Et montrer à ces glands qui forment mon public

Que je saurais mater les geignards hystériques.

* Là aussi, rime oblige.

DAKTARI

Allons-nous encor longtemps ici, Seigneur,

Poireauter pour des clous et subir ses humeurs ?

J’en ai marre d’attendre et suis un peu saoulé

Par ces discours idiots et cette diarrhée.

(Montrant la porte)

Frappons-là, vous prie-je, et remettons à plus tard

Le soin de la punir et de percer son lard.

 

« Fichtre oui, ça commence à bien faire, cette stupidité, approuva le Président. Quittons les alexandrins et revenons à la prose, c’est plus facile. Toi, la nouille rose, puisque tu es là, restes-y, mais tu ne perds rien pour attendre, crois-moi. »

ROSIE (N’ayant pas remarqué que le passage tragique versifié a pris fin et obligeant son créateur à continuer à rimer)

Président déglingué, monstre de vanité,

Abjecte vomissure, nabot dégénéré,

Je t’aurai, je le jure, au tournant du chemin !

De mon vote à présent tu peux faire tintin !

Ton pardon m’eût rendu toute mon énergie ;

Ton refus maintenant va te coûter la vie !

Tremble, scélérat, sur ton trône impérial,

De me voir un matin m’installer là, royale !

(La porte du palais s’ouvre, la succube* apparaît)

* Certes, succube est du genre masculin mais l’auteur a décidé que ce mot ici serait féminin.

 

LA SUCCUBE

Ce gros tas de saindoux est encore à la porte !

Que faut-il invoquer pour que ce vieux cloporte

Nous fiche la paix, et aille se faire voir

Chez les grecs ou ailleurs, au fin fond d’un lavoir ?

DAKTARI (pontifiant)

Succube, il convient d’user d’un tout autre ton,

Pour parler d’un ministre du nouveau Tonton.

Elle est vraiment très con, c’est une cruche obscure ;

Est-ce une vraie raison pour l’abreuver d’injures ?

Reste donc à ta place, et à sa Majesté

Daigne bien je te prie aller nous annoncer.

(Un bruit épouvantable de voix glapissant un chant révolutionnaire éclate ; apparaît le cortège des démons révoltés, avec pancartes, slogans, ballons, le tout mené par la Madone , la Sorcière et Lanlan ; Cunégonde, consternée, Fifi et la Langoureuse Arielle ferment la marche. Tout le monde s’arrête à la vue du Président. Louuuuuuuurd silence.

ROSIE (Inspirée à l’instar de la Pythie )

Ton heure est arrivée, ô monstre sanguinaire !

Vois ces diablotins armés de barres de fer !

Ils vont t’exterminer et ce n’est pas de moi

Que viendra le secours, tu peux crever, crois-moi !

 

« Halte ! cria la Madone alors que plus personne ne bougeait. Le Président est là et sa courge officielle s’exprime en alexandrins boiteux : C’est un piège ! Préparez vos armes. »

 

DAKTARI

Sois calme, ô ma Madone, et tiens-toi plus tranquille.

Personne ici ne veut répandre ainsi sa bile.

Le Président est là, ce n’est pas un hasard,

Il va vous expliquer le sens de ce bazar.

 

LA MADONE

Traître ! Oses-tu bien te montrer à mes yeux

Après m’avoir laissée, ô toi le plus odieux,

Dans un merdier infect, dans une merde immonde

En prétendant en plus que j’étais une blonde,

Ce qui est faux. Teinte je ne suis et jamais

Ne serai, je vous le dis et vous le promets.

CUNEGONDE (s’avançant)

Par le beau feu sacré de mes yeux embrumés,

Qui vois-je ici, Seigneur, en short, et sans souliers !

Voulez-vous de Satan provoquer le courroux

Et lui donner ainsi l’avantage sur vous ?

Je vous ai obéi, j’ai tout bien combiné,

Ne venez pas ici mes efforts saboter.

Et habillez-vous mieux.

 

LE PRESIDENT

                                         Je sais, je suis piteux.

Et mon short à ce jour n’est que tissu miteux.

Mais vous me connaissez. Attendre que ma femme

Veuille bien expédier un nouveau télégramme,

Je ne puis. Excité je le suis, c’est inné,

Et la patience en moi n’est que rêve insensé.

 

CUNEGONDE

Quand une bonne crève vous aurez chopé,

Quand des glaviots bien gras vous expectorerez,

Croyez-vous, Président, que votre Cunégonde

Aura le temps, l’envie, à la face du monde,

De poser des ventouses et faire des massages

Quand le pays entier attend votre message ?

 

LA MADONE

Parler pour ne rien dire, tel est ton métier

Présidente ! Ce short et ces souliers percés

Du sort de ce pays doivent-ils décider ?

N’as-tu point entendu tous les déshérités ?

Ils sont là, devant toi, et tu viens ici braire

Parce que ton chéri s’est vêtu en pervers ?

Grand bien lui fasse !

CUNEGONDE

                               Qu’il mette d’autres godasses,

Un présentable short, un maillot moins fadasse,

Pour mieux parlementer avec sa Majesté.

 

LE PRESIDENT

Quand vous aurez fini de bien me les briser

Toutes les deux, on pourra peut-être savoir

Ce que vient faire là cette méduse noire.

C’est de toi que je parle, Madone.

 

ROSIE

                                                     Cette buse

Qui de sa connerie bien souvent trop abuse

Désire vous étriper. C’est une idée fixe.

Laissons-la donc porter la main sur ce phénix

Et voyons ce qu’il en restera. Pour ma part,

J’applaudis des deux mains : que crève ce cafard !

 

CUNEGONDE

Ton caquet, la Rosie, n’a donc point de limite ?

 

ROSIE

Il peut toujours courir, je te l’assure, et vite

Pour que je le plaigne, une pareille charogne !

LA MADONE

Vraiment, pensez-vous bien que ces superbes pognes

Sur cette chair impure vont poser leurs doigts ?

Vous rêvez ! Par contre, là, devant moi, je vois

Quatre énergumènes et je ne suis que deux.

Lanlan ici présent pas mieux que moi ne peut

Exprimer des idées et être intelligent.

 

LE PRESIDENT

Que proposes-tu donc, pauvre pieuvre sans dent ?

 

LA MADONE

De Nono le Bellâtre, interrompons l’exil.

Disons-lui de venir, il sera bien utile.

De lui j’ai grand besoin, c’est lui qui me façonne

Et m’apprend tous les jours à ne plus être conne.

 

CUNEGONDE

Enseignement raté !

 

LE PRESIDENT

                                  Que vienne ce demeuré !

La situation ici ne peut guère empirer.

C’est assez pour l’instant. Et je vais demander

A sa Majesté de bien vouloir l’appeler.

 

LANLAN

Il parle de lui-même en employant le « il » !

 

LA SUCCUBE

Il parle de Satan, espèce de débile !

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Débile il ne l’est pas, juste un petit peu con,

Ca va bien avec moi qui suis reine des thons.

 

LE PRESIDENT

Cessons-là ce colloque et entrons au palais

Satan, dans son labo, attend notre arrivait*

* Toujours la rime !

(A suivre)

 

01 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XIV

Episode 14 : Daktari subit les conséquences de son inconséquence – Rosie la Terreur fait antichambre – Cunégonde et la Madone se réconcilient sur le dos du peuple infernal.

Le lecteur, charmé par l’habileté de l’auteur à contourner les difficultés, n’en voudra pas à ce dernier s’il abandonne pour quelques paragraphes les deux folles en train de s’estourbir à coup d’euros pour se pencher sur les aventures d’autres personnages, relativement plus faciles à manier.

Daktari n’en menait pas large : la vision du Président essayant désespérément de maîtriser les soubresauts de la cape magique avait de quoi le faire transpirer. Le Président volait de ci, de là, plus cahin que caha, se cognait au plafond, embrassait les murs, dérapait dans les virages, bref, en deux mots, ne contrôlait plus du tout la situation ce qui, on s’en doute, le mettait très en colère. Finalement, Daktari eut la bonne idée de crier « cape, arrête-toi ! » et le Président retrouva la terre ferme d’une manière aussi abrupte que douloureuse.

Nous ne répéterons pas ici les premières phrases qu’il adressa au Docteur Miracle : la haute tenue littéraire de ce feuilleton ne peut admettre ni la syntaxe ni le vocabulaire dont usa et abusa le Président. De même, nous passerons rapidement sur son nouvel aspect physique - résultat de ses acrobaties aériennes-  pour ne pas le fâcher davantage. 

Lorsqu’il fut calmé, et qu’il eut bien réfléchi à la punition la plus perverse qu’il allait infliger à ce misérable avorton nommé Humanitaire’s boy, il prit la parole et s’énonça en ces termes : « C’est en fini de toi, Docteur Miracle. Un : tu n’iras pas en Inde sauver les malheureux  (Daktari éclata en sanglots) ; deux : je te vire de ton ministère… » (Redoublement de sanglots). Le Président s’arrêta et savoura longuement la fin de la sentence : « Et trois : je te réexpédie chez la Madone.  » Daktari poussa un cri étouffé et tomba à genoux. « Non, pas ça, Président, pitié ! gémit-il. Je la connais : elle va être odieuse ! » « Je sais, dit le Président avec un sourire sinistre. Je me délecte à l’avance de ce qu’elle va te dire et te faire. » Daktari s’allongea aux pieds du Président et commença à embrasser ses baskets. « Je ferai tout ce que tu voudras, dit-il, mais ne me renvoie pas chez cette goule, ou c’est la fin de ma carrière, de ma réputation, de mon honneur, et surtout de ma vie. » « Ca, murmura le Président, pensif, il y a gros à parier qu’elle va organiser une campagne de lynchage auprès des médias après t’avoir elle-même bien tabassé. Mais c’est tout ce que tu mérites, cancrelat ! »

Daktari tenta un dernier effort : « Président, murmura-t-il, vous avez une âme, n’est-ce pas ? » « On le dit, répliqua le Président, surpris du tour que prenait l’entretien. Et j’imagine que c’est vrai. Est-ce cependant le bon moment pour évoquer cette possibilité ? » « Alors exaucez ma dernière prière : exilez-moi, j’y consens, mais pas dans la Superbe Villa au bord de la Méditerranée. L ’Antarctique, oui, je veux bien. » Le Président réfléchit une fois encore. « Plutôt l’équateur, dit-il enfin. Pour que tu te fasses bouffer par les moustiques, les serpents et les ours. » Daktari ne put retenir un sursaut d’étonnement. « Président, il n’y a pas d’ours à l’équateur », osa-t-il contredire. « Il y a ce que je veux où je veux, rétorqua le Président avec beaucoup de hauteur. Quand j’ai décidé quelque chose, ce quelque chose se fait, quoi qu’il arrive. » « Oui, mais enfin, des ours à l’équateur… » insista bêtement Daktari qui n’en ratait pas une. « Vas-tu encore longtemps me contrarier, dis, toubib de mes deux ? » éclata le Président et il piétina rageusement le pauvre Daktari qui, paradoxalement, vit dans cette manifestation d’énervement poindre une toute petite lueur d’espoir. « Alors, l’équateur ? » articula-t-il. « Peut-être, fit le Président, calmé. Tout va dépendre de mon entrevue avec Satan. Si jamais ça tourne mal, c’est toi qui ramasseras. Tu as intérêt à ce que je sois convaincant ! »

Là-dessus, le Président soigna ses écorchures et égratignures diverses avec de l’eau oxygénée et de l’éosine surgies comme par miracle du néant et une fois pansementé (l’auteur s’excuse auprès de la Madone pour cet emprunt lexical), reprit sa route en compagnie de Daktari, parvenu au dernier stade de l’angoisse et du désespoir.

 

Rosie la Terreur , parce qu’elle avait échappé au blizzard et obtenu l’aide de Satan, s’imaginait que le Palais Infernal lui ouvrirait grand ses portes et qu’on déroulerait le tapis rouge sous son tailleur rose et ses chaussures de camionneur. Adonc, c’est avec beaucoup d’assurance qu’elle avait frappé à la porte du Palais et assez peu de patience qu’elle attendait qu’on voulût bien lui ouvrir ladite porte. Finalement, on accéda à son désir d’entrer. Une succube, portant coiffe et tablier blanc, apparut sur le seuil.

« Ahiiiiii ! hurla-t-elle en voyant Rosie. C’est quoi, ce monstre ? » « Je suis Rosie, dit Rosie, Ministre du Président. Et je ne suis point un monstre. » « Ben, faut le dire vite », murmura la succube qui peinait à se remettre de ses émotions. « Veuillez m’annoncer à sa Majesté », continua Rosie, bien décidée à dédaigner les provocations. « Laquelle ? » demanda la succube. Rosie flotta un instant. « Il y en a plusieurs ? » s’enquit-elle. « Non, fit la succube. C’était juste pour entretenir la conversation. » Elle plongea la main dans la poche de son tablier, en retira un gros loukoum vert qu’elle enfonça dans sa bouche. « Vous en voulez ? » demanda-t-elle en mâchant assez peu gracieusement. « Non, merci, dit Rosie. Je suis au régime. » « Vous avez tort, répliqua son interlocutrice. Au point où vous en êtes, un loukoum ne peut pas aggraver la situation. » « C’est fini, oui, ces remarques désagréables ? explosa Rosie. Mais où suis-je tombée ? Je vous jure que chez moi, mes larbins n’ont pas intérêt à me parler sur ce ton ! » « Oh ben, si ça vous plait pas, vous pouvez rester dehors, lui répondit-on. Personne ne vous a appelée. » Et la porte se referma derechef.

Rosie la Terreur n’avait pas l’habitude de se faire ainsi traiter par des êtres inférieurs. Elle sortit son carnet et son stylo. « Faire virer cette idiote de succube dès que je vois sa Majesté », nota-t-elle. Le lecteur peut légitimement s’interroger sur cette manie qu’avait le tailleur rose de vouloir faire virer tout le monde, et qui s’apparentait à la plus sérieuse des pathologies. Disons, en deux mots, qu’elle avait contracté ce virus au cours de sa carrière, en regardant agir et en écoutant parler ses confrères et consoeurs. On ne peut pas lui en vouloir de n’avoir pas su résister à la contagion.

Dans son poste de contrôle, Satan observait sur son écran de télévision Rosie, toujours debout devant la porte, et se demandait s’il allait lui permettre d’entrer ou la laisser bourgeonner tranquillement en attendant que le Président arrive. Vu que la courge rose avait quitté l’Antarctique sans l’autorisation du Président, la rencontre sur le seuil du palais pouvait être très amusante. Et finalement, tout bien considéré, Satan s’amusait beaucoup. Son inquiétude l’avait abandonné depuis qu’il avait compris une chose : il était maître chez lui et libre d’accepter ou non l’aide qu’on lui offrait, bien qu’il l’eût lui-même demandée. Après tout, il pouvait toujours écouter Cunégonde, le Président, la Madone déblatérer leurs propositions, promettre des tas de changements et ne rien faire. C’était très courant en haut. Satan, donc, décida de continuer à rigoler et laissa Rosie faire antichambre devant la porte et porta ses regards sur un autre écran, celui qui transmettait les images en direct de la salle des meetings. Son sourire s’épanouit. Où en étaient les deux harpies hystériques ?

Elles étaient toujours face à face, figées dans une position absolument identique à celle qu’elles avaient adoptée au moment où l’auteur de cette connerie délirante avait décidé d’aller voir ailleurs ce qui se passait. On se souvient qu’il avait posé une question capitale aux démons avec qui il conversait : que faire de ces deux tapées ? La réponse lui fut soufflée après un temps de réflexion : « fais-les se réconcilier, de toutes façons, à peu de choses près, elles ont les mêmes idées. »

Cunégonde sentit donc tout à coup sa colère l’abandonner, un flot de larmes envahit ses beaux yeux. Elle jeta sa chaussure à terre et tendit les bras vers son adversaire. « Ah, pourquoi nous combattre, Madone ? dit-elle avec un accent poignant dans la voix. Nous sommes de la même trempe, toi et moi ! » La Madone ne s’était pas encore branchée sur les mêmes ondes ; aussi le terme « trempe » fut-il mal interprété : « C’est toi qui vas la recevoir, la trempe ! » rétorqua la Madone des Bouchés et elle leva sa chaussure. « Non ! supplia Cunégonde en larmes. Embrassons-nous, ma sœur, et cessons cette lutte fratricide. Après tout, si tu avais été à la place du Président, tu aurais fait les mêmes choses, non ? » La Madone jeta un regard de côté, puis en haut, puis en bas et finalement se décida à répondre. « A peu près, approuva-t-elle. Mais moi, j’aurais mis plus de gel sur le godemiché. » Et elle baissa son soulier. « Cunégonde, mon alter ego, dans mes bras ! » s’écria-t-elle en pleurant à son tour et tout le public se mit à sangloter, y compris la Sorcière et excepté Fifi, Lanlan et la Langoureuse Arielle , toujours encrottés.

Scène émouvante, n’est-ce pas lecteur ? Rassurez-vous, totalement imaginaire. Quant au public, il était certes au diapason de l’intense émotion de ce moment sublime mais n’en oubliait pas pour autant que la Madone était censée contrer les propositions de Cunégonde et du Président. Or, parti comme c’était, il semblait assez évident que ces contre-propositions risquaient d’être inexistantes. Après les larmes et l’attendrissement collectif vint donc la méfiance, accompagnée de quelques manifestations de mauvaise humeur. Que ces deux tourtes chialent dans les bras l’une de l’autre, on n’y voyait aucun inconvénient ; là où ça devenait plus problématique, c’était que la tourte blanche semblait être passée dans le camp de la tourte rouge. Ca s’appelait tout bonnement de la trahison et le petit peuple de l’enfer n’était pas disposé à laisser la Madone conclure la paix sur son dos. On sépara donc les touchantes siamoises et on demanda des comptes à la Madone. Dépassée par les événements, Marie-Gudule la Sorcière agitait vainement son micro/balai et se demandait avec anxiété si elle devait intervenir ou non. La défection de la Madone l’affectait beaucoup mais ne la surprenait guère, dans la mesure où il y avait déjà eu des précédents.

La Madone des Déshérités, pleine de grâce et de morve, tendit les mains en direction de son public. « Mes amis, dit-elle, je vous aime, je le jure, et je n’oublie pas ma mission ! Je défendrai vos intérêts jusqu’à la mort ! » Il y eut quelques ricanements. « Quelle mort ? demanda une voix grinçante. Celle de nos libertés, je pense ? » La Madone , soufflée, ne trouva rien à répondre. Cunégonde s’avança. « Ecoutez-là, dit-elle. Pour une fois, elle ne raconte pas de bêtise. Nous sommes amies mais nous sommes aussi ennemies. Et je vous affirme que bien qu’étant amies/ennemies, chacune tiendra son rôle avec vaillance, courage, abnégation dans les discussions qui auront lieu avec sa Majesté et que la Madone ici présente saura… heu… » S’étant empêtrée aussi bien dans sa phrase que dans ses idées, Cunégonde laissa le public achever comme il l’entendait sa tirade. Ce qui donna lieu à quelques remous de force contraire : les uns continuaient d’accorder leur confiance à la Madone , les autres la vouaient aux gémonies et réclamaient le retour de Lanlan, « pas plus doué que la vieille, tout aussi délirant mais n’ayant pas pris part à la lutte et de ce fait, un tantinet plus crédible ». La Madone des Déshérités se récria. « Lanlan, crédible ?! C’est une plaisanterie ? » Cunégonde se pencha à son oreille. « Accepte. Tu n’auras qu’à lui souffler en douce ce qu’il doit répondre. Ces cons n’y verront que du feu. » La Madone acquiesça. « Excellente idée, murmura-t-elle. Pourquoi ne l’ai-je pas eue moi-même ! » Elle se tourna vers la Sorcière , encore plus dépassée qu’auparavant. « J’accepte que Lanlan représente l’opposition aux pourparlers », dit-elle et une immense clameur monta du public. « Mais je demande à être présente à la réunion. Promis, ajouta-t-elle en voyant les visages prendre une expression féroce, je ne ferai ni discours, ni intervention. » « Ah bon ! » fit le public, rassuré. « Sorcière, s’il te plait, redonne sa forme première à mon compagnon chéri », demanda la Madone en se tournant vers Marie-Gudule. « Le Président ne sera pas là et c’est moi qui le représenterais, dit gravement Cunégonde. N’étant qu’une faible femme, j’ai besoin d’un soutien. Je requiers donc un geste de la part de la Sorcière  : que mon fidèle Fifi puisse m’accompagner ainsi que la Langoureuse Arielle.  » « Pourquoi elle ? demanda ingénument la Sorcière. Elle ne sert strictement à rien. » « Elle est décorative, dit Cunégonde. Nous avons besoin d’un environnement esthétique. Tu n’as qu’à la rendre muette, comme ça, nous éviterons tout problème. » « Accordé ! » fit la Sorcière et elle leva la main. Les trois emmerdés reprirent aussitôt forme et vie humaine.

(A suivre)

 

30 août 2007

Cunégonde en enfer : épisode XIII

Episode 13 : Où l’on assiste enfin à la rencontre tant attendue : la Madone des Déshérités contre Cunégonde : Le « Combat des Chefs ». (Ce moment inouï vaut bien un épisode à lui seul.)

L’apparition de la Madone et son troupeau de survoltés avait quelque peu perturbé Cunégonde. Déjà, la transformation de Fifi et de la Langoureuse Arielle en statue de crottes l’avait bouleversée au point de lui faire oublier sa légendaire diplomatie. A peine avait-elle lancé sa déclaration de guerre à la Sorcière du Château d’Onyx Noir qu’elle regrettait déjà son mouvement d’humeur. La vision de la Madone des Déshérités, triomphante, bardée de banderoles, de slogans et de ballons lui redonna toute son ardeur belliqueuse. Alors que la troupe des diablotins envahissait la salle en hurlant, Cunégonde s’avança bravement et barra le chemin à son héréditaire ennemie, laquelle était portée en triomphe par cinq ou six démons. Sur l’estrade, la Sorcière applaudissait vigoureusement et appelait à la révolte immédiate. C’était un bordel innommable et pourtant, Cunégonde ne perdit rien de sa superbe. « Halte ! cria-t-elle en pourfendant son adversaire d’une main vengeresse. Tu n’iras pas plus loin, Madone des Déshérités ! » « Ah, la voilà, l’autre méduse ! répondit la Madone. Déposez-moi à terre, amis, que je puisse lui régler son compte ! »

Mais un cri unanime s’éleva d’un bout à l’autre de la salle : « Un discours ! Un discours ! La Madone à la tribune ! Un discours ! Des propositions ! » Lanlan eut tout à coup l’air très inquiet tandis que sa compagne levait les deux bras vers le ciel. « Je vous ai entendus, amis, hurla-t-elle. Et je vous ai compris ! Portez-moi sur l’estrade, je vais vous faire un discours ! » « Oh là, là ! » gémit Lanlan alors que Cunégonde, tout à coup radieuse, se frottait les mains. « Cette débile va se descendre elle-même, pensa la Présidente , ravie. Je n’ai strictement rien à faire sinon l’écouter se saborder. »

On porta la Madone sur l’estrade. La Sorcière lui tendit son micro. Tout le monde s’installa le plus commodément possible. Cunégonde profita du désintérêt général dont elle bénéficiait pour se glisser derrière les statufiés et ouvrit grand ses oreilles, prête à pleurer de rire.

 

« Chers amis, bonjour ! commença la Madone et des hurlements de joie couvrirent un instant sa voix. Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui et de pouvoir enfin vous exposer la programmation que j’ai coconctée à votre attention. » « Ca y est, se dit Lanlan, consterné, ça commence ! » Cunégonde pouffa derrière sa main tandis que quelques diablotins haussaient des sourcils intrigués. « Il y a entre vous et nous de grandes similitesses, poursuivit la Madone. La pauvritude est un fléau qui, chez nous, fait des ravages. Elle ne va pas tarder à en faire aussi chez vous si vous acceptez la programmation de votre digérant. » (Ici, Lanlan se cacha le visage dans ses mains et gémit de désespoir.) « Il ne faut pas tomber dans le piège qu’on vous tend : non, les nouvelles réformes ne vous apporteront ni le bonheur, ni la richitude ! » (Légers remous dans la foule.) « Vous serez obligés de travailler plus et tout ça pour des finfrelis ! Ce sera votre digérant que se mettra les mains dans les poches… heu, pardon, l’argent dans les poches ! » « Je suppose que votre Grâce veut parler de charbons ardents, coupa la Sorcière qui avait l’air aussi inquiet que Lanlan. Il n’y a pas d’argent en Enfer. » « Evidemment, répondit la Madone en haussant les épaules. Argent ou chaudron ardent, c’est pareil ! » « O, Seigneur ! » gémit Lanlan. Cunégonde étouffait de rire et croisait les jambes pour ne pas faire pipi sur elle.

 

La salle commençait à sérieusement s’agiter. On attendait des propositions qui ne venaient pas, on était noyé sous un bla-bla incompréhensible et on trouvait que la Madone avait quelques problèmes avec le vocabulaire. Constatant que l’attention de son public se dispersait un peu et qu’elle risquait de se trouver bientôt dans la même situation que le Pot de Peinture dans l’épisode précédent, la Madone donna un grand coup de pied sur l’estrade. « Public de mon cœur, Amis à moi, écoutez-moi ! » cria-t-elle de toute la force de ses cordes vocales et le brushing de Cunégonde s’effondra, au grand désespoir de sa propriétaire. « Il faut faire face tous ensemble à cette marée mentante de réformes insanes. Unissons-nous dans le refus d’une programmation qui ne peut qu’être néfaste à notre pouvoir d’achat et à la suite des événements ! » Il y eut des applaudissements, moins nourris cependant ; et avant que l’oratrice eût pu reprendre son discours, plusieurs voix s’élevèrent : « Et alors ? Quel est ton programme à toi ? Que proposes-tu ? » « De faire le contraire de ce que propose votre digérant et de ce que proposera le Président », rétorqua la Madone , très sûre d’elle. « C'est-à-dire ? » insistèrent les voix. Le caractère soupe au lait de la Madone refit son apparition à la vitesse grand V : « C’est à dire rien du tout, tas de veaux ! répondit-elle. Il faut d’abord savoir ce que le Président a en tête pour pouvoir le contrer ! Vous imaginez-vous par hasard que j’ai un plan et des propositions ? Que dalle, oui ! Je me contente de critiquer, c’est tout. » Une immense déception se lut sur tous les visages. La Sorcière arborait son air le plus féroce et semblait vouloir pourfendre la Madone. Puis , la colère s’empara de la foule. On hua, on conspua l’oratrice qui joignit les mains : « Vous n’allez pas vous attaquer à une Mère bientôt à la retraite ? dit-elle, jetant son dernier atout sur la table. Vous ne seriez pas anti-sociaux à ce point et qui plus est méchants avec le troisième âge ? »

 

« Dehors, la vieille ! Retourne à ton tricot ! » lança une voix que la Madone connaissait bien. « Cunégonde ! rugit-elle. C’est toi, horripilante sorcière qui montes ces débiles contre moi ! » « Dis donc, sois polie, ordonna Marie-Gudule. Le fait d’être une sorcière n’a jamais été une tare, que je sache ! » « Toi, ne m’enquiquine pas ! J’ai un compte à régler avec la punaise du Président. Ton tour viendra après ! » « Hélas, murmura Lanlan, elle prend sa crise d’hystérie hebdomadaire. Juste au mauvais moment ! » Et il se mit à pleurer.

 

Le public, d’abord houleux, se calma dès qu’on eut compris qu’un combat homérique se préparait. Immédiatement, deux camps se mirent en place : les fans de Cunégonde d’un côté, les adorateurs de la Madone de l’autre. Trois bookmakers s’installèrent dans un coin et enregistrèrent les paris. Pendant ce temps, la Madone et Cunégonde se préparaient à la lutte, chacune dans son coin. Ce fut Cunégonde qui ouvrit le feu et d’une façon qui dérouta un peu son adversaire. « Je suis toute seule et tu as Lanlan avec toi, tricheuse, dit-elle. Je demande à ce qu’il soit lui aussi statufié. » « Ca va pas, non ? protesta l’intéressé. Déjà qu’elle me prend pour une merde, je ne tiens pas à ce que sa métaphore devienne réalité ! » « Accordé », fit la Sorcière qui s’était octroyé le titre d’arbitre. Lanlan adopta tout à coup une ressemblance certaine avec le couple sublime. La Madone eut un sourire méprisant. « Es-tu contente, plénipotentiaire dégénérée ? » dit-elle. « Très contente, fausse vierge sur le retour », rétorqua Cunégonde. La Sorcière leva son balai : « Pas de coups bas, rappela-t-elle. Un combat loyal, à armes égales ! » « Je pars déjà avec un avantage, ricana Cunégonde. Je ne fais pas de fautes de français, moi ! » « Ah, ah ! ricana à son tour la Madone. Mais sais-tu penser toute seule, sans répéter ce que dit le Président ? » « Le Président ne disant jamais –ou rarement- de conneries, ça m’évite au moins d’en proférer une par minute comme quelqu’un de ma connaissance ! » répliqua Cunégonde. « Espèce de perroquet ! lança la Madone , de plus en plus dédaigneuse. Je préfère dire des stupidités : au moins, elles viennent de moi ! » « C’est bien ce qui t’a fait couler lors de ton dernier combat avec le Président, pauvre cloche ! » ironisa Cunégonde.

 

La Sorcière abaissa le balai qu’elle tenait levé depuis un bon bout de temps. « Stop ! dit-elle. Le face à face est commencé ou pas ? » « A ton avis, grenouille de chaudron ? » répondit la Madone , les poings sur les hanches. « Je voudrais quand même vous rappeler les règles… » commença la Sorcière mais elle ne put arriver au terme de sa phrase. « On s’en fout, de tes règles ! coupa Cunégonde qui avait adopté le ton, le vocabulaire et la posture de son adversaire. La seule règle en vigueur, c’est qu’elle va en prendre plein la tronche, la vieille ! »

« Jeunesse décatie contre expérience sénile, dit la Sorcière , pensive. Ca me paraît équilibré. » Cunégonde leva à son tour la main. « Pouce, dit-elle. Il faut quand même préciser quelque chose : nous avons toutes les deux au moins dix mille euros de vêtements sur le dos, sans compter les chaussures. Je demande à ce que soient épargnés tailleur, ensemble, chemisier et bijoux. » « D’accord, admit la Madone après réflexion. J’ajouterai sous-vêtements de marque également. Et collants. » « Si tu veux, dit Cunégonde. Mais il ne va pas rester grand-chose. » « Le combat sera essentiellement verbal ! décida la Sorcière. J ’admettrai seulement quelques gifles de part et d’autre. »

 

Cunégonde sursauta. « Ah ! jeta-t-elle, dégoûtée. Mettre un doigt sur ses dix couches de fond de teint dégoulinant ? Merci bien ! » « Tu peux parler, avec tes faux cils de dix kilomètres ! s’exclama la Madone. J ’exige qu’elle les enlève ! C’est une protection déloyale. » La Sorcière se tourna vers Cunégonde. « Présidente, dit-elle, je me vois dans l’obligation de vous demander d’ôter vos faux cils dans la mesure où votre adversaire peut se transpercer la main dessus. » « Je veux bien, dit Cunégonde. Mais en contrepartie, vous prêtez une truelle à cette maçonne pour qu’elle racle son mortier. »

Le public s’impatientait. Oui ou non, le combat allait-il sérieusement commencer ? Pour l’instant, on n’avait assisté qu’à des échanges d’invectives plus ou moins banales ; on n’avait pas misé des tas de charbons ardents pour entendre parler maquillage !

Marie-Gudule traça par terre un carré et ordonna aux belligérantes de se placer à l’intérieur. « La première qui franchit la ligne est déclarée perdante ! dit-elle. Prêtes ? Partez ! »  La Madone et Cunégonde se mirent à tourner dans le carré tout en s’observant. « Nous sommes censées faire quoi, là ? demanda Cunégonde après le dixième tour. Nous avons promis de ne pas abîmer nos vêtements. Ca limite les possibilités. » « Je sais, répondit la Madone. On pourrait s’insulter mais c’est déjà fait. »

Tout à coup, la Madone se pencha, ôta une de ses chaussures et la brandit sous le nez de Cunégonde, interloquée. « Regarde et crève de jalousie ! scanda-t-elle. C’est de la chaussure italienne, made in Rome ! Cinq mille euros le soulier ! » On crut un instant que la Présidente , démontée par cette botte inattendue et inouïe, allait, dans son désarroi, franchir la ligne. Mais elle se retint à temps et se déchaussa à son tour. « Regarde, pauvre minable ! répondit-elle. Chaussure italienne made in Florence, six mille euros l’une ! »

« Il me semble qu’on s’est quelque peu éloigné de la politique », murmura un démon à l’oreille de son voisin et ce dernier approuva de la tête. « Ni l’une ni l’autre n’ont la moindre idée de ce que c’est exactement », répliqua-t-il. « Je trouve que ce feuilleton devient extrêmement misogyne, intervint une succube. A mon avis, l’auteur ignore ce qui l’attend quand il aura avalé son extrait de naissance. Il a intérêt à redresser la barre. » « Et que veux-tu qu’il fasse avec ces deux ahuries qui ne savent que brandir leurs chaussures ? dit le premier démon. Je me mets à sa place : franchement, se trimballer de pareils personnages, c’est pas de la tarte ! » « On assume son imagination infantile et malsaine, rétorqua la succube. Ou bien, on ne se prétend pas auteur. »

 

Intervention de l’auteur :

« Chère succube de mon cœur, rassure-toi, j’assume pleinement ce que je déblatère. Une remarque en passant : si je t’ai donné la parole, c’est pour une bonne raison : je ne sais pas du tout comment finir cet épisode encore plus insensé que les précédents. Je me suis dit que tu parviendrais peut-être à le faire à ma place, mais c’est raté. L’un d’entre vous aurait-il une idée pour me tirer de cette merde où je me suis fourré ? »

La réponse des démons dans le prochain épisode.

(A suivre)

PS : Ca, c’est de la pirouette littéraire (facile) ou je ne m’y connais pas !

 

Toutes les notes