16.09.2007
Cunégonde radine à nouveau sa fraise : c'est une grande causeuse.
MON DISCOURS D'ADIEU, par Cunégonde.
Oh, peuple radieux, électeurs de mon cœur,
Cunégonde s’en va et verse bien des pleurs,
Car vous quitter ainsi, après tout un été
Ensemble à délirer sur un écran bombé
Ou plat, comme vous voulez, tout cela dépend
De votre compte en banque, de vos placements
Financiers. Bref, mon âme saigne à l’idée
De ne plus vous revoir, de ne plus vous trouver
Chaque jour sur le net, tout prêts à m’admirer.
Survivrai-je à cela ? Il faut bien l’espérer,
Un peu pour vous, beaucoup pour moi. Il n’est pas temps
Encore de livrer mon âme à ce cher Satan.
Vous l’avez lu plus haut, on m’attend bien sur Mars.
J’irai, vous pensez bien. Pourvu que cette garce
De Madone n’ait pas l’idée de m’espionner,
De préparer en douce sa propre fusée
Et de me damer le pion. Elle en est capable,
L’égérie avariée de tous les misérables.
Ne nous égarons pas. Mes adieux je vous fais,
A vous revoir plutôt, ô peuple que j’aimais,
Que j’aime bien toujours, pourquoi donc l’imparfait ?
Je suis une étourdie, mais moins que ce boulet
Qu’en enfer j’ai traîné, vous voyez qui je vise.
Je m’en vais de ce pas, je vous fais plein de bises
Et souhaite que bientôt ensemble nous fassions,
Ce voyage sur Mars et que nous rigolions.
Auf wiedersehen !
08:00 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, satire, littérature, Cécilia
Cunégonde en enfer : épisode XX et dernier
La salle de l’auberge de la Vieille Horrible Atroce (appelée par la suite VHA, l’auteur n’assumant pas la longueur de ses appellations) ; de grandes tables en bois et des chaises en paille ; le carrelage, rouge, n’est pas des plus propres. Sur une des tables du fond, un buffet bien garni de plats et de boissons diverses. Bruit d’un troupeau de moutons piétinant sur le seuil de la porte, porte que l’on aperçoit sur la droite. La VHA , en savates trouées, tablier autrefois blanc, bas épais noirs et portant perruque bleu turquoise va ouvrir. Irruption du troupeau, emmené par la succube.
LA VHA
Halte, tas de dégénérés ! De beaux habits
Sont nécessaires pour pouvoir entrer ici.
Conduis-les donc au vestiaire, et surveille-les bien
Afin qu’ils obéissent comme de bons chiens
Qu’ils sont.
LA MADONE
Tu parles d’un accueil ! Dire à moi
Qu’ici j’ai bien l’allure d’un vieux pékinois ?
Pour qui se prend-elle cette grosse méduse
Habillée comme un sac, certainement obtuse ?
LE PRESIDENT
Obéissons amis, c’est la diplomatie
Qui l’exige. Quel déguisement devons-nous
Vêtir ?
LA SUCCUBE
Je vais les chercher. Vous êtes si mous
Que dans une heure encore vous n’aurez rien compris.
Seyez-vous sur ces chaises et attendez ici. (Elle sort)LA VHA (se couvrant les yeux)
La vue de ces haillons je ne peux supporter.
Dépêche-toi succube ou bien je vais crever.
CUNEGONDE
Si tu veux tomber raide ne te gêne donc pas.
Nous te ramasserons, espèce de gros tas.
(Retour de la succube, portant un monceau de trucs indescriptibles.)LA MADONE
Qu’est-ce donc que cela ? De ma loge on dirait
Le beau déguisement qui sent bon le muguet.
Un chapeau en triangle, une tunique noire ?
Une cagoule percée ? Ah seigneur, je crois voir
De mes maîtres maçons le costume du soir.
LE PRESIDENT
Ta loge n’est qu’un ramassis de prétentieux,
D’abrutis hystériques qui se prennent pour Dieu.
Sais-tu bien que la mienne, par comparaison,
Bien que formée hélas de gros sacs de son
A bien plus de pouvoir et bien plus de manières
Que ta vile cohorte d’étiques soupières.
LA MADONE
Ces tristes prétentions me font bien rigoler.
Il faut le voir agir, ton carnaval usé !
Quand on vous connaît bien, qu’on peut vous regarder,
On s’aperçoit vite que vous êtes non nés.
Comme ces taches ici présentes.
CUNEGONDE
Fi, la bouffie !
Oses-tu bien parler sur ce ton et ainsi
De ces gens altruistes qui pour tout le bonheur
Des humains ici-bas vendraient même leur cœur ?
Ils sont sans une tache, ils sont si valeureux,
Ils sont si honnêtes, si intègres, si preux
Que Lancelot lui-même un serait bien jaloux.
Garde donc ta bile et ton factice courroux
Pour tes militants.
LE PRESIDENT
D’énormes inepties tu viens de proférer,
Madone. Sache que je ne suis pas non né
Car l’ardente lumière de la connaissance
A envahi mon être après l’an de silence
Demandé par nos maîtres.
ROSIE
Un an sans parler ?
Comment fîtes-vous donc, Président bien aimé ?
LE PRESIDENT
Ce fut dur, je l’avoue, mais je pouvais bouger.
Hyperactif je suis, j’aime me remuer,
Et ce fut à vrai dire un bien joli atout
Quand il fallut boucher un grand nombre de trous,
Dans les murs, évidemment.
LA MADONE
Comme tu mens mal !
Et que ton âme encore est loin du principal !
Tu hurles comme un fou, tu suis tes passions,
Comme un énergumène tu agites le fion,
Tu ne domines pas ton sacré caractère,
Et tu montres ainsi à la terre entière
Que tu n’as pas acquis nos si sublime lois,
A savoir bien garder en tout notre sang-froid.
Ton initiation a hélas capoté,
C’est pour la galerie que l’on doit te garder.
ROSIE
Certainement aussi, j’en suis bien persuadée,
Pour tous les beaux services que vous leur rendez.
DAKTARI
Je croyais qu’entre frères on devait s’épauler ?
Or là, votre dispute est vraiment consommée.
Y aurait-il une erreur sur l’interprétation
Que vous fîtes des lois et de tous vos canons ?
LA VHA
Changez-vous, nom de Dieu et qu’on puisse en finir !
Quelle bande de chieurs ! Toujours là à glapir !
( La Madone hausse les épaules, imitée par le Président et quelques autres qui eux existent au contraire du citoyen moyen. On enfile les costumes, dans un certain brouhaha. La langoureuse Arielle squatte le miroir placé à gauche. Elle se fait déloger par Cunégonde et la Madone , puis par Nono toujours obsédé par sa peau. Rosie se lamente sur ses chaussures de camionneur qui ne vont pas du tout avec la tunique et le chapeau triangulaire. Daktari, après avoir viré Cunégonde et la Madone de devant la glace, se mire complaisamment. Pendant ce temps, le Président s’est approché du buffet et a commencé à bâfrer.)
LA VHA (se précipitant vers le buffet)
Hé là, le Président ! Seriez-vous un peu goinfre ?
LA MADONE
Ce bel euphémisme me semble bien…
CUNEGONDE
Oui ?
LA MADONE
Va sans dictionnaire trouver rime en « infre » !
LA LANGOUREUSE ARIELLE
Il n’y a pas que moi qui suis un peu bloquée
Quand des rimes débiles il s’agit d’inventer.
Je ne veux pas encore, sur cet auteur de gare,
Sur cet affreux étron, sur ce gros malabar
Jeter l’anathème. Mais bien vous avouerez…
ROSIE
Quoi donc chère ?
LA LANGOUREUSE ARIELLE
Qu’il est insupportable.
ROSIE
Mais ça ne rime pas ! Il n’y a pas de « é » !
LA LANGOUREUSE ARIELLE
Ah bon ? Tiens, je croyé.*
* Et allez donc ! Elle aussi !
FIFI
Viens donc près de la table,
O ma si tendre aimée, prenons tous ces gâteaux
A l’ombre des palmiers, dans ce si joli pot,
Allons les déguster.
(Pendant ce temps, la compagnie n’a pas perdu son temps et a fait quelques dégâts dans le buffet et dans les boissons.)
LA VHA
Que pensez-vous, très chers,
De ce si bon repas, faites-vous bonne chère ?
LA MADONE (se léchant les doigts)
Ces mets sont excellents, cette sauce est divine.
Quel aliment vivant en est à l’origine ?
LA VHA
Un rat d’égout crevé, quelques chauves-souris
Le tout bien mariné et sur le feu bien cuit.
LA MADONE
Je me demande si je ne vais pas vomir.
J’ai tout à coup très froid, je commence à gémir.
LE PRESIDENT
Cette boisson, la vieille, qu’est-ce donc, là, dis-moi ?
LA VHA
Du jus de cafard et de grasse lamproie.
CUNEGONDE
Nom d’un gros chien gelé, j’en ai bu quatre fois.
C’est immonde et pourtant je sens là que mon foie
En redemande. Je vais finir bien pétée
Car je crois que ce jus est trop alcoolisé.
LA MADONE (cuite)
La présidente ronde en voilà un scandale !
CUNEGONDE (aussi cuite)
Arrête s’il te plait ton humour à deux balles.
Je ne me sens pas bien. J’ai envie de pleurer.
LA MADONE (en larmes)
Mes pleurs à moi aussi ne cessent de couler.
(Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre en pleurant. Tout le monde chiale, sauf le Président qui réfléchit aux bienfaits qu’il va pouvoir tirer de cette aventure.)
LA MADONE
Ma Cunégonde à moi !
CUNEGONDE
Ma Madone adorée !
LA MADONE
Que de cris et de pleurs font couler nos disputes !
CUNEGONDE
Que de mots prononcés au cours de cette lutte
Et que nous ne pensions pas !
NONO
Là, j’en suis moins sûr,
Les échanges parfois ont été un peu durs,
Ce qui ne veut pas dire que tous nous mentions.
ROSIE (ronde)
De mon tailleur rose, je suis sûre qu’au fond
Vous êtes amoureux. Soyez mon conquérant.
NONO
Les camionneurs ne sont, je le regrette bien,
Pas encore à mon goût.
ROSIE
Mais ça ne fait rien.
J’enlève mes chaussures, j’ôte ces souliers,
Qui de mon bel amour osent me séparer.
LA VHA (au Président)
Cher squelette emmanché on dirait que ta troupe
La tête la première est tombée dans la soupe.
Ils sont ronds comme des billes.
LE PRESIDENT
Je le déplore aussi.
Par où faut-il passer pour se tirer d’ici ?
LA SUCCUBE
Je vais vous accompagner pour être bien certaine
Que vous ne laissez pas vos paires de mitaines.
En d’autres termes : que vous êtes bien partis
Ca commence à bien faire cet amas d’idioties.
LE PRESIDENT (à Cunégonde)
Venez-vous, épouse obéissante ?
CUNEGONDE (montrant la Madone )
Sans elle ?
Je ne le puis cher époux, c’est ma sœur nouvelle.
LE PRESIDENT
Prenez-là par la main ou bien par les cheveux,
Je m’en contrefous, mais suivez-moi, je le veux.
LA VHA
Avant de partir, veuillez rendre vos habits.
(Tout le monde se change dans le bordel le plus complet. Puis, sur un geste de la VHA , une porte s’ouvre dans le mur du fond, découvrant un ascenseur.)
LA VHA
Dans ce grand monte-charge, embarquez je vous prie.
LA MADONE
Mais on va étouffer ! Il est bien trop petit !
LE PRESIDENT
Nous nous tasserons. Aussi bien chère amie,
Tu en as l’habitude.
LA MADONE
Que veut dire ceci ?
LE PRESIDENT
Je t’expliquerai ça quand nous serons rentrés.
Cunégonde chérie, le bouton effleurez.
(La porte se referme. La VHA et la succube poussent un énorme soupir de soulagement, de même que la sorcière, restée évidemment. Le rideau tombe mais va se relever tout de suite. Alors, on ne quitte pas la salle si on est poli. )
DERNIER TABLEAU :
Dans sa chambre, au palais présidentiel, le soir, après une grande discussion avec le Président, Cunégonde se remémore ce voyage extraordinaire. Assise devant son miroir, tout en se brossant les cheveux, elle pense à voix haute.
CUNEGONDE (seule)
Le monde est bien étrange et bien dur à comprendre.
Qui aurait cru alors, avant que de me rendre
En Enfer, j’eusse pu, de la belle Madone
Devenir une amie ? Je la trouve si bonne !
Un peu conne, c’est vrai, mais après tout qu’importe ?
Ce n’est pas mon rôle de lui prêter main forte,
Au contraire. Mon royal époux se réjouit
De découvrir en elle un aussi grand dépit.
Quels étranges détours ma pensée a donc fait !
Le public de moi ne sera satisfait
Que lorsque j’aurais après de si grands détours
Satisfait ses envies de connaître la Cour ,
La fin de ce périple et le sort réservé
A de si beaux héros ; qu’est-il donc arrivé
Après notre départ de ce charmant royaume ?
Commençons par Fifi. Il a besoin d’un baume
Pour mettre sur son cœur encor bien trop meurtri
Par cet amour dément qui l’a presque détruit.
La langoureuse Arielle a voulu l’épouser,
Fifi de son côté, sa femme délaisser
N’a pas voulu non plus, il n’a pas divorcé
Et la sombre blondasse a fini par lâcher.
En ce beau mois de mai,* un disque elle enregistre
Avec sa voix pourrie mais ça plait bien aux cuistres.
Elle s’est donc trouvé un nouveau milliardaire,
Moins con que BHL mais qu’elle fait bien braire.
C’est sa nature. Excusons-là. Point final.
Daktari et Rosie, pour éviter le pal,
Et retrouver intact leur beau ministère,
Ont au cher Président obéi sans manière,
Disant ce qu’il voulait, faisant ce qu’il voulait ;
Et de deux serpillières prenant tous les traits.
Assez sur eux. Que dire sur Lanlan, le pauvre ?
De son ex adorée il est toujours l’apôtre,
Prépare des discours, fait plein d’apparitions,
Ecrit ses mémoires, garde bien ses moutons,
Dans sa champêtre retraite voit ses amis,
Enfin ceux qui lui restent après ce tsunami.
Quant à Nono, grand dieu, il est très obsédé
Non par ses conquêtes, mais plutôt par son nez.
Il vient de découvrir, abominable chose,
Qu’un bouton purulent défigure son nose.
Le flacon de Satan il a déjà vidé
Pour que dalle vraiment, de volume a doublé
Ce nez de Cyrano. Mais n’ayant pas l’esprit
Du héros de Rostand et pas de répartie,
Il déprime à tout va et se dit que sa vie
Sans sa séduction est fichtrement finie.
La politique il dit que cela bien l’ennuie ;
C’est faux, évidemment, car il est incapable
D’envisager sa vie sans lécher les notables,
Maçons, de préférence. Je crois que c’est tout.
Ai-je oublié quelqu’un ? Je ne le pense pas.
Je suis contente au fond d’être revenue là.
L’enfer était sympa, et Satan séduisant,
BHL y cuisant, c’était très amusant ;
Parcourir les couloirs, chercher notre chemin,
Me plaisait grandement, me divertissait bien.
Mais toute chose en ce maudit bas monde, hélas,
A une fin. Me voilà à présent bien lasse.
Je vais aller dormir. Ce n’est plus de mon âge
De passer des nuits blanches. Cependant j’enrage :
J’étais là descendue chargée d’une mission,
Je l’ai un peu ratée, j’ai beaucoup l’air d’un con,
Ou plutôt d’une conne oublier il ne faut
Mes accords de grammaire et mes vœux conjugaux.
Mon Président chéri n’a fait aucun reproche
Ce qui vous montre bien comme nous sommes proches.
Il a fort bien compris, et je l’en remercie,
Que j’avais eu affaire à très forte partie.
Il n’a donc pas gueulé, n’a fait que soupirer,
M’a serrée contre lui, m’a donné un baiser
Et sans une parole est allé se pioncer.
Je vais donc à mon tour de ce pas l’imiter.
* La Présidente a des problèmes avec l’écoulement du temps. On lui pardonne sa faiblesse.
(Elle se lève, regarde une derrière fois sa coiffure, s’avance vers le lit et se couche. La lumière baisse, puis la pièce devient noire. Grand silence. Soudain, un abominable bruit de tempête s’élève à droite ; la porte s’ouvre à la volée. La lumière revient. Le Président jaillit du couloir comme une fusée et s’effondre sur le lit.)LE PRESIDENT (secouant son épouse)
Cunégonde, ma mie, veuillez vous réveiller.
CUNEGONDE
Quoi encore ? Mon ami, cessez de trépigner,
Je ne suis pas un arbre, pas même un prunier.
Que voulez-vous ? Il est très tard.
LE PRESIDENT
Je le sais bien.
Lisez, je vous en prie, ce joli parchemin.
CUNEGONDE
Ah non, alors, ça ne va pas recommencer !
LE PRESIDENT
L’empereur de Mars est parait-il noyé
Sous les emmerdements. Satan a conseillé
Qu’à vous il s’adresse il faut bien vous lever.
CUNEGONDE
Ces dirigeants nullards commencent à me gonfler.
Prend-on le pouvoir quand on ne sait pas régner ?
Qu’il aille au diable.
LE PRESIDENT
Mais il y est allé.
Satan ne peut pas comme vous le conseiller.
CUNEGONDE
Dites plutôt qu’il ne le veut pas ! Enfoiré !
LE PRESIDENT (avec un sursaut)
Qui, moi ?
CUNEGONDE (légèrement énervée)
Mais non, abruti ! L’autre, le damné !
LE PRESIDENT
Quittez donc, je vous prie, ce ton si courroucé
Vous êtes trop belle pour qu’ainsi il vous sied.
Ecoutez-moi. Ce n’est pas à l’instant bien sûr,
Que vous embarquerez. Il faut que je m’assure
Que la fusée est prête et que tout l’équipage
Saura être discret, éviter le tapage.
Vous ne partirez donc que le surlendemain.
Jusque là restez cool et surtout dormez bien.
(Il sort sans attendre de réponse. Cunégonde, de rage, fait sauter ses oreillers par terre. Puis elle se lève et les remet sur le lit en grommelant « quelle gourde ! ». Puis elle se calme s’adosse à ses oreillers et réfléchit.)
CUNEGONDE
L’empereur de Mars moins que Satan, j’espère,
Sera dur à manier. C’est une belle affaire
Qui m’attend. Grâce à cet incapable, je vais
Prendre enfin ma revanche et quitter cet air niais
Qui me va si mal. Au fond, je suis bien contente
Car cette aventure finalement me tente.
Haut les cœurs, Cunégonde, montre ta vaillance,
De ces mâles obtus conduis donc bien la danse !
(Elle se dresse, fait le salut militaire, puis se recouche et éteint la lumière. Rideau)
FIN DE VOTRE FEUILLETON FAVORI.
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15.09.2007
Cunégonde intervient une fois de plus
Ne manquez pas, amis, demain le dernier épisode de ma saga estivale. Il va se passer des choses inouïes, vous ne pouvez même pas les imaginer. C'est là qu'on se rend compte, finalement, que la fiction dépasse quand même la réalité... Rendez-vous demain matin de très bonne heure. Comme vous le savez, je suis quelqu'un qui se lève tôt car j'ai beaucoup à faire dans mon palais présidentiel, sans compter toutes les associations "charitatives" auxquelles il faut que je fasse du gringue... Je suis épuisée à l'avance. Mais je vous embrasse quand même, chers électeurs.
10:10 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : satire, caricature, liitérature, Sarkozy
14.09.2007
Cunégonde en enfer : épisode XIX
Episode 19 : Synthèse de Satan sur ce qu’il vient d’entendre – Chacun en prend pour son grade – Décision de Satan et nouvel élément qui vient perturber l’échiquier : « Stupeur et tremblements » (thanks, la Nothombe. ) – Feu nourri de remarques désagréables de part et d’autre.
« Bon, reprit Satan. Il me faut maintenant vous dire ce que je pense de toutes vos propositions. Vous allez le comprendre rapidement, je me suis livré à une petite analyse de toutes vos idées et voilà ce que cela donne. »
SATAN
A vous Président, à vous belle Cunégonde,
Je tiens à dire, autour de cette table ronde,
Que vos dignes conseils m’ont été très précieux.
J’ai su, à vous entendre, qu’il valait bien mieux
Régner non en tyran mais en maître éclairé.
(Sourire ravi du Président et de Cunégonde. Satan, à part)Je crois qu’ils n’ont pas vu le deuxième degré.
Laissons leur donc encore un peu leurs illusions.
(Haut)Un si charmant modèle, une telle passion
A gouverner ainsi, en se montrant partout,
En se mêlant de tout, a sur moi je l’avoue
Des charmes indicibles et je suis persuadé
Que c’est bien là vraiment la façon de régner.
Néanmoins je dois dire que mes convictions
Ne vont pas jusqu’à prendre toutes vos leçons.
J’en retiens quelques unes, pas beaucoup je le crains,
Non que ce soit idiot, non que ce soit malsain,
Mais mon royaume à moi n’a pas les mêmes lois.
Vos gens acceptent tout, c’est un vrai troupeau d’oies,
Les diablotins ici sont moins anesthésiés :
C’est normal vraiment, chez nous, pas de télé.
Pas de foot ou rugby pour divertir la masse
Et lui faire avaler des poissons bien fadasses.
C’est une métaphore. Tout ça pour vous dire
Que le peuple infernal n’a pas besoin de sbires,
De larmes, d’émotions, de pleurs et de scandales
Pour exister vraiment et admettre le mal.
L’enfer n’est certes pas un modèle de bien
Ce n’est pas là son rôle et ce n’est pas le mien.
Mais comparé à vous, qui êtes incapables
De dire les vérités, qui cachez dans le sable
Le motif évident de toutes vos réformes,
Qui endormez vos gens à coup de chloroforme
De sublimes discours, de merveilleux non-dits,
L’enfer, je vous l’assure, est un vrai paradis.
(Applaudissements nourris de la Madone , de Lanlan et de Nono qui veut porter Satan en triomphe. La langoureuse Arielle se dresse et salue, persuadée que ces acclamations sont pour elle. On la fait rasseoir derechef. Le Président, Cunégonde, Fifi et Rosie tirent la gueule. Daktari hésite entre l’approbation et la réprobation. La sorcière sourit de toute sa dent.)
O Madone adorée, reine des inutiles,
Certes pleine de grâce or trop souvent débile,
Votre combat ce jour ne peut être le mien.
J’ai besoin de conseils et non d’entretiens
Où le néant du verbe à la glose s’allie,
Où la pensée absente est le moindre délit,
Où la vacuité, seule force en présence,
Devient un art de vivre et sait masquer l’absence
De réels combats et de réels changements.
Vous n’avez pas d’idées, c’est l’aveu de Lanlan.
Eussiez-vous aujourd’hui du Président la place,
Vous feriez comme lui bien autant de grimaces.
Vos discours maintenant, aussi peu authentiques
Que ceux de l’an dernier, virent à présent au tic.
Vous répétez sans cesse les mêmes paroles
Qui ne veulent rien dire et qui sentent la sole
Avariée et pourrie. Comme arme vous n’avez
Que la démagogie, votre aura de mémé,
Votre image de vierge et la langue de bois
Que vous maniez si bien ô Madone aux abois.
Le portrait est peut-être un peu dur, je m’excuse
Il vous caricature, on dirait une buse.
Mais vous ne l’êtes pas. Vous menez votre barque
Avec agilité, et ça, je le remarque.
C’est ce trait impérial que je vais emprunter
Pour que dans mon royaume il soit bien appliqué.
(Nouvelle salve d’applaudissements, venant cette fois du Président, de Cunégonde et de sa bande. La Madone a pris son air le plus revêche et pince les lèvres ; Lanlan est effondré sur la table et pleure, Nono s’agite sur sa chaise. Daktari hésite toujours entre la réprobation et l’approbation et la Sorcière continue de montrer sa dent.)
DAKTARI (pensif, à part)
J’ai bien fait de me taire, chacun prend son paquet.
SATAN
Quant aux opportunistes et aux perroquets,
Je n’ai qu’un mot à leur dire : Vade retro !
LA MADONE (A Daktari)
Ce trait-là est pour toi. Qu’en dis-tu, vieux pied-bot ?
DAKTARI
Que je me sens confus et même beaucoup sot.
LA LANGOUREUSE ARIELLE (se levant)
Et moi ? N’ai-je pas droit aussi à un cadeau ?
SATAN
Veuve BHL, vous n’êtes pas concernée
Par les avis qu’ici je viens de donner.
LA LANGOUREUSE ARIELLE
Ah bon ! Alors je me rassois.
SATAN
C’est ça, ma chère.
Occupez-vous un peu, faites votre prière.
Ici tout est permis. Mais surtout taisez-vous.
LE PRESIDENT
Seigneur, je vois que vous ne craignez point les coups.
Vous savez les donner. Vous n’êtes pas un mou.
Ca me plait.
SATAN
Je savais que vous apprécieriez
A sa juste valeur mon humour sans pitié.
Aussi à l’avance ai-je bien ri, chers amis,
Délecté je me suis, mon annonce voici.
Sachant que vos avis seraient très partagés,
J’ai voulu, à mon tour, ce problème régler ;
J’ai donc là-haut un bon émissaire envoyé
Pour, de Marie-Jo, avoir l’avis bien cadré.
Un mémoire elle m’a ici bas octroyé,
Je ne vais pas le lire, vous seriez consternés.
Mais j’avoue que par ses idées, je suis séduit.
C’est un peu tartignolle et ça suinte l’ennui,
Mais quand on débroussaille et qu’on y réfléchit,
Que pas tort au fond, elle n’a pas, on se dit.
Pratiquement, vraiment, c’est irréalisable ;
C’est un peu le grand rêve du marchand de sable.
J’aime cependant cette naïve candeur,
Ce vœu d’égalité qui ressemble à un leurre.
Il est bien évident que ce qu’elle prescrit
Ne pourra certes pas être appliqué ici
Dans son intégralité.
CUNEGONDE
Vous déparlez, sire !
Vous plaisantez, je crois. C’est pour nous faire rire
Que vous dites cela.
SATAN
Point du tout. Je suis, ma chère, très sérieux.
Maire-Jo a des talents que beaucoup d’envieux
Revendiquent. D’accord, elle délire souvent
Ce n’est pas un problème et n’est pas dérangeant.
Des idées de réformes je vais lui piquer,
Et faire ainsi semblant de bien les appliquer.
Elle sera contente et moi je pourrai faire
Ce que veux ici et réformer l’enfer.
LE PRESIDENT
Votre éminence m’a fait peur !
LA MADONE
Et donc à moi !
J’ai bien cru un instant, pauvre biche aux abois,
Que vous alliez ici, de cet enfer si triste,
Augmenter le malheur et finir communiste.
SATAN
Rassure-toi, Madone, il n’est pas encore temps,
De semer tous mes biens dans un sublime élan
De générosité. Je ne suis pas si fou.
Altruiste je suis, amis, tout comme vous.
Mais je sais aussi bien garder mes intérêts,
Appliquant vos méthodes avec un grand succès.
Je vais tout mélanger, quel que soit votre bord,
Bien agiter le tout et piquer sans remords
Ce qu’en vos beaux programmes, il y a de meilleur.
CUNEGONDE
Tout ce boulot pour rien ! Je suis un peu sonnée,
Je ne le cache pas, beaucoup désappointée.
En sauveur de l’enfer, j’étais la première.
C’est foutu, je le vois ! Comme je suis amère !
LE PRESIDENT
Avez-vous, cher ami, vraiment bien réfléchi ?
Spécialiste je suis pour entuber autrui.
De mes leçons, je crois, on a tout à gagner
Si sans graves soucis on veut bien gouverner.



