19.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 15
EXPLOSION...
QUINZIEME ET DERNIERE PARTIE
Mail CXLI
De : Agénor
A : Zizi Nouillet
CC : Deborah, Regina, Ammoniaque, Ajax
Va te faire foutre, boy scout demeuré. Ta lanterne est morte depuis longtemps. Allez tous vous faire foutre !
Mail CXLII
De : Ammoniaque
A : Agénor
CC : /
C’est déjà fait, connard, et depuis longtemps !
Mail CXLIII
De : Ajax
A : Agénor
CC : /
PAM ne trempe pas dans ces combines.
Mail CXLIV
De : Deborah
A : Agénor
CC : /
Ne remue pas le couteau dans la plaie. Je me meurs.
Mail CXLV
De : Zizi Nouillet
A : Agénor
CC : /
Pourquoi être aussi grossier et vulgaire ? Je ne faisais que poser quelques questions. Et que sais-tu de ma lanterne ? Et puis d’abord, quelle lanterne ? Sois plus clair.
Mail CXLVI
De : Cerbère
A : Ses supérieurs hiérarchiques
CC : /
Rapport succinct par mail en attendant le rapport complet par courrier
Je tiens à signaler à votre attention les faits déroutants et terribles qui se sont produits il y a deux jours dans mon établissement et dont je vous ai déjà fait part au téléphone.
Il était environ dix-huit heures quinze lorsque d’horribles cris et hurlements se sont élevés de l’angle du bâtiment principal, vers la cabane du jardinier. Mon personnel et moi-même nous précipitâmes vers l’endroit d’où montaient ces cris et nous avons vu le spectacle suivant :
Le dénommé Attila gisait par terre, la figure en sang tandis que la dénommée Ammoniaque le frappait de toutes ses forces avec un sac argenté de marque 365 poches à 600 euros bourré de nitroglycérine laquelle, heureusement, était d’une aussi mauvaise qualité que le sac et n’a donc pas sauté.
La dénommée Pimprenelle, dite la Niaise, était allongée sur le sol ; il lui manquait tout le côté droit de cheveux et une carte de photocopie était coincée entre ce qui restait de ses dents. (Un bilan complet a été fait par mon intendant : deux molaires, trois incisives, deux canines et trois prémolaires manquent à l’appel. La balance n’est donc pas équilibrée.)Nous avons immédiatement appelé les pompiers qui ont transporté les blessés à l’hôpital le plus proche. Leur état est jugé très grave. La dénommée Ammoniaque a été emmenée hurlant des insanités au centre psychiatrique de la ville. Il a fallu lui passer la camisole de force et lui faire cinq piqûres de calmant avant qu’elle daigne sombrer dans l’inconscience. Il parait qu’elle n’est pas prête de retrouver son bon sens.
De même, un certain PAM ainsi que le dénommé Ajax, présents lors de l’affrontement, ont tous deux reçus des horions assez sévères de la part du sac argenté. Ils ont été d’abord jetés dans une voiture de police qui, en raison de leurs blessures, a fait un détour par les urgences d’une clinique avant de les emmener au commissariat où ils pourrissent dans une cellule en attendant d’être entendus.
Je me dois également de porter à votre connaissance les faits survenus très peu de temps après et qui, semble-t-il, ont un rapport avec cette tragédie :
La dénommée Regina a été retrouvée errant dans la campagne, vêtue d’un seul peignoir, noire des pieds à la tête et les yeux exorbités ; elle a prétendu qu’un certain Agénor avait piégé les réseaux informatiques alors qu’elle s’apprêtait à envoyer une lettre de dénonciation aux instances nationales syndicales et que son ordinateur lui avait explosé au nez, l’expédiant à la cime d’un arbre avant de retomber dans la soue des cochons qui ont manqué, semble-t-il, la prendre pour une nourriture de choix. Elle a été conduite à l’hôpital en état de choc.
Le dénommé Agénor a été relevé par une patrouille de police alors qu’il gisait à terre dans un quartier mal famé, une bouteille dans la main, baignant dans son vomi. Il était ivre mort et a déclaré aux policiers qu’ils devaient aller se faire foutre. Il a été enfermé dans une cellule de dégrisement d’où il n’est toujours pas sorti à l’heure actuelle.
Enfin, la dénommée Deborah a décidé de quitter l’enseignement et de se retirer au Couvent de Sainte Marie Jo et d’y prononcer des vœux perpétuels. Elle priera pour toutes les luttes présentes, passées et à venir, qu’elles soient gréco-romaines ou autres.
Voila le récit des extravagantes journées que nous avons vécues. J’avoue ne rien y comprendre, surtout depuis que le dénommé Zizi Nouillet m’a envoyé un mail en me demandant ce que signifiait tout cela. Que vais-je faire maintenant avec tous ces gens inaptes au travail ?
Mail CXLVII
De : Cunégonde
A : Scarlatina O’Blondi
CC : /
As-tu lu dans Le Monde ce qui s’est passé dans l’établissement d’Attila ? C’est proprement incroyable. Pauvre Atti ! Son complot a fini par se retourner contre lui. Enfin, la seule bonne nouvelle dans tout ça, pour mon ex époux s'entend, c'est que cette cellule de séditieux est dissoute. Mais toutes ces révélations sur les magouilles et les luttes intestines dans le corps enseignant m’ont écoeurée. Je croyais que cela nous était réservé. Que penses-tu de tout cela ?
Mail CXLVIII
De : Scarlatina O’Blondi
A : Cunégonde
CC : /
Je suis comme toi, atterrée et écoeurée. Qui aurait pu croire que de si nobles visages cachaient une âme aussi noire ? Mais remercions le ciel de ce qui est arrivé car il nous permet de tirer une leçon de ce drame affreux : jamais on ne dira assez l’abomination des liaisons dangereuses.
FIN
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17.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 14
OU CELA SE GATE VRAIMENT...
QUATORZIEME PARTIE
Mail CXXIX
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Je n’aime pas beaucoup qu’on se paye ma fiole de cette manière-là. Ta langue de bœuf était-elle une déclaration de guerre ?
Mail CXXX
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Si tu le prends comme ça, et bien oui, ça l’est ! Je bois à ta non santé !
Mail CXXXI
De : Deborah
A : Ammoniaque
CC : Regina, Agénor, Zizi Nouillet, Ajax
(Une copie du mail CXXXII est jointe)
Je ne comprends plus rien, tout est affreusement noir autour de moi. Je n’irai pas au rendez-vous, Ammoniaque, j’ai trop peur de devoir admettre que tu avais raison. Mais je persiste à penser qu’il faut donner une dernière chance à Attila de se justifier. J’ai peut-être eu tort, mais je lui ai envoyé le mail dont je joins une copie, en espérant que mes maladresses informatiques ne l’expédieront pas au Pôle Nord. Je suis dans un état de déliquescence totale, je n’ai même plus goût à la lutte, je vais crever, je vous le dis. Agénor, mon enfant chéri, aide-moi.
Mail CXXXII
De : Deborah
A : Attila
CC : /
Attila, des bruits odieux courent sur ton compte dans notre groupuscule. Tu es accusé de fricoter avec la Niaise et de trahir le Syndicat pour t’assurer la royauté l’année prochaine. Dis-moi que ce n’est pas vrai et prends garde à toi, une révolte gronde dans le Sein des Seins, on prépare un piège à ton intention, je t’en supplie, ne va pas à ton rendez-vous avec la Niaise. Je pleure tellement que je ne vois plus les touches du clavier, aussi excuse les fautes éventuelles.
PS : J’ai mis deux heures à taper ce message avec un doigt en cherchant toutes les touches. Tiens-en compte dans ta décision.
Mail CXXXIII
De : Agénor
A : Deborah
CC : /
Je ne suis pas ton enfant, la vieille. Laisse-moi m’imbiber tranquillement et surtout, oublie mon existence. Merci d’avance.
Mail CXXXIV
De : Ajax
A : Attila
CC : /
Frère de combat, bien que tu m’aies trahi, je ne peux pas te laisser courir à ta perte sans rien tenter. PAM et moi te supplions de ne pas aller au rendez-vous que la Niaise t’a donné, c’est un piège ; Ammoniaque médite ta perte et a lu l’avenir dans son sac argenté : l’implosion du groupe est imminente. N’approche pas le briquet de l’amadou…
Mail CXXXV
De : Attila
A : Deborah et Ajax
CC : /
Vos recommandations me vont droit au cœur mais elles me laissent indifférent. Je n’ai jamais trahi qui que ce soit, ma conscience est d’une pureté absolue, autant que mon cœur et mes entrailles, sans parler du reste. Je dois voir la Niaise pour régler des problèmes d’ordre purement professionnels qui concernent certains de nos élèves communs. Quant à Ammoniaque, je ne crains ni sa bile, ni son sac argenté. Il faudra des forces plus grandes que les siennes pour me vaincre.
Mail CXXXVI
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Tu as tort de me provoquer. Tu veux la guerre ? Et bien, qu’elle soit !
Mail CXXXVII
De : Regina
A : Deborah
CC : Ammoniaque, Ajax, Zizi Nouillet
Agénor nous abandonne lâchement pour sa réserve de whisky. Je propose que non seulement nous détrônions Attila mais que nous nous occupions de lui une fois réglé le sort du groupie de la Niaise. Je pense qu’une lettre anonyme aux plus hautes instances du Syndicat dénonçant ses intempérances devrait suffire pour lui enlever la confiance de nos chefs et faire sauter ses responsabilités. Je suis prête à l’écrire. Qu’en pensez-vous ?
Mail CXXXVIII
De : Deborah
A : Regina
CC : /
Fais ce que tu voudras. Mon cœur est mort et mon esprit bat la campagne. Je me retire en moi-même pour pouvoir mieux pleurer la perte de mes idéaux. Et je vais de ce pas à la piscine pour me noyer dans le petit bassin.
Mail CXXXIX
De : Ammoniaque
A : Regina
CC : Deborah, Zizi Nouillet, Ajax
Je savais bien qu’il n’était pas fiable. Ecris cette lettre. Je la signerai avec toi.
Mail CXL
De : Zizi Nouillet
A : Regina
CC : Ammoniaque, Deborah, Ajax, Agénor
Mais de qui parles-tu, Regina ? Je ne comprends rien. Agénor boirait-il ? Ce n’est pas bien. Et pourquoi veux-tu écrire aux Instances Nationales ? A propos de quoi ? Je vous trouve bien énigmatiques, tous. Ou alors, je n’ai toujours pas saisi le pourquoi du comment de cette correspondance. Eclairez ma lanterne.
(A suivre)
JEUDI NE MANQUEZ PAS LE DERNIER EPISODE...
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16.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 13
OU LA SITUATION SE DEGRADE CONSIDERABLEMENT...
TREIZIEME PARTIE
Mail CXVI
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Agénor Trésor, je sens que ta réponse contient une certaine ironie qui certes enchante mon esprit primesautier mais inquiète la militante que je suis. Voudrais-tu insinuer que tu refuses de collaborer avec moi pour démasquer les fourberies d’Attila ? Tu ne vas pas me jouer un pareil tour ! Tu ne vas pas mettre fin, comme ça, d’un coup, sans prévenir, sans sommation, sans injonction, sans préavis, à une collaboration aussi fructueuse ? Songe à tout ce que nous avons fait ensemble, à tous les combats que nous avons menés : Songe que nous en avons même gagné certains. Ca m’étonne, mais c’est comme ça. Revois ta position et dis-moi que ce n’était qu’une plaisanterie (mauvaise, entre nous) et que tu participeras à la réunion avec Ammoniaque. Rassure-toi, elle me tape autant sur les nerfs qu’à toi mais en l’occurrence, c’est une alliée qui peut devenir précieuse. Je sais que cela ne te concerne plus vraiment mais je sais aussi que l’honneur parle en toi plus haut que le ressentiment. J’ai confiance en toi.
Mail CXVII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Tu as tort.
Mail CXIX
De : Deborah
A : Regina
CC : Ajax, Ammoniaque, Zizi Nouillet
Ammoniaque vient de m’apprendre une nouvelle si terrifiante que je ne sais plus où j’en suis. Il parait qu’Attila trahit le Syndicat avec la Niaise ! J’en suis non seulement retournée mais affreusement angoissée. Qu’allons-nous devenir s’il trahit la Cause ? Je ne peux arriver à croire cela possible. Ammoniaque a dû se tromper. Sinon, je meurs, la main sur le cœur et la tête sur ma carte d’adhérente.
Mail CXX
De : Ammoniaque
A : Deborah
CC : Ajax, Regina, Agenor, Zizi Nouillet
Je ne me suis pas trompée, je les ai vus et j’ai tout entendu. Maintenant, il faut qu’il soit vaincu. Meurs après, s’il te plait.
Mail CXXI
De : Regina
A : Ammoniaque
CC : Agénor
Je t’avais dit de la fermer, espèce de grande cruche ! Voilà le résultat, maintenant ! Deborah m’a tenu la jambe six heures au téléphone, c’est moi qui ai failli claquer. Elle veut rédiger plein de motions contradictoires et pense qu’il faut faire comparaître Attila devant notre tribunal. Je préconise l’exécution sans jugement.
Mail CXXII
De : Zizi Nouillet
A : Deborah
CC : Agénor, Ammoniaque, Ajax, Deborah, Regina
Je suis peut-être un peu lent d’esprit mais je ne comprends pas bien ce qui arrive. Vous pouvez m’expliquer ? Il me semble impossible qu’Attila ait pu prendre de telles décisions sans nous en parler auparavant. Au fait, qui est la Niaise ?
Mail CXXIII
De : Ajax
A : Ammoniaque
CC : Deborah, Agénor, Regina, Zizi Nouillet
Ce n’est pas possible, Amo, tu t’es trompée. Jamais Attila ne ferait cela, je le connais. D’accord, tu m’as utilisé pour parvenir jusqu’à lui et il n’a pas dit non mais mon profond humanisme m’a permis de pardonner cette tromperie. Là, je sens que mon cœur s’arrête. Je demande des preuves tangibles, écrites, irréfutables. Et si cela s’avère, j’en parlerai à mon député chéri dont j’ai la bouche pleine depuis un certain nombre de jours et à qui je servirais bien volontiers de carpette si le besoin de s’essuyer les pieds se faisait sentir. PAM sera mon soutien, à la vie à la mort.
Mail CXXIV
De : Ammoniaque
A : Ajax
CC : /
Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Toi aussi, tu veux quitter le navire ? Tu veux faire une carrière politique ? Tu plaisantes, mon chéri, reviens sur terre. Tu as autant le profil d’un homme politique que mon sac argenté celui d’un sac de grande bourgeoise. Quant aux preuves, rien de plus facile : ils ont rendez-vous demain à 18 heures à l’angle du bâtiment principal. Viens avec moi, et tu sera convaincu, incrédule !
Mail CXXV
De : Ammoniaque
A : Agenor,
CC : Deborah, Regina, Zizi Nouillet
Je vous propose de nous rendre tous au rendez-vous qu’Attila a donné à la Niaise afin de nous rendre compte de la gravité de la situation. Nous nous planquerons derrière la cabane du jardinier. Demain, 18 heures, angle du bâtiment principal. Ajax est prévenu, il viendra peut-être avec TAM-TAM PAM.
Mail CXXVI
De : Agénor
A : Ammoniaque
CC : Deborah, Regina, Ajax, Zizi Nouillet
Désolé, je suis pris à cette heure. Et d’ailleurs à toutes les autres heures aussi. Vous me les brisez menues avec vos conneries.
Mail CXXVII
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Agénor, je t’ordonne d’être là et d’arrêter tes cuistreries !
Mail CXXVIII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Aucun texte n’est écrit mais un document est joint. C’est la photo d’une bouche grande ouverte tirant une énorme langue.
(A suivre)
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09.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 12
DOUZIEME PARTIE
Mail CV
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Inutile de te traîner à mes pieds pour avoir l’info tant désirée, je ne te dirai rien. Mes projets doivent rester secrets pour l’instant. Cependant, eu égard à l’amitié qui nous lie et vu le nombre de rues que nous avons arpentées ensemble, je veux bien te donner un petit renseignement : ils ne concernent pas ce que tu crois, ne visent pas qui tu sais, ne sont pas destinés à ce que tu imagines, et n’entrent pas dans le cadre de ce que tu penses. Voilà. Ta curiosité est-elle satisfaite ?
Mail CVI
De : Pimprenelle
A : Attila
CC : /
Je ne suis pas contente du tout. D’abord ta cruche d’Ammoniaque a failli gifler mon trésor chéri tout ça parce qu’il avait malencontreusement sali son sac argenté et ça, c’est monstrueux ! Ensuite, vu la hausse des prix, tu pourrais augmenter le tarif de mes renseignements, ça ne te conduirait pas à la ruine ; enfin je suis d’accord pour que tu torpilles les idiots que j’ai réussi à mettre dans ma poche à force de jouer les niaises ambitieuses mais sois plus discret lors des C.A. parce que ces andouilles vont finir par comprendre qu’il y anguille sous roche. Ca ne te ferait rien d’être un peu moins mégalo ?
Mail CVII
De : Attila
A : Pimprenelle
CC : /
De quelles andouilles parles-tu ? Ma bande ou la tienne ?
Mail CVIII
De : Pimprenelle
A : Attila
CC : /
Des deux. Entre la Deborah qui ne sait pas faire une phrase sans pontifier, toi qui joues les gros bras, Agénor qui ricane, Regina qui envoie d’immondes vacheries avec son petit air innocent, Ajax qui s’écoute parler et Ammoniaque qui ne sait que roucouler, j’avoue que votre guignol’s band n’a rien à envier à la mienne. Cela devrait effectivement nous rassurer. Mais je suis sûre que Regina se doute de quelque chose, ce matin, elle est passée près de moi et elle m’a jeté un sort. Et Agénor s’est débrouillé pour saboter notre voyage à Paris. Tout ça ne me dit rien qui vaille, je cours de grands dangers en trahissant mon clan pour toi, j’estime que la récompense doit être en conséquence.
Mail CIX
De : Regina
A : Agénor
CC : /
En effet, je suis très satisfaite de tes explications, aussi claires que du jus de chique dans une bouteille en bois. Néanmoins, ces projets me perturbent. Ou plus exactement, tes réticences à m’en parler me semblent cacher de redoutables abîmes. Notre amitié est certes solide mais ne saurait résister à une quelconque trahison. Tu vas m’obliger à t’avoir à l’œil et je n’aime pas ça. Déjà que je dois en avoir un sur Attila, je vais finir par choper un strabisme divergent et bonjour l’ophtalmo. Tu ne voudrais tout de même pas être à l’origine de ma banqueroute financière ?
Mail CX
De : Attila
A : Pimprenelle
CC : /
En conséquence de quoi, espèce de nunuche ? Finis au moins tes phrases si tu veux qu’on te comprenne. Quant au danger que tu cours, laisse-moi rire ! Aurais-tu peur qu’une de tes groupies décore la salle des profs à ta place ? Ca ne pourrait être que mieux, crois-moi. Arrête ton char et prépare plutôt le prochain document. Je veux bien augmenter ton salaire de dix euros, ça devrait te suffire pour acheter tes pâtes quotidiennes. Et cesse de délirer sur Regina ou Agénor, ils sont trop occupés ailleurs en ce moment pour être une menace. Profitons-en.
Mail CXI
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Essaierais-tu pas hasard de me culpabiliser ?!
Mail CXII
De : Ammoniaque
A : Regina
CC : /
Sœur de combat et combattante cistercienne sisterienne,
Je suppose que notre ancienne alliance tient toujours. C’est en vertu de cette alliance que me dois de te faire part de ce que je viens de découvrir : Attila fricote avec la Niaise. Je les ai encore vus à l’angle du bâtiment principal et non seulement elle lui a donné des documents, mais ce faux jeton lui a donné de l’argent en retour. Je suis sûre et certaine qu’il la paye pour savoir ce que sa liste va présenter au prochain C.A. afin de trouver des parades avant nous et se présenter comme le pilier du Syndicat. J’aime encore mieux ça que s’il se la tapait, je ne voudrais pas entrer en concurrence avec ce boudin fadasse et délavé. Mais c’est quand même raide, qu’en penses-tu ?
Mail CXIII
De : Regina
A : Ammoniaque
CC : /
Pour être raide, ça l’est ! Je te propose d’en parler à Agénor et de nous réunir tous les trois pour prendre une décision. Ne dis rien à Ajax, cette révélation briserait son pauvre petit cœur. Quant à Deborah, je préfère ne pas imaginer ce qu’elle est capable de faire. Donc, motus.
Mail CXIV
De : Régina
A : Agénor
CC : /
(Une copie du mail CXII est jointe à ce mail.)
Rengaine tes projets et ta pseudo culpabilité et lis ce qu’Ammoniaque vient de m’envoyer. Je crains qu’il ne faille déclarer la guerre à Attila. Agénor, mettons en sourdine ce qui nous oppose –qui n’est d’ailleurs que fausses bavasseries et je sais de qui vient le coup- et unissons-nous à nouveau dans ce combat dont nous devons absolument sortir vainqueurs. Quelle date proposes-tu pour la réunion avec Ammoniaque ?
Mail CXV
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Les calendes grecques, ça te va ?
(A suivre)
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02.06.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 11
Onzième partie
Mail LXCV
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Ou la Pimprenelle ’s band est devenue cinglée ou il y a vilaine anguille sous roche. Je n’ai jamais rien lu de plus stupide que les propositions de la Niaise. Et ce que je trouve le plus aberrant, c’est la façon dont Attila a mené la réunion alors que personne ne le lui demandait. Tu l’as laissé prendre la parole et il n’a pas lâché le crachoir de toute la soirée. Comment s’est-il débrouillé pour trouver aussi rapidement des parades efficaces à ce déferlement d’inepties ? C’est à croire qu’il était au courant avant et qu’il a eu le temps de tout manigancer dans sa grosse tête. Pendant que j’y suis, autant te dire tout ce que j’ai sur le cœur : je t’ai trouvé assez lamentable lors de cette réunion. Pourquoi te mets-tu à jouer les potiches ? Deborah suffit dans ce rôle.
Mail LXCVI
De : Deborah
A : Attila
CC : Agénor, Regina, Ajax, Ammoniaque
Au nom de toute la section, Attila, je viens te remercier pour nous avoir sauvé de l’emprise maléfique de Pimprenelle. Tes idées ont superbement contrecarré les siennes et je pense que tu as l’étoffe d’un grand chef. Il faudra absolument te représenter aux élections comme meneur de troupe. J’ai toujours eu confiance en toi, bien que je ne l’aie pas souvent montré. Je suis désolée d’avoir pu un instant douter de toi. Tu es notre sauveur. Ajax aussi, bien entendu. Mais je le sens… comment dire… moins impliqué depuis quelque temps. Crois-tu qu’il aurait d’autres ambitions, plus larges ? Ce serait à mon avis une erreur. Déjà qu’il n’arrive pas à mener notre groupuscule…
Mail LXCVII
De : Ajax
A : Deborah
CC : /
Je te remercie vivement pour l’image très positive que tu as de moi. Alors que je me démène comme un fou pour rencontrer les députés et les gens importants pour m’en faire des alliés et des amis –tout ça pour la cause, bien entendu- voilà que tu te mets à déblatérer sur mon image de marque ! Si tu crois que je ne sais pas ce qu’on pense de moi ! On me trouve plus con qu’un balai. Je le suis, je le reconnais. Mais méfiez-vous tous des coups de balai ! Ils font souvent très mal –surtout venant d’un con.
Mail LXCVIII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Tu as lu la prose de Deborah ? Combien de temps à ton avis a-t-elle mis pour pondre de telles crétineries ? Et puis alors, pour la reconnaissance, merci ! Moi qui me suis démené toute l’année pour vous amener de nouvelles recrues… Sans moi, vous couliez à pic et c’était Carmen qui ramassait le jackpot. Je suis profondément ulcéré. Et toi qui viens remuer le couteau dans la plaie ! Vous vous êtes mis d’accord pour m’éjecter, c’est ça ? Pas la peine de vous creuser la caboche, je pars à la fin de l’année la tête haute, le verbe haut et le reste haut également. Salut.
Mail LXCIX
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : /
Il est vrai que tu t’es bien débrouillé dans l’affaire de la Niaise , mais quand même, tu ne m’enlèveras pas de la tête que tu joues un double jeu. Prends garde à toi, Attila. Je sais, pour l’avoir fréquenté quelquefois intimement, qu’Ajax rêve de prendre ta place et de devenir encore plus important. Il s’est jeté à corps perdu dans la défense du PS, c’est te dire son état mental et moral. Il essaie de dîner tous les soirs avec le député de son arrondissement, mais il n’est pour l’instant pas encore arrivé à rentrer dans le restaurant, il se fait régulièrement jeter. Mais ça risque de ne pas durer. Mon sac argenté de marque 365 poches à 600 euros me dit que les dangers t’environnent et que tu as intérêt à montrer patte blanche.
Mail C
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Qu’est-ce que tu peux être susceptible ! Je ne te connaissais pas cet ego surdéveloppé. Je n’ai simplement fait que te dire ce que je pensais, voilà tout. On croirait vraiment que je t’ai offensé au-delà du supportable. Tu ne vas pas te mettre à jouer les chochottes et à pleurnicher comme la Niaise dès qu’on lui envoie une vérité dans le nez ? N’en parlons plus, ou plutôt si, continuons à évoquer Pimprenelle. La mine de ses séides au dernier CA, lorsque Attila les a torpillés, m’a laissée perplexe. Non seulement ils n’avaient pas l’air outragé, mais certains souriaient, comme s’ils s’étaient attendus à ce genre de réaction. Et depuis, Attila a de longs conciliabules avec la Niaise dans les bureaux directoriaux. Ne dis pas non, je les ai vus. Je crois qu’ils trament encore quelque chose. Que faire, à ton avis ?
Mail CI
De : Agénor
A : Regina
CC :
Tu sais quoi ? Je crois que je commence à m’en foutre comme de mon premier string de vos problèmes internes. J’ai d’autres préoccupations, plus importantes. Inutiles de me demander lesquelles, je ne te le dirai pas.
Mail CII
De : Attila
A : Deborah
CC : /
Deborah, je te remercie pour ton mail qui m’a réjoui à un point dont tu n’as même pas idée. Je te presserais bien contre ma puissante poitrine si je ne craignais pas de faire exploser tes os. Nous voici enfin réunis tous les deux dans notre combat commun. Je compte sur ta voix pour les prochaines élections et tâche aussi de faire un peu campagne pour moi, je sens que Regina va encore me mettre des bâtons dans les roues. Et tâchez s’il vous plait, toutes les deux, de ne pas vous représenter, on a vu ce que ça donnait quand c’était deux gonzesses qui s’occupaient de faire marcher l’affaire. Je ne suis pas misogyne, juste un peu macho. Quant à Agénor, mes amis et moi l’avons tellement dégoûté de ce genre de responsabilité qu’il n’est pas prêt de s’y recoller. Je t’embrasse sinon, tu vas encore me prendre la tête pendant trois heures au téléphone pour savoir ce que tu m’as fait. Je te réponds tout de suite : rien et c’est très bien comme ça.
Mail CIII
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Mon petit Agénor adoré, s’il te plait, ne sois pas cruel : dis à ta complice chérie quels sont tes projets. Je te promets de garder ma langue. PS : Si tes fameux projets consistent à partir en vacances, il n’est effectivement pas la peine de m’en faire part.
Mail CIV
De : Attila
A : Ammoniaque
CC : /
Voilà que tu recommences ta crise d’idiotie parano, toi ? Combien de fois faudra-t-il te répéter qu’il n’y a rien entre la Niaise et moi ? Fais-moi donc confiance une bonne fois pour toutes. On dirait vraiment que tu ne veux pas admettre que je suis génial. C’est la fréquentation quotidienne et humanitaire d’Ajax qui te rend aussi bouchée ? En parlant d’Ajax, dis-lui, s’il te plait, de prendre l’air moins bête pendant les réunions. C’est gênant, on a constamment envie de le boxer. La pose du penseur ne lui va pas du tout non plus. Ca me file le bourdon. Qu’il prenne l’air absent ou mieux, qu’il soit carrément absent. Ca ira beaucoup mieux.
(A suivre)
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27.05.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 10
Dixième partie
Mail LXXVII
De : Scarlatina O’Blondi
A : Cunégonde
CC : /
Cuné chérie,
J’ai bien reçu la copie de ton mail, il m’a fait hurler de rire. Mais je crains que tu aies un peu exagéré : souviens-toi que c’était Attila qui l’avait rédigé au nom d’Ammoniaque et cette dernière risque de lui faire de gros ennuis à cause du ton de ta réponse. Je n’aimerais pas que notre Atti soit malmené par cette méduse argentée. Je vais moi aussi envoyer un mail à Ammoniaque en mettant davantage les formes. Après tout, c’est peut-être une future électrice de qui tu sais. Bon, pour le moment, elle est dans le camp adverse mais on a vu des conversions plus spectaculaires. Est-ce que tu vas au Festival de Cannes ? Moi, j’hésite. On m’a proposé d’assister à la projection de divers films mais j’ai peur de m’enquiquiner si c’est trop intello. Et puis franchement, je suis un peu surbookée, ces temps-ci, avec l’autre qui n’arrête pas de bouger pour un oui pour un non. Comment faisais-tu pour le calmer ? Je t’embrasse, ma chérie, à bientôt.
Mail LXXVIII
De : Scarlatina O’Blondi
A : Ammoniaque
CC : Cunégonde, Attila (en adresse cachée)
Très chère Ammoniaque,
Votre mail m’a énormément émue, j'ai failli en pleurer de saisissement et je suis très touchée que vous ayez fait appel à moi pour régler votre problème. Cependant, je ne vois pas très bien en quoi je peux vous être utile. Ma règle d’or conjugale est de ne jamais aborder les problèmes qui fâchent avec mon époux car je tiens essentiellement à avoir la paix. Je ne voudrais pas sous-entendre par ces quelques lignes que vous avez perdu votre temps, mais si vous désirez voir cet implicite, surtout ne vous gênez pas, vous ne serez pas loin du tout de la vérité. J’admire votre sac argenté vos combats méritants et votre engagement altruiste, mais je ne peux rien faire pour vous. Adressez-vous plutôt aux larbins décorés de mon mari, pour une fois, les domestiques sauront mieux vous renseigner que les maîtres. Je ne vous embrasse pas, mais le cœur y est. Scarlatina.
Mail LXXIX
De : Attila
A : Cunégonde et Scarlatina O’Blondi
CC : /
Dites, les filles, vous n’y êtes pas allées de main morte ! Surtout toi, Cunégonde. Je vous joins la copie du mail que Ammoniaque m’a envoyé à réception de votre prose. Qu’est-ce que je ramasse ! Ca va pas du tout, ça ! Me dire à moi que je suis un animal prétentieux et mégalo, c’est plus qu’une insulte, c’est une injustice. Et en plus, elle ne veut plus aller à la soirée de la niaise ! Faut vraiment que je tienne à vous pour ne pas rompre nos relations. A vous et à ma carrière, on est bien d’accord. S’il vous plait, la prochaine fois, Cunégonde, sois moins cinglante, et toi, Scarlatina, moins ironique. Ammoniaque est une tache mais il lui arrive de temps en temps de comprendre ce qu’elle lit et manque de pot, il a fallu que son cerveau s’illumine juste au moment de déchiffrer vos messages ! Je vous embrasse quand même mais je ne suis pas content.
Mail LXXX
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : /
(Copie de ce mail jointe au précédent. A ce mail LXXX était jointe une copie des mails LXXVII et LXXVIII.)
Espèce d’animal dégénéré, prétentieux et mégalomane !
Voilà ce que ton ambition démesurée et ta grande gueule toujours ouverte m’ont valu ! Lis les messages que j’ai reçus de la part des deux poufiasses ! A cause de toi, je passe pour une imbécile hystérique ce que je suis peut-être mais elles n’avaient pas besoin de le savoir. Je n’irai pas à la soirée de la Niaise, tu te démerderas tout seul et je vais avertir tous les membres de ta trahison, à commencer par Regina et Agénor qui, de toutes façons, savent très bien qui tu es. Et Deborah te maudira syndicalement et crois-moi, ça va te faire très mal !
PS : Cela dit, si tu veux m’accorder un rendez-vous nocturne, je suis prête à rengainer ma fureur et mes malédictions. Ajax n’a rien d’une tornade blanche si tu vois ce que je veux dire.
(Ce mail a certainement eu une réponse mais elle ne se trouve pas sur le disque dur de l’ordinateur, pas plus d’ailleurs que les dix mails suivants. On suppose cependant, vu la suite de la correspondance, que les relations entre Attila et Ammoniaque sont revenues au beau fixe.)
Mail LXC
De : Regina
A : Agénor
CC : /
Je n’y comprends plus rien dans cette histoire. Est-ce que la soirée chez la Niaise a eu lieu ou pas ? Et si oui, qu’est-ce qui s’est passé ? J’avoue avoir un peu décroché depuis la semaine dernière, j’ai eu tellement à faire…
Mail LXCI
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Elle a eu lieu, effectivement. J’ai entendu Attila et Ammoniaque en parler : ambiance mortifère, parterre de vieux croulants, jeux débiles et nourriture infecte. Pour ce qui est de l’intrigue entre Attila et la Niaise , je ne sais rien ; en tout cas Ammoniaque n’avait pas l’air très contente parce qu’un des mouflets de la Niaise a écrasé un toast au saumon sur son sac argenté. Le reste n’est que pure ignorance de ma part. Interroge Deborah, elle peut savoir quelque chose.
Mail LXCII
De : Deborah
A : Attila
CC : Agénor, Ammoniaque, Ajax, Regina, Zizi Nouillet
Je trouve les dernières propositions de la liste de Pimprenelle franchement débiles et pire, scandaleuses. Elles sont totalement anti-prolétariennes et vont tout à fait dans le sens de la Direction. Je me demande comment elle ose écrire de pareilles choses. Je suis outrée et je propose que nous nous liguions tous contre elle.
Mail LXCIII
De : Ammoniaque
A : Deborah
CC : Agénor, Attila, Ajax, Regina, Zizi Nouillet
Deborah, je suis entièrement d’accord avec toi. La Niaise dépasse les bornes. Réunissons-nous tous demain à 18 heures autour d’Attila, je suis sûre qu’il aura des idées pour la contrer.
Mail LXCIV
De : Attila
A : Pimprenelle
CC : /
Merci pour ton document et bravo à tes groupies : ce que vous proposez est complètement inepte mais ça va me permettre de reprendre le pouvoir sur notre petite cellule syndicale. Je vais éjecter Agénor qui ne fiche rien et comme j’ai eu le temps de réfléchir à ce que vous écrivez, j’ai un tas d’idées en tête pour obtenir les pleins pouvoirs. Merci de ta collaboration, il faut absolument continuer, ton compte en banque gonfle et mes ambitions gonflent encore plus. Rendez-vous après-demain à 18 heures au même endroit pour de nouvelles infos.
(A suivre)
07:10 Publié dans Roman par mail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, satire, caricature, humour
12.05.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 9
Neuvième partie
Mail LXVI
De : Regina
A : Agénor
CC : /
En réponse à ton 2ème PS (le reste n’a aucun intérêt) : non, je ne trouve pas ça normal du tout. Qu’Attila mette ses bottes pointure 45 chez la Niaise me semble même fort inquiétant. Je me demande s’ils ne complotent pas quelque chose tous les deux. Ce qui est encore plus bizarre, c’est qu’Ammoniaque soit invitée aussi. Elle a toujours prétendu que la Niaise lui donnait des boutons. Tu me diras, elle prétend aussi être une militante. Va savoir ce qui est vrai ou faux ! Mais on devrait s’infiltrer dans le réseau. Quoi qu'il en soit, ça ressemble fort à des liaisons dangereuses.
Mail LXVII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Comment veux-tu t’infiltrer ? Je me vois mal débarquer, même déguisé, à la soirée de la Niaise. Elle trouverait ça étrange. Je pense qu’il y a malgré tout des limites à sa connerie.
Mail LXVIII
De : Regina
A : Agénor
CC : /
La Niaise n’a aucune limite, que ce soit dans le ridicule, l’ambition (petite) ou la connerie. Ton idée de déguisement me plait mais je crois qu’elle est irréalisable. Nous serions vite reconnus. Il faut plutôt jouer sur la jalousie d’Ammoniaque. Elle tient à se farcir Attila et ne le lâche pas d’une semelle. Je vais jeter un pavé dans la mare de cette oie. Je te tiens au courant.
Mail LXVIII
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Mais elle se l’est déjà farci ! C’est du moins ce que prétend Deborah. Tu retardes de trois siècles. Cela dit, ton idée de pavé est très bonne, d’autant plus que nous sommes en mai, c’est une excellente référence syndicale. Mes félicitations.
Mail LXIX
De : Regina
A : Ammoniaque
CC (en adresse cachée) : Agénor
J’ai découvert par hasard quelque chose qui m’intrigue au sujet d’Attila : est-ce que tu savais qu’il fréquentait la Niaise ? J’ai entendu cette dernière l’inviter à une soirée mais surtout, ils se sont donnés rendez-vous lundi prochain à 17 heures en salle vidéo. A mon avis, ce n’est pas pour parler des prochains mouvements sociaux. Tu crois qu’il mijote quelque chose derrière notre dos ?
PS : Agénor a même vu une photo de la Niaise dans le cartable d’Attila. On peut le croire sur parole, ce n’est pas le genre à inventer n’importe quoi comme d’autres de ma connaissance. Tu le savais, ça ?
Mail LXX
De : Ammoniaque
A : Regina
CC : /
Non, je l’ignorais. Ce que tu m’apprends me laisse pantoise. Tu crois qu’il me nous trahirait pour la Niaise ? Nom d’un chien, si c’est ça, je vais lui voler dans les plumes. Quand je pense qu’il a osé prétendre qu’il n’y avait rien entre lui et elle… Je suis sûre que ce salaud lui a ordonné de m’inviter à sa soirée pour brouiller les pistes. Je n’irai pas. Je rangerai mon sac argenté dans le placard et il n’en bougera plus. Tu n’es pas de mon avis ?
PS : Merci pour le renseignement ; Regina, tu n’es plus mon ennemie, liguons-nous pour démolir ce détritus vivant.
Mail LXXI
De : Agénor
A : Regina
CC : /
J’ai bien reçu la copie de ton mail à Ammoniaque. Tu crois qu’elle va gober l’hameçon ? C’est un peu gros, non, même pour elle ? Enfin c’est toi qui vois. Pendant que j’y suis, tu seras gentille de ne pas me mêler personnellement à tes petits complots. Moi, je n’ai rien vu dans le cartable d’Attila. Je tiens à mon image de marque.
Mail LXXII
De : Regina
A : Agénor
CC : /
(Une copie du mail LXX est jointe)
Lis ça, incrédule. Non seulement elle a avalé l’hameçon mais la ligne et la canne en même temps. Je vais me rabibocher avec elle et lui soutirer tout ce qu’elle sait. Ca, c’est de l’intrigue ! Quant à ta dernière remarque, je préfère penser qu’elle est l’expression d’une ivresse momentanée.
Mail LXXIII
De : Regina
A : Ammoniaque
CC (en adresse cachée) : Agénor
Ton mail m’a vraiment fait plaisir, j’avais tellement de chagrin à l’idée que nous étions devenues presque deux ennemies. Je n’en dormais plus, c’est vrai, je n’avais même plus de goût à soigner mes animaux. Chaque fois que je les regardais, je pensais à toi. Je crois que la trahison d’Attila est une réalité. Il faut que tu ailles à la soirée et que tu écoutes tout ce qui se dira. Prends du papier et un crayon et note. Je ne veux pas dire par là que ta mémoire est défaillante, mais il ne faut rien rater, tu comprends ? Tu me raconteras tout à la prochaine réunion syndicale. Je te fais une grosse bise.
Mail LXXIV
De : Agénor
A : Regina
CC : /
Franchement, où as-tu appris à être aussi faux cul ? Là, j’en reste baba. Donne-moi le nom de ton professeur, j'aurai besoin de lui si je décide un jour de faire de la politique.
Mail LXXV
De : Regina
A : Agénor
CC : /
J’ai simplement suivi l’exemple de Monsieur de Lavallière. Tu peux te fier à lui, c’est un véritable Monarque dans ce domaine. Par contre, je ne sais pas ce qu’il va te demander en contrepartie. Peut-être des ragots sur ML. Mais je t’assure qu’il vaut la peine d’être écouté.
Mail LXXVI
De : Cunégonde
A : Ammoniaque
CC (en adresse cachée) : Attila, Scarlatina O’Blondi
Ammoniaque,
Je pensais avoir atteint les bas fonds de la déliquescence mentale en lisant la prose de Deborah. Je vois que je me suis trompée, le pire n’est jamais totalement atteint.
Votre abyssale stupidité m’a beaucoup amusée. Votre ton péremptoire est à hurler de rire. Croyez-vous vraiment que j’ai le temps de me pencher sur vos problèmes ? L’état du peuple français non seulement m’est complètement égal mais surtout, je m’en fous comme de ma première culotte en dentelle. Je vous signale que me voilà maintenant quasiment américaine et prête à adopter le mode de pensée (si l’on peut dire) de ce peuple admirable. Donc, ce qui se passe dans l’hexagone ne me concerne nullement. J’ignore totalement ce que ma remplaçante vous répondra, c’est son problème, pas le mien. Si encore vous étiez infirmière bulgare, je pourrais éventuellement faire quelque chose. Mais enseignante, alors là… Allez voir ailleurs si j’y suis et bien le bonjour chez vous. Cunégonde.
(A suivre)
07:14 Publié dans Roman par mail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, caricature, littérature
02.05.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 8
Huitième partie
Mail LXXXII
De : Pimprenelle
A : Attila, Ajax, Ammoniaque
La réunion vieilles dentelles commencera à 18 heures précises et se terminera à 21 heures parce que la plupart des participant(e)s ne peuvent pas se coucher au-delà de 21 H 30 vu leur âge et leur condition physique. Je vous donne mon adresse : 69 rue des Poupées Gonflables. Dits-moi si cela vous va.
Mail LXXXIII
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : Ajax
Vous avez reçu le dernier mail de la Niaise ? Je trouve l’horaire un peu étonnant, mais bon, au moins, ce sera fini rapidement. Son adresse est quand même bizarre, qu’en pensez-vous ? Attila, j’ai rédigé le mail pour Cunégonde et Scarlatina. Je t’envoie le texte en copie. Rassure-toi : je ne l’ai pas expédié. Je fais des progrès.
Texte du mail rédigé par :
Ammoniaque
A : Cunégonde et Scarlatina O’Blondi
(Copie de ce futur mail jointe au précédent)
Chères Cunégonde et Scarlatina,
O vous qui avez le pouvoir de nous sauver, je vous baise les mains et les pieds.
Je ne suis qu’une pauvre petite syndicaliste minable pourvue seulement de quelques neurones MAIS d’un sac argenté de marque 365 poches à 600 euros. Ca devrait quand même vous montrer que je suis apte et prête à jouer dans la cour des Grands.
Ce mail est un appel au secours. Voyez la situation dans laquelle le corps enseignant se débat depuis quelques années : elle est désespérée. Bon, moi je n’ai pas trop à me plaindre puisque je peux encore acheter des objets du genre le sac argenté nommé ci-dessus. Mais la majorité de mes collègues en sont réduits aux nouilles et aux patates pourries dans la mesure où les prix n’ont cessé d’augmenter et les salaires de baisser. Soyez gentilles, dites à la tache qui vous sert / vous a servi de mari de faire quelque chose. Et je ne parle pas du nombre de postes supprimés à la rentrée parce que ça ne me concerne pas. Mais vous pourriez peut-être y penser à ma place.
Je vous rebaise les pieds et les mains.
Ammoniaque, la future Egérie Syndicale quand Nostra Dama se sera enfin tirée.
Mail LXXXIV
De : Attila
A : Ammoniaque
CC : Ajax, Zizi Nouillet
C’est vrai que tu as fait des progrès : mais à l’envers, espèce de courge. Tu as relu ce que tu as écrit ? La seule phrase à peu près potable, c’est celle qui concerne ton sac argenté. Le reste est minable. Finalement, j’aurais mieux fait de l’écrire moi-même tout de suite –ce dont je me charge à l’instant. Et tu vas voir ce que c’est qu’un mail comminatoire, j’ai pris des leçons lors de mes entrevues particulières avec Proserpine.
N’oublie pas vendredi la soirée vieilles dentelles chez la Niaise. Ca va être chiant comme la mort et il va falloir se trimballer toute sa troupe de crétins. Tu es priée de te taire un maximum et d’écouter un maximum aussi.
Mail LXXXV
De : Attila
A : Cunégonde et Scarlatina O’Blondi
CC : /
Salut mes chérie



