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23 juillet 2011

Un conte d'été...

L’APPRENTI MAGICIEN

 

Quand le diable eut emporté le docteur Faust, sa maison place Charles demeura vide : personne ne voulait y habiter et dès la tombée de la nuit, les gens l'évitaient. On disait que la maison était hantée.

 

Un étudiant n'éprouvait pas de crainte. Il vint à Prague de sa province et n'avait pas le moyen de payer un logement. Il eut l'idée de s'installer dans cette maison abandonnée que tout le monde fuyait : au moins y serait-il au calme.

 

Il y emménagea et fut tout content de jouir de tant de confort sans débourser un sou.

 

L'intérieur de la maison était luxueux, tout était resté en place, tout comme au temps du docteur Faust: beau mobilier, cheminée en marbre, bibliothèque abondamment garnie ... Dans la chambre, il trouva un lit à baldaquin tout défait, comme son propriétaire l'avait abandonné quand le diable s'était saisi de lui. L'étudiant, fatigué et sans crainte, se coucha dans le lit et s'endormit d'un profond som­meil ..

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«Que les gens sont donc stupides», se dit-il le lendemain, en se levant tout satisfait. «Si le diable était présent, il ne m'aurait pas laissé dormir si tranquillement.»

 

Pendant qu'il s'habillait, il remarqua qu'une dalle était légèrement soulevée et il y appuya le pied. Un bruit sourd se fit entendre. Il se figea. D'un espace ouvert dans le plafond il vit descendre un escalier qui menait vers une pièce secrète. En appuyant sur la dalle, il avait déclenché un ingénieux mécanisme.

 

L'étudiant monta l'escalier et se trouva dans une grande pièce, pleine de cornues et de récipients, recouverts de poussière, abandon­nés là depuis l'enlèvement du docteur Faust. Il sentit un courant d'air: dans le plafond il y avait un trou. Il comprit : il se trouvait dans le cabinet d'où, jadis, le diable avait emporté l'âme de Faust ...

 

Partout traînaient des grimoires. L'étudiant scrutait les parche­mins couverts de signes mystérieux; n'y comprenant goutte, il interrompit sa lecture. Puis il remarqua sur la table une écuelle en pierre noire. Quelle ne fut pas sa joie lorsqu'il vit briller au fond un écu d'argent qui semblait fraîchement frappé. Sans hésiter il s'empara de la pièce et s'en fut déjeuner. Il lui semblait que désormais rien ne pourrait l'empêcher de mener bonne vie. La maison était pleine d'objets qu'il avait tout loisir de négocier et ainsi de poursuivre sans souci ses études.

 

Il vécut dans la maison comme si elle lui avait appartenu depuis toujours.

 

Chaque jour, il trouvait un écu dans l'écuelle en pierre noire, et s'en emparait. Il ne cherchait pas à savoir qui, dans la maison vide, lui procurait cet argent. Sans doute un esprit bienfaisant. Il prit soin de bien couvrir le trou par lequel le diable avait emporté le docteur Faust, pour empêcher le froid et l'humidité de pénétrer dans le cabinet de travail, et ne s'en occupa plus. Il avait à manger, il pouvait s'acheter de beaux habits et tout ce dont il avait envie.

 

Il invita même des amis pour leur montrer toutes les merveilles qu'il avait découvertes dans la maison : au rez-de-chaussée, un tambour automatique se mettait à battre dès que quelqu'un mettait le pied sur une certaine dalle. Dans le jardin embroussaillé, près de l'entrée, une statue, sous l'impulsion d'un levier dissimulé dans le mur, aspergeait d'eau celui qui la regardait d'un peu près. Sur une grande table en marbre vert, un petit bateau, mû par des pagayeurs, se déplaçait comme sur une surface marine ...

 

Les amis admiraient tout. L'étudiant ne leur montra pas une seule chose : l'écuelle noire où, chaque matin, le soleil faisait briller une pièce d'argent.

 

Au début, quand il trouvait son pécule, il se disait qu’il n'arriverait jamais à le dépenser. Mais à mesure qu'il s'habituait à l'opulence, un écu par jour ne lui suffisait plus. Il décida de consulter les livres du docteur Faust, restés dans le laboratoire, pour trouver le moyen magique de multiplier les écus. Il ouvrit l'un d'eux et se mit à invoquer le diable.

 

Pendant plusieurs jours, l'étudiant ne parut pas auprès de ses amis à l'auberge où ils avaient coutume de faire ribote. Ils résolurent de lui rendre visite.

 

Ils frappèrent à la porte, actionnèrent la cloche, appelèrent. Mais la maison restait muette. Les amis la contournèrent et escaladèrent le mur du jardin.

 

Ils parvinrent àl'entrée, où le tambour mécanique battit pour les accueillir. Mais ses coups résonnaient lugubrement dans le sombre passage. Ils traversèrent plusieurs pièces vides avant d'accéder au labora­toire ou régnait un grand désordre, comme si une bataille y avait eu lieu. Un grimoire aux parchemins déchirés gisait sur le sol auprès d'une chandelle noire, renversée avec son chandelier.

Et on respirait une âcre odeur de soufre ...

 

En levant les yeux, les jeunes gens aperçurent dans le plafond un énorme trou. Épouvantés, ils se précipitèrent hors de la maison. Ils avaient compris que leur ami avait pactisé avec le diable et que celui-ci s'était emparé de lui.

 

La sombre demeure au coin de la place resta dès lors inoccupée pendant de longues années...

 

Légende de Prague, Traduction d’Eva Janovcova

 

 

 

 

10 mars 2009

La dame orgueilleuse

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Une Pragoise tenait un commerce de volailles : elle en achetait aux villageoises pour en revendre en ville.

Une fois elle acheta des poules à une femme de Jilové, bourgade au sud de Prague. Comme elle avait envie de manger une poule à déjeu­ner, elle en tua une et se mit à la vider. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle trouva dans l'estomac du sable d'or. Vite elle tua toutes les autres poules : toutes recelaient de l'or dans l'estomac. La marchande comprit de quoi il retournait : Jilové avait été célèbre jadis pour ses gisements d'or. Nul doute, les poules avaient picoré des graines d'or sur d'anciens puits de mine. La commerçante convint avec la paysanne de Jilové qu'elle ne vendrait ses poules et ses poulets qu'à elle. Et elle fit de gros profits.

Elle s'acheta une grande maison et fit bâtir en ville des échoppes pour les commerçants et les artisans - les fameux «Kotce», lieu de négoce qui existe depuis des siècles. Elle acheta ensuite un grand domaine et un château. Elle se déplaçait en calèche et méprisait les pauvres...

Une fois qu'elle se promenait à pied sur le pont Charles, elle vit vers le milieu un mendiant assis sur le sol, qui lui demanda de l'aumône. Elle détourna son regard, mais le mendiant lui dit : « Je vous souhaite, Madame, de n'être pas obligée un jour à men­dier comme moi. »

La dame tourna vers le mendiant un visage plein de dédain, ôta un gant, enleva de son doigt une bague précieuse et la jeta dans la rivière. Avec un éclat de rire, elle jeta au mendiant un regard de victoire : « Aussi bien que je ne reverrai jamais cette bague, tes paroles ne se réaliseront jamais ! »

Le lendemain, la dame donnait un festin dans sa maison. Soudain on l'appela dans la cuisine : quelque chose d'extraordinaire venait de se passer. Elle se hâta vers la cuisine. Le cuisinier était penché sur un gros brochet. Lorsqu'elle s'approcha, il lui tendit une bague d'or qu'il avait trouvée à l'intérieur du poisson, et dit : « Madame, quelle chance est la vôtre ! Même les poissons vous apportent des trésors. »

La dame frémit. C'était cette même bague qu'elle avait jetée la veille dans la Vl­tava. « Qu'est-ce qui m'attend ? » se dit-elle. Quelque malheur, sans doute...

C'est ce qui arriva. A partir de ce moment, elle éprouva malheur sur malheur. Son château fut détruit par un incendie. Des voleurs pénétrèrent dans sa maison et emportèrent tout ce qu'ils pouvaient. Le marchand avec qui elle s'était associée la trompa. Elle tomba malade et, ne pouvant plus s'occuper de ses affaires, son commerce périclita...

« Aurait-il eu raison, ce mendiant sur le pont ? » se disait-elle.

Elle dut vendre, l'un après l'autre, les objets qui lui étaient chers, et à chaque fois elle pensait au mendiant. A présent elle aurait rem­pli son chapeau d'écus d'or, si seulement il pouvait retirer ses pa­roles... La dernière chose qui lui restait, c'était cette bague qui lui était revenue dans l'estomac du brochet. Il fallait bien qu'elle s'en défasse aussi. Mais c'était cette fois sans orgueil qu'elle s'en séparait en la proposant tristement à un orfèvre qui ne se doutait point du rôle que ce bijou avait joué dans sa vie.

Il ne lui resta rien. Elle traversait à pied la ville dans laquelle elle avait jadis roulé carrosse.

Que faire ? De nouveau, l'image du vieux mendiant lui revint en mémoire... Elle alla le retrouver sur le pont. Mais à l'endroit où il avait l'habitude de s'asseoir, il n'y avait personne.

Elle hésita. Puis elle s'assit au même endroit. Elle promena autour d'elle un regard timide. Elle tendit la paume en un geste suppliant. Les gens passaient sans lui prêter attention. Enfin quelqu'un, frappé de pitié, fit tomber une pièce dans la main tendue.

Et la dame orgueilleuse, toute reconnaissante, serra cette monnaie entre des doigts qui avaient jadis été richement ornés de bagues précieuses.

 

Ecrit par Jan M. Dolan et traduit par Eva Janovkova.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

02 janvier 2009

La colonne du diable : 3

Mais Saint-Pierre n’était pas tombé de la dernière pluie ; il se doutait bien que le diable allait essayer de le tromper aussi bien l’avait-il surveillé pendant tout son voyage. Il le laissa s’envoler de Rome, sa colonne sur l’épaule puis alors que Messire Satan survolait Venise, il lui donna un bon coup sur l’épaule ; surpris, le diable lâcha la colonne qui tomba dans la lagune de la Sérénissime. Il perdit un temps fou à essayer de la récupérer, d’autant plus qu’elle s’était prise dans les algues marines. Blasphémant de colère, il se prépara à reprendre enfin le chemin de Prague. Mais Saint-Pierre lui tendit un autre piège dans lequel il alla droit s’encastrer ; la colonne retomba au fond de la mer et il dut une fois de plus plonger jusqu’au fond de la lagune.

 

Pendant que le diable se battait contre Saint-Pierre, le prêtre disait sa messe et son père, que la terreur avait littéralement paralysé, s’attendait d’une minute à l’autre à entendre le bruit des ailes sataniques au-dessus de Vyšehrad. A force d’attendre, il finit effectivement par percevoir un son assez sinistre ; c’était le diable qui arrivait, sa colonne sur l’épaule. Il ne lui restait que quelques coups d’aile à donner et son contrat serait rempli.

 

Hélas pour lui ! Au moment où il arriva au-dessus de l’église, le prêtre venait de prononcer le dernier mot de sa messe. Il aurait suffi d’une seconde de plus pour le précipiter dans la damnation.

 

Le diable avait perdu. Fou de rage, il brandit la colonne et la jeta sur l’église. Elle traversa le toit et tomba au pied de l’autel, éclatant en trois morceaux. Mais la colère de Satan était inutile. La légende dit que Saint-Pierre le renvoya dans son enfer à grands coups de pied là où on pense. Mais il s’agit sans doute d’un rajout tardif, et venant d’un abominable mécréant ; le maître des portes du Paradis n’avait certes pas l’habitude de se montrer aussi grossier.

 

Le jeune prêtre fut donc sauvé et son père sentit un poids énorme tomber de ses épaules. Il jura, un peu tard comme dit l’adage, qu’il serait à l’avenir plus prudent quand il s’agirait d’apposer sa signature sur un document quelconque.

 

Pendant très longtemps, on vint à l’église voir la colonne brisée et remercier Saint-Pierre d’avoir sauvé le jeune homme. Plus tard, on enleva la colonne de l’église et on la déposa dans le jardin près du cimetière de Vyšehrad. On vient toujours la regarder. Et les trois morceaux de cette colonne sont une mise en garde pour ceux qui seraient tentés de vendre leur âme au diable…

 

Vysehrad 

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Le cimetière de Vysehrad

 

 

 

 

 

 

 

 

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 La basilique

 

 

 

 

 

31 décembre 2008

La colonne du diable : 2

La lumière se fit dans l’esprit du brave homme : cet inconnu si empressé à l’aider, c’était le diable, ni plus ni moins. Et il venait de lui promettre l’âme de son fils. Il alla chez son voisin et lui confia son tourment : ce dernier lui conseilla de faire baptiser le nouveau-né sous le nom de Pierre. Ainsi, il serait sous la protection du grand Saint Pierre lui-même et le diable ne pourrait rien contre lui. Le père suivit ce conseil mais, au fond de lui-même, il n’était vraiment pas certain d’avoir sauvé son enfant.

 

En attendant, Messire le Cornu tenait ses promesses : tout réussissait à notre héros, il s’enrichissait. La vie devenait plus douce, plus simple et sa femme se réjouissait de cette chance. Une nuit, il vit en rêve Saint Pierre qui lui promit de toujours protéger son fils. Cela rassura un peu le malheureux père mais le souvenir de son imprudence continuait de le hanter. Il décida en conséquence que le jeune garçon, lorsqu’il serait grand, entrerait en religion. Le diable n’oserait quand même pas s’attaquer à un prêtre ! Il attendait avec impatience le moment où le jeune homme célèbrerait sa première messe dans l’église de Vyšehrad car il était persuadé d’avoir joué son ennemi et de lui avoir ôté toute possibilité de réclamer quoi que ce soit.

 

Or, le matin où le jeune prêtre nouvellement consacré allait dire sa première messe à Vysehrad, on toqua à la porte de la demeure. C’était Monsieur le Diable qui venait réclamer son dû. Mais Saint-Pierre veillait. Il apparut aussitôt et déclara que le diable n’aurait l’âme du jeune homme qu’à une condition : il devait se rendre à Rome, prendre une colonne de la Basilique Saint-Pierre et la ramener à Vysehrad avant la fin de la messe.

 

Le diable ne fit que sourire de cet obstacle. Pour lui, cela n’en était nullement un. Avec un sourire railleur, il s’envola, passa les Alpes et arriva en très peu de temps à Rome. Pendant son voyage, il avait eu le temps de réfléchir au moyen de tromper son ennemi. La Basilique Saint-Pierre était certes assez proche, mais plus proche encore était l’église de la Vierge Marie au Trastevere. En raccourcissant son chemin, il allait rouler le Saint-Pierre, et dans les grandes largeurs. Il s’arrêta donc dans cette église, en saisit une colonne et entreprit de regagner en hâte la Bohème.

 

(A suivre)

30 décembre 2008

La colonne du diable : 1

(Conte Pragois)

 

Autrefois, habitait dans les faubourgs de Prague un pauvre homme qui arrivait tout juste à se nourrir. Lorsque l’hiver arriva, il fut si rigoureux que cet homme n’avait même plus de quoi se chauffer. Il partit donc en forêt ramasser un peu de bois.

 

Tout en travaillant, il songeait avec désespoir à son retour. Certes, le foyer serait chauffé mais il n’avait plus d’argent pour acheter ne serait-ce qu’un morceau de pain. Et de plus, sa femme attendait un enfant.

 

Il ramassait son bois, en proie à ces tristes pensées, lorsqu’il entendit une voix derrière lui. Il se retourna et vit un homme, bien habillé, et qui tenait un fusil à la main. Le pauvre homme eut d’abord très peur, puis il se rendit vite compte que le nouveau venu n’avait aucune mauvaise idée derrière la tête, et même, avait une physionomie suffisamment avenante pour qu’on pût engager la conversation avec lui. Ce que fit notre homme qui conta à l’inconnu ses déboires.

 

Ce dernier resta un moment silencieux, puis il tendit la main vers son interlocuteur : « Je peux t’aider, dit-il. Tu deviendras riche et même plus riche que tu ne peux l’imaginer. » Et comme on le regardait d’un air soudain méfiant, il ajouta : « Tu ne me crois pas ? Tu as tort. Rentre chez toi, et tu verras que ton sort commencera à s’améliorer. Je ne te demande qu’une chose en retour : tu me donneras ce que ta femme tiendra dans ses mains lorsque tu pénétreras chez toi. » Puis il sortit de sa poche un parchemin et le tendit au pauvre homme, qui le signa de son sang sans hésiter.

 

L’inconnu tourna les talons et s’éloigna dans la forêt. L’homme posa sur ses épaules son fagot de bois et se hâta de revenir vers sa maison. Il regrettait presque d’avoir signé ce parchemin. Mais l’inconnu avait si bonne mine que ce pouvait être quelqu’un de maléfique, au contraire. Certainement, il avait eu affaire à un sorcier bienfaisant. L’idée qu’il avait pu croiser le diable en personne et signer un pacte avec lui ne lui effleura même pas l’esprit.

 

Quand il ouvrit la porte, il eut un mouvement de recul, puis se figea, pétrifié d’épouvante : sa femme, assise sur une chaise, le regardait en souriant. Dans ses bras, elle tenait leur enfant nouveau-né.

 

(A suivre)

20 décembre 2008

Le Mur de la Faim

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Si vous allez à Prague, et si vous vous promenez sur les rives de la Vltava, peut-être vous étonnerez-vous de voir une étrange construction ressemblant à un mur descendre le flanc de la colline du château. Peut-être penserez-vous : mais à quoi peuvent bien servir ces restes de muraille ? La légende qui suit va vous permettre de satisfaire votre curiosité.

 

La Bohème, comme beaucoup d’autres pays d’Europe, connut de grandes périodes de prospérité qui alternaient avec des périodes beaucoup moins fastes, où les guerres déchiraient le royaume et où la sécheresse déclenchait de terribles famines. Les habitants n’avaient même plus de quoi s’acheter du pain.

 

Le règne de Charles IV, empereur germanique, fut marqué entre autres par une disette effroyable. Les récoltes furent si mauvaises, et les vivres si chères que les gens en furent réduits à voler pour manger et ne pas mourir de faim. Pris sur le fait et arrêtés, ils étaient immédiatement jetés en prison. Les geôles du pays regorgeaient de ces malheureux désespérés.

 

Le roi consulta ses conseillers et courtisans. A la question : « vaut-il mieux mourir de faim ou voler ? », ils répondirent qu’il était très mal de voler mais que mourir de faim était bien pire. Le roi réfléchit quelques instants puis décréta que dans son royaume, nul ne devrait voler ni souffrir de la faim.

 

C’était une généreuse décision. Mais comment faire en sorte que son peuple ait de quoi se nourrir suffisamment pour renoncer à voler ? Un dimanche, à la sortie de la messe, il fut tout à coup entouré par une foule de pauvres gens venus lui demander du travail, un simple gagne-pain pour nourrir leur famille. Charles IV promit de s’occuper d’eux et il entendait bien tenir son serment. Le problème, cependant, subsistait : comment agir ?

 

Et puis, le roi eut une idée. La ville manquait de murailles pour la protéger. Il suffisait de commencer à construire un mur qui servirait à la défense de la ville. Ce mur partirait du Château Royal et descendrait jusqu’à la rivière. C’est cette construction dont vous pouvez encore voir les vestiges sur la colline de Petřίn.

 

La construction se poursuivit pendant les deux années de famine. Les ouvriers ne recevaient aucun argent mais ils étaient nourris, vêtus et chaussés. Leur œuvre fut appelée le Mur de la Faim.

 

Le haut de la muraille n’était pas plat mais crénelé, en forme de dent. On disait que ces « dents » devaient rappeler aux gens de Bohème que grâce à Charles IV, beaucoup d’affamés avaient pu se nourrir pendant la disette et avoir ainsi quelque chose à se mettre sous la dent.

 

Ce roi sage et généreux transforma donc la misère de ses sujets en un monument qui devait pendant de longues années orner et protéger la ville contre ses ennemis.