30.10.2007

"Casserole, cuis !"

Voici le deuxième conte tchèque que je vous ai promis.

« CASSEROLE, CUIS ! »

d'après K. J. Erben

Traduit de l’allemand par Didier Debord

Il était une fois dans un petit village une pauvre veuve qui ne possédait pour toute fortune qu'une fille. Les deux femmes vivaient dans une vieille cabane au toit de chaume percé autour de laquelle elles élevaient quelques poules. En hiver, la vieille femme allait en forêt ramasser du bois mort pour se chauffer, en été elle cueillait des fraises des bois qu'elle écrasait dans sa bouillie et en automne, elle glanait les épis de blé dans les champs moissonnés. Quant à sa fille, elle allait chaque jour en ville vendre les œufs de la veille et c'est ainsi que les deux femmes réussissaient à se nourrir tant bien que mal.

Par un beau jour d'été, ne se sentant pas très bien, la mère envoya sa fille en forêt pour cueillir des fraises. La jeune fille prit une casserole et un morceau de pain noir et se mit en chemin. Quand elle eut rempli sa cas­serole de fraises, elle fit une pause près d'une source dans la forêt. Elle s'assit, sortit le pain noir de la poche de son tablier et se mit à manger. Il était en effet déjà midi.

Tout à coup apparut une vieille femme sortie de nulle part. La vieille était vêtue comme une mendiante et tenait dans une main une petite casserole.

« Bonjour, jolie jeune fille ! s'exclama la mendiante. Je suis affamée comme jamais encore je ne l'avais été. Je n'ai pas mangé le plus petit morceau de pain depuis hier matin. Voudrais-tu bien me donner un bout de ton pain ? »

« Volontiers, répondit la jeune fille. Je peux même vous le donner entier si voulez. Moi, je pourrai toujours manger en rentrant à la maison. Ne craignez-vous pas, toutefois, qu'il soit trop dur pour vous ? »

Et elle donna à la vieille tout son repas de midi.

« Dieu te le rendra, jolie jeune fille. Dieu te le rendra ! Et puisque tu as été si gentille avec moi, je veux moi aussi te donner quelque chose : cette casserole. Arrivée à la maison, tu la poseras sur la table. Il te suffira alors de dire : «Casserole, cuis ! » et la casserole te préparera autant de bouillie que tu voudras. Et quand tu en auras assez, tu diras : « Casserole, assez ! » et elle arrêtera aussitôt. »

La vieille femme lui tendit la casserole et disparut comme elle était venue.

Arrivée à la maison, la jeune fille raconta cette ren­contre à sa mère et posa la casserole sur la table, curieu­se de voir si la vieille femme ne lui avait pas menti.

« Casserole, cuis ! » dit-elle.

Le fond de la casserole se garnit aussitôt de bouillie et se mit à cuire. Avant même que la jeune fille n'ait pu compter jusqu'à dix, la casserole était pleine d'une belle bouillie fumante.

« Casserole, assez ! » s'exclama la jeune fille émerveillée. Et la casserole s'arrêta de bouillir.

Les deux femmes s'assirent aussitôt autour de la table et se mirent à manger avec appétit la bonne bouillie aux amandes. Une fois le repas terminé, la jeune fille partit sur le marché vendre ses quelques œufs. Elle attendit longtemps ce jour-là avant qu'on ne lui en propose un prix raisonnable et il était déjà tard quand elle reprit le chemin de la maison.

A la maison, sa vieille mère en eut bientôt assez d'attendre sa fille, et elle avait en outre très faim. Elle prit la casserole, la posa sur la table et dit :

« Casserole, cuis ! »

La bouillie se mit aussitôt à cuire dans la casserole, et, avant même que la vieille femme n'ait eu le temps de se retourner, la casserole était déjà pleine.

« Il me faut encore aller me chercher une cuillère et une assiette dans la cuisine », se dit la vieille femme satisfaite.

Quand elle revint avec son couvert, elle eut une telle frayeur que son sang se figea dans ses veines : la bouillie débordait de la casserole, recouvrait déjà la table et s'écoulait de la table sur le banc pour se répandre sur le sol. La vieille femme en oublia ce qu'elle devait dire pour mettre fin à cette cascade de bouillie. Elle se précipita vers la casserole et la couvrit avec une assiette dans l'espoir de l'arrêter. L'assiette tomba sur le sol et se brisa, mais la bouillie continua à s'écouler comme un torrent. La salle à manger était déjà pleine de bouillie et la vieille femme alla chercher refuge dans le vestibule en implorant le ciel :

« Que nous a donc rapporté là cette catin ! J'aurais dû m'en douter, cette histoire ne me disait rien qui vaille. »

Quelques instants plus tard, la bouillie franchit la porte de la salle à manger et envahit le vestibule. La vieille femme ne savait plus où aller, et, prise de peur, elle alla se réfugier dans le grenier, accusant toujours sa fille d'avoir rapporté là un objet du diable. La bouillie ne cessait de gonfler et elle s'écoula bientôt par les por­tes et les fenêtres, envahissant les rues et la place du village. Qui sait jusqu'où serait allée la bouillie si, par chance, la jeune fille n'était pas arrivée à temps.

« Casserole, assez ! » s'exclama cette dernière.

Sur la place du village toutefois, la montagne de bouillie était déjà si imposante qu'il était impossible de la franchir. Aussi, ce soir-là, au retour des champs, les paysans n'eurent pas trop de toutes leurs dents, ni même de leur appétit, pour la traverser.

 

28.10.2007

Les trois fileuses

Toujours dans la série des contes tchèques, voici deux extraits du recueil suivant :

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Je vous livre le premier aujourd'hui, le second venant dans quelques jours. 

LES TROIS FILEUSES

 

d'après K.J. Erben, traduit de l’allemand par Didier Deborde.

 

Il était une fois une pauvre veuve qui vivait seule avec sa Ii Ile prénommée Liduska. Les deux femmes ne possé­daient pas le moindre arpent de terre ni la plus petite vache, aussi devaient-elles gagner leur vie en filant la laine. Liduska était certes fort jolie et très sage, mais elle était d'une paresse inimaginable, et, chaque fois que la mère réussissait à asseoir la jeune fille devant le rouet, celle-ci se mettait à pleurer. Liduska travaillait en outre si mal que son ouvrage était le plus souvent bon à recommencer. La mère en eut un jour assez de tant de paresse et, dans sa colère, elle gifla sa fille. La jeune fille se mit alors à pleurer si fort qu'on put entendre ses cris à quatre lieues à la ronde.

La reine qui visitait la contrée en calèche entendit des cris de douleur et demanda au cocher d'arrêter son attelage. Elle descendit de la voiture et pénétra dans l'humble demeure où avait dû, pensait-elle, se produire un bien pénible événement.

« Qu'as-tu donc à pleurer ainsi, belle jeune fille ? » demanda la reine en voyant Liduska en larmes.

« Ma mère m'a battue », répondit la jeune fille en s'essuyant les yeux.

La reine se tourna vers la mère et lui demanda : « Pourquoi as-tu frappé cette pauvre enfant ? » La mère gênée ne sut que répondre. Elle n'aurait en effet pour rien au monde confessé à la reine la paresse de sa fille.

«  Reine bien-aimée, répondit-elle enfin, cette enfant me fait vivre un véritable calvaire. Elle ne sait rien faire d'autre que filer la laine. Du chant du coq à la tombée de la nuit, elle file la laine. De la tombée de la nuit au chant du coq, elle file aussi. J'étais tellement énervée ce matin en la trouvant une fois de plus assise devant son rouet que je lui ai donné une gifle. »

La reine qui prisait elle-même beaucoup l'art de filer la laine se prit d'affection pour la belle jeune fille.

« Si ta fille aime filer la laine, laisse-la venir avec moi à la cour. Je m'occuperai d'elle et lui donnerai à filer autant de fuseaux qu'elle voudra de la plus belle laine. Qu'elle montre de l'ardeur à l'ouvrage et elle ne le regrettera pas. »

La mère fut on ne peut plus contente de se débarras­ser de sa bonne à rien de fille et Liduska partit donc avec la reine pour le château royal. Sitôt arrivée, la reine prit la jeune fille par la main et la conduisit vers ses appartements. Ceux-ci étaient remplis du sol au plafond d'un lin si beau qu'il emplis­sait la pièce de doux reflets argentés et soyeux.

« Ne rechigne pas à l'ouvrage et file tout ce lin, dit alors la reine à la jeune fille. Quand tu auras terminé, je te donnerai mon fils comme époux et tu deviendras reine. »

La reine fit livrer au château le plus beau et le plus cher rouet que l'on n’ait jamais vu. La roue était en ivoi­re sculpté et les ressorts en or. Elle fit en outre appor­ter une grande corbeille pleine de quenouilles en bois jaune et odorant puis quitta la pièce, laissant la jeune fille seule devant la montagne de lin.

La reine partie, Liduska s'accouda à la fenêtre et se mit à pleurer. Comment pourrait-elle seulement filer seule une telle quantité de lin ? Il lui faudrait pour ce faire passer ses nuits et ses jours à manier la quenouille avec ardeur pendant au moins cent ans. Or, comme on le sait, la jeune fille aurait été bien incapable de filer ne serait-ce qu'une heure. Liduska pleura toute la nuit et elle n'avait pas même accordé un regard au lin quand le clocher du palais royal sonna midi le lendemain.

Quand la reine vint voir combien de lin Liduska avait filé, elle fut surprise de voir que la jeune fille n'a­vait pas commencé. Liduska lui dit qu'elle en aurait été bien incapable parce que les larmes - sa chère mère lui manquait tant - lui avaient brouillé la vue. La reine très maternelle la consola et lui dit :

« Qu'à cela ne tienne, douce enfant. Tu n'en seras que plus courageuse demain et tu n'en mériteras que davantage d'épouser mon fils et de devenir reine. »

La reine partie, Liduska retourna à la fenêtre en sou­pirant. Elle ne travailla pas jusqu'au soir et elle ne tra­vailla pas davantage jusqu'à ce que le clocher du palais royal sonnât midi le lendemain.

Quelle ne fut pas la surprise de la reine, quand elle vint voir combien de lin Liduska avait filé : la jeune fille n'avait encore rien fait. Liduska lui dit alors qu'elle en aurait été bien incapable tant elle avait mal à la tête après avoir pleuré si longtemps. La reine la crut de nouveau, mais elle lui dit en partant :

« Liduska, il va être grand temps que tu te mettes à l'ouvrage si tu veux épouser mon fils et devenir reine ! »

Et pourtant, ce soir-là, la jeune fille ne travailla pas davantage que les deux jours précédents. Elle ne dai­gna même pas honorer le rouet d'un regard, mais, accoudée â la fenêtre, elle regarda dehors en soupirant jusqu'à ce que le clocher du palais royal sonnât midi le lendemain. La reine se mit en colère quand elle vint voir combien de lin Liduska avait filé. La jeune fille était encore à la fenêtre et semblait ne pas devoir en bouger.

« Ecoute-moi bien, Liduska, dit-elle en colère, voilà maintenant trois jours que tu ne fais rien. Demain, si tu n'as encore pas commencé à filer le lin, non seulement je ne te donnerai pas mon fils pour époux, mais je te ferai jeter dans le plus profond de nos cachots où grouillent serpents, rats et grenouilles. Je t'y laisserai mourir de faim afin que tu comprennes que l'on ne se moque pas impunément de la reine. »

Ayant proféré cette menace, la reine sortit en cla­quant la porte.

Liduska sentit la peur monter en elle et son front se couvrit de sueur à la seule pensée du lendemain. Que pouvait-elle bien faire ? Elle prépara une quenouille et s'assit devant le rouet, mais sa paresse fut plus forte que la peur et elle ne réussit pas même à filer une que­nouille entière. Elle délaissa bientôt son ouvrage et retourna à la fenêtre où elle pleura à chaudes larmes jusqu'au soir.

Elle entendit soudain frapper à la fenêtre. Liduska regarda dehors et vit trois vieilles bonnes femmes d'une laideur effrayante. L'une d'elles avait une lèvre si grande et si molle qu'elle pendait jusque sous son menton, une autre avait un pouce si large qu'il cou­vrait toute la paume de sa main droite et la troisième avait un pied si plat qu'on aurait pu croire qu'il avait été laminé par un fléau. Liduska eut si peur qu'elle recula vivement dans la pièce en tremblant. Les trois vieilles femmes lui sourirent amicalement et lui firent signe d'ouvrir la fenêtre.

« Tu n'as rien à redouter de nous », lui expliquèrent-­elles.

La jeune fille rassurée ouvrit la fenêtre.

« Bonsoir, belle jeune fille ! Pour quelle raison pleu­res-tu donc ainsi ? »

Liduska prit son courage à deux mains et répondit en sanglotant :

« Pauvre de moi! Comment pourrais-je ne pas pleurer toutes les larmes de mon corps alors que je dois filer seule tout le lin que vous voyez dans cette pièce ? Et il y a encore deux autres pièces également emplies de lin comme celui-ci. »

Elle raconta alors aux vieilles femmes que la reine lui avait promis, quand elle aurait filé tout le lin des trois pièces, de la marier avec son fils pour qu'elle devienne reine.

« A quoi bon une telle promesse si pour ce faire je dois filer jusqu'à ma mort ! »

Les vieilles femmes sourirent et lui dirent :

« Vois-tu, belle jeune fille, si tu nous promets de nous inviter à ton mariage avec le jeune roi et de nous faire asseoir à table à tes côtés sans avoir honte de nous devant tous les invités, alors nous te promettons de filer tout le lin que contiennent les trois pièces. Et nous aurons fini bien plus tôt que tu ne le penses. »

« Je ferai tout ce que vous voudrez, répondit Liduska en souriant. Mais faites vite, pour l'amour de Dieu. »

Les trois vieilles femmes entrèrent dans la pièce, envoyèrent Liduska se reposer et se mirent sans plus attendre au travail. Celle avec le pouce si extraordinai­rement large tirait le fil et celle avec la lèvre pendante le mouillait et le lissait alors que celle avec le pied aplati faisait tourner la roue. Les trois vieilles étaient habiles et l'ouvrage avançait rapidement. Et c'est ainsi que quand Liduska se leva aux premières de l'aube, ses yeux incrédules purent contempler un grand nom­bre de bobines de lin adroitement et étroitement filé. Son cœur se mit à danser dans sa poitrine en voyant le trou que les trois fileuses avaient fait pendant la nuit dans la montagne de lin, un trou si gros qu'elle aurait pu aisément s'y coucher. Les trois vieilles dames dirent « Le Seigneur soit avec toi » et partirent par la fenêtre, non sans avoir promis de revenir le soir même.

Quand la reine vint vers midi pour voir si Liduska s' é­tait enfin mise à l'ouvrage, elle fut émerveillée à la vue des belles bobines de lin. Son regard s'adoucit et elle complimenta la jeune fille pour son ardeur au travail.

Le soir même, à peine les derniers rayons du soleil disparus à l'horizon, les vieilles femmes frappèrent de nouveau à la fenêtre et la jeune fille leur ouvrit avec joie. Il en fut ainsi tous les jours suivants : elles arri­vaient discrètement le soir et repartaient tout aussi dis­crètement le matin, et, pendant que Liduska dormait, elles filaient toute la nuit. Et il en fut ainsi tous les midis, la reine venait pour voir combien de lin Liduska avait filé et elle ne trouvait pas de mots suffisamment beaux pour décrire le lin docilement enroulé autour des bobines. Chaque fois, elle complimentait la jeune fille pour son ardeur au travail et lui disait:

« Dieu me pardonne, j'ai été bien injuste envers toi ! » La première pièce fut bientôt vide et les vieilles femmes s'attaquèrent alors au lin de la deuxième pièce et, quand celle-ci fut presque vide, la reine commença à organiser les préparatifs du mariage royal. Quand la troisième pièce fut vide à son tour, Liduska remercia avec ferveur les vieilles femmes de l'avoir tant aidée. Celles-ci lui rappelèrent alors le marché qu'elles avaient conclu :

« N'oublie pas la promesse que tu nous as faite, belle jeune fille, et tu ne le regretteras pas. »

La table du mariage fut dressée et le jeune roi se réjouissait à l'idée de prendre pour épouse une femme aussi jolie que jeune et travailleuse. « Demande-moi ce que tu voudras, dit-il à Liduska. Je te l'accorderai. »

La jeune fille se rappela la promesse faite aux trois vieilles femmes et répondit :

« Me permettras-tu d'inviter à notre mariage trois de mes tantes ? Elles sont très pauvres et issues du peuple, mais elles m'ont transmis leur seule fortune : leur sagesse. »      

Le roi et la reine mère l'y autorisèrent volontiers. Le grand jour arriva enfin. Les invités prenaient place autour de la table quand la porte s'ouvrit sou­dain. Les trois vieilles femmes entrèrent vêtues d'ha­bits traditionnels on ne peut plus ridicules. La fiancée se leva aussitôt et alla à leur rencontre.

« Soyez les bienvenues, mes chères tantes, leur dit-­elle. Entrez et prenez place à mes côtés. »

Les invités regardaient ces vieilles femmes avec de grands yeux étonnés et ils auraient volontiers éclaté de rire s'ils n'avaient pas redouté la colère du roi. Le roi et la reine mère, rouges comme des pivoines, n'osè­rent rien dire. N'avaient-ils pas d'ailleurs eux-mêmes autorisé Liduska à inviter ses vieilles tantes ?

Pendant tout le repas, Liduska se montra très atten­tive envers les vieilles femmes. Elle leur servit elle-même à boire et à manger, leur disant sans cesse : « Mangez et buvez à volonté, mes chères tantes. Je vous le dois bien, car vous avez su me transmettre votre sagesse. »

Quand le repas fut terminé et que les hôtes furent partis, le roi alla voir la première tante, celle dont le pied était si extraordinairement plat.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre pied soit si plat ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

Le roi se rendit alors auprès de la vieille femme dont il avait remarqué le pouce très large.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre pouce soit si large ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

 Le roi se tourna alors vers la troisième tante, celle dont la lèvre pendait mollement sur le menton.

« Comment se fait-il, ma chère vieille tante, lui deman­da-t-il, que votre lèvre soit si pendante ? »

« De tant filer le lin, roi bien-aimé. De tant filer le lin. »

Le jeune roi effrayé se rendit aussitôt aux côtés de sa belle épouse et lui interdit sur-le-champ et à jamais de s'asseoir devant le rouet. N'aurait-elle pas également un pied si plat, un pouce si large et une lèvre si pendan­te si elle filait ainsi la laine avec une telle ardeur?

Les trois vieilles tantes disparurent comme elles étaient venues et personne n'aurait pu dire où elles étaient allées. Mais s'il est quelqu'un qui jamais ne les oublia dans ses pensées, c'est bien la reine Liduska. Jamais personne depuis que le monde est monde n'avait eu une telle reconnaissance envers autrui que Liduska envers les trois vieilles femmes, et jamais non plus depuis que le monde est monde femme n'avait obéi aussi volon­tiers aux ordres de son mari que la jeune reine n'obéit à ceux du roi.

 

 

 

 

27.10.2007

La Légende du Golem : Conte 3

Voici un dernier conte sur cette légende du ghetto juif de Prague.

La destruction du Golem

Le temps passa et, la communauté n'ayant plus été depuis longtemps importunée par quelque accusation malveillante que ce soit, le Rabbi Loew manda son gendre Jizchak et son plus jeune garçon, le lévite Jacob, et il leur dit : « Le Golem n'est plus indispensable maintenant, car nous ne sommes plus menacés. Nous allons donc faire disparaître lé Golem. »

C'était au début de l'année 1593. Le Rabbi Loew demanda au Golem de ne pas dormir au rabbinat cette nuit-là, mais de transporter son lit dans le grenier de la Vieille-Nouvelle Synagogue pour y passer la nuit. Tout cela se passa, en secret, autour de minuit.

Quand, vers deux heures du matin, son gendre et le lévite Jacob arrivè­rent chez lui, le Rabbi Loew leur demanda si un mort, comme le serait le Golem, devait être considéré com­me quelque chose d'impur. C'était en effet une question très importante, car l'homme de religion n'aurait alors pas pu participer à la destruction du Golem. Le Rabbi Loew trancha en estimant que ce n'était pas le cas.

Les trois hommes, accompagnés du serviteur, montèrent alors au gre­nier où dormait le Golem.

Ils commencèrent alors leur œuvre de destruction. Ils firent systémati­quement à l'envers tout ce qu'ils avaient fait lors de sa création. Tout comme ils s'étaient mis aux pieds du Golem lors de sa création, ils se pla­cèrent maintenant à sa tête. Les mots lus dans le « Livre de la Création  » le furent cette fois à l'envers. Cette cérémonie terminée, le Golem devint une motte d'argile inerte, ce qu'il avait été avant qu'ils ne lui insufflent la vie. Le Rabbi Loew appela alors le serviteur, lui prit ses bougies et lui dit de déshabiller entièrement le Golem, puis de brûler discrètement ses vête­ments. Ils recouvrirent ensuite le Golem de vieux châles de prière et des reliques des livres qui, selon la tradition juive, étaient conservées dans le grenier de la synagogue.

Dès le lendemain matin, le bruit se répandit que le Golem s'était enfui de la ville à la faveur de la nuit. Seules quelques personnes connaissaient la vérité. Le Rabbi Loew fit annoncer dans toutes les synagogues et dans tous les lieux de prière qu'il était dorénavant rigoureusement interdit de monter dans le grenier de la Vieille-Nouvelle Synagogue , et qu'on n'y conserverait plus les reliques des liv­res et autres objets sacrés.

Traduction : Didier Deborde.

 

26.10.2007

La légende du Golem : conte 2

Voici un deuxième conte sur le Golem, toujours traduit de l'allemand par Didier Debord

 

La colère du Golem

Le Rabbi Loew avait coutume d'établir dès le vendredi après-midi une sorte de plan de travail pour le Golem, afin de n'avoir à parler avec lui qu'en cas de nécessité absolue le jour du Sabbat. D'une manière générale, le Rabbi Loew ne lui donnait rien de particulier à faire ce jour-là, si ce n'est de monter la garde et de rester vigilant.

Un vendredi après-midi, il oublia toutefois de donner au Golem son plan de travail, et celui-ci s'en trouva fort désœuvré.

A peine le jour touchait-il à sa fin, on se préparait déjà pour le Sabbat, que le Golem traversa la ville comme un insensé qui voudrait tout détruire sur son passage. En voyant cela, les gens s'enfuirent en criant : « Joseph Golem est devenu fou ! »

Il en résulta une grande panique qui ne tarda pas à parvenir aux oreil­les du Rabbi Loew qui était en prière dans la Vieille-Nouvelle Synagogue. Celui-ci sortit de la synagogue, et, sans même voir le Golem, cria vers le ciel : « Joseph, reste où tu es ! »

Les gens virent le Golem se figer comme une statue de sel, là où il était. Il semblait avoir soudain réussi à maîtriser sa sauvagerie.

On indiqua au Rabbi l'endroit où se trouvait le Golem. Parvenu près de lui, le rabbin lui murmura à l'oreille :

« Rentre à la maison et va te coucher ! » Le Golem le suivit, docile comme un agneau.

Le Rabbi Loew retourna ensuite à la synagogue où il ordonna que l'on chantât une nouvelle fois le chant du Sabbat. De ce jour, jamais plus il n'ou­blia, dès le vendredi après-midi, de donner au Golem son plan de travail. Il savait en effet que le Golem aurait pu détruire Prague dans sa colère s'il ne l'avait pas calmé à temps.

Si vous vous rendez à Prague, vous pouvez vous procurer cet ouvrage dans n'importe quelle librairie.

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22.10.2007

La légende du Golem : conte 1

J’inaugure une petite série de contes qui ont pour thème le Golem de Prague, légendaire créature de divers récits juifs. Le Golem fut créé par le Rabbi Loew à la suite de troubles fomentés contre la communauté juive de Prague.

Ils sont extraits d’un recueil de récits juifs du ghetto intitulé Le Golem de Prague. Ils ont été traduits de l’allemand par Didier Debord.

Je vous recommande en outre si cette légende vous intéresse de lire le roman de Gustav Meyrink intitulé Le Golem. Atmosphère fantastique garantie. Il a été édité il y a longtemps dans la collection « Marabout fantastique » mais on doit pouvoir se le procurer dans d’autres éditions.

Et si le roman de Meyrink vous a plus, lisez aussi du même auteur La nuit de Walpurgis, étrange mélange de fantastique et de réel. (Voir album photo sur Prague)

 

 

LA CREATION DU GOLEM

En 1850, un religieux du nom de Taddaüs, antisémite fanatique auquel la paix et l'harmonie semblaient ne guère convenir, s'efforçait une nouvelle fois de semer le trouble et la discorde, et de ranimer les accusations de meurtre rituel à l'encontre de la communauté juive. Le Rabbi Loew, mis au courant de la chose, adressa une prière vers "là-haut", espérant qu'on lui révèlerait le moyen de combattre l'ennemi.

Il obtint la réponse suivante sous la forme de mots classés dans l'ordre alphabétique:

« Ata Bra Golem Dewuk Hacho­mer, W'tigzar Zedim Chewel Torfe Jisraël. » Tu crées un Golem avec de l'argile et tu détruis les méchants qui dévorent IsraëL"

Le Rabbi Loew interpréta ce mes­sage comme une incitation à créer un être vivant avec de l'argile grâce aux lettres envoyées par le ciel.

II manda son gendre Jizchak ben Simson, ainsi que son plus jeune gar­çon, le lévite[1] Jacob ben Chajim Sas­son, et il leur confia le secret de la créa­tion du Golem : « Quatre éléments me sont nécessaires pour cette création, et c'est pourquoi je vous demande de m'assister: Toi, Jizchak, tu es le feu; toi, Jacob, tu es l'eau; et moi, je suis l'air. Nous trois allons ensemble créer le golem à partir du quatrième élément, la terre. »

II leur expliqua avec la plus grande précision comment ils devaient expier leurs péchés et se purifier pour être prêts à créer un être à l'image de l'homme.

Le jour dit, les trois hommes se ren­dirent à la mikve, le bain rituel, et s'y immergèrent avec une dévotion toute particulière. Ils retournèrent ensuite sans mot dire à la maison où ils s'acquit­tèrent des Chazot, les psaumes et louanges de minuit récités tournés vers Jérusalem. Alors seulement, ils se ren­dirent aux portes de la ville, sur la rive droite de la Moldau , en quête d'argile.

A la lumière des torches, ils se mi­rent avec fébrilité au travail en chan­tant des psaumes, et façonnèrent avec l'argile un corps de trois aunes de long avec tous ses membres.

Le Golem gisait devant eux, le visage tourné vers le ciel.

Les trois hommes se placèrent à ses pieds, de manière à pouvoir regarder très exactement son visage.

Il gisait là, corps sans vie et inerte. Le Rabbi Loew demanda à Jizchak de faire sept fois le tour du corps d'argile, en partant de la droite, et lui confia la zirufim, la combinaison de lettres, qu'il devrait réciter en exécu­tant son office.

Quand ceci fut fait, le corps d'ar­gile devint d'un rouge de feu.

Le Rabbi Loew demanda au lévite Jacob de faire le même nombre de tours, toujours en partant de la droite, et il lui confia la zirufim qui était celle de son élément. Quand Jacob eut terminé, le rouge de feu pâlit, et l'eau afflua dans le corps. Des che­veux poussèrent sur sa tête, et les doigts de ses pieds et de ses mains se garnirent d'ongles.

Le Rabbi Loew fit alors lui aussi le tour du corps, lui introduisit dans la bouche un schem[1] écrit sur un par­chemin, et, se prosternant vers l'est et l'ouest, puis le sud et le nord, ils pro­noncèrent ensemble les mots sui­vants : « Il fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »

Les trois éléments, le feu, l'eau et l'air, insufflèrent la vie au quatrième élément, la terre. Le Golem ouvrit les yeux et regarda autour de lui d'un air étonné.

Le Rabbi Loew lui dit : « Lève-toi ! »

Et le Golem se leva.

Ils habillèrent le Golem comme un schammes, et il ressembla bientôt à un être quelconque auquel il n'aurait plus manqué que la parole. Mais, on le verra plus tard, ceci se révéla être un avantage.

Aux premières lueurs de l'aube, quatre hommes regagnaient leur mai­son.

Tout en cheminant, le Rabbi Loew dit au Golem : « Sache que nous t'avons façonné avec une motte de terre. Ton devoir sera de protéger les Juifs de la persécution. Tu t'appelleras Joseph, et tu habiteras au rabbinat. Toi, Joseph, tu suivras mes ordres. Tu iras où je t'en­verrai, quels que soient l'endroit et l'instant, dans le feu et dans l'eau, même si je t'ordonne de sauter du toit ou d'aller au plus profond des eaux. »

Joseph hocha la tête et fit des signes d'acquiescement.

Arrivé à la maison, le Rabbi Loew expliqua qu'il avait trouvé dans la rue un étranger muet, et, qu'ayant eu pitié de lui, il l'avait pris comme ser­viteur du rabbinat.

Il interdit toutefois aux gens de maison de se servir du Golem pour leurs propres besoins.

 

 

15.09.2007

L'arche maudite du pont Charles

Encore un petit conte d’Europe Centrale, qui vient toujours de Prague. Comme le précédent, le texte est De Jan M. Dolan et la traduction de Eva Janovcová.

L’ARCHE MAUDITE DU PONT CHARLES

La légende prétend que, lorsque le roi Vences­las IV fit précipiter Jean Népomucène - le fu­tur Saint - dans la Vltava , une des arches du pont Charles s'écroula la nuit suivante, à l'endroit même où la sentence avait été exécutée.

Personne ne réussit à réparer le pont. Plusieurs s'y essayèrent, mais dès que l'arche était rebâtie, elle s'écroulait de nouveau.

Un bâtisseur qui avait travaillé à l'étranger et possédait une vaste expérience, pensa qu'il en viendrait sûrement à bout et que son arche tiendrait.

Toute la nuit il veilla sous la tour du pont pour voir si son ouvrage résisterait. Soudain il entendit un grand fracas : l'arche s'abîmait dans la rivière. !l resta là, désespéré, scrutant les ténèbres.

Tout à coup quelqu'un l’interpella. Le diable !

« Je suis le seul à pouvoir t'aider, bâtis­seur. » « Tu veux t'emparer de mon âme ? » s'ex­clama l'homme, épouvanté. Il savait bien ce que le diable avait coutume d'exiger pour ses services. « Pas du tout, répondit le malin. Je me contenterai du premier qui passera sur l'arche quand tu l'auras terminée. »

Le bâtisseur réfléchit un moment, puis sourit et acquiesça. Facile de souscrire à cette exigence ! Il se dit qu'il ferait passer un coq sur le pont, dès qu'il serait reconstruit. Que le diable l'emporte aux enfers si cela lui chante !

Désormais le travail avança à un train d'enfer. Bientôt les der­nières pierres allaient être posées. Le bâtisseur plaça des gardes aux deux tours du pont pour que personne ne pût le passer. Mais le diable, ayant pris la forme d'un maçon, se précipita chez l'épouse du bâtisseur. Il lui dit d'aller vite au pont Charles auprès de son mari, victime d'un accident.

La femme se hâta pour rejoindre son mari, Les gardes, qui la connaissaient bien, la laissèrent passer.  Elle fut ravie de trouver son mari sain et sauf. Mais lui resta glacé de saisissement.

Il avait compris. Terrorisé, redoutant le pire, il se rendit néanmoins à la cérémonie pour la réouverture du pont. Lorsque, après les festivités, il rentra chez lui, il y trouva le cadavre d'un bébé - né au moment même où l'on ouvrait solennellement le pont - et sa femme expirante.

Au même instant, un bruit lui fit relever la tête :  c'était le bruissement des ailes du diable.

 

10.09.2007

Le bal infernal

Voici une légende qui nous vient directement de Prague. Elle est tirée d’un ouvrage regroupant de nombreux contes concernant la capitale tchèque.

Ce conte a été écrit par Jan. M Dolan et traduit par Eva Janovcová.

 

 LE BAL INFERNAL

Jadis on organisait des bals magnifiques au palais Liechtenstein. Toutes les Pragoises en parlaient et beaucoup brûlaient d'y assister.

La fille du plus riche meunier de Mála Strana rêvait elle aussi d'aller danser au fameux bal. Un jour qu'elle se coiffait et se regardait dans son miroir, elle se dit à voix haute qu'elle donnerait bien son âme au diable pour réaliser son vœu.

Toute son enfance, elle avait contemplé les superbes carrosses qui se dirigeaient vers le palais, elle avait admiré les dames et leurs cava­liers qui en descendaient, elle avait écouté la musique qui s'échappait des fenêtres brillamment éclairées.

Pendant des années, elle s'était imaginé ces fêtes comme un véri­table enchantement -le paradis sur terre.

Peu de temps après qu'elle eut prononcé le souhait devant son miroir, un valet en livrée se présenta au moulin, lui portant une invitation pour le bal.

Son père était riche, mais elle dut fort insister pour qu'il accepte de payer une toilette somptueuse : elle entendait être la reine du bal. Les parents finirent par céder, pensant que l'investissement pourrait être profitable: sans doute, leur fille trouverait-elle au bal un noble et riche prétendant ...

La robe qu'elle se fit faire était merveilleuse. Longtemps elle se mira dans la glace, se tournant de côté et d'autre. «Aucune princesse ne sera aussi belle que moi », se disait-elle.

Elle se demandait toutefois quels bijoux porter avec une si belle toilette. Ceux qu'elle possédait lui paraissaient bien modestes pour une telle occasion et elle savait que son père, qui avait déjà hésité à payer ses atours, ne lui en achèterait pas.

Elle désespérait déjà, quand le valet qui avait porté l'invitation, se présenta à nouveau. Cette fois il lui remit un écrin que – dit-­il - envoyait son maître. Mais il ne dit point qui était ce maître. Il demanda simplement à la jeune fille de signer un reçu. Sans regarder, elle apposa sa signature sur un papier.

Dès que le valet fut parti, elle ouvrit l'écrin et en fut éblouie : il contenait le plus beau collier qu'elle eût jamais vu. Ses diamants étincelaient comme de petits soleils. « Sûrement quelque gentilhomme tombé amoureux de moi », se dit la jeune fille.

Le soir, en s'approchant dans son carrosse du palais aux fenêtres flamboyantes, elle se sentait plus heureuse qu'elle ne l'avait ja­mais été. Aucune des femmes présentes dans la grande salle de danse n'avait une robe aussi belle, un collier aussi resplendissant.

Elle fit son entrée au moment où les musiciens attaquaient un menuet.

Aussitôt un danseur s'inclina devant elle et ils se mirent à danser. « A coup sûr c'est celui qui m'a envoyé le collier et qui est amoureux de moi », pensa-t-elle. Elle le regardait, fascinée. « Peut-être est-ce un noble Espagnol, il y en a beaucoup maintenant à Prague… » Elle dansait les yeux mi-clos, dans la salle illuminée comme dans un im­mense nimbe doré...

Son cavalier ne lui adressa pas une parole.  Sans doute est-il timide », pensa-t-elle.

Le menuet terminé, il sortit un billet de sa poche et le lui tendit. « Probablement ne connaît-il pas notre langue », se dit-elle et elle pen­cha gracieusement la tête sur le papier. « Pour sûr vais-je y lire une déclaration passionnée"

Elle vit tout d'abord sa propre signature et, quand elle se mit à lire, un cri lui échappa. Elle avait devant les yeux le « reçu » qu'elle avait signé au valet lors de la remise de l'écrin. Saisie d'effroi elle se rendit compte de ce qu'elle avait signé : le don de son âme au diable. Tremblant d'épouvante, elle leva les yeux vers ceux du cavalier qui se tenait près d'elle : un sourire de triomphe se dessinait sur ses lèvres.

Elle lâcha un gémissement et s'affaissa. Son cœur avait cessé de battre.

Les danseurs formèrent un cercle autour d'elle, la contemplant avec stupeur dans sa robe ravissante : elle gisait morte sur le sol, le visage empreint d'une angoisse indicible.

Le gentilhomme qui avait dansé le menuet avec elle était parti... Disparu.

La mère de la jeune fille infortunée se fraya un passage à travers la foule des curieux et se pencha sur sa fille. La voyant morte, elle s'évanouit.

Le carrosse qui avait amené la mère et la fille vers le palais res­plendissant de lumières les ramenait maintenant dans l'obscurité. Depuis cette nuit, le fantôme de la malheureuse fille du meunier hante le palais de Liechtenstein ; il erre à travers les salles dont elle avait tant rêvé de son vivant.

Trop souvent, croyant réaliser son plus beau rêve, l'homme se retrouve en enfer.