24 novembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 20

EPISODE 20 : Où l'on assiste à un coup de théâtre inouï et sans précédent qui risque de transformer ce conte stupide et délirant en guimauve sentimentale. Mais ce n'est qu'un risque..
L'apparition du Caribou Maléfique n'avait pas pour autant assagi cette infâme bestiole connue sous le nom de Caribou fou ; il continuait de poursuivre Gudule qui continuait de couiner tandis que le Servile Séide (on l'avait un peu oublié celui-là, mais il était quand même toujours là) continuait, lui, de ne rien faire et d'avoir l'air stupide. « Cousin, je t'ordonne de cesser ce cirque ! » tonna une fois de plus l'Apparition Majestueuse et cette sommation fut aussi efficace que s'il s'était contenté de se curer les ongles. Adonc, il fallut prendre de sérieuses mesures. Il allongea une bonne claque au Caribou Fou lorsque celui-ci passa devant lui, puis un superbe coup de pied au derrière le projeta contre un mur où il s'assomma fort proprement. « Ah ! Ouf ! s'écria Gudule, si essoufflée qu'il ne lui restait qu'un filet de voix. Je vais enfin pouvoir me reposer cinq minutes ! »
« Tu ne vas rien te reposer du tout, sorcière ! clama le Caribou Maléfique. Monstre décacéphale, empare-toi de cette gadoue, ligote-la et fais-en autant avec mon cousin et ce machin qui sert d'esclave à la poufiasse ! » « Mais je n'ai rien fait », protesta le Servile Séide et on lui fit remarquer que c'était bien là ce qu'on lui reprochait.
Le monstre décacéphale ne se le fit pas dire deux fois. Les dix têtes poussèrent un « hourra » de triomphe tandis que les dix bras s'emparaient l'un de Gudule, le second du caribou fou (évanoui), le troisième du servile séide, et les sept autres s'empressèrent de sortir du néant une corde avec laquelle ils transformèrent les prisonniers en disgracieux saucissons.
« Bien ! fit le Caribou Maléfique. Ces trois individus passeront devant la cour de justice du Centre de la terre pour avoir transformé ce lieu paradisiaque en bordel intégral. » « Je proteste ! dit Gudule. Il semblerait que ce fût plutôt ces deux pétasses (on désigna de la tête Jo la Fine et la Femme Maigre) ainsi que ces odieux abrutis qui aient fait de ce céleste endroit un abominable enfer ! Mon maître et moi ne demandions rien, sinon le droit de continuer tranquillement nos exactions. » « Justement, crétine, tu n'avais aucun droit de venir semer le trouble ici, rétorqua le Caribou Maléfique. Tu viens toi-même de t'accuser ! Tu seras jugée et punie, puisque tu es la seule responsable ! » « Ah, enfin, je vais retrouver mon statut d'héroïne ! s'exclama Gudule. Ce n'est pas trop tôt. Je signale que le titre de ce conte est Gudule au centre de la terre et depuis un bon moment, on parle de n'importe qui sauf de moi ! Il serait temps de me rendre mon rang ! » « Ce sera le cas, ne t'inquiète pas », fit Son Excellence. Puis elle se tourna vers les corps qui jonchaient le sable. « Relevez-vous, dit-il avec majesté. Cousin Magique, je te salue ! »
Le caribou magique leva la tête, adressa à son tour son salut le plus obséquieux à son impérial cousin. « Ainsi donc, voilà ta bande, mon cousin ? » dit le caribou maléfique en contemplant la troupe écrasée à ses pieds. Le Caribou magique rougit mais très digne, assuma : « Oui, mon cousin. Veux-tu que je t'en présente les éminents membres ? » « Pas la peine, je les connaîtrai bien assez tôt. Vous allez tous me suivre au Palais et assister au procès de Gudule et de notre cousin le caribou fou. Il est grand temps de mettre fin à la menace qu'ils font peser sur la tranquillité de l'univers. »
Alors qu'il s'énonçait avec une pontifiante gravité, le Caribou Maléfique tourna la tête vers la Marsupilania's band qui, rassurée, se redressait avec une certaine lenteur. Son regard croisa celui de Multimédia. « Oh ! » fit-il doucement. Et il écarquilla les yeux. Multimédia sentit son légendaire stress l'abandonner et une exquise sensation l'envahir. « Oh ! » gémit-elle, extasiée, son regard dans le beau regard du Maléfique. « C'est elle ! chuchota le Caribou Maléfique, tout à coup très, très rouge. « C'est lui ! » fit Multimédia dans un râle d'extase. « C'est le caribou de ma vie ! » « Ca, c'est du coup de foudre ou je ne m'y connais pas, constata Myxomatose. On voit que l'auteur, mon alter ego, est un romantique pur et dur... » « C'est surtout un pervers, intervint la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée et Reine des Chieuses. (NDA) Voilà qu'il donne à Multimédia des penchants zoophiles, maintenant ! Heureusement qu'il ne m'a pas fait le même coup parce que je sortais du texte pour lui casser la figure ! » Pendant que la Princesse disait absolument n'importe quoi, le Caribou Maléfique et Multimédia ne cessaient de se regarder. « C'est toi... » articula péniblement l'Excellence en tendant une patte vers celle qu'on peut déjà nommer sa bien-aimée. « C'est moi... » chevrota Multimédia qui avait vu trois fois la scène finale de Carmen et savait ce qu'il fallait répondre à cette affirmation existentielle.
Le Caribou Maléfique se pencha vers elle et très galamment, lui baisa la main. La lumière devint moins vive, se fit plus discrète et plus intime tandis qu'une valse faisait tout à coup entendre ses notes voluptueuses. « Dansons, ma douce », dit le Caribou Maléfique et notre nouveau couple s'élança sur la piste de danse sablonneuse. « Mince, il valse rudement bien », fit le Prince Logarithme, vaguement jaloux. « Oh, ça me rappelle mon jeune temps, fit la Femme Maigre en essuyant une vague larme au coin de ses yeux. Enfin, moi, c'était une autre sorte de danse... On appelait ça la décadanse... Tout un programme... » Le couple passa en tourbillonnant devant Jo la Fine, toujours assise par terre. « Oh là, oh là ! cria-t-elle. Ils m'ont flanqué du sable plein les yeux ! » « Relève-toi », conseilla Myxomatose. « Debout ou assise, la différence n'est pas très grande, dit Jo la Fine. Ah, si seulement j'avais mon escabeau !... »
Le Masque de fer, émoustillé par le spectacle qu'on lui offrait, s'approcha de la Femme Maigre et lui proposa un tour de valse. Mais elle refusa, arguant que ce spectacle lui donnait plutôt envie de chanter. Un hurlement s'éleva de tout le centre de la terre : « NON ! » cria-t-on de toutes parts et la Femme Maigre eut l'air un peu vexé.
« Je crois qu'on n'est pas loin de la fin, chuchota le caribou Magique. Gudule et mon frère vont recevoir leur punition, Multimédia a trouvé son grand amour... L'auteur ne devrait pas tarder à mettre un terme à nos aventures. » « Ca va me manquer, à moi, de ne plus courir après Gudule, remarqua le Prince Charmant Logarithme. Au moins, ma vie n'était pas que platitude. » « Attends, attends, intervint la Belle Monogramme. Marsu n'est toujours pas casée, Gudule n'est pas expédiée sur Pluton ; à mon avis, nous avons encore un certain nombre d'épisodes en réserve avant de voir le bout de ce délire. »
Le couple princier avait fini par s'arrêter de danser. Le Caribou Maléfique abandonna un instant sa bien-aimée et s'approcha de nos héros. « Allons, rendons-nous au Palais sans tarder. Je serai le Président du tribunal, Multimédia et Dame Marsupilania seront les juges assesseurs. Cousin Caribou magique, tu représenteras le Ministère Public, et La Femme Maigre et le Masque de fer seront les avocats des accusés. » « Et moi ? » dit Jo la Fine, furieuse parce qu'elle estimait être traitée avec très peu d'égards. « Toi, tu seras l'ouvreuse et tu placeras le public, répondit Son Excellence. Et je te conseille d'accepter sans rechigner si tu ne veux pas te retrouver sur le banc des accusés ! Le monstre décacéphale assurera le service d'ordre. En route ! Qu'on emmène les prisonniers ! »
(A suivre)
(On vous l'avait bien dit : cet épisode est plein de surprises ! Maintenant, savoir ce qui va se passer... Comment se déroulera le procès ? Le Caribou Magique saura-t-il obtenir la plus forte peine pour les accusés ? Le Femme Maigre et le Masque de Fer sauveront-ils Gudule et sa bande ?... N'y aura-t-il pas encore des rebondissements ?... L'audience est suspendue.)
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20 novembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 19

EPISODE 19 : Où le lecteur suit les péripéties haletantes d'un duel hors du commun (par sa nullité) et où il faut l'intervention d'une force extérieure pour arriver à départager les deux incapables.
« Aïe, ouille, débile, arrête ! » gémissaient de conserve Jo la Fine et la Femme Maigre, toutes deux attaquées par leurs propres armes. Et pendant qu'elles se faisaient rosser, la Belle Monogramme soupirait et laissait tomber un « ça commence bien ! » quasi désespéré, tandis que ses compagnons essayaient vainement d'arrêter le carnage.
Finalement, le baquet et l'escabeau comprirent qu'ils étaient l'un et l'autre en train d'estourbir leur maîtresse, et s'arrêtèrent, confus. Le baquet prit une jolie couleur rouge tandis que l'escabeau, lui, verdissait quelque peu. « J'ai des bosses partout ! » gémissait Jo la Fine ; « je suis couverte de bleus », râlait la Femme Maigre en montrant ses bras osseux.
« On efface tout et on recommence, dit le monstre décacéphale. Et on tâche, si possible, d'être moins conne, compris toutes les deux ? »
Les deux ennemies hochèrent la tête en signe d'assentiment. Chacune récupéra son arme. « Fonce sur elle, tas de bois pourri ! ordonna Jo la Fine en donnant une tape sur l'escabeau. Et cette fois, ne te trompe pas ! »
L'escabeau prit son élan, puis son envol, et la Femme Maigre le vit arriver sur elle tel un aérolithe ; elle n'eut que le temps de crier « planche à laver, protège-moi » et le vol gracieux de l'escabeau fut stoppé net par une planche qui le frappa de plein fouet et l'expédia contre le mur. Puis le baquet, sans attendre l'ordre, se précipita vers Jo la Fine et s'abattit sur sa tête, la couvrant presque entièrement. « Au secours, cria cette dernière, il fait tout noir, je ne vois plus rien ! » et elle se mit à trépigner dans tous les sens, tandis que le baquet faisait « dong, dong », sur sa mini tronche.
« Bravo, la Femme Maigre ! » s'écria d'une seule voix la Marsupilania's band, et on applaudit à ce coup magnifique. Mais Jo la Fine n'avait pas dit son dernier mot. Soulevant le paquet par ses deux anses, elle le leva au-dessus d'elle et le lança sur son adversaire, tout en appelant l'escabeau à son aide. Celui-ci, remis de sa rencontre un peu brutale avec le mur, s'ouvrit en grand, prit un nouvel élan et culbutant le baquet, attrapa la Femme Maigre et la serra entre ses « jambes », comme dans un étau. « Bravo ! cria Jo la Fine. Etouffe-là, cette morue squelettique ! »
La Femme Maigre sentit ses os craquer de toutes parts et poussa un hurlement de douleur, tout en se débattant pour se libérer de l'étreinte de l'escabeau démoniaque. Le baquet et la planche à laver, unissant leurs forces, se jetèrent sur la demi portion et pendant que l'un la coiffait de nouveau, l'autre lui assenait de grands coups sur les jambes, les bras, coups si bien placés que Jo la Fine s'écroula en tas sur le sable et ne fut bientôt plus visible, recouverte qu'elle était par ses deux assaillants.
« Elles vont crever toutes les deux ! » constata Myxomatose en s'approchant du caribou magique. « Il vaudrait mieux pas, dit ce dernier. Cela n'arrangerait pas nos affaires. On peut aisément se passer du mini monstre, mais pas de la grande bringue. » « Quelqu'un pourrait-il aider le squelette à s'en sortir ? » demanda la Belle Monogramme en se tournant de tous les côtés. « On n'intervient pas, Princesse de conte de fée, ordonna le monstre décacéphale. Vous n'avez pas le droit d'aider l'une ou l'autre. Vous regardez, c'est tout. » « C'est un spectacle répugnant », affirma Multimédia, les narines froncées. « Il est surtout désolant, murmura Marsupilania, pensive. Elles sont archi-nulles toutes les deux. Franchement, même moi, j'arriverais à faire mieux. »
Le caribou fou, pendant ce temps, s'était désintéressé du combat et admirait l'aisance avec laquelle il arrivait maintenant à faire surgir des flammèches au bout de ses pattes. Puis, pris d'une subite et très primesautière envie de se livrer à quelques facéties, il commença à cramer les cheveux de Gudule, laquelle se mit à hurler, détournant ainsi l'attention du public de ce fabuleux combat de cheftaines. « On ne distrait pas les lutteuses ! Ni les spectateurs ! protesta le monstre décacéphale. Ce n'est pas du jeu ! Caribou fou, cessez d'ennuyer Gudule ! » et le caribou fou se contenta de lui sourire de toutes ses dents, tout en continuant de brûler par ci par là sa sorcière, laquelle couinait d'une façon fort désagréable et courait dans tous les sens pour échapper à la morsure des flammes.
On s'était quelque peu désintéressé de Jo la Fine et de la Femme Maigre afin de suivre ce nouveau et passionnant duel ; qui allait gagner ? Le caribou fou ou Gudule ? Le satanique animal allait-il arriver à transformer la sorcière en charbon de bois ou Gudule allait-elle réussir à renverser la situation en sa faveur et à rejeter les flammèches sur son assaillant ? Les paris étaient ouverts et chacun encourageait à sa façon son favori.
« Oh, bandes de taches, on est en train de claquer ! » protesta vigoureusement Jo la Fine et la Femme Maigre renchérit par un « je suis étranglée, faites quelque chose, tas d'abrutis ! »
Au même instant, il y eut un éclair qui éclaira la plage d'une lueur sinistre, et dans un nuage de fumée, apparut le Caribou Maléfique, dans toute sa splendeur de Maître du Centre de la Terre. « Ca suffit les conneries ! tonna-t-il. Il est temps que je remette un peu d'ordre dans cette gabegie ! Que l'escabeau, la planche, le baquet tombent en poussière ! » Et aussitôt, il n'y eu plus sur le sable fin que les résidus des instruments magiques. « Ben merde, fit Jo la Fine. Je vais faire comment, moi, maintenant, pour voir quelque chose ? Je vais me jucher où ? » « Et dans quoi je vais laver mes hardes ? » demanda la Femme Maigre, courroucée. « Vos gueules toutes les deux, abominables andouilles ! tonna une fois de plus le caribou maléfique. Et que tout le monde se courbe devant moi ! » « Je suis déjà allongée, dit Jo la Fine, ça devrait suffire. » « Je ne peux pas me courber, dit la Femme Maigre. J'ai tous les os en miettes. »
Mais le caribou magique avait ordonné d'un geste à ses compagnons d'obéir, et toute la Marsupilania's band tomba à plat ventre, y compris la Princesse de Conte de fée, pourtant comme à son habitude récalcitrante, mais que la main de son Prince Charmant avait expédiée manu militari à terre.
(A suivre)
(Voilà donc le duel interrompu -pour notre plus grande joie. Que va faire le caribou maléfique ? Laquelle des deux « combattantes » va-t-il déclarer vainqueur ? Y aura-t-il seulement un vainqueur ? Et quelle sera son attitude vis-à-vis du Caribou Fou et de Gudule ? Va-t-il aider nos amis ? Impossible de le savoir pour le moment. Donc, qui vivra verra -ou verrat, bien sûr...)
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06 novembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 18

EPISODE 18 : Où le plan du caribou fou se révèle (pour une fois) efficace et où l'on assiste aux préparatifs de la confrontation entre deux prétendues « magiciennes ».
Dans le ventre de la baleine, le caribou fou continuait de chercher l'endroit propice pour déclencher chez l'animal des nausées suffisamment fortes pour les éjecter sur la terre ferme. L'ayant (à peu près) trouvé, il fit surgir au bout de ses pattes de petites flammèches, souffla dessus pour leur donner plus de force et avec un ricanement odieux, les appliqua contre la paroi visqueuse. L'effet ne se fit pas attendre. La baleine eut un gigantesque soubresaut qui projeta tout notre petit monde aux quatre coins de son ventre, poussa un rugissement (si l'on peut dire) de douleur, contracta ses muscles, ouvrit sa grande gueule et s'empressa de rejeter une nourriture aussi peu digeste et pour le moins récalcitrante. Et toute la bande, escabeau compris, se retrouva sur le plage, les quatre fers en l'air, Seul Jonas, qui était sorti de son évanouissement, avait pu se retenir à une dent et fut réavalé lorsque la baleine, se sentant nettement mieux, referma la bouche. Puis, ayant pour un moment perdu le goût d'une certaine nourriture, elle fila à fond de train vers le centre de la mer intérieure et ne s'arrêta que lorsqu'elle s'estima à l'abri de toute tentation intempestive.
Le premier à reprendre ses esprits fut le caribou fou. Jo la Fine gisait en tas disgracieux sur le sable, l'escabeau, grand ouvert, n'avait pas fière allure, Gudule et le Séide, étalés les bras en croix l'une contre un rocher, l'autre sur le même rocher, étaient visiblement partis pour un bon moment au pays des songes. Le caribou fou eut donc tout le loisir d'examiner avec plus d'attention ses compagnons d'aventure. Autant dire que ce genre d'examen ne lui donna pas le moral. « Deux sorcières nullissimes, un Séide complètement lobotomisé, un escabeau qui obéit quand il en a le temps, je suis vraiment mal parti », songeait-il et le désespoir l'envahit. Pas longtemps. On s'en souvient, notre caribou chéri n'était pas du genre à se laisser aller à des crises de lamentations. « Bon, finalement, heureusement que je suis là ! » dit-il à voix haute et il alla « réveiller » ses acolytes avec de bons coups de pied là où ça fait le plus mal.
Pendant ce temps, le monstre décacéphale conduisait la Marsupilania's band vers le lieu du combat. En chemin, ils croisèrent un vieux tout rabougri qui les retint un moment avec des considérations oiseuses et même la police, pourtant bien informée, du centre de la terre ne put reconnaître sous ce déguisement le Caribou Maléfique qui avait décidé d'intervenir et de mettre fin très prochainement à cette lamentable errance.
Lorsque nos amis débouchèrent sur la plage, ils se trouvèrent face à face avec leurs ennemis. Jo la Fine et l'escabeau magique étaient au premier rang ; derrière elle se tenait le caribou fou, prêt à intervenir au cas où ; et très loin, parce que totalement inutiles, Gudule et le Séide, occupée la première à manger ses couettes et le second à sourire de la façon la plus niaise qu'il eût pu imaginer.
« Halte ! » ordonna le monstre décacéphale et toute la bande s'arrêta en un instant, non sans quelques heurts. La femme maigre s'avança, suivie du Masque de fer, portant toujours baquet et planche à laver. Le vieux rabougri alla s'installer dans un coin et se frotta les mains, savourant à l'avance le spectacle qu'on allait lui offrit gratis. La Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, l'imita aussitôt et, ayant arrangé sa robe du mieux qu'elle pouvait, posa son gracieux séant sur un rocher ; elle fut rejointe aussitôt par le Prince Logarithme, toujours Charmant, même après tant d'aventures, tandis que Multimédia s'asseyait sur le sable et que Myxomatose et le caribou magique préféraient rester debout, l'un pour pouvoir s'enfuir le plus rapidement possible si l'affaire tournait mal, l'autre pour aider la femme maigre si le besoin s'en faisait sentir - et le caribou magique avait la vague impression qu'il allait devoir intervenir.
Le monstre décacéphale enfla ses dix têtes et la première prononça quelques paroles d'un ton si sentencieux que la Princesse de conte de fée ne put s'empêcher de ricaner. « Femme Maigre, Jo la Fine, Planche et baquet magiques, Escabeau, le sort de nos visiteurs sont entre vos mains, dit-il. Vous allez vous affronter en combat loyal et l'avenir des vaincus sera entre les mains des vainqueurs. Je souhaite évidemment que mes protégés gagnent, parce que savoir Gudule et le caribou fou ici me donne des pustules et me fait avoir des cauchemars, mais je n'interviendrai pas au cours de la lutte. Je demande aux deux cousins caribous de se tenir tranquilles eux aussi (et le caribou fou, à cet instant du discours, tira une énorme langue et roula des yeux de dément) et de laisser nos deux magiciennes régler votre sort. Femme Maigre, Jo la Fine, êtes-vous prêtes ? » « Je suis prête », affirma la Femme Maigre en faisant signe au Masque de fer de poser ses instruments sur le sol. « Moi aussi », dit Jo la Fine en retroussant ses manches. « Qui va gagner, à ton avis ? demanda la Belle Monogramme dans un souffle à son Prince Charmant. La planche à pain ou le mini monstre ? » Le Prince Logarithme leva les mains en signe d'ignorance. Marsupilania, assise sur un rocher près du vieux décati, sortit sa boîte de cigares. « Je sais que c'est interdit, mais j'ai les nerfs en pelote, dit-elle. Tant pis, je fume ! »
L'instant était trop grave pour que le monstre décacéphale lançât sur elle un jet d'eau froide. D'ailleurs, il était trop occupé à vérifier que ni la Femme Maigre ni Jo la Fine ne dissimulaient sur elles des armes interdites. « Que le combat commence ! » lança-t-il de ses dix voix et un roulement de tonnerre résonna lugubrement sur la plage.
« Baquet, saute à la gorge de cette immonde pétasse ! » ordonna la Femme Maigre. « Escabeau, va assommer cette erreur de la nature ! » ordonna Jo la Fine, et le baquet se jeta sur la Femme Maigre tandis que l'escabeau commençait à frapper Jo la Fine.
(A suivre)
(Ca commence bien ! Les instruments magiques se révolteraient-ils contre leur maîtresse respective ? Ou bien les deux « magiciennes » sont-elle si nulles que Gudule à côté fait figure de génie en ce qui concerne la sorcellerie ? Qui va gagner ? Et y aura-t-il une gagnante, vu la façon dont le combat s'engage ?... Restons zen et attendons, nous verrons bien...)
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31 octobre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 17

EPISODE 17 : Où l'on retrouve avec un plaisir indicible la Marsupilania's band qui n'est pas au bout de ses surprises et où l'on fait la connaissance des forces de l'ordre du centre de la terre.
Pendant que le caribou fou cherchait le meilleur endroit pour cramer le ventre de la baleine (et cela malgré les supplications de Jonas, qu'on finit d'ailleurs par assommer parce qu'il devenait vraiment pénible), les héros (positifs) de cette histoire (idiote) continuaient leur déambulation dans les couloirs du centre de la terre, conduits par la SFM, dite la Femme Maigre, toujours accompagnée de son baquet et de sa planche à laver salvateurs. (C'est fou le nombre d'objets magiques qu'on trouve dans ce conte !)
Le vaillant Masque de fer commençait à ressentir une certaine fatigue : porter sous un bras la planche à laver et dans une main le baquet rédempteur n'était finalement pas une sinécure. Il eût bien voulu déposer son fardeau -ou le refiler à quelqu'un d'autre- mais chaque tentative pour attendrir ses compagnons se soldait par un cuisant échec. « Quand on est connement galant, on subit », avait dit Myxomatose ; « Tu ne t'imagines tout de même pas qu'une Princesse de conte de fée va porter un baquet ? » avait demandé la Belle Monogramme, indignée que l'idée même de lui demander ce genre de service eût pu traverser le cerveau de l'amoureux ahuri. « Un Prince Charmant a autre chose à faire qu'à se trimballer avec une planche à laver », avait affirmé Logarithme avec un sourire éblouissant. Le caribou magique avait expliqué qu'il devait absolument avoir les pattes libres au cas où un danger surgirait, Multimédia s'était réfugiée derrière la pauvreté musculaire de ses petits bras et Marsupilania avait fait semblant de ne pas entendre, tactique qui avait fait depuis longtemps ses preuves et qu'elle appliquait dans toutes les situations un peu embarrassantes. Le pauvre ex prisonnier de Sainte Marguerite fut donc obligé de subir les conséquences de son inconséquente proposition, et cela d'autant plus que la femme maigre, son idéal féminin ( !), ne cessait de tourner vers lui des regards enamourés qui faisaient se tordre cette moqueuse de Princesse de conte de fée.
Elle ne se tordit pas très longtemps car au détour d'un couloir apparut une sorte de monstre à dix têtes et dix bras. Avec un parfait accord, les membres de la troupe poussèrent un hurlement de terreur. Le monstre recula aussitôt. Seule la femme maigre ne parut pas autrement émue par cette rencontre. Elle leva une main en direction de la chose. « Salut, monstre innommable, dit-elle. J'ai su comment tu t'appelais mais cela ne m'est pas resté dans la mémoire. Comment vas-tu ? » « Je vais très bien, dit l'une des dix têtes. Et je rappelle que mon nom est « monstre décacéphale ». Ce n'est pourtant pas compliqué à retenir ! » « Pour moi, si, affirma la femme maigre. Mon cerveau est à l'image de mon corps. » « Ca, il y a longtemps qu'on l'avait compris », grommela la Belle Monogramme, remise de son émotion. « A quoi sert cet engin finalement désopilant ? » demanda Marsupilania en allumant un cigare. Elle envoya sa fumée au nez du monstre qui éternua. « Tu ne sais pas lire, non, outrecuidante analphabète ? aboya une autre tête. Il y a des panneaux partout : No Smoking ! » « Je vais te confier quelque chose, répondit paisiblement Marsupilania. Ce genre d'interdiction, je m'assois dessus ! »
Elle n'aurait pas dû dire cela. La tête ouvrit grand la bouche et un torrent d'eau froide en jaillit et alla asperger notre héroïne qui se retrouva trempée des pieds à la tête. « Ah, le con ! s'exclama-t-elle en s'ébrouant. Non seulement il a éteint mon cigare, mais maintenant je ruisselle ! » « Tu veux que je te prête un séchoir ? » demanda une troisième tête et des langues de feu, fort menaçantes, apparurent au coin de sa bouche.
La femme maigre leva une fois encore la main. « Stop ! ordonna-t-elle. Monstre décamachin, je t'ordonne de laisser mes amis en paix, sinon je lance sur toi la planche à laver magique ! » « Alors fais en sorte qu'ils respectent nos lois, répondit une quatrième tête. Tu sais très bien que mon rôle est de vérifier que cet endroit ne devient pas une réplique du monde d'en haut. » « C'est-à-dire ? » demanda ingénument Myxomatose. « C'est-à-dire, tête de nœud, un abominable merdier où tout le monde fait n'importe quoi. » « J'avais pourtant eu l'impression que c'était le cas », murmura la Princesse. « Donc, cette chose est une sorte de... police du centre de la terre ? demanda Multimédia. Elle fait régner l'ordre à elle toute seule. Ce n'est pas une mauvaise idée. Dix têtes et dix bras pour un corps, vous imaginez les économies qu'on ferait ! On pourrait même augmenter le nombre de bras, ça réduirait d'autant plus nos impôts... »
Le caribou magique estima de son devoir d'intervenir. « Monstre décacéphale, dit-il courtoisement, comme tu le vois, à présent que le cigare est éteint, nous ne sommes plus hors la loi. Pourrais-tu nous laisser passer afin que nous poursuivions notre route ? » Les têtes s'inclinèrent. Puis, la dernière prit la parole. « Je sais que vous cherchez Gudule la Nulle et ses compagnons. Ils sont pour l'instant dans le ventre de la baleine mais ils ne vont pas tarder à réapparaître. Seulement, ils ont avec eux l'atroce Jo la Fine et son escabeau démoniaque. » La femme maigre frissonna, pâlit, blêmit puis rougit. Nos amis observèrent avec un certain intérêt cette étrange succession de couleurs sur son visage. « Qui est Jo la Fine ? » interrogea le Prince Charmant. « Une immonde poufiasse envoyée ici pour désespérer l'espèce humaine », répliqua la femme maigre et la Belle Monogramme ne put s'empêcher de rétorquer « rien que ça » ? « Mais avec tes instruments magiques, tu peux l'affronter, continua la dernière tête à l'intention de la femme maigre. Le combat sera certes épuisant, mais si tu sais être maligne, tu le gagneras. Je dois néanmoins vous accompagner pour être sûr qu'il sera loyal. » « L'escabeau est puissant », murmura la femme maigre. « Certes, mais il a une certaine tendance à être un peu récalcitrant », dit la tête. « Alors que ton baquet et ta planche à laver sont de fidèles serviteurs », ajouta la cinquième tête.
« Bon, on attend quoi, là ? interrogea soudain Marsupilania, encore un peu détrempée. On bavarde, on bavarde, mais l'heure tourne et nous n'arriverons jamais à coincer cette sorcière ! Il faut s'en débarrasser avant que le caribou maléfique ne vienne lui aussi mettre son nez dans nos affaires ! » « Il serait peut-être une aide précieuse », avança Multimédia. « A condition qu'il soit d'une humeur positive », dit le caribou magique qui semblait assez peu convaincu par cette hypothèse.
Les dix bras du monstre se tendirent vers l'extrémité du couloir. « Allez, dit-il. Passez devant. Je fermerai la marche. Le combat entre Jo la Fine et la SFM aura lieu sur la plage et Son Excellence le Caribou Maléfique décernera le titre de championne à celle qui sera victorieuse. » « Dire que notre avenir -que dis-je, notre vie !- est entre les mains de ce tas d'os ! glissa la Belle Monogramme à l'oreille de son Prince alors que l'on se mettait en marche. Ca me rend un peu nerveuse, je l'avoue. »
(A suivre)
(La Belle Monogramme a-t-elle raison de s'inquiéter ? Le combat aura-t-il lieu ? La femme maigre sera-t-elle à la hauteur ? On connaît Jo la Fine et sa manie de claquer des doigts pour que dalle. Mais si cette fois ça marchait ? Et si l'escabeau décidait soudain de lui obéir ? Que deviendraient nos héros ?... Voilà bien le genre de questions qui n'a pour l'instant aucune réponse...)
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26 octobre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 16

EPISODE 16 : Où le lecteur découvre avec les personnages à quoi ressemble l'intérieur d'une baleine.
Résumé des épisodes précédents (parce qu'on a peut-être un peu perdu le fil) : Gudule, le Servile Séide, le caribou fou, Jo la Fine et l'escabeau prétendument magique ont été avalés par une baleine qui se baignait près du rivage de la mer intérieure. Quant à la Marsupilania's band, elle continue d'arpenter le labyrinthe du centre de la terre et on va retrouver bientôt tout ce joli petit monde.
La descente dans la ventre de la baleine n'était pas un exercice physique particulièrement agréable. Aussi l'intérieur de la bestiole résonna-t-il de cris et gémissements fort divers. « Aïe, ouille, putain de saleté de baleine ! » criait le caribou fou, fidèle à son niveau de langue. « Mais... Mais... » continuait de bredouiller Jo la Fine, pas encore remise de sa surprise. Le Servile Séide produisait des sons inarticulés qui se résumaient à des « ah, oh ! » assez peu compromettants et Gudule, Dieu merci, ne disait rien parce que ses couettes s'étaient une fois de plus coincées dans sa bouche et menaçaient de l'étouffer. L'escabeau magique se taisait lui aussi, et c'était normal, vu qu'il n'était pas pourvu du don de la parole.
La chute sembla durer une éternité, et cela parut d'autant plus long à nos anti-héros qu'elle avait lieu dans l'obscurité la plus absolue. En plus, l'œsophage de la baleine (ou ce qui ressemblait à un tuyau de descente) sentait affreusement mauvais et il y avait gros à parier que l'estomac baignerait dans la même odeur nauséabonde de poisson pourri.
Finalement, on parvint au fond d'une cavité plus ou moins moelleuse et l'on s'écrasa en tas contre les parois de l'estomac. La descente était terminée. « On n'y voit rien ! protesta Jo la Fine. Et que celui qui me tripote veuille bien enlever ses mains de mon céleste corps. » « C'est moi, fit le caribou fou. Et crois-moi, je ne l'ai vraiment pas fait exprès. » La voix de Gudule s'éleva tout à coup. « Qu'allons-nous faire, ô mon maître ? Nous voilà mangés comme une vulgaire pâtée pour chien. Bientôt, nous serons digérés. » « J'ai bien l'intention de lui rester sur l'estomac, à cette baleine de merde ! rétorqua le caribou fou. Mais il faudrait d'abord voir où nous sommes. » « Pas de problème, fit Jo la Fine. Je demande à l'escabeau magique d'allumer la lumière. » Et elle claqua des doigts tout en marmonnant d'incompréhensibles paroles. Mais que ce fût dans la baleine ou à l'extérieur, sa magie fonctionnait quand elle avait le temps d'y penser, et quand elle le voulait bien. L'obscurité demeura.
« Je ne sais pas pourquoi je me suis encombré de toi, rédhibitoire poufiasse ! gronda le caribou fou. Non seulement tu ne m'aides pas mais en plus, tu me mets dans des situations invraisemblables. Tout ça, c'est ta faute ! » Jo la Fine émit ce qui pouvait passer pour un pleurnichement. « Mais je ne comprends pas, murmura-t-elle. Tout marchait très bien avant ton arrivée. Peut-être que l'escabeau magique est allergique à ta présence. » « Attends que la lumière arrive, dit le caribou fou en donnant au hasard quelques coups de pattes (et ce fut le Servile Séide qui se retrouva à moitié assommé), et tu vas voir ce que je vais en faire, de ton escabeau débile ! »
Tout à coup, l'intérieur du ventre de la baleine fut illuminé par une lueur tremblotante. Le caribou fou ricana : au bout de ses pattes, apparaissaient des langues de feu qui semblaient à première vue assez menaçantes. « Je vais lui foutre le feu au cul en moins de deux », grogna-t-il. « Et nous faire griller avec ? dit Jo la Fine, pas contente. Allume plutôt ces bougies que je vois traîner dans un coin. »
« Est-ce que ce barouf d'enfer n'est pas bientôt fini ? demanda tout à coup une voix sonore, un peu énervée, et qui semblait venir du fond de l'estomac. On ne peut même plus méditer tranquille. » « Tiens, on a de la compagnie », murmura le caribou fou et la surprise lui fit éteindre les flammèches. Mais Jo la Fine avait eu le temps d'allumer les fameuses bougies.
On regarda plus attentivement l'endroit d'où venait la voix. Et on découvrit un petit homme rabougri, vêtu de haillons, enguirlandé d'une barbe de deux kilomètres et qui, assis sur une sorte de tabouret, paraissait plongé dans de profondes réflexions. Pendant qu'on y était, on examina l'endroit où on se trouvait.
A vrai dire, il n'y avait pas de quoi s'extasier sur la beauté du site. L'estomac de la baleine ne recélait aucune merveille, à part des morceaux de bois, une vieille table mangée par les vers, une lampe à pétrole, trois fauteuils vermoulus, quelques coussins en piteux état et une dizaine de bougies éparpillés par ci par là. « C'est pas vraiment la caverne d'Ali Baba, dit le caribou fou qui avait quelques lettres. Et en plus avec ce vieux qui radote, c'est pas le lieu que je choisirais pour passer mes vacances. » « Qui êtes-vous ? » demanda justement le vieux avec un certain à-propos. « Et toi, qu'est-ce que tu fous là ? rétorqua le caribou fou. Tu attends d'être digéré ? » « Je suis là pour méditer, dit le vieux. La baleine est mon refuge contre l'agitation inepte de l'extérieur. Je m'appelle Jonas. » « Tiens ! fit Jo la Fine, surprise. C'est toi, Jonas ? Ca fait des milliers d'années qu'on te cherche. » « Et que vous ne me trouvez pas, répliqua Jonas. Mais cette tranquillité ne pouvait évidemment pas durer. J'ai passé un accord avec la baleine : elle ne me digère pas et j'évite de bouger pour ne pas lui donner des crampes d'estomac. »
Les yeux du caribou fou se mirent à rouler comme des billes dans leurs orbites. « Mais tu viens de me donner une idée sensationnelle, vieux croûton ! Je sais maintenant comment sortir d'ici. » Et avec un grognement sinistre, il fit de nouveau apparaître les flammèches au bout de ses pattes. « C'est pas des crampes qu'elle va avoir, la bestiole, c'est des brûlures d'estomac ! »
Jonas se leva tout à coup, visiblement affolé. « Si tu fais ça, tu nous perds tous ! Elle va ouvrir la vanne et nous allons être précipités dans son appareil digestif ! » Gudule éclata en lamentations. « O mon maître, par pitié, réfléchis bien avant d'agir ! Notre existence doit-elle être brisée d'une façon aussi horrible ? » « Escabeau magique, frappe cet animal insensé ! » ordonna Jo la Fine mais l'escabeau, décidément récalcitrant, n'obtempéra pas. Le caribou fou ricana de nouveau. « Pas la peine d'essayer de m'attendrir ! Il suffit de la brûler au bon endroit, et elle va nous rejeter à la mer séance tenante ! » « Mais je ne veux pas sortir ! protesta Jonas. Je suis bien, ici ! »
« Pour ce que tu fais, tu seras aussi bien ailleurs », affirma le caribou fou en examinant les parois de l'estomac pour voir quel endroit serait le plus susceptible de faire vomir la baleine. Jo la Fine claqua une fois encore des doigts. « Que l'on sorte d'ici, vite ! » s'écria-t-elle. Hélas. Elle eut beau se démener, rien ne se passa. Seule la voix du caribou fou s'éleva pour la menacer, si elle continuait de claquer des doigts pour des nèfles, de claquer son sale museau de musaraigne. « Là, continua-t-il en tendant la patte. Je vais la cramer là. Accrochez-vous, on va repartir dans l'autre sens ! »
(A suivre)
(L'idée du caribou fou -qui n'est pas si idiote qu'elle en a l'air- va-t-elle réellement se concrétiser et aboutir à un résultat acceptable ? La baleine va-t-elle les vomir ? Et où ? Et Jonas suivra-t-il ? D'ailleurs, que vient-il faire dans ce conte, ce vieux débris biblique ? Laissons à l'auteur le temps d'y réfléchir...)
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09 octobre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 15

EPISODE 15 : Où Gudule et sa bande se retrouvent dans une curieuse situation que Jo la Fine n'avait certes pas prévue, vu son incapacité.
« Ca va, ça va, nullité, relève-toi, je me suis déjà lavé les pieds la semaine dernière », dit le caribou fou en se libérant de l'étreinte de la sorcière à l'horrible figure. Cette dernière se rejeta en arrière puis se releva, imitée par le Servile Séide. « Et maintenant que je t'ai retrouvé, mon maître, il faut absolument que nous quittions cet endroit d'une façon ou d'une autre, affirma Gudule. As-tu une solution, ô toi le plus intelligent des caribous ? » « N'en rajoute pas dans la servilité, gronda le caribou fou, ou je vais finir par croire que tu joues les hypocrites avec moi ! Non, je n'ai pas de plan. Mais Jo la Fine est là pour nous aider -enfin, prétendument... » Et là, le caribou fou leva les yeux au ciel ainsi que les épaules, et ce aussi haut qu'il le put.
« Mais oui, je peux vous aider, dit Jo la Fine, vexée comme un pou. C'est même mon rôle dans cette histoire idiote, continua-t-elle. Avec mon escabeau magique, je peux tout. » Le caribou fou ricana et voulut lui allonger une claque pour lui apprendre à se vanter mais Jo la Fine, à force de se faire frapper, avait fini par comprendre comment fonctionnait son compagnon ; aussi évita-t-elle sans trop de peine la patte vengeresse et ce fut l'escabeau magique qui reçut la gifle. Il n'apprécia pas du tout cette étrange marque de respect, pas plus d'ailleurs que le caribou fou : le bois de l'escabeau était certes plus dur que la figure de Jo la Fine. On assista donc à un étrange spectacle : un caribou en train de danser sur place en agitant sa patte endolorie et un escabeau pris de soubresauts démoniaques et prêt à se ruer sur n'importe qui.
« Ca y est, il fonctionne à nouveau ! s'écria Jo la Fine, radieuse en contemplant l'escabeau en folie. Que mes supérieurs soient loués ! Je dis mes supérieurs parce qu'en fait, j'ignore totalement qui me fait agir en dehors de cet esprit malsain qui se répand sur son écran d'ordinateur. Quand je pense que j'étais tranquillement assise sur une gargouille en train de contempler le paysage et je me suis retrouvée dans un couloir... » « Oui, bon, ça va, gronda Gudule à qui la perspective de trouver en cette horrible petite femme une rivale déplaisait souverainement. Tu ne vas pas nous raconter ta vie, on s'en fout ! Trouve plutôt une solution pour nous tirer de là ! »
Jo la Fine la considéra d'un œil rien moins qu'aimable. « Je croyais que tu étais sorcière, répliqua-t-elle. Que tu n'avais besoin de personne pour te tirer des situations inextricables dans lesquelles tu as la manie de te fourrer! Incompétente, va ! » Et sur cette terrible insulte, Jo la Fine croisa les bras et toisa Gudule de toute sa hauteur -mais ça n'allait pas chercher bien loin.
Les couettes de la sorcière se mirent à tourner à toute vitesse. Le caribou fou les happa au passage et les fourra dans la bouche soudain grande ouverte de Gudule. « Ferme ta boîte à conneries et surtout ne tente rien, je ne me suis pas encore remis de ta dernière initiative ! » Puis il frappa le Servile Séide qui n'avait absolument rien dit, mais c'était au cas où il aurait eu l'intention de dire quelque chose.
« Bien, bien », fit Jo la Fine, triomphante. Le spectacle de Gudule à moitié étouffée par sa tignasse lui procurait un plaisir sans nom. Elle flatta de la main l'escabeau magique qui avait fini par se calmer. « Mon escabeau chéri, il va falloir être à la hauteur. Je vais penser à un moyen de sortir d'ici et tu vas le concrétiser, d'accord ? » Elle se tourna vers le caribou fou qui la regardait en fronçant les sourcils. « C'est ce qui s'appelle le travail en équipe. Tu vas voir de quoi nous sommes capables, tous les deux ! » « Je crains un peu le résultat, murmura le caribou fou. Mais bon, je n'ai pas le choix. Entre deux fléaux inutiles, il faut choisir le moins heu... dangereux ? Allons-y pour « dangereux ». J'aurais plutôt dit « débile » mais l'auteur ne semble pas de cet avis. »
« Je dois d'abord être juchée sur l'escabeau pour pouvoir réfléchir et lui transmettre les images que je formerai dans ma tête, dit Jo la Fine. Donc, escabeau, déplie-toi et mets-toi debout. » Mais l'escabeau, on s'en souvient, ne bougeait qu'en cas de danger ou de maltraitance. Adonc, il resta immobile. « Ah ! Ca commence bien ! » grinça Gudule en crachant ses derniers cheveux. « Jusque là, rien d'anormal », constata le caribou fou avec un soupir. Dépitée, Jo la Fine se tourna vers lui. « Aide-moi, mets-le dans la bonne position », ordonna-t-elle. Le caribou fou fit un geste en direction de Gudule, laquelle eut un grand mouvement de tête destiné au Servile Séide qui, comprenant sans trop de difficulté ce qu'on attendait de lui, déplia l'objet magique et le posa devant Jo la Fine.
Ayant atteint le sommet de cette montagne de bois, la petite femme fronça le nez, ferma les yeux, pinça les lèvres, et fit semblant d'être la proie de profondes pensées, spectacle qui amusa beaucoup le caribou fou et lui donna envie de donner un bon coup de patte dans l'escabeau, histoire de rigoler encore plus. Puis soudain, la voix de Jo la Fine s'éleva, quasiment inspirée :
« Escabeau, escabeau magique, piédestal sublime, transforme ma vision en réalité ! »
La mer intérieure s'agita tout à coup. Une énorme vague prit naissance au large, s'éleva très haut, puis se dirigea en courant vers la grève où nos quatre héros attendaient avec impatience que quelque chose se passât. Alors qu'elle allait toucher la plage, la vague se transforma en une effrayante baleine qui, la gueule grande ouverte, semblait vouloir happer tout ce qui se trouvait sur son passage.
« Mais... Mais... » fit Jo la Fine, complètement désemparée à la vue de ce que l'escabeau avait fait surgir. Elle n'eut pas le temps d'en dire plus. La baleine se jeta sur eux et les avala tous les quatre sans sommation préalable. Puis, ayant refermé son énorme gueule, elle fit demi-tour et replongea dans les profondeurs.
(A suivre)
(Horrible coup de théâtre ! Les héros maléfiques sont-ils perdus définitivement ? Ce serait vraiment con dans la mesure où ce conte ne tient que par la rivalité des deux bandes... L'incapacité de Jo la Fine ayant été archi super prouvée, peut-être que le caribou fou sera plus à la hauteur ? (Ne parlons pas de Gudule...) Bref : comment ces quatre zozos vont-ils se tirer de cette situation ? Vous pensez bien qu'on a une idée derrière la tête... qui sera exposée quand le moment sera venu.)
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05 octobre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 14

EPISODE 14 : Où Jo la Fine apprend à connaître son malheur (qui est d'avoir croisé la route du caribou fou) et où on retrouve enfin Gudule et le Servile Séide, égarés dans un endroit invraisemblable
La pauvre Jo la Fine suait, soufflait et se hâtait comme elle le pouvait, mais son allure n'avait rien de celle d'un pur-sang lancé au grand galop. Il lui fallut un bon moment pour parvenir au carrefour où se dressait l'escabeau magique. Après l'avoir plié comme elle le pouvait et avoir failli le ramasser sur la figure en voulant le basculer, elle parvint quand même à l'allonger sur le sol et prit le chemin du retour, tirant comme une forcenée sur ce maudit objet que la providence, (et l'auteur), sadiques au-delà du raisonnable, avaient rendu affreusement lourd.
La replète et boulotte Jo la Fine avait perdu un certain nombre de kilos lorsqu'elle parvint enfin à rejoindre le caribou fou qui, de guerre lasse, avait fini par s'endormir. « Je suis là ! » cria Jo la Fine en le secouant de toutes ses petites forces. Mal lui en prit. Elle reçut en retour un coup de poing dans l'estomac qui la projeta contre le mur où elle manqua s'assommer. « Je déteste qu'on me secoue, vieille morue », dit le caribou fou en se frottant les yeux. « La façon dont tu me traites est une honte », protesta Jo la Fine qui se releva péniblement. Elle se frotta la tête au sommet de laquelle quelques bosses commençaient à apparaître. « Je suis ton ange gardien, ta protectrice, tu me dois le respect et tu dois aussi obéir à tous mes ordres. » « Commence d'abord par être à la hauteur de tes prétentions, rétorqua le caribou fou. Pour l'instant, tu ne t'es surpassée que dans le genre nullasse. Je ne sais pas ce qui me retient de te dégommer une bonne fois pour toutes. » « Si tu me touches encore, je demande à l'escabeau de te flanquer une volée dont tu te souviendras », menaça Jo la Fine et elle posa une main sur l'objet magique qui frémit quelque peu. Le caribou fou éclata de rire. « Ah oui ? dit-il, goguenard. Tu vas voir ce que j'en fais, de ton escabeau à la con ! Un joli feu de bois pour faire fondre ton saindoux ! » Et des flammes apparurent soudain au bout de ses pattes.
L'escabeau magique craqua de toutes ses fibres et, échappant à Jo la Fine, se mit à ramper dans le couloir afin d'échapper à un destin aussi tragique. « Tiens, il marche tout seul ! constata le caribou fou, étonné. Aïe, ouille, connerie, je me crame les doigts ! » et il secoua ses pattes de toutes ses forces afin d'éteindre les flammes. Jo la Fine ricana d'abord « tu ne sais même pas contrôler ta magie » puis passa sans transition à l'expression de la plus parfaite surprise : « J'ignorais que l'escabeau pouvait se déplacer sans aide, dit-elle. Mais c'est très bien ainsi, je n'aurais pas à m'exterminer le tempérament pour le traîner. »
L'escabeau magique n'avait point le don de la parole et c'était bien dommage, car il aurait pu expliquer à cette stupide petite femme qu'il ne se déplaçait tout seul que lorsqu'il était en danger. Le reste du temps, il fallait le porter. Aussi Jo la Fine fut-elle encore plus étonnée -et marrie- lorsque, ayant ordonné à son fidèle fétiche de revenir près d'elle, elle s'aperçut qu'il ne bougeait pas d'un iota et qu'il avait même pris cet air de parfaite idiotie que revêtent les objets qui ne servent strictement à rien.
Jo la Fine claqua des doigts. Une fois, deux fois, trois fois. En vain. Rien ne se passait, l'escabeau restait immobile et elle-même ne disparaissait nullement de cet abominable endroit qui était en train d'assister à la défaite de son art et à sa déconfiture. « Tu as tout détraqué avec ta manie de cogner n'importe quand, n'importe comment et sur n'importe qui ! s'exclama-t-elle. Mes claquements de doigt ne fonctionnent plus. » « Je me demande si quelque chose a un jour fonctionné dans ta petite tête, répliqua le caribou fou. Et ma réponse est non. Maintenant bouge la citrouille qui te sert de derrière, on ne va pas rester cent sept ans dans ce couloir. Puisque tu es censée être mon guide (n'importe quoi, auteur débile !), vas-y, guide-moi ! »
Jo la Fine n'était pas d'une intelligence fracassante mais chez elle, l'instinct de survie palliait avec bonheur certains vides de son cerveau. Elle renonça donc à répliquer qu'elle n'avait plus de pouvoirs et qu'en fait de guide, sans lesdits pouvoirs, elle ne valait plus grand-chose, et cela d'autant plus que l'escabeau semblait s'être mis en grève pour un temps indéterminé. « Très bien, fit-elle avec une hauteur de voix inversement proportionnelle à celle de sa taille. Suis-moi, je vais t'emmener là où tu pourras retrouver ceux que tu cherches. » Et elle ajouta en son for intérieur : « Pourvu que ma veine habituelle ne m'abandonne pas, elle ! »
Quelques centaines de mètres plus loin, le caribou fou s'arrêta quelques minutes, le temps d'ordonner à Jo la Fine de faire moins de bruit en traînant son escabeau car ses oreilles commençaient à saturer. « Evite aussi de gémir, de souffler et faire « han » toutes les trente secondes, ajouta-t-il. Ca m'agace et quand je suis agacé, j'ai tendance à faire n'importe quoi. » Jo la Fine, exaspérée, claqua une fois encore des doigts. Bide total. De rage, elle donna un coup de pied à l'escabeau magique et manqua se casser la cheville. « Décidément, se dit-elle, je ne suis pas dans un bon jour. Faudra que je demande à l'autre tache de revoir son scénario. »
Un certain temps très indéterminé plus tard, le caribou fou, en pleine forme, et Jo la Fine, effondrée sur les genoux et ayant encore maigri de quelques kilos, entrèrent dans une immense caverne qui ressemblait à une plage de la Méditerranée, dans la mesure où une immense étendue d'eau s'étalait sur leur droite, bordée par une grève de sable plus ou moins fin. « Tiens, la mer, fit le caribou fou, un peu surpris. C'est assez inattendu ici. » « Mais non, animal ignorant, répliqua Jo la Fine, expirante. C'est la mer intérieure, celle du centre de la terre. C'est là qu'on vient en villégiature quand les visiteurs de ton acabit nous en laissent le temps et la possibilité. » Elle poussa ce qui ressemblait à un dernier soupir et s'effondra sur le sable, abandonnant l'escabeau. « Dis, tu ne vas pas clamser au moment le plus palpitant ! » s'exclama le caribou fou en la bourrant de coups de pied. Comme par magie, Jo la Fine se redressa immédiatement. « Et on fait comment, pour passer ? reprit le caribou fou. La caverne ne semble pas avoir d'autre sortie. » « On ne passe pas, fit l'ange gardien. On attend seulement que quelque chose se passe. »
Cette réponse ne plut qu'à moitié au caribou fou et Jo la Fine aurait certainement subi sa vindicte si l'animal maudit n'avait aperçu, gisant au bord de l'eau, un tas disgracieux qu'il reconnut aussitôt. « Nom d'un chien ! Les voilà enfin ! Je reconnais sans peine cette façon de gésir d'une façon aussi déplaisante ! » Et il s'approcha du tas. « Debout, Gudule la Nulle ! ordonna-t-il en piétinant quelque peu le magma (qui n'avait rien d'originel). Je sais que c'est toi ! »
Le tas remua un peu puis la sorcière du Château d'Onyx Noir et le Servile Séide se détachèrent l'un de l'autre et se redressèrent. Un immonde sourire tordit la bouche de Gudule : « Mon maître, enfin ! » et elle retomba à genoux, baisant les pattes du caribou fou.
(A suivre)
(Enfin, les forces maléfiques se sont rejointes ! Que vont-elles bien pouvoir inventer ? Sauront-elles être efficaces dans la mesure où 1) ce n'est pas du tout dans leur habitude de l'être ; 2) Jo la Fine a perdu tous ses pouvoirs ? Ne va-t-il pas se passer quelque chose qui va tout perturber ? Et la Marsupilania's band parviendra-t-elle à les retrouver au bord de cette bizarre mer intérieure ? (Merci, Jules.) Arrêt dans la narration...)
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28 septembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 13

EPISODE 13 : Où le cyclope Polystyrène Polyphème (contamination de la femme maigre) en fait voir de toutes les couleurs au baquet magique et où Jo la Fine ne se montre pas vraiment à la hauteur de sa prétendue réputation.
« On utilisera le pouvoir des M si on le veut, misérable trois-yeux ! rétorqua la Belle Monogramme, outrée qu'un cyclope ose contrecarrer ses projets. C'est pas toi qui commandes nos actions ! » « Et toi non plus, intervint Myxomatose. Je te rappelle que tu es sous le contrôle de mon alter ego bien aimé. » « Bien aimé ! Ce qu'il ne faut pas entendre ! » ironisa la Princesse qui sentit tout à coup d'insupportables démangeaisons sur le cuir chevelu et se mit à se gratter comme une insensée. « Mono chérie, arrête, s'écria le Prince Logarithme. Tu vas exterminer l'ordonnance de ton brushing. » Mais le conseil resta lettres mortes, parce que l'auteur, que ce personnage de Princesse à la noix continuait d'énerver, avait décidé de la punir de son outrecuidance. Adonc, elle s'arracha la peau du crâne et on passe à autre chose.
La femme maigre restait dubitative : prononçait-elle les bonnes formules ? Le baquet restait parfaitement indifférent à ses psalmodies, alors qu'il aurait dû sauter comme un cabri et finir par coiffer l'abominable cyclope. D'ailleurs, ce dernier avait décidé de passer à l'action : il jeta donc un bon coup de pied à l'instrument magique, lequel s'envola prestement et alla atterrir non loin du Masque de fer qui poussa un barrissement d'effroi. « Non, mais ça pas ? s'écria-t-il. Un centimètre à droite et j'y passais ! » « C'était bien mon intention, de t'y faire passer, comme tu dis ! répliqua le cyclope. Et maintenant que je me suis débarrassé de cette chose inutile, je vais désencombrer les couloirs de votre inutile présence. » « N'avance pas, Polystyrène ! menaça la femme maigre. J'ai une autre arme en réserve ! » « Polyphème, nom d'un chien ! hurla le cyclope. Ca ne te ferait rien de t'en souvenir, atrophiée du bulbe ? » Et il s'avança vers le baquet et lui fit subir un certain nombre d'outrages que nous ne développerons pas ici.
Myxomatose, sentant souffler le vent de la défaite, se tourna vers le caribou magique. « Vous ne pourriez pas intervenir, par hasard ? Faire quelque chose, je ne sais pas quoi, mais le transformer en nain ou en citrouille, ou en rat... » « Mes pouvoirs sont inefficaces sur lui, répondit le caribou magique. Seuls le baquet et la planche à laver peuvent le vaincre. » « Et ben, on est dans de beaux draps ! » se lamenta Myxomatose, prêt à pleurer.
La femme maigre avait cependant de la ressource : s'étant penchée, elle avait saisi sa planche à laver et la brandissait sous les triples yeux du cyclope, goguenard. « Que cette planche soit mon salut et celui de mes compagnons ! » dit-elle. Et elle psalmodia à nouveau. La planche lui échappa des mains, partit en courant en direction du cyclope, s'aplatit sur sa figure et se mit à le cogner sans ménagement. Des gémissements lamentables emplirent tout à coup le couloir. La planche frappait, le cyclope beuglait et tout le monde applaudissait, y compris la Princesse Monogramme à qui, dans un mouvement de générosité inouïe, l'auteur avait enlevé ses démangeaisons.
La planche ne s'arrêta de cogner que lorsque le monstre fut à terre, proprement assommé. « O, ma bonne planche, sois bénie ! » s'écria la SFM en ramassant son instrument. Et tout le monde se lança dans un étourdissant panégyrique de la planche à laver. « Maintenant que la route est libre, continuons notre chemin, dit le caribou magique. Je pense que nous devrions bientôt mettre la main sur Gudule. Je sens sa présence pas loin. » Ce qu'il évita de dire, c'est qu'il sentait aussi celle de son frère et surtout, il détectait l'aura de l'abominable Jo la Fine qu'il allait falloir affronter. Mais il était trop prudent pour déclencher des crises d'angoisse hystériques.
On ramassa baquet et planche, on les remit entre les mains du Masque de fer qui contemplait la femme maigre avec une visible adoration, puis, sans un regard au cyclope étendu raide par terre, on poursuivit son périple.
Pendant ce temps, le caribou fou et Jo la Fine cheminaient eux aussi dans ce labyrinthe de couloirs. Comme ils n'allaient pas vraiment à la même vitesse, le caribou fou était toujours obligé d'attendre sa compagne, laquelle soufflait et suait de toutes ses petites jambes pour essayer de ne pas se faire semer. Ce jeu amusa un moment notre redoutable animal, puis finit par l'énerver. Aussi eut-il recours à un expédient peu recommandable pour accélérer le mouvement. Un bon coup de patte au derrière propulsa plusieurs fois Jo la Fine loin devant et pendant qu'elle se ramassait, le caribou fou avait le temps de la rejoindre sans trop se presser.
Au quatrième coup de pattes, Jo la Fine se reçut sur les fesses en poussant un hurlement. « Ca y est ! pensa le caribou fou. Elle s'est cassé quelque chose, cette tordue. Il faut peut-être que je réduise la force de la propulsion. » Mais lorsqu'il parvint près d'elle, il s'aperçut que Jo la Fine était absolument entière, debout sur ses jambes mais qu'elle tordait frénétiquement ses bras dodus. « Malheur sur moi ! s'exclama-t-elle. Nous avons oublié de prendre l'essentiel ! » « Nous ? répéta le caribou fou. Tu as oublié, nuance ! Et quoi ? » « L'escabeau, pardi. Sans l'escabeau, je ne vois rien, je ne suis rien, je ne peux pas combattre ! » Le caribou fou réfléchit un instant (un tout petit instant) : « Tu sais ce que je devrais te faire, mini saucisse mais grande connasse ? Danser sur ton ventre et t'écraser ! » « Si tu fais ça, tu ne vaincras jamais tes ennemis », plaida Jo la Fine et cet argument suspendit les claques qui étaient dans l'air. « Retourne le chercher, ordonna le caribou fou. Moi, je t'attends ici. » « Je ne peux pas le porter, il est trop lourd », plaida une fois encore Jo la Fine mais un geste de son compagnon la dissuada de poursuivre sur cette voie. « Bon, d'accord, dit-elle, résignée. J'y vais. Je le traînerais comme je pourrais... » Et un nouveau coup de pied bien placé lui fit prendre quelques mètres d'avance.
(Pauvre caribou fou ! Dans le genre aide inutile, Jo la Fine semble se poser un peu là ! Ces deux crétins arriveront-ils à rejoindre Gudule avant la Marsupilania's band ? D'ailleurs, si nos amis ont réussi à vaincre le Cyclope, ne vont-ils pas affronter d'autres ennemis ? Ce centre de la terre parait rempli de créatures bizarres... D'ici à ce qu'il y en ait encore une qui surgisse de derrière les fagots !... Pour le savoir, on attend la suite, qui ne saurait tarder, c'est évident...)
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26 septembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 12

EPISODE 12 : Où la femme maigre se révèle une alliée assez peu efficace en ce qui concerne la protection des animaux ahuris.
Pendant que le caribou fou et Jo la Fine arpentaient en zigzagant les couloirs du centre de la terre, notre vaillante troupe s'était elle aussi mise en marche vers un but assez nébuleux, et un destin encore plus nébuleux.
La femme maigre avait finalement décidé au dernier moment d'emporter ses armes de guerre : son baquet et sa planche à laver. Mais comme les deux instruments étaient à la fois lourds et encombrants, elle avait essayé de les refiler à nos amis.
« Je suis contre l'usage du baquet quand il y a des machines à laver », avait dit Marsupilania en lui tournant le dos. « Va te faire voir chez les grecs, planche toi-même », avait rétorqué la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée. « Mon dos ne supporte aucun poids au-delà de vingt grammes », avait expliqué le Prince Logarithme, Charmant, certes, mais bien décidé à ne pas servir d'esclave à leur nouvelle compagne. « Tu peux courir vite et longtemps avant que je t'aide », avait affirmé Myxomatose en lui faisant un bras d'honneur. « C'est trop lourd pour moi qui suis une petite nature », avait murmuré Multimédia avec un sourire qui se voulait relativement aimable. « Mon rôle de guide magique m'interdit de toucher ce genre d'instrument », avait consenti à dire le caribou magique. « Mais je vais faire comment pour porter les deux à la fois ? » avait pleurniché la SFM en tordant ses bras osseux. « Démerde-toi toute seule », fut l'avis unanime qui résonna dans le couloir.
Naturellement, la galanterie quelque peu surannée (et vaguement maso) du Masque de Fer entra immédiatement en action : « Donne-moi cette lourde charge, ô Femme Maigre, lumière de mes yeux, dit-il. Je le porterai jusqu'au bout du monde, pour l'amour de tes os. » « On ne t'en demande pas tant, ahuri, avait assené la Princesse de conte de fée. Maintenant si ça t'amuse de lui servir de domestique... » Et c'est ainsi que notre Masque de fer adoré cheminait lentement dans les divers boyaux du centre de la terre, un baquet dans une main et une planche à laver dans l'autre. Il se sentait un peu ridicule, et en plus, ces machins étaient d'un lourd !... Mais pouvait-il refuser quelque chose à celle dont il était tombé éperdument amoureux ? « Ca rend con, l'amour », murmura Myxomatose à l'oreille de Marsupilania, laquelle leva les yeux au ciel et approuva avec un grognement si puissant qu'on crut à un soudain éboulement.
Au détour du couloir, apparut soudain une forme gigantesque. Une fois qu'on l'eût examinée de plus près, on s'aperçut qu'elle ressemblait nettement à un être humain géant, avec cette particularité cependant qu'au lieu d'avoir deux yeux, elle en avait trois, le surplus étant planté au milieu du front. « C'est marrant, fit Marsupilania. Si on lui enlève les yeux qu'il a sur le côté, on dirait vraiment un cyclope. » « Je suis un cyclope, tas de gélatine, dit la chose en roulant des trois yeux. Simplement, après que ce con d'Ulysse m'en eut crevé un, mon père Poséidon m'en a pourvu de trois, comme ça, je peux m'en faire niquer deux, il m'en restera toujours un. On a compris ou on veut que je répète ? » « On a compris », assura Marsupilania tandis que le reste de la troupe se perdait en commentaires plus ou moins farfelus et malsonnants au sujet de l'étrange créature.
« ON SE TAIT ET ON M'ECOUTE ! » brailla le cyclope, tout à coup énervé par l'inattention de ceux qu'ils devaient molester. « Si vous voulez : 1) passer 2) et passer vivants 3) et atteindre la sortie de ce couloir, il va falloir m'affronter en combat singulier. » « Vous maniez très mal la langue, dit Multimédia, très docte. Etant donné que nous sommes plusieurs, il faut dire « en combat pluriel ». » « Je ne suis pas d'accord, rétorqua Myxomatose. Singulier prend ici un autre sens. » « Cela ne l'empêche pas de garder son sens premier », rétorqua Multimédia, entêtée. Marsupilania se joignit à la conversation, puis ce fut le tour du Prince Logarithme. La discussion commençait à être très chaude, mais cela n'empêchait pas la Belle Monogramme de vérifier minutieusement l'état de ses ongles tandis que le Masque de fer, ravi de cette interruption de la marche, avait déposé baquet et planche à laver aux pieds de sa bien-aimée et se frottait les muscles des bras avec un évident plaisir. Bien entendu, personne n'écoutait le malheureux cyclope.
« Et merde, tiens ! » fit ce dernier avec un geste de désespoir et il alla s'asseoir sur une pierre et commença à pleurer de ses trois yeux. « Voyons, Polystyrène, ne fais pas cette tête », dit la femme maigre, compatissante. « Polyphème, idiote ! » répliqua le cyclope en essuyant ses triples orbites. « Si tu veux, admit la SFM, pas contrariante. Tiens, pour te consoler, je vais essayer contre toi le pouvoir de mon baquet et de ma planche à laver. De toutes façons, c'est le seul moyen de te vaincre, tu le sais, hein, tu le sais, ça ? » Le cyclope lui lança trois regards reconnaissants. « Toi, au moins, tu es gentille. Tu ne fais pas semblant de m'ignorer. » « Allons-y », dit la femme maigre et elle disposa ses instruments devant le cyclope, étendit la main sur eux et prononça quelques mots bizarres. La conversation grammaticale s'arrêta net et on regarda avec étonnement et intérêt la SFM se livrer à ses psalmodies magiques.
« Ca marche pas, constata le Cyclope après trois essais infructueux. C'est bête pour vous, je vais devoir vous manger. » « Alors là, tu peux toujours y compter ! affirma la Belle Monogramme. Je suis du genre à te rester éternellement sur l'estomac. » « Si vous recommenciez ? » proposa le caribou magique à la femme maigre, consternée par ses échecs. « Je vais vous aider, ô ma belle SFM, dit le Masque de fer, galant, certes, mais peu disposé à finir en aliment cyclopéen. Récitons ensemble. » « Et si ça ne marche toujours pas, on emploiera le pouvoir des M et on virera au grenier cette chose malsaine », affirma la Princesse de conte de fée en relevant les manches de sa robe.
C'est alors que le cyclope se mit à trembler de tous ses membres. « Non, pas ça ! s'écria-t-il en essayant de couvrir ses trois yeux de ses deux mains, mais c'était raté, il y en avait toujours un qui voyait. Pas le pouvoir des M ! C'est pas dans le contrat qu'on m'a fait signer. Je dois juste affronter le baquet magique et la planche à laver salvatrice et me faire vaincre par eux ! Alors, pas d'entourloupes ! »
(A suivre)
(Comment nos amis arriveront-ils à vaincre cet obstacle ? La femme maigre est-elle vraiment compétente dans le domaine de la magie ? Faudra-t-il avoir recours au pouvoir des M ? Le malheureux cyclope pourra-t-il jouer son rôle jusqu'au bout ? Et la Marsupilania's band arrivera-t-elle à retrouver enfin Gudule, le caribou fou, et Jo la Fine ? Si qu'on faisait comme les transports en commun lyonnais : un petit break ?)
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16 septembre 2009
Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 11

Episode 11 : Où l'on retrouve avec une joie non déguisée un personnage qui s'est fait discret depuis quelques épisodes mais qui nous revient dans toute sa gloire et nous fait découvrir un nouveau personnage pas vraiment inconnu.
Pendant qu'avait lieu le Miracle de la Femme Maigre, le caribou fou continuait de déambuler dans les couloirs du centre de la terre et il se disait que cette promenade sans but avait certes un charme assez particulier, surtout lorsqu'elle lui permettait de scotcher une emmerdeuse contre les murs et de se laver les pattes dans de l'eau savonneuse, mais qu'elle (la promenade) commençait à devenir fastidieuse parce que vraiment, il n'y avait pas grand monde à cet endroit. « Il faut que je déniche cette pétasse de Gudule, grognait-il. Mais comment savoir où elle se trouve ? D'habitude, c'est assez facile, ses conneries laissant nombre de traces. Mais là, nib ! Serait-elle devenue compétente, par hasard ?... Oh, mais ça ne va pas aller du tout, ça ! » Et il marchait en grommelant tout en donnant de grands coups de pattes contre les parois histoire de voir s'il ne pourrait pas les faire s'effondrer.
Il arriva tout à coup à un croisement. Devant lui se tenait une affreuse gamine qui louchait et dont le crâne était couvert de quelque chose qui ressemblait vaguement à des fétus de paille pas propres. Elle était juchée sur un escabeau et balançait ses jambes (fort petites) de telle manière qu'il était impossible de ne pas en recevoir une dans la figure si on s'obstinait à vouloir passer. « Halte ! fit-elle. Tu es le caribou fou et tu cherches Gudule. Juste ? » « Juste, poufiasse décolorée », répliqua le caribou fou. Il s'approcha afin de mieux la voir. En fait, ce n'était pas une enfant. Ce n'était qu'une toute petite femme. « Après la maigre, la moche, se dit le caribou fou. Mais qu'est-ce que c'est que ce lieu délirant ? Le dépotoir mondial ? » « Je t'interdis de penser de moi en ces termes, dit la petite femme, froissée. Sache que je sais tout, j'entends tout, je vois tout. » « Et celle-là, connasse, tu l'as vue venir ? » répliqua le caribou fou en balançant une patte contre l'escabeau, lequel chancela et s'effondra, entraînant avec lui dans sa chute celle qui s'en servait de perchoir.
« Aïe, ouille ! gémit la malheureuse en se recevant sur le derrière. C'est comme ça que tu traites ceux qui veulent t'aider ? » « Qui parle de m'aider ? Toi, peut-être, ras-la-moquette ? » rétorqua le caribou fou qui n'avait nullement l'intention d'être serviable et de relever la petite femme. Cette dernière, d'ailleurs, se releva toute seule. « Quand je pense que j'aurais pu être ton ange gardien, râla-t-elle en s'époussetant. Et voilà, tu as fait tomber mon escabeau et j'ai oublié l'énigme que je devais te poser. C'est malin ! » C'est quand même fou le nombre de créatures bizarres, pour ne pas dire débiles, que je croise en ce moment, pensa le caribou fou en dévisageant son interlocutrice. Et il dut pour cela se mettre à sa hauteur, c'est-à-dire s'agenouiller sur le sol. « Mais d'abord, qui es-tu exactement ? » interrogea-t-il, laissant pour l'instant de côté sa manie de frapper à tort et à travers. « Je m'appelle Jo la Fine, dit la petite femme. Je suis là pour poser une énigme, mais je ne sais plus laquelle à cause de tes conneries et si tu trouves la réponse, je deviens ton ange gardien et je t'aide à te repérer dans le labyrinthe du centre de la terre. Grâce à moi, tu peux éviter de te faire bouffer inconsidérément par des tas de monstres (on a beaucoup d'hommes politiques qui rôdent dans les parages), tu peux retrouver Gudule la Nulle et éviter un long séjour sur Pluton l'Infernale Atrocité. J'ai aussi les moyens de vaincre la SFM, je veux dire la femme maigre, car elle est devenue l'amie de tes ennemis et elle va certainement utiliser contre vous le baquet et la planche à laver magiques. Avec moi à tes côtés, tu ne risques rien et tu peux regagner sain et sauf la surface de la terre en passant non pas par la cheminée de l'Etna mais par l'ascenseur, comme tout individu un peu moins taré que les autres. As-tu compris ou dois-je répéter ? »
« Surtout pas ! se hâta de répondre le caribou fou. Je suis déjà saoulé, une fois suffit. Je n'ai retenu de ta colique verbale qu'une chose : tu peux m'aider. Alors fais-le, et sans tarder ou je t'en flanque une qui te fera voler bien loin d'ici. » « Pas la peine de menacer, caribou déglingue, répliqua Jo la Fine. Aide-moi plutôt à remonter sur l'escabeau, il n'y a qu'en haut que j'arrive à avoir une vue suffisamment étendue pour me souvenir de l'énigme. »
Une fois réinstallée sur son promontoire, la petite femme se frotta les mains, puis les yeux. « Bien, fit-elle au bout d'un instant. Ca me revient. Combien font deux et deux ? » « Ben, quatre », fit le caribou fou en haussant les épaules. « Bravo, dit Jo la Fine. Enigme résolue. Fais-moi descendre, je te conduis là où se trouve Gudule. »
Le caribou fou fronça ses gros sourcils. « Non, là, ou je rêve, ou j'ai des hallucinations. Ce petit boudin ne peut pas être ce qu'elle prétend. On ne peut pas s'appeler Jo la Fine avec son tour de taille. Et depuis quand ai-je un ange gardien ? Démon, à la rigueur... Elle me raconte des salades et me prend pour un con. Je vais lui en mettre deux, histoire de voir si elle sait aussi bien décoller qu'atterrir. » « Tu perds du temps, caribou fou, dit Jo la Fine. Je sais tout, je te l'ai déjà dit. Je lis dans tes pensées. Fais-moi descendre ! » « Eh, démerde-toi toute seule. Si tu es bien ce que tu dis, tu devrais y arriver sans mon aide. » « Evidemment que je vais y arriver, patate ! grommela Jo la Fine en se contorsionnant pour arriver à poser le pied sur la première marche. Mais cela aurait été plus vite si tu m'avais aidée ! » « La charité pour les moches, c'est pas mon genre, assura le caribou fou. Alors, tu te grouilles, oui ? » « Ouf, aïe ! Ce que ces marches sont hautes ! Si seulement j'avais des échasses ! »
Parvenue enfin au bas de son escabeau, Jo la Fine tendit la main vers son compagnon. « Empoigne-moi par la manche et allons-y. » « Par la manche, je veux bien, dit le caribou fou. Mais pas ailleurs. J'ai pas l'habitude de me salir les pattes. » Et sur cet échange de paroles d'une rare courtoisie, notre nouveau couple se mit en route pour retrouver Gudule la Nulle.
(Décidément, ce conte est plein de surprises ! Qui est vraiment Jo la Fine ? Le caribou fou a-t-il raison de lui faire confiance et de la suivre ? Va-t-elle vraiment l'aider à retrouver Gudule et à affronter la Marsupilania's band ? Et quels sont ses pouvoirs ? Sont-ils réellement plus forts que ceux de la femme maigre ? -on ignorait d'ailleurs qu'elle en possédait. Bref, que va-t-il se passer ?... Quand on aime, on ne compte pas les jours d'attente...).
08:15 Publié dans Contes de mon père le cochon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, humour, pastiche, littérature
















