29 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 27

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EPISODE 27 : Où un visiteur TRES inattendu ajoute à la gabegie qui règne depuis un certain temps dans le Palais Impérial... 

Sur le seuil se tenait un fort bel homme d'une quarantaine d'années, grand et mince, large d'épaules, au visage avenant, aux grands yeux sombres ; ses cheveux, très courts, étaient bruns au milieu et grisonnaient sur les tempes. Il était vêtu d'un très élégant costume noir, d'une chemise noire à dessins brodés sur le col, d'un gilet de soie orange ; à son cou, était nouée une lavallière, orange également. Ses chaussures noires, vernies, luisaient dans l'obscurité du couloir. Une cape noire, soyeuse, était posée sur ses épaules et il tenait à la main une canne à pommeau en forme de cochon, en or. A l'annulaire de la main gauche, scintillait un énorme rubis enchâssé dans une monture de platine, sertie d'une cinquantaine de petits diamants. Il dévisageait l'assemblée ébahie avec un léger sourire sardonique et son regard brillait d'une indéniable malice.

« Mince ! fit le Prince Logarithme, ébloui. Ca, c'est la classe ! » et il sauta prestement de son perchoir. « Ooooooh !" gémit le caribou Maléfique en prenant la main de Multimédia et en l'entraînant avec lui dans une profonde révérence. Leurs Excellences le Caribou Magique et le Caribou Satanique n'avaient pas attendu pour en faire autant. L'homme regardait le spectacle, toujours souriant. Puis il tendit sa canne en direction des Excellences. « Plus bas, la révérence », dit-il seulement et on se retrouva à plat ventre. Nos amis se demandaient ce qu'il fallait faire. S'incliner également ? Faire semblant de n'avoir rien vu ? Se contenter de dire « bonjour, vous êtes qui ? » L'homme tourna la tête et darda sur eux son regard sombre et magnétique. Instantanément, ils se retrouvèrent couchés par terre, aux côtés des Excellences. « Et zut ! grommela la Belle Monogramme. C'est encore une éminence quelconque mais va savoir laquelle ! »

L'homme enjamba les Excellences ainsi que la future impératrice, se pencha vers la Belle Monogramme et très galamment, lui tendit la main pour l'aider à se relever. « Princesse, je vous en prie, dit-il, ne gâtez point votre robe et venez vous seoir sur le divan. » « Et ben voilà, pensa Monogramme qui n'était plus que sourire. Au moins lui, il sait ce qu'est la galanterie. » Le visiteur inconnu se tourna vers les Excellences, le museau toujours sur le sol. « Relevez-vous, Magique, Satanique et Maléfique. Présentez-moi vos amis, du moins ceux que je ne connais pas car j'ai beaucoup entendu parler de la merveilleuse Monogramme, Princesse de conte de fée » et il s'assit près de Monogramme laquelle arrangea vite fait en douce son brushing et présenta à l'assemblée son visage le plus charmant.

« Votre Altesse... » commença le Caribou Maléfique. « Oh dis donc, c'est une Altesse, glissa Myxomatose à Marsupilania. On a de la chance, on va voir tout le gratin du centre de la terre. » « Ce type est trop beau pour être honnête, murmura en retour la Vaillante Marsupilania. La façon dont il cire les chaussures de Monogramme me déplait souverainement. Je n'en vois qu'un capable d'être faux cul à ce point : l'auteur. Ou Satan. A vrai dire, c'est un peu la même chose. » L'altesse avait écouté avec beaucoup de bienveillance le discours de bienvenue du Maléfique, relayé par le Satanique, discours conclu par le Magique. Il avait en même temps entendu les remarques de Marsupilania. Il lui adressa un sourire éblouissant. « Chère inestimable amie, dit-il, je vois que vous m'avez reconnu. Mais par pitié, ne mélangez pas la royauté et le prolétariat. Je ne suis certainement pas l'auteur, bien qu'étant le Prince des Enfers. » Il s'inclina devant elle : « Satan, pour vous servir, belle Marsupilania. » « Oh, flûte ! » s'écria Marsupilania, renversée. Et elle tomba dans les pommes.

Satan se révéla être un fort agréable compagnon. Charmant, drôle, spirituel, un peu trop prompt peut-être à cramer ceux qu'il estimait ne pas lui obéir assez vite (c'est ainsi qu'il dégagea un certain nombre de serviteurs pendant son court séjour au Palais Impérial, au grand dam du Maléfique qui n'osait cependant rien dire), mais comme disait Logarithme, il avait de la branche ! Multimédia s'était elle aussi évanouie un certain nombre de fois, parce que là, vraiment, c'était trop : finir Impératrice du centre de la terre, c'était déjà surprenant, mais être présentée à Satan lui-même le matin de ses noces, ça dépassait son entendement et ses forces. Adonc, elle passa le plus clair de son temps à joncher les tapis, moquettes, parquets et chaque fois, il fallut que le Maléfique la ranimât d'un baiser. On craignit un moment que ces accès de faiblesse n'indisposassent San Altesse, mais cette manie de s'effondrer n'importe où, n'importe quand et n'importe comment amusait beaucoup le Prince des Ténèbres. Il se promit de s'en inspirer pour inventer un nouveau jeu dans son Royal Palais. Il en avait déjà le titre : « le jeu de la fleur coupée ». Il eut un entretien privé très sérieux avec Leurs Excellences, admira la justesse de la sentence prononcée contre Gudule and Co, demanda à être présenté à la Femme Maigre afin de la féliciter de sa superbe plaidoirie, menaça Jo la Fine de l'expédier au Paradis si elle continuait d'être aussi nulle dans son rôle d'ange pervers (ce qui provoqua chez ladite une horrible crise d'urticaire qui la rendit encore plus affreuse qu'elle n'était). La Femme maigre se rengorgea (comme elle put) et Le Masque de fer trouva que Satan n'avait rien d'intéressant à dire et que sa réputation était carrément surfaite. Puis, on se rendit de nouveau dans le boudoir où Multimédia se remettait de sa ixième perte de connaissance.

« Venons-en au but de ma visite, dit Satan en faisant les yeux doux à la Princesse de conte de fée. J'ai appris que tu allais te marier, Maléfique, et je suis venu présenter mes hommages à la future Impératrice et lui remettre un document qui lui permettra d'accéder à tout moment à mon royaume sans avoir à subir la douane et les formalités d'usage. Je suis désolé de ne pas pouvoir assister à vos noces, mais on m'attend à la surface, j'ai beaucoup de travail et de toutes façons, le Satanique me remplace très bien. Et je ne parle pas des rencontres au sommet avec votre cousin, chères Excellences, j'ai nommé le Caribou Céleste, qui a contracté depuis un certain temps la manie des réunions, des colloques, des conférences, et j'en passe et des meilleures. Ah, au fait, j'allais oublier, caribou Magique : Le Céleste m'a dit qu'il avait bien reçu votre requête mais qu'il ne pouvait rien faire parce que cela ne le regardait pas. Il déclare laisser le problème entre les mains du caribou Maléfique. » « Il n'a pas changé, le vieux ! souffla le Magique, très mécontent. Il crée, et après, démerde-toi tout seul ! » « Vos querelles de famille ne me concernent point, dit Satan. J'ai fait la commission, je reviens à mes moutons. Où en étais-je ? Ah oui ! » Il se tourna vers Multimédia et lui tendit une carte rectangulaire de couleur rouge. « Voici mon premier cadeau, chère Impératrice : un passeport éternel pour l'enfer, qui marche bien entendu dans les deux sens. Vous ne serez toujours que mon invitée, loin de moi l'idée de faire de vous un de mes sujets. » « Oh ! » fit la future impératrice, abasourdie. « Multimédia, gourdasse, fais quelque chose, dit la Princesse de conte de fée à mi-voix. Remercie au moins au lieu de dire « oh » bêtement ! » Multimédia se redressa lentement, battit des paupières, une fois, deux fois, et avec une grâce ineffable, s'écroula sur le tapis, toujours enroulée dans son drap de bain rose.

(A suivre)

(Là ! Décidément, la pauvre Multimédia n'est pas vraiment à la hauteur de la situation. Mais quel sera donc l'autre cadeau de Satan ? Et vient-il uniquement pour présenter ses hommages à la future impératrice ? N'a-t-il pas une idée derrière la tête ? Peut-être que non. Mais sait-on jamais... Cogitons, cogitons...)

24 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 26

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EPISODE 26 : Où les incantations des M ne produisent pas forcément l'effet escompté... 

Tout était prêt pour les noces (ou presque). Elles devaient être célébrées dans une relative intimité, et le soir, un grand bal au palais impérial devait réunir tout le gratin du centre de la terre. En fille prudente et avisée, Multimédia avait décidé de ne pas mélanger les torchons et les serviettes : ainsi, sa famille et ses amis restés àla surface seraient conviés plus tard à une superbe fête, chez ses parents, à qui elle téléphonait trois fois par jour (les communications entre le centre et la surface étaient assez déplorables mais on arrivait quand même à se comprendre) pour leur demander leur avis sur tel ou tel aspect de la cérémonie.

Le costume de son Excellence le Maléfique était splendide : écarlate, brodé d'or et d'argent. La cape, écarlate également, était doublée d'hermine. Une fine dentelle noire garnissait le col et le bout des manches, donnant à Son Excellence une allure peu commune. On avait soigneusement lustré les bois de son Excellence. Le marié était donc fin prêt et tout à son avantage.

Cela allait moins bien du côté de la mariée. Coiffée par les soins de Monogramme, manucurée par ceux de Marsupilania, lavée, bouchonnée, liftée, liposucée, enduite de crèmes de beauté des pieds à la tête par les esthéticiennes de son Excellence, Multimédia émergea devant nos amis, resplendissante, enroulée dans un drap de bain rose. « Où est ma robe ? » s'enquit-elle nonchalamment en posant son séant dans un fauteuil fanfreluché à souhait. On se regarda, ébahi. « Multimédia chérie, dit Logarithme, ne te souviens-tu pas qu'hier soir, tu avais décidé de te marier en petite culotte et soutien-gorge en dentelle rouge ? » « Moi ??? fit Multimédia, horrifiée. J'ai dit ça ? » « Nous sommes tous témoins, confirma Myxomatose. Bon, d'accord, tu étais raide saoule. Mais c'est ce que tu as dit. » « Vous savez bien que je dis n'importe quoi quand je suis ivre, protesta Multimédia. Vous ne m'avez quand même pas crue ? » « Eh bien si, dit la Belle Monogramme en sortant d'un sac plastique un magnifique ensemble slip/soutien-gorge d'un très beau rouge vermillon. Je me suis rendue dès potron-minet dans les boutiques du centre de la terre et j'ai réussi à te trouver ça. »

Assommée, la pauvre Multimédia contemplait ce que lui brandissait sous le nez la Princesse de conte de fée. Puis elle fondit en larmes bruyantes et très inesthétiques. « Je ne vais pas me marier avec ça, gémit-elle. Ca va être un scandale... » « Non, dit Myxomatose en examinant l'ensemble. C'est pas Scandale ou Playtex. Y a pas de marque... » « Si, il y en a une, lapin putride, intervint la Princesse. Mets des lunettes et lâche ça, tu ne sais même pas à quoi ça sert. » Sentant venir une dispute carabinée entre le chevalier masqué et la Belle Monogramme, Marsupilania se hâte de prendre la direction des opérations. « On pourrait essayer le pouvoir des M pour trouver une robe, dit-elle. Qu'est-ce qu'on risque, sinon que ça ne fonctionne pas ? » « Excellente idée, approuva la Belle Monogramme. Reste à savoir qui du lapin putride ou de moi a ce foutu pouvoir. »

Multimédia ouvrit la bouche pour dire qu'il fallait demander à l'auteur puis la referma aussitôt, consciente qu'elle risquait d'énerver sa demoiselle d'honneur, Princesse de conte de fée, et que ce n'était pas le moment. « On n'a qu'à psalmodier tous les quatre, proposa Marsupilania. Et advienne que pourra ! Comment tu la veux, ta robe ? » « Alors, je voudrais qu'elle soit de couleur jaune, garnie sur le devant de beaucoup de... » « Oui, bon, coupa la Belle Monogramme, contente-toi de la visualiser dans ta tête et allons-y. »

Par le pouvoir des M centralisés / Qu'apparaisse au pied de l'impératrice / La robe de mariée par elle commandée /Afin qu'elle couvre ses varices !

Un bruit terrifiant retentit, un truc ignoble s'abattit devant Multimédia qui poussa un hurlement et monta prestement sur le fauteuil, son drap de bain toujours pudiquement enroulé autour d'elle. « C'est quoi, ça ? » s'enquit la Belle Monogramme, très surprise, alors que Logarithme, de peur, s'était réfugié avec sa lampe en haut de l'armoire normande. En tas informe au milieu de la pièce, gisait une armure rouillée qui devait remonter à la première bataille de la guerre de cent ans. « Qui a pensé à une armure ? » demanda calmement Marsupilania, les mains sur les hanches. « Pas moi, protesta Myxomatose, invisible sous le divan. Je le jure sur ma tête. » « Ni moi », assura la Princesse en crachant par terre afin de prouver sa bonne foi. « Moi encore moins », dit Logarithme, toujours sur l'armoire. « Oh, seigneur, fit Multimédia, confuse, c'est moi ! Au lieu de penser robe avec armoiries, j'ai pensé armurerie. Je me suis trompée de mot, je suis désolée... »

La porte s'ouvrit tout à coup et trois Excellences apparurent sur le seuil : le caribou Magique, le caribou Maléfique et le caribou Satanique, ce dernier étant en visite chez son cousin afin d'assister à ses noces. Les Excellences sursautèrent à la vue de Multimédia saucissonnée dans son drap de bain, du Prince Logarithme couché en haut de l'armoire et de l'armure répandue sur le sol. « Ah ben dis donc, s'écria le Maléfique, c'est l'armure de nos ancêtres ! Je l'avais reléguée au grenier, qu'est-ce qu'elle fiche ici ? » « Erreur d'aiguillage », expliqua Marsupilania en examinant ses ongles avec attention tandis que Monogramme arrangeait son brushing et que Multimédia se grattait pensivement le nez. « Dites la vérité, ordonna le Magique. Vous avez psalmodié, c'est ça ? En utilisant le pouvoir des M ? » « Il le fallait bien, grommela Multimédia. Je n'allais pas me marier en petite culotte et soutien-gorge. » « Mais si ! » s'exclamèrent de conserve le Maléfique et le Satanique qui rougirent malgré tout sous le regard de reproche que leur lança la future impératrice.

« Bon, on a utilisé le pouvoir des M pour faire apparaître une robe, c'est raté, tant pis, on ne va pas passer le réveillon là-dessus ! dit la Belle Monogramme, soudain très énervée. L'armure n'a tué personne, que les serviteurs de Son Excellence la remontent au grenier et qu'on n'en parle plus ! » Ayant dit, la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, s'assit sur le divan et fuma, le regard fixé sur ce qu'elle voudra, l'auteur n'a pas d'idée précise à ce sujet.

« Je ne vais pas rester toute nue », dit Multimédia en descendant enfin de son perchoir. Et au moment où elle disait cela, il y eut un éclair rouge, puis un deuxième, violet celui-là, zébra la pièce. Une forte odeur de soufre s'éleva, la porte s'ouvrit à la volée. « Et merde, les courants d'air ! »  cria Monogramme en posant la main sur ses cheveux.

(A suivre)

(Mais quelle est donc l'origine de cet étrange phénomène ? Quelqu'un va-t-il arriver ? Quelqu'un va-t-il partir ? Et Multimédia aura-t-elle enfin sa robe pour qu'on puisse la marier et, comme dirait la Princesse, passer à autre chose, de plus intéressant ?... On laisse passer Noël et puis après, on verra...)

21 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 25

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EPIOSODE 25 : Où quelques petits problèmes viennent perturber la sérénité du palais Impérial du Centre de la terre et de ses nouveaux locataires.. 

« Et bien voilà, dit Myxomatose, vautré sur un des nombreux divans qui parsemaient les multiples salons du Palais Impérial. L'aventure est quasiment terminée, il n'y a plus qu'à remonter. » Nos héros s'étaient en fait réunis dans ce qui allait être le boudoir de la future impératrice. Le Masque de fer, la Femme Maigre et Jo la Fine avaient été retenus au greffe du tribunal pour signer quelques papiers et le Maléfique s'était enfermé dans son bureau pour mettre au point, avec les formules et le vocabulaire ad hoc, la sentence finale. « Vous n'allez pas partir avant mes noces, quand même ! s'exclama Multimédia, outrée. Il ne manquerait plus que ça ! » « Robe blanche ? » interrogea la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, vautrée, quant à elle, sur son Charmant Logarithme. « Hélas non, dit Multimédia, fort déçue. Maléficou ne veut pas. Il dit que cette couleur n'est pas séante au centre de la terre, attendu que son royaume jouxte l'Enfer et que ça peut déclencher un incident diplomatique avec son cousin le Caribou Satanique. »

« Qui c'est encore, celui-là ? » demanda Myxomatose en baillant. « Le régent de l'enfer, dit Multimédia. Il viendra à notre mariage. Il parait qu'il est charmant. C'est lui qui règne à la place de Satan. » « Ce qui serait marrant, c'est que Satan lui-même assiste à vos noces, avança Myxomatose. Je pense que le spectacle vaudrait le déplacement. » « Je n'ai rien contre le diable et ses congénères, mais je préfèrerais qu'il s'abstienne, fit Multimédia en fronçant les sourcils. Déjà qu'il a fallu convaincre mes parents de me laisser épouser Maléficou ! Si, en plus, je leur dis que Satan sera à la cérémonie, ils risquent de piquer une crise. » « Ils ont vraiment gueulé ? » demanda la Princesse, intéressée. « Pas gueulé, non ! Mais ils auraient préféré que j'épouse un péquenot bien de chez nous, tu comprends. Cela dit, mon père m'a dit qu'au moins, ici, je ne démolirai aucun matériel électronique ni aucune voiture et que mon époux s'y connaissait suffisamment en technologie de pointe pour m'empêcher de faire des conneries. Je le trouve un peu dur avec moi. »

Pendant qu'on dégustait d'excellents loukoums accompagnés d'une liqueur spéciale Made in Center of Earth, Marsupilania tournait en rond dans le boudoir et refusait boisson et nourriture. On s'inquiéta. « Qu'elle ne boive pas, passe ! grommela Myxomatose. Mais qu'elle refuse de bouffer, là, c'est anormal ! » « Des problèmes, Marsu ? » interrogea Multimédia, future Impératrice, certes, mais Amie avant tout. « Oui, fit notre héroïne. Un problème. Caribou magique, je dois vous parler. Myxomatose, lâche-le cinq minutes, vous finirez votre partie de cartes après. »

Dans le couloir, la Vaillante avisa un banc recouvert de satin vert et s'assit, invitant de la main le caribou magique à l'imiter. « C'est à propos de mon CDC, commença-t-elle. Il n'est quasiment jamais visible, toujours en train de courir après des gens à sauver, des sites à restaurer et des bouts d'herbe à sauvegarder. Pouvez-vous, grâce à vos pouvoirs, le rendre un peu plus... comment dire ?... sédentaire ? » « Non, dit nettement le caribou magique. Moi, je ne peux pas faire ça. » « Et zut ! Pourquoi, s'il vous plait ? » « Parce que ce serait transformer la nature de ton Chevalier des Croisades. Et que seul son créateur peut le faire. » « Sa mère ? soupira Marsupilania, horrifiée. Eh bien, je ne suis pas dans la merde ! » « Je ne parle pas de ses parents : un seul peut transformer ce qu'il a créé : le Caribou Céleste. » Marsupilania se leva d'un bond. « C'est une plaisanterie ou vous vous foutez de moi ? J'en ai marre, des caribous ! Le magique, le fou, le maudit, le maléfique, le satanique, et maintenant le céleste ! Mais il y a des caribous partout ! » Le caribou magique eut l'air à la fois peiné et froissé. « Je n'y peux rien, moi, si j'ai une famille à la fois tentaculaire et toujours très bien placée. C'est malheureusement la vérité : Il faudrait aller au Paradis et pour voir mon cousin le Céleste, c'est bien plus compliqué qu'ici ou en enfer, et c'est beaucoup plus chiant. »

Marsupilania émit une sorte de grondement apocalyptique qui eut pour effet de faire trembler les murs du palais. Puis elle se rassit. « Bon, désolée si je vous ai vexé, ce n'était pas dans mes intentions. Mais l'autre, là, le Maléfique, il ne peut rien faire ? » Le caribou magique la dévisagea attentivement. « Si, dit-il enfin, il peut intervenir. A certaines conditions. Draconiennes. » « C'est-à-dire ? » « Vous devrez, le CDC et toi, vivre toute votre vie au centre de la terre. Vous ne pourrez en sortir qu'occasionnellement et le seul endroit où vous pourrez vous rendre sans aucune contrainte sera l'enfer. »

Les sourcils froncés, Marsupilania fixait le caribou magique et réfléchissait intensément. « C'est tout ? » questionna-t-elle après un long silence. « Ce n'est déjà pas mal, objecta le caribou magique. Et je crains qu'il ne vous faille en plus, comme Multimédia, accéder à l'immortalité. » « Je veux bien être immortelle, dit Marsupilania. Surtout si lui l'est aussi. Quant à rester ici, pourquoi pas ? C'est très agréable, et puis je ne connais pas du tout l'enfer, je pourrai le visiter de fond en comble... Et puis, vous voulez que je vous dise ? Ne plus voir ces cons d'élèves et cette merde de collège, c'est pain béni ! » « Tu ne pourras plus voir Myxomatose aussi fréquemment qu'autrefois, dit le caribou magique. Ni Monogramme, ni Logarithme. » « Logarithme, ça m'ennuie. Monogramme, beaucoup moins, dit franchement Marsupilania. Quant à Myxomatose, il n'a qu'à rester ici. » « Tu rêves ! s'écria le caribou magique. Sa place est là-haut, à mes côtés, il va devenir mon apprenti puis mon bras droit. Je pense qu'on peut le guérir de sa maladresse congénitale. Il devra habiter ma cabane au Canada, avec moi. Tu ne le verras que quelques jours par an.» « Zut et zut ! s'exclama Marsupilania. Tant pis, un problème à la fois. On s'occupera plus tard du cas Myxomatose. Allez trouver votre cousin et dites-lui de m'aider. »

Alors qu'avait lieu cette passionnante conversation, une autre tragédie éclatait dans le boudoir. Logarithme venait de prendre conscience que l'aventure était bien terminée et qu'il allait devoir regagner son château enchanté sis sur les rives de la rivière qui elle, ne l'était plus (enchantée) ; ce qui signifiait une séparation imminente d'avec Myxomatose, Marsupilania, Multimédia, le Masque de fer, sans parler bien évidemment de la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, qui allait regagner son Pavillon dix-huitième. Le pauvre Prince Charmant se mit à pleurer à chaudes larmes sur le corps inerte de sa lampe bleue en forme de vache. (Elle avait réussi à survivre à tous les événements narrés précédemment.)

La Belle Monogramme tentait vainement de la consoler, l'embrassait et le giflait alternativement, avec une admirable régularité. « Ca  ne va plus du tout, dit Multimédia, affolée. Qu'est-ce qu'on peut faire pour lui ? » «  Je ne veux pas quitter le centre de la terre, pleurnichait le Prince Charmant. Je ne veux pas quitter mes amis ! » « Mais on va se revoir, argua Multimédia. Je vais vous faire octroyer un passeport permanent pour le centre de la terre. » « D'accord, mais comment arriverons-nous à nous rencontrer ? hoqueta le malheureux Logarithme. Toi, tu seras ici, Myxomatose dans ma cabane au Canada, Monogramme au pavillon dix-huitième, Marsu Dieu sait où et le Masque de fer... » « Lui, aucun problème, intervint la Princesse de conte de fée. Vu qu'il va se mettre à la colle avec la Femme Maigre et qu'elle réside ici, on saura où le trouver » « Et j'aimerais même revoir l'affreuse Jo la Fine, et le monstre décacéphale, et Polyphème le Cyclope », termina Logarithme dans un sanglot et ce fut à cette affirmation qu'on reconnut à la fois la profondeur de son désespoir et de sa déprime : il disait absolument n'importe quoi.

« Nous voilà donc dans un autre merdier, dit la Belle Monogramme. Jamais nous n'atteindrons la fin de ces contes à la con. Il y a toujours un élément qui vient tout remettre en question. » Les yeux mi-clos, Multimédia réfléchissait profondément. « Je crois que j'ai une solution, dit-elle. Je vais en parler à Maléficou pour voir si elle est réalisable. »

(A suivre)

(Quelle solution Multimédia entrevoit-elle pour éviter au Prince Charmant une dégringolade dans les bas fonds de la dépression ? Pourra-t-elle l'appliquer ? Le Maléfique répondra-t-il positivement à sa demande ? Quant à Marsupilania, résoudra-t-elle elle aussi son problème ? Peut-on transformer un CDC nomade et invisible en un CDC sédentaire et palpable ?... Achetez le prochain numéro et vous le saurez...) 

19 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 24

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EPISODE 24 : Où justice est enfin rendue mais cela ne signifie pas la fin du conte, loin de là...

La Cour était très ennuyée, c'était visible. Le Maléfique se tourna vers les accusés. « Avez-vous quelque chose à rajouter pour votre défense avant que la Cour se retire pour délibérer ? » « Allez tous vous faire voir ailleurs ! cria Gudule. Mon Maître et moi sommes les meilleurs sorciers de l'univers et sans la chance de cocu dont cette bande d'abrutis a bénéficié, nous aurions gagné haut la main ! » « Tais-toi connasse ! dit le caribou fou en lui envoyant une claque. C'est à moi de parler. Et je déclare bien haut et bien fort que même si vous nous envoyez sur Pluton, je trouverai le moyen de revenir -je suis bien revenu de Sirius- et de vous en mettre plein la gueule, tas de rats décatis ! » « Cela voudrait-il dire qu'on nous concocte un énième Conte ? demanda la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, vraiment inquiète. J'espère bien que non, je commence à en avoir jusque là de ces promenades délirantes ! » « Je désire ne pas être séparé de Gudule, émit modestement le Servile Séide. Que son sort soit le mien. » « Finalement, il est tellement con qu'il mérite ce qui va lui tomber sur la figure », murmura Myxomatose, peu enclin à la pitié. Le Maléfique leva la patte puis la laissa lourdement retomber sur la table. « La séance est suspendue ! Faites sortir les accusés, la Cour va délibérer quant à la sentence à appliquer. »

Le public se répandit dans les couloirs du Palais Impérial et se mit à commenter avec force détails les plaidoiries. De l'avis unanime, la Femme Maigre avait été parfaite, elle avait mis en plein dans le mille, Son Excellence était coincée. La justice du centre de la terre n'admettrait point un jugement condamnant le séide pour avoir été amoureux alors que l'Empereur lui-même était amoureux. Quant au raisonnement prouvant l'irresponsabilité du caribou fou et de Gudule, il était imparable.

Le caribou magique s'approcha de la Femme Maigre, très occupée à signer des autographes. « Vous nous avez mis dans le pétrin, dit-il. Comment va-t-on se débarrasser de ces énergumènes, maintenant ? » « C'est votre problème, rétorqua l'avocate avec un grand sourire. Il ne fallait pas me donner la défense de votre frère et de ses complices. » Le Magique soupira. « Oui, on a fait une sacrée bêtise », admit-il.

La Belle Monogramme s'approcha de la Femme Maigre, imitée par Jo la Fine qui n'avait pas digéré le succès de sa rivale et s'apprêtait à faire des remarques désagréables. « Vous devriez être avocate, dit la Princesse de conte de fée. Réellement, ma chère, vous avez du talent. » « Oh, je sais, répliqua la Femme Maigre. Mais la chanson, ça demande moins d'études, vous comprenez. Surtout à mon niveau, aussi bien sonore qu'intellectuel. » Jo la Fine ricana outrageusement. « AH ! fit-elle. Ca, je ne te l'envoie pas dire ! Même avec un micro poussé au maximum, ta voix ne dépasse pas le deuxième rang ! Et je ne parle pas des textes que tu ânonnais, non, ça, il vaut mieux ne pas en parler ! » « Ma chérie, à ta place, j'éviterais de parler de textes indigents, lança la Femme Maigre. Le niveau d'intelligence de tes séries télé est parfaitement proportionnel à ta taille, c'est tout dire. »

Jo la Fine, devenue blême de fureur, allait rétorquer qu'elle au moins pouvait à la rigueur, pour un public d'aveugles et de sourds, passer pour une comédienne, ce qui n'était pas le cas de la Femme Maigre, lorsque les trompettes retentirent. On se hâta de regagner sa place. Le Maléfique prit la parole.

« Chers concitoyens habitants du Centre de la terre, chers diablotins invités, la cour s'est réunie pour prononcer le jugement à l'encontre de Gudule, du Caribou fou et du Servile Séide. La Cour a reconnu la justesse des arguments de Maître Femme Maigre et prononce l'acquittement desdits Caribou fou, Gudule et Servile Séide en ce qui concerne les accusations d'incompétence et d'inconvenance... » Remous dans la foule. Le caribou magique baissa la tête, découragé. « Mais... reprit son Excellence après un temps de silence, étant donné que, par leurs exactions et leur incapacité notoire à pratiquer correctement la magie noire, ils donnent un exemple absolument choquant et déplorable aux apprentis de L'Institut Universitaire de Formation des Maléfiques, la cour les condamne, pour cette seule raison, à l'exil sur Pluton l'Infernale Atrocité, afin que leur sort reste un exemple pour tous ceux qui voudraient s'adonner à la magie diabolique sans en respecter les règles. » La Femme Maigre se dressa d'un bond. « Votre Excellence, nous allons faire appel ! Ce jugement est inique car il n'est pas basé sur les accusations citées auparavant. » « Maître, ce n'est pas le moment de faire la mauvaise tête, répondit le Maléfique. D'autant plus que je n'ai pas terminé. Le Servile Séide est, quant à lui, déclaré innocent des accusations portées contre lui mais ne sera pas réhabilité parce que la cour estime qu'il y a des limites à tout, même à la connerie amoureuse. Par contre, la cour l'autorise à accompagner, s'il le désire, Gudule et le Caribou fou sur Pluton l'Infernale Atrocité. Mais sa décision relève de lui seul, elle n'est point du ressort de la justice du centre de la terre. Maître Femme Maigre, si vous désirez vraiment faire appel, vous avez une heure pour vous décider. »

« Et comment ! s'écria la Femme Maigre, outrée. Depuis quand punit-on ce qui n'a pas été inscrit noir sur blanc parmi les chefs d'accusation ? » « Oh, ferme-là, squelette ambulant ! dit le caribou fou en sautant sur ses pattes. J'en ai marre de toi, de ta gueule de raie, des conneries de cette cour et de vous tous en général, bandes de veaux farcis ! Qu'on m'expédie sur Pluton, au moins, je ne verrai plus vos tronches de cake ! » « Caribou fou, êtes-vous bien sûr de ne pas vouloir faire appel ? » insista la Femme Maigre, stupéfaite. « Puisque je te le dis, morue avariée ! riposta le caribou fou. T'es sourdingue en plus d'être moche ? » « Et vous, Gudule ? » dit la Femme Maigre en se tournant vers la sorcière du château d'Onyx Noir. Pour toute réponse, Gudule lui tira une superbe langue de bœuf et s'enferma dans un silence hautain, réaction certes très surprenante mais qui satisfit tout le monde.

« Voilà le problème de l'appel réglé », dit le Maléfique avec un grand sourire. « Le tribunal, dans sa grande bonté, estime qu'il doit laisser à Gudule quelques pouvoirs magiques sans importance afin de pouvoir se distraire pendant les longs hivers sur Pluton, intervint la future Impératrice. Il en sera de même pour le Caribou fou à qui cependant ses parades Made in USA seront enlevées. » « Reconduisez les condamnés dans leur cellule, pontifia le Maléfique. La sentence sera exécutée dans l'heure. La séance est levée ! »

(A suivre)

(Et l'épisode est terminé ! De même que le procès. Mais pas le conte. Que pourrait-il bien se passer maintenant puisque les ennemis de nos amis sont out ? Mais, dites, et le mariage du Maléfique et de Multimédia, vous en faites quoi ? Il va bien falloir assister à la cérémonie, on ne peut pas quitter la future Impératrice sur une vague promesse d'épousailles ! Et puis, il faut régler le sort de tous nos amis... Bref, on n'est pas encore rendu, si vous voyez ce que je veux dire...)

11 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 23

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EPISODE 23 : Où la Femme Maigre révèle, à la stupéfaction générale, un admirable cerveau et dame le pion à Jo la Fine 

« La parole est à Maître Femme maigre pour la défense des deux accusés, vu que l'avocat de Gudule vient d'enfoncer complètement sa cliente », dit le Caribou Maléfique, encore mal remis de son fou rire. « Et moi ? grinça Jo la Fine en montant sur son bureau afin d'être vue du premier rang. On m'oublie ! La partie civile a un réquisitoire à prononcer ! » « La partie civile nous ennuie, répliqua Le caribou maléfique. Ses intérêts se confondent avec ceux du procureur et ce dernier ayant réquisitionné, nous n'allons pas nous taper un deuxième discours conforme au premier. J'ai dit. » « Je proteste et me déclare hautement indignée de ces basses manœuvres ! s'exclama Jo la Fine, outrée. Je veux faire un réquisitoire et demander des dommages et intérêts au nom du peuple du centre de la terre ! » « Etant donné que la partie civile n'est pas étrangère aux autres dommages subis par notre contrée, nous lui conseillons vivement de la mettre en sourdine et de ne pas nous énerver, dit le caribou maléfique. Sinon, elle pourrait bien finir en steak cuit à point » et quelques flammèches apparurent au bout de ses pattes. « Peuh, fit le caribou fou, méprisant. Feu d'allumette, et rien d'autre ! Ridicule !» « Toi, la ferme ! » ordonnèrent de conserve le caribou maléfique, le caribou magique, la future impératrice et l'assesseur. « Finalement, la partie civile se retire du procès, murmura Jo la Fine, convaincue par les arguments de la cour. Maître Magique a très bien exposé le problème. » « Je vois que la partie civile est raisonnable, admit le caribou maléfique. Maître Femme maigre, c'est à vous. »

La Femme Maigre se leva et s'éclaircit la voix. « Auguste Cour du Centre de la terre, commença-t-elle, moi, la Femme Maigre, dite la SFM, dite JB, dite La Planche à Pain, dite... » « Ca va, Maître, on connaît tous vos titres », coupa le caribou maléfique. « Ceux de toutes mes chansons ? dit la Femme Maigre, surprise. Cela m'étonnerait, Excellence, je feule depuis tellement longtemps qu'on en a oublié depuis belle lurette mes premiers disques. A moins qu'ils n'aient été remis sur le marché vu le mauvais goût ambiant qui est en train de se répandre dans le showbiz. » « Au fait, Maître, au fait ! »

« Le fait est simple, public révéré ! Et il est dans le chef d'accusation : incompétence et incapacité. Pourquoi mon client le caribou fou est-il incompétent dans son travail ? Pourquoi arrive-t-il même à faire grincer les dents des forces du mal ? Parce qu'il ne peut effectivement pas apprendre et appliquer les formules magiques à bon escient. Rappelez-vous ce qu'on a dit de lui : il est fou ! Donc, il ne peut raisonnablement faire ce que son statut lui demande. Quant à Gudule, vous avez dit vous-même que la sottise ne pouvait pas être retenue comme chef d'accusation. Or, comme elle est d'une incroyable stupidité, elle ne peut qu'approuver ce que lui dit son maître à penser, à savoir le caribou fou. Or, celui-ci étant justement fou, il lui donne des ordres délirants et elle fait ainsi n'importe quoi. Je reconnais qu'il existe un code du Mal et qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec des formules de magie noire. Je reconnais également que pour les apprentis sorciers de l'Institut de formation des maléfiques, Gudule et le caribou fou sont vraiment des exemples à ne pas suivre et que leur façon d'être et d'agir va à l'encontre de l'enseignement des Maîtres et qu'ils peuvent ainsi faire rater des vocations. Mais je le répète, l'explication se trouve dans les chefs d'accusation, abandonnés ou non, et si la cour est logique avec elle-même, elle fera preuve de clémence et rejettera purement et simplement les arguments de Maître Magique qui ne tiennent pas compte de la réalité des faits. »

Un long silence suivit cette déclaration. On regardait avec admiration la Femme Maigre et le Maléfique avait l'air bien embêté. « Son raisonnement se tient », chuchota Multimédia. « Peut-être pourrions-nous abandonner l'incompétence, dit Marsupilania en se penchant vers le Président. Cela nous permettrait de le coincer sur les pratiques illégales de la magie noire. » « Ca va ensemble, Marsu », objecta la future Impératrice. Le Maléfique, silencieux, se frottait pensivement le museau. Il fit signe à l'avocat général de les rejoindre. « Imprévu, non ? dit le Magique à voix basse. Le coup vient du côté où on ne l'attendait pas. Ecoutez la salle ! Elle a presque retourné le public ! »

Le Maléfique prit une profonde inspiration. « La cour vous a bien entendue, Maître, dit-il. Et pour la défense du Séide, qu'avez-vous à dire ? » « Ah, vos Excellences !... » Et la Femme maigre eut un très beau mouvement du bras, appuyé par un hochement de tête très significatif. « Nous nous trouvons dans le même cas de figure que le caribou fou. » « Je vous demande pardon, Maître Femme Maigre, mais le Séide n'est pas fou », dit le Maléfique. « Mais si, votre Excellence, dit doucement l'avocate. Il est fou d'amour. Et c'est une folie bien aussi grave que celle du jumeau de Maître Magique. C'est un sentiment si déraisonnable, si instinctif, si primaire, que celui qui l'éprouve ne peut que le subir, sans rien faire, sans rien dire. L'incompétence et la servilité du Séide ne viennent point d'un penchant naturel, mais de sa rencontre avec Gudule. Il est tombé amoureux fou d'elle et de là a abandonné, sans le vouloir, toute possibilité d'agir par lui-même. Vos Excellences, que tous ceux qui sont ici prennent la place du Séide, car nous sommes tous amoureux : moi de lui, vous d'elle, etc... Votre Excellence accepterait-elle de perdre son Impératrice au nom de la raison ou en vertu d'un règlement qui interdirait d'aimer qui on veut ou qui on peut ? Votre Excellence la répudierait-elle dès maintenant s'il le fallait ? Ne se mettrait-elle pas plutôt hors la loi ?... «  Maître, ne nous rejouez pas Bérénice, s'il vous plait, intervint Marsupilania, docte jusqu'au bout des ongles. On connaît son Racine. » « Mais je ne joue pas, Madame l'assesseur. Le Séide a été incompétent parce qu'il aime Gudule qui est incompétente. Il a été inconvenant dans la mesure où son amour lui a fait perdre toute dignité. Que vos Excellences admettent que l'amour peut rendre plus stupide et mou qu'une serpillière et vos Excellences admettront que l'échafaudage de l'accusation s'effondre. Maître Magique a demandé la relax pour le Séide. Je supplie la cour non seulement de suivre cette demande, mais de prononcer en outre un jugement de réhabilitation en faveur de mon client. Je vous remercie. »

Cette fois, ce fut l'ovation dans la salle. La Femme maigre vint saluer plusieurs fois, jeta quelques baisers au public, agita la main et retourna près du Masque de fer, complètement groggy. Comment pouvait-elle tenir des discours aussi sensés alors que c'était lui qui savait si bien argumenter et développer une pensée ? C'était à devenir ermite, vraiment.

(A suivre)

(Quelle plaidoirie palpitante ! La Femme maigre a retourné la situation en faveur des accusés. Quel va être le jugement de la cour ? Les délibérations dureront-elles longtemps ? La cour sera-t-elle sensible à de tels arguments ? Bref, Gudule et le caribou fou sauveront-ils leur peau -ou du moins, éviteront-ils Pluton l'Infernale Atrocité ? Nous le saurons quand retentira la sonnette indiquant la reprise de l'audience...)

04 décembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 22

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EPISODE 22 : Où les plaidoiries commencent et où la parole est donnée à un orateur particulièrement... comment dire... Bavard ? Da. Bavard.

« Les accusés sont donc coupables de très grands manquements à la magie, continua le caribou magique, qu'elle fût noire ou blanche, et du côté du Bien comme du côté du Mal, on a certes beaucoup à leur reprocher. Je demande donc un châtiment exemplaire, mais mesuré, étant donné les circonstances atténuantes mentionnées plus haut : que le Caribou Fou et Gudule soient expédiés séance tenante sur Pluton l'Infernale Atrocité et y passent le reste de leurs jours. Quant au Servile Séide, sa servilité étant en soi une punition suffisamment terrible, je demande la relaxe pure et simple. »

Le public eut un mouvement de désapprobation : on était trop généreux avec ces crétins qui avaient transformé le centre de la terre, endroit si calme d'habitude, en quelque chose d'indescriptible. Etait-ce un Tribunal ou le confessionnal du Saint-Sacrement ? « Silence ! cria le caribou maléfique en donnant un nouveau coup de pattes sur la table. Sinon, je grille la salle ! » On se tut immédiatement. « La parole est à la défense, dit-il en se tournant courtoisement vers les avocats. Maître Masque de fer, Maître Femme Maigre, quand il vous plaira. »

« Plaide pour le caribou fou, chuchota la Femme Maigre à l'oreille du Masque de fer, tout en tripotant des dossiers dont elle n'arrivait pas à lire une seule ligne, la presbytie étant toujours à l'heure à ses rendez-vous. Je plaiderai pour Gudule. » « On va plutôt faire l'inverse, affirma le Masque de fer. J'ai quelques arguments concernant Gudule propres à émouvoir la cour. » « Gnaaaaa ! fit le caribou fou avec un odieux sourire. J'aimerais bien les connaître, par exemple, tas de ferraille avarié ! » Pendant ce temps, Gudule tortillait ses couettes en jetant autour d'elle des regards furibonds et le Servile Séide s'épongeait le front, ne faisait rien, ne songeait à rien ; il attendait qu'on voulût bien lui dire ce qu'il fallait penser de tout ça. « Je ne voudrais point vous presser, Maîtres, dit le Maléfique, un peu moins bienveillant qu'auparavant, mais il me semble que vous perdez du temps et nous n'avons point l'éternité devant nous. Enfin si, bien sûr, mais Notre Auguste Personne a autre chose à faire », termina-t-il en posant sa patte sur la main de la future Impératrice qui rougit fort gracieusement.

Le Masque de fer se leva : « Monsieur le Président, Madame L'Impératrice, Madame l'Assesseur, Maître Magique, Maître Femme Maigre, public qui m'adore.... » commença le masque de fer mais quelques « hou ! » se firent entendre dans l'assemblée, venant notamment de la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée. « Cette radasse odieuse que vous voyez dans le box des accusés, continua le Masque de fer, c'est ma fiancée ou plutôt mon ex fiancée. Je l'ai rencontrée chez la Marquise de Brinvilliers il y a de cela quelques siècles et cette atrocité m'a jeté un charme afin que j'accepte de la prendre pour épouse.  J'avoue l'avoir aimée quelques minutes, mais guère plus, et en tous cas, maintenant, je suis éperdument amoureux de la Femme Maigre, ma distinguée collègue présente à mes côtés. » La Femme Maigre s'inclina devant le public qui applaudit.

« Maître Masque de fer, intervint le Maléfique, inutile de raconter votre vie, on sait tout d'elle. » « Certainement pas, votre Excellence, répliqua le Masque de Fer. Personne ne peut savoir ce que cette poufiasse scrofuleuse m'a fait endurer. Elle a inventé des supplices à mon égard dont même le souverain du royaume voisin, à savoir l'enfer, n'a absolument aucune idée. » Les quelques diablotins invités par courtoisie au procès se levèrent immédiatement et une tempête de sifflements et de huées monta de la salle.

« Maître, inutile de provoquer un incident diplomatique, cela ne sauvera pas votre cliente, dit le caribou maléfique avec un geste d'apaisement envers les diablotins. Et tâchez d'accélérer la plaidoirie, parce que là, franchement, vous gonflez. » « Il a toujours eu cette manie de s'écouter parler, avança Multimédia avec un sourire d'excuse. Il faut le prendre comme il est. » « Certes, mais s'il continue sur ce ton désobligeant envers nos voisins et amis, nous passerons la parole à Maître Femme Maigre. » « Voilà, voilà, je ne peux même pas plaider comme je veux ! brama le Masque de fer, outré. La liberté n'existe plus ! Je suis toujours obligé de me plier à des règlements stupides qui ne tiennent en aucun cas compte de ma personnalité profonde ! Et on s'étonne à présent que me sois enfermé pendant des siècles dans la grotte pluri centenaire de l'île Sainte Marguerite ! Mais dans un monde pareil, où puis-je me cacher, je vous le demande ?! »

Marsupilania se pencha vers l'oreille frémissante du Maléfique : « Il est plus chiant que chiant, Votre Excellence, mais parfois, il dit quelques vérités. Le tout est de faire le tri. Ne le grillez pas tout de suite. » Pendant cet aparté, le Masque de fer s'était lancé dans un discours visant à montrer que sa vie auprès de Gudule, puis les incessants harcèlements de la sorcière lui avaient pourri l'existence à un point tel qu'il avait plusieurs fois frôlé le suicide. Le public hurlait de rire. On dû rappeler à l'avocat qu'il était là pour défendre Gudule et non pour l'enfoncer. Lorsqu'il se rassit, la cour n'avait plus un œil de sec et le public lui fit une ovation afin de le remercier de l'avoir si bien diverti.

(A suivre)

(La plaidoirie du masque de fer sera-t-elle efficace ? La Femme Maigre réussira-t-elle à sauver les trois accusés dans la mesure où l'intervention du Masque de fer n'a, on s'en doute, convaincu personne ? Ne risque-t-elle pas, elle aussi, de rater son discours ?... Laissons-lui le temps de réfléchir à ce qu'elle va dire...)

28 novembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 21

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EPISODE 21 : Où l'on assiste à un début de procès qui s'enlise dans des considérations oiseuses... 

Palais impérial du Caribou Maléfique, Maître du centre de la Terre.

Le tribunal s'est installé. Le Maléfique au milieu, la future Impératrice à sa droite, Marsupilania à sa gauche. Le public, autrement dit nos héros et beaucoup d'habitants désoeuvrés du centre de la terre devant eux. Les accusés : Gudule, le Caribou fou, le Servile Séide à gauche, dans un box. Les avocats de la défense (La Femme Maigre et le Masque de fer) près d'eux ; l'avocat général (le caribou magique) à droite, assis devant un bureau surélevé en face des accusés. Jo la Fine, promue finalement avocat de la partie civile (on se demande bien qui est cette partie civile, mais ce n'est pas grave) à côté de l'avocat général. Rumeurs et agitation dans la salle ; le monstre décacéphale braille de ses dix têtes et agite ses dix bras à l'instar de moulins à vent. Le public s'en fout comme de sa première chemise. Au premier rang de ce public légèrement indiscipliné, dans l'ordre, de gauche à droite : Le Prince Charmant Logarithme, La Belle Monogramme Princesse de conte de fée, Myxomatose, à qui la Princesse donne de sournois coups de pied dans les jarrets ce qui lui vaut en retour d'assez douloureux pinçons.

« Silence ! » clama tout à coup le caribou maléfique. Et, par extraordinaire, le silence s'installa dans la salle. On entendit seulement la voix amère du monstre décacéphale constatant avec une certaine tristesse et une lucidité certaine qu'il ne servait à rien. « Inutile de revenir sur la vie des accusés, continua le caribou maléfique, on la connaît. Maître, quels sont les chefs d'accusation ? » Le caribou magique se leva. « Incompétence rédhibitoire, sottise congénitale, folie notoire, débilité précoce, incapacité générale. » « Ca fait beaucoup, constata le caribou Maléfique. Et c'est un peu vague. » « En d'autres termes, votre Excellence, reprit le caribou magique, ils sont accusés d'utiliser la sorcellerie à des fins très peu humanitaires. » « Voilà qui est mieux », approuva l'Excellence.

Le Masque de fer se leva à son tour : « Et c'est d'autant mieux que la folie ne peut en aucun cas être passible d'un jugement de cour, votre Excellence », dit-il. Le maléfique approuva. « Juste. Rayez la folie. » La Femme Maigre se dressa aussi : « La sottise non plus, votre Excellence, dit-elle. Sinon, Maître Jo la Fine et moi-même aurions dû passer depuis longtemps en jugement. Je demande également l'annulation de ce chef d'accusation. » « Je ne pense pas que vous soyez sottes, dit le caribou maléfique. Opportunistes et prêtes à tout pour faire du fric serait une meilleure définition de vos capacités essentielles. Néanmoins, je veux bien aussi abandonner la sottise. Il reste donc : incompétence, débilité et incapacité. Plus, bien sûr, l'utilisation inconsidérée de la sorcellerie. » « La débilité n'est pas non plus un élément susceptible d'être envoyé devant les tribunaux, intervint le Masque de fer. Et Gudule n'est pas débile : juste très limitée intellectuellement. D'où son incapacité à faire correctement ce qu'on lui demande. » « A force de retirer les chefs d'accusation, il ne restera rien », protesta la future Impératrice. « C'est juste, ma mie, fit le Maléfique. Mais la remarque de Maître Masque de fer est exacte. Conservons seulement incompétence et le reste. La cour n'ayant aucune envie de se taper des témoins à charge et à décharge qui raconteront n'importe quoi, nous allons passer tout de suite au réquisitoire et aux plaidoiries. Maître Magique, vous avez la parole. »

Le caribou Magique se leva de nouveau : « Excellence Caribou Maléfique, Votre altesse future Impératrice, Madame L'assesseur, Maître Masque de fer, Maître Femme Maigre, Maître Jo la Fine, accusés, chers amis : il m'est bien difficile à moi, caribou magique, de me lancer dans un discours à but punitif dans la mesure où l'un des accusés est mon frère jumeau... » « C'est vrai, c'est vrai... » dit le public. Une rumeur circula : « Changez l'avocat général ! » Le Maléfique donna un coup de patte sur la table. « Silence ! On garde le ministère public tel qu'il est ! Continuez, maître. » « ... Et je sais qu'il possède quelques circonstances atténuantes, eu égard à ce qui a eu lieu lors de notre naissance... » La future Impératrice se pencha, l'œil bienveillant. « Maître Magique, pouvez-vous préciser à la cour la nature exacte de ces problèmes, afin que notre jugement soit le plus impartial possible ? » « Impartial, mon cul ! » grogna le caribou fou, appuyé contre le dossier de son banc. « Je m'insurge contre de telles manœuvres ! cria Gudule en se levant. L'avocat général est un pourri et un vendu qui sous couvert de réquisitoire va plaider pour son frère et me faire passer pour la responsable de tout ça ! Je ne veux pas manger de ce pin-là ! » « Pain, espèce d'idiote ! » rectifia le caribou fou en lui flanquant une gifle. « Oh mon maître, tu m'aimes encore, tu m'as frappée ! » roucoula Gudule, la main sur sa joue.

« Ca suffit ! tonna encore le Maléfique. Les accusés n'ont pas droit à la parole ! Maître magique, faites vite, s'il vous plait ! » « Je suis né le premier, expliqua le caribou magique. Puis mon frère s'est pointé mais le cordon ombilical s'est enroulé autour de son cou au moment de l'expulsion ; Il n'a pas été coupé assez tôt. » « Je comprends, fit Marsupilania. Le cerveau n'a plus été irrigué pendant un laps de temps... » « Exactement, approuva le caribou magique. Mon frère est donc devenu ce qu'il est aujourd'hui... » La Belle Monogramme se dressa et leva la main. « La parole est à la Princesse de conte de fée, dit le Maléfique. Qu'a-t-elle à dire, d'intelligent si possible ? » et Myxomatose ricana bassement. « Simplement que le caribou magique est en train de se tromper de rôle, il n'est point là pour plaider, mais pour réquisitionner », affirma la Belle Monogramme et toute la salle fit chorus. « Certes, certes », admit le caribou maléfique.

« Ce n'était qu'une petite digression, dit le caribou magique en lançant un coup d'œil furibard à la Princesse de conte de fée, laquelle se rassit, très contente d'elle-même. Car cet incident, s'il explique la folie de mon frère, n'excuse pas son allégeance aux forces du mal, et encore moins l'incompétence de Gudule et la servilité du Séide. »

(A suivre)

(Voilà un procès qui risque de traîner en longueur si tout le monde se met à blablater pour rien. Résumons : que va demander l'avocat général comme punition ? Que va demander la partie civile ? Les plaidoiries seront-elles à la hauteur de l'événement ?... Nouvelle suspension de séance.)

24 novembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 20

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EPISODE 20 : Où l'on assiste à un coup de théâtre inouï et sans précédent qui risque de transformer ce conte stupide et délirant en guimauve sentimentale. Mais ce n'est qu'un risque.. 

L'apparition du Caribou Maléfique n'avait pas pour autant assagi cette infâme bestiole connue sous le nom de Caribou fou ; il continuait de poursuivre Gudule qui continuait de couiner tandis que le Servile Séide (on l'avait un peu oublié celui-là, mais il était quand même toujours là) continuait, lui, de ne rien faire et d'avoir l'air stupide. « Cousin, je t'ordonne de cesser ce cirque ! » tonna une fois de plus l'Apparition Majestueuse et cette sommation fut aussi efficace que s'il s'était contenté de se curer les ongles. Adonc, il fallut prendre de sérieuses mesures. Il allongea une bonne claque au Caribou Fou lorsque celui-ci passa devant lui, puis un superbe coup de pied au derrière le projeta contre un mur où il s'assomma fort proprement. « Ah ! Ouf ! s'écria Gudule, si essoufflée qu'il ne lui restait qu'un filet de voix. Je vais enfin pouvoir me reposer cinq minutes ! »

« Tu ne vas rien te reposer du tout, sorcière ! clama le Caribou Maléfique. Monstre décacéphale, empare-toi de cette gadoue, ligote-la et fais-en autant avec mon cousin et ce machin qui sert d'esclave à la poufiasse ! » « Mais je n'ai rien fait », protesta le Servile Séide et on lui fit remarquer que c'était bien là ce qu'on lui reprochait.

Le monstre décacéphale ne se le fit pas dire deux fois. Les dix têtes poussèrent un « hourra » de triomphe tandis que les dix bras s'emparaient l'un de Gudule, le second du caribou fou (évanoui), le troisième du servile séide, et les sept autres s'empressèrent de sortir du néant une corde avec laquelle ils transformèrent les prisonniers en disgracieux saucissons.

« Bien ! fit le Caribou Maléfique. Ces trois individus passeront devant la cour de justice du Centre de la terre pour avoir transformé ce lieu paradisiaque en bordel intégral. » « Je proteste ! dit Gudule. Il semblerait que ce fût plutôt ces deux pétasses (on désigna de la tête Jo la Fine et la Femme Maigre) ainsi que ces odieux abrutis qui aient fait de ce céleste endroit un abominable enfer ! Mon maître et moi ne demandions rien, sinon le droit de continuer tranquillement nos exactions. » « Justement, crétine, tu n'avais aucun droit de venir semer le trouble ici, rétorqua le Caribou Maléfique. Tu viens toi-même de t'accuser ! Tu seras jugée et punie, puisque tu es la seule responsable ! » « Ah, enfin, je vais retrouver mon statut d'héroïne ! s'exclama Gudule. Ce n'est pas trop tôt. Je signale que le titre de ce conte est Gudule au centre de la terre et depuis un bon moment, on parle de n'importe qui sauf de moi ! Il serait temps de me rendre mon rang ! » « Ce sera le cas, ne t'inquiète pas », fit Son Excellence. Puis elle se tourna vers les corps qui jonchaient le sable. « Relevez-vous, dit-il avec majesté. Cousin Magique, je te salue ! »

Le caribou magique leva la tête, adressa à son tour son salut le plus obséquieux à son impérial cousin. « Ainsi donc, voilà ta bande, mon cousin ? » dit le caribou maléfique en contemplant la troupe écrasée à ses pieds. Le Caribou magique rougit mais très digne, assuma : « Oui, mon cousin. Veux-tu que je t'en présente les éminents membres ? » « Pas la peine, je les connaîtrai bien assez tôt. Vous allez tous me suivre au Palais et assister au procès de Gudule et de notre cousin le caribou fou. Il est grand temps de mettre fin à la menace qu'ils font peser sur la tranquillité de l'univers. »

Alors qu'il s'énonçait avec une pontifiante gravité, le Caribou Maléfique tourna la tête vers la Marsupilania's band qui, rassurée, se redressait avec une certaine lenteur. Son regard croisa celui de Multimédia. « Oh ! » fit-il doucement. Et il écarquilla les yeux. Multimédia sentit son légendaire stress l'abandonner et une exquise sensation l'envahir. « Oh ! » gémit-elle, extasiée, son regard dans le beau regard du Maléfique. « C'est elle !  chuchota le Caribou Maléfique, tout à coup très, très rouge. « C'est lui ! » fit Multimédia dans un râle d'extase. « C'est le caribou de ma vie ! » « Ca, c'est du coup de foudre ou je ne m'y connais pas, constata Myxomatose. On voit que l'auteur, mon alter ego, est un romantique pur et dur... » « C'est surtout un pervers, intervint la Belle Monogramme, Princesse de conte de fée et Reine des Chieuses. (NDA) Voilà qu'il donne à Multimédia des penchants zoophiles, maintenant ! Heureusement qu'il ne m'a pas fait le même coup parce que je sortais du texte pour lui casser la figure ! » Pendant que la Princesse disait absolument n'importe quoi, le Caribou Maléfique et Multimédia ne cessaient de se regarder. « C'est toi... » articula péniblement l'Excellence en tendant une patte vers celle qu'on peut déjà nommer sa bien-aimée. « C'est moi... » chevrota Multimédia qui avait vu trois fois la scène finale de Carmen et savait ce qu'il fallait répondre à cette affirmation existentielle.valseurs01.jpg 

Le Caribou Maléfique se pencha vers elle et très galamment, lui baisa la main. La lumière devint moins vive, se fit plus discrète et plus intime tandis qu'une valse faisait tout à coup entendre ses notes voluptueuses. « Dansons, ma douce », dit le Caribou Maléfique et notre nouveau couple s'élança sur la piste de danse sablonneuse. « Mince, il valse rudement bien », fit le Prince Logarithme, vaguement jaloux. « Oh, ça me rappelle mon jeune temps, fit la Femme Maigre en essuyant une vague larme au coin de ses yeux. Enfin, moi, c'était une autre sorte de danse... On appelait ça la décadanse... Tout un programme... » Le couple passa en tourbillonnant devant Jo la Fine, toujours assise par terre. « Oh là, oh là ! cria-t-elle. Ils m'ont flanqué du sable plein les yeux ! » « Relève-toi », conseilla Myxomatose. « Debout ou assise, la différence n'est pas très grande, dit Jo la Fine. Ah, si seulement j'avais mon escabeau !... » 

Le Masque de fer, émoustillé par le spectacle qu'on lui offrait, s'approcha de la Femme Maigre et lui proposa un tour de valse. Mais elle refusa, arguant que ce spectacle lui donnait plutôt envie de chanter. Un hurlement s'éleva de tout le centre de la terre : « NON ! » cria-t-on de toutes parts et la Femme Maigre eut l'air un peu vexé.

« Je crois qu'on n'est pas loin de la fin, chuchota le caribou Magique. Gudule et mon frère vont recevoir leur punition, Multimédia a trouvé son grand amour... L'auteur ne devrait pas tarder à mettre un terme à nos aventures. » « Ca va me manquer, à moi, de ne plus courir après Gudule, remarqua le Prince Charmant Logarithme. Au moins, ma vie n'était pas que platitude. » « Attends, attends, intervint la Belle Monogramme. Marsu n'est toujours pas casée, Gudule n'est pas expédiée sur Pluton ; à mon avis, nous avons encore un certain nombre d'épisodes en réserve avant de voir le bout de ce délire. »

Le couple princier avait fini par s'arrêter de danser. Le Caribou Maléfique abandonna un instant sa bien-aimée et s'approcha de nos héros. « Allons, rendons-nous au Palais sans tarder. Je serai le Président du tribunal, Multimédia et Dame Marsupilania seront les juges assesseurs. Cousin Caribou magique, tu représenteras le Ministère Public, et La Femme Maigre et le Masque de fer seront les avocats des accusés. » « Et moi ? » dit Jo la Fine, furieuse parce qu'elle estimait être traitée avec très peu d'égards. « Toi, tu seras l'ouvreuse et tu placeras le public, répondit Son Excellence. Et je te conseille d'accepter sans rechigner si tu ne veux pas te retrouver sur le banc des accusés ! Le monstre décacéphale assurera le service d'ordre. En route ! Qu'on emmène les prisonniers ! »

(A suivre)

(On vous l'avait bien dit : cet épisode est plein de surprises ! Maintenant, savoir ce qui va se passer... Comment se déroulera le procès ? Le Caribou Magique saura-t-il obtenir la plus forte peine pour les accusés ? Le Femme Maigre et le Masque de Fer sauveront-ils Gudule et sa bande ?... N'y aura-t-il pas encore des rebondissements ?... L'audience est suspendue.)

20 novembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 19

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EPISODE 19 : Où le lecteur suit les péripéties haletantes d'un duel hors du commun (par sa nullité) et où il faut l'intervention d'une force extérieure pour arriver à départager les deux incapables.

« Aïe, ouille, débile, arrête ! » gémissaient de conserve Jo la Fine et la Femme Maigre, toutes deux attaquées par leurs propres armes. Et pendant qu'elles se faisaient rosser, la Belle Monogramme soupirait et laissait tomber un « ça commence bien ! » quasi désespéré, tandis que ses compagnons essayaient vainement d'arrêter le carnage.

Finalement, le baquet et l'escabeau comprirent qu'ils étaient l'un et l'autre en train d'estourbir leur maîtresse, et s'arrêtèrent, confus. Le baquet prit une jolie couleur rouge tandis que l'escabeau, lui, verdissait quelque peu. « J'ai des bosses partout ! » gémissait Jo la Fine ; « je suis couverte de bleus », râlait la Femme Maigre en montrant ses bras osseux.

« On efface tout et on recommence, dit le monstre décacéphale. Et on tâche, si possible, d'être moins conne, compris toutes les deux ? »

Les deux ennemies hochèrent la tête en signe d'assentiment. Chacune récupéra son arme. « Fonce sur elle, tas de bois pourri ! ordonna Jo la Fine en donnant une tape sur l'escabeau. Et cette fois, ne te trompe pas ! »

L'escabeau prit son élan, puis son envol, et la Femme Maigre le vit arriver sur elle tel un aérolithe ; elle n'eut que le temps de crier « planche à laver, protège-moi » et le vol gracieux de l'escabeau fut stoppé net par une planche qui le frappa de plein fouet et l'expédia contre le mur. Puis le baquet, sans attendre l'ordre, se précipita vers Jo la Fine et s'abattit sur sa tête, la couvrant presque entièrement. « Au secours, cria cette dernière, il fait tout noir, je ne vois plus rien ! » et elle se mit à trépigner dans tous les sens, tandis que le baquet faisait « dong, dong », sur sa mini tronche.

« Bravo, la Femme Maigre ! » s'écria d'une seule voix la Marsupilania's band, et on applaudit à ce coup magnifique. Mais Jo la Fine n'avait pas dit son dernier mot. Soulevant le paquet par ses deux anses, elle le leva au-dessus d'elle et le lança sur son adversaire, tout en appelant l'escabeau à son aide. Celui-ci, remis de sa rencontre un peu brutale avec le mur, s'ouvrit en grand, prit un nouvel élan et culbutant le baquet, attrapa la Femme Maigre et la serra entre ses « jambes », comme dans un étau. « Bravo !  cria Jo la Fine. Etouffe-là, cette morue squelettique ! »

La Femme Maigre sentit ses os craquer de toutes parts et poussa un hurlement de douleur, tout en se débattant pour se libérer de l'étreinte de l'escabeau démoniaque. Le baquet et la planche à laver, unissant leurs forces, se jetèrent sur la demi portion et pendant que l'un la coiffait de nouveau, l'autre lui assenait de grands coups sur les jambes, les bras, coups si bien placés que Jo la Fine s'écroula en tas sur le sable et ne fut bientôt plus visible, recouverte qu'elle était par ses deux assaillants.

« Elles vont crever toutes les deux ! » constata Myxomatose en s'approchant du caribou magique. « Il vaudrait mieux pas, dit ce dernier. Cela n'arrangerait pas nos affaires. On peut aisément se passer du mini  monstre, mais pas de la grande bringue. » « Quelqu'un pourrait-il aider le squelette à s'en sortir ? » demanda la Belle Monogramme en se tournant de tous les côtés. « On n'intervient pas, Princesse de conte de fée, ordonna le monstre décacéphale. Vous n'avez pas le droit d'aider l'une ou l'autre. Vous regardez, c'est tout. » « C'est un spectacle répugnant », affirma Multimédia, les narines froncées. « Il est surtout désolant, murmura Marsupilania, pensive. Elles sont archi-nulles toutes les deux. Franchement, même moi, j'arriverais à faire mieux. »

Le caribou fou, pendant ce temps, s'était désintéressé du combat et admirait l'aisance avec laquelle il arrivait maintenant à faire surgir des flammèches au bout de ses pattes. Puis, pris d'une subite et très primesautière envie de se livrer à quelques facéties, il commença à cramer les cheveux de Gudule, laquelle se mit à hurler, détournant ainsi l'attention du public de ce fabuleux combat de cheftaines. « On ne distrait pas les lutteuses ! Ni les spectateurs ! protesta le monstre décacéphale. Ce n'est pas du jeu ! Caribou fou, cessez d'ennuyer Gudule ! » et le caribou fou se contenta de lui sourire de toutes ses dents, tout en continuant de brûler  par ci par là sa sorcière, laquelle couinait d'une façon fort désagréable et courait dans tous les sens pour échapper à la morsure des flammes.

On s'était quelque peu désintéressé de Jo la Fine et de la Femme Maigre afin de suivre ce nouveau et passionnant duel ; qui allait gagner ? Le caribou fou ou Gudule ? Le satanique animal allait-il arriver à transformer la sorcière en charbon de bois ou Gudule allait-elle réussir à renverser la situation en sa faveur et à rejeter les flammèches sur son assaillant ? Les paris étaient ouverts et chacun encourageait à sa façon son favori.

« Oh, bandes de taches, on est en train de claquer ! » protesta vigoureusement Jo la Fine et la Femme Maigre renchérit par un « je suis étranglée, faites quelque chose, tas d'abrutis ! »

Au même instant, il y eut un éclair qui éclaira la plage d'une lueur sinistre, et dans un nuage de fumée, apparut le Caribou Maléfique, dans toute sa splendeur de Maître du Centre de la Terre. « Ca suffit les conneries ! tonna-t-il. Il est temps que je remette un peu d'ordre dans cette gabegie ! Que l'escabeau, la planche, le baquet tombent en poussière ! » Et aussitôt, il n'y eu plus sur le sable fin que les résidus des instruments magiques. « Ben merde, fit Jo la Fine. Je vais faire comment, moi, maintenant, pour voir quelque chose ? Je vais me jucher où ? » « Et dans quoi  je vais laver mes hardes ? » demanda la Femme Maigre, courroucée. « Vos gueules toutes les deux, abominables andouilles ! tonna une fois de plus le caribou maléfique. Et que tout le monde se courbe devant moi ! » « Je suis déjà allongée, dit Jo la Fine, ça devrait suffire. » « Je ne peux pas me courber, dit la Femme Maigre. J'ai tous les os en miettes. »

Mais le caribou magique avait ordonné d'un geste à ses compagnons d'obéir, et toute la Marsupilania's band tomba à plat ventre, y compris la Princesse de Conte de fée, pourtant comme à son habitude récalcitrante, mais que la main de son Prince Charmant avait expédiée manu militari à terre.

(A suivre)

(Voilà donc le duel interrompu -pour notre plus grande joie. Que va faire le caribou maléfique ? Laquelle des deux « combattantes » va-t-il déclarer vainqueur ? Y aura-t-il seulement un vainqueur ? Et quelle sera son attitude vis-à-vis du Caribou Fou et de Gudule ? Va-t-il aider nos amis ? Impossible de le savoir pour le moment. Donc, qui vivra verra -ou verrat, bien sûr...)

06 novembre 2009

Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre 18

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EPISODE 18 : Où le plan du caribou fou se révèle (pour une fois) efficace et où l'on assiste aux préparatifs de la confrontation entre deux prétendues « magiciennes ». 

Dans le ventre de la baleine, le caribou fou continuait de chercher l'endroit propice pour déclencher chez l'animal des nausées suffisamment fortes pour les éjecter sur la terre ferme. L'ayant (à peu près) trouvé, il fit surgir au bout de ses pattes de petites flammèches, souffla dessus pour leur donner plus de force et avec un ricanement odieux, les appliqua contre la paroi visqueuse. L'effet ne se fit pas attendre. La baleine eut un gigantesque soubresaut qui projeta tout notre petit monde aux quatre coins de son ventre, poussa un rugissement (si l'on peut dire) de douleur, contracta ses muscles, ouvrit sa grande gueule et s'empressa de rejeter une nourriture aussi peu digeste et pour le moins récalcitrante. Et toute la bande, escabeau compris, se retrouva sur le plage, les quatre fers en l'air,  Seul Jonas, qui était sorti de son évanouissement, avait pu se retenir à une dent et fut réavalé lorsque la baleine, se sentant nettement mieux, referma la bouche. Puis, ayant pour un moment perdu le goût d'une certaine nourriture, elle fila à fond de train vers le centre de la mer intérieure et ne s'arrêta que lorsqu'elle s'estima à l'abri de toute tentation intempestive.

Le premier à reprendre ses esprits fut le caribou fou. Jo la Fine gisait en tas disgracieux sur le sable, l'escabeau, grand ouvert, n'avait pas fière allure, Gudule et le Séide, étalés les bras en croix l'une contre un rocher, l'autre sur le même rocher, étaient visiblement partis pour un bon moment au pays des songes. Le caribou fou eut donc tout le loisir d'examiner avec plus d'attention ses compagnons d'aventure. Autant dire que ce genre d'examen ne lui donna pas le moral. « Deux sorcières nullissimes, un Séide complètement lobotomisé, un escabeau qui obéit quand il en a le temps, je suis vraiment mal parti », songeait-il et le désespoir l'envahit. Pas longtemps. On s'en souvient, notre caribou chéri n'était pas du genre à se laisser aller à des crises de lamentations. « Bon, finalement, heureusement que je suis là ! » dit-il à voix haute et il alla « réveiller » ses acolytes avec de bons coups de pied là où ça fait le plus mal.

Pendant ce temps, le monstre décacéphale conduisait la Marsupilania's band vers le lieu du combat. En chemin, ils croisèrent un vieux tout rabougri qui les retint un moment avec des considérations oiseuses et même la police, pourtant bien informée, du centre de la terre ne put reconnaître sous ce déguisement le Caribou Maléfique qui avait décidé d'intervenir et de mettre fin très prochainement à cette lamentable errance.

Lorsque nos amis débouchèrent sur la plage, ils se trouvèrent face à face avec leurs ennemis. Jo la Fine et l'escabeau magique étaient au premier rang ; derrière elle se tenait le caribou fou, prêt à intervenir au cas où ; et très loin, parce que totalement inutiles, Gudule et le Séide, occupée la première à manger ses couettes et le second  à sourire de la façon la plus niaise qu'il eût pu imaginer.

« Halte ! » ordonna le monstre décacéphale et toute la bande s'arrêta en un instant, non sans quelques heurts. La femme maigre s'avança, suivie du Masque de fer, portant toujours baquet et planche à laver. Le vieux rabougri alla s'installer dans un coin et se frotta les mains, savourant à l'avance le spectacle qu'on allait lui offrit gratis. La Belle Monogramme, Princesse de conte de fée, l'imita aussitôt et, ayant arrangé sa robe du mieux qu'elle pouvait, posa son gracieux séant sur un rocher ; elle fut rejointe aussitôt par le Prince Logarithme, toujours Charmant, même après tant d'aventures, tandis que Multimédia s'asseyait sur le sable et que Myxomatose et le caribou magique préféraient rester debout, l'un pour pouvoir s'enfuir le plus rapidement possible si l'affaire tournait mal, l'autre pour aider la femme maigre si le besoin s'en faisait sentir - et le caribou magique avait la vague impression qu'il allait devoir intervenir.

Le monstre décacéphale enfla ses dix têtes et la première prononça quelques paroles d'un ton si sentencieux que la Princesse de conte de fée ne put s'empêcher de ricaner. « Femme Maigre, Jo la Fine, Planche et baquet magiques, Escabeau, le sort de nos visiteurs sont entre vos mains, dit-il. Vous allez vous affronter en combat loyal et l'avenir des vaincus sera entre les mains des vainqueurs. Je souhaite évidemment que mes protégés gagnent, parce que savoir Gudule et le caribou fou ici me donne des pustules et me fait avoir des cauchemars, mais je n'interviendrai pas au cours de la lutte. Je demande aux deux cousins caribous de se tenir tranquilles eux aussi (et le caribou fou, à cet instant du discours, tira une énorme langue et roula des yeux de dément) et de laisser nos deux magiciennes régler votre sort. Femme Maigre, Jo la Fine, êtes-vous prêtes ? » « Je suis prête », affirma la Femme Maigre en faisant signe au Masque de fer de poser ses instruments sur le sol. « Moi aussi », dit Jo la Fine en retroussant ses manches. « Qui va gagner, à ton avis ? demanda la Belle Monogramme dans un souffle à son Prince Charmant. La planche à pain ou le mini monstre ? » Le Prince Logarithme leva les mains en signe d'ignorance. Marsupilania, assise sur un rocher près du vieux décati, sortit sa boîte de cigares. « Je sais que c'est interdit, mais j'ai les nerfs en pelote, dit-elle. Tant pis, je fume ! »

L'instant était trop grave pour que le monstre décacéphale lançât sur elle un jet d'eau froide. D'ailleurs, il était trop occupé à vérifier que ni la Femme Maigre ni Jo la Fine ne dissimulaient sur elles des armes interdites. « Que le combat commence ! » lança-t-il de ses dix voix et un roulement de tonnerre résonna lugubrement sur la plage.

« Baquet, saute à la gorge de cette immonde pétasse ! » ordonna la Femme Maigre. « Escabeau, va assommer cette erreur de la nature ! » ordonna Jo la Fine, et le baquet se jeta sur la Femme Maigre tandis que l'escabeau commençait à frapper Jo la Fine.

(A suivre)

(Ca commence bien ! Les instruments magiques se révolteraient-ils contre leur maîtresse respective ? Ou bien les deux « magiciennes » sont-elle si nulles que Gudule à côté fait figure de génie en ce qui concerne la sorcellerie ? Qui va gagner ? Et y aura-t-il une gagnante, vu la façon dont le combat s'engage ?... Restons zen et attendons, nous verrons bien...)

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