28.06.2008
Germaine Beaumont
Germaine Beaumont : voilà un nom qui ne vous dit peut-être rien, ou pas grand-chose. Pour les plus âgés d’entre nous, peut-être est-ce un vague rappel de la TSF d’autrefois, quand, le mardi soir, dans les années 50 et 60, passait une émission intitulée Les Maîtres du mystère, signée Germaine Beaumont…
Je l’avoue humblement : seul ce souvenir d’elle me restait. J’ignorais qu’elle avait écrit des romans, des nouvelles, qu’elle avait été journaliste, avait fréquenté les salons littéraires parisiens dans l’entre-deux guerres et après la seconde guerre mondiale, que sa carrière s’était poursuivie jusque dans les années 80, 1981 plus exactement, année de la parution de son dernier roman Une odeur de trèfle blanc. J’ignorais qu’elle avait été une lectrice passionnée des sœurs Brontë, de Virginia Woolf, qu’elle avait acquis ses galons de journaliste au Matin, sous la férule impitoyable de la grande Colette elle-même. J’ignorais enfin que j’allais un jour découvrir son univers, m’y plonger avec délices et en ressortir ébloui, et peut-être plus vraiment le même qu’auparavant.
Une partie de son œuvre vient d’être rééditée dans la collection Omnibus, en deux volumes : le premier s’intitule Des Maisons, des mystères et regroupe trois romans : La Harpe irlandaise, Les Clefs et Agnès de rien. Le second volume a pour titre général Des familles, des secrets : il contient deux romans, Du côté d’où viendra le jour (titre magnifique à mon humble avis) et La Roue d’infortune ainsi qu’un recueil de nouvelles, L’Enfant du lendemain.
Colette définissait les trois romans contenus dans le premier volume comme « des romans policiers sans police ». En fait, il s’agit plutôt de « romans de famille », dans lesquels les femmes tiennent le premier rôle. Secrets hideux à découvrir, squelettes dans les placards, drames du passé, soigneusement enfouis dans les mémoires et qui ressurgissent à la faveur d’un présent que les héroïnes subissent plus qu’elles ne maîtrisent… Il suffit de trois fois rien pour que l’ordre des choses soit bouleversé : Une sorte de « vision » perçue par Laura dans La Harpe irlandaise ; l’allure énigmatique et détachée du monde de Frédérique dans Les Clefs ainsi que son étrange faculté à voir dans l'obscurité ; la faiblesse et la naïveté d’Agnès dans Agnès de Rien. Dans chaque roman, ce sont les pierres, les meubles, les jardins, les maisons qui chuchotent, témoins, gardiens de ces tragédies enfouies. Face à ces femmes solitaires, il y a les autres, les mesquins, les petits, les envieux : tout un monde d'étroitesse et de cupidité qui s'acharne à les empêcher de trouver la lumière.
La force des romans de Germaine Beaumont, ce n’est pas seulement l’intrigue, qui souvent passe au second plan : c’est la description des lieux, toujours liés d’une façon ou d’une autre au destin des héroïnes, c’est l’atmosphère délétère, voire maléfique, qui plane sur les maisons ; c’est la lente et prodigieuse descente au fond de l’âme humaine et plus précisément de l’âme féminine, c’est l’observation minutieuse de tous ces petits riens qui composent les grands drames. A ce titre, Du côté d’où viendra le jour, s’il n’est pas le roman le plus représentatif du talent de Germaine Beaumont, est sans aucun doute celui qui vous hante le plus longtemps.
Ce roman est compris dans le second volume, Des familles, des secrets : cette fois, il n’y a plus de « roman policier » qui tienne. Plus d’énigmes à résoudre, de drames oubliés à découvrir. Ce sont des histoires simples, celles de femmes d’un autre temps, d’une autre époque, ensevelies dans le silence et l’obéissance à leur famille, écrasées par un milieu qui les retient prisonnières, tant physiquement que moralement. Elles essaient de trouver tant bien que mal un remède à leurs maux : ce sera la révélation divine pour Armande dans Du côté d’où viendra le jour et le meurtre, puis le rachat par la mort pour Nellie dans La Roue d’infortune.
Du côté d’où viendra le jour ouvre ce volume et le titre ne prend sa signification qu’à la dernière ligne du roman. Voici ce qu’en dit Hélène Fau, qui a signé la postface du second tome :
« Le premier de ces textes, Du côté d'où viendra le jour a été écrit pendant la guerre, en 1941, et publié l'année suivante. Il porte en lui l'écho des inquiétudes et des doutes de son auteur, perméable à l'air de son temps mais constitue aussi une expérience créatrice inédite dont Germaine Beaumont conservera longtemps Ie souvenir doux-amer. Alors qu'elle est lancée dans la rédaction de ce huitième roman, elle doit subitement s'arrêter, en proie à une véritable crise d’inspiration. « Le livre se fermait devant moi, sans horizon et sans issue ; les personnages s'estompaient dans cette brume que connaissent la plupart des écrivains ; cette subite absence de vie et de chaleur me fit perdre le don de création.» Mais il faut bien vivre : elle s'interrompt pour honorer une commande du journal Le Temps. Ce sera Agnès de rien, rédigé d'un trait, qui connaîtra le succès lors de sa parution chez Plon en 1943. Puis elle reprend Du côté d'où viendra le jour et parvient à le mener à son terme, non sans difficulté.
« C'est de tous mes livres celui qui s'est le moins vendu et dont on m'a le moins parlé », regrette Germaine Beaumont qui lui voue pourtant l'attachement secret d'une mère à son enfant le plus fragile. […] L'ouvrage est précédé d'une préface dans laquelle l'auteur expose, non sans un certain art de la dramaturgie, les difficultés et le mystère qui entourent les circonstances de sa conception, lequel mystère prend les traits d'une inconnue fantomatique croisée au hasard des rues de Paris. Cette passante, à laquelle est dédié Du côté d'où viendra le four, c'est Armande Armand-Louvesne dont le nom et l'allure annoncent l'opulence un peu ternie d'un autre siècle.
« Sans doute ai-je touché à des problèmes qui n'intéressent que moi », confie Germaine Beaumont avec sagesse dix ans plus tard. Ce roman se distingue en effet de l'ensemble de sa production littéraire notamment par les thèmes qu'elle y aborde, la charité et le miracle de la grâce, et qui le colorent d'une nuance mystique particulière. Cet aspect n'échappe pas aux critiques de l'époque. On est loin des « ironies moqueuses, bouffonnes même, auxquelles ses autres livres nous ont habitués », commente l’un d’eux. […] Les éloges de Colette vont également dans ce sens. « Bougresse, tu m'as bien eue », s'indigne l'illustre occupante du Palais Royal. C'est qu'elle a été prévenue de la parution du livre par son voisin Cocteau, avec qui elle se rend chez Stock pour s'en procurer un exemplaire. « Mon enfant, comme tu montes droit. Comme tu te sers de ces grandes choses, auxquelles j'ose à peine toucher, et encore en me tortillant d'un air gêné», écrit-t-elle à Germaine à qui elle avoue ses larmes «de lecteur dur à lui-même» pour la prière de la fin. Cette prière force du reste l'admiration d'une autre plume illustre, François Mauriac, dont Germaine Beaumont s'approche ici par la subtilité de l'analyse psychologique et surtout par la tension que provoque l'enjeu religieux chez ses personnages. »
De Nellie, l’héroïne de La Roue d’infortune, on serait tenté de faire une seconde Thérèse Desqueyroux : ce sont toutes deux des empoisonneuses. Mais leur ressemblance s’arrête là. Nellie n’est pas le « monstre » que dépeint Mauriac, ses motifs ne sont pas les mêmes que ceux de Thérèse. Certes, toutes deux étouffent dans leur milieu, toutes deux subissent leur destin ; c’est l’amour, cependant, qui guide la main de Nellie, l’amour passion pour un autre homme que son mari, un homme qui, d’ailleurs, se révélera être un menteur et un manipulateur. Thérèse n’agit nullement par amour ; il n’y a en elle et autour d’elle qu’un immense vide, et ce n’est que dans les dernières pages de La fin de la nuit que lui viendra la grâce. Si Nellie commet l’irréparable, c’est qu’elle espère échapper au pire. Dans sa longue introspection, Thérèse ne parvient pas à trouver le motif exact de son acte alors que Nellie est tout à fait consciente de ce qu’elle fait et surtout des raisons pour lesquelles elle le fait. Et qu’est le pire, pour Nellie ? C’est le mariage, qui permet aux jeunes filles d’échapper, comme le dit Mauriac, aux « barreaux vivants d’une famille » mais ouvre une autre prison, pas plus épanouissante que la précédente. Luxe, bijoux, soirées, sortie, considération sociale se payent et c’est ce que devine Nellie : « A mesure que les jours passaient […] une croissante angoisse dénaturait ma joie ». Alors quand surgit l’amour, le vrai, de quoi ne devient-on pas capable pour le vivre pleinement ?
Laissons le mot de la fin à Germaine Beaumont elle-même. A la question posée par une journaliste en 1975 et qui peut se résumer en une courte phrase : « pourquoi vos héroïnes sont-elles toutes des victimes ? », la romancière répondit : « Parce qu’elles souffrent davantage, étant à la fois plus vulnérables et plus dures que les hommes. Parce que la plupart d’entre elles ne disposent pas encore d’échappatoires. »
Mesdames, qu’en pensez-vous ?...
PS : Je doute cependant que notre époque, totalement dénuée de la plus petite spiritualité, soit capable d'apprécier ce genre de littérature...
17:25 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, blog
18.05.2008
La Fille du régiment
Il n'est pas dans mes habitudes d'une part de consacrer un article élogieux à qui que ce soit ou quoi que ce soit, et d'autre part de jouer les critiques musicaux ou littéraires parce que j'en suis généralement incapable et que ce n'est pas le but de ce blog.
Mais là, c'est différent.
J'ai eu ce week-end non pas ce qu'on appelle une "révélation" mais plutôt un coup de chance fabuleux dû au hasard le plus total. Je me suis procuré le DVD de l'opéra de Donizetti La Fille du régiment, enregistré lors d'une représentation à Covent Garden (Londres) en 2007.
C'est tout simplement génial.
La mise en scène est truffée de gags désopilants qui torpillent tout ce que le livret peut contenir de patriotisme niais. Les paroles idiotes à la gloire de la guerre, de l'armée, de la France impériale de Napoléon III deviennent tout à coup fort savoureuses grâce aux inventions du metteur en scène et costumier Laurent Pelly. Les soldats, vêtus d'un uniforme qui ressemble fort à celui des poilus de 14, en deviennent réellement sympathiques ; l'arrivée sur le plateau, à la fin du deuxième acte, d'un char d'assaut destiné à pulvériser les invités de la marquise, déclenche le fou rire du public. Quant au "ballet" des servantes qui ouvre le deuxième acte, il est hilarant. Et ce ne sont que quelques exemples de trouvailles qui redonnent à cet opéra comique un peu poussiéreux une jeunesse et une vitalité absolument ahurissante.
Et l'interprétation ? Et bien tant scénique que vocale, elle est extraordinaire. Dawn French, d'abord, la complice de Jennifer Saunders (créatrice de Absolutely Fabulous), dans le rôle parlé de la Duchesse de Crackentorp, est tout bonnement géniale de drôlerie caricaturale ; Felicity Palmer, très grande dame en Marquise de Berkenfeld, tantôt émouvante, tantôt parfaitement ridicule possède une voix superbe et se révèle une merveilleuse actrice. Le rôle de Tonio, le jeune tyrolien amoureux de l'héroïne est tenu par Juan Diego Florez, capable des prouesses vocales les plus extravagantes dans l'air "je suis soldat".
Quant au rôle titre, il est tenu -et avec quelle maestria- par Nathalie Dessay. On peut légitimement trouver qu'elle en fait dix fois trop, mais ne boudons pas notre plaisir : le rythme étourdissant qu'elle impose à la représentation, la facilité avec laquelle elle se joue de certains airs redoutables de la partition font que les trois quarts du spectacle reposent sur sa prestation. On ne s'ennuie pas une seconde, on rit énormément et elle arrive à communiquer à tout le public (et à celui qui regarde le DVD) une telle joie de vivre et une telle gaieté qu'on regrette vraiment de voir le rideau tomber sur le dernier choeur, chanté à la gloire de la France, et pendant lequel, malicieusement, l'image d'un coq en pleine gloire vient se plaquer sur le fond de la scène... Dernière ironie, dernier clin d'oeil humoristique (et ce sont bien les termes qui s'appliquent à toute la représentation) de Laurent Pelly.
Enfin, entendre les dialogues parlés (réécrits par Chantal Mélinand) prononcés en français avec l'accent anglais est également un délice. Et ce qu'il y a de merveilleux, c'est la complicité qui s'installe entre le public de Covent Garden et les artistes. Public conquis par la musique, l'interprétation, la mise en scène... J'ai rarement assisté à une telle ovation à la fin d'un spectacle.
13:33 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : opéra, musique, culture
09.05.2008
Petits arrangements entre amis
PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS
Connaissez-vous la dernière invention (qui risque de faire fureur dans les années à venir) de certains parents d’élèves et médecins d'une certaine banlieue lyonnaise ? Ces deux catégories conjointes (parvenus friqués + médecins-serpillères complaisants) ont trouvé un moyen infaillible d’entuber bien profond l’Education Nationale : Le Certificat médical pour maladie soudaine de deux ou trois heures. (Le nombre d’heures dépendant effectivement du degré de gravité du mal ou du choix du patient client –parce qu’évidemment, ça se paye.)
Anecdote (sous forme de conseil aux ados) : Vous êtes un élève de première. Vous avez un exposé à faire un matin pendant le cours de 8 h à 10 h mais vous n’avez pas envie de vous taper une sale note parce que :
1) Préparer cet exposé est très chiant et vous avez autre chose à faire, de plus important (foot, tennis, etc…)
2) Vous ne savez pas faire et vous n’avez aucune idée de ce que vous pouvez bien dire sur le sujet.
3) Vous avez beau eu vous connecter sur Internet, vous n’avez pas trouvé d’exposé pré-mâché.
Une seule solution pour éviter la cata : ne pas aller en cours, prétextant que vous n’êtes vraiment pas dans votre assiette. Jusque là, rien d’anormal.
Problème : le règlement intérieur de votre établissement prévoit qu’une absence non justifiée par un certificat médical à un devoir (et hélas, un exposé = devoir) est sanctionnée par un zéro. Donc, il faut ruser.
Qu’à cela ne tienne : vous expliquez votre cas à papa – maman (en leur mentant ou non sur le motif de votre soudain malaise, à vous de voir) ; comme on vous aime à la folie et qu’on ne tient surtout pas à ce qu’un zéro vienne entacher votre moyenne et vous empêche –sait-on jamais- de briguer une classe prépa qui ne demande qu’à vous recevoir les bras ouverts, on vous expédie chez X… médecin le plus proche, ami de la famille ou nouvellement débarqué dans le coin et qui a besoin de se constituer une clientèle fidèle.
Par chance pour vous, vous avez affaire à une personne compréhensive : « Oui, mon petit, vraiment, vous n’avez pas l’air bien, c’est évident. Votre établissement et vos profs sont d’une cruauté inouïe à votre égard. Pour vous consoler de vos peines, je vais vous faire un certificat médical pour deux heures. Ca fera 50 euros. »
Nanti du précieux papier, vous arrivez donc tranquillement à votre lycée vers 10 heures ; votre maladie matinale est tout à coup guérie, et vous brandissez le certificat sous le nez de votre professeur : vous êtes couvert, vous n’aurez pas zéro et vous n’aurez pas fait cet exposé chiant et débile qui risquait de vous donner vraiment mal à la tête. Triomphe absolu. Vous les avez eus, ces cons.
L’anecdote pourrait s’arrêter là.
Mais imaginons que ledit prof ne soit pas dupe, l’administration de l’établissement non plus, et qu’ils décident (les salauds !) de ne pas accepter cette excuse : le certificat part à l’Ordre des Médecins avec une lettre explicative détaillée, et on vous colle quand même un zéro.
La tuile ! Mais c’est qu’ils se révoltent, ces esclaves ? Non mais, attendez, ça ne va pas se passer comme ça. Heureusement pour vous, Superman est là, de même que Wonderwoman. Votre père, chef d’entreprise ou quelque chose comme ça, habitué à tout voir plier devant lui, y compris les balustrades en fer forgé, est mis hors de lui par cette intolérable résistance. Il téléphone à l’établissement, engueule les secrétaires, inonde la Direction de récriminations et menaces diverses ; pendant ce temps, votre mère pond une lettre contenant toute l’indignation du monde : quel est donc ce prof qui ne croit pas aux certificats médicaux ? Pour qui se prend-il ? Vos parents font front, ils se déchaînent pour vous tirer de ce mauvais pas. Votre père alerte l’Inspection Académique, le Rectorat. Pour un peu, il écrirait à Sarko et même à Dieu le Père si sa « connasse de secrétaire » était seulement capable de trouver son adresse.
Vous accuser de mensonge ! Accuser votre médecin de complaisance à votre égard ! C’est intolérable, tout simplement. Dieu merci, le Rectorat a pris conscience de l’infâme complot monté contre vous : on téléphone à l’Etablissement, on dit à la Direction de se calmer : pourquoi faire tout ce bruit pour quelque chose de si anodin ? Il faut laisser tomber cette affaire qui n’a aucun intérêt et surtout ne pas faire de vagues : ça pourrait gâcher les garden-parties du Recteur. (A défaut de l’intéresser.)
Que déduire de cette anecdote presque imaginaire ?
1) Que certains parents apprennent avec une admirable constance à leurs chérubins la lâcheté, la malhonnêteté et qu’ils en font de merveilleux prédateurs dans un monde bâti pour eux.
2) Que certains médecins, pour des raisons qui ne regardent que leur conscience, n’hésitent pas à gratter ces tristes parvenus là où ça les démange, quitte à oublier le serment d’Hypocrate et la plus petite notion de déontologie.
3) Que les hautes instances de l’Education Nationale se fichent notoirement de ce qui devrait pourtant être la base de cette institution : l’apprentissage de l’honnêteté et de la droiture.
Il ne faut pas faire de vague : ce serait politiquement incorrect.
Vous vous souvenez de la chanson de Guy Béart : La Vérité ? (1968) Prémonitoire, à coup sûr. Et tellement d’actualité dans une société où l’hypocrisie atteint son zénith…
Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.
J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.
A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu'il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.
Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l'Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.
Combien d'hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s'évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent "juste" à l'heure.
L'inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.
Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C'est plus juste en somme
D'abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.
Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Guy Béart
07:22 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : société, éducation, enseignement, politique, satire
03.05.2008
Scène ordinaire d'une vie ordinaire
Promenade hier après-midi au Parc de la Tête d'Or. Assis sur un banc, je lis quelques nouvelles fantastiques de Bram Stocker (pas terribles entre nous, rien ne vaut Dracula. Mais le problème n'est pas là. )
Passent devant moi un père et son fils. Le père, la trentaine, le fils, deux ou trois ans. Sur le chemin, un joli pigeon multicolore qui cherche de la nourriture en gloussant tranquillement.
Geste du père (adulte) : courir après le pigeon pour lui faire peur et l'obliger à s'envoler. Ce que fait la bestiole, pas bête au point de s'affronter à un con pareil. Le fils abandonne son tricycle pour mieux voir ce que fait son père. Ledit père, encourageant, désignant le pigeon qui s'est réfugié sur la pelouse : "vas-y, cours-lui après, fais-lui peur !" Et le gamin, évidemment, d'obéir. Envol du pigeon, cris de joie du gamin.
Scène banale et ordinaire, direz-vous. De celles qu'on voit dans tous les parcs quand les adultes plus bêtes que les animaux apprennent à leurs gamins à effrayer des oiseaux.
Elle m'a laissé songeur, cette scène. j'ai rêvé un moment d'un être humain capable de dire à son mouflet : "Arrête-toi, ne fais plus un geste, regarde comme il est joli, ce pigeon, comme ses plumes ont de multiples couleurs. Regarde-le marcher, est-ce que cela ne te donne pas envie de le caresser ?..."
J'ai pensé un instant à ce que serait peut-être ce petit garçon plus tard : de l'espèce de ceux qui cherchent à tout prix à faire peur aux oiseaux, pauvre résidu d'homme qui n'a aucune aile pour voler, pas même en pensée ?....
13:11 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : société
16.04.2008
Les envahisseurs
LES ENVAHISSEURS
Les plus vieux mûrs d’entre vous se souviennent sans doute de la série télé des années 70 où le héros, David Vincent, était aux prises avec des « envahisseurs venus d’une autre planète », et qu’il avait vus, une nuit qu’il « cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. » Ces affreux extra-terrestres avaient deux particularités : 1) Quand ils mouraient, ils se dissolvaient dans une très jolie lumière rouge ; 2) On les reconnaissait au petit doigt d’une des deux mains qui, je crois, ne pouvait pas se plier. Bref, tout ça pour dire que les envahisseurs sont revenus parmi nous et qu’ils hantent –entre autres- les rames du métro lyonnais aux heures de pointe.
Seulement voilà : ce ne sont plus des êtres a priori comme vous et moi, mais des androïdes dont le cerveau est relié à une machine via des fils qui pendouillent élégamment le long du visage, les pseudo oreilles servant de récepteur, puisqu’à l’intérieur, on a introduit un bout de métal censé transmettre les ordres venant de l’extérieur.
Ces androïdes ont une apparence humaine quasi parfaite ; n’étaient ces fils disgracieux, on les prendrait vraiment pour des gens de notre espèce. De nombreux modèles différents circulent, aussi bien masculin que féminin, et on en trouve dans les classes d’âge variant entre 15 et 35 ans. (Avant 15 ans, il parait que le cerveau est trop mou, et après 35, trop racorni.) On ne peut qu’admirer l’ingéniosité des techniciens extra-terrestres qui nous ont envoyé ces prototypes ; il semble cependant qu’ils doivent améliorer leur production de manière à faire disparaître complètement la cervelle et les fils.
Toujours est-il qu’il est facile de les reconnaître : outre les filaments qui sortent des oreilles, on remarque chez eux un air hébété, comme s’ils étaient absents mentalement du monde où on les a expédiés, et, chez les plus réussis, une expression d’intense idiotie répandue sur le visage. Leur avantage est qu’ils sont en général silencieux mais –gros désavantage lié à leurs oreillettes- sourds comme des pots. Vous pouvez vous égosiller pendant une heure pour leur faire comprendre qu’ils bouchent le passage et que vous aimeriez bien descendre à la prochaine station, rien ne se passe. Ils sont plantés comme des piquets devant la porte et leur regard vide ne voit que le néant.
De temps en temps, toutefois, l’un(e) d’entre eux est saisi(e) de quelques mouvements convulsifs qui l’obligent à se déhancher stupidement sur un rythme douteux, mais c’est la seule manifestation de vie qu’ils sont capables de montrer. Là aussi, il y a des progrès à faire, chers ingénieurs d’une autre galaxie.
Il paraît que le rêve de ces envahisseurs est de peupler notre planète. Ils sont en train d’y arriver. Alors, si vous en croisez un(e), dessoudez-le/la sans avoir pitié de lui/elle. De toutes façons, ce ne sont que des machines sans âme, sans esprit et sans vie réelle. Vous aurez fait œuvre de salubrité publique.
N’attendez cependant pas qu’ils se transforment en poussière rouge pour vous tirer. Ces androïdes n’ont pas le pouvoir de leurs prédécesseurs, hélas. Leur cadavre est du genre à encombrer les couloirs de métro. Il y a déjà assez d’immondices qui traînent par terre….
13:35 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, humour, satire
12.04.2008
Je suis un monstre
JE SUIS UN MONSTRE
OU
COMMENT EVITER DE FAIRE LA QUEUE A UNE CAISSE
Samedi : jour des courses vitales et des emplettes diverses. Comme je suis quelqu’un d’extrêmement organisé et prévoyant, j’ai oublié la veille (alors que je ne bossais pas) de remplir un frigidaire dont le vide béant est, quand on l’examine, aussi consternant que déprimant.
Donc, il va falloir descendre mes cinq étages –avec ascenseur, heureusement- et me rendre dans cet endroit bizarre, malsain, outrecuidant, clinquant, prétentieux, bref nul : le centre commercial de la Part-Dieu. Et comme la simple pensée de devoir entrer dans un supermarché me fait sombrer dans les bas fonds de la mélancolie, je me dis que quelques achats tout ce qu’il y a de plus in-dis-pen-sables, style DVD, CD, cartouches d’encre pour imprimante ordinateur, (pour pouvoir imprimer mes déjections mentales) me mettront peut-être du baume au cœur.
Et me voilà parti dans le sein des seins du fric et de l’apparence, direction la FNAC, magasin que j’abhorre parce que dans le genre requin on ne fait pas mieux, mais qui présente, je le reconnais, un très grand choix en ce qui concerne l’audiovisuel. (Je n’ai pas envie, vu le temps qu’il fait, d’aller me bambaner entre Rhône et Saône, lieu relativement plus sympathique que le bordel susnommé.)
Je n’avais oublié que deux choses (je ne m’en suis souvenu qu’une fois arrivé sur le trottoir) : 1) Nous sommes samedi ; 2) C’est le début des vacances scolaires (second oubli impardonnable vu ma profession). Tout le monde le sait à Lyon : le samedi familial est consacré à : le matin, la Part-Dieu , l’après-midi, le parc de la Tête d’Or. (Variante : le parc le matin, la Part-Dieu l’après-midi ; autre variante : la journée à la Part-Dieu avec déjeuner à midi au Mac Do, juste histoire de filer à ses gosses du cholestérol et une tonne de graisse et les transformer en futurs bibendums qui feront la joie de Michelin).
Traversée du centre commercial : relativement fluide. Pas de bouchon, pas d’accident de poussettes, personne ne s’est jeté dans la fontaine centrale et aucune mamie ne s’est étalée dans les escaliers ou a pris l’escalator à contre sens. Ca devrait relativement bien se passer.
Premier ralentissement observé aux alentours de la Fnac : une poussette a un pneu crevé, le père, désarmé, ne sait pas quoi faire tandis que la mère essaie de calmer une gamine survoltée. Il faut contourner. Un petit filet de clients s’engouffre dans le magasin. Tiens, pensé-je, finalement, ils ont dû tous se tirer à la montagne ou au bord de la mer, grand bien leur fasse, pendant qu’ils ne sont pas là, on a la paix.
Hélas, trois fois hélas ! L’intérieur de ce Temple de la Consommation Inutile est bourré à craquer ! Il faut attendre au moins vingt minutes pour franchir le péage de la Caisse, et ça pullule de viande hachée mômes, de parents, de poussettes chars d’assaut, et j’en passe.
Premier incident : planté devant le rayon consacré aux télévisions ultra super grand format à écran plus plat que la poitrine de Jane Birkin, un gamin s’amuse à tournicoter tous les boutons histoire de voir ce qui va se passer. La mère : « Cesse de tripoter les boutons ». (Il ne les tripote plus, crétine, il est en train de les massacrer.) Le gamin s’attaque aux fils. La mère : « Si tu continues, on n’ira pas manger à midi au snack des Galeries Lafayette ! » (Vous parlez d’une punition !) Menace horrible qui fait effet environ trente secondes. Le gosse recommence à taper sur les boutons. Lassé de ce spectacle, je continue mon chemin.
Deuxième incident, rayon DVD : un nain d’environ 8 ans fait tomber toute une pile de DVD et se tire en ricanant, poursuivi par la mère qui au lieu de le sommer de tout remettre en place lui demande s’il ne s’est pas fait mal et le console parce qu’il a ramassé un DVD sur le bout du pied. (Dès fois qu’il se serait cassé une phalange, le chéri !) Glapissement du vendeur ; air outré de la Mère. Arrivée du père qui glandait quelque part et qui prend les choses en main. Le père (grandiose, au vendeur) : « Si vous n’empiliez pas vos produits de cette manière, ça ne tenterait pas les gosses. » Ca, c’est de l’Education avec un grand E. (Le même doit probablement faire chier les instits de son mouflet dès que ce dernier se reçoit une punition. Seigneur, pourquoi ne faites-vous pas naître les enfants orphelins ?)
Après un certain nombre de détours, contours, déhanchements divers (pour laisser passer les chars de l’Armée Parentale), je finis par trouver quelques DVD qui meubleront mon week-end de pauvre solitaire déprimé par le spectacle que lui offre l’espèce humaine.
J’arrive à la caisse : file d’attente de vingt mètres. Mais ô bonheur, émerveillement et miracle, une caisse s’ouvre à quelques pas de moi. Panique dans les files. C’est à celui/celle qui sera le plus rapide pour niquer l’autre. Comme je ne suis pas spécialement pressé, je laisse passer quelques excités et –pour une fois- j’ai pitié d’une bonne femme qui non contente de tenir son chieur dans les bras se coltine dans les mains un nombre invraisemblables de produits divers. Et me voilà debout derrière elle, à attendre.
Re-hélas ! Je n’avais pas vu que ladite dame était accompagné d’un mari, d’un autre gamin et d’une énorme poussette. Et moi, misérable, j’ai osé me mettre au milieu de la famille ! Et vu la presse dans ce foutu magasin de merde, pas moyen de laisser passer le père qui trépigne. Et bien oui, cher géniteur de mes deux, tu attendras cinq minutes que ta greluche ait dégagé le passage, parce que je te signale que ce n’est pas moi qui bloque la file mais les gens d’à côté.
Poussette dans les reins, soupirs du Père, statisme désespérant de la Mère, trop occupée à se démantibuler le cou pour apercevoir son mari derrière ma gracieuse personne pour se rendre compte que les gens devant elle ont avancé de dix mètres. Le mouflet qu’elle s’est collée sur les bras commence à hurler. Je sens que je vais craquer.
Et puis, il me revient à l’esprit ce que mon père disait à mon frère aîné lorsque ce dernier devait prendre un train toujours bondé pour rejoindre sa caserne. (C’était encore l’époque où le service militaire existait.) « Gratte-toi ostensiblement, tu verras que tu auras de la place. » C’était certes une boutade, mais pourquoi ne pas essayer ce pieux conseil paternel –en rajoutant quelques éléments de mon cru ?
Mais il ne faut pas se gratter n’importe où. Sous les bras, ça ne fait rien ; le trou de balle, on vous prend pour un mal élevé. Reste les cheveux et ça, c’est du nougat. Faire croire que vos tifs (moyennement longs) sont pleins de poux qui peuvent sauter sur une progéniture, là, ça doit marcher. Surtout quand, en plus, vous prenez une quinte de toux carabinée et cramiotez (faussement) dans votre écharpe. C’est vrai que vous ressemblez un peu à un gros dégueulasse, mais qui veut la fin veut les moyens.
Et me voilà saisi de furieuses démangeaisons sur le haut du crâne, derrière la tête, sur les côtés ; je me déclenche volontairement (pas difficile à faire) une bonne grosse toux de fumeur invétéré, bien grasseyante avec de prétendues expectorations agrémentées de raclements de gorge fort élégants.
Croyez-le si vous voulez, mais juré, craché, la bonne femme devant a fait trois bonds, s’est écartée, et sous prétexte qu’elle voulait dire quelque chose à son mari, m’a cédé sa place à la vitesse grand V, et même chose pour les trois clampins qui restaient encore devant moi. Résultat : j’ai grillé exactement la priorité à quatre personnes, tout ça en jouant les poitrinaires pouilleux. C’est totalement immoral.
Je suis un monstre, je l’admets. Mais qu’est-ce que j’ai pu rigoler une fois sorti du magasin !
Je vous recommande ce moyen infaillible pour vous débarrasser d’une foule un peu trop compacte. Le tout est de ne pas éclater de rire au milieu de la comédie. Exercez-vous avant devant votre miroir, ce sera plus sûr…
PS : Comme dit Solko, "le problème, c'est le nombre !"
13:02 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour, satire, caricature
02.03.2008
Les animaux non malades de la peste
VENDREDI 29 FEVRIER, 20 H 15, BOULEVARD DE LA CROIX-ROUSSE, LYON
Après avoir passé une après-midi studieuse à corriger des copies dans mon café favori, après quelques libations prises en compagnie de sa Seigneurie Sigismond Bétéhesse, je retournais tranquillement vers ma voiture lorsque je fus le témoin d'une scène au fond très ordinaire mais plutôt savoureuse.
Personnages : une dame accompagnée d'une chienne blanche, ladite chienne et un chien-loup mâle tout ce qu'il y a de plus mâle.
La dame se bambannait tranquillement sur le boulevard, de ci, de là, cahin, caha, tandis que sa chienne, très belle, toute blanche, fine, racée, flairait elle aussi de ci de là les trucs infâmes qui jonchent généralement le trottoir. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, d'autant plus que la dame avait libéré ladite chienne de sa laisse et que ce superbe animal n'en profitait pas pour faire l'andouille ou pour chier partout.
Et tout à coup, déboulant d'un café, surgit un chien-loup. Magnifique lui aussi.
Ils se voient, ils se regardent, et croyez-moi sur parole, c'est le COUP DE FOUDRE. Et comme chez les animaux, quand on se plait, on se le fait savoir tout de suite, commence un joli frottage de museaux ressemblant fort à un roulage de pelle de première grandeur, suivi de... Parfaitement, vous avez deviné.
Avant que la dame ait pu faire quoi que ce soit, le chien-loup avait escaladé la jolie chienne blanche et comme il n'était pas manchot... crac, du premier coup. On le reçut d'ailleurs sans protester une seconde. Et commença le spectacle. Qui, alors qu'on aurait pu le supposer, ne venait pas seulement du couple en train de s'ébattre.
Cris et gémissements de la dame, appel désespéré de cette dernière, genre "viens ici tout de suite, viens ici, arrête !" (vous pensez comme ils se sont arrêtés, les deux autres !), nouveaux gémissements, plainte prolongée, question stupide : "qu'est-ce que je vais faire ?" ; et la voilà qui tourne autour des deux chiens comme une folle en essayant de les séparer.
Vous avez déjà essayé ce genre de sport ? Inutile, croyez-moi. Le chien-loup était bien encastré dans sa partenaire et n'avait pas du tout l'intention d'arrêter son travail. D'ailleurs, tout ce que la dame eut en récompense de ses efforts, ce fut de profonds grognements qui annonçaient des morsures imminentes si elle persistait dans cette conduite éhontée. Quant à la chienne, elle eut un mouvement de tête envers sa maîtresse qui en disait long sur ce qu'elle pensait de son outrecuidance.
Bref, voilà le trottoir en émoi et les spectateurs sous le charme de ce spectacle offert gratis. La dame continuait de se tordre les mains en murmurant "mais que faut-il faire" et elle finit par s'attirer une réplique du genre "rien, laissez-les donc tranquilles, vous aimeriez qu'on vous interrompe, vous ?"
Et quand ce fut terminé, le chien-loup retomba sur ses quatre pattes, donna de grands coups de langue affectueux à celle qu'il venait de trousser si élégamment et retourna dans son café. Quant à sa dulcinée, après avoir reçu avec une grâce ineffable les hommages amoureux de son compagnon, elle se planta devant sa maîtresse et attendit, la tête levée, l'air de dire "bon alors, on fait quoi, maintenant ? On rentre ou pas ?"
Gageons que dans quelques mois, la dame -si sa chienne ne prend pas la pilule- sera l'heureuse grand-mère de petits chiots, bâtards, certes, mais qui seront certainement superbes vu le physique de leurs parents.
Je n'étais pas de très bonne humeur ce soir-là. Et bien, vous savez quoi ? Cette scène m'a ragaillardi et m'a donné un moral d'enfer. Quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi ?....
07:39 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour, société, animaux
28.02.2008
A propos de not2be
Je ne vais pas sur ce blog continuer la polémique autour de ce site qui, comme tout ce qui relève du phénomène de mode, va créer beaucoup de remous, faire couler beaucoup d’encre et de salive, pour retomber ensuite comme un soufflé trop cuit. L’idée de faire noter les profs par les élèves est dans l’air du temps, et comme chacun sait, l’air du temps ne dure, comme nous l’affirme Malherbe à propos de Rosette, que « l’espace d’un matin. »
Passons aussi sur le fait que ce site ne risque pas de responsabiliser les élèves dans la mesure où la notation, les avis, etc. sont anonymes. Qu’on note les profs, soit ; mais qu’on ait le courage d’assumer son opinion et son vote. Mais comment assumer pleinement cela à 15 ou 17 ans ? Difficile, on est bien d’accord. Donc, ce site n’est qu’une tartufferie de plus, d’une remarquable démagogie et je crains bien que le maître mot de l’histoire ne soit, une fois de plus, ce vocable magnifique : fric. (Encore que je ne vois pas bien ce que les auteurs peuvent financièrement tirer de ça. Ce qui laisserait supposer que leur explication « la simple réalisation d’un rêve d’enfant » pourrait être exacte. Non, c’est encore plus démoralisant que l’explication précédente dans la mesure où ça donne le vertige sur leurs ambitions enfantines. Laissons tomber.)
Ce qui est très intéressant, ce n’est pas de regarder la note de telle ou telle personne (les critères sont inconnus et le nombre de votants tellement ridicule qu’il est inutile de se prendre la tête pour ça), mais de lire les messages que s’adressent les participants au forum. Là, c’est grandiose, et édifiant. Personnellement, ça m’a terrifié. Pourquoi ?
Laissons de côté les fautes de langue et d’orthographe qui rendent parfois la lecture extrêmement difficile. Taper sur un clavier peut se révéler redoutable à ce niveau-là, j’en sais quelque chose. Non, ce qui m’a fait très peur, c’est d’avoir sous les yeux la preuve évidente qu’une grande partie de la jeune génération non seulement méprise mais surtout –et le mot n’est pas trop fort- déteste ceux qui représentent la possession du savoir, quel qu’il soit, et sa transmission. Quand une société met à son ban ceux qui, justement, sont là pour lui permettre d’évoluer, il y a de grandes inquiétudes à avoir pour sa survie, ou plus simplement, pour la survie de sa liberté. Dois-je rappeler ici que tous les régimes tyranniques ont commencé par cette tâche fondamentale : discréditer ceux qui peuvent nuire à leur établissement ? Il faut être ou stupide, ou lâche, ou aveugle pour oser prétendre que nous vivons encore en démocratie.
Plus inquiétante encore est cette propension à la généralisation de cas particuliers, comme si tout à coup, l’Education Nationale était le repaire d’incapables et de fainéants dont la seule préoccupation est de martyriser des innocents incompris. Tous les profs sont nuls, ils ne foutent rien et ont trop de vacances. (Je résume l’opinion publique.) A croire qu’il n’y a aucun glandeur dans le secteur privé des entreprises. Désolé, mais c’est un milieu que j’ai suffisamment fréquenté, l’entreprise, avant de devenir prof, et je peux affirmer qu’il y a là-dedans autant de fainéasses qu’ailleurs. Seulement les entreprises, elles font du fric, elles rapportent ; et puis, c’est là-dedans que travaille la majorité de la population… Ne tapons donc pas trop sur elles, ça pourrait nous retomber sur le nez. Mais que rapporte un prof ? Rien, sur le plan financier. Alors…
Ne nous trompons donc pas de cible : ce ne sont pas les élèves, les responsables ; ce ne sont pas leurs parents. (Encore que. L’aveuglement est excusable chez les enfants et les ados. Pas chez les adultes.) Ces idées que l’on distille dans la population, elles viennent d’en haut, de ceux à qui l’Education Nationale, pour la plupart, a permis d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. On ne leur en demandait pas une reconnaissance éternelle ; ne soyons pas naïfs. Peut-être simplement une neutralité bienveillante. Mais –attention, cliché !- si le pouvoir corrompt, il rend aussi ingrat, tout le monde le sait. A ce point-là, cependant, ça confine à l’œuvre d’art. Qu’attendre du nabot excité ? Qu’attendre de la folle de Chaillot ? Rien. Strictement rien. Sinon le dernier coup de pioche à cet édifice en ruines.
Regardons couler le navire ; tout le monde a bien participé au torpillage. Et sauve qui peut, n’est-ce pas ?...
11:20 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, société, politique, sarkozy, ps
02.01.2008
Voeux traditionnels
Soyons pour une fois dans la norme, ça reposera. Et puis, ça me donnera l'occasion de remercier chaleureusement tous ceux qui fréquentent régulièrement ce blog depuis sa création. Alors :
BONNE ANNEE 2008 A TOUS
Et encore merci pour votre fidélité.
PS : Mais soyez moins discrets : laissez-moi davantage de commentaires. Et si vous avez envie de m'insulter pour une raison ou pour une autre, n'hésitez pas. Juré, craché, je ne porterai pas plainte !
Que les cochons soient avec vous !

09:30 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blog, 2008
24.12.2007
La Passion considérée comme course de côte
D'après mon très estimé colègue Kontrepwazon (http://kontrepwazon.hautetfort.com/), spécialiste d'Alfred Jarry, ce dernier et Georges Fourest ne se seraient jamais rencontrés, bien que vivant à la même époque. Pourtant, ils ont un certain nombre de points en commun, vous allez bientôt le découvrir. Ils ne fréquentaient pas les mêmes cénacles. Fourest était un ami de Willy (le mari de Colette) et Jarry était aux antipodes des cercles hantés par ce dernier.
En tous cas, voilà de quoi réjouir certaines mauvaises âmes. C'est extrait de La Chandelle verte de Jarry.
Barrabas, engagé, déclara forfait.
Le starter Pilate, tirant son chronomètre à eau ou clepsydre, ce qui lui mouilla les mains, à moins qu'il n'eût simplement craché dedans - donna le départ.
Jésus démarra à toute allure.
En ce, temps-là, l'usage était, selon le bon rédacteur sportif saint Mathieu, de flageller au départ les sprinters cyclistes, comme font nos cochers à leurs hippomoteurs. Le fouet est à la fois un stimulant et un massage hygiénique. Donc Jésus, très en forme, démarra, mais l'accident de pneu arriva tout de suite. Un semis d'épines cribla tout le pourtour de sa roue avant.
On voit, de nos jours, la ressemblance exacte de cette véritable couronne d'épines aux devantures de fabricants de cycles, comme réclame à des pneus increvables. Celui de Jésus, un sigle-tube de piste ordinaire, ne l'était pas.
Les deux larrons, qui s'entendaient comme en foire, prirent de l'avance.
Il est faux qu'il y ait eu des clous. Les trois figurés dans des images sont le démonte-pneu dit « une minute ».
Mais il convient que nous relations préalablement les pelles. Et d'abord décrivons en quelques mots la machine.
Le cadre est d'invention relativement récente. C'est en 1890 que l'on vit les premières bicyclettes à cadre. Auparavant, le corps de la machine se composait de deux tubes brasés perpendiculairement l'un sur l'autre. C'est ce qu'on appelait la bicyclette à corps droit ou à croix. Donc Jésus, après l'accident de pneumatiques, monta la côte à pied, prenant sur son épaule son cadre ou si l'on veut sa croix.
Des gravures du temps reproduisent cette scène, d'après des photographies. Mais il semble que le sport du cycle, à la suite de l'accident bien connu qui termina si fâcheusement la course de la Passion et que rend d'actualité, presque à son anniversaire, l'accident similaire du comte Zborowski à la côte de la Turbie , il semble que ce sport fut interdit un certain temps, par arrêté préfectoral. Ce qui explique que les journaux illustrés, reproduisant la scène célèbre, figurèrent des bicyclettes plutôt fantaisistes. Ils confondirent la croix du corps de la machine avec cette autre croix, le guidon droit. Ils représentèrent Jésus les deux mains écartées sur son guidon, et notons à ce propos que Jésus cyclait couché sur le dos, ce qui avait pour but de diminuer la résistance de l'air.
Notons aussi que le cadre ou la croix de la machine, comme certaines jantes actuelles, était en. bois.
D'aucuns ont insinué, à tort, que la machine de Jésus était une draisienne, instrument bien invraisemblable. dans une course de côte, à la montée. D'après les vieux hagiographes cyclophiles sainte Brigitte, Grégoire de Tours et Irénée, la croix était munie d'un dispositif qu'ils appellent « suppe-daneum. Il n'est point nécessaire d'être grand clerc pour traduire : « pédale ».
Juste Lipse, Justin, Bosius et Erycius Puteanus décrivent un autre accessoire que l'on retrouve encore, rapporte, en 1634, Cornelius Curtius, dans des croix du Japon : une saillie de la croix ou du cadre, en bois ou en cuir, sur quoi le cycliste se met à cheval : manifestement la selle.
Ces descriptions, d'ailleurs, ne sont pas plus infidèles que la définition que donnent aujourd'hui les Chinois de la bicyclette : « Petit mulet que l'on conduit par les oreilles et que l'on fait avancer en le bourrant de coups de pied. »
Nous abrègerons le récit de la course elle-même, racontée tout au long dans des ouvrages spéciaux, et exposée par la sculpture et la peinture dans des monuments « ad hoc » :
Dans la côte assez dure du Golgotha, il y a quatorze virages. C'est au troisième que Jésus ramassa la première pelle. Sa mère, aux tribunes, s'alarma.
Le bon entraîneur Simon de Cyrène, de qui la fonction eût été, sans l'accident des épines, de le « tirer » et lui couper le vent, porta sa machine.
Jésus, quoique ne portant rien, transpira. Il n'est pas certain qu'une spectatrice lui essuya le visage, mais il est exact que la reporteresse Véronique de son kodak, prit un instantané.
La seconde pelle eut lieu au septième virage, sur du pavé gras. Jésus dérapa pour la troisième fois, sur un rail, au onzième.
Les demi-mondaines d'Israël agitaient leurs mouchoirs au huitième.
Le déplorable accident que l'on sait se place au douzième virage. Jésus était à ce moment deadheat avec les deux larrons. On sait aussi qu'il continua la course en aviateur ... mais ceci sort de notre sujet.
11-17 avril 1903.
08:00 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, littérature, caricature



