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03 août 2008

"Vier letzte lieder" - Richard Strauss

Continuons nos week-ends consacrés à la culture ; le parcours dans l'oeuvre de Richard Strauss n'est certes pas terminé. Je délaisse aujoud'hui l'opéra pour le lied ; et bien sûr, qui dit Lied en parlant de R. Strauss dit immédiatement les Quatre derniers lieder, composés quelques mois avant sa mort.

La musique a été composée sur trois poèmes d'Herman Hesse et un poème de Joseph Eichendorff : "Frühling" (Printemps), "September" (Septembre) "Beim Schlafengehen" (En s'endormant), Im Abendrot (Dans le rouge du couchant). Il s'agit là du chant du cygne de ce compositeur dont on peut légitimement contester  et mépriser les prises de position politiques sous le IIIème Reich (il fut l'un des chantres officiels du régime de Hitler) mais dont les oeuvres témoignent sans conteste de son génie musical. Ce n'est ni le lieu ni le moment de rouvrir le débat sur les "engagements" de l'artiste, vous savez, la question essentielle qui vise à savoir s'il faut ou non séparer l'oeuvre d'art de son créateur.

Les quatre derniers lieder sont composés entre juin et septembre 1948. Strauss va bientôt mourir et il le sait. Cette oeuvre sera donc un chant d'adieu : un adieu plutôt souriant, serein, apaisé. Car ce qui frappe dans cette oeuvre, c'est justement le climat de sérénité que l'on y trouve. Les textes sont assez banals dans leur ensemble, mais la musique est d'une légèreté aérienne ; elle prend son envol vers quelque chose d'invisible, d'impalpable ; la montée progressive de la voix vers les notes les plus élevées dans "Beim Schlafengehen" reflète bien cet envol de l'âme vers un autre monde. Cet adieu est également celui d'un homme qui a toujours voué une adoration sans limites à la voix, et surtout à la voix féminine. Strauss détestait les ténors et d'ailleurs, dans ses oeuvres, ce sont toujours eux qui se chargent des rôles les plus ridicules. (Hérode dans Salomé, Egisthe dans Elektra, le ténor italien, suffisant à souhait, dans Le chevalier à la Rose...) Les grands rôles masculins étaient réservés aux barytons ou aux baytons basses. (Jochanaan dans Salomé, Oreste dans Elektra, Ochs dans Le chevalier, Mandryka dans Arabella...) Il n'hésitait pas à confier les rôles de jeunes hommes à des sopranos, renouant ainsi avec la tradition du travesti : Octavian, dans Le Chevalier, Zdenka dans Arabella, Le Compositeur, dans Ariane à Naxos.

Ces derniers lieders ont été écrits pour une voix féminine. Et c'est d'ailleurs elle qui est au premier plan. L'orchestre n'est là que pour lui servir d'écrin, un écrin diaphane et scintillant, qui ne fait que murmurer et soutenir la voix.

Parmi toutes les vidéos visionnées, j'en ai retenu deux, pour la qualité de l'interprétation : Lucia Popp et bien sûr, l'extraordinaire straussienne qu'était Elisabeth Schwarzkopf.

FRÜHLING (Herman Hesse) par Lucia Popp

Dans les caveux crépusculaires

Je rêvai longtemps

de tes fleurs, de tes cieux bleus,

de ton parfum et de tes chants d'oiseaux.

Maintenant, tu es là, devant moi,

dans tes plus riches atours,

inondé de lumière

comme un prodige.

Tu me reconnais,

tu m'attires doucement vers toi,

et tous mes membres frémissent

à ta bienheureuse présence.


SEPTEMBER (Herman Hesse) par Lucia Popp

Le jardin est en deuil,

la pluie fraîche s'infiltre dans les arbres

et l'été frissonne doucement

car sa fin est proche.

Feuille après feuille

tombe en pluie dorée du haut acacia.

L'été sourit, étonné et las,

dans le rêve mourant de ce jardin.

Longtemps encore, auprès des roses,

Il s'arrête, avide de calme..

Doucement, il ferme

ses grands yeux las.


BEIM SCHLAFENGEHEN (Herman Hesse) par Lucia Popp

La journée m'a rendu las

et il me tarde d'accueillir

en amie la nuit étoilée,

comme un enfant fatigué.

Mains, laissez toute activité.

Front, oublie tes pensées.

Tous mes sens maintenant

veulent se perdre dans le sommeil.

Et mon âme, à sa guise,

veut voler, les ailes libres,

pour vivre plus intensément

le monde magique de la nuit.


IM ABENDROT (Joseph von Eichendorff)  par Elisabeth Schwarzkopf

A travers les peines et les joies,

nous avons marché, la main dans la main.

Maintenant, nous nous reposons tous deux

dans le pays silencieux.

Autour de nous les vallées s'inclinent,

déjà le ciel s'assombrit.

Seules deux alouettes s'élèvent,

rêvant dans l'air parfumé.

Viens là et laisse-les tournoyer.

Bientôt, il sera temps de dormir.

Viens, que nous ne nous perdions pas

dans cette solitude.

O calme incommensurable du soir,

si profond dans le rouge du couchant !

Comme nous sommes las de marcher !

Est-ce peut-être ceci, la mort ?


07:05 Publié dans videos opéras | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, musique

27 juillet 2008

Elektra - Richard Strauss

Ce week-end étant placé sous le signe de la culture musicale, continuons notre voyage à travers les oeuvres de Richard Strauss. Hier, je n'ai fait qu'évoquer l'opéra qui va être le sujet de ce billet : Elektra.

Elektra est, comme Salomé, un opéra en un acte. Le livret est signé Hugo von Hofmannstahl et c'est une réécriture de la pièce de Sophocle. L'oeuvre a été créée à Dresde le 25 janvier 1909.

L'histoire est aussi connue que celle de Salomé puisqu'elle est empruntée au cycle des Atrides. L'action se déroule à Mycènes, après la guerre de Troie. Avant le lever du rideau, Agamemnon, roi de Mycènes, a été assassiné par sa femme Clytemnestre et l'amant de cette dernière, Egisthe. Chez Sophocle, il s'agit d'une vengeance : Clytemnestre n'a jamais pardonné à son mari le sacrifice de leur fille Iphigénie. Egisthe a pris le pouvoir et règne sur Mycénes. Pour ne pas avoir à craindre de futures représailles, Clytemnestre a éloigné son fils Oreste et n'a gardé avec elle que ses deux filles, Electre et Chrysothémis. La première ne songe qu'à venger le meurtre de son père et la seconde à sauvegarder sa vie. Le spectateur est censé connaître tous ces événements car l'opéra n'expliquera jamais vraiment les origines profondes de cette sombre histoire de haine et de vengeance.

Lorsque le rideau se lève, nous sommes dans le palais d'Agamemnon à Mycènes et la première scène est une conversation entre les servantes qui permet de situer à peu près l'action. A part une, toutes considèrent Elektra comme un animal dangereux qu'il faudrait supprimer. D'ailleurs, sa mère et Egisthe la traitent comme un chien et lui donnent à manger dans une écuelle. Entre justement Elektra qui, dans un long monologue, assez redoutable sur le plan vocal, rappelle la mort d'Agamemnon dans son bain et jure que ses trois enfants sauront le venger. Au terme de cet air, Chrysothémis entre en scène. Les deux soeurs sont totalement opposées : Elektra ne jure que par sa vengeance alors que Chrysothémis, elle, rêve d'une vie normale, d'avoir des enfants et un mari. L'une ne vit que dans le passé et le souvenir du meurtre, l'autre dans le présent et se projette dans un avenir qu'elle veut heureux.

Mais la scène est interrompue par le bruit d'un cortège se dirigeant vers les deux soeurs. Il s'agit de Clytemnestre et sa suite. Chrysothémis s'enfuit tandis qu'Elektra reste pour affronter sa mère. Commence alors une des scènes les plus attendues et les plus violentes de l'opéra qui n'en manque d'ailleurs pas, l'affrontement entre la mère et la fille.

Clytmemnestre a complètement évacué le meurtre de son mari. Mais elle vit dans une angoisse perpétuelle, est la proie de terribles cauchemars qui la rendent folle. Elle demande à sa fille le moyen de faire cesser ces rêves abominables. Elektra répond qu'un sacrifice humain est nécessaire. Le dialogue entre les deux femmes devient de plus en plus tendu : Clytemnestre insiste : qui doit mourir ? Comment ? Et dans une explosion de violence hallucinée, Elektra décrit le meurtre de sa mère par son frère Oreste. Clytemnestre, terrorisée, s'effondre, mais la situation se retourne en sa faveur : une servante vient lui murmurer à l'oreille qu'Oreste est mort. La joie de Clytemnestre se manifeste d'abord par un ordre "Lichter ! Mehr Lichter !" (Lumière ! Plus de lumière !) puis par un rire hystérique soutenu par le déchaînement de l'orchestre. Enfin, elle rentre au palais, sans avoir rien dit à Elektra.

Je vous propose deux extraits de cet extraordinaire affrontement : Le premier est tiré d'un téléfilm et se situe juste après l'entrée de la Reine. Clytemnestre, c'est Astrid Varnay, véritablement monstrueuse. Le maquillage la rend affreusement laide et accentue l'état de délabrement physique et mental dans lequel se trouve la reine. Face à elle, Léonie Rysanek, silencieuse comme un sphinx, mais le regard brillant de haine.

Voici ce que dit Clytemnestre, s'adressant à ses servantes : "Je ne veux rien entendre, car ce qui sort de vous n'est que le souffle d'Egisthe. Lorsque la nuit, je vous réveille, chacune de vous dit autre chose. Toi, ne cries-tu pas que mes paupières sont enflées et mon foie malade ? Et, pleurnichant, ne susurres-tu pas à l'oreille des autres que tu as vu des démons, de leurs longs becs pointus, aspirer mon sang ? Ne m'en montres-tu pas les traces dans ma chair ? Alors, je t'obéis, immolant victime sur victime. Vos propos, vos contradictions, me traînent à la mort. Je ne veux plus entendre dire : voilà la vérité, et voilà un mensonge. Ce qui est vérité, personne ne le discerne. Quand elle me parle et me dit ce qu'il me plaît d'entendre, je veux écouter ses propos. Quand on me dit des choses agréables, fût-ce ma fille, oui, même elle, mon âme veut déposer tous ses voiles et s'ouvrir aux caresses de la brise, d'où qu'elle vienne, comme font les malades, le soir, assis dans l'air frais, qui près de l'étang exposent leurs ulcères, toutes leurs plaies putrides à la fraîcheur... ne pensant qu'à trouver soulagement à leurs souffrances. Laissez-moi seule avec elle !" (1)


Ce deuxième extrait montre la fin de la scène. Après avoir raconté à sa fille les rêves qui l'épouvantent, Clytemnestre la supplie de lui donner un remède pour ne plus rêver. Quand la vidéo commence, le dialogue s'emballe, surtout lorsque Elektra fait allusion à son frère, Oreste. Clytemnestre accumule les mensonges pour convaincre sa fille qu'Oreste ne sera jamais en état de revenir. Et c'est l'explosion de haine... jusqu'au moment où les servantes annoncent la (fausse) nouvelle de la mort d'Oreste...

Cette fois, Clytemnestre, c'est Regina Resnik. Birgit Nilsson est Elektra. La fin du face à face est terrifiante.

Réplique d'Elektra : "Qui doit verser son sang ? Ta propre nuque quand le chasseur l'aura saisie ! J'entends qu'il traverse les chambres, je l'entends soulever les courtines du lit. Egorge-t-on une bête endormie ? Non ! Il t'éveille en sursaut, tu t'enfuis, hurlante, mais il te suit à travers la maison ! Vas-tu à droite ? Tu te heurtes au lit. A gauche ? Voilà le bain écumant comme sang ! La noire obscurité, les torches rougeoyantes jettent sur toi les filets de la mort. Tu dévales les escaliers et sous des voûtes, des voûtes, encore des voûtes, la chasse se poursuit. Et moi ! Moi ! Moi qui te l'ai envoyé [...] je me tiens là et je te vois enfin mourir ! Alors, tu n'auras plus de rêves ; moi non plus, je n'aurai plus à rêver et qui vivra alors jubilera et pourra jouir de la vie !" (NB : Comme dans pratiquement toutes les représentations, cette très longue tirade d'Elektra est coupée à l'endroit où se situent les crochets.) (1)


 

C'est Chrysothémis qui va apprendre à Elektra la prétendue mort d'Oreste. Elle refuse d'aider sa soeur à accomplir la vengeance. Elektra décide donc d'agir seule et commence à déterrer la hache qu'elle réservait à Oreste. C'est alors que paraît un inconnu et c'est la fameuse scène de reconnaissance entre le frère et la soeur, autre sommet de l'opéra : Oreste n'est pas mort, il vient accomplir ce qu'on attend de lui. L'heure est favorable ; Clytemnestre est seule avec ses servantes. Oreste entre dans le palais : tumulte, cri de mort de Clytemnestre. "Triff noch einmal" ("frappe encore" !) crie Elektra. Nouveau hurlement. Comme dans la tragédie classique, le meurtre a lieu en coulisse, comme celui d'Egisthe qui, justement, arrive et succombe à son tour dans le palais sous les coups d'Oreste.

Elektra est seule sur scène. Arrive Chrysothémis, annonçant la victoire d'Oreste. Elektra la renvoie, elle veut rester seule. Pour exprimer sa joie, elle commence une danse au terme de laquelle elle s'effondre, morte. l'opéra s'achève sur le cri de Chrysothémis, "Oreste ! Oreste!" appelant son frère à l'aide.

Birgit Nilsson est Elektra. La courte intervention finale de Chrysothémis est interprétée par Marie Collier. Orchestre : Georg Solti


 

Comme celui de Salomé, le rôle d'Elektra exige une véritable soprano dramatique, avec une extrême puissance vocale et une endurance totale car elle aussi est présente sur scène quasiment dès le début de l'oeuvre. Mais ceux de Clytemnestre et de Chrysothémis sont également redoutables. En fait, Elektra est avant tout un opéra de femmes : certes Oreste a un rôle assez important mais qui est minime si on le compare à l'importance des voix féminines. Quant à celui d'Egisthe, il se limite à une courte intervention de quelques phrases.

Disons, pour terminer, qu'Elektra est, sur le plan musical et vocal, un des opéras les plus violents qu'on puisse entendre, bien plus encore que Salomé. L'orchestre est constamment à la limite de la dissonance, du déchirement et les voix à la limite des possibilités humaines. Comme dans Salomé, l'hystérie atteint ici son comble. On est loin du lyrisme du Chevalier à la Rose.

(1) Ces passages du livret sont tirés de l'Avant-Scène opéra numéro 92. La traduction française est de Georges Pucher. 

 PS : Bientôt, rassurez-vous, on va revenir à des choses beaucoup moins sérieuses...

 

26 juillet 2008

Salomé : scène finale - Montserrat Caballé

Quittons un moment le domaine du délire et de l'humour (douteux) pour nous offrir un petit bain de culture. La nouvelle vidéo qui vous est proposée offre un extrait de la Salomé de Richard Strauss, la scène finale plus exactement. Le texte de cet opéra est l'adaptation de la pièce d'Oscar Wilde qui avait lui-même écrit sa Salomé à partir du conte de Flaubert  Hérodias.

L'opéra fut créé le 9 décembre 1905 à Dresde. Avec Elektra, Salomé est le plus "wagnérien" des opéras de Richard Strauss. L'univers musical straussien est pourtant déjà bien présent mais l'utilisation du leitmotiv renvoie directement au maître de Bayreuth. La partie la plus connue  est la Danse des sept voiles, composition orchestrale qui se situe à peu près au milieu de l'oeuvre. Ce n'est pas la meilleure, loin de là, et Strauss lui-même le reconnaissait. La musique est brillante, certes, mais les effets sont relativement faciles et l'ensemble ne relève pas d'un bon goût excessif. (Opinion personnelle.) C'est d'ailleurs le morceau qui lui a donné le plus de mal lorsqu'il a composé son opéra ; il n'était jamais satisfait du résultat et c'est à contre-coeur qu'il s'est finalement décidé à adopter le dernier arrangement de ce passage.

L'argument de l'opéra, comme celui de la pièce et du conte, est tiré de l'épisode biblique concernant la mort de Saint Jean Baptiste. Nous sommes au début de l'ère chrétienne et l'action se situe dans le palais d'Hérode, sous le règne d'Hérode Antipas.

Narraboth, capitaine de la garde d'Hérode, est amoureux de Salomé, belle-fille du Tétrarche, et ne cesse de l'observer. Jochanaan (Jean-Baptiste), emprisonné dans une citerne pour avoir calomnié Hérode, proclame l'arrivée de Jésus mais personne ne l'écoute vraiment. Seule Salomé prend garde à ce qu'il dit et, fascinée par sa voix, parvient à convaincre les gardes de laisser Jochanaan sortir de la citerne. Apeurée mais hypnotisée par le prophète, Salomé se prend de passion pour lui tandis que Jochanaan n'a que mépris pour elle et la maudit ainsi que sa mère Hérodias. Ne pouvant supporter cela, Narraboth se tue. Jochanaan est reconduit dans sa citerne et la cour d'Hérode sort alors dans le jardin. Hérode essaie de distraire Salomé, silencieuse et lointaine, mais n'y parvient pas. Une controverse éclate entre le Tétrarche et Hérodias tandis que la voix de Jochanaan annonce la venue du Messie. Hérode, pour ne plus entendre cette voix, conjure Salomé de danser pour lui,  promettant en retour d'exaucer tous ses voeux. Salomé s'exécute et au terme de la danse, réclame la tête de Jochanaan. Hérode refuse, propose d'autres prix mais Salomé refuse et s'entête. De guerre lasse, Hérode cède. Un esclave descend dans la citerne et peu après, réapparait, tenant la tête du prophète entre ses mains, tête qu'il remet à Salomé. C'est alors la grande scène finale, long monologue où le désir et la sensualité éclatent dans une véritable crise d'hystérie, au terme de laquelle Salomé embrasse enfin les lèvres tant désirées. Terrifié et écoeuré, Hérode ordonne la mort de Salomé.

Le rôle de Salomé exige une interprête doté d'une voix puissante, celle d'une vraie soprano dramatique, capable de dominer les déchaînements de l'orchestre, notamment dans la scène finale. Il exige aussi beaucoup d'endurance car Salomé est présente du début à la fin sur la scène. Enfin, l'idéal serait de trouver une chanteuse qui s'approcherait vraiment de l'âge de Salomé mais la difficulté du rôle conduirait les très jeunes voix au massacre total. On en est donc réduit, lors de certaines représentations, à fermer les yeux notamment au moment de la danse des sept voiles. Ce passage réclame de la part de la chanteuse une véritable aptitude à la danse. Certaines interprêtes ont carrément laissé à une danseuse professionnelle le soin d'exécuter ce morceau. D'autres, au contraire, se sont elles-mêmes chargées de la danse, avec plus ou moins de bonheur.

Autre gageure imposé par le rôle : Salomé doit se retrouver nue à la fin de la danse devant la cour d'Hérode. Certaines sopranos conservent un collant après la chute du dernier voile. Mais d'autres font le choix d'aller jusqu'au bout (Maria Ewing, Catherine Malfitano). Au spectateur de juger...

Parmi les très grandes interprètes de Salomé, relevons Birgit Nilsson, Maria Cebotari, Léonie Rysanek, Inge Borkh, Montserrat Caballé, Anja Silja, Gwyneth Jones. Mais la plus célèbre et la plus grande des grandes est sans conteste Ljuba Welitsch, soprano Bulgare née en 1913 et morte en 1996. Le timbre de sa voix était quasiment celui que recherchait Strauss. D'ailleurs, elle chanta le rôle sous la direction de Richard Strauss lui-même en 1944, à Vienne. Mais elle dut en payer le prix car l'effort était trop grand et sa voix en subit très vite le contre-coup.

La vidéo, maintenant. C'est la scène finale : Salomé vient d'obtenir d'Hérode ce qu'elle voulait. L'ordre a été donné à l'esclave de décapiter Jochanaan. Il est descendu dans la citerne. Salomé attend.... Et enfin, apparait la tête, et c'est l'explosion d'un délire qui va aller crescendo.

Vocalement, Montserrat Caballé est magnifique. Je l'aurais pourtant souhaitée encore plus expressive, plus déchaînée dans le jeu de scène final. Mais c'est un grand moment de chant.



L'exaltation érotique atteint son comble à la fin de la scène, lorsque Salomé embrasse enfin les lèvres de Jochanaan. Ses derniers mots sont d'ailleurs : "J'ai baisé tes lèvres, Jochanaan, je les ai baisées, tes lèvres." Et c'est peut-être à ce moment que l'interprétation de Caballé dans la vidéo pêche le plus, sur le strict plan dramatique. Le déchaînement reste bien timide et entravé par le truc en voile dont on a cru bon de la recouvrir. et qui la gêne visiblement.


09 juillet 2008

Maria Callas

Voilà le "beau monstre" promis. Il est malheureusement en plusieurs morceaux (si j'ose dire) mais tant pis...

Ce document date de 1964 et a été enregistré au Royal Opera House Covent Garden. C'est -quasiment, il manque le tout début- l'intégralité du deuxième acte de Tosca de Puccini avec Callas dans le rôle titre. La mise en scène est signée Franco Zeffirelli, l'élève de Visconti à la Scala de Milan. Magistral et génial, de bout en bout.

Pour ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas l'opéra, voici brièvement résumée, l'histoire : nous sommes à Rome en 1800, au moment de la bataille de Marengo remportée par Bonaparte. Le peintre Mario Cavaradossi a caché chez lui le prisonnier politique Angelotti, échappé de la prison du château Saint-Ange. Le chef de la police, Scarpia, soupçonne cependant fortement le peintre d'avoir aidé l'évadé et va se servir de Tosca, la compagne de Mario, pour mettre la main sur le prisonnier et va pour cela exciter la jalousie de la jeune femme. Lorsque s'ouvre le deuxième acte, nous sommes au Palais Farnèse, résidence de Scarpia. Mario a été arrêté et Scarpia exige des aveux. Le peintre nie toute complicité dans cette évasion. Arrive Tosca, convoquée par Scarpia. Tandis qu'on torture physiquement Mario dans une pièce voisine, Scarpia torture pyschologiquement Tosca pour la faire avouer qu'elle elle aussi sait  où se cache Angelotti... Va-t-elle parler ?... Réponse dans les extraits suivants.

Je crois que cet opéra est le seul à comporter un acte aussi violent et aussi sadique. Tout y passe : torture mentale, chantage odieux d'un abominable personnage, cynique et lubrique, sur une faible femme... On est dans le "mélodrame" le plus total. Mais regardez la façon dont Callas se déplace, les expressions du visage, le regard, les gestes : plus que la voix, peut-être, c'est ce qui fait que cette interprétation restera dans l'histoire de l'opéra.


 


 



Le morceau que tous les connaisseurs attendent : "Vissi d'Arte", la prière de Tosca. 


Observez bien le moment où elle voit l'instrument de la vengeance. Tout est dans l'économie de geste.