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04 novembre 2007

Les Martine - Fable III

POUR COMPLETER LA SERIE.... 

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MARTINE SE FAIT JETER PAR SES VIEUX 

L’affaire du caca finit très tristement

Car on trouva par terre les deux grands-parents,

Déjà ratatinés à l’instar de saucisses,

Prêts à quitter la scène et partir en coulisses.

Martine par ses vieux reçut une raclée.

On dira « c’est très dur », mais c’était mérité.

Les parents cependant n’étaient pas très tranquilles.

La gamine en effet paraissait très hostile,

Prête à recommencer ses meurtres en série,

A sortir du placard toute l’artillerie.

Ils allaient y passer, c’était sûr et certain.

Il fallait vite agir. Ce fut donc un matin

Que Martine trouva son balluchon tout prêt.

Son père et puis sa mère, armés d’un pistolet,

Désignèrent la porte et dirent en substance

Que vu la situation, et vu les circonstances,

Martine était bannie de son nid parental

Et devait désormais dormir à l’hôpital.

« L’assassinat, c’est sûr, vient de la génétique,

C’en est d’ailleurs vraiment presque mathématique.

Elle était destinée à semer les cadavres,

Foutons-là donc clou, même si ça nous navre. »

Martine protesta. « Je n’ai pas déjeuné,

Vous n’auriez pas le cœur, parents dégénérés,

De me jeter dehors avec le ventre vide ? »

La mère eut une larme et le père impavide

Répondit que sa fille était bien décédée

Et qu’une morte là n’avait jamais mangé.

« Je vous aurai, vieux cons », menaça la gamine

D’une terrible voix qui semblait vipérine.

« Nous nous retrouverons, je vous ferai bouffer

Votre coeur en boudin, votre lard en purée. »

Puis la porte sur elle enfin se referma.

On changea la serrure et puis on s’enferma.

Martine dans la rue se dit : « Où vais-je aller ?

Il fait vraiment très froid et la neige est tombée.

Errons donc dans les rues et tâchons de trouver

Un gentil vieux monsieur, tout prêt à m’adopter. »

Mais hélas, par ce temps, pas de vieillard dehors.

Martine était glacée dans son beau justaucorps.

La journée s’écoula en errance inutile,

Et lorsque vint la nuit, elle prit sa sébile,

S’assit sur un trottoir, sortit ses allumettes

Et se dit « Nom de dieu, ça va être leur fête !

Dans un grand barbecue je vais te les griller,

Ils sauront bien alors pourquoi ils m’ont chassée ! »

Mais un coup de blizzard chassa ces beaux projets.

Martine était pieds nus, n’avait pas de bonnet,

Elle allait s’enrhumer. Avisant une porte,

Elle frappa dessus. Ca resta lettres mortes.

A la porte suivante elle osa bien toquer

Mais on la rejeta sans un sou de pitié.

Et ce fut comme ça tout au long de la nuit.

Au matin, épuisée, par le grand froid transie,

Martine sur le sol s’effondra tout à coup,

De faiblesse évanouie, le nez dans la gadoue.

 

Avant de procréer, prenez vos précautions :

Faites des examens, voyez la prévention.

Avez-vous consulté un généalogiste

Qui pourra confirmer, si le doute subsiste,

Qu’aucun de vos aïeux n’avait commis de crime ?

Avez-vous eu déjà un début de déprime ?

Eûtes vous un beau jour, ça c’est très important,

L’envie de supprimer un bon nombre de gens ?

Faire un enfant, c’est bien ; mais si la génétique

N’est pas appropriée*, bonjour les pronostiques !

Des parents de Martine évitons donc l’exemple

Et couvrons bien le chef avant d’entrer au temple.

 

 

 

 

03 novembre 2007

Les Martine - Fable 2

ET POURQUOI SE PRIVER ? CONTINUONS DONC LES STUPIDITES !

 

MARTINE FAIT CACA AU FOND DU JARDIN

 

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Ayant occis bébé, Martine fut punie.

On confisqua les joints, supprima les sorties,

Débrancha la télé, mais on la remit vite

Les parents n’ayant pas l’âme des carmélites.

Pour Internet hélas, ce fut une autre histoire.

Martine grâce aux blogs faisait tous ses devoirs,

Elle piquait par ci, elle piquait par là,

Recopiait celui-ci, recopiait celui-là,

Pensant que la maîtresse était vraiment trop conne

Et qu’il était aisé de tromper la bobonne.

Internet annulé, la chute fut sévère.

A la vue des zéros, les parents s’inquiétèrent.

« Pourquoi tes résultats sont aussi dramatiques ? 

Demanda le papa, roulant les mécaniques.

Puisque c’est comme ça, nous allons t’interner

Chez tes vieux grands-parents, ça te fera les pieds. »

Martine supplia*, tomba sur ses genoux,

Se roula sur le sol, excita le courroux

De ses deux géniteurs. Pourquoi, me dira-t-on,

Faire un cirque pareil ? C’est que les deux croûtons

Nommés les grands parents n’étaient pas gens très drôles.

Ils vivaient à l’écart et tenaient bien leur rôle

D’atroce troisième âge et de vieillards séniles,

De ceux qu’on donnerait à de gros crocodiles

Pour que de leurs vieux os ils fassent leur délice.

C’est ainsi que Martine entra dans cet hospice.

Ce fut vite l’enfer. Grand-pa libidineux,

Grand-ma sentant la pisse et le marais fangeux,

Donnaient à la gamine l’envie de gerber.

Elle se contenait, ne voulant exhiber

Son dégoût si profond des chefs d’œuvre en péril.

Elle allait au jardin, respirait les pistils,

Tramait dans son esprit quelque vengeance atroce

Qui clamerait partout sa haine de ces rosses.

Il lui vint une idée. Dans ce jardin superbe,

Si bien entretenu par ces deux morts en herbe,

Au milieu d’une allée, en plein sur le gravier,

Elle fit un caca de l’ampleur d’un évier.

Un beau caca marron, résultat naturel

D’une digestion* très insurrectionnelle.

Son forfait accompli, elle revint au nid.

Grand-ma lui demanda : « Qu’as-tu fait aujourd’hui ?

As-tu fait tes devoirs, bien recopié tes mots ? 

As-tu donc pour sortir bien mis tes vieux sabots ? »

« J’ai bien fait tout cela et même plus encor.

J’ai chié dans le jardin, cela sent vraiment fort,

A l’odeur de la rose, il me faut ajouter

Celle de mon caca, elle est vraiment salée. »

A ces mots la grand-ma tomba dans le coma,

Le grand-pa s’évanouit, il ne resta plus là

Que Martine songeuse et se disant vraiment

Il n’en faut pas beaucoup pour étendre ces gens.

Songez bien, chers parents, qu’avant de les punir

Il faut de vos enfants d’abord vous prémunir.

Car ils ont tous les droits, même celui de chier

Au fin fond d’un jardin, sous un palétuvier.

 

 

 

 

 

02 novembre 2007

Les Martine - Fable 1

ATTENTION ! TEXTE DE TRES MAUVAIS GOÛT - AMES SENSIBLES S'ABSTENIR !

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MARTINE VEUT NOYER BEBE

« Viens ici, ma chérie, dit la mère à sa fille.

Il me faut te parler, laisse tomber tes quilles.

As-tu vu qu’en cinq mois j’ai pris beaucoup de ventre ? »

La gamine d’un coup sur l’endroit se concentre.

« Je ne suis pas bigleuse et perçu j’avais bien

Ce gonflement bizarre et je sais d’où ça vient.

Mon père encore un coup a vraiment fait des siennes,

Peut-être pourrais-tu lui dire qu’il s’abstienne ? »

La mère est étonnée de ce savoir si grand

Que cette belle enfant sur sa tête répand.

« De tes informations tu me sembles bien sûre »,

Dit la mère. « C’est que le trou de la serrure

Est meilleur professeur que la triste lecture

D’un guide formaté à l’usage d’enfants

Qui voudraient bien savoir ce que font leurs parents

Lorsque le tintamarre de leur chambre s’élève

Bruit qui ressemble au porc que soudain l’on achève. »

La mère resta coite et se le tint pour dit.

Et puis elle accoucha d’un horrible petit

Qui ressemblait à tout, sauf à un être humain.

« Et bien les vieux vraiment ils ont perdu la main,

Réfléchissait Martine en regardant son frère.

Ca devient aussi rouge qu’un calorifère,

C’est moche et puis ça crie, c’est sale et puis ça pue,

Ca pisse sur ma robe et là je n’en peux plus.

A ce chieur vagissant faisons donc prendre un bain

Voyons s’il flotte bien ou s’il coule soudain. »

Dans l’eau le petit veau Martine fit tomber,

Mit ses lunettes pour bien mieux regarder

Ce qui là se passait. Le lardon s’agita,

N’eut pas l’air bien content, faiblement il cria*

Fit quelques mouvements assez désordonnés,

Puis s’immobilisa, il était trépassé.

« Merde, dit Martine, l’expérience a raté.

Mais c’est sa faute aussi, ça ne sait pas nager.

Ma mère va gueuler, me priver de dessert

Et m’accuser d’avoir là zigouillé mon frère.

J’entends dès à présent ses propos hystériques,

Tout ça pour un marmot déjà cadavérique. »

Elle entra fermement dans la salle à manger

Où ses parents déjà commençaient à bouffer.

Elle s’assit près d’eux, déplia* sa serviette

Et dit en se servant une belle paupiette :

« Dernière information : mon frère a clapoté,

Bien vite il va falloir dans votre chambre entrer

Pour en faire un troisième et tâchez cette fois

Dans la procréation d’être moins maladroits. »

La vérité dit-on vient toujours des enfants

Ce récit n’en est-il pas la preuve vraiment ?

 

29 octobre 2007

La Chimère, le Centaure et la Polytraumatisée

Fable pour Solko, trouvée au fond d’un tiroir. (Accessoirement pour des parents – s’il y en a- affligés par l’orthographe désastreuse de leurs chérubins.)

 

 

LA CHIMÈRE , LE CENTAURE ET LA POLYTRAUMATISÉE

 

Dans la salle de bain tout en porphyre orange,

Sentant l’urine rance et saturée de fange,

La Chimère chantait, le nez à la fenêtre,

Tapotant de la patte un joli baromètre.

Trempant dans la baignoire et dans un jus marron,

Une polytraumatisée jaune citron

Marmonnait quelques mots et toujours en anglais

Car sa mémoire flasque ignorait le français.

La Chimère chanta pendant un bon moment,

Puis se dit tout à coup : c’est mon tour à présent

      Dans la boue de tremper, virons la vieille,

      Et rangeons-la donc dans cette bouteille.

Sitôt dit, sitôt fait. Première tentative :

Ce fut un bel échec, la triste maladive

Résistant comme un âne qui ne veut pas boire,

S’accrochant aux rebords de toute sa mâchoire,

Car il ne lui restait, pour se mouvoir hélas,

Que ses nouvelles dents, beau cadeau de Christmas.

       « As-tu fini de résister, vieux veau !

       Disait la Chimère en frappant le pot.

C’est à moi maintenant dans le bain de plonger,

Tire-toi donc de là, polytraumatisée ! »

       « Il n’en est pas question, répondit-on

       En bel anglais mais sans la traduction.

Je suis traumatisée plus dés orthographiée.

Dans cette boue marron j’ai le droit de nager

Mes moignons me démangent, c’est un très bon signe,

Et mon orthographe redevient curviligne.

        Je sens monter en moi tous les accords

        Grammaticaux et lexicaux d’abord,

Puis la syntaxe vient, c’est la grande jouissance,

Je suis bientôt guérie, c’est une vraie jouvence. »

La Chimère cria :. « Pauvre chose atrophiée,

Qu’on ne peut sans vomir voir photographiée*,

Penses-tu que ce bain va tes os recoller ?

Tu rêves ma chérie ; ton squelette est brisé.

Rends-moi cette baignoire, car c’est ici ma place

Ou j’appelle Centaure et ses armes salaces. »

La menace fut vaine. On s’accrocha bien plus.

La Chimère bondit et dans un saut de puce,

Parvint dans un salon plein de miroirs profonds

Dans lequel un centaure assez peu pudibond

Exhibait sa vaillance, attendant le moment

De faire visiter un si beau monument.

      « Aide-moi, l'ami, geignit la Chimère.

      La pouf dans le bain me fait des misères.

      Ca veut s'incruster, pourtant c'est mon tour

      De tremper tel un joli petit-four,

Dans la baignoire emplie de cette eau si marron. »

« Je viens, dit le Centaure ôtant son pantalon.

Qu’elle le veuille ou non, la baignoire est à nous,

L’envie lui passera de cacher son minou. »

Tout de fureur et bien d’autre chose gonflé,

Le Centaure apparaît, mais la traumatisée,

Voyant cet étalon, sent que son appétit

Se réveille à son tour et pousse un petit cri.

       Ce qui suit ne peut être raconté.

       Mais sachez que la dés orthographiée

Là se releva dépolytraumatisée,

Et fit un zéro faute à toutes ses dictées.

 

 

 

Bien des maux sur la terre ont des causes bizarres ;

Ce n’est pas en allant dans un aérogare

Qu’on résout les problèmes existentialistes.

Il suffit de si peu pour retrouver la piste

D’où l’on s’était écarté. Fautes d’orthographe ?

Polytraumatisme et panne de paragraphe ?

Le remède est bien là, trouvons donc un centaure

Et nous saurons comment on écrit hareng saur.

30 juillet 2007

Fables de la Chine Antique IV

 

Fable pour nos chers politiciens :

TROIS LE MATIN ET QUATRE LE SOIR

Il y avait autrefois un éleveur qui possédait une multitude de singes.

A force de vivre ensemble, ils étaient arrivés, maître et singes, à se comprendre parfaitement. Et le maître avait pour ses animaux une telle affection que, pour les nourrir, il allait jusqu’à rogner sur les vivres de sa famille.

Quand, plus tard, les vivres vinrent à manquer, il fut obligé de diminuer la ration des singes.

Pour prévenir leur mécontentement, il usa d’un stratagème.

« A chacun de vous, dit-il, je vais donner trois marrons le matin et quatre le soir. D’accord ? »

Mais les singes firent de hideuses grimaces signifiant à leur maître que la ration était trop maigre. Le maître réfléchit, puis au bout d’un moment, il reprit :

« Puisque vous trouvez insuffisante la ration de trois marrons pour le matin et quatre pour le soir, on va faire autrement. Ce sera quatre marrons pour le matin et trois pour le soir. Cela vous va-t-il ? »

Les singes, dupés par ce stratagème de pure rhétorique, acceptèrent l’arrangement avec satisfaction.

 

Fable du 5ème ou 7ème siècle av JC.

 

 

LE MUR ECROULE

Un riche propriétaire avait vu un mur de sa maison s’écrouler par suite de pluies torrentielles. Indiquant la brèche, son fils lui dit : « Il faut la boucher au plus vite, sinon, des voleurs entreront à la faveur de la nuit. »

Un vieux bonhomme qui habitait à côté de chez lui, ayant remarqué la brèche, l’avertit de même : « Si vous ne réparez pas le mur, les voleurs pénétreront chez vous lorsqu’il fera nuit noire. »

Et c’est ce qui arriva en effet la nuit même. Un homme se glissa chez le propriétaire et emporta un tas de choses précieuses.

Là-dessus, le propriétaire vanta beaucoup l’esprit de son fils qui, disait-il, était d’une clairvoyance étonnante tandis qu’il soupçonna son voisin d’être l’auteur du forfait.

 

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

LA LANCE ET LE BOUCLIER

Il y avait autrefois un armurier qui vendait des lances et des boucliers.

Il prit un bouclier et déclara : « Voilà mon bouclier. Il est si solide qu’aucune arme, si tranchante soit-elle, ne saura le percer. »

Ensuite, il prit une lance et dit : « Voilà ma lance. Elle a une pointe si affilée qu’aucune arme défensive, si solide soit-elle, ne saura lui résister. »

Un homme de l’assistance, que ces vantardises faisaient rire sous cape, se détacha du groupe et s’adressa au marchand :

« A ce que vous dites, votre lance est si pointue que rien ne saura lui résister et votre bouclier est si solide que rien ne saura le percer. C’est fort bien. Mais si vous prenez votre lance et foncez sur votre bouclier, qu’arrivera-t-il ? »

Pris au dépourvu, le marchand ne sut que répondre.

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

 

L’ELIXIR D’IMMORTALITE

Le bruit courait que dans la montagne, à quelques milliers de lieues de la capitale, vivait un vieux moine taoïste qui détenait le secret d’un élixir d’immortalité. Ayant eu vent de la chose, la roi envoya un grand dignitaire chercher le secret.

Mais quand le messager arriva sur les lieux, le moine venait de mourir.

Furieux, le roi accusa le dignitaire de s’être mis en retard par manque de diligence et le condamna au châtiment suprême.

Voilà un roi qui n’était pas un parangon de sagacité. Il ne lui était, en effet, même pas venu à l’esprit que si le moine avait possédé un élixir d’immortalité, il ne serait pas mort.

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

 

UN FILS PLEURE SA MERE

Deux familles habitent la même cour. Celle dont le pavillon donne sur l’est est en plein deuil : la mère vient de mourir. Son fils la pleure, mais sans grand chagrin.

Chez les voisins du pavillon ouest, le fils dit alors à sa mère : « Te voilà très vieille, maman. Il est temps de te dépêcher de mourir. Je jure de te pleurer à grands flots de larmes. »

Un fils qui souhaite la mort de sa mère est-il capable de la pleurer ?

Fable du 2ème siècle av. JC

 

 

 

LA CIGALE , LA MANTE ET LE MOINEAU

Sur un arbre, une cigale se régale de rosée tout en chantant, sans s’apercevoir que derrière elle, une mante la guette. La mante, prête à saisir la cigale, brandit, telle une paire de ciseaux, ses deux pattes de devant, mais elle n’a pas vu que derrière elle, un moineau est à l’affût. Le moineau bat des ailes et allonge le cou dans l’espoir d’attraper la mante ; juste à ce moment-là, un gamin prend son arc et vise le moineau.

La cigale, la mante et le moineau ont tous trois eu le grand tort de n’avoir d’yeux que pour leur proie sans se méfier des dangers qui les guettaient par derrière.

Fable anonyme, date inconnue.

Quelques petites explications concernant l’histoire littéraire chinoise et plus particulièrement le genre de la fable en Chine.

Voici ce qu’écrit Wei Jinzhi, écrivain chinois contemporain, dans sa préface au recueil de fables :

« Aux IIIe et IVe siècles avant notre ère, la domina­tion féodale de la dynastie des Zhou commença à s'effondrer. Les principautés épuisaient leurs forces à chercher mutuellement à s'annexer, et les terres pouvaient se vendre et s'acheter librement. Certains aristocrates héréditaires retombèrent dans la plèbe ; par contre, des plébéiens acquirent la possibilité de s'instruire. De là on vit surgir nombre de philosophes et de politiciens, qui impulsèrent la rivalité entre de multiples écoles. Ces philosophes et politiciens, non contents des connaissances qu'ils possédaient déjà sur la culture antique et sur les riches expériences histo­riques, avaient beaucoup voyagé à travers les diffé­rentes principautés, et eu des contacts avec la popu­lation. C'est ainsi qu'ils avaient acquis une connais­sance assez profonde de la vie du peuple, et assimilé les fables - une forme de récit métaphorique basée sur des récits de la vie quotidienne et des légendes historiques - auxquelles les gens du peuple avaient souvent recours dans leurs rapports entre eux. Ils prirent donc l'habitude d'emprunter des fables, largement répandues au sein du peuple, pour appuyer leurs arguments, lorsqu'ils composaient des satires contre les dominateurs ou leur adressaient des con­seils, qu'ils essayaient de clore le bec à leurs adversai­res dans les débats, qu'ils donnaient des leçons et des enseignements à leurs disciples et qu'ils écrivaient des œuvres pour exposer leurs théorie et doctrine. Parmi eux Han Feizi, Zhuangzi, Liezi étaient ceux qui savaient le mieux utiliser ce genre de littérature. Il va sans dire que les pensées développées par ces éminents philosophes et politiciens faisaient partie de notre patrimoine culturel antique dont l'éclat illu­mine tout le cours de notre Histoire. Les fables qui étaient utilisées par eux comme un moyen de com­munication purent être conservées pour la postérité grâce à leurs ouvrages, et toujours plus largement maîtrisées par la population qui les utilisait dans sa lutte pour la vie quotidienne. Précisément parce que ces fables étaient nées au sein du peuple et graduelle­ment perfectionnées par lui, elles étaient caractérisées par la netteté des images et l'aspect typique des idées. En outre, d'une langue aisée et populaire, elles étaient faciles à comprendre pour les simples gens.

Après l'unification de la Chine au IIè siècle av. J.-C. par la dynastie des Han, tandis que le système féodal s'affirmait considérablement, les dominateurs féodaux entreprirent de bannir toutes les autres éco­les pour honorer la seule école de Confucius et faire de sa doctrine la seule doctrine orthodoxe. Ils choisissaient et nommaient leurs agents administratifs uni­quement suivant les règles établies par les classiques confucianistes. Les fables, qui étaient alors large­ment répandues parmi la population, furent considé­rées par eux comme des bavardages des rues sans valeur et qu'on ne pouvait admettre dans les "salons distingués". En effet la fable, genre de littérature satirique, attaquait trop souvent la société et les évé­nements de l'époque, et donc faisait du tort aux classes dominantes. Voilà pourquoi celles-ci les ont toujours détestées et rejetées. Voilà pourquoi égale­ment ces fables, qui ne cessaient de jaillir au sein du peuple, n'étaient que rarement utilisées dans les écrits.

Pourtant Liu Zongyuan au VIe siècle et Su Shi au XIe siècle avaient écrit certaines fables, en particulier Su Shi qui composa un recueil de fables intitulé Aizi Za Shuo. Ces deux célèbres écrivains de la Chine ancienne, ayant essuyé des revers politiques, recou­rurent aux fables dans le but de ridiculiser et carica­turer la société et les événements de leur temps. Au XIVe siècle, Liu Ji, un lettré qui a vécu sous la domi­nation des Mongols en Chine et qui fut un témoin oculaire des cruelles souffrances du peuple, avait écrit le livre Yu Lizi qui comprend un certain nom­bre de fables. Toutes ces fables ont joué naturelle­ment un rôle efficace, celui d'une arme dans la lutte de ce temps. Mais ce genre de création, dans la main des lettrés, manquait souvent de souffle et des cou­leurs de la vie populaire.

Aux XVIe et XVIIe siècles, alors que la domina­tion de la dynastie des Ming devenait de plus en plus corrompue, la course au pouvoir et pour satisfaire les intérêts personnels entre hauts dignitaires et eunu­ques, les fréquentes calamités naturelles, les impôts et fermages trop lourds et toutes les autres formes d'exploitation, plongèrent le peuple dans un abîme de souffrances. Les plaintes et les rumeurs allèrent se multipliant. Par la suite, les lettrés progressistes, nourrirent leur ironie d'anecdotes tirées de la vie et écrivirent des fables en prenant la société et les événements pour cible. Par exemple, l'auteur du Xue Tao Xiao Shu (Récits recueillis par Xue Tao), Jiang Yingke et celui du Xiao Zan (L'Eloge du Rire), Zhao N anxing, tous deux ayant caressé des ambitions politiques, mais ayant été évincés par de hauts digni­taires et eunuques, composèrent des fables et les utili­sèrent comme arme pour attaquer les phénomènes néfastes de leur temps. L'auteur du Xiao Fu (Trésor des Bons Mots), Feng Menglong, en dehors des fables qu'il a recueillies et mises au point, écrivit et compila de nombreux contes populaires. Grâce à lui ces récits ont pu subsister jusqu'à nos jours. Bref, dans le domaine de la créa­tion des fables à cette époque, non seulement les fa­bulistes étaient nombreux ainsi que les œuvres qui leur étaient propres, mais les fables qu'ils créaient contenaient des éléments pleins de sève puisés dans la vie du peuple. Sur ce point, ils ont vraiment persé­véré dans les bonnes traditions en matière de fable des IIIe et IVe siècles av. J.-C. et les ont développées et mises à l’honneur. Il est à noter que les fables de ce recueil sont toutes tirées des ouvrages des auteurs anciens. Quant à celles qui ont circulé de bouche en bouche parmi la population, et qui sont aussi nom­breuses qu'intéressantes, elles n'ont pu y figurer. »

Wei Jinzhi

 

 

 

 

13:45 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, fables, Chine

27 juillet 2007

Fables de la Chine Antique III

LES BATEAUX VETUSTES

 

Lorsque Hu Lizi quitta la capitale pour s’en retourner dans son pays natal, le premier ministre mit à sa disposition un fonctionnaire pour l’accompagner.

« Choisissez pour votre voyage, dit-il, parmi les bateaux du gouvernement, celui qui vous plaira le mieux. »

Le jour du départ, Hu Lizi arriva le premier à l’embarcadère. Il y avait plusieurs milliers d’embarcations amarrées le long du rivage. Il cherchait à reconnaître les bateaux gouvernementaux mais n’y parvenait pas. Quand arriva le fonctionnaire qui devait l’escorter, il lui demanda :

« Il y a tant de bateaux ici ! Comment distinguer ceux du gouvernement ? » 

« Rien de plus facile, répondit son interlocuteur. Ceux dont la bâche est trouée, les rames brisées et les voiles déchirées sont tous des bateaux du gouvernement. »

Hu Lizi leva les yeux au ciel, soupira et dit en lui-même : « Ce n’est pas étonnant que le peuple soit misérable. L’empereur le considère sans doute comme propriété du gouvernement lui aussi. »

Fable du 14ème siècle.

 

 

CELA N’EST PAS DE MON DOMAINE

Il était une fois un praticien qui se disait spécialisé en médecine externe. Un guerrier blessé réclama ses soins. Il s’agissait d’extraire une flèche qui s’était enfoncée dans ses chairs.

Le chirurgien prit une paire de ciseaux, coupa la penne au ras de la peau, puis réclama ses honoraires.

« La pointe de la flèche est encore dans ma chair, il faut l’en retirer », dit le guerrier.

« C’est du domaine de la médecine interne, répondit le docteur. Comment pourrais-je prendre la responsabilité d’un tel traitement ? »

 

Fable du 15ème siècle.

 

 

 

 

Fable pour Solko

LA CHAUVE-SOURIS

Le jour de l’anniversaire du phénix, tous les oiseaux se présentèrent devant lui pour lui offrir leurs souhaits ; seule la chauve-souris ne se présenta pas. Le phénix, fort vexé, lui en fit la remarque : « Vous êtes mon sujet, dit-il, et non mon suzerain. »  La chauve-souris répondit : « Voyez mes pattes, suis-je un oiseau ? Pourquoi vous aurais-je adressé mes hommages ? »

Mais le jour de l’anniversaire de la licorne,  la chauve-souris ne parut pas non plus. La licorne lui fit des reproches. « Moi ? dit la chauve-souris. Voyez mes ailes, je suis oiseau ; pourquoi vus adresserai-je mes hommages ? »

Le phénix et la licorne se rencontrant, se répétèrent les propos de la chauve-souris. « Le monde dégénère pour qu’une telle bête ayant quatre pattes et des plumes puisse y faire son apparition, soupirèrent-ils. Et nous n’y pouvons rien. »

Fable du 17ème ou 18ème siècle.

 

 

 

LES BRANCHES FOURCHUES

Les habitants d’un certain village de montagne avaient coutume de se servir de branches fourchues pour fabriquer les pieds de leurs tabourets. Un jour, un paysan qui voulait réparer les pieds d’un tabouret, dit à son fils d’aller couper une branche fourchue dans la montagne. Le fils prit sa hache et s’en fut. Après une journée, il revint bredouille. Son père lui reprocha son incapacité.

« C’est vrai, il y avait beaucoup de branches fourchues là-bas, dit le fils, mais elles poussaient toutes dans le sens de la hauteur ! »

Fable de la dynastie des Ming

 

CHANGER UNE AIGUILLE EN BARRE DE FER

Plusieurs enfants qui faisaient l’école buissonnière s’amusaient dans la rue. Ils remarquèrent une vieille femme qui, inlassablement, frottait une barre de fer contre une pierre. Intrigués, ils lui demandèrent :

« Que faites-vous là, vieille mère ? »

Elle répondit sérieusement :

« Je frotte cette barre pour la réduire, je veux en faire une aiguille pour coudre mes habits. »

Les enfants éclatèrent de rire.

« Jamais vous ne pourrez faire une aiguille d’une barre de fer de cette grosseur ! »

« Je la meule tous les jours, tous les jours elle diminue un peu plus et un jour elle finira bien par devenir aiguille. Mais des petits paresseux ne peuvent pas comprendre cela », dit la vieille.

Les enfants s’entre-regardèrent en rougissant, puis en courant, ils s’en retournèrent à l’école.

C’est de cette histoire que nous vient le vieux dicton qui a encore cours aujourd’hui :

« Travail persévérant peut faire d’une barre de fer une aiguille à broder. »

Fable du 17ème siècle

(Commentaire : c’est bizarre, dans les fables, celui qui a fait ou dit une grosse stupidité comprend généralement son erreur. Dans la vie, c’est autre chose…)

 

 

LA NAIVETE DU JEUNE CERF

Un habitant de Linjiang captura un jour un faon et décida de l’élever. A peine eut-il franchi le seul de sa demeure que ses chiens l’accueillirent en se pourléchant et en frétillant de la queue. L’homme, furieux, les renvoya, mais le sort que ses chiens réservaient au faon lui devint un sujet d’inquiétude. Alors, il présenta tous les jours le faon aux chiens ; il le portait dans ses bras, montrant par là à ses chiens qu’ils devaient le laisser en pais. Peu à peu, le faon se mit à jouer avec les chiens qui, obéissant à la volonté de leur maître, fraternisèrent avec lui.

Le faon grandit et, oubliant qu’il était un cerf, crut que les chiens étaient ses meilleurs amis. Ils folâtraient ensemble et vivaient dans une intimité sans cesse grandissante.

Trois années passèrent. Le faon, devenu cerf, vit un beau jour dans la rue une bande de chiens inconnus. Il sortit aussitôt pour s’amuser avec eux, mais ceux-ci le regardèrent venir avec un mélange de joie et de fureur. Ils le mirent en pièces et le mangèrent. En rendant le dernier soupir, le jeune cerf se demandait encore pourquoi il mourait si prématurément. 

Fable du 8ème/9ème siècle.

 

 

LE PUITS

Un puits avait été foré au bord d’une route. Les voyageurs étaient heureux d’y puiser de l’eau pour étancher leur soif. Un jour, un homme s’y noya ; dès lors, tout le monde se mit à blâmer celui qui avait foré le puits à cet emplacement.

Fable du 8ème siècle.

 

DEPLACER LA MONTAGNE

Le Taihang et le Wangwu sont des montagnes hautes de quelque cent mille pieds et dont le pourtour mesure dans les sept cents lieues.

Sur le versant nord de ces montagnes demeurait un vieillard âgé d’environ 90 ans et connu sous le nom de Père Stupide.

Sa maison faisait face à la montagne et lorsqu’il avait à sortir, il lui fallait faire de grands détours, ce qui l’importunait fort.

Un jour, il convoqua tous les siens et leur dit :

« Ces montagnes nous barrent le chemin et nous gênent beaucoup dans nos allées et venues. Nous allons tous nous y mettre et les enlever. De cette façon, nous nous frayerons un chemin et nous n’aurons plus tant de détours  faire pour aller à Yuzhou. »

Tous l’approuvèrent ; seule sa vieille compagne resta quelque peu sceptique.

« Je voudrais bien voir, dit-elle, comment vous allez vous y prendre. A mon avis, avec si peu de forces, vous ne pourrez même pas aplanir un monticule ; à plus forte raison vous sera-t-il impossible de venir à bout de ces hautes montagnes. Où allez-vous mettre tant de pierres et de terre ? »

Ils répondirent :

« Qu’à cela ne tienne ! On va les déposer sur la plage de Bohai. Même s’il y en avait davantage, nous ne serions pas embarrassés. »

Dès le lendemain, on se mit à la besogne.

Une veuve de leur voisinage avait un fils de sept à huit ans qui, lui aussi, se mit de la partie.

Ils travaillèrent avec entrain, creusèrent la terre, enlevèrent les pierres et les transportèrent sur la plage.

Une année durant, ils ne rentrèrent que rarement chez eux.

Au bord de Fleuve Jaune habitait un autre vieillard qui passait pour être un esprit fin. On l’appelait le Père Intelligent. En voyant son compère se donner tant de peine, il en riait dans sa barbe et finit par lui dire :

« Est-il permis d’être sot à ce point ! Vieux comme vous l’êtes, vous avez juste assez de force pour arracher les herbes de la montagne, comment pourriez-vous remuer tant de terre et de pierres ? »

Le Père Stupide poussa un profond soupir et répondit :

« C’est vous qui êtes vraiment simple d’esprit : Votre tête ne vaut même pas celle du fils de notre voisine. Il est vrai que je suis vieux et que je n’ai plus beaucoup d’années à vivre, mais après ma mort restera encore mon fils à qui succédera mon petit-fils. Celui-ci, à son tour, aura un fils et un petit-fils, et ainsi de suite. Pendant tout de ce temps-là, les montagnes, elles, ne grandiront pas d’un pouce, alors dites-moi donc, pourquoi n’en viendrions-nous pas à bout ? »

A cet argument, le vieux qui se piquait d’esprit resta coi, ne trouvant plus rien à répondre.

 

Fable du 5ème ou 7ème siècle av JC