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21 novembre 2008

Une leçon d'échecs

Fables pour les élèves et étudiants qui s'égareront sur ce blog...

Il y avait autrefois un joueur d'échecs renommé qui s'appelait Qiu. Personne ne pouvait l'égaler et il n'avait jamais rencontré d'adversaire digne de lui dans la région.

Qiu enseignait à deux jeunes gens l'art des échecs. L'un d'eux s'appliquait beaucoup et suivait les explications du maître avec attention, alors que l'autre était distrait. Il était bien là comme son camarade, ayant l'air d'écouter, les yeux fixés sur le jeu ; mais en réalité, sa pensée était ailleurs. Il songeait tout le temps aux oies sauvages qui passaient dans le ciel et dont il lui semblait entendre les cris et il aurait voulu prendre son arc et aller en abattre quelques-unes.

Il en résulta que le premier élève devint vite un joueur d'échecs consommé tandis que l'autre, bien qu'il eût passé beaucoup de temps à apprendre ce jeu n'en retint que quelques vagues rudiments. Etait-ce que son camarade était plus doué que lui ? Que non pas ; il faut en chercher ailleurs la cause.

Fable de la Chine Antique, env. 380 av. JC

NDR : Le distrait avait au moins la politesse de se taire et de faire semblant. Il avait reçu une éducation, quoi...

 

10:00 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fables, chine, littérature

20 novembre 2008

Peindre des fantômes

Le roi de Qi demanda un jour à son peintre :

"Dites-moi donc ce qui est le plus difficile à peindre." "Ce sont les chiens et les chevaux", répondit l'artiste.

Le roi reprit : "Et ce qui est le plus facile à peindre ?" "Ce sont les mauvais esprits, les fantômes, répondit le peintre sans hésiter. Les chiens et les chevaux, nous les voyons tous les jours, la moindre infidélité serait tout de suite remarquée. Les fantômes, eux, n'ont pas de forme définie et personne n'en a jamais vu, donc ils sont plus faciles à peindre."

Fable de la Chine antique, Han Fei 3ème siècle avant JC.

07:35 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fables, chine, littérature

16 novembre 2008

D'où vient le riz ?

Les petits-fils de Cai Jing, le célèbre ministre des Song, élevés en enfants de riches, n'avaient aucune idée des travaux des champs.

Un jour, Caï Jing leur demanda en plaisantant : "Pouvez-vous me dire d'où vient le riz que vous mangez tous les jours ?"

Le premier chercha et répondit : "Du mortier à décortiquer le riz". Caï Jing éclata de rire.

"Non, dit un autre des petits-fils, ce n'est pas du tout cela, le riz vient des sacs de jonc tressé ; je l'ai vu là-dedans."

Fable de la Chine Antique, 11ème siècle.

11:00 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fables, littérature, chine

13 novembre 2008

Fables de la Chine Antique V

Plus de marc pour les cochons

A trente li de notre bourgade se trouve la montagne Hefu. Là, à côté d'un petit lac, est niché un temple que tout le monde nomme le Temple de la mère Wang. Personne ne sait à quelle époque vécut la mère Wang, mais les anciens racontent que c'était une femme qui fabriquait et vendait du vin et qu'un moine taoïste avait pris l'habitude de venir boire chez elle à crédit. La marchande semblait n'y prêter aucune attention. Chaque fois qu'il se présentait, elle le servait aussitôt.

Un jour, le taoïste dit à la mère Wang : "J'ai bu votre vin et n'ai pas de quoi le payer, mais je vais vous creuser un puits." Le puits terminé, on s'aperçut qu'il contenait du très bon vin. "Voilà pour vous payer ma dette", dit le moine et il s'en fut.

De ce jour, la femme ne fit plus de vin, elle servit à ses clients du vin tiré du puits, qji était bien meilleur que celui qu'elle faisait auparavant avec du grain fermenté. Sa clientèle s'accrut énormément.

En trois ans, sa fortune était faite. Elle avait gagné plusieurs milliers d'onces d'argent.

Un jour, le moine parut à l'improviste. La femme le remercia avec effusion. "Le vin est-il bon ?" demanda-t-il. "Oui, le vin est bon, admit-elle, seulement, je n'ai plus de marc pour nourrir mes porcs !"

En riant, le taoïste prit un pinceau et écrivit sur le mur de la maison :

La profondeur du ciel n'est rien, Le coeur humain est infiniment plus profond. L'eau du puits se vend pour du vin ; la marchande encor se plaint : Plus de marc pour les cochons.

Son quatrain achevé, il s'en fut, et le puits ne donna plus que de l'eau.

Fable de la Chine Antique, 15ème siècle.

 

La statuette de pierre et la marionnette

Le prince Mengchang voulait quitter sa patrie -le royaume de Qi- pour se rendre au royaume de Qin où il espérait se voir attribuer de hautes fonctions. Les gens de sa suite essayèrent en vain de l'en dissuader. L'un d'entre eux, cependant, eut l'idée d'une métaphore qui le convainquit.

"Un jour que je traversais la rivière Zihe, j'ai surpris la conversation d'une marionnette et d'une statuette de terre. La marionnette disait à la statuette : "A l'origine, vous n'étiez qu'un morceau de terre de la rive ouest, c'est de cette terre que vous avez été faite. S'il se met à pleuvoir en abondance, les eaux du fleuve, en débordant, pourront fort bien vous détruire." Et la statuette lui répondit : "Je serai détruite, c'est vrai, mais je retrouverai simplement ma première forme, je redeviendrai un morceau de terre, voilà tout ; tandis que vous, qui avez été faite d'un arbre du verger de la rive est, s'il se met à pleuvoir en abondance, les eaux du fleuve, en débordant, vous emporteront à leur guise et vous ne serez plus maître de votre destinée. Sur quel rivage allez-vous échouer ?""

Après avoir écouté ce petit récit, le prince renonça à son projet d'aller au royaume de Quin.

Recueil d'anecdotes de la Chine Antique, 5ème siècle ap. JC.

D'où vient le riz ?

Les petits-fils de Cai Jing, le célèbre ministre des Song, élevés en enfants de riches, n'avaient aucune idée des travaux des champs.

Un jour, Caï Jing leur demanda en plaisantant : "Pouvez-vous me dire d'où vient le riz que vous mangez tous les jours ?"

Le premier chercha et répondit : "Du mortier à décortiquer le riz". Caï Jing éclata de rire.

"Non, dit un autre des petits-fils, ce n'est pas du tout cela, le riz vient des sacs de jonc tressé ; je l'ai vu là-dedans."

Fable de la Chine Antique, 11ème siècle.

Avaler le jujube tout entier

Un sot entendit un jour cette conversation :

"Les poires sont bonnes pour les dents mais nuisibles pour la rate."" "Oui, mais les jujubes au contraire ne valent rien pour les dents mais font du bien à la rate."

Il réfléchit longuement et dit :

"Je mâcherai les poires mais ne les avalerai pas, ainsi elles ne pourront nuire à ma rate. J'avalerai les jujubes sans les mâcher, ainsi ils ne pourront gâter mes dents."

L'un de ses amis déclara : "Voilà ce qui s'appelle avaler le jujube tout entier *!"

Tout le monde éclata de rire.

Fable de la Chine Antique, 11ème ou 12ème siècle.

* En Chine, "avaler le jujube tout entier" = agir sans réflexion. Expression courante.

Le cochon à tête blanche

Dans le pays du Liaodong, tous les cochons sont noirs. Cependant, un éleveur eut la surprise de voir sa truie mettre bas un cochon à tête blanche. Tous les habitants s'en émerveillèrent et tirent la chose pour un prodige. L'éleveur, encouragé par l'admiration générale, voulut présenter son cochon à la cour impériale. Mais en arrivant dans la région du Hedong, il s'aperçut que là, tous les cochons étaient à tête blanche. "Je ne suis qu'un sot", se dit-il. Et il rebroussa chemin en ramenant son cochon.

Fable de la Chine Antique, 4ème/5ème siècle ap. JC

Peindre des fantômes

Le roi de Qi demanda un jour à son peintre :

"Dites-moi donc ce qui est le plus difficile à peindre." "Ce sont les chiens et les chevaux", répondit l'artiste.

Le roi reprit : "Et ce qui est le plus facile à peindre ?" "Ce sont les mauvais esprits, les fantômes, répondit le peintre sans hésiter. Les chiens et les chevaux, nous les voyons tous les jours, la moindre infidélité serait tout de suite remarquée. Les fantômes, eux, n'ont pas de forme définie et personne n'en a jamais vu, donc ils sont plus faciles à peindre."

Fable de la Chine antique, Han Fei 3ème siècle avant JC.

Une leçon d'échecs

Fables pour les élèves et étudiants qui s'égareront sur ce blog...

Il y avait autrefois un joueur d'échecs renommé qui s'appelait Qiu. Personne ne pouvait l'égaler et il n'avait jamais rencontré d'adversaire digne de lui dans la région.

Qiu enseignait à deux jeunes gens l'art des échecs. L'un d'eux s'appliquait beaucoup et suivait les explications du maître avec attention, alors que l'autre était distrait. Il était bien là comme son camarade, ayant l'air d'écouter, les yeux fixés sur le jeu ; mais en réalité, sa pensée était ailleurs. Il songeait tout le temps aux oies sauvages qui passaient dans le ciel et dont il lui semblait entendre les cris et il aurait voulu prendre son arc et aller en abattre quelques-unes.

Il en résulta que le premier élève devint vite un joueur d'échecs consommé tandis que l'autre, bien qu'il eût passé beaucoup de temps à apprendre ce jeu n'en retint que quelques vagues rudiments. Etait-ce que son camarade était plus doué que lui ? Que non pas ; il faut en chercher ailleurs la cause.

Fable de la Chine Antique, env. 380 av. JC

NDR : Le distrait avait au moins la politesse de se taire et de faire semblant. Il avait reçu une éducation, quoi...

06 novembre 2007

Les Martine - Fable 5

LA DERNIERE PARCE QUE JE COMMENCE A SATURER UN PEU...

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MARTINE ET LE VOMI RÉCHAUFFÉ

Cette belle existence dut bientôt s’achever,

On trouva un matin le vieux ratatiné

Par une crise cardiaque. C’était couru.

A cet âge on ne peut toujours bien rester dru,

Surtout quand on pratique avec cette constance

Ce qui demande au fond beaucoup de résistance.

Une fois de plus, Martine fut obligée

De changer de demeure et de déménager.

Revenir chez ses vieux ? « Il n’en est pas question.

Pour toujours j’ai quitté cette horrible pension

Qui sent le chou cramé et le navet pourri.

Réfléchissons un peu. Mon argent a péri

Car j’ai trop dépensé. Si je faisais la manche ?

Je mets de vieux souliers et puis ma robe blanche,

Je prends l’air malheureux, pour ça, j’ai l’habitude

Et pour taper les cons de grandes aptitudes.

Non, cela n’ira pas. Ils sont bien trop avares.

Même mon joli cul, tel un gros gyrophare,

Ne les déciderait à soulager leur bourse.

Et si sur l’hippodrome on allait jouer aux courses ?

Soit. Avec quel argent ? Hélas, ma destinée

Est de finir esclave, il me faut travailler ! »

De son A.N.P.E. elle poussa la porte,

Se fit là recevoir à l’instar d’un cloporte,

Se fit bien engueuler parce qu’il lui manquait

Des papiers importants, de naissance un extrait,

Des actes certifiant qu’elle n’était pas morte

Et tous les documents qu’en ces lieux on apporte.

On trouva pour finir une place de bonne

Chez de gros prétentieux. La mère maigrichonne,

Bête comme ses pieds mais fort bourrée de tunes,

Le père pour du fric qui n’en ratait pas une,

Les deux enfants bouffis et déjà gras à lard

Qui ressemblaient pour sûr à d’immondes cafards,

Tels étaient les quidam chez qui elle tomba.

Ca fit des étincelles. Au bout de trois jours,

Martine se disait que ces topinambours

Méritaient par le feu d’être bien immolés.

Mais prudente elle était. Car vu son beau passé,

De ce crime c’est sûr on l’aurait accusée.

Elle se contenta de flanquer une claque

Au garçon pris soudain de fureur dionysiaque,

Arracha une touffe au toupet de la fille,

A Madame donna un bon coup de béquille,

Et se fit renvoyer. Est-ce bien étonnant ?

Mais avant son départ, ces horribles manants

L’obligèrent pour eux à préparer la soupe.

Un flacon d’ipéca, une très grosse coupe,

Quelques instants d’attente et ce fut le geyser.

Martine dégueula en plein dans la soupière,

Puis remua le tout, poivre et sel ajouta,

Avec de l’urine la pâte délaya,

Et pour corser le plat, un gros glaviot verdâtre

Vint donner à la soupe une saveur douceâtre.

« Bon appétit, dit-elle en posant sur la table

Le récipient couvert. Il est incontestable

Que de tous mes essais, celui-là est le mieux.

La recette me vient tout droit de mes aïeux.

Consommé de légumes, gros morceaux de viande,

Le tout bien réchauffé avec une guirlande

De persil, d’ail, d’oignons et de fenouil brûlé :

En un mot ça vaut bien ce que fait Maïté.* »

La famille attaqua ce repas si sublime

Le trouva délicieux et excellentissime,

En revoulut encore et cette fois Martine

Dut faire son marché au fin fond des latrines.

 

 

Sait-on bien ce qu’on mange ? S’est-on demandé

D’où sortent tous ces plats que l’on vous fait bouffer ?

Si dans un restaurant Martine est cuisinière,

Assurez-vous d’abord que cette cantinière

Ne met pas dans la soupe un peu n’importe quoi.

Finalement, parfois, mieux vaut rester chez soi,

Que dans un restaurant essayer un menu

Qui pour votre estomac sera très malvenu.

 

05 novembre 2007

Les Martine - Fable 4

BON, PUISQUE VOUS EN REDEMANDEZ... A 467bd1abe8c3274187feadaf389692c7.jpgVOS RISQUES ET PERILS....

MARTINE ET LE VIEUX MONSIEUR PEDOPHILE

                              

OU

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      MARTINE SE FAIT ENTRETENIR COMME UNE PUTE

« Quelle est donc cette merde au milieu du trottoir ? 

Disaient tous les gens. C’est un vrai dépotoir !

Est-ce un handicapé par un bus écrasé ?

Ah non, c’est un enfant. Laissons-le donc crever,

Ce n’est pas mon affaire et mon patron m’attend,

Pour me baiser encore, il est très compétent. »

Pendant ce temps Martine à moitié congelée

Ouvrait grand ses deux yeux, se faisait engueuler

Parce que la chaussée bien trop elle encombrait.

Elle se redressa le visage défait,

Se traîna lentement secouée* de sanglots

Vers un beau magasin qui vendait des gâteaux.

Elle entra sur le ventre et gémit « Dieu j’ai faim,

Boulanger mon ami, file moi donc un pain. »

« Sors de ma boutique, répliqua l’artisan.

Je ne veux point ici de pauvre agonisant.

C’est plutôt dans la rue que les gens comme toi

Finissent leurs vieux jours à l’ombre d’un beffroi. »

Martine ressortit comme elle était entrée.

Dans la neige bien froide elle alla se rouler

Afin d’un miséreux détruire l’apparence.

Un vieil homme approcha. Il était certes rance,

Portait un long manteau, et les mains dans les poches

Tripotait quelque chose qui semblait bien moche.

« Voulez-vous, gentilhomme, à moi venir en aide ?

Dit la pauvre Martine. Je ne suis pas laide,

Je peux de vos vieux jours être le grand soutien

Soyez un bon grand-père et soyez bon chrétien. »

« Je suis par tes malheurs vraiment très contristé,

Répondit le vieillard. Pourtant tu t’es trompée.

Je ne suis pas de ceux qui courent après les filles,

Je préfère cent fois les garçons en guenilles,

Mais je suis charitable et je veux te donner

Quelque menue monnaie afin de subsister. »

Martine réfléchit. Vu de l’homme la tête,

Ce n’était pas souvent qu’il croquait les noisettes,

Et pour lui son bon cœur se remplit de pitié.

« Moi de même, dit-elle, je veux bien vous aider.

Je fais la rabatteuse avec cette culotte

J’attire les garçons sous votre redingote,

Mais en contrepartie, vous m’assurez le gîte

Et le couvert bien sûr. Pour une grosse bite,

Vous pouvez bien, Monsieur, me couvrir de cadeaux. »

« Serais-tu un peu pute ô mon bel angelot ?

Demanda le vieil homme. « Il faut être un cageot

Pour ne pas profiter des bonnes occasions.

Si vous êtes d’accord, topons-là, vieux croupion. »

Le marché fit merveille. A toute heure du jour,

Martine achalandait la belle basse-cour,

Qui se pressait autour de son coq déplumé

Trônant comme un vautour au milieu d’un merdier.

Dans une robe neuve en satin décadent

Un matin s’en alla Martine très gaiement

Du taudis de ses vieux à la porte frapper.

La mère en la voyant prit une grande épée,

La pointa sur sa fille et dit : « On n’entre pas. »

Martine eut un sourire et fit un entrechat.

« Regarde donc ma robe ô sinistre abrutie,

Dit-elle. Ce n’est pas ton très con de mari

Qui pourrait te payer une telle tenue.

Un seul mot m’a suffi pour être entretenue. 

Ca fait vingt ans pétasse que tu te fais chier

Pour un salaire miteux à vouloir travailler,

Alors qu’en quatre mois, rien qu’en montrant mon cul,

J’ai gagné beaucoup plus que ton pauvre cocu.

Soyez-en remerciés, restez dans le fumier,

Moi je vais de ce pas payer mon couturier. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Parents, finalement, la leçon est très claire :

Pour que vos chers enfants fassent une carrière,

Il faut de votre toit très bientôt les bannir

Ainsi pourront-ils mieux préparer l’avenir.