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18 septembre 2009

Derrière le miroir

Depuis quelques jours, pour des raisons purement familiales, je suis « contraint » (le mot est certes un peu fort) de fréquenter un endroit dans lequel, en général, on n'aime pas trop s'attarder, pour des raisons qui semblent assez évidentes : ce qu'on nomme « maison de retraite » 

Celle où je me rends est pourtant un lieu extrêmement chaleureux et sympathique : c'est une petite structure, en plein cœur de la ville, dans un quartier chargé d'histoire. Ancien couvent reconverti, la maison présente une très belle architecture, possède un jardin intérieur sur lequel s'ouvrent des terrasses ombragées, un petit salon de réception garni de meubles anciens (ce n'est pas là que vous trouverez des meubles Ikéa ou ces horreurs de chaises médicales qui sont tout sauf confortables et esthétiques), qui sent bon le parquet ciré, un petit réfectoire où les pensionnaires se retrouvent à midi et le soir. Les heures s'écoulent paisiblement dans cette atmosphère de calme et de sérénité, rythmées par les coups réguliers de l'horloge de la basilique toute proche. La maison ne pouvant recevoir qu'une quinzaine de personnes, autant dire que tout le monde se connaît et que les pensionnaires forment une sorte de famille qui reconstitue plus ou moins le milieu familial qu'ils ont dû quitter. Ajoutons à cela que le personnel, pourtant pas très nombreux, est d'une rare gentillesse et totalement dévoué au confort matériel et psychologique de ceux qui ont choisi cet endroit pour achever de vieillir tranquillement. 

Endroit idyllique pour finir sa vie, direz-vous. C'est vrai, je le reconnais sans aucune réticence. Et pourtant... Chaque fois que je pénètre dans cette maison, je ne peux m'empêcher de frissonner, à la fois de plaisir et de peur.

De plaisir, parce que les dames et les messieurs que je rencontre me ressemblent. Je veux dire par là qu'en bavardant avec eux, je me rends compte que je suis beaucoup plus proche d'eux que des jeunes gens et filles que je côtoie tous les jours -profession oblige. Je retrouve en ces gens qui appartiennent pourtant à la génération précédant la mienne une sorte d'urbanité, de politesse surannée, d'intérêt pour ceux qui les entourent dont, hélas, sont dépourvus pas mal de ces adolescents qui hantent les couloirs de l'établissement. (Je n'écris pas « tous » parce qu'il y a quand même quelques spécimens pourvus de ces qualités.)  Bien sûr, les conversations tournent souvent autour des mêmes sujets, la santé, la vie qu'on menait avant de venir s'installer à cet endroit, la famille, les enfants, petits-enfants... Sujets rebattus, banals ; presque des lieux communs. Mais j'aime les entendre parler d'eux, raconter leur vie, parce que beaucoup d'entre eux ne mettent aucune amertume dans leur récit : ils sont vieux, perclus pour certains de maux physiques ; la mémoire de quelques dames ressemble à une écharpe en lambeaux, constellée de trous ; leur seul avenir, c'est la mort, plus ou moins proche. Mais tout est accepté, ce qui ne veut pas dire qu'ils ont renoncé à vivre : simplement, ils ne s'offusquent plus de leur finitude, résultat d'un travail qui n'a certainement pas été exempt de souffrance et de révolte.

Sagesse fondamentale que notre époque devrait très vite réapprendre. La vieillesse, la déchéance physique et mentale, l'anéantissement du corps et de l'esprit, tout cela est occulté, rayé de notre vie. Il faut vite, dès le moindre signe de vieillissement, se faire tirer la peau, refaire le corps, avaler nombre de pilules et de cachets, cacher qu'on est en train de descendre la pente, et faire semblant de croire que ce n'est pas irrémédiable. Bien sûr qu'il faut se soigner lorsqu'on est malade ; bien sûr qu'il faut entretenir ce corps qui nous lâchera un jour, fatalement. Mais à quoi bon s'acharner à contrer ce qui ne peut l'être ? A quoi bon vouloir oublier, avec cette constance quasi obsessionnelle, que nous sommes mortels et que c'est le cercueil qui nous attend ?

C'est cette leçon que je reçois chaque fois que je me rends dans cette maison de retraite. Une leçon qui déclenche malgré moi ce fameux frisson d'appréhension dont je parlais plus haut. Car, et c'est une évidence, j'en suis conscient, ceux que je vois me présentent de moi-même l'image de ce que je serai dans vingt ans, peut-être plus, peut-être moins. Ils me rappellent, alors que tout est fait pour que je l'oublie, d'une part que ma vie s'achèvera un jour, obligatoirement, et d'autre part, qu'avant la mort, il y a cet affaiblissement du corps et de l'esprit qu'on appelle vieillesse, et qu'il faudra (si la grippe A, le cancer du fumeur, l'infarctus et autres réjouissances identiques ne me règlent pas mon compte avant...) l'affronter. Et puis surtout, ils m'obligent à reconnaître que je suis sur cette fameuse pente descendante, que j'ai franchi depuis quelques années ce qu'on peut raisonnablement appeler le mitan de mon existence en tenant compte de l'espérance de vie. Ils sont mon miroir et qui peut se regarder vraiment, sans tricher, dans ce genre de miroir, sans trembler un peu ?... Parce que la peur de la déchéance et de la finitude est quelque chose de totalement humain. D'ailleurs, soyons honnêtes : lorsque nous nous rendons à un enterrement, de qui que ce soit, pleurons-nous sur le mort ou sur nous-mêmes ? Sa tombe n'est-elle pas la représentation future de notre propre tombe ? Je ne nie pas le chagrin que l'on peut ressentir de la perte d'un être aimé ; je me dis simplement que derrière ce chagrin, il y a autre chose, de beaucoup plus profond, et qui nous concerne en premier lieu.

J'enfonce des portes ouvertes, soit ; et peu importe. Depuis quelques années, déjà, cette notion de vieillissement et de disparition était passée de la périphérie au « centre » (si on peut dire) de mon univers. Mais elle n'était qu'une idée, elle se limitait à une simple conception intellectuelle, abstraite, sans application concrète. Et honnêtement, elle ne me turlupinait pas trop même si, de plus en plus souvent, elle venait assombrir la vision de mon avenir. Je crois même qu'il y avait quelque chose d'assez vaniteux dans ma façon de la considérer ; vous savez, cette vanité qui vous fait croire que vous affrontez lucidement les obstacles alors que vous ne faites en réalité que les fuir. C'est au fond très facile de se mentir à soi-même alors qu'on croit être sincère.

La rencontre de ces pensionnaires de la maison de retraite m'a obligé à passer derrière le miroir et cette fois à ne plus essayer de me croire plus fort et plus raisonnable que je n'étais. Oui, je l'avoue, j'ai peur de vieillir, j'ai peur de la maladie, j'ai peur de mourir et je serai peut-être aussi lamentable que la Première Prieure du Dialogue des Carmélites de Bernanos lorsqu'il s'agira de déposer les armes. Je serai peut-être un vieillard infect, qui refusera obstinément d'accepter sa déchéance et emmerdera tout le monde avec ses plaintes, ses gémissements et ses récriminations séniles. Peut-être aussi aurais-je une peur affreuse de la terrible solitude de la vieillesse ; d'ailleurs, je ne sais pas pourquoi j'écris « peut-être » et j'emploie le conditionnel. Cette peur-là est déjà bien présente, car même entouré d'une famille aimante, cette vieillesse vous condamne à être de plus en plus seul avec vous-même et avec ce qui vous attend. Et ce qu'on peut combattre quand on est plus jeune, a-t-on alors encore la force de l'affronter efficacement ?...

Voilà un billet qui ne ressemble certes pas à ceux rédigés précédemment. (Et à ceux qui suivront, qu'on se rassure !) Mais peut-être que cette expérience très personnelle trouvera quelques échos parmi les lecteurs de ce blog, bien que je sache pertinemment que ce genre de leçon ne peut se partager parce qu'elle doit être vécue et non lue ou entendue. Et surtout, écrire, n'est-ce pas une autre façon de conjurer sa peur ?...

Et puis, vous savez quoi ? La rédaction de cet article m'a donné envie de relire Montaigne. « Que philosopher, c'est apprendre à mourir ». Ca au moins, c'est un point positif !...

21 août 2009

Complément à Jeanne au bûcher

Petit ajout au billet consacré à l'œuvre de Claudel et Honegger : deux extraits de la Jeanne d'Arc de Charles Péguy  (et non Peggy comme le cherchait sur son ordinateur un jeune libraire de la ville d'Alès, sublime dans son ignorance crasse -anecdote véridique) et plus particulièrement de la première pièce, Jeanne d'Arc à Domrémy. (Pièce que j'ai voulu étudier une année avec une classe de première S, je ne vous raconte pas le flop !)

Premier extrait, scène entre Jeanne et Madame Gervaise. C'est la seconde scène de la pièce : Jeanne s'attriste du malheur général et ne sait comment remédier à la misère qu'elle voit autour d'elle. Elle est prête à tout pour sauver les malheureux, y compris à se vouer à la damnation éternelle. Voici la réponse de Madame Gervaise :

« - Taisez-vous, ma sœur ; vous avez blasphémé :

Car si le fils de l'homme, à son heure suprême,

Clama plus qu'un damné l'épouvantable angoisse,

Clameur qui sonna faux comme un divin blasphème,

C'Est que le Fils de Dieu savait.

 

C'est que le Fils de Dieu savait que la souffrance

Du fils de l'homme est vaine à sauver les damnés,

Et s'affolant plus qu'eux de la désespérance,

Jésus mourant pleura sur les abandonnés.

 

Comme il sentait monter à lui sa mort humaine,

Sans voir sa mère en pleur et douloureuse en bas,

Droite au pied de la croix, ni Jean, ni Madeleine,

Jésus mourant pleura sur la mort de Judas.

 

Car il avait connu que le damné suprême

Jetait l'argent du sang qu'il s'était fait payer,

Que se pendait là-bas l'abandonné suprême,

Et que l'argent servait pour le champ du potier.

 

Etant le Fils de Dieu, Jésus connaissait tout

Et le Sauveur savait que ce Judas, qu'il aime,

Il ne le sauvait pas, se donnant tout entier.

 

Et c'est alors qu'il sut la souffrance infinie,

C'est alors qu'il sentit l'infinie agonie,

Et clama comme un fou l'épouvantable angoisse,

Clameur dont chancela Marie encor debout,

 

Et par pitié du Père, il eut sa mort humaine,

Pourquoi vouloir, ma sœur, sauver les morts damnés de l'enfer éternel, et vouloir sauver mieux que Jésus le Sauveur ? »

 

Deuxième extrait : Non les fameux Adieux à la Meuse qui d'ailleurs, dans la pièce, sont de faux adieux puisque Jeanne finalement ne part pas après les avoir faits, mais les adieux de la dernière scène, véritables cette fois, alors qu'après avoir hésité pendant tout un hiver, Jeanne s'est résolue à partir.

« Vous tous que j'aimais tant quand j'étais avec vous,

O vous que j'aimai tant quand je m'en fus en France,

A présent je vous aime encor plus, loin de vous :

Mon âme a commencé l'étrange amour d'absence.

 

A présent loin de vous, je vous aime encor plus

Qu'au temps de la partance ou de la demeurance ;

O j'aime étrangement la demeure où je fus,

A présent que mon âme a sa demeure en France.

 

Et j'aime étrangement ceux que j'aimais déjà,

Car je sens comme on aime alors qu'on est fidèle ;

Mon âme sait aimer ceux qui ne sont pas là ;

Mon âme sait aimer ceux qui restent loin d'elle. »

 

D'aucuns diront sans doute que c'est lourd et pompeux ; peut-être ; je leur souhaite simplement d'avoir un gramme de cette lourdeur...

15 août 2009

Saint Antoine et son cochon

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Connaissez-vous l'histoire de Saint-Antoine et de son révéré cochon ? Enfin, quand on dit « l'histoire », le mot n'est pas très juste : parlons plutôt de légende, car il parait que la réalité n'a pas grand-chose à voir avec l'imagerie populaire du saint...

Pourtant, ce saint, appelé Saint Antoine le Grand ou aussi l'Egyptien, fondateur de la vie monastique (dit-on), est pratiquement toujours représenté avec un cochon à ses pieds. Qui songerait à les séparer ? Ils forment un couple quasiment mythique, au même titre que Tristan et Iseult, Black et Decker ou Carla et Bruni...

Saint-Antoine est également le patron des charcutiers. Normal, direz-vous, vu son animal fétiche. Cependant, quand on examine sa vie de près, on s'aperçoit que le cochon y est totalement absent. Alors que vient faire ce sublime animal près du saint ?

C'est en haute Egypte, vers 225 après JC que naît Antoine. Devenu orphelin, il vend tous ses biens afin de suivre les préceptes du Christ et se fait ermite dans le désert. Naturellement, devinez qui vient le tenter juste histoire de passer le temps ? Le démon, bien sûr. Et toujours bien sûr, Antoine parvient à repousser chacune de ses tentatives.

 Le temps passant, Antoine commence à devenir célèbre dans son désert (ce qui, avouons-le, relève du tour de force) et des disciples s'assemblent autour de lui. C'est ainsi qu'une communauté se forme et s'organise peu à peu.

Mais pour quelqu'un qui prise avant tout la solitude, la vie en communauté, même dans un désert, cela devient vite lassant. Antoine abandonne donc ceux qu'on peut considérer comme les premiers « moines » et repart vivre seul. Sa mort survient alors qu'il est âgé de 102 ans. (Vrai ou faux ?...) On le voit, pour l'instant, pas trace d'une seule queue en tire-bouchon dans l'histoire.

Saint Athanase décide un jour d'écrire la vie de Saint Antoine, dévoré qu'il est par l'ambition et le désir de pondre un best-seller. Mais dans ce récit biographique, le démon est symbolisé par divers animaux, qui ne ressemblent aucunement au cochon : lion, ours, taureau... Là-dessus, ce best-seller s'étant répandu en Europe, la culture Occidentale s'intéresse à Antoine, s'en empare, et transforme les représentations du démon en quelque chose de beaucoup plus familier : un loup, et un sanglier. Voilà le cochon qui arrive. Mais le sanglier n'est que le cousin du cochon, et encore, un cousin éloigné et vraiment peu fréquentable.

La transformation du sanglier sauvage en gentil petit cochon se fera par l'intermédiaire d'un étonnant croisement entre la réalité et la légende.

Les reliques de Saint-Antoine, déposées à Constantinople, sont transférées en Isère par un chevalier dauphinois. Et tout à coup, on s'aperçoit que ces fameuses reliques ont le don miraculeux de guérir du « mal des ardents » (sorte de gangrène). Au début du 12ème siècle, deux seigneurs, guéris par les fameuses reliques de ce mal, fondent près de l'abbaye où elles sont conservées un petit hôpital.

Vous connaissez la formule : « Petit hôpital deviendra grand pourvu que Dieu... etc. » Et comme Dieu n'est pas contre l'idée et que les malades affluent, l'hôpital s'agrandit, prend un bel essor au point de devenir « la maison mère » de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine, plus connu sous le nom des « Antonins ». Cet ordre essaime peu à peu dans le milieu urbain et on compte jusqu'à 360 hôpitaux dans toute l'Europe.

Mais enfin, direz-vous, et le cochon, dans tout ça ? Il arrive, oui ? On y vient.

Les Antonins pratiquent donc des activités charitables et c'est ainsi qu'ils élèvent beaucoup de porcs pour pouvoir nourrir les pauvres. De plus, le lard passe pour avoir des effets très bénéfiques sur ce fameux « mal des ardents ». Les Antonins obtiennent donc le privilège de pouvoir laisser leurs animaux vaquer en toute liberté, et la population participe à leur nourriture.

La naissance et le développement de l'imprimerie permettent une diffusion des représentations de Saint Antoine : et c'est ainsi que l'imagerie populaire remplace (par reconnaissance envers les Antonins ?) le sanglier tentateur par l'aimable cochon bienfaiteur. Cette « métamorphose » est de plus vue d'un assez bon œil par l'Eglise car le cochon, animal familier entre tous, rend le saint accessible au plus grand nombre, illettrés et retardés mentaux compris.

Les siècles suivants ne font qu'entériner l'arrivée du cochon aux pieds du saint et c'est aussi pourquoi ce dernier est devenu le patron des charcutiers -et celui des brossiers, quand ce métier existait encore. (Ils fabriquaient leurs brosses avec des soies de porcs.)

Quand on vous dit que le cochon est un animal béni des Dieux...

07 février 2009

Jane Austen et la BBC

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Il n’est pas dans mes habitudes de vanter la sortie de tel ou tel DVD tout simplement parce que cela m’ennuie profondément et qu’il existe d’excellentes agences de publicité pour le lancement de tout nouveau produit –qu’il soit audiovisuel ou non. Mais cette fois, c’est différent.

 

Lecteur inconditionnel et fanatique de Jane Austen, écrivain anglais de la toute première moitié du 19ème siècle, je ne peux pas ne pas évoquer sur ce blog les adaptations de ses romans par la BBC, dernière de mes découvertes en date. (Si ça se trouve, je retarde de plusieurs mois, mais tant pis, mieux vaut avoir la Révélation tard que jamais.)

 

En fait, le terme « révélation » n’est pas tout à fait juste. La première adaptation de cette série date d’un certain nombre d’années : il s’agit de Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés) avec Jennifer Ehle et Colin Firth dans les rôles principaux. Que dire de ce téléfilm, sinon qu’il est parfait en tous points ? Il restitue à la perfection l’atmosphère si particulière du roman ; l’interprétation est exceptionnelle de finesse, de grâce et d’humour. Les décors (naturels) sont somptueux (cliché, certes, mais pour une fois cliché vrai) et les images font souvent penser à de véritables compositions picturales. Quant aux dialogues, ils sont, mots pour mots, ceux qu’a écrit la romancière. Visiblement, la BBC n’a pas hésité à mettre de gros, très gros moyens dans cette production qui a connu un succès formidable en Angleterre.

 

Et voilà que le scénariste Andrew Davis récidive son coup de maître en adaptant trois autres romans de Jane Austen : Emma, Northanger Abbey et Mansfield Park. Et vous savez quoi ? La magie est au rendez-vous, comme pour Orgueil et Préjugés. Chaque roman bénéficie d’une adaptation soignée, intelligente (même si le scénariste a dû abandonner un certain nombre d’éléments des romans –durée oblige), d’une distribution brillante et toujours de décors naturels absolument fabuleux. Pas une seule fois, en visionnant ces téléfilms, je n’ai eu l’impression que Jane Austen était trahie ; au contraire. La lecture des romans se trouve prolongée par le plaisir de voir ces personnages si attachants vivre en chair et en os devant nos yeux et évoluer dans un environnement aussi splendide. Je crois qu’on peut tirer un grand coup de chapeau à la BBC pour cet hommage rendu à un des plus grands écrivains anglais.

 

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Peut-être pourrions-nous prendre exemple sur nos amis d’outre Manche, du moins dans ce domaine ? Certes, les adaptations télévisées d’œuvres littéraires n’ont pas manqué, surtout à l’époque de l’ex ORTF : le site de l’INA, véritable mine d’or, en est la preuve. Mais les moyens mis à disposition des réalisateurs n’étaient pas les mêmes. Rares étaient les tournages en décor naturel ; et les reconstitutions studios, si réussies étaient-elles, ne donnaient qu’un pâle aperçu de l’œuvre originale.

 

Mais que dire des productions d’aujourd’hui ?... Rien. Peut-on décrire le néant ?... Il fut pourtant un temps où la culture française était un véritable phare qui éclairait l’Europe entière (peut-être d’ailleurs faut-il chercher là, paradoxalement, les raisons de l’indigence moderne) ; privée ou publique, la télévision ne nous offre de nos jours que des téléfilms stéréotypés, prétendument destinés au grand public (pauvre grand public à qui on fait cadeau de la médiocrité) ; de grandes adaptations littéraires, point. Ou si peu. Et tellement ratées quand il y en a qu’il vaut mieux ne pas en parler. La BBC a présenté l’intégralité des œuvres de Shakespeare, il y a quelques décennies de cela, représentations toutes plus admirables les unes que les autres. A quand chez nous sur France 2 ou France 3 une intégrale de Molière, de Racine, de Corneille par une troupe comme celle de la Comédie Française, par exemple ?

 

Je suis loin d’être un admirateur fanatique de l’Angleterre : mais je reconnais aux anglais au moins une qualité : celle, par l’intermédiaire de leur télévision, de préserver et de faire connaître leur patrimoine littéraire et cela sans lésiner sur les moyens. Peut-être faut-il être anglo-saxon pour comprendre que quand on veut vraiment la qualité, il faut aussi ne pas hésiter à ouvrir son porte-monnaie…

 

 

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29 janvier 2009

Petite (toute petite) réflexion...

En ce jour de Noel pardon, de grève nationale générale, je ne peux m'empêcher de repenser à une conversation entre collègues entendue il y a quelques jours dans la salle des Urnes Funéraires. Je vous la livre telle quelle, avec sans doute quelques modifications dans les mots exacts mais la teneur générale n'en est pas modifiée.

Autour d'une table, trois dames d'âge on va dire mûr (évitons incertain). Je sais, vous allez encore me taxer de misogynie mais je n'y peux rien, c'est la vérité. Sujet du débat : la grève de jeudi 29 janvier. Opinion défendue : je ne fais pas grève parce que cela va bouleverser ma progression, de plus c'est le jour des TP et après les deux groupes ne seront plus au même niveau dans l'avancement du programme, et puis surtout je ne peux pas perdre quatre heures en BTS, l'examen est pour bientôt et les étudiants ont droit à leurs cours. Fin de la discussion (que je vous ai évidemment résumée au maximum).

Bon. Au fond, pourquoi pas ? Chacun est libre de ses faits et gestes et de penser ce qu'il veut. Néanmoins, je n'ai pas pu m'empêcher de me livrer à quelques réflexions (silencieuses, rassurez-vous). Ces dames ont une conscience professionnelle manifeste, c'est tout à leur honneur. Mais ce sont aussi des mères de famille, des grands-mères pour certaines (pour l'ignorer, il faudrait être sourd et aveugle) ; et c'est là tout à coup que le débat devient relativement comique : elles préfèrent donc s'occuper de gens qui leur sont totalement étrangers (en l'occurence leurs étudiants/élèves) plutôt que de l'avenir de leurs petits-enfants ou futurs petits-enfants dont les parents seront obligés, s'ils veulent donner à leur gamin une éducation à peu près potable, de les fourguer dans une école privée et payer pour recevoir ce qui me semble devoir (et c'est la moindre des choses) être donné gratuitement. Et je ne parle pas du cas, fort improbable, où leurs parents ayant choisi l'école publique, les petits-enfants en question recevront un enseignement qui se gardera bien de les rendre intelligents, cultivés et responsables, vu les réformes que M. Darcos est en train de nous concocter tout en faisant semblant de les mettre de côté.

Pourront-ils dire merci à leur grand-mère d'avoir si bien défendu leur avenir ? Certainement non, ils seront incapables de se rendre compte que mémée/mamie les a un peu délaissés à certains moments... Et puis, on ne peut pas être au four et au moulin, c'est évident.

Le fait d'être grands-parents (ou même parents) se limiterait-il toutefois chez certain(e)s à embrasser le mioche, lui faire des cadeaux et le garder le soir où les parents ont envie de faire la bringue ? C'est ce que je me suis demandé en écoutant ces dames. J'espère qu'ils n'ont pas tous cette vision un peu étriquée de la grand-parentalité qui semble ne pas aller plus loin que les étrennes de Noël et le changement de couches culottes.

Mais quoi ! L'incohérence humaine ne date pas d'aujourd'hui. Autant en sourire, comme dirait je ne sais plus qui, pour éviter d'en pleurer.

26 janvier 2009

Les dames de l'ORTF... et d'après

Si on prenait aujourd'hui un petit bain de nostalgie à la Solko ? D'abord, regardez bien les photos qui suivent. Reconnaissez-vous ces visages ?

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Sans doute certains d'entre eux ne disent absolument rien à la nouvelle génération. Mais l'ancienne devrait pouvoir arriver à les identifier...

Photo 1 en NB : Jacqueline Joubert ; à côté, en couleur : Catherine Langeais ; en dessous, en couleur : Jacqueline Caurat ; à côté en NB : Anne-Marie Peysson ; en dessous, seule, en couleur : Jacqueline Huet ; en dessous, NB : Michèle Demai ; à côté, en couleur : Sylvette Cabrisseau ; enfin la dernière, qu'on ne peut pas oublier : Denise Fabre.

Non, bien sûr, elles n'y sont pas toutes. Je n'ai choisi parmi toutes ces speakerines que celles qui parlent à ma mémoire, d'une façon ou d'une autre. La télévision n'étant rentrée dans notre famille qu'en 1968, autant dire que je n'ai jamais vu la première dans son rôle. Mais je ne pouvais pas ne pas l'inclure dans cette série de photos, puisqu'elle fut, avec Jacqueline Caurat et Catherine Langeais la première speakerine de l'ORTF.

On a beaucoup glosé sur ces dames ; on a dit qu'elles ne servaient à rien, que c'était de jolies potiches décoratives et rien d'autre. Peut-être. Leur rôle était bien évidemment de servir de transition entre les différentes émissions et d'annoncer les programmes du jour et, lorsque la diffusion prenait fin (les chaînes fermaient alors vers vingt-trois heures), ceux du lendemain. Elles étaient en première ligne lorsque il y avait une panne de transmission d'images : "Nous nous excusons de l'interruption momentanée d'image, due à un incident indépendant de notre volonté. Dans quelques instants, la suite de notre programme..." Et c'était à elles qu'allaient les grognements de mécontentement du télespectateur frustré. Mais je crois foncièrement que c'était elles qui donnaient à cet écran impavide et froid un peu, et même beaucoup, de chaleur humaine. Et puis, elles étaient plus agréables à regarder que les horribles bandes annonces qui les ont remplacées bien des années plus tard.

Quant à la chaleur humaine, j'en tiens pour preuve ce souvenir d'une soirée de nouvel an, passée en famille à regarder la télé -qui offrait quand même à l'époque des programmes un peu moins débiles qu'aujourd'hui. (Le public l'était-il moins, débile ? A voir...) Lorsque minuit a sonné, est apparue Catherine Langeais, impeccablement coiffée, maquillée ; elle tenait à la main une coupe de champagne et ses souhaits de bonne année sont d'abord allés à tous ceux qui, ce soir-là, étaient seuls devant leur écran et n'avaient personne à qui présenter leurs voeux et ne pouvaient, en retour, en recevoir de personne. Il me semble que ce genre de geste est totalement inconnu dans le nouvel univers télévisuel...

Et puis, elles n'étaient pas à l'abri non plus des erreurs de prononciation et des lapsus. Je me souviens qu'Anne-Marie Peysson battait sur ce plan-là tous les records de bafouillage et, sans doute à cause de cela, c'était ma speakerine préférée. J'attendais avec impatience le moment où elle allait se planter, ce qui, une fois sur deux, ne ratait pas. "Après cette émission, vous pourrez voir à 21 h 30... non pardon, 21 h 40, vous pourrez donc voir... (bref regard sur le papier posé devant elle, sourire d'excuse) non, pardon, c'est vraiment 21 h 30..." Mais c'était l'époque aussi de la bonne humeur, où l'on avait le droit de se tromper. Pas celui, cependant, de transgresser certaines règles : en 1964, Noelle Noblecourt est virée pour avoir montré ses genoux ; plus tard, Sylvette Cabrisseau subira le même sort pour avoir posée nue dans un magazine. Toute médaille a son revers...

Quant à Denise Fabre, qui a oublié ses fou-rires avec Garcimore ? Cela fait partie des grands moments de la télévision et chaque fois que je revois ces séquences, qu'on peut trouver sur le site de l'INA, je ne peux m'empêcher de rigoler, tellement son rire est communicatif, et vrai. Rien à voir avec les "rigolades" forcées et souvent débiles des invités d'Arthur ou autre "animateur" de soirées dites "amusantes".

J'ai gardé pour la fin celle qui m'a laissé le souvenir d'une femme extrêmement élégante et discrète : Michèle Demai. Ce n'est pas la plus connue des speakerines, mais elle me fascinait par cette sorte de "classe" qu'elle possédait et qui n'appartenait qu'à elle. La dignité de son maintien paraissait totalement naturelle, et sa diction était impeccable. A cent lieues d'Anne-Marie Peysson en ce qui concernait la clarté de l'élocution...

Celles qui sont venues après ne m'ont pas laissé de souvenirs impérissables. Et leurs confrères masculins pas davantage. Ils étaient finis, les paris stupides entre mes frères et soeurs et moi pour savoir laquelle des speakerines apparaitrait à l'écran une fois le générique d'ouverture terminé. Ou bien ceux sur le nombre d'erreurs que commettrait Anne-marie Peysson en présentant les programmes. La magie avait cessé de fonctionner, allez savoir pourquoi ! Peut-être parce que les temps avaient changé, et moi avec eux...