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21 septembre 2015

La Ballade des dames à poussette


Il y a quelques années, était paru sur ce blog en feuilleton un roman intitulé Les Bonnes femmes à poussette. En 2015, les « Bonnes femmes » sont devenues des « dames » et leurs exploits sont racontés sous forme d’une « ballade ». Surtout, leur histoire a eu l’heur de plaire au comité de lecture des éditions Chloé des Lys, en Belgique. Alors elles reviennent, cette fois sous forme d’un livre qu’on peut se procurer sur le site des éditions Chloé des Lys ou dans ‘n’importe quelle librairie.


Ce quatrième roman publié chez CDL ne ressemble vraiment pas aux précédents. Ces derniers pouvaient passer pour des ouvrages « sérieux », avec une intrigue solide, des secrets à découvrir, etc. Je ne veux pas dire que l’intrigue de La Ballade est inexistante ; il y en a une mais peut-être est-elle un peu moins rigoureuse et s’efface-t-elle  plus volontiers derrière le comportement, les réflexions et les idées véhiculées par les personnages.


Un roman didactique, La Ballade des dames à poussette ?


Certainement pas. Déjà rien que le titre vous montre que l’on entre dans un univers qui n’est pas vraiment sérieux ou qui ne veut pas se prendre au sérieux, malgré les dérapages malhonnêtes de ces dames…


Le titre, justement. Comment un roman peut-il être une « ballade », ce genre poétique hérité du Moyen-Age ?


Evidemment que ce n’en est pas une au sens strict du terme. Mais je me suis beaucoup amusé à structurer le roman comme une ballade, c’est-à-dire qu’il y a trois « strophes » (en fait, 3 parties), un refrain entre chaque « strophe » et à la fin, un « envoi ». Au niveau de la forme, je fais référence aux poètes du Moyen-Age, Villon par exemple. Mais la ressemblance s’arrête là.


Car le contenu, lui, n’a rien à voir avec la poésie ?


« Rien à voir » c’est le moins qu’on puisse dire. Ne cherchez aucune trace de poésie là-dedans, vous n’en trouverez pas. Ou alors, vous avez une idée une peu particulière de la poésie. En fait, le contenu n’est pas toujours « politiquement correct ». On peut même le trouver parfois très provocateur mais l’avertissement qui ouvre le récit permet d’une part de prendre une certaine distance par rapport à ce qu’on va lire et d’autre part de choisir son camp : soit c’est la condamnation de la cupidité, soit c’est l’apologie de la malhonnêteté. Au lecteur de décider.


Elles sont donc si atroces, ces dames ? Pourtant, la couverture les représente en train de danser, elles semblent pleines de joie de vivre…


… Et de fric car si vous regardez bien, vous verrez qu’elles dansent sur un tapis de pièces d’or… Car l’argent est le moteur de leur existence. Et elles sont prêtes à tout pour « gagner plus » ; elles peuvent même aller jusqu’au meurtre. Elles sont redoutables quand on a le malheur de se mettre en travers de leur route, les voisins vont vite s’en apercevoir, ces malheureux qui les jalousent et passent leur temps à les espionner.


Finalement, elles sont bien moins sympathiques qu’elles le paraissent.


Je serais plus nuancé à leur égard. C’est vrai qu’au début, ce sont des dames fort respectables mais qui montrent vite qu’elles n’ont aucun scrupule ; il ne faut pas chercher à savoir ce qu’elles font avec leurs poussettes. Mais honnêtement, je n’arrive pas à trouver mes dames antipathiques, bien que je sois féroce avec elles… Pour preuve, la fin, qui va surprendre plus d’un lecteur et me faire peut-être taxer de totale immoralité…


Mais le roman ne se limite pas à présenter des dames peu fréquentables. Le personnage de Maurice, par exemple, se charge de faire passer quelques critiques plus générales qui révèlent peut-être la pensée de l’auteur ?


Oui et non. Encore une fois, l’avertissement est là pour dire « attention, il s’agit d’un roman, le trait a été forcé, le personnage peut dire des horreurs mais l’auteur ne partage pas son extrêmisme et, disons le mot, sa misogynie. Par contre, il peut partager son avis sur des comportements que l’auteur a observé dans la rue ou dans les transports en commun. » En fait, la question fait  allusion au vieux problème qui se résume en une phrase : l’auteur est-il son personnage ? Réponse : évidemment non, nous sommes dans la littérature, pas dans la réalité et pas non plus dans l’autobiographie, même si certaines critiques sont communes à l’auteur et au personnage. Donc on peut également sans problème trouver mes dames amusantes et pas si odieuses que ça.


La Ballade, si l’on en revient à la forme, c’est aussi un roman polyphonique ?


Tout à fait. Je m’étais déjà essayé à cette forme un peu particulière dans La Maison-Dieu. Mais il n’y avait que trois voix et elles n’étaient pas vraiment caractérisées. Là, c’est très différent. Dans La Ballade, on entend huit voix différentes en alternance : quatre  personnages parlent au « je » et ont chacun leur façon de s’exprimer ; les quatre dames à poussette, elles,  ne font pas entendre directement leur voix et c’est un narrateur qui prend le relais : leurs interventions sont donc au « il » mais j’ai introduit pour chaque dame un mot, une expression récurrente. Par exemple, pour France, c’est le terme « adorable » qui revient sans cesse. Elles ont donc chacune un tic de langage qui les caractérise, sauf une, Lydia. C’est la plus intelligente, la plus énergique, celle qui échafaude tous les plans pour éliminer les obstacles ; j’ai voulu la différencier des autres, montrer qu’elle n’avait pas en elle ce snobisme sous-jacent qui se révèle dans les tics de langage. Cela n’a pas été facile à faire, je le reconnais, et je ne sais pas si le résultat est concluant.


D’où l’idée d’écrire un roman comme celui-ci t’est-elle venue ?


Je n’en sais strictement rien. En fait, j’ai pris un stylo, une feuille de papier, j’ai écrit les noms des personnages, leurs caractéristiques, et puis j’ai commencé à rédiger, sans savoir où j’allais. L’intrigue s’est construite petit à petit, d’où les nombreuses rectifications qu’il a fallu faire. Ce n’est pas du tout ainsi que je travaille d’habitude : j’ai besoin d’un canevas solide et détaillé pour pouvoir écrire un roman. Là, tout s’est fait tout seul, au gré de l’inspiration, si j’ose dire. Cela vient peut-être du fait que je trouve ce roman moins « sérieux », comme je l’ai dit auparavant, que  les précédents ; je me suis énormément amusé en l’écrivant, et j’espère que les lecteurs s’amuseront aussi. Il y a longtemps que je voulais écrire un roman « léger », où les personnages feraient un peu n’importe quoi. C’est fait.


Le mot de la fin ?


Il est évident : mes dames ont besoin de lecteurs. Courez vite acheter leur roman.


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