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09 décembre 2014

La Maison-Dieu 2

Le titre de ce roman peut intriguer, quand on ne connait pas le nom des arcanes majeurs du jeu de tarots. Et comme pour L’Annonciade, il suscite un certain nombre d’interrogations. Levons tout de suite le voile sur ce petit mystère : La Maison-Dieu, c’est d’abord le nom d’une grande maison bourgeoise construite sur les ruines d’un ancien couvent et située en haut d’une falaise. Apparemment, elle n’a rien d’inquiétant. Mais c’est aussi le nom de la seizième lame des tarots, l’arcane qui peut être le plus maléfique du jeu. Lors d’un tirage, il faut bien sûr l’interpréter en fonction des cartes qui l’entourent ; mais prise séparément, cette lame signifie la destruction, l’anéantissement, aussi bien physique, sociale,  que mentale et psychologique. Regardez ce qu’elle représente :

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 Une tour est foudroyée par un éclair venu du ciel. Deux personnages apparaissent, l’un en train de chuter du haut de la tour décapitée par l’éclair et l’autre gisant au pied de l’édifice. Une pluie de ce qui pourrait être des grêlons, ou des charbons ardents accompagne le cataclysme. Sa symbolique correspond parfaitement à ce qui se passe dans le roman : destruction d’une famille, destruction d’une personnalité et d’un psychisme, chute à cause d’une faute commise.  On peut y voir (entre autres) une référence à l’Apocalypse décrite par Saint-Jean, l’anéantissement par Dieu de la Babylone terrestre. Il n’est pas difficile après de passer de ce macrocosme au microcosme qu’est l’univers de Camille, l’héroïne, univers qui se délite petit à petit autour d’elle jusqu’à la catastrophe finale. Ce n’est pas seulement Camille qui va être foudroyée par cet éclair, mais pratiquement tous les personnages qui l’entourent. La chute est-elle à chercher dans une faute commise dans le passé ? Oui et non. S’il y a effectivement dans le passé de Camille un terrible secret, il ne faut pas négliger non plus l’influence du bon vieux fatum antique et païen qui va entraîner à leur perte tous ceux qui ont, de près ou de loin, un rapport avec cet ancien couvent. L’histoire de Camille, c’est surtout cela : une tragédie placée, comme il se doit, sous le signe de la fatalité, et le destin de l’héroïne ne peut être dissocié de celui de la Maison-Dieu.

Ceux qui ont bien voulu lire le manuscrit avant sa publication m’ont tous « reproché » d’avoir écrit une histoire très « noire », dans laquelle la lumière ne brille que pour mieux mettre en valeur les ténèbres qui vont s’abattre sur les personnages : ils ont raison. Mais une tragédie ne peut se dérouler dans le monde des Bisounours et le rose n’est pas, loin de là, ma couleur préférée.

On pourrait s’imaginer qu’il s’agit d’un roman à tonalité fantastique : un ancien couvent, une falaise déserte, un décor plutôt étrange… Pas du tout. Il n’y a rien de fantastique là-dedans et si fantômes il y a, ils sont faits de chair et d’os, comme vous et moi. Mais ils sont peut-être bien plus redoutables que les entités maléfiques censées hanter des lieux comme celui-ci.

On pourrait aussi penser, en lisant ce texte et surtout les explications concernant le titre, que j’appartiens à cette catégorie de gens qui, selon l’opinion générale, sont assez « crédules » (pour ne pas écrire « sots ») pour accorder quelque crédit aux « élucubrations » des cartomanciennes. Je vous rassure tout de suite : je ne suis pas un inconditionnel de la voyance par cartes interposées. J’avoue cependant également être assez d’accord avec Carmen quand elle affirme que « les cartes sont sincères ». Contradictoire ? Bien sûr. Et je revendique cette contradiction. Elle est dans la nature humaine. Je n’ai encore jamais croisé une personne qui, ayant tenu tel jour un discours, ne s’est pas tel autre jour  contredite soit en actes, soit en paroles.

Il est vrai que les français sont réputés pour être cartésiens ; de  plus, nous sommes les enfants des Lumières, donc supposés être très rationnels. Mais finalement, il n’est pas plus absurde de croire que les astres influencent notre destinée ou que les cartes peuvent nous indiquer telle ou telle chose que de croire en un Dieu dont strictement rien ne prouve l’existence… Ce n’est qu’une question de foi et de recherche d’explication à des problèmes dont la solution nous dépasse encore. D’aucuns pourraient me répondre que la croyance en Dieu donne à notre existence une dimension spirituelle qui fait cruellement défaut dans notre monde de consumérisme forcené. Je l’admets ; mais ne pas rejeter l’idée que le destin peut nous attendre au détour d’une lame de tarots, c’est admettre la notion de fatalité, donc, d’une certaine manière, d’une puissance supérieure à l’homme. Le reste n’est qu’affaire de nom…

Revenons à des considérations plus terre à terre pour évoquer le type de narration, élément important dans un roman. Je me suis essayé, avec peut-être plus ou moins de bonheur, à une alternance de voix et de points de vue : on entend d’abord la voix d’Henriette, la grand-tante de l’héroïne, puis celle de Camille, et celle d’un narrateur omniscient qui finit par prendre le contrôle de l’histoire quand Henriette et Camille ne peuvent plus s’en charger. Cela donne au récit une certaine dynamique et une certaine variété qui l’empêchent –du moins je l’espère- d’être trop monotone.

Une dernière chose : ne cherchez pas dans ce roman des traces de vécu : tout est imaginaire, trame, personnages, et même le village où se déroule le drame. Situez-le où vous voulez, cela n’a pas d’importance…