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04 mars 2014

La Périchole

 

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Savez-vous que la Périchole a réellement existé ? Eh bien oui ! Elle a vécu au 18ème siècle, à Lima bien entendu, et c’était une actrice péruvienne, maîtresse du vice-roi. Comme quoi Mérimée et Offenbach n’ont rien inventé. La petite histoire raconte même que c’était une emmerdeuse de première qui passait son temps à pousser à bout le vice-roi, lequel se serait écrié un jour « chienne d’indigène », expression qui se prononçait « Perra Chola ». Vous devinez maintenant d’où vient ce titre… La Périchole 

En attendant, la Périchole d’Offenbach n’a pris de son modèle que la manie d’en faire voir de toutes les couleurs à son royal et putatif amant… Mais c’est pour la bonne cause et, comme on dit, dans l’intérêt de la morale.

 Micaela Villegas : tel était le nom de « La Périchole » originelle et personne ne s’en souviendrait si la littérature, puis l’opérette et enfin le cinéma ne s’étaient emparés de son histoire.

 - La littérature,  d’abord : en 1829, Mérimée fait publier dans La Revue de Paris une comédie en un acte Le carrosse du Saint-Sacrement, dont le personnage principal, la fameuse Micaela devenue Camila Périchole, est aussi embêtante que devait l’être l’original. En 1830, il ajoute cette pièce à la seconde édition du Théâtre de Clara Gazul. Elle est créée en 1850 au Théâtre-Français sous le titre Le Carrosse.

 - Puis, la musique, et l’opérette, ou plus exactement l’opéra-bouffe : et c’est surtout l’œuvre d’Offenbach qui va assurer son « immortalité » à Micaela Villegas.

 Nous sommes en 1868 : le régime de Napoléon III n’en a plus que pour deux ans avant de s’effondrer ; Offenbach est « le roi du Second Empire » et ses deux librettistes, Meilhac et Halévy, qui avaient porté chance au compositeur en lui concoctant le livret de La Vie parisienne, La Belle Hélène et La grande Duchesse de Gérolstein lui ont présenté quelques mois plus tôt un nouvel ouvrage, adapté de la pièce de Mérimée, Le Carrosse du Saint-Sacrement.  Cette adaptation est fort éloignée de l’original, les deux hommes ont abandonné jusqu’à la structure même de la pièce et développé l’intrigue pour en faire une satire du Second Empire. Ce soir du 6 octobre 1868, la salle du Théâtre des Variétés est pleine à craquer : c’est la première de la nouvelle œuvre d’Offenbach, La Périchole et c’est la rentrée d’Hortense Schneider dans le rôle-titre, un an après La Grande-Duchesse de Gérolstein. Rentrée remarquée puisque Schneider obtient un triomphe et assure le succès de ce nouvel ouvrage.

 Ce succès est à attribuer à l’interprétation que fit Hortense Schneider de la fameuse « lettre » du premier acte ; mais il faut aussi ajouter que les airs de La Périchole ont également frappé le public qui, en sortant, fredonne encore le final « il grandira, il grandira, car il est espagnol… ».

 Cette joyeuse réalité ne peut cependant pas faire oublier une autre réalité et dont Offenbach avait tenu compte en composant La Périchole. Les temps ont changé, les parodies musicales du Grand Opéra commencent à lasser. Cela tient à deux raisons : la première est l’évolution de la société et des mentalités ; la démocratisation du Grand Opéra commence, il n’est plus réservé à une société fermée pour laquelle il avait été conçu, société d’ailleurs qui commence à se désagréger. La seconde raison réside, elle, dans le genre même de l’opérette qui, à cette époque, revient sinon à la forme de l’opéra, tout au moins à celle de l’opéra-comique. La Périchole n’est donc pas un opéra-bouffe parodique, comme l’étaient La Grande Duchesse ou La Belle Hélène.

 « La Périchole ne comporte qu’une seule parodie –celle d’un chœur de La Favorite de Donizetti : « Quel marché de bassesse ! » et fort peu de morceaux relevant du style bouffe proprement dit, avec les effets prosodiques chers à Offenbach, tel, en plus du final, la ronde des maris… ré où l’on chante : « aux maris ré… aux maris cal… aux maris ci… aux maris trants… aux maris récalcitrants » . » (1)

 Ce sont là certes des ensembles vraiment comiques mais le morceau qui est resté dans toutes les mémoires est bien sûr la fameuse Lettre, interprétée magnifiquement par Hortense Schneider le soir de la création et qui reste d’ailleurs le morceau attendu par le public lors des représentations de La Périchole. Techniquement, il n’a rien de difficile mais il est vrai qu’une bonne chanteuse-comédienne peut indubitablement faire passer une forte émotion dans son interprétation.

 - Le cinéma, enfin, va s’emparer de l’histoire de Micaela Villegas. En 1952, Jean Renoir tourne Le Carrosse d’or (The golden Coach – version originale anglaise) avec Anna Magnani dans le rôle de Camilla, très libre adaptation de la pièce de Mérimée. Le film est un hommage au théâtre et plus particulièrement à la Commedia dell’arte, une réflexion sur le théâtre et les apparences. Une des répliques les plus fameuses, prononcée par Camilla/Magnani, met en valeur le côté très baroque du film : « Où commence la comédie ? Où finit la vie ? » On ne peut s’empêcher de rapprocher cette question de celle que se pose Macbeth, à la fin de la pièce du même nom : « qu’est-ce que la vie ? Un pauvre acteur sur la scène… »

 

(1) – Frédéric Robert, livret introduction enregistrement vinyle avec Régine Crespin dans le rôle-titre.

 ARGUMENT -  Au Pérou, à Lima, à la fin du 18ème siècle.

 Acte I – Une place publique à Lima, devant le cabaret des « Trois Cousines ». C’est l’anniversaire du vice-roi, Don Andres ; ce dernier a pris l’habitude de se promener incognito dans la ville pour découvrir ce que l’on dit réellement de lui. Mais en fait, personne n’est dupe de son stratagème et son air d’entrée où il se réjouit de l’astuce de son déguisement en devient désopilant. Deux chanteurs de rue traversent la place (la Périchole et son amant Piquillo) et annoncent qu’ils vont interpréter une chanson « le soldat et la jeune indienne » ; puis, ils font la quête, sans grand succès. Ils entonnent une deuxième chanson mais cette fois, la quête est gâchée par une parade de cirque. Le deux jeunes gens se retrouvent affamés, sans un sou et fatigués au-delà de l’imaginable.

 Piquillo s’en va à la recherche de quelque nourriture. La Périchole reste seule et Don Andres, qui la trouve à son goût, lui demande si elle ne voudrait pas devenir dame d’honneur du vice-roi : son épouse est morte mais il veut garder les vieilles traditions. La jeune femme a faim : elle accepte donc. Elle écrit une lettre d’adieu à Piquillo (le fameux air de la Lettre). Mais il y a un obstacle : toute dame d’honneur du vice-roi doit être mariée ; or la Périchole est célibataire. Il va falloir lui trouver un mari et vite ! C’est la mission dont est chargé Panatellas, l’écuyer de Don Andres ; ce dernier ordonne en plus à Don Pedro, le gouverneur de Lima, de dénicher un notaire pour célébrer le mariage.

 Piquillo reçoit la lettre et, désespéré, veut se pendre. Panatellas l’en empêche et lui propose de devenir le mari de la future dame d’honneur. Il accepte moyennant un dédommagement. On l’emmène banqueter. De son côté, la Périchole a fait honneur au dîner et aux vins que lui a fait servir le vice-roi. Voilà donc les deux futurs époux complètement ivres, à l’instar des notaires qui, eux aussi, ont fait bonne chère.  C’est dans une euphorie totale que le mariage est célébré, La Périchole ayant reconnu Piquillo est enchantée de le prendre pour époux alors que le jeune homme, trop soûl pour la reconnaître, persiste à affirmer qu’il est amoureux d’une autre. L’acte se termine dans un tourbillon de gaieté.

 Acte II – La grande salle du palais du vice-roi. La Périchole devenue Comtesse de Tabaro doit être officiellement présentée par son mari au vice-roi. Piquillo refuse de se prêter à cette mascarade car il tient à retrouver celle qu’il aime mais on finit par le persuader d’obéir. Les dames de la cour, jalouses, et méprisantes, se moquent de lui et de la Périchole. Apparaît cette dernière : évidemment, Piquillo la reconnait tout de suite et entre dans une fureur que rien ne peut calmer, pas même les supplications de la Périchole ; le vice-roi n’a pas le choix : il doit l’enfermer dans le cachot réservé « aux maris récalcitrants ».

 Acte III – Premier tableau – Un donjon dans la prison. Les officiers de la cour conduisent Piquillo dans sa prison tout en le félicitant narquoisement de sa résistance. Seul, le jeune homme s’interroge sur ce que fait sa femme. Justement, la voilà qui apparait ; explication, réconciliation. Ils décident de soudoyer le geôlier pour pouvoir s’enfuir : hélas, ce dernier n’est autre que Don Andres lui-même, pour une fois bien déguisé. Il fait enchaîner la Périchole auprès de Piquillo et dit à la jeune femme qu’elle ne sera libérée que si elle consent à devenir sa maîtresse.

 Piquillo et la Périchole ne restent pas seuls longtemps. Un vieux prisonnier sort à travers le mur. Cela fait des années qu’il est en prison et il est sur le point de s’échapper. Il libère les deux amants de leurs liens et tous trois montent un plan : la Périchole fera le signe convenu au vice-roi. Quand celui-ci arrive, ils le capturent, l’attachent et s’enfuient de la prison sans encombre.

 

Deuxième tableau – Sur la place publique. Les soldats fouillent la ville pour retrouver les fugitifs qui se sont réfugiés chez les « Trois Cousines ». Ces dernières chantent un agréable trio  et les fugitifs se montrent dès que les soldats ont quitté la place. Ils décident de se rendre et la Périchole attendrit le vice-roi avec une chanson. Il leur rend la liberté, les autorise à porter leurs titres et de garder tous les cadeaux offerts à la Périchole. Tout est bien qui finit bien.

 

 VIDEOS : Youtube est assez pauvre en vidéos de La Périchole ; Alors, comme on ‘est jamais si bien servi que par soi-même…

 

1 –  Acte I - Chanson des trois cousines et air d’entrée du Vice-Roi

 2 – Acte I - Air de la lettre

 3 – Acte II – Cancans couplets

 4 – Acte II - Final

 5 – Acte III – Boléro et air de Piquillo

 6 – Acte III – Air de l’aveu

 7 – Acte III – Trio du joli geôlier et trio de la prison

 8 – Acte III – Chœur des patrouilles et trio des trois cousines.

 

 

 

 


 


 


 


 


 


 

 

  

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