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08 janvier 2014

L'Anneau du Nibelung : Le Crépuscule des dieux

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Avec le Crépuscule des dieux, nous voici arrivés au terme de la Tétralogie. Cette troisième et dernière journée de L’Anneau est sans conteste la plus sombre, la plus violente, la plus tragique aussi ; mais la catastrophe  finale s’y muera en une sorte de rédemption, de sérénité enfin reconquise. La progression dramatique, commencée avec L’Or du Rhin, atteint ici son sommet avec la mort de Siegfried et l’immolation de Brünnhilde qui va entraîner la chute du Walhalla. Cela pourrait être un terrible épilogue : au contraire, c’est le triomphe de l’amour sur la cupidité et l’instinct de domination. « Tous les conflits qui forment la trame de L’Anneau du Nibelung étaient nés du rapt de l’or par le nain Alberich au premier tableau de L’Or du Rhin. Cet or maudit, Brünnhilde le rendra enfin aux Filles du Rhin avant de monter au bûcher. Le ressort essentiel de la tragédie avait été la volonté de puissance de Wotan, mais, dès la fin de Siegfried, le Roi des Dieux a accepté le renoncement et c’est librement qu’il périra dans les flammes du Walhalla. Les deux héros de l’œuvre, Siegfried et Brünnhilde auront longtemps erré avant de rejoindre leur destin, mais c’est dans la lumière d’une suprême conscience qu’ils y mettront le point final » (1)

Comme dans une tragédie, la temporalité tout à coup s’accélère. Des décennies séparaient les uns des autres L’Or du Rhin et les deux premières journées ; entre la fin de Siegfried et le début du Crépuscule des Dieux, il ne s’écoule qu’une nuit. Et si la journée précédente s’était achevée sur le duo passionné entre Brünnhilde et Siegfried, le Crépuscule s’ouvre, au prologue, par la sinistre scène des Nornes (2), où les trois filles d’Erda prédisent la catastrophe imminente pour les dieux. D’emblée, l’atmosphère de l’œuvre est donnée et si le duo entre les deux héros qui suit cette scène l’allège quelque peu, elle redevient extrêmement sombre dès que se lève le rideau sur le premier acte et la machination de Hagen, le fils d’Alberich.

De plus, l’amour que voue Brünnhilde à Siegfried est un amour humain, c’est à dire exposé aux faiblesses, aux erreurs. Elle n’est plus une Walkyrie, elle a renoncé à sa divinité ; surtout, à la fin du prologue du Crépuscule, Siegfried lui passe au doigt l’anneau dont il ignore la malédiction et lie ainsi encore davantage son destin au sien. Aussi, lorsque sa sœur Waltraute viendra plaider une dernière fois la cause des dieux, Brünnhilde réagira-t-elle en simple femme : l’anneau est pour elle le gage d’amour le plus sacré et elle refusera de s’en dessaisir, précipitant ainsi la chute des dieux. Et cet aveuglement est la cause de tout le drame qui va éclater au cours de cette troisième journée.

Mais l’aveuglement n’est pas le seul fait de Brünnhilde. Siegfried lui aussi va devoir s’affronter au monde des hommes et il tombera dans tous les pièges qu’on va lui tendre. Le philtre que lui fait boire Hagen lui fait perdre la mémoire, et oublier Brünnhilde ; dès lors, il est facile au fils d’Alberich de tendre ses filets : grâce au heaume magique, Siegfried sous les traits du Gibichung Gunther ira conquérir Brünnhilde pour ce dernier ; en échange, il recevra la main de Gutrune, la sœur de Gunther.

Il n’est pas difficile de déchiffrer le symbole du philtre : la pureté de ses instincts n’a pas su sauver Siegfried de la fascination de l’aventure et il est en train de s’enserrer lui aussi dans le réseau de ses actes. Gutrune n’est que l’illusion de la beauté, une beauté transitoire et pour elle, il oublie celle qui représente la beauté idéale et l’amour vrai, Brünnhilde. Comme tout être humain, il fait passer le temporel avant l’éternel et les forces mauvaises, symbolisées par Hagen, ne vont avoir aucun mal à s’emparer de lui. Finalement, sous le masque de la victoire, c’est vers sa perte que s’achemine Siegfried. Comme son grand-père, autrefois, à la fin de L’Or du Rhin ; comme Wotan.

En 1848, Wagner avait abordé l’histoire de Siegfried avec un livret intitulé La mort de Siegfried, qui allait devenir, bien des années plus tard, alors que le projet de cette gigantesque tétralogie avait enfin mûri dans son esprit, Le Crépuscule des Dieux. La structure de ces deux œuvres est quasiment identique, mais des divergences fondamentales apparaissent. Ce qui n’était qu’un thème embryonnaire deviendra dans la version finale l’aboutissement du drame, « la synthèse de toutes les actions qui l’animent et le moment ultime où se résolvent dans l’unité primordiale enfin retrouvée, toutes les tendances contradictoires et les mobiles dialectiques qui l’avaient engendré. » (3)

Le livret du Crépuscule reste, dans ses grandes lignes, à peu près semblable au livret original dans la mesure où les épisodes essentiels sont maintenus. Le remaniement de cette version de 1848 élimine des éléments peu propices à l’action dramatiques et en développe d’autres. D’abord, comme on l’a déjà dit, le centre d’intérêt s’est déplacé de Siegfried sur Wotan, et c’est la tragédie des dieux qui intéresse désormais Wagner, plus que le destin individuel de son héros : le changement de titre l’indique nettement : on passe de l’individualité « Siegfried » à la globalité des « dieux » et l’accent est mis sur leur fin avec le terme « crépuscule ». Si Wotan n’apparait plus, son omniprésence invisible pèse sur toute cette dernière journée de L’Anneau. Ensuite, certaines scènes ont été modifiées : « Dans La Mort de Siegfried, les Nornes se contentaient de prophétiser la réussite de Siegfried ; la scène de Waltraute se réduisait à un chœur de Walkyries apprenant à Brünnhilde les exploits de ses sœurs ; la portée philosophique de l’entretien nocturne entre Alberich et Hagen en était absente, et dans la scène finale, Brünnhilde redevenue Walkyrie par l’épreuve du feu, restituait l’Or du Rhin puis remontait au Walhalla accompagnée de Siegfried dont la vaillance assurait désormais la pérennité des dieux. » (3) On le voit, le climat et le sens du Crépuscule des dieux ont considérablement changé par rapport à la version initiale.

L’importance de Wotan dans le drame est soulignée dans trois scènes, très importantes : la première est la scène des Nornes, au prologue du Crépuscule : elles retracent en de saisissants raccourcis toute la carrière des dieux avant d’annoncer leur chute ; la seconde est celle où, à la fin de l’acte I, Waltraute vient supplier Brünnhilde de rendre l’anneau aux filles du Rhin : elle est la messagère de Wotan, c’est lui qui anime ses paroles, et, par son intermédiaire, apprend à Brünnhilde à la fois son renoncement et son désir de voir le monde délivré de la malédiction de l’anneau. Enfin la troisième scène est le dialogue nocturne entre Hagen et son père Alberich, au début de l’acte II : ce dernier, « obsédé » par Wotan, tente de s’opposer à la restitution de l’anneau en adjurant son fils d’intervenir. « Ces trois scènes capitales nous révèlent la trame sous-jacente à l’action visible dont elles éclairent la signification apparente en nous faisant entrevoir les lignes de force d’un destin qui conduit l’univers et les dieux à leur perte inéluctable. » (3)

Après avoir été vaincu par Siegfried, Wotan a regagné le Walhalla et, entouré de ses héros, attend la fin. La rupture du câble des Nornes indique que celle-ci est proche et que rien ne peut l’empêcher. Comment d’ailleurs Brünnhilde accepterait-elle de rendre l’anneau alors qu’il est pour elle le symbole de ce qu’elle a de plus cher au monde, l’amour de Siegfried ? Et c’est par elle qu’arrivera le « crépuscule des dieux ».  Mais c’est seulement après la mort de Siegfried qu’elle comprendra le sens de sa propre destinée et l’enchaînement des événements qui l’ont conduite au pied du bûcher de son époux.

« Tout… Tout… / Je sais tout, / Et tout est clair à présent pour moi !... / J’entends frémir  /  l’aile de tes corbeaux : /  je les envoie tous deux vers toi, / porteurs du message désiré avec crainte… / Repose, repose, ô dieu !... » (4)

C’est à elle que revient le soin de lever la malédiction : dans la première scène de l’acte III, les trois Filles du Rhin le diront à Siegfried, alors qu’il refuse de leur rendre l’anneau :

« Une femme altière / héritera de toi, et aujourd’hui même : / elle nous prêtera une oreille plus attentive… / Allons vers elle !... Vers elle !... Vers elle !... » (5)

Cet enchaînement est d’autant plus implacable, et d’autant plus marqué par le signe du destin, car au cours de cette même scène, Siegfried est tout prêt à rendre l’anneau aux Filles du Rhin qui le séduisent par leurs taquineries ; mais elles ont la maladresse de lui révéler la malédiction et de le mettre en garde contre l’anneau : or Siegfried n’a jamais cédé à la moindre menace… Si elles avaient su se taire, le drame aurait pu être évité… Mais il devait éclater.

La scène entre Brünnhilde et les Filles du Rhin ne nous est pas montrée : on sait cependant qu’elle a eu lieu grâce à deux indices. Le premier se trouve dans les paroles de Gutrune, au début du dernier tableau du dernier acte, alors qu’elle attend le retour de Siegfried : elle cherche Brünnhilde dans le palais, et ne la trouve pas :

« Brünnhilde ! Brünnhilde !... / Veilles-tu ? […] Le logis est vide… / C’était donc bien elle / Que j’ai vue s’avancer vers le Rhin !... »  (4)

Le deuxième indice est donné par Brünnhilde elle-même au cours de la fameuse scène de l’Immolation : ayant retiré l’anneau du doigt de Siegfried, elle le regarde et dit :

« Sages sœurs / des eaux profondes / Filles du Rhin / je rends grâce à votre conseil loyal… / Ce que vous désirez / je vous le donne : / prenez-le pour vous / dans mes cendres… » (4)

La puissance qui semble dominer les personnages du Ring est la malédiction d’Alberich ; mais elle doit s’affronter à une autre puissance, qui va détruire la première, surpasser Hagen et tous les autres : c’est celle d’une femme, de Brünnhilde plus précisément. Elle est aidée en cela par les Filles du Rhin, c’est à dire par la nature, son seul maître. Mais pour cela, elle devait passer par la souffrance de la trahison :

« Il fallait  /  que le plus pur me trahît / pour qu’une femme accédât à la connaissance !... » (4)

Brünnhilde allie en elle le divin et l’humain : elle a souffert à cause des deux et se trouve ainsi en être la synthèse. « Elle comprend les ambitions des dieux. Elle comprend les ambitions des hommes. Elle comprend que l’anneau n’était pas un anneau, était autre que Siegfried lui avait fait don. Elle comprend qu’elle-même s’était trompée en refusant de le céder. Elle comprend que la mort par les flammes est préfiguration de renouveau. Elle comprend que, quand un monde s’achève, un autre –le même ?- se construit sur les débris de l’ancien. » (6)

L’expression « crépuscule des dieux » renvoie bien sûr à la mythologie scandinave et notamment à l’Edda, recueil de mythes scandinaves, rédigé au 13ème siècle par l’irlandais Snorri Sturluson. Ce dernier raconte la chute des dieux, après un combat entre les puissances divines et les puissances chaotiques qui a embrasé l’Univers Créé, lequel s’engloutit dans les Ténèbres et laisse la place à un nouvel univers, de nouveaux temps, fondés sur la justice entre les hommes. (Pour plus de détails, cliquer ici.)  C’est un espoir identique qui clôt l’œuvre de Wagner.  

« Pour éveiller le pouvoir de l’or détenu par les ondines dans les profondeurs du Rhin, il a fallu renier l’amour et cette abjuration a suscité un monde condamné à périr. Lorsque le cycle de cet univers fini est accompli, seul subsiste l’univers infini où la création est toujours en puissance. Alors le règne de l’amour peut s’instaurer, au-delà des limites humaines, dans la lumière de l’absolu. » (3)

L’Anneau se ferme comme il avait commencé, par la restitution au Rhin de l’or volé par Alberich : parfaite circularité de l’œuvre, dont l’anneau est lui-même le symbole.

(1) – Marcel Doisy, préface à la traduction de Jean d’Arièges du Crépuscule des Dieux, collection bilingue Aubier-Flammarion.

(2) – Les Nornes sont à la mythologie germano-scandinave ce que sont les Moires à la mythologie grecque et les Parques à la romaine : toutes trois tissent le fil de la vie des mortels. Chez Wagner, la première Norne revit le passé, la seconde voit le présent et la troisième lit l’avenir.

(3) – Guy Ferchault, livret d’introduction enregistrement intégral du Crépuscule par Herbert von Karajan.

(4) – Le Crépuscule des Dieux, III, 3, traduction Jean d’Arièges, collection bilingue Aubier-Flammarion.

(5) - Le Crépuscule des dieux, III, 1, op. cit.

(6) - Guy Samama, « Un si funeste renouveau », article paru dans L’Avant-scène opéra n°13/14.

ARGUMENT : A l’époque légendaire.

Prologue – Le rocher des Walkyries.  C’est la nuit. Les trois Nornes dévident le fil de la vie : la première évoque les événements qui se sont déroulés avant L’Or du Rhin, la seconde ceux qui ont eu lieu pendant les précédentes journées et la troisième ce qui va se passer. Leurs propos annoncent la fin des dieux. Le fil casse et les Nornes perdent leur clairvoyance : la catastrophe est imminente. Elles redescendent près de leur mère Erda.

Interlude musical, lever du jour.

Brünnhilde et Siegfried sortent de la grotte où ils ont passé la nuit. La fière Walkyrie est devenue une simple femme et proclame son bonheur d’être unie à Siegfried. Les deux amants échangent un serment éternel. Siegfried donne à Brünnhilde l’anneau fatal et reçoit en échange le coursier Grane, sur lequel l’ancienne Walkyrie chevauchait jadis. Siegfried part pour accomplir de nouveaux exploits, laissant Brünnhilde à la garde de la barrière de feu.

Interlude musical : le voyage de Siegfried sur le Rhin.

ACTE I – Le palais des Gibichungen, au bord du Rhin. En scène, Gunther, roi des Gibichungen, sa sœur Gutrune et leur demi-frère Hagen. Hagen est le fils d’Alberich, et depuis longtemps, il envisage de s’emparer de l’anneau forgé dans l’Or du Rhin. Il sait qu’il était gardé par le dragon Fafner mais que Siegfried s’en est emparé et l’a donné à Brünnhilde. Il connait les secrets de la magie noire. Hagen prépare un complot : Gutrune versera à Siegfried une boisson dans laquelle lui, Hagen, aura mélangé une potion qui fera oublier Brünnhilde au jeune héros ; séduit par Gutrune, il demandera alors sa main qui lui sera accordée à condition qu’il obtienne celle de Brünnhilde pour Gunther. Ni ce dernier, ni Gutrune ne sont au courant de la véritable motivation de Hagen ; Gunther voudrait prendre femme et donner un époux à sa sœur : Hagen évoque alors la prochaine venue de Siegfried et parle de Brünnhilde, endormie derrière un rideau de flammes ; celui qui osera le franchir deviendra son époux ; il propose que Siegfried le fasse à la place de Gunther et la lui amène pour femme. Ayant éveillé le désir de la possession chez Gunther, il dévoile son plan et rappelle à Gutrune qu’il lui appartient de verser le philtre magique –sans toutefois parler de l’anneau.

Le son du corps annonce l’arrivée de Siegfried. Les trois hommes restent seuls. Hagen questionne Siegfried sur le combat qui l’a opposé au dragon et le jeune héros répond qu’il a seulement pris dans le trésor l’anneau qu’il a donné à une femme et le Tarnhelm (heaume magique). Gutrune entre et offre à Siegfried la boisson qui va transformer si radicalement sa nature. Siegfried la remercie mais ne lui accord qu’une attention amicale. Il vide le contenu et change aussitôt de comportement. Il la couve d’un regard ardent. Il a oublié Brünnhilde dont le nom ne lui dit plus rien et accepte sans rechigner d’aller conquérir l’ancienne Walkyrie pour Gunther, à condition qu’il reçoive la main de Gutrune en échange. C’est ainsi que le pacte est conclu et scellé par le serment de la fraternité du sang. Siegfried va accomplir son « exploit » tandis que, resté seul, Hagen médite sombrement.

Interlude musical  

Le rocher des Walkyries. Perdue dans la contemplation de l’anneau, Brünnhilde attend le retour de Siegfried. Un bruit de tempête s’approche : c’est Waltraute, l’une des Walkyries, qui arrive. Elle vient raconter à Brünnhilde ce qui s’est passé depuis que Wotan est rentré au Walhalla, sa lance brisée au poing. Elle le décrit, silencieux et morne, entouré de ses héros, attendant la fin. Elle vient demander à Brünnhilde de rejeter l’anneau dans le Rhin afin de sauver les dieux de la malédiction. Mais la jeune femme refuse et Waltraute, désespérée, s’enfuit sur son coursier. Le cor de Siegfried retentit : Brünnhilde s’apprête joyeusement à le recevoir mais c’est un étranger qui franchit les flammes. Il s’agit en fait de Siegfried qui, grâce au heaume magique, a pris l’apparence de Gunther. Epouvantée, elle tente de résister, mais en dépit de la puissance de l’anneau, elle doit s’avouer vaincue. Elle entre dans la caverne et avant de la suivre, Siegfried dégaine son épée et fait le serment de respecter l’épouse de son frère de sang.

Acte II – Le palais des Gibichungen. La nuit. Hagen sommeille tandis que son père Alberich le presse de tuer Siegfried afin de récupérer l’anneau.

Interlude musical – Lever du jour.

Siegfried apparait et raconte à Hagen le succès de son entreprise. Il lui enjoint de se préparer à accueillir Gunther et Brünnhilde. Il a l’anneau à son doigt. Hagen appelle les vassaux et les convie aux fêtes qui vont célébrer le double mariage de Siegfried et Gutrune et de Gunther et Brünnhilde. Il leur recommande la plus grande fidélité et loyauté envers leur nouvelle suzeraine. Entrent Gunther et Brünnhilde, suivis de Siegfried et Gutrune. Lorsque Gunther nomme Siegfried par son nom, Brünnhilde sursaute et lève les yeux : elle lâche la main de Gunther, fait quelques pas en avant, le regard fixe, puis recule, horrifiée. Tous regardent la scène avec un profond étonnement, sauf Hagen. Si Brünnhilde est muette de stupeur, Siegfried, lui, est parfaitement maître de lui-même et très à l’aise, n’ayant pas conscience de sa faute. Une colère frénétique s’empare alors de Brünnhilde lorsqu’elle reconnait au doigt de Siegfried l’anneau qu’il lui a donné avant de partir et qu’il lui a arraché lors de leur combat, alors qu’il se faisait passer pour Gunther. Elle demande comment cet anneau peut se trouver au doigt de Siegfried alors qu’il lui a été ravi par Gunther. Gunther, qui ignore tout de l’épisode de l’anneau, demeure perplexe tandis que, folle de rage, Brünnhilde qui a compris ce qui s’était passé, dévoile la supercherie et affirme que Siegfried est déjà son mari. Stupeur de l’assistance, sauf de Hagen qui voit là une occasion d’appliquer son plan meurtrier et de Siegfried qui, ayant tout oublié, affirme n’avoir jamais quitté l’anneau qu’il a trouvé dans le trésor du dragon. Il jure sur la lance de Hagen qu’il n’a jamais été l’époux de Brünnhilde laquelle, aussitôt, jure sur la même lance que Siegfried vient de se parjurer. Désarroi des assistants ; Siegfried entraine Gutrune vers la salle, suivi des vassaux et des femmes, laissant Brünnhilde, Hagen et Gunther face à face. Ce dernier commence à soupçonner Siegfried de l’avoir trahi et Brünnhilde de dire la vérité. Soutenu par Brünnhilde qui ne pense qu’à se venger de la trahison de Siegfried, Hagen convainc Gunther de la nécessité de tuer Siegfried. Brünnhilde révèle à Hagen qu’elle a, par des charmes magiques, rendu le corps de Siegfried invulnérable, sauf dans le dos. Hagen suggère le plan qu’ils vont mettre en pratique : le lendemain, ils iront chasser ; Hagen le frappera de sa lance dans le dos et tout le monde croira qu’il a été tué par un sanglier. L’acte se termine par le serment de vengeance des trois conspirateurs.

Acte III – Un site sauvage au bord du Rhin. Les trois Filles du Rhin attendent la venue de Siegfried, qui arrive, poursuivant un gibier. Elles le cajolent et le taquinent pour qu’il leur donne l’anneau ; Siegfried est sur le point de céder mais elles commettent la maladresse de le menacer de la malédiction : dès lors, il oppose un refus définitif à leur demande.  Elles lui prédisent alors sa mort pour le jour-même et s’en vont rejoindre Brünnhilde. Entrent Hagen, Gunther et leur suite. Hagen persuade Siegfried de leur raconter sa vie ; le jeune homme commence par évoquer Mime, son enfance et son adolescence. Puis, il boit une gorgée du breuvage que lui tend Hagen et dans lequel ce dernier a versé une potion destinée à lui rendre la mémoire. Les souvenirs reviennent, plus précis, et il évoque avec ravissement le réveil de Brünnhilde et leur nuit d’amour. Gunther est épouvanté par cette révélation. Deux corbeaux survolent la scène ; Siegfried se retourne pour les regarder et Hagen lui enfonce sa lance dans le dos. Siegfried, touché à mort, adresse un dernier adieu à Brünnhilde qu’il n’a pas conscience d’avoir trahie et meurt.

Interlude musical – Marche funèbre.

Le palais des Gibichungen. Gutrune attend avec impatience le retour de la chasse. Arrive Hagen qui lui annonce la mort de Siegfried, « tué par un sanglier ». Gutrune s’effondre et accable Gunther d’accusations violentes ; ce dernier désigne alors Hagen comme meurtrier, lequel, pour toute réponse, réclame l’anneau pour butin. Gunther refuse,  Hagen le tue après un court combat. Au moment où il va arracher l’anneau du doigt de Siegfried, la main du mort se lève, menaçante.

Brünnhilde, très calme, apparait. Elle a appris par les filles du Rhin la sombre machination dont elle et Siegfried ont été les victimes. Elle ordonne qu’on dresse un bûcher au bord du Rhin puis contemple son héros mort et invoque sa mémoire. Elle accuse avec passion l’injustice des dieux mais comprend qu’elle doit expier pour tous les crimes commis, le premier étant le rapt de l’or du Rhin par Alberich. Elle retire l’anneau de la main de Siegfried et se le passe au doigt puis allume le bûcher funéraire, monte sur son coursier et se précipite dans les flammes.

Le Rhin déborde. Portées par les flots, les Filles du Rhin apparaissent, tenant dans leurs mains l’anneau. Hagen se précipite pour le récupérer mais elles l’entraînent au fond du fleuve. Une lumière sombre apparait dans le ciel : le Walhalla s’embrase et s’effondre. L’empire des dieux s’est écroulé. Nait une nouvelle ère, celle de l’amour humain.

VIDEOS :

1 – Prologue, scène des Nornes, Valencia, 2008

2 – Acte I – Récit de Waltraute, Christa Ludwig.

3 – Acte II – Chœur des Gibichungen, Bayreuth.

4 – Acte III -  Immolation de Brünnhilde, Deborah Voigt

5 – Pour ceux qui ont le temps : Bayreuth 79 en intégral, dans la mise en scène de Chéreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Je découvre ce site. Les archives photos d'opéras ont attiré mon attention, notamment celles concernant Jenufa et l'Affaire Makropoulos. Où peut-on trouver les photos de Jenufa à Strasbourg en 1962 et celle de l'Affaire Makropoulos à Marseille en 1968 ? Merci de votre réponse.
J. Colomb

Écrit par : Joseph Colomb | 14 janvier 2014

Merci pour votre commentaire. J'ai trouvé ces photos dans divers ouvrages consacrés à l'opéra ; en ce qui concerne les productions que vous mentionnez je ne peux malheureusement pas vous donner d'indications précises : peut-être les numéros de" L'avant-scène opéra" consacrés à ces deux œuvres ou en vous adressant directement aux deux théâtres lyriques concernés.

Écrit par : Porky | 15 janvier 2014

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