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02 janvier 2014

L'Anneau du Nibelung : Siegfried

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La fin de La Walkyrie présentait un dénouement à double face, l’une négative, l’autre positive. D’une part, Brünnhilde recevait le châtiment de sa désobéissance et était condamnée à devenir « une simple femme » ; son sommeil, cependant, était protégé par une barrière de feu empêchant tout lâche de la franchir ; d’autre part, le dernier avertissement de Wotan était lancé sur un motif musical grandiose et orgueilleux qui deviendrait plus tard le motif de Siegfried. La musique, ici, nous annonçait explicitement qu’il ne fallait pas prendre le sort de la walkyrie trop au tragique, car le héros qui allait venir la réveiller ne serait autre que celui dont elle avait sauvé la mère, à qui elle avait elle-même donné son nom : Siegfried, le seul homme au monde qui ne connaitrait pas la peur et qui, de ce fait, pourrait franchir le cercle de flammes.

Les adieux de Wotan à sa fille chérie ont permis au dieu de réaliser le poids de ses erreurs. Dès lors, il va renoncer à l’action, même si, jusqu’à la dernière note du Crépuscule, il reste le centre spirituel de L’Anneau. Comme il a été dit dans les précédents billets, Wotan n’est plus dans Siegfried qu’un voyageur méditatif qui erre à travers le monde, assiste aux événements mais refuse désormais d’y participer. Le jeu des énigmes qu’il propose au premier acte à Mime n’est pour lui qu’une façon de s’amuser aux dépens du nain ; au second acte, dans l’antre de Fafner, il ne sera qu’un spectateur face à Alberich : il a cessé de vouloir agir et n’a plus d’ambition. Et lorsqu’au troisième acte, Siegfried brisera sa lance d’un coup de son glaive, Wotan comprendra que l’heure de l’abdication a irrémédiablement sonné. Son règne arrive à son terme ; il regagnera le Walhalla et attendra la fin.

Cette évolution décisive du héros de la Tétralogie transforme le dieu orgueilleux et dominateur en un homme désireux de faire un retour sur lui-même et de mesurer la vraie valeur de ses actes. « C’est l’heure décisive où il interroge sa conscience et c’est bien le sens symbolique de la scène où Wotan invoque une dernière fois Erda, l’esprit de la terre. Mais Erda ne peut plus rien pour lui. Elle ne peut que lui rappeler ses erreurs et ses crimes, et surtout celui qu’il a commis contre lui-même en condamnant Brünnhilde. » (1) Cette première scène de l’acte III s’achève par la prise de conscience de Wotan : le règne de puissance qu’il représente doit céder la place au règne de la justice et de la vérité qui s’incarne en Siegfried. « Comme bien des années plus tard, le Zarathustra de Nietzsche, c’est librement et de sa propre volonté que Wotan s’acheminera vers sa fin. « Wotan, notait Wagner, s’élève sur les tragique sommets du renoncement jusqu’à vouloir son propre anéantissement. » » (1)

C’est alors que Wotan atteint la véritable grandeur. « En abdiquant, il retrouve une sérénité supérieure. En s’élevant au-dessus de la fatalité qui le condamne et en devançant de son libre consentement la sentence du destin, il domine les lois qui le frappent. Il reconnait que son œuvre est mauvaise, et, ce crépuscule qui descend sur sa divinité, c’est avec une simple grandeur qu’il l’appelle. » (1) Les paroles qu’il adresse à Erda ne laissent planer aucun doute à ce sujet :

« La crainte de la fin des dieux / ne me tourmente plus, / depuis que je l’appelle de mes vœux ! / Ce que, désespéré, j’ai décidé jadis / dans la douleur désordonnée de la dissension, / c’est plein d’allégresse / que je le réalise aujourd’hui !... […] Endors-toi donc à présent, / ferme les yeux : / dans tes rêves, contemple ma fin !... / Quoi qu’il puisse arriver, / le dieu cède avec béatitude / à l’éternelle jeunesse !… » (2)

L’éternelle jeunesse, c’est bien sûr Siegfried dont cette deuxième journée chante l’héroïsme triomphant, la victoire de « cette jeunesse spontanée qu’accompagne sans cesse l’appel du cor qui la symbolise. » (1)

Mais avant de poursuivre cette analyse, il convient de dire rapidement ce qui s’est passé entre la fin de La Walkyrie et le début de Siegfried. Car, comme entre la fin du prologue et le début de la première journée, de nombreuses années se sont écoulées. Lorsque Sieglinde va se réfugier dans la forêt et échappe ainsi à la colère de Wotan, Siegfried n’est tout au plus qu’un embryon dans le ventre de sa mère.

Le frère d’Alberich, Mime – que nous avons vu rapidement dans L’Or du Rhin- a quitté le royaume des Nibelungen pour s’installer dans la forêt, non loin de l’antre de Fafner : il espère pouvoir un jour récupérer l’anneau maudit et détenir ainsi la puissance absolue. Alberich rôde également autour de la caverne du dragon, poussé par le même espoir. Recueillie par Mime, Sieglinde met au monde Siegfried et meurt en couches, après avoir confié son fils au nain. Ce dernier l’a élevé comme il l’a pu, avec le secret espoir que grâce au jeune homme, qui semble n’avoir peur de rien, il pourra remettre la main sur l’anneau. Mais pour cela, il faudrait que le nain puisse reforger Nothung, le glaive de Siegmund, que Brünnhilde a ramassé sur le champ de bataille et dont elle a confié les tronçons à Sieglinde. Or, il en est incapable.

Lorsque commence cette deuxième journée, Siegfried est un fougueux adolescent qui ne craint rien ni personne et qui entretient avec son « père adoptif » des relations plus que tendues. Il méprise le nain et le déteste, et ce dernier le lui rend bien. Mais, rusé, et n’oubliant pas son projet initial, Mime se garde de montrer ses véritables sentiments au jeune homme. Et c’est sur une dispute entre ces deux personnages, non exempte d’humour, que s’ouvre Siegfried. En même temps, cette journée est, en quelque sorte, un moment de repos pour le spectateur que le Crépuscule entraînera vers le sommet de la tragédie.

C’est également un véritable conte auquel il va assister. Le conte et le mythe se nourrissent des mêmes éléments, mais divergent sur leur dénouement : celui du conte est heureux ; celui du mythe l’est généralement beaucoup moins. Mais tous deux évoquent constamment un univers enchanté peuplé de merveilles. Dans le mythe, ces merveilles suscitent souvent l’effroi ; pas dans le conte, au contraire : elles emplissent l’âme du lecteur ou de l’auditeur d’une certitude optimiste. De plus, le conte repose pratiquement toujours sur l’insatisfaction du héros dans une situation donnée, ou bien les périls auxquels cette situation l’expose. « Ajoutons-y l’action libératrice par laquelle il se dégage des entraves inhibitrices d’un monde révolu, l’élan vigoureux qui le porte vers le lointain, le goût de l’aventure, la lutte contre de nouveaux obstacles et, en dernier lieu, la victoire triomphale qui y met fin. Au dénouement, le héros reçoit, en récompense de ses exploits, un précieux trésor, très difficile à obtenir ; il arrive même parfois qu’il n’en ait pas connu auparavant l’existence. » (3) Ne retrouvons-nous pas tous ces ingrédients dans Siegfried ? Certes, son histoire est d’essence mythique puisqu’elle appartient à la mythologie scandinave, et pourtant, l’apport du conte populaire est évident.

Mais des légendes primitives, Wagner n’a pas retenu les éléments épiques comme la vengeance de Kriemhild ou le massacre des Nibelungen. Seule l’a intéressé l’opposition fondamentale entre l’Amour et l’instinct dominateur. Si dans l’esquisse de 1848, Siegfried représentait déjà le héros pur rachetant la faute des dieux par son courage et sa mort, il était le seul héros de l’histoire, Wotan s’effaçant derrière sa splendeur. Au moment de la rédaction définitive, comme on l’a déjà expliqué, Wotan est devenu le centre de la tragédie. Il l’est encore, même dans Siegfried, alors qu’il n’est qu’un témoin de l’action. Les trois grands dialogues qu’il a avec Mime au premier acte, avec Alberich au second et surtout avec Erda au troisième plongent le spectateur au cœur du drame divin. Ainsi nous trouvons-nous à la fois dans un conte de fée (nous avons un gnome laid et contrefait, méchant et rusé (Mime), le héros a trois obstacles à franchir ou abattre (Fafner, Mime et Wotan), il a un adjuvant (l’oiseau de la forêt), sa quête est celle de la liberté contre le despotisme des dieux,  il sera récompensé par deux trésors (l’un matériel, le heaume et l’anneau et l’autre amoureux, Brünnhilde) et il aura subi l’initiation de la peur grâce à la Femme) et dans l’univers du mythe avec les prolongements cosmogoniques de la tragédie que vit Wotan.

Un autre élément fait entrer ce personnage singulier dans le mythe : le fait que si nous ne connaissons pas les événements qui ont précédé, il est impossible de comprendre toute sa symbolique. Siegfried n’est alors qu’un adolescent sauvage, une sorte de brute sympathique qui s’humanise un peu au contact d’une femme. Mais le savoir dispensé par les précédents épisodes nous permet de comprendre pourquoi il est prédestiné à devenir un héros, pourquoi il a grandi au fond d’une forêt, sans ses parents, dissimulé aux yeux d’un dieu plein de ressentiment à son égard. Il devient alors cette sorte d’enfant-héros que le destin a choisi pour venir à bout des systèmes périmés. Le parallèle avec la mythologie grecque est évident : Zeus n’a-t-il pas été, enfant, exposé à la mort et sauvé par un exil au cœur d’une nature protectrice ? Cronos, son père, qui craignait d’être un jour détrôné et tué par un de ses fils, avait dévoré tous ses enfants. Mais sa femme Rhéa confia son dernier né, Zeus, à sa mère Gaïa (La Terre), laquelle cacha l’enfant dans une caverne de Crète, au mont Ida.  Les dryades prirent soin de lui et il but le lait de la chèvre Amalthée. Les mythes antiques peignent toujours ces enfants en parfaite harmonie avec la nature, ce qui est le cas à la fois pour Zeus et pour Siegfried –ce dernier, par exemple, comprenant le chant de l’oiseau de la forêt. Devenu adulte, Zeus mit fin à la suprématie de son père et installa au pouvoir ceux qu’on a appelé les Olympiens, ses frères et sœurs que Cronos avait dévorés et qu’il fut obligé de restituer. Ainsi Zeus fut-il l’artisan de la chute de Cronos, tout comme Siegfried sera celui de la chute de Wotan et des dieux.

Quant à Brünnhilde, elle n’a, sur le plan strictement dramatique, qu’un petit rôle à jouer. Elle n’apparait qu’à la dernière scène du dernier acte –et c’est une véritable bénédiction pour ses interprètes qui ont dû supporter une épuisante Walkyrie et devront affronter les déchaînements du Crépuscule des Dieux. (Cela dit, son duo avec Siegfried, notamment dans sa phase finale, est rien moins que redoutable.) Mais sur le plan symbolique, elle acquiert évidemment une importance capitale.

Elle aussi s’encastre parfaitement dans le schéma du conte. Elle appartient à cette catégorie de personnage qu’on rencontre souvent dans ce genre d’histoire : une jeune fille soumise à la tyrannie d’un autre personnage démoniaque type paternel (ici Wotan) ou maternel (la méchante fée dans La Belle au bois dormant) et qui, endormie derrière une barrière de flammes ou des buissons de ronce infranchissables, attend qu’on vienne la réveiller, « on » étant évidemment le héros qui aura su triompher des épreuves qui lui sont imposées. Les multiples avatars de ce type initial dans les multiples versions que l’on trouve dans toutes les cultures fonctionnent tous à partir d’un même postulat de base : « la fiancée que le sort destine au héros fait usage de menaces inexorables pour écarter d’elle les hommes dont l’âme est faible ou ceux dont la pensée ne porte pas au-delà d’un horizon borné aux buts utilitaires. En même temps, elle espère ardemment la venue de son libérateur. » (3)  Quant au héros (le prince dit « charmant »), l’objet de sa « quête » lui est présenté sous la forme d’une image idéale correspondant à ses aspirations plus ou moins inconscientes. C’est alors qu’interviennent dans l’analyse deux domaines a priori opposés mais qui ne le sont pas tant que ça : le mythe et la psychanalyse. D’un côté, nous retrouvons le mythe de « l’être complet », séparé en deux moitiés qui ne cessent de se chercher (l’homme et la femme) et dont la réunion permettra de reformer cet « être parfait » ; d’un autre côté, nous avons l’analyse psychanalytique : selon Jung, ce personnage féminin nommé « Anima » « constitue le facteur essentiel de l’âme masculine ; elle lui apporte cette mobilité spirituelle qui provient de sa propre profondeur. Elle est la cause qui l’incite à poser des questions et c’est elle enfin qui donne à toutes ses questions la réponse exacte. Elle est aussi à l’origine de ses craintes et c’est elle qui l’aide à les dissiper. » (3)

Brünnhilde apparait donc ici comme le prototype de cette « âme » destinée au héros.  Elle est endormie au milieu d’un cercle de flammes et attend celui qui la réveillera. Siegfried lui prend ses armes (comprendre qu’il la dépouille de son ardeur guerrière mais aussi de son indépendance), lui ôte son casque (c’est-à-dire libère ses forces spirituelles emprisonnées jusque-là) ; son épée tranche les liens de la cuirasse, permettant ainsi à sa nature féminine, à l’abri sous une armure masculine, de se révéler. Et la peur envahit le héros : une peur qui le pousse à invoquer sa mère, Sieglinde, non pour qu’elle le protège mais pour qu’elle l’aide à accomplir le geste qui va libérer la femme de son sommeil. Cette peur ne dure que le temps qu’il passe debout devant cette femme, encore incapable de se comprendre lui-même. Et puis, c’est le baiser par lequel il lui communique son souffle, sa propre vie et prend en échange la sienne.

Le réveil de Brünnhilde est un salut au monde : si elle est déjà un être humain, elle est encore la pensée de Wotan, elle appartient encore au monde des dieux, d’où sa mélancolie au souvenir de ce qu’elle fut, son mouvement de révolte face à Siegfried qui veut la posséder tout entière, puis finalement son acceptation de ce destin personnel qui l’enchaînera aux conditions de vie terrestres. Dès lors, la joie succède au désespoir, une joie sauvage, une extase quasiment semblable à celle qui la possédait lorsque, Walkyrie, elle parcourait les champs de bataille. Elle entrevoit en un instant l’effondrement futur du Walhalla et met tout son espoir dans la force que lui donne son amour envers Siegfried.

« Crépuscule des dieux, / monte de l’abîme ! / Nuit de l’anéantissement, / descends en brouillards ! / L’étoile de Siegfried / brille en ce moment pour moi ! […] Il est à moi éternellement, / à moi à tout jamais / bien suprême / un et tout / Amour resplendissant, / Mort pleine de joie !... (4)

(1) – Marcel Doisy, préface à la traduction de Jean d’Arièges de Siegfried, collection Aubier-Flammarion.

(2) – Siegfried, Acte III, scène 1, traduction Jean d’Arièges

(3) – Lyne Snook, « Siegfried ou le grand risque », livret d’introduction enregistrement intégral Bayreuth 1967.

(4) – Siegfried, acte III, scène finale, op. cit.

ARGUMENT : A l’époque légendaire.

Acte I – La cabane de Mime, dans la forêt. Le nain forge une épée pour Siegfried. Son monologue d’ouverture nous apprend l’objet de ses travaux, sa tristesse de voir Siegfried briser toutes les épées qu’il forge pour lui et son désir impossible : réunir les tronçons de Nothung, le glaive de Siegmund. Si les morceaux pouvaient être ressoudés et si Siegfried tuait Fafner avec cette arme, Mime pourrait s’emparer de l’anneau, assassiner Siegfried et devenir maître du monde. Arrive Siegfried, tenant un ours en laisse avec lequel il terrifie Mime. Il examine l’épée que le nain vient de forger et, méprisant, la brise sur l’enclume. La discussion entre les deux hommes tourne à la dispute : Mime rappelle à Siegfried combien il l’a tendrement aimé depuis son enfance alors que Siegfried s’impatiente et lui pose quelques questions embarrassantes : pourquoi le jeune homme ressent-il autant d’aversion envers son « père » si celui-ci l’a soigné avec tant d’affection ? En outre, Siegfried demande à Mime qui est sa mère, question à laquelle le nain répond par un vague « je suis ton père et ta mère ». Mais Siegfried a vu son reflet dans l’eau des rivières et sait qu’il ne ressemble en rien à l’horrible nain. Mime finit par avouer la vérité au sujet de la mort de Sieglinde et montre les tronçons du glaive, que Siegfried, aussitôt, lui ordonne de reforger.

Siegfried parti, Mime se lamente : comment reforger Nothung quand il sait pertinemment qu’il n’y arrivera pas ? Entre un vagabond (qui n’est autre que Wotan, déguisé en Voyageur) qui prédit, dans la fameuse scène des trois énigmes, que seul celui qui ne connait pas la peur reforgera Nothung et qu’en outre, celui-là tuera Mime avec cette même arme. Après le départ du Voyageur, Mime reste effondré. Survient Siegfried qui le découvre recroquevillé derrière l’enclume. Il lui demande si c’est ainsi qu’il entend reforger l’épée. Le mot sort Mime de sa torpeur : il reprend ses esprits et annonce à Siegfried qu’il lui reste une chose à apprendre : la peur. Avant de mourir, Sieglinde l’en a prétendument chargé. Siegfried est tout disposé à apprendre la peur mais Mime saura-t-il la lui enseigner ? Mime évoque alors Fafner, et ses paroles poussent le jeune homme à désirer le combat. Il demande à Mime s’il a réussi à reforger Nothung et devant la réponse négative du nain, se charge lui-même de la besogne. Puis, criant de joie, il brandit le glaive reforgé au-dessus de sa tête et dans un geste exalté, fend l’enclume en deux.

Acte II – Au cœur de la forêt, devant l’antre de Fafner.

Alberich monte la garde devant l’entrée de la caverne. Arrive Wotan / Le Voyageur qui apprend à Alberich la prochaine venue du vainqueur de Fafner. Il met également en garde le dragon contre Siegfried mais Fafner n’en a cure, sûr qu’il est de sa force et de son invincibilité. Wotan parti, entrent Siegfried et Mime. Mime décrit Fafner sous un jour terrifiant, espérant provoquer la peur chez Siegfried, en vain. Le jeune homme chasse Mime qui l’insupporte et, étendu sous un arbre, écoute les murmures de la forêt : page musicale quasiment impressionniste, inattendue dans cette cosmogonie. Charmé par le chant de l’oiseau, Siegfried essaie de l’imiter avec un morceau de jonc transformé pour la circonstance en pipeau mais n’y arrive pas. Dépité, il sonne furieusement de son cor dont les notes retentissent dans toute la forêt. Ce son a réveillé Fafner qui rampe vers Siegfried. Ce dernier se précipite vers le monstre et plonge Nothung dans son cœur. Agonisant, Fafner, ayant repris forme humaine, demande le nom de celui qui l’a vaincu et meurt en l’entendant. Siegfried porte involontairement ses doigts à sa bouche pour lécher le sang dont ils sont tachés. Il comprend alors le sens du chant de l’oiseau qui reprend, tandis que les voix de la forêt recommencent leur bruissement mélodieux. L’oiseau apprend à Siegfried l’existence de l’anneau et du heaume magique ainsi que des autres trésors accumulés dans la grotte de Fafner. Siegfried entre pour les chercher puis ressort, tenant l’anneau et le heaume. L’oiseau met en garde Siegfried contre les sinistres desseins de Mime qui complote de l’empoisonner pour s’emparer de l’anneau. Quelques instants plus tard, le nain, involontairement, révèle ses intentions et Siegfried le tue. Puis il demande à l’oiseau où trouver un ami car il se sent seul. L’oiseau lui raconte alors l’histoire de la jeune fille endormie sur un rocher gardé par une barrière de flammes. L’acte se termine sur la décision de Siegfried de partir retrouver cette jeune fille et il demande à l’oiseau de le guider vers le rocher.

Acte III –  Premier tableau - Un site sauvage au pied du rocher des Walkyries. Angoissé à l’idée que Siegfried et Brünnhilde puissent faire passer la souveraineté du monde des mains des dieux à celles de la race humaine, Wotan invoque Erda et lui demande conseil. Inutilement, car Erda ne peut que condamner et n’a rien à proposer. Wotan se résigne alors à abandonner l’empire du monde. Le crépuscule des dieux sera peut-être l’aube d’une époque plus glorieuse. Siegfried entre, guidé par l’oiseau. Une dernière fois, Wotan brandit sa lance pour arrêter le jeune homme. Mais Siegfried brise la lance avec son glaive et Wotan, comprenant sa défaite, disparait. Sonnant du cor, le jeune Wälsung disparait dans les flammes qui ont envahi le décor.

Deuxième tableau – En haut du rocher des Walkyries. Les flammes se sont retirées. Brünnhilde repose dans un profond sommeil, exactement comme nous l’avions laissée à la fin de La Walkyrie. Siegfried contemple ce spectacle puis s’approche. Il soulève le bouclier, détache le heaume et contemple Brünnhilde, émerveillé. Après un moment de panique, il se penche sur elle et l’embrasse. La jeune femme s’éveille et adresse un salut solennel au soleil, à la lumière et au monde. Commence alors le long duo qui clôt l’œuvre au terme duquel Brünnhilde, ivre de joie amoureuse, se jette dans les bras de Siegfried.

VIDEOS :

1 – Fin de l’acte I – Siegfried Jérusalem, Met New York

2 – Acte II – Les murmures de la forêt - Bayreuth 1976 - Manfred Jung ; mise en scène P. Chéreau

3 – Acte III – Prélude et scène Wotan-Erda (extrait)

4 – Acte III – Duo final – Birgit Nilsson (Brünnhilde) Wolfgang Windgassen (Siegfried) - Extrait

 

 

 

 

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