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13 septembre 2013

La Manoir hanté

 

253836612.pngSi vous allez en Pologne, à Varsovie, par exemple, et que vous posez la question suivante à un passant : « connaissez-vous Moniuszko ? » vous risquez d’avoir droit à un sourire de pitié, voire un haussement d’épaules, et un « évidemment » qui prouvera que pour poser une question pareille, il faut être carrément débile profond. Stanislaw Moniuszko est en effet révéré en Pologne à l’instar de Verdi en Italie dont il a l’ardeur patriotique et la fibre mélodique.

Revenez en France et posez la même question : vous aurez droit à des regards hébétés et à une kyrielle de « non, qui est-ce ? » (Ou plus sûrement « qui c’est ? »).

Un des plus grands compositeurs polonais inconnu en France… Et, a fortiori, son œuvre. Ici, on ne connait de polonais que Chopin (et encore, quand on ne l’affuble pas de la nationalité tchèque comme je l’ai entendu pas plus tard qu’hier…). Alors, effectivement, qui est Stanislaw Moniuszko ?

Il nait en 1819, dans une petite ville près de Minsk. Sa famille appartient depuis très longtemps à la petite noblesse terrienne. Son père est magistrat, et a servi tout jeune dans l’armée de Napoléon. Sa mère, fille de négociants, est une musicienne accomplie. C’est elle qui lui enseigne les premiers rudiments de la musique et lui fait connaître d’innombrables chansons populaires. En 1827, la famille s’installe à Varsovie. Le jeune Stanislaw fait de bonnes études générales et continue d’apprendre la musique sous la direction du compositeur Elsner. En 1830, la famille doit cependant retourner à Minsk à cause d’un revers de fortune et en 1837, Stanislaw part à Berlin pour continuer ses études musicales ; il va découvrir le monde musical berlinois et assister à de nombreuses représentations à l’Opéra Royal ; en même temps, il découvre tout un répertoire allemand puisant dans les thèmes populaires. Il commence également à composer. En 1840, c’est le retour en Pologne, à Wilno où l’attend un poste d’organiste à l’église Saint-Jean. Il épouse une jeune polonaise de la bourgeoisie.

A cette époque, Wilno est un important centre culturel. Son théâtre donne des opéras polonais mais ayant dû fermer après les émeutes de 1830, il doit, pour rouvrir, se contenter d’un répertoire plus neutre : Auber, Rossini, Weber, Mozart. En plus du théâtre, il y a aussi nombre de clubs, cafés, cercles, etc. Moniuszko et son épouse s’intègrent  bien à cette société. Il compose des mélodies, des cantates qui seront exécutées à Wilno. Il aborde enfin le domaine du théâtre lyrique par le biais de petits opéras-comiques qui connaîtront peu à peu le succès.

En 1846, Moniuszko séjourne quelque temps à Varsovie : on lui propose un livret rustique à souhait, tiré d’un conte intitulé Goralka. L’opéra qu’il va composer s’appellera, lui, Halka et ce sera une de ses œuvres les plus célèbres. Ce premier opéra dramatique du compositeur sera aussi le point de départ de l’école nationale polonaise ; Halka va devenir à la Pologne ce que Nabucco est au Risorgimento italien.

La version originale de Halka en deux actes est créée au théâtre de Wilno le 16 février 1854. Le succès est tel qu’on projette de faire monter l’ouvrage par le Grand Théâtre de Varsovie. Et les ennuis arrivent à la vitesse grand V.

N’oublions pas qu’à cette époque, la Pologne est occupée par des puissances étrangères dont –entre autres- la Russie. Et cette sombre histoire de jeune fille pauvre, séduite et abandonnée par un jeune noble peut effrayer les autorités d’occupation d’un pays toujours prompt à la révolte. Et puis, le cadre rustique, la musique populaire, risquent de choquer les oreilles sensibles, habituées au raffinement de Bellini. On multiplie donc les obstacles et ce n’est qu’en 1858 que la nouvelle version de Halka en quatre actes sera présentée au public de Varsovie. L’œuvre est augmentée de plusieurs numéros et connait un succès foudroyant. Elle entame une carrière qui l’emmène à Berlin, Moscou, Milan et New York.

Quant à la carrière du compositeur, elle est définitivement lancée. Il entame une tournée en Europe, se rend à Prague, Berlin, Dresde, Leipzig, Weimar où il rencontre Liszt, Paris… De retour en Pologne, il devient directeur du Grand Théâtre de Varsovie ; il est alors la figure de proue du monde musical polonais. Il continue de composer des mélodies, de la musique sacrée, des poèmes symphoniques et des opéras. C’est le 26 septembre 1865 que Straszny Dwor / Le Manoir hanté est créé  à Varsovie. Le public ne s’y trompe pas : pour lui, c’est sa partition lyrique la plus réussie ; l’œuvre est ovationnée, et pas seulement  le soir de la première. Ces ovations tournent  même en manifestation patriotique ; les autorités finissent par l’interdire.

Ses œuvres ultérieures n’ajoutent rien à sa gloire et il meurt en 1872 d’une crise cardiaque.

Voilà pour le compositeur. Quid maintenant de l’œuvre ? Pourquoi est-elle devenue un emblème national polonais ?

Ces raisons, il faut les chercher évidemment dans l’histoire de la Pologne. En janvier 1863, éclate l’Insurrection contre l’occupant ; elle va s’éteindre au printemps de 1865. Mais dès septembre 1863, l’issue semble probable. C’est donc dans ce climat très tendu et chaotique que Moniuszko va composer Le Manoir hanté, œuvre cependant extrêmement sereine. Cela ne veut pas dire que Moniuszko est indifférent au drame que vit son pays ou qu’il s’isole dans une tour d’ivoire artistique. Très conscient de n’être d’aucune utilité pour les insurgés en raison d’un handicap physique, il décide de lutter à sa manière c’est-à-dire en montrant à ses compatriotes l’image de leur passé qui l’emportait –et de loin- sur la réalité qu’ils subissaient. L’insurrection allait être un échec, c’était évident, mais il fallait sauver le peuple du désespoir et de la résignation.

En fait, Le Manoir hanté est un opéra codé. La situation de la Pologne opprimée par la Russie exigeait d’avoir recours à des moyens que les Polonais pouvaient facilement comprendre mais qui demeuraient totalement hermétiques à la censure russe.

« Dans les années de dépendance nationale tout un code s’était formé, à l’aide duquel les hommes de théâtre communiquaient avec le public. Au lieu du mot interdit « patrie » on disait « mère » « sol » « maison » ; le mot « compatriote était remplacé par « frère » ; quand il n’était pas possible d’appeler ouvertement aux armes, on encourageait à sortir « aux champs », on parlait d’aller « à la chasse », en incitant à y tuer des « loups » ou des « sangliers ». Ce code évocateur, quand il s’agit de l’opéra, s’étendit non seulement sur le plan verbal mais aussi sur celui de la musique. Le sujet patriotique était signalé par le rythme des danses nationales : la polonaise, la mazurka, la cracovienne ou bien par des mélodies renouant avec le folklore polonais. Chopin employait aussi ce code purement musical. Moniuszko s’en servait dans presque toutes ses œuvres scéniques, celles même dont l’action était située à l’étranger. » (1)

Dans Le Manoir hanté, ce code patriotique est omniprésent. « Le meilleur exemple de l’intégration des deux codes, verbal et musical, au service d’une même idée, c’est l’air de ténor du 3ème acte, appelé « Air du carillon ». L’un des deux héros principaux de l’opéra, Stefan, le chante à minuit, accompagné par une vieille horloge qui sonne et par son carillon. Dans le refrain de l’air, il s’adresse à sa mère défunte ce qui, combiné à ce carillon en forme d’ancienne polonaise, suggère nettement qu’il y est question de la patrie enterrée par les puissances étrangères qui se sont partagé la Pologne. » (1) Comme dit plus haut, bien que l’action se situât au début du 18ème siècle, le public de la création comprit parfaitement ces allusions ; malheureusement, la censure russe aussi. L’opéra fut interdit après la troisième représentation.

Ces trois représentations furent les seules que Moniuszko vit de son vivant. La reprise n’eut lieu que cinq ans après sa mort, en 1877, à Lwow, ville sous la domination autrichienne, moins « opprimante » que celle de la Russie. Mais si l’opéra triomphe régulièrement en Pologne, il reste toujours très rarement monté à l’étranger, bien qu’il ait été représenté à Prague en 1891, et dans d’autres villes, en général dans les pays slaves. La première française eut lieu en 1988, à l’Opéra de Lyon, dans une interprétation de l’opéra de Lodz. La raison essentielle de cette méconnaissance, c’est le climat des opéras de Moniuszko, leur caractère spécifiquement polonais, différents des schémas habituels. Il est certain que Le Manoir hanté est une œuvre déjà très intéressante quand on la prend au premier degré ; elle l’est bien davantage encore quand on peut en déchiffrer tous les codes ; mais pour cela, il faut bien connaître l’histoire de la Pologne et le public européen, notamment occidental, est à ce sujet (moi le premier) d’une totale ignorance…

Le livret de l’opéra est signé Jan Checinski, talentueux auteur de comédies très appréciées. Le sujet du Manoir hanté n’a rien d’original, et l’intrigue est assez banale ; mais si le livret recèle quelques faiblesses en ce qui concerne la psychologie des personnages, sa construction est cependant parfaite ce qui a permis à Moniuszko de créer à partir de ce solide squelette une partition elle aussi parfaite.

Fait important par rapport à l’opéra traditionnel de cette époque : ceux de Moniuzsko ne comportaient pas d’airs. C’était une décision quasiment révolutionnaire dans le monde du théâtre lyrique qui devançait les idées de Wagner telle qu’il les exposera plus tard. Seule concession à la tradition de l’opéra : l’air de Hanna dans Le Manoir, souvent coupé parce qu’il n’offre aucun intérêt dramatique, et qu’on préfère mettre en valeur les vertus théâtrales de l’œuvre. Tous les autres numéros des solistes ne sont pas des « airs » dans l’acception traditionnelle du terme.

L’auditeur ou le spectateur du Manoir hanté peut cependant parfaitement se passer des clefs dont il a été question auparavant, « parce que le livret, et surtout la musique du Manoir hanté ont une valeur « objective » et universelle, celle de la profonde beauté des numéros qui se suivent et des scènes d’ensemble. […] Le Manoir hanté compte parmi ces opéras qui n’attirent pas l’auditeur par un ou deux airs fameux, mais qui éveillent son intérêt depuis le lever jusqu’à la chute du rideau. » (1)

PS : Je ne sais pas si l’on peut trouver cet opéra, ou un autre de Moniuszko en CD. J’ai la chance de posséder un enregistrement intégral vinyle du Manoir, peut-être encore trouvable sur le marché…

(1) Tadeusz Kacynski, in l’Avant-scène Opéra n°83.

 

 ARGUMENT : Début du 18ème siècle, en Pologne.

ACTE I – Premier Tableau - Dans le camp des cuirassiers, à la fin de la guerre. Stefan et Zbigniew, deux frères, se séparent de leurs compagnons d’armes et jurent de ne jamais se marier afin de pouvoir répondre « présent » si jamais la Patrie a encore besoin d’eux. Les deux jeunes seigneurs et leur vieux serviteur Maciej se préparent à rentrer dans leur village natal  et boivent à la gloire du célibat et de ses privilèges.

2ème tableau – Dans la demeure des deux frères. Les gens du village attendent impatiemment le retour des deux frères, avec, sur le seuil de la porte, du pain et du sel, selon la vieille coutume slave. Les deux jeunes gens sont émus par cet accueil et surtout par les souvenirs que le vieux manoir de famille, foyer d’antiques vertus, éveille en eux. Restés seuls, ils réaffirment leur intention de ne jamais laisser entrer chez eux une personne du sexe opposée.

A peine ont-ils fait ce serment qu’arrive leur tante, la Veuve de l’Echanson. Naturellement, pas question de la laisser à la porte. Malheureusement pour eux, sa venue est motivée par un projet très précis et très intéressé, celui de fiancer les deux jeunes gens à deux jeunes filles du voisinage, celles du Trésorier. Elle vante les mérites de ces demoiselles, mais en vain ; les deux frères lui annoncent leur décision de rester célibataires. Pour achever de l’énerver, ils lui annoncent de plus leur intention d’aller rendre visite à Miecznik, vieil ami de leur père, en son manoir. La Veuve mesure immédiatement le danger de cette décision : les deux filles de Miecznik sont très belles et ne sont pas mariées. L’énergique tante ne perd pas une minute : aux garçons, qui ignorent tout du manoir et des demoiselles qui y habitent, elle décrit d’une façon impressionnante les multiples horreurs du manoir qu’on dit hanté et maudit et dont il ne faut surtout pas s’approcher. Vous pensez bien que ce n’est pas ce genre d’argument qui va faire reculer les deux frères ; leur décision est prise : ils iront au manoir. Contrariée dans ses projets de marieuse, la Veuve n’a plus qu’une solution : aller elle aussi au manoir et y arriver avant ses neveux afin de préparer le terrain pour une nouvelle bataille.

 

ACTE II – Au manoir de Miecznik.  Les deux filles, Hanna et Jadwiga confectionnent au coin du feu une tapisserie pour une chapelle voisine. Mais en cette veille du Nouvel An,  elles pensent davantage aux traditionnels présages qu’on fait en versant de la cire fondue dans l’eau froide qu’à leur ouvrage. Dans les formes que prend la cire figée, on peut apercevoir avec un peu de chance le profil du futur fiancé. On interroge donc les augures qui se montrent très favorables aux deux sœurs. Elles vont bientôt se marier avec deux jeunes chevaliers. Damazy, soupirant assidu et déjà malheureux des deux sœurs en est tout déconfit. Mais les filles jubilent, et leur père aussi : il dresse le portrait de ses futurs gendres ; hommes valeureux et audacieux, au cœur loyal, aimant leur pays et prêt à verser leur sang pour lui. Les filles sont tout à fait d’accord avec Papa.

Arrive la Veuve qui apprend qu’elle a réussi à devancer ses neveux. Aussitôt, elle dresse d’eux un portrait très péjoratif et calomnieux : ce sont des poltrons qui, en outre, ont juré de ne jamais se marier. Miecznik a bien du mal à croire ces affirmations, mais les deux filles se concertent pour préparer une vengeance, furieuses qu’elles sont de ce vœu de célibat.

Là-dessus, éclate une querelle de chasseurs à propos d’un sanglier, tué soit par Skoluba, huissier de Miecznik, soit par un mystérieux coup de fusil. Arrivent enfin Stefan, Zbigniew et Maciej : Miecznik leur souhaite la bienvenue et les deux filles les observent attentivement, ayant peine à croire que l’allure de ces deux jeunes gens puisse cacher de si noirs défauts. Skobula et Maciej se disputent l’honneur d’avoir tué le sanglier puis, la querelle apaisée, on porte un toast à la mémoire de feu le père des deux frères.

 

ACTE III – Une grande salle du manoir, la nuit. Skoluba, qui garde rancune à Maciej à cause du sanglier, a préparé une « chambre à coucher » dans une salle très vaste et sombre. Il effraye le pauvre Maciej en lui racontant des choses terrifiantes sur l’horlogequi joue toute seule, sur les tableaux des bisaïeules accrochés au mur, et sur l’ensemble du manoir, hanté jusque dans ses moindres recoins. Resté seul, Maciej, qui n’en mène pas large, entend des voix lui annoncer que ses deux maîtres arrivent et voit bouger les visages des trisaïeules. Il s’enfuit, sans s’apercevoir qu’il s’agit en fait de Hanna et Jadwiga, cachées derrière les tableaux, mais est arrêté dans sa course par Stefan et Zbigniew qu’il avertit des terribles dangers qui les guettent dans le manoir.

Enfin, tout le monde se couche. Mais Stefan n’arrive pas à s’endormir ; enchanté par les yeux d’Hanna, il se laisse bercer par de doux souvenirs et de beaux rêves. Son frère n’arrive pas non plus à trouver le sommeil. Tous deux s’avouent la vérité : Stefan est amoureux d’Hanna et Zbigniew de Jadwiga. Mais leur serment de rester célibataires ? Sans conviction, ils reprennent leur chant d’autrefois.

Pour Hanna et Jadwiga, c’est le moment d’intervenir. Les tableaux des bisaïeules glissent et les deux filles prennent leurs places. Sans que les garçons s’en aperçoivent, les quatre voix et les quatre cœurs se mettent à l’unisson. Damazy, caché auparavant dans l’horloge, décide de sortir ; Stefan et Zbigniew se rendent compte du tour que leur ont joué les deux filles et se jettent à leur poursuite. Mais étant plus rapides et connaissant mieux les lieux, elles les sèment facilement. Quand ils reviennent, bredouilles, c’est pour trouver Maciej qui retient de toutes ses forces Damazy. Sommé d’indiquer le motif de sa présence à cette heure dans cette salle, Damazy, ne sachant comment se sortir de cette situation, calomnie le manoir construit, selon lui, avec de l’argent infâme, payé par la trahison de la Patrie. Abattus par cette révélation, les deux frères décident de quitter le manoir.

 

ACTE IV – Même salle qu’au deuxième acte – Hanna erre seule, ne comprenant pas pourquoi les deux frères, selon la Veuve, ont tellement peur du mariage. Comme toutes les femmes polonaises, Hanna saura sacrifier son bonheur personnel si son fiancé devait partir défendre la patrie en danger. Elle refuse de croire Damazy qui lui apprend que les deux jeunes gens vont partir. Mais Stefan confirme cette nouvelle en invoquant « un coup terrible et mortel » sans rien préciser d’autre ; mais Miecznik, que ce départ étonne aussi, arrive à faire avouer Maciej qui raconte l’histoire calomnieuse inventée par Damazy.

L’arrivée d’un cortège de traineaux avec des musiciens détend l’atmosphère. Damazy revient et finit par avouer ses bêtises. Miecznik révèle alors l’origine de la réputation du manoir : cent ans auparavant, son grand-père avait neuf filles, toutes très belles et qui n’avaient eu aucune peine à trouve un mari, et ce plus vite que leurs voisines. Celles-ci vieillissaient et ne supportaient plus de voir tous ces beaux chevaliers galoper vers le manoir sans s’arrêter un instant chez elles, d’où le bruit qui s’est soudain mis à courir que le manoir était hanté.

Pour prouver que la tradition ne s’est pas éteinte, Stefan et Zbigniew demandent la main l’un d’Hanna et l’autre de Jadwiga, renonçant ainsi à leur célibat et espérant avoir des enfants valeureux et audacieux qui défendront comme eux l’honneur de la Patrie.

 

VIDEOS :

1 -Acte IV - Scène 7

2 - Acte IV - Mazurka

 

 

 

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