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10 septembre 2013

La femme sans ombre

cjqa62BMxA_femme_sans_ombre.jpgDe tous les opéras de Richard Strauss, La Femme sans ombre est certainement le plus complexe, le plus difficile à comprendre, chargé, voire surchargé de symboles qu’il est. Je reconnais volontiers qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre, que la musique est sublime, mais j’avoue que cet opéra ne m’a guère touché lorsque je l’ai entendu pour la première fois. Peut-être étais-je alors trop « jeune » pour en saisir la signification profonde et la beauté intrinsèque ; aussi ai-je récidivé quelques années plus tard : même constat. Je l’ai réécouté avant de vous le présenter : rien à faire. Je crois, à ma grande honte, que je suis définitivement réfractaire à cet ouvrage, et allez savoir pourquoi ! Sans doute est-il trop profond, trop symbolique pour moi. Et l’indéniable ressemblance du livret avec celui de La Flûte enchantée de Mozart a peut-être été un obstacle rédhibitoire parce que –et cet aveu va me faire sombrer dans les abysses de votre estime- je n’aime pas Mozart. C’est un génie, je le reconnais volontiers, mais il me laisse indifférent ; pire : il m’ennuie. Voilà. Il fallait bien que ce soit dit un jour. (Mais étant donné que Wagner a longtemps été ma référence musicale, ce n’est peut-être pas un hasard… Mon goût aurait-il été dévoyé ?) Pourtant, je vous assure que ce n’est pas faute d’avoir essayé de l’aimer. Et puis, j’ai renoncé. D’accord, j’adore Le Chevalier à la rose, et il n’y a guère plus mozartien que cet opéra ; mais je n’en suis pas à une contradiction près.  Chacun d’entre nous a son petit handicap, voilà le mien ; et il est terrible au fond : être persuadé qu’on a affaire à des chefs-d’œuvre et ne pas pouvoir les apprécier à leur juste valeur… D’aucuns diront peut-être qu’il me manque la grâce ; peut-être. Soyons optimiste : elle viendra bien un jour.

Revenons à La Femme sans ombre : rarement représentée, elle n’a été programmée qu’à la fin des années soixante à Covent Garden, au Met de New York et à l’Opéra de Paris. Il faut dire qu’elle accumule les exigences : cinq chanteurs de tout premier plan, un immense orchestre prêt à déjouer tous les pièges de la partition, un décorateur et un metteur en scène habiles et imaginatifs et un théâtre fort bien équipé en machinerie diverse. Quant au public, il a intérêt à être bien préparé et à savoir ce qu’il va entendre et regarder sinon, il va lui arriver la même chose qu’à votre serviteur : il va couler au bout d’une demi-heure. Il faut s’abandonner à la poésie du merveilleux, à un climat de conte de fées, à la volonté de pénétrer le symbole et l’allusion. L’intrigue en elle-même est relativement simple mais chaque personnage, chaque événement cache autre chose que sa signification première.

Le livret est signé du poète et dramaturge autrichien Hugo von Hofmannsthal, collaborateur « attitré » de Richard Strauss depuis que ce dernier avait mis en musique Elektra. En 1911, c’est la création du Chevalier à la rose, et Hofmannsthal, le librettiste, se déclare tout à prêt à poursuivre l’aventure et à écrire une grande œuvre de synthèse.  Le 20 mars 1911, il écrit à Strauss une lettre dans laquelle il annonce son projet, sans cacher son intention de s’inspirer de La Flûte enchantée : l’essentiel de ce que sera La Femme sans ombre y est déjà : « la féérie et son décor, la confrontation de deux couples, et de deux niveaux sociaux (palais et chaumière), le cheminement initiatique. La référence à La Flûte enchantée est capitale. D’ailleurs, non seulement l’opéra de Mozart a servi de modèle à Hofmannsthal, mais aussi la suite de La Flûte enchantée que Goethe a écrite. Et de Goethe encore son Märchen, son Conte et le second Faust. » (1)

Ecriture du livret et composition de la musique occuperont les deux hommes de 1911 à 1917. La guerre de 14 arrêtera la collaboration car Hofmannsthal est mobilisé pour un temps, au grand dam de Strauss qui n’a pas reçu le dernier acte…

femme_ombre_essen_2006.jpgLe livret est la recréation de l’univers féérique et magique des Mille et une nuits. Cet univers est organisé selon trois plans d’existence : en haut, il y a le monde des esprits, où règne Keikobad qui n’apparaîtra jamais sinon à travers les interventions de son Messager, mais dont l’omniprésence pèse sur toute l’œuvre. En bas, le monde des hommes, matérialiste et sordide, où règnent la souffrance et la cruauté, mais aussi la bonté et la générosité. C’est le monde du Teinturier Barak et de sa femme, qui n’a pas de nom, qu’on appelle la Teinturière ou la Femme. Entre ces deux plans, il existe un monde intermédiaire, flottant entre eux et pourvu de caractéristiques appartenant aux deux autres mondes, qui s’appelle le pays des sept Monts de la Lune, où se trouvent l’Empereur et l’Impératrice qui n’ont également pas de nom. L’Impératrice est la fille de Keikobad et l’Empereur règne sur les hommes, tout en vivant loin des villes et cette humanité. L’Impératrice est accompagnée de la Nourrice, qui appartient au monde d’en haut ; c’est une créature maléfique mais qui est appelée à séjourner dans le monde des humains puisqu’elle est au service de sa maîtresse.

Le problème central de l’opéra est donné par le titre : l’Impératrice ne projette pas d’ombre c’est-à-dire que son mariage avec l’Empereur ne l’a pas rendue féconde. Mais il ne faut surtout pas limiter cette image à cette seule idée de l’impossibilité d’être mère. Si l’absence d’ombre représente la stérilité, c’est aussi l’idée « d’une féminité non accomplie ou non assumée ; l’idée d’une humanité qui n’est pas véritablement incarnée, donc d’un corps non encore reconnu dans sa matérialité. Car du corps, il faut accepter à la fois sa beauté, sa pureté, sa lumière, mais aussi ce qu’il a de trouble, d’opaque, d’obscur. » (1)

Dans la tradition fantastique, l’ombre a  souvent été le symbole de l’âme parce qu’elle est attachée au corps et pourtant insaisissable ; vendre son ombre, c’est vendre son âme comme on le voit dans le conte de Chamisso où Peter Schlemihl vend son ombre et se sent exclu du monde des hommes. L’ombre renvoie donc chez l’être humain à la fois à la part de spiritualité (l’âme) et à la part d’humanité (la trace du corps opaque) : l’ombre est ambivalente.

L’Impératrice sans ombre est en sursis. Son union avec l’Empereur est un danger pour le monde des esprits, le monde d’en haut : si elle conçoit, les esprits la perdent. Mais c’est aussi un danger pour l’Empereur car une malédiction pèse sur lui : elle doit être fécondée dans les douze lunes (un an) suivant son mariage, sinon, il est changé en pierre en punition de son sacrilège. Pour empêcher cela, l’Impératrice va devoir descendre dans le monde des hommes pour y trouver une ombre. Le contenu de l’histoire, c’est la quête de l’ombre, c’est-à-dire la quête de l’humanité complète. Les personnages, et surtout l’héroïne, s’humanisent progressivement par une sorte d’ascension morale d’initiation purificatrice. La quête de l’ombre est celle des valeurs humaines. « La prise de conscience de la réalité de l’Autre permet chez chacun des quatre principaux personnages la découverte de ces valeurs proprement humaines que sont la fraternité, l’amour altruiste, la générosité. Savoir ou lumières ne sont ici d’aucun secours. Ce sont les épreuves, la souffrance morale, le sacrifice qui forment les héros, leur font vaincre leur égoïsme et les transfigurent. Ainsi deviennent-ils vraiment des hommes, ce qu’ils n’étaient pas, ou ne savaient pas être. » (2)

Quant aux personnages de l’opéra, s’ils sont anonymes (sauf Barak le teinturier et Keikobad), ils sont également symboliques. L’Impératrice adore son époux ; pour sauvegarder son bonheur, elle accepte, elle une « Haute dame », de s’abaisser à toutes les humiliations. Elle pressent que sa « transparence » ne vaut pas un corps opaque qui l’attachera à la terre et fera d’elle une femme. Au contact des humains, elle apprend la grandeur du don et la charité. Elle comprend que voler l’humanité n’est pas le bon moyen pour accéder au statut de femme et de mère. A la fin de l’opéra, placée devant un terrible dilemme, elle préfèrera se sacrifier et sacrifier l’homme qu’elle aime plutôt que sacrifier deux vies humaines : « Ich – will – nicht » « Je – ne – veux – pas ». Mais c’était l’épreuve suprême : son sacrifice se révèle rédempteur, il la sauve ainsi que son époux et les deux autres personnages, Barak et la Teinturière.

Si l’Empereur est l’enjeu du drame, il en reste cependant en marge. Il ignore et méprise les hommes, dont il vit séparé. Egoïste, il ne sait aimer l’Impératrice que sur le mode sensuel, et possessif ; sans doute est-ce là la vraie raison de la stérilité de son épouse. Toute la quête de l’Impératrice devant se passer à son insu, il la croit infidèle et connait la jalousie, le drame de l’incommunicabilité. Le sacrifice final de l’Impératrice le rachètera et il découvrira la fraternité humaine.

La femme du Teinturier est un être étrange, autoritaire, capricieuse et pourtant sympathique. Insatisfaite, elle rêve d’une autre vie, d’un amant idéal. La bonté et l’optimisme de son mari la rendent hystérique. Depuis leur mariage, elle n’a pas voulu lui donner d’enfants. Pourtant, elle aime son mari autant qu’il l’aime ; les railleries de la Nourrice à propos de Barak la rendent furieuse. Son amour éclate à la fin du deuxième acte, lors de la transformation de Barak : elle comprend qu’en fait, elle était jalouse de l’amour que porte Barak à ses frères humains, amour qu’elle voulait pour elle seule.

Quant à Barak, c’est sans doute le plus réussi de tous les personnages masculins de Strauss : il représente l’Homme dans toute sa générosité, avec sa patience, sa puissance de travail, sa capacité à assumer ses responsabilités ; avec ses défauts, aussi, et sa violence. Si Barak ne comprend pas la frustration de sa femme, ses exigences, c’est peut-être parce qu’elle refuse de lui donner un enfant : comme pour le couple Empereur-Impératrice, c’est encore le drame de l’incommunicabilité. Ce qu’il va vivre va l’obliger à se remettre en cause et c’est de lui que l’Impératrice va apprendre ce que c’est qu’être humain.

La Nourrice, elle, est un personnage ambivalent, à la fois démoniaque et émouvant. Son amour aveugle pour l’Impératrice manque perdre cette dernière et va la perdre, elle. Elle devient malfaisante à force de fidélité et sa punition sera de devoir vivre au  milieu des hommes qu’elle déteste et qu’elle voulait détruire.

« Le thème de l’aspiration de l’esprit au corps et à la vie, et donc celui de la supériorité de la condition humaine sur la condition divine, est un thème éternel. […] Richard Strauss pour sa part chante ce thème avec une musique immense, dont la richesse mélodique et l’alchimie orchestrale permettent la plus lumineuse épiphanie du message poétique d’Hofmannsthal. On a accusé le musicien, parce qu’il a composé son opéra en pleine guerre mondiale, d’indifférence au drame contemporain et d’enfermement dans sa tour d’ivoire. C’’est là une légende. Son opéra est un message de paix, une œuvre pleine d’espoir quant au bonheur et à l’avenir de l’humanité. » (2)

PS : Cette présentation n’a absolument pas la prétention d’être exhaustive. Une telle œuvre demande une analyse bien plus complète et approfondie que quelques paragraphes. C’est pourquoi je conseille à ceux que cela intéresse de se procurer le numéro 147 de L’Avant-scène opéra qui fourmille d’articles passionnants sur cette Femme sans ombre.

 

(1) Pierre Michot, in L’Avant-scène Opéra n° 147.

(2) Jean-Michel Brèque, in L’Avant-scène Opéra n° 147

 

ARGUMENT : ACTE I – Premier tableau – Le palais de l’empereur. Un messager apparait à la Nourrice : il s’assure que l’impératrice n’a toujours pas d’ombre et annonce qu’elle n’a plus que trois jours à passer sur terre. Passé ce délai, elle devra rejoindre son père Keikobad dans le monde des esprits et l’empereur sera pétrifié.

Entre l’empereur qui raconte comment il a rencontré et conquis sa femme. Il confie à la nourrice qu’il part chasser pour trois jours et évoque son faucon favori qu’il n’a pas revu depuis qu’il a rencontré sa femme. Alors qu’il vient de sortir, arrive l’impératrice qui évoque à son tour son amour puis aperçoit le faucon qui décrète : « la femme n’a pas d’ombre, l’empereur doit être pétrifié. L’impératrice comprend que pour sauver son époux, il lui faut acquérir une ombre et supplie la nourrice de l’aider.

2ème tableau – La cabane de Barak. Ameublement pauvre et disparate. Le lieu sert à la fois d’atelier et de chambre. Les trois frères infirmes de Barak se disputent ; puis Barak et sa femme s’affrontent, lui patient et bonhomme, elle toujours en train de crier et de rouspéter. Il lui reproche de ne pas lui avoir donné d’enfant puis il sort pour aller porter ses marchandises au marché.

Barak sitôt parti, l’impératrice et la nourrice, déguisées en simples paysannes, entrent dans la cabane. La nourrice comprend rapidement que la teinturière sera un bon sujet d’expérience pour une séance de magie noire. Elle la complimente d’être si belle et lui propose de vendre son ombre en échange de toutes les richesses qu’elle peut posséder. Pour mieux la convaincre, la nourrice fait appel à des visions.

La teinturière, tentée au-delà du supportable, accepte de vendre ses espérances de maternité contre toutes ces richesses. Elle interdira son lit à son mari. Mais ce n’est pour l’instant qu’une acceptation de pure forme : l’impératrice n’a pas encore son ombre.  Restée seule, la femme a une autre vision : elle entend avec terreur sortir des flammes les voix des enfants à naître.

Quand Barak revient, son lit et celui de sa femme sont séparés. Les vix des veilleurs de nuit s’élèvent au-dehors.

 

ACTE II – Premier tableau – La cabane de Barak. La nourrice continue de tenter la jeune femme avec l’apparition d’un beau garçon qui se manifeste quand Barak est sorti. La femme croit haïr son mari, pourtant, elle n’ose pas le tromper. Barak s’est bien aperçu qu’elle avait changé et en conçoit une grande peine ; il invite quelques enfants mendiants à partager leur repas.

2ème tableau – La fauconnerie de l’empereur, au cœur de la forêt. L’empereur qui a retrouvé son faucon le suit à l’intérieur de la maison. Il y trouve sa femme et sent tout de suite qu’elle est entrée en contact avec les choses de la terre.

3ème tableau – La cabane de Barak. Nous sommes au troisième jour et la nourrice s’efforce toujours d’obtenir l’ombre de la femme du teinturier. Toutes deux sortent de la cabane, laissant l’impératrice et Barak. Le dialogue qui s’ensuit permet de comprendre que l’impératrice éprouve une grande sympathie pour Barak et qu’elle regrette le mal qu’elle va lui faire.

4ème tableau – La chambre de l’impératrice à la fauconnerie. Ne trouvant pas le sommeil, elle a tout à coup la vision de son mari errant parmi des grottes qui ressemblent à des tombes et elle entend la voix du faucon : « la femme n’a pas d’ombre et l’empereur doit être pétrifié. » L’impératrice est bouleversée mais est émue du malheur de Barak dont elle se sait responsable.

5ème tableau – La cabane de Barak. La nourrice tente une dernière fois d’arracher son ombre à la femme. Il est midi et pourtant il fait sombre, un orage se prépare. Les trois frères de Barak hurlent de terreur. La nourrice comprend que les forces surnaturelles qui se déchainent ne relèvent pas de son contrôle. L’impératrice est terrifiée par les souffrances des êtres humains mais reconnaissante au destin qui lui a permis de rencontrer Barak, dont l’intégrité et la bonté l’ont conquise. Lorsque la femme dit à Barak qu’elle l’a trompé en vendant son ombre et ses enfants à naître, pour prouver que son aveu est vrai, les trois frères allument un feu : on voit alors qu’elle n’a pas d’ombre. Barak veut la tuer et une épée apparait dans sa main, comme par magie. L’impératrice refuse d’obtenir l’ombre à un tel prix. Devant l’effet de son aveu, la femme déclare qu’elle n’a rien fait, elle a seulement désiré le faire. Tout à coup, la terre s’entrouvre ; la nourrice enlève l’impératrice tandis que Barak, sa femme et la cabane sont engloutis.

 

ACTE III – Premier tableau – Une voûte souterraine, divisée en son milieu par un mur épais. D’un côté, Barak, de l’autre côté, sa femme. Chacun est inconscient de la présence de l’autre. Tandis qu’elle lutte avec sa conscience, lui essaie de trouver la paix et la consolation pour tous deux.

2ème tableau – Le monde des esprits – La salle des jugements. C’est là que siège Keikobad, le père de l’impératrice. La nourrice veut empêcher l’impératrice d’entrer, craignant la colère de Keikobad plus que la mort. Elle veut la convaincre de retourner sur terre pour chercher l’ombre. Mais l’impératrice entre dans la salle où son mari est jugé. Elle fait ses adieux à la nourrice qui ne comprend pas les hommes, ni leur grandeur, ni leurs luttes ; elle, par contre, a appris à les aimer et les comprendre dans leur malheur. On entend les voix de Barak et de sa femme qui s’appellent.

L’impératrice demande à connaître la place qu’elle occupe dans l’univers. Une voix venue d’en haut lui ordonne de boire l’Eau de Vie pour avoir une ombre et devenir humaine. Les voix de Barak et de la femme retentissent à nouveau ; l’impératrice refuse de boire aux prix de leur perte et demande à voir son père, le juge. Un renfoncement dans la muraille s’illumine : on voit l’empereur pétrifié, seuls les yeux bougent et implorent l’impératrice. C’est l’ultime épreuve : elle s’effondre, et un cri s’échappe de ses lèvres : « je ne veux pas. »

Aussitôt, l’Eau disparait et une forte lumière tombe d’en haut. L’impératrice se lève et on peut voir son ombre ; l’empereur descend de son alcôve dans la muraille et on entend les voix de leurs enfants à naître. Dans un magnifique paysage, l’empereur et l’impératrice regarde une cascade. Au-dessous, on voit Barak et sa femme qui se sont retrouvés.

 VIDEOS :

 

1 -  Acte II - René Kollo (l'Empereur)

2 - Final Acte II- Janice Baird (La Teinturière) -

3 - Acte III - Gwyneth Jones (La Teinturière)

4 - Acte III - Final

 

 

 

 

 

 

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