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06 octobre 2012

Rusalka

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En République Tchèque, l’opéra de Dvorak Rusalka tient, dans le cœur du public, une place aussi importante que Carmen dans celui du public français. Sans cesse monté dans de nouvelles productions, il attire toujours un très nombreux public, que ce soit lors de représentations scéniques ou de diffusions télévisuelles. Le cinéma lui-même ne cesse de s’intéresser à cet ouvrage.

 

Pourquoi un tel engouement ? Grâce à un certain nombre de caractéristiques qui donnent à cette œuvre son atmosphère envoûtante : un charme poétique indéniable, des personnages fantastiques, qui évoluent dans un clair de lune mystérieux ; une expression musicale extrêmement riche qui met en valeur l’impression, pour l’auditeur et le spectateur, d’être plongés dans un univers onirique d’où tout réalisme est exclu, ce qui n’est pourtant pas le cas, la fête de l’acte II le prouve.

 

Particularités qui font de Rusalka un opéra extrêmement difficile à monter, et dont chaque production se révèle être une tâche très exigeante. Comment mettre au mieux en valeur, sans sombrer dans le ridicule ou l’excès de merveilleux, la magie qui se dégage de cet univers où s’affrontent humains et êtres surnaturels, où, à l’amour absolu d’une ondine pour un prince, répondent la trahison et l’abandon, où la mort est présente dans chaque rayon de lune ?... Défi qui demande une imagination sans borne de la part du metteur en scène, et une sensibilité qui doit être au service de l’œuvre et non être le vecteur de ses névroses ou de ses peurs personnelles.

 

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Dvorak est au sommet de sa gloire lorsqu’il compose Rusalka.  Il a déjà à son actif neuf symphonies, des Danses Slaves, des légendes symphoniques et de grands oratorios. Cet opéra va lui permettre de montrer tout son art de la composition et de mettre en valeur son inspiration, profonde et vivante.

 

L’opéra n’est pas un genre qui lui a d’abord réussi. Parce qu'il reste trop influencé par Wagner avec lequel il n’a pas su prendre ses distances, ses premiers opéras sont des échecs retentissants. Le principe wagnérien, dans son essence, était étranger à la sensibilité musicale de Dvorak, à son type créateur. A trop vouloir copier le maître de Bayreuth, il s’est fourvoyé dans des ouvrages qui ne correspondent en rien à son génie et l’a chèrement payé. A cela, il faut ajouter, pour expliquer l’insuccès de ses cinq premiers opéras, son manque d’esprit critique envers les livrets qu’on lui proposait, et qui, tous, étaient soient très faibles sur le plan dramatique et littéraire, soit carrément ridicules.

 

Cependant, Dvorak ne renonce pas et continue malgré tout de composer des opéras, tout en se détachant peu à peu des normes esthétiques et musicales de son encombrant modèle, en prenant conscience de ce qui fait son originalité profonde et en commençant à parler son propre langage. C’est alors que le succès commence à venir : Le Jacobin, en 1888, puis Le Diable et Katia en 1889, sont applaudis par le public et sont toujours, actuellement, souvent représentés en République Tchèque et font partie dans le beau sens du mot des œuvres « populaires ».

 

Encouragé par ces succès, Dvorak cherche un nouveau sujet pour un nouvel opéra. La lecture du livret proposé par un jeune auteur dramatique, Jaroslav Kvapil, l’enthousiasme. Il répondait à son amour de la nature et à son goût pour le monde des contes et des ballades populaires. En avril  1900, il se met au travail ; le 31 mars 1901, c’est la création de Rusalka au Théâtre National à Prague. Succès retentissant, triomphe absolu. Dvorak, avec Rusalka, est entré dans le Panthéon des grands compositeurs d’opéra.

 

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 Le sujet de cet ouvrage paraîtra peut-être familier lors de la lecture du synopsis : la Rusalka de Kyapil est proche de l’Ondine de Giraudoux. C’est que tous deux, en faisant œuvre originale, se sont inspirés des mêmes sources : les légendes germaniques concernant les ondines, la littérature romantique allemande, l’Ondine de Friedrich de la Motte-Fouquet, la légende de Mélusine… Dans les deux ouvrages, la trahison de l’humain est punie par la mort ; l’échec de Rusalka est total, elle n’a pas réussi à prouver au Génie des Eaux que l’être humain pouvait être constant et fidèle en amour ; celui de l’Ondine de Giraudoux l’est tout autant, mais il est tempéré par le beau subterfuge de l’héroïne qui, ayant perdu la mémoire et ne se souvenant plus de rien, continuera malgré tout à accomplir mécaniquement sous l’eau les gestes et les tâches qui étaient siens lorsqu’elle était humaine.

 

Faisant fi des origines multiples de l’ouvrage, le peuple tchèque a adopté Rusalka comme l’expression naturelle des légendes nationales. Cette œuvre répond à sa manière de penser, à ses idées. Les personnages de Rusalka, de la sorcière, du prince, de la princesse étrangère, du garde forestier, du marmiton correspondent à la typologie des contes tchèques et appartiennent désormais à l’imaginaire national.

 

Pour terminer cette présentation, penchons-nous un instant sur le destin de Rusalka hors des frontières de la République Tchèque. L’opéra est assez fréquemment monté et je me souviens  que l’Opéra de Lyon l’a donné il y a quelques années et je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir cette mise en scène. Il est permis d’attendre et il est doux d’espérer, comme dirait Carmen…

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 NB : Il existe un très bon enregistrement CD de Rusalka, effectué en 1982-83 à Prague avec la merveilleuse Gabriela Beňačková dans le rôle titre. Je ne connais que celui-là mais je le recommande.

 

Dessins : Rusalka

Photos : Rusalka à Mexico –Gabriela Benackova

 

 

ARGUMENT : Bref prélude évoquant l’atmosphère poétique et brumeuse de l’opéra.

 

ACTE I – Une clairière au bord d’un lac ; dans le fond, une chaumière.

 

Le Génie des Eaux est attiré loin des profondeurs où se trouve son royaume par le chant des nymphes des bois. Dès qu’elles sont parties, Rusalka émerge du lac et demande tristement conseil à son père. Elle est amoureuse d’un prince jeune et beau et voudrait prendre forme humaine pour l’épouser. Sa confession attriste son père mais il lui conseille d’aller voir la vieille sorcière voisine. Seule, Rusalka confie son secret à la lune, magnifique aria appelée « prière à la lune » qui est devenu à juste titre très célèbre. Puis Rusalka fait appel à la sorcière Jezibaba qui lui donne forme humaine mais sans le don de parole, et à la condition qu’elle soit damnée à jamais ainsi que son amant si ce dernier la trompe.  Rusalka et Jezibaba jettent ensemble le sort, tandis que la voix du Génie des Eaux s’élève, angoissée, des profondeurs. Mais la décision de Rusalka est irrémédiablement prise.

 

Le son des cors et les chants de chasseurs retentissent dans le lointain. Le prince poursuit un daim blanc, mais il se sent irrésistiblement attiré par les rives du lac. Il soupçonne une intervention magique et renvoie ses compagnons au palais, décidé à faire face seul aux puissances mystérieuses qui règnent sur cet endroit. Rusalka sort de la chaumière de la sorcière et le prince en tombe immédiatement amoureux. Rusalka se jette dans ses bras, sans un mot, car elle est muette en sa présence. Le prince enveloppe Rusalka dans sa cape et l’emmène vers le palais.

 

ACTE II – Le palais du prince.

 

De nombreux invités sont arrivés pour le mariage du Prince et de la mystérieuse Rusalka. Le garde forestier et un garçon des cuisines du château échangent les dernières nouvelles. Le garçon a peur de Rusalka, qui lui donne la chair de poule, le garde-chasse soupçonne l’action de quelque sorcellerie. Les commentaires vont bon train : le prince serait déjà las de sa beauté silencieuse et tournerait ses regards vers  une princesse étrangère. Ils s’enfuient à l’approche du prince et de Rusalka. Le prince est déçu que sa fiancée lui témoigne si peu son amour et craint de ne pas être heureux avec elle une fois marié. Quand la princesse étrangère vient vers eux, le prince envoie Rusalka s’apprêter pour le bal. Il s’éloigne avec la princesse, blessée de le voir épouser une autre. Rusalka rejoint tristement ses appartements.

 

Le bal commence. Musique. La scène est momentanément interrompue par la complainte mélodieuse du Génie des Eaux qui émerge de la fontaine et dit son désespoir d’assister à la chute de sa fille préférée. Rusalka se précipite vers lui et peut enfin dire combien elle est malheureuse : le prince s’est occupé de la princesse étrangère toute la soirée et ne lui a pas accordé un regard. Peu après, le prince s’éloigne du bal avec la nouvelle élue de son cœur, et leur duo enflammé contient toue la passion que Rusalka n’a pas pu exprimer. Ils s’embrassent. A ce moment, Rusalka se jette dans les bras de son fiancé et le Génie des Eaux proclame qu’ils ne seront jamais séparés. Le prince implore l’aide de la princesse étrangère, mais elle se détourne avec dignité.

 

ACTE IIII – Même décor qu’au premier acte.

 

C’est le soir. Rusalka, maintenant victime de l’infidélité de son amant, est condamnée à errer éternellement, comme une feu follet. Elle voudrait mourir. Jezibaba sort de sa hutte et déclare qu’elle ne sera libérée de son sort que lorsque le sang humain coulera. Rusalka se résigne et s’enfonce seule dans les eaux tandis que les nymphes des bois commentent son bref séjour sur la terre.

 

Le garde forestier et le garçon des cuisines du palais viennent à leur tour consulter la sorcière au sujet du prince qui, parait-il, est sous une influence surnaturelle. Le garde forestier pousse le garçon devant lui, mais aucun des deux n’ose frapper à la porte. La sorcière répond enfin à leurs appels. Elle les rabroue quand ils la supplient de guérir le prince et, aidée du Génie des Eaux, les met rapidement en fuite.

 

Les nymphes des bois chantent et dansent gracieusement. Mais le Génie des Eaux leur rappelle le triste sort de Rusalka et les prie de se taire. Le prince sort du bois en titubant, murmurant que le daim blanc l’a entraîné ici la première fois pour rencontrer Rusalka. Il l’appelle pour qu’elle lui revienne. Elle apparaît et le prince la supplie de prendre sa vie, si elle est un fantôme, et de lui pardonner. Elle lui reproche tendrement de l’avoir trompée ; elle était incapable de lui exprimer la passion qu’il attendait d’elle, et maintenant, si elle l’embrassait, il mourrait aussitôt. Extasié, il implore le baiser fatal et expire dans ses bras. Le Génie des eaux apparaît et déclare que le sacrifice de son amant ne modifiera en rien le destin de Rusalka mais rien ne peut altérer la félicité des deux amants dans l’amour enfin partagé.

 

VIDEOS :

 1 – Acte I, prière à la lune.

2 – Acte I, aria du prince

3 – Acte III, final.

 

 

 

 

 

 

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