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03 juillet 2012

La veuve joyeuse

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Oui, je sais ! Dans le genre archi connu, cette opérette détient la palme d’or. Mais après tout, c’est le mois de juillet, l’été et peut-être n’a-t-on pas trop envie de se plonger dans des œuvres « sérieuses » (comme si l’opérette n’était pas un genre « sérieux » comparée à son grand frère l’opéra !) Mais j’accorde que celle-là, vraiment, n’a, et heureusement, « rien de sérieux » au sens le plus mélioratif de l’expression. Et que ça fait du bien de se plonger dans cette musique rafraîchissante, mille fois écoutée, et pourtant toujours aussi envoûtante…

 

Qui pourrait croire, vu le succès mondial de La veuve joyeuse depuis sa création, que la générale et la première avaient été annoncées comme des échecs prévisibles et retentissants ? On a l’impression de rêver quand on lit les augures de l’époque…

 

30 décembre 1905, Théâtre an den Wien : dans l’après-midi doit avoir lieu la générale puis le soir même la première de La Veuve joyeuse, nouvelle opérette de Franz Lehar. Ambiance glaciale au théâtre ; idem à l’extérieur. Le théâtre est hermétiquement fermé, personne n’a le droit d’entrer, pas même les critiques. La générale aura lieu à huis clos. Et la rumeur circule dans Vienne et dans les cafés environnants le théâtre que l’ouvrage créé dans la soirée sera un échec complet.

 

Mais pourquoi ? Parce que, d’après le directeur du théâtre, l’opérette est trop « nouvelle », trop originale, véritablement révolutionnaire dans son sujet que l’érotisme imprègne du début à la fin. Il est persuadé que le public, très conservateur, ne supportera pas cette « révolution ». D’où la décision de fermer les portes du théâtre : « Les gens seront bien assez tôt au courant de cet échec ! »

 

Il faut dire que la gestation de La Veuve joyeuse n’a pas été des plus simples. L’œuvre a connu moult aventures plus ou moins rocambolesques avant d’être enfin présentée sur scène.

 

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Remontons aux origines de cette opérette. D’abord, les librettistes, Victor Léon et Leo Stein. Le premier est la vedette des librettistes de l’opérette viennoise ; il séjourne très souvent à Paris, ville qu’il adore. Une comédie française de Meilhac L’attaché de légation, lui semble pouvoir faire un très bon livret d’opérette ; il la remanie avec l’aide de Leo Stein. Le cadre de cette comédie était l’Allemagne ; Léon, amoureux du Paris de la Belle Epoque, le transpose dans ce milieu qu’il aime tant : en effet, il est un habitué du Café de la Paix, des petits cafés de Montmartre, et dîne souvent chez Maxim’s, qu’il apprécie au point de faire de ce célèbre restaurant un élément important de La Veuve. Le livret de la nouvelle opérette est effectivement révolutionnaire, dans la mesure où il introduit des éléments de comédie moderne et de comédie musicale. De plus, c’est La Veuve joyeuse qui instaure le schéma désormais classique de toutes les opérettes à venir : « au 1er acte, c’est « lui » qui veut, mais pas « elle », au 2ème acte, « elle » veut mais pas « lui », et enfin au 3ème acte, quand tous les deux veulent, le rideau tombe discrètement… » (1)

 

Le livret achevé n’a pas de titre. Reprendre le titre original est impossible à cause des droits d’auteur. Mais après tout, ce n’est qu’un problème mineur. Il faut d’abord trouver un compositeur qui puisse le mettre en musique. Léon choisit le respectable Richard Heuberger, qui jouit alors à Vienne d’une très grande autorité car il cumule les fonctions de professeur au Conservatoire, musicologue et critique musical de célèbres revues. Il lui envoie le livret puis il attend.

 

Longtemps.

 

Léon se doute que c’est de très mauvais augure. Et il a raison de craindre le pire, car lorsque Heuberger joue enfin ce qu’il a composé, c’est la consternation générale. Le manque d’inspiration est total : c’est niais, sans intérêt et sans une once de commencement de début de génie. Léon reprend donc son livret. Mais le voilà bien embêté. A qui le donner ?

 

C’est alors que Steininger, secrétaire de direction du Théatre an den Wien, avance le nom de Lehar. Pour lui, étant donné que l’héroïne est originaire des Balkans, ce compositeur conviendrait parfaitement. Refus immédiat de Léon –un peu surprenant cependant dans la mesure où le librettiste et le compositeur avait déjà collaboré ensemble à deux productions qui avaient eu beaucoup de succès. Mais les deux hommes s’étaient brouillés et de plus, les ouvrages suivants de Lehar avaient été de jolis échecs. Steininger pourtant s’obstine, et à force de cajoleries, réussit à amadouer Léon et à le réconcilier avec Lehar à qui on confie le livret.

 

Le directeur du théâtre est aussi peu enthousiasmé par le livret que par la musique. Mais comment refuser au plus célèbre librettiste de Vienne une création d’une de ses opérettes ? Le voilà donc contraint d’accepter « pour faire plaisir à Léon » ; on représentera sa nouvelle opérette, seulement pas à Noël, comme le souhaitent Léon et Stein, mais le soir du 30 décembre, soit le plus mauvais jour de toute la saison…

 

Et le titre, me direz-vous ? Est-il enfin trouvé ? Toujours pas.

 

Quant à Lehar, il est lui aussi d’humeur massacrante, à cause des forts relents de dédain et d’ostracisme dont son œuvre est entourée. Pourtant, il devrait être ravi, car le destin lui a permis de prendre une revanche éclatante sur Heuberger qui lui avait refusé le poste de chef d’orchestre des concerts du dimanche du « Wiener Tonkünstlerorchester » qui jouissaient alors d’une grande popularité, sous le prétexte que Lehar « n’entendait rien à la valse et à l’opérette » ! Cette satisfaction ne suffit cependant pas à effacer toutes les difficultés et les obstacles que l’œuvre doit surmonter, à commencer par ce défaut de titre. C’est Lehar lui-même qui le trouve, par le plus grand des hasards, en entendant une conversation qui ne lui est pas destinée. L’anecdote est amusante, voilà comment Peter Herz la raconte :

 

« Lehar se trouvait un après-midi dans le bureau de son ami Steininger au théâtre et corrigeait les voix ce la partition lorsque le vieux factotum du théâtre, Anton, entra et s’adressa au secrétaire : « Excusez-moi, la veuve du conseiller ministériel Hintermayer est là, elle veut de nouveau des billets de faveur, elle dit que son mari, le conseiller ministériel, en a toujours obtenu et elle, sa veuve, y a maintenant droit… Que dois-je faire avec la veuve ? » Steininger répondit de mauvaise humeur : « Bon, donnez-lui pour cette fois des billets, mais si elle revient, flanquez-là à la porte, cette veuve empoisonnante ! » Lehar, qui avait dû mal entendre, sursauta, comme piqué par une tarentule : « Qu’est-ce que tu viens de dire ? Veuve joyeuse ? » Jeu de mots intraduisible en français qui repose sur la ressemblance entre « lästig » c'est-à-dire importun, indésirable et « lustig » c'est-à-dire joyeux. « C’est notre titre ! Nous l’avons ! La Veuve joyeuse ! » Et c’est sur ce malentendu que fut baptisée la nouvelle opérette.

 

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Ce problème résolu, restent les autres. Ils sont purement matériels, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas cruciaux. Le directeur du théâtre est tellement persuadé que cette nouvelle œuvre sera un échec qu’il n’accorde ni nouveaux décors ni nouveaux costumes. On fera avec les vieilles mochetés miteuses qui traînent dans les coulisses. Voilà donc le régisseur obligé d’acheter dans les papeteries voisines des kilos de serpentins qu’on accroche aux décors vétustes et à moitié pourris. Léon organise un véritable cambriolage pour dénicher un uniforme de gala du Monténégro pour le personnage principal (le « Pontévédro » de La veuve renvoie directement au Monténégro) (2). Le nombre  de répétitions est réduit au minimum car elles sont jugées inutiles ; le régisseur doit répéter avec les artistes jusqu’à une heure avancée de la nuit. D’ailleurs, les artistes eux-mêmes pensent que ce sera la catastrophe, à part les deux rôles principaux, Mitzi Günther et Louis Treumann, sous le charme de cette nouvelle musique.

 

Et la générale commence, dans une ambiance glaciale. Le critique Ludwig Karpath a réussi malgré tout à se glisser dans la fosse d’orchestre ; il manque être mis à la porte par le directeur mais Lehar intervient en sa faveur. A la fin du premier acte, Karpath fait irruption dans la loge directoriale : « Vous êtes tous des idiots ! Si cela continue ainsi, non seulement ce ne sera pas un échec, mais un triomphe comme ce théâtre n’en a jamais connu ! »

 

Et ça continue ainsi. Et le soir, lors de la première, c’est un triomphe absolu, ainsi que l’avait prédit Karpath. Pratiquement tous les numéros sont bissés. Le public fait une ovation aux premiers rôles, au compositeur. Parmi les morceaux qui enthousiasment le public, il y a bien sûr la valse de « l’heure exquise », qui électrise avec sa sonorité érotisante, mais aussi (en français) « La chanson de Vilya », le duo « Viens dans le petit pavillon »,  l’air « je suis une femme honnête », la « marche des femmes », etc.

 

Ce qu’il advint ensuite de cette Veuve joyeuse est connu. La première allemande à Hambourg confirme ce triomphe ; puis c’est Berlin, l’Europe, et enfin le monde entier. Quel peuple a pu résister à la fraîcheur envoûtante de cette veuve ?

 

« Aujourd’hui, le poids des ans pèse un peu sur elle –mais qui oserait vérifier l’âge d’une femme ? Du reste, cela ne servirait à rien, car elle semble avoir reçu à son berceau le secret d’une éternelle jeunesse et est toute aussi charmante, heureuse de vivre et entraînante que lors de sa naissance, qui avait été si aventureuse ! Qui pourrait échapper au charme, à la verve de la musique de cette « veuve joyeuse », apparemment immortelle et éternellement jeune ? » (1)

 

 

1 – Peter Herz

2 – Cette petite principauté était à l’époque sujet de plaisanterie dans tous les journaux humoristiques parce qu’elle était en situation de faillite.

 

 

Photos :

1 – Les créateurs Mitzi Günther (Hanna) et Louis Treumann (Comte Danilo) et Franz Lehar.

2 et 3 : Photos de la création.

 

ARGUMENT : Dans le Paris de la Belle Epoque.

 

Les noms des personnages sont les noms originaux et non ceux donnés par les traducteurs français.

 

Acte I -  Salon de la légation pontévédrine à Paris.

 

Le baron Mirko Zeta reçoit des membres de la brillante société parisienne et pontévédrine. Valencienne, la femme de Zeta, est courtisée par Camille de Rosillon lequel lui fait une déclaration d’amour. Valencienne lui répond qu’elle est « une femme honnête » et l’éconduit. Entre alors celle qu’on attendait, la richissime Hanna Glawari, veuve d’un banquier pontévédrin et dont les vingt millions d’héritage forment une dot suffisamment conséquente pour lui attirer nombre de prétendants. Mais le baron Zeta entend que ces vingt millions restent l’apanage des Pontévédrins et écarte donc toute possibilité de remariage de la veuve avec un parisien. D’ailleurs, il a un prétendant tout trouvé, le Comte Danilo Danilowitch qui possède l’immense avantage d’être lui aussi pontévédrin.

 

On souhaite la bienvenue à la veuve laquelle invite toute la société à venir chez elle le lendemain pour une grande fête. Valencienne décrète que Camille épousera la veuve et s’indigne aussitôt de son consentement. Alors que le salon s’est vidé, arrive Danilo qui raconte sa vie de diplomate à Paris, une vie on ne peut plus fatigante vouée aux plaisirs de toutes sortes. Alors qu’il se repose sur un divan, entre Hanna, toute surprise de le trouver là. Petit dialogue au cours duquel on apprend qu’ils ont autrefois failli se marier et qui est interrompu par l’arrivée de Zeta. Hanna s’en va et Zeta annonce à Danilo le plan qu’il a conçu pour récupérer les millions de la veuve. Refus catégorique de Danilo.

 

Rentrée de la société et chaque candidat à la prochaine danse cherche à se faire élire par la belle veuve. Seul Danilo ne paraît pas intéressé. Valencienne présente son propre candidat qui n’est autre que Camille. Mais Hanna préfère, dit-elle, un homme qui semble ne pas s’intéresser à elle. La danse est donc pour Danilo qui accepte de la vendre à celui de ses concurrents qui la paiera dix mille francs. Indignation de ces messieurs qui sortent en refusant, indignation de Valencienne en entendant Camille affirmer qu’il va devoir donner ces dix mille francs, indignation enfin de Hanna, vexée d’avoir été ainsi repoussée. Resté seul avec elle, Danilo lui propose malgré tout de danser ; elle refuse.

 

Acte II -  Les jardins du château de Hanna à Paris.

 

Musique et danses pontévédrines. Hanna chante « la chanson de Vilya ». Les invités s’étant dispersés, Hanna et Danilo ont une petite explication au cours de laquelle chacun campe sur ses positions. Hanna partie, arrivent Zeta et des invités : Zeta leur ordonne de venir le soir même à huit heures dans le pavillon pour tenir conseil… à propos des femmes. C’est alors la fameuse « marche des femmes ». Tout le monde s’en va sauf Danilo ; Hanna revient et lui demande si, à son avis, elle doit épouser celui qu’elle souhaite prendre pour mari. Danilo lui répond qu’elle peut épouser qui elle voudra et quand elle voudra. Puis ils sortent, au moment où entrent Valencienne et Camille. Duo du « petit pavillon » : Camille essaie de persuader Valencienne d’entrer avec lui dans le pavillon, et elle finit par céder.

 

Cette petite scène de « flirt » a eu un témoin, Njegus, le majordome de Zeta, lequel arrive avec Danilo et les autres hommes pour leur fameux « rendez-vous ». Njegus empêche Zeta de rentrer puis se dépêche d’aller à la porte de derrière ; pendant ce temps, Zeta ayant regardé par le trou de la serrure s’aperçoit que sa femme est en galante compagnie. Gros scandale. Sommé de sortir, le couple apparaît : il s’agit de Camille et de Hanna, laquelle a pris la place de Valencienne grâce à Njegus. Ce dernier apparaît d’ailleurs avec Valencienne à son bras. Hanna affirme que Camille est amoureux d’elle et le jeune homme n’a plus qu’à renchérir, au grand dam de Danilo qui meurt de jalousie. Pour que la supercherie soit totale, Hanna annonce ses fiançailles avec Camille qui ne peut démentir sous peine de compromettre Valencienne. Forcé d’avaler la pilule, Danilo fait semblant de rester indifférent mais ses paroles montrent à quel point il a de la peine à se contenir. Puis après avoir dit ce qu’il pense être son fait à Hanna, il sort en déclarant qu’il ne l’épousera jamais et qu’il va retrouver les grisettes de Paris chez Maxim’s. Mais Hanna n’est pas dupe : folle de joie, elle constate qu’il est amoureux d’elle.

 

Acte III – Château de Hanna à Paris, quelques temps après.

 

Njegus a reconstitué l’intérieur de chez Maxim’s dans le château de Hanna : décor, musique, grisettes, tout est pareil au Maxim’s original. Justement, entrent les grisettes –et parmi elles Valencienne- qui se mettent à danser. Spectacle enchanteur pour Danilo qui, une fois la danse terminée, reçoit une dépêche lui assurant que la faillite de l’état est assurée si les millions de la Glawari tombe dans l’escarcelle d’un étranger. Zeta supplie Danilo de revoir sa position, lequel ne se fait pas trop prier. Arrive Hanna à qui Danilo interdit de se marier avec Camille. Avec une certaine hauteur, Hanna rétorque qu’il n’a jamais été sérieusement question de mariage entre eux et que le rendez-vous au pavillon concernait Camille et Valencienne. Hanna a pris la place de Valencienne pour la sauver. Joie de Danilo et c’est le duo de « l’heure exquise ». Puis l’opérette se termine par une reprise de la « marche des femmes ».

 

 

VIDEO :

1 - Acte I - Entrée d'Hanna - Elisabeth Harwood

2 - Elisabeth Schwarzkopf chante "la chanson de Vilya"

3 - Le duo du "petit pavillon" à l'acte II entre Valencienne et Camille.

4 - La chanson des grisettes à l'acte III.

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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