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25 septembre 2010

La Fille de Madame Angot

 

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La Fille de Madame Angot : Que voilà donc une opérette joyeuse et pétillante à souhait, et d’une telle modernité dans les paroles qu’on les croirait écrites il y a quelques semaines, ou quelques mois… alors que l’œuvre date de 1872 et est censée se situer en plein Directoire. Pour preuve, par exemple, ces mots prononcés par le fiancé de l’héroïne en parlant de sa bien-aimée qui a chanté (volontairement) une chanson subversive en pleine place publique : « C’est par innocence, elle a cru qu’on pouvait dire la vérité en République » ou cette sentence tombée de la bouche de Mademoiselle Lange, maîtresse d’un des Directeurs : « Voilà qu’on me rend justice c’est un ange que je suis, c’est l’avis de la police ce doit être votre avis »… Et il y en a d’autres encore, mais je ne vais pas tout répertorier, ce serait dommage de vous priver de la découverte…

 

A l’origine de cette impertinente et délicieuse opérette, il y a un vaudeville, Madame Angot au sérail, qui fit les beaux soirs de l’Ambigu ; ce vaudeville est lui-même inspiré des aventures d’une certaine Madame Angot qui avaient défrayé la chronique sous la Première République : une marchande de poissons sur le carreau des Halles quitte un jour Paris pour prétendument « voir le monde » et se retrouve favorite du Grand Turc à Constantinople ! A partir de cette histoire farfelue, les librettistes ont imaginé que ladite Madame Angot avait une fille qu’avant de partir, elle avait confiée à ses compagnes de la Halle. Et comme on dit, « telle mère, telle fille… »

 

Le compositeur de cet ouvrage, Charles Lecocq, né en 1832 et mort en 1918 fait ses études au Conservatoire où il travaille l’harmonie, l’orgue et la composition. Il obtient de nombreuses récompenses mais doit quitter le Conservatoire pour aider sa famille ; cela ne l’empêche pas de composer et il partage avec Georges Bizet un prix offert par Offenbach avec son opérette Le Docteur Miracle. Mais si le succès est grand, il n’est cependant pas durable et il lui faudra attendre dix ans pour voir revenir les faveurs du public avec Fleur de thé. C’est alors qu’il compose l’œuvre qui lui vaudra la gloire et fera le tour du monde : La Fille de Madame Angot.

 

Comme on l’a dit plus haut, les spirituelles allusions politiques fourmillent dans le livret ; cette particularité effraie les directeurs de salles parisiennes qui craignent les retombées qu’elle pourrait provoquer. Qu’à cela ne tienne : puisque la France ne veut pas de son œuvre, Lecocq se tourne vers la Belgique et c’est Bruxelles qui, le 4 décembre 1872, verra la création de l’ouvrage : l’accueil est très chaleureux. Mortifié de n’avoir pas su déceler dans La Fille de Madame Angot un chef-d’œuvre, Paris l’accueille l’année suivante aux Folies Dramatiques : le succès est énorme… et les retombées politiques nulles. C’était bien la peine de craindre la réaction du gouvernement !...

 

De nombreuses reprises auront lieu par la suite dont celle de 1912 qui verra la jeune Edmée Favart triompher dans le rôle de Clairette ; Germaine Gallois tenait celui de Mademoiselle Lange. En décembre 1918, soit un mois après l’armistice mettant fin à la Première guerre mondiale, l’Opéra Comique ouvre ses portes à La Fille de madame Angot : Madame Favart reprend le rôle de Clairette et cette fois, c’est Marthe Chenal qui interprète Mademoiselle Lange. Parmi les « Merveilleuses » : Cécile Sorel, Huguette Duflos et bien d’autres… Soirée éblouissante, qui consacre l’œuvre et la fait entrer au panthéon des opérettes les plus jouées à L’Opéra Comique.

 

Quant au livret, bien construit, drôle à souhait, il « restitue à merveille l’ambiance un peu folle du Directoire » mais c’est  surtout « le charme incomparable des thèmes musicaux que Lecocq a répandus tout au long de cette partition qui font de La Fille de Madame Angot un des joyaux du répertoire lyrique français. » (1) Tous les airs sont célèbres, à commencer par la légende de Madame Angot chantée par Amarante, la chanson politique au final de l’acte I, l’air de Lange au second acte, l’ensemble « c’est l’avis de la police », les airs de Clairette, etc… Il faudrait tous les citer ; mieux vaut les écouter.

 

« Lecocq se révèle ici comme le digne successeur d’Offenbach et surtout comme le prédécesseur de Messager dont il possède les qualités de grâce et de délicatesse, qualités essentiellement françaises. » (1)

 

(1) – Guy Lafarge.

 

 

 

ARGUMENT : A Paris, sous le Directoire.

 

Acte I – Le carreau des Halles – Clairette, orpheline, a été élevée par les dames de la Halle auxquelles sa mère, Madame Angot, l’avait confiée avant de partir faire le tour du monde. Elle est devenue un modèle de savoir et de vertu. Ses « mères » adoptives veulent qu’elle épouse un jeune perruquier nommé Pomponnet, brave garçon assez peu romanesque et c’est justement le jour du mariage. Mais si Clairette estime son futur mari, elle n’éprouve guère de sentiments pour lui et lui préfère nettement Ange Pitou, chansonnier de son état. Comment faire pour retarder, voire annuler ce mariage qui ne lui convient pas ? Question d’autant plus importante qu’une rencontre opportune avec Pitou lui  permet de s’imaginer que ses sentiments amoureux sont partagés par le jeune homme. Or, justement, Pitou vient d’écrire une chanson qui assassine Barras, un des membres du Directoire et sa maîtresse, Mademoiselle Lange. Clairette tient sa solution : se faire arrêter pour trouble à l’ordre public. Habillée en mariée, la voilà donc qui entonne en pleine place publique la fameuse chanson subversive, au grand dam de Pomponnet et des « mères adoptives ». (= la Chanson politique.) Le résultat ne se fait pas attendre : les mouchards du Directoire veillent et la maréchaussée embarque la future jeune mariée, ravie d’avoir trouvé grâce à ce scandale un moyen de retarder le mariage. Arrestation qui déclenche une bagarre homérique dans la rue.

 

Acte II – Un salon chez Mademoiselle Lange

 

Egérie de Barras et en même temps maîtresse d’un financier véreux, Larivaudière qui détourne les biens nationaux, mademoiselle Lange est amoureuse de Pitou dont elle partage en secret les convictions politiques. Outrée en apprenant le scandale auquel son nom est mêlé, elle exige d’en savoir plus et fait libérer Clairette qu’on introduit dans le salon ; coup de théâtre : Lange reconnaît en elle une ancienne camarade de pension. La complicité se renoue immédiatement entre les deux jeunes femmes. Ayant assuré à Clairette qu’elle ne serait plus inquiétée, Lange la fait conduire dans une chambre à part puis reçoit Ange Pitou et le duo « politique » glisse vers un duo « amoureux ». Mais Larivaudière a tout entendu et, jaloux, fait une scène à mademoiselle Lange, laquelle n’a aucune difficulté à lui prouver qu’il se trompe, que Pitou n’est là que pour des raisons politiques et va adhérer au complot monté par Lange : c’est l’ensemble hilarant « c’est l’avis de la police ». Ayant convaincu Larivaudière (qui partage ses opinions politiques), Mademoiselle Lange annonce que les conspirateurs vont arriver ; ils arrivent, en effet (autre passage comique, l’entrée des « Inc’oyables » dont la musique souligne parfaitement le ridicule). Mais Clairette surgit au milieu de la réunion et annonce que la maison est cernée par les hussards : les conspirateurs ont été suivis par les mouchards. Mademoiselle Lange, jamais en peine d’expédients, imagine aussitôt un stratagème : cette réunion est en fait un bal donné en l’honneur de Clairette et Pitou ; là-dessus, surgit Pomponnet, bien évidemment offusqué par ce qu’il voit et entend, mais que Lange fait arrêter immédiatement parce qu’il tient à la main la chanson de Pitou que Clairette a interprétée. Tous les obstacles ayant été levés, Lange accueille courtoisement les hussards et l’acte se termine sur une anachronique et entraînante valse, au cours de laquelle Clairette découvre que Lange et Pitou jouent double jeu et sont amoureux l’un de l’autre : elle jure de se venger.

 

Acte III – Le Bal Calypso, à Belleville.

 

Clairette, en rédigeant de fausses lettres, a convoqué tout le monde dans une guinguette. Mademoiselle Lange et Pitou se rejoignent avec émotion. Mais voilà qu’arrive Larivaudière, déguisé en charbonnier, et que Clairette a fait prévenir pour compromettre mademoiselle Lange. Discussion, accusation… Entre Clairette, déguisée en poissarde : c’est le moment de jeter le masque. Elle n’a rien d’une demoiselle de vertu, elle est « la fille de sa mère », un point c’est tout. (C’est l’air fameux « de la mère Angot, je suis la fille ».) Puis, les deux ex amies s’affrontent pour Pitou, se crêpent le chignon et s’injurient copieusement, tout cela en présence de Larivaudière, choqué par la vulgarité dont fait preuve Mademoiselle Lange. Alors qu’on pourrait croire que tout cela va mal finir, souvenons-nous que nous sommes dans une opérette : Clairette renonce finalement à Pitou et se rend compte que Pomponnet, au fond, n’est pas si mal que ça et fera un bon mari. La réconciliation générale a lieu, et on boit à la santé des amoureux et des époux, et cela d’autant plus volontiers que c’est Larivaudière qui paiera.

 

VIDEOS :

Vidéo 1 : Chanson politique et final de l’acte I – Colette Riedinger est Clairette.

Vidéo 2 : Acte II : air de Mademoiselle Lange – Suzanne Lafaye

Vidéo 3 : Acte II : Ensemble « c’est l’avis de la police » - Suzanne Lafaye – Colette Riedinger – Gabriel Bacquier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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