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03 avril 2010

Lakmé

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Hmm...  Voilà un opéra que, si vous ne connaissez pas, il faut vite découvrir. Pourquoi ? D'abord parce qu'il est actuellement assez peu souvent joué, vu les acrobaties vocales qui sont réservées au rôle titre et qui exigent une cantatrice à la voix suffisamment étendue, souple, à la technique absolument impeccable : bref, une soprano colorature comme on en trouve peu actuellement sur les scènes lyriques. Heureusement, il y a Nathalie Dessay qui se tire bien plus qu'honorablement des prouesses de virtuose demandées par la partition ; autrefois, il y avait Joan Sutherland, souveraine dans l'air d'entrée « Blanche Dourga », un peu moins à l'aise dans l'illustrissime « air des clochettes » ; Il y a eu aussi Mady Mesplé, véritable boîte à musique ; et puis, il y a LA Lakmé du 20ème siècle, dans les années 50 : Mado Robin, jamais égalée, jamais dépassée et dont on se demande, quand on l'écoute, comment elle peut monter avec une telle facilité dans les hauteurs les plus vertigineuses et se jouer des terrifiantes vocalises de l'air des clochettes avec une telle virtuosité. D'accord, on peut ne pas aimer ce genre de voix ; être allergique à ce type de musique. Mais quand même : inclinons-nous bien bas devant une telle prouesse vocale. 

Et puis, Lakmé, c'est aussi une délicieuse partition, raffinée, élégante, qui enchaîne des airs plus musicaux les uns que les autres. Je pense à « Blanche Dourga », bien sûr, mais aussi aux différents airs de Lakmé (laissons les « Clochettes » de côté) : « Pourquoi dans les grands bois », à l'acte I, « Dans la forêt près de nous » à l'acte II, à l'air de Gérald « fantaisie aux divins mensonges », à celui de Nilakantha « Lakmé, ton doux regard se voile », à la scène finale, si émouvante dans sa simplicité. Bon, le sujet est un peu mièvre, c'est vrai ; mais il y a bien pire dans le domaine de l'opéra que cette histoire de prêtresse hindoue qui sacrifie sa vie par amour pour son bien-aimé (anglais, donc, ennemi : précision importante). Qu'on songe à l'inexistant livret de La Somnambule, à l'extravagante et incohérente histoire de La Force du destin... Cela n'a pas empêché ces deux œuvres (pour ne citer qu'elles) de faire une immense carrière...

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Le compositeur de Lakmé, Léo Delibes, est surtout connu pour être l'auteur de deux musiques de ballet : Sylvia et l'illustre Coppélia, ce dernier étant très souvent repris et monté sur les scènes du monde entier, dans des adaptations plus ou moins réussies, qu'elles soient classiques ou très modernes. La dernière représentation que j'ai vue de Coppélia était la magistrale et superbe adaptation, très contemporaine, de Maguy Marin. Cela remonte déjà à quelques années mais franchement, ce défilé final de multiples Coppélia, raides comme des automates (qu'elles sont), reste encore gravé dans ma mémoire.

Mais revenons à Delibes : premier prix du conservatoire de Paris en solfège 1850, Delibes se tourne surtout, comme on l'a dit plus haut, vers la musique de ballet : en 1870, Coppélia, tiré d'un conte d'Hoffmann, obtient un triomphe. En 1876, il fait représenter son deuxième ballet, Sylvia. A l'opéra, qui n'est pas vraiment son genre de prédilection, Délibes préfèrera longtemps l'opérette jusqu'au jour où lui sera suggéré d'écrire un ouvrage lyrique pour une grande soprano américaine : Marie Van Zandt. A l'origine de cette suggestion, il y a le futur librettiste de Lakmé, Edmond Gondinet, qui a entendu Marie Van Zandt dans Mignon d'Ambroise Thomas et que l'interprétation de la cantatrice a enchanté. Delibes accepte le projet et le livret de Lakmé va être conjointement écrit par Gondinet et Philippe Gille. Ils vont s'inspirer d'une nouvelle de Pierre Loti Rarahu ou Le mariage de Loti, paru en 1880. Ils vont également puiser leur inspiration dans des récits de voyage de Théodore Pavie.

Delibes se met au travail et compose la partition entre 1881 et 1882 ; le sujet est à la mode, de même que l'ambiance, en cette dernière partie du 19ème siècle où l'orient est très prisé, même dans l'art lyrique ; Bizet n'y échappera pas en composant Les pêcheurs de perles...

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Lakmé est créée le 14 avril 1883 à l'Opéra Comique à Paris : triomphe immédiat et engouement du public pour les prouesses vocales imposées par son créateur à son héroïne ainsi que pour cette ambiance exotique qui baigne tout l'ouvrage. L'oeuvre ne quittera pratiquement jamais l'affiche de l'Opéra Comique et sera régulièrement représentée sur toutes les scènes du monde entier.

Si le public moderne est sans doute beaucoup moins sensible à l'exotisme, il n'en garde certainement pas moins une tendresse émue (et parfois inavouée parce que jugée un peu ringarde) pour la mélodieuse petite Hindoue, si touchante dans sa découverte de l'amour, ses question naïves, et son engagement absolu qui la conduit à la mort. Je l'avoue sans honte : je fais partie de ces gens que Lakmé touche profondément, à cause bien sûr de la musique, mais aussi parce que ce personnage, pris entre l'amour qu'elle porte à Gérald et celui qu'elle éprouve pour son pays et sa religion, ne recule devant rien lorsque son choix est fait et ne le trahit jamais. Belle leçon de constance et d'honnêteté...

ARGUMENT : En Inde, au 19ème siècle.

ACTE I - Dans les jardins de la maison de Nilakantha, grand prêtre brahmane.

Lakmé est la fille d'un brahmane fanatique qui voue aux occidentaux en général et aux anglais en particulier une  haine féroce car les envahisseurs lui ont interdit de pratiquer son culte. Lakmé et d'autres fidèles, réunis en cachette dans le jardin, chantent une invocation à la déesse Dourga : « Blanche Dourga ». Lakmé reste seule avec sa suivante Malika ; elles chantent un duo charmant « Sous le dôme épais », qui rend parfaitement compte du cadre exotique qui entoure Lakmé. Cette dernière enlève les bijoux qu'elle portait pendant la cérémonie et s'éloigne en barque avec Malika.

Entrent ensuite dans le jardin les personnages anglais : ils savent qu'ils ne doivent pas pénétrer dans la demeure d'un brahmane mais la curiosité est la plus forte. Il y a deux officiers, Gérald et Frédéric, deux dames, Ellen et Rose (Ellen est la fiancée de Gérald) et leur inénarrable gouvernante, Mistress Bentson, à qui est dévolu le rôle comique de l'ouvrage. Tous s'émerveillent devant la beauté du jardin, mais Frédéric les met en garde : ils sont chez Nilakantha, un de leur plus féroce ennemi, dont la fille, Lakmé, est la beauté incarnée. Ils courent un grand danger et doivent vite partir. On découvre les bijoux abandonnés par Lakmé sur un banc ; nouvel émerveillement. Les femmes voudraient avoir un croquis de ces bijoux et Gérald le leur promet si elles rentrent tout de suite en ville.  Resté seul, il est fasciné par les joyaux et imagine la beauté et la jeunesse de leur propriétaire : c'est l'air fameux « Fantaisie aux divins mensonges ».

Voyant Lakmé et Malika revenir de leur promenade, il se cache. Lakmé donne congé à Malika et se demande, dans le très bel air, « pourquoi dans les grands bois », comment elle peut ressentir à la fois de la tristesse et du bonheur. Elle aperçoit Gérald et appelle à l'aide. Mais quand Malika et le serviteur Hadji arrivent, elle les renvoie à la recherche de son père. Commence alors un duo entre elle et Gérald à qui elle apprend qu'un seul mot d'elle signifierait la mort certaine du jeune homme. Il doit partir et oublier ce qu'il a vu. Mais Gérald, séduit par la jeune fille, lui fait une déclaration d'amour ; Lakmé joint sa voix à la sienne puis entendant venir son père, le renvoie. Au moment où il part, apparaît Nilakantha qui invoque le châtiment des dieux sur celui qui a osé profaner sa demeure.

ACTE II - Une  place publique.

C'est bientôt la fin du marché. Ambiance de foire. Nombreux mouvements de foule, allers et venues de soldats, de touristes qui se mêlent aux marchands ambulants et aux indigènes. Mistress Bentson, affolée, se fait accoster et dérober sa montre, puis son mouchoir. Frédéric vient à la rescousse. Une cloche sonne : le marché ferme et la fête va commencer. Des jeunes filles exécutent plusieurs danses exotiques puis Nilakantha apparaît, déguisé en mendiant, suivi de Lakmé. Gérald et Ellen entrent de leur côté. Il vient d'apprendre par Frédéric que leur régiment doit partir à l'aube. De son côté, Lakmé suggère à son père que Brahma accepterait peut-être de pardonner l'offense d'un étranger. Refus indigné du père qui chante alors l'air magnifique : « Lakmé, ton doux regard se voile ».

Nilakantha ordonne à Lakmé de chanter pour attirer l'homme qui est entré chez eux et dont il n'a pas pu voir le visage. C'est le fameux « air des clochettes », redoutable séries de vocalises, qui raconte la légende de la fille des parias qui, ayant sauvé Vishnou des bêtes féroces de la forêt, se voit transportée au ciel par le dieu. Personne, cependant, ne se manifeste après cet air ; désappointement et colère de Nilakantha qui oblige Lakmé à recommencer. Mais soudain, elle aperçoit Gérald, pousse un cri et s'évanouit dans ses bras. Nilakantha connaît désormais son ennemi et décide de le tuer au cours de la procession dédiée à la déesse et qui aura lieu le soir même.

Lakmé reste seule avec le fidèle Hadji. Ce dernier tente de la consoler, et lui promet d'obéir à ses ordres : aider un ami ou se débarrasser d'un ennemi. A peine a-t-il fini de parler que Gérald se précipite vers Lakmé. Duo pendant lequel Lakmé avoue aimer le jeune homme et évoque leur nouvelle vie dans un autre magnifique air « dans la forêt près de nous ».

La procession se forme ; les dames anglaises, escortées par Frédéric, la regardent passer. Le plan de Nilakantha est mis à exécution dès que la foule s'est dispersée : poignardé, Gérald s'effondre tandis que les conjurés s'enfuient. Lakmé découvre qu'il n'est que blessé et aidée par Hadji, décide de le porter dans une cachette où elle pourra le soigner.

ACTE III - La cabane de Lakmé, dans les bois.

Lakmé veille au chevet du blessé. Gérald s'éveille et chante sa joie d'être vivant. On entend un chant dans le lointain : ce sont, explique Lakmé, des amoureux venus boire à la source sacrée afin que leur amour soit éternel. Elle décide d'aller chercher un peu de cette eau. Dès qu'elle est partie, entre Frédéric : il a suivi les traces sanglantes laissées par Gérald dans la forêt et rappelle à son ami que son honneur de soldat l'oblige à revenir parmi ses frères d'armes et à partir avec eux. On entend la marche au loin des soldats.

Départ de Frédéric et retour de Lakmé qui constate tout de suite le changement qui s'est effectué chez Gérald pendant son absence. Il écoute la marche avec attention ; Lakmé comprend alors ce qui va se passer. Elle arrache une feuille d'une plante mortelle et la mâche discrètement. Puis ils boivent ensemble l'eau sacrée qu'elle a rapportée et se jurent un amour éternel. Lakmé lui avoue qu'il ne risque pas de briser son serment de fidélité à la couronne d'Angleterre puisqu'elle va mourir. Nilakantha les découvre et veut se venger une fois encore : mais il est trop tard. Gérald a bu l'eau de la source, sa vie est désormais sacrée. Lakmé meurt, tandis que Nilakantha et Gérald joignent leur voix, l'un pour se réjouir de savoir sa fille dans la splendeur du ciel, l'autre pour crier son désespoir.

Photos : Dans l'ordre : Joan Sutherland, Mado Robin, Mady Mesplé.

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VIDEO 1 : Germaine Féraldy chante « Blanche Dourga », acte I.

VIDEO 2 : Mado Robin : « Air des clochettes », acte II

VIDEO 3 : Jean Borthayre, air de Nilakantha, acte II, « Lakmé, ton doux regard se voile ». Fabuleuse voix de baryton et diction... impeccable !

 Représentation de Lakmé à Montréal.

 

 

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