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22 février 2010

Norma

Norma est sans doute l'opéra le plus connu de Bellini, le plus joué, surtout depuis les reprises des années 50 de l'ouvrage par la Scala, avec Maria Callas dans le rôle titre. D'autres exceptionnelles cantatrices ont repris le flambeau après elle : citons entre autres Montserrat Caballé et Joan Sutherland, voix immenses et sublimes mais... comédiennes nettement en dessous de leur illustre devancière. N'empêche, ne boudons pas notre plaisir. Les interprétations vocales de la Caballé ou de la Sutherland sont à un tel sommet qu'on ne peut que se taire et écouter. 

Comme très souvent dans la genèse des ouvrages lyriques, il y a à l'origine une autre œuvre, théâtrale généralement. L'opéra phare de Bellini ne fait pas exception à la règle.

C'est en avril 1831 qu'Alexandre Sounet fait jouer pour la première fois sa tragédie Norma au théâtre de l'Odéon. Les représentations se poursuivent pendant tout l'été car la pièce semble avoir remporté un grand succès. (Notons au passage que la postérité n'a strictement rien retenu de cette pièce ni de son auteur qui sont tous les deux tombés dans les abîmes de l'oubli. Comme quoi le succès...) Le 1er septembre, Bellini, que la pièce avait intéressé au point qu'il avait demandé à Felice Romani d'écrire un livret traitant du même sujet, écrivit à la Pasta pour lui demander d'aller voir ce spectacle afin de bien se pénétrer du personnage de Norma : il avait l'intention non seulement de porter le sujet à l'opéra mais d'en réserver le rôle titre à cette très grande cantatrice. On dit que Giuditta Pasta fut enthousiasmée par le sujet et travailla avec le compositeur sur l'air « Casta Diva » jusqu'à ce qu'elle l'estimât parfait. Après tout, pourquoi pas ?...

Que Bellini ait décidé d'écrire Norma pour la Pasta n'est pas en soi une nouveauté, surtout à l'époque. La plupart de ses ouvrages furent écrits pour des interprètes bien précis, et il était loin d'être le seul compositeur à destiner ses opéras à des chanteurs en vogue. C'est sans doute pour cette raison que ses ouvrages connurent un très grand succès au siècle dernier, appelé « l'âge d'or » de l'opéra. Mais peu à peu, le public s'en détourna et l'art du Bel Canto sombrant dans une sorte « d'âge des ténèbres » jusqu'à sa résurgence grâce à Callas, les œuvres de Bellini ne furent quasiment plus représentées.

Malgré le succès qu'allait par la suite remporter Norma, la première fut, selon les propres mots de Bellini un « fiasco fiaschissimo ». Ce fut le 26 décembre 1831, lors de la soirée d'ouverture de la Scala, que le public découvrit cet ouvrage ; et sa réaction fut loin d'être celle attendue par le compositeur. Alors que son opéra précédent, La Somnambula, avait triomphé dès la première représentation, Norma fut très mal accueillie, sifflée et huée, malgré une brillante distribution qui comprenait outre la Pasta dans le rôle titre, Giula Grisi dans celui d'Adalgisa et Domenico Donizelli dans celui de Pollione. Cette réaction surprenante était-elle due au fait que le public ne la Scala n'avait pas du tout apprécié la musique ?

Nenni. En fait, le fiasco de cette première était dû aux manœuvres sournoises d'une belle milanaise, protectrice d'un autre compositeur bien oublié aujourd'hui, un certain Giovani Pacini, rival mortel de Bellini et qui avait lui aussi écrit un opéra dont l'héroïne était une druidesse. La protectrice en question n'avait donc rien trouvé de mieux que de remplir la salle de la Scala d'une assistance totalement hostile à Bellini puisque les trois quarts du public étaient composés d'amis et de relations de ladite dame ou de gens payés pour, comme on dirait vulgairement, « foutre le bordel ».

Le « fiasco » fut donc de courte durée. Les représentations suivantes furent bien mieux accueillies mais il fallut attendre celles de Bergame, en 1832, pour que le succès fût vraiment complet. La Pasta faisait encore partie de la distribution et ce fut d'ailleurs elle qui créa le rôle à Londres au Haymarket Theater en 1833. La carrière triomphale de Norma pouvait commencer.

Beaucoup de cantatrices ont interprété depuis sa création ce rôle universellement célèbre : les plus grandes furent la Malibran, Lili Lehmann, Claudia Muzo, Rosa Ponselle et bien sûr, celle qui allait remettre au goût du jour le Bel Canto, Maria Callas, dont Norma allait être le rôle fétiche puisque ce fut celui qu'elle interpréta le plus souvent au cours de sa carrière, jusqu'à la désastreuse représentation de 1964 à Paris où elle dut abandonner en cours de spectacle, sa voix ne répondant plus aux exigences du rôle. Elle n'allait plus jamais reparaître en scène et mourir 13 ans plus tard, seule, dans son appartement de Paris. Mais le mythe allait pouvoir se mettre en place...

On a souvent dit, à tort parait-il, que Norma était un « opéra pour chanteuse ». Et de fait, quel n'est pas l'auditeur ou le spectateur qui « n'attend » pas la cantatrice chargée du rôle dans le Casta Diva ou dans le duo Mira  o Norma avec Adalgisa ? Que son air d'entrée soit réussi, et elle est à peu près sûre d'obtenir un beau succès. Ce serait, disent certains critiques, négliger le fait que l'opéra est une réelle œuvre dramatique, qui a survécu grâce à ses propres mérites et qui doit être interprété avec la plus grande sincérité.

Tout à fait d'accord. Mais quand même... N'avez-vous pas parfois l'impression que ça traînassouille un peu, que c'est plus ou moins longuet et qu'on n'est pas très loin de s'ennuyer ?... Moi, si. Je l'avoue, Norma n'est pas mon opéra préféré bien qu'un grand nombre de passages soient absolument superbes. J'ai vu, il y a bien longtemps, la retransmission télévisée, un dimanche après-midi (mais où était donc Drucker ???!!!) (1) de la représentation filmée à Orange avec Montserrat Caballé dans le rôle de Norma et (je crois) Josephine Veasey dans celui d'Adalgisa. Magnifique, certes ; mais j'ai quand même eu plusieurs fois l'outrecuidance de regarder ma montre et de laisser mon attention vagabonder ailleurs que sur les dramatiques problèmes de la pauvre druidesse. Horrible, non ?...

Pour finir cet article sur une note plus optimiste, laissons la parole à deux admirateurs inconditionnels de Norma : d'abord, Lili Lehmann : « Cet opéra qui renferme tant d'amour ne saurait être donné avec légèreté. Il doit être chanté et joué avec fanatisme, exécuté par les choeurs et surtout par l'orchestre avec déférence, dirigé avec autorité, et chaque mesure devrait recevoir l'hommage qui lui est dû. » Bon.

Et puis, plus inattendu, Richard Wagner himself : « N'ayons pas honte d'être transporté par la noblesse et le charme de cette mélodie ; n'ayons pas honte de verser des larmes d'émotion en l'écoutant. Ce n'est pas un crime de croire en cette musique !... Le public est persuadé que je déteste toute l'Ecole Italienne et particulièrement Bellini. Non, non, mille fois non ! Bellini est un des mes compositeurs préférés, parce que sa musique touche infiniment et qu'elle épouse parfaitement le texte ».

Si vous le dites, cher Maître, vous qui fûtes à l'origine de ma passion pour l'opéra...

(1) Au risque de passer pour un vieux con nostalgique, je continue d'affirmer que c'était quand même l'époque où la télé jouait vraiment son rôle de vecteur culturel puisqu'elle osait diffuser à des heures de grande écoute ce genre de spectacle, et je ne parle pas des trois soirs consécutifs où ce qui était la « première chaîne » retransmit, à 20 h 30, les trois actes de Tristan et Isolde  (un acte par soir) enregistrés à Orange avec Birgit Nilsson et Jon Vickers... Ni du fait que le « film » du dimanche soir pouvait parfaitement être, par exemple La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Dreyer... (Pour ne citer que celui-là...)

ARGUMENT : En Gaule, au temps de l'occupation romaine, vers 50 av. JC

Acte I - Le bois sacré des druides. Le grand prêtre Oroveso et les Druides demandent aux dieux d'inciter le peuple à la guerre pour détruire le joug romain. Le proconsul romain, Pollione, confie à son ami Flavius qu'il n'est plus amoureux de la grande prêtresse, Norma, bien qu'elle ait rompu pour lui ses vœux de chasteté et lui ait donné deux fils. Il est éperdument amoureux d'Adalgisa.

Prêtres et prêtresses s'approchent de l'autel et Norma, fille d'Oroveso, gravit les marches. Personne ne soupçonne son intimité avec Pollione. Elle l'aime et cherche à détourner le danger qui le menacerait si la Gaule se soulevait contre les romains. Elle prédit que Rome tombera d'elle-même, à cause de sa propre faiblesse, et que la Gaule ne doit pas entrer en guerre. Puis elle prie la déesse pour que Pollione lui revienne. Adalgisa attend Pollione. Il la rejoint, la supplie de l'accompagner à Rome et elle accepte.

La demeure de Norma. Elle sait que Pollione va l'abandonner mais ignore l'identité de sa rivale. Adalgisa entre et confesse qu'elle a failli à sa parole en tombant amoureuse d'un romain. Norma, songeant qu'elle-même a fait la même chose pour Pollione est prête à la relever de ses vœux quand parait Pollione. Norma comprend que c'est de lui qu'Adalgisa est amoureuse. Mais apprenant la vérité, Adalgisa se détourne de Pollione, refusant de suivre celui qui a trahi la grande prêtresse.

ACTE II - La demeure de Norma.  Désespérée, Norma se tient près du lit où reposent ses enfants. Elle songe un instant à les tuer. Mais elle décide de renoncer à son amant et accepte même l'idée qu'Adalgisa soit heure avec lui, à condition qu'elle serve de mère à ses enfants. Adalgisa refuse de trahir Norma. Elle ira voir Pollione mais seulement pour lui rappeler quels sont ses devoirs.

Des bois autour du temple. Les guerriers gaulois y sont rassemblés. Norma attend le résultat de l'entrevue entre Adalgisa et Pollione. Elle apprend que la jeune fille a échoué et qu'elle est revenue vers le lieu sacré pour finir ses jours comme prêtresse. La colère de Norma est incontrôlable. Elle brandit un bouclier d'airain et invite joyeusement les Gaulois à la guerre.  Mais un bruit venant du temple se mêle au chant des guerriers. Un romain s'est introduit dans l'édifice et a été capturé. Il s'agit de Pollione dont Norma sait qu'il a tenté d'enlever Adalgisa. Le châtiment pour une telle intrusion est la mort. Mais Norma, bouleversée, prend pitié. Espérant encore sauver Pollione, elle soumet une autre victime aux Gaulois déchaînés, une vierge parjure : elle-même. Puis elle avoue tout à son père et confie ses enfants à sa garde. Norma gravit le bûcher, mais Pollione, touché par sa grandeur d'âme, se joint à elle.

VIDEO 1 : Air de Pollione, Acte I, Franco Corelli

VIDEO 2 : L'incontournable air d'entrée de Norma, « Casta Diva », acte I, Maria Callas.

VIDEO 3 : Duo Norma-Adalgisa du second acte



 



 



 

 

 

 

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