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25 avril 2009

Le Triptyque : 3 - Gianni Schicchi

Curieusement, ce n'est pas une œuvre franchement comique qui est à l'origine du troisième volet du Triptyque puisqu'il s'agit de la Divine Comédie de Dante. Le librettiste Giovacchino Forzano va imaginer, à partir de quelques vers du Chant XXX de L'Enfer un scénario dont l'atmosphère n'a plus rien à voir avec celle du Royaume des damnés.

Dans ce chant, Dante, accompagné de Virgile, visite le huitième cercle de l'Enfer, réservé aux falsificateurs et aux faux-monnayeurs ; ils y rencontrent Schicchi qui se retrouve là pour une bonne raison : « Pour gagner la Dame du Troupeau / (il osa) Se déguiser en Buoso Donati / Et faire un testament en forme régulière. »

A cette source, il faut bien évidemment ajouter le Volpone de Ben Jonson, écrit en 1605, dont l'intrigue ressemble fortement à celle de Gianni Schicchi. Ce dernier est d'ailleurs un personnage qui a réellement existé ; ses ruses se sont exercées aux dépens de la famille Donati à laquelle appartenait la femme de Dante. On comprend dès lors pourquoi le poète florentin l'a ainsi précipité dans son enfer, d'autant plus qu'il détestait la classe paysanne à laquelle Donati appartenait.

L'intrigue est relativement simple et le thème est un des plus populaires de la Commedia dell'arte. Des héritiers fort malhonnêtes font appel à plus malhonnête qu'eux pour falsifier un testament et se retrouvent complètement dupés à la fin de la pièce. Rire garanti, succès assuré pour cette comédie qui n'épargne pourtant pas les critiques.

Gianni Schicchi est certainement un des opéras les plus drôles de l'art lyrique (qui manque singulièrement de comédies) mais ce comique s'exerce à plusieurs niveaux et il est d'une formidable diversité : la farce est souvent acide, satirique, voire cynique. L'enchaînement des situations théâtrales se fait à une étourdissante rapidité : on passe en quelques minutes de la comédie macabre à la comédie satirique, au mime, au lyrisme pathétique, amoureux, au pastiche, à la satire sociale... Le tour de force du librettiste et du compositeur est d'avoir conservé, aussi bien en ce qui concerne l'action dramatique que la musique, une parfaite cohésion au sein de cette diversité.

Cet opéra reste une œuvre à part dans la production de Puccini : d'abord parce qu'elle n'a pas de précédent et n'aura pas de descendants ; ensuite parce que si la comédie pointait déjà dans ses œuvres dramatiques les plus sombres, elle n'en était pas moins fort discrète, son rôle se limitant à apporter un répit au spectateur dans la montée du drame -bien que le ton eût changé d'opéra en opéra et que la satire sociale commençât à se montrer dès Tosca avec le rôle du Sacristain. Enfin, parce que plus que dans n'importe quelle autre de ses œuvres, la connivence avec le public est établie en permanence. La comédie est efficace car la psychologie des personnages n'est plus individuelle mais collective. C'est l'analyse du comportement d'une famille, d'un groupe, uni par le même lien : l'argent. Les personnages deviennent alors les archétypes du comportement des êtres humains en collectivité.

ARGUMENT : Florence, 1299. Une chambre à coucher de la maison de Buoso Donati qui vient de mourir. Son corps est allongé sur le lit et toute la famille est agenouillée et se comporte avec la solennité requise, sauf Gherardino, que cette mise en scène ennuie profondément. Une nouvelle se répand : la fortune de Donati reviendrait aux moines. On se tourne vers Simone, le doyen et le plus sage de la famille ; il déclare que si le testament est déjà entre les mains de l'homme de loi, il n'y a plus rien à faire mais que s'il est encore dans la pièce, tout n'est pas perdu.

On cherche fiévreusement le testament. Chacun tour à tour croit l'avoir trouvé. Rinuccio le brandit enfin triomphalement. Avant de le donner, il exige d'être récompensé : qu'on lui accorde la main de Lauretta, la fille de Gianni Schicchi. Rinuccio envoie Gherardino chercher Schicchi et sa fille. On ouvre enfin le testament. Il est adressé à Zita et Simone ; la lecture provoque un mouvement d'horreur. Le bruit qui courait est exact, ce sont les moines qui héritent tout. Qui aurait pensé, dit Zita, qu'ils pleureraient autant à la mort de Buoso ?...

Une même pensée les frappe soudain tous : serait-il possible de... Mais Simone estime ne rien pouvoir faire. Rinuccio suggère que le seul homme capable de les aider est Gianni Schicchi. Gherardino revient, annonce que Schicchi est en route et vante l'esprit rusé et plein de ressources de cet homme, méprisé par la famille à cause de ses origines paysannes.

Arrivent Schicchi et sa fille : le premier, en voyant la triste mine des membres de la famille, demande si le mourant va mieux. On lui explique la situation. Schicchi en déduit qu'ils sont tous déshérités, mot qui déplait fortement à Zita laquelle, furieuse, ordonne à Schicchi de partir, jamais Rinuccio n'épousera la fille d'un « rien du tout ». Réponse tout aussi furieuse de Schicchi qui l'accuse de vouloir sacrifier le bonheur de deux jeunes gens. Rinuccio empêche Schicchi de s'en aller et lui demande de jeter un coup d'œil sur le testament. Réticence de Schicchi qui cède néanmoins aux instances de Lauretta (air fort connu : « O mio babbino caro... »). Après étude du testament, Schicchi déclare qu'on ne peut rien faire et les amants poussent des cris de consternation. Mais à force de relire le testament, une idée pointe dans l'esprit agile de Schicchi : il demande qui, à part la famille présente dans la pièce, connaît la mort de Donati. Personne, lui répond-on. Alors, il y a de l'espoir. Il fait enlever tous les ornements funéraires.

Le médecin arrive. Schicchi se cache derrière les rideaux du lit en contrefaisant la voix de Donati. Lorsque le docteur est parti, Schicchi dévoile son plan : qu'on aille quérir un notaire sous prétexte que Donati a eu une rechute et veut faire son testament. L'idée est jugée excellente et tous réclament une part égale de l'héritage mais négocient à voix basse avec Schicchi pour avoir un plus gros morceau. Il promet à chacun ce qu'il demande et une fois prêt, avant de se coucher, met la famille en garde contre les dangers de son entreprise. La loi prévoit des sanctions très fortes contre ceux qui falsifient les testaments (l'exil, l'amputation de la main droite du coupable et de ses complices). Il s'imagine déjà exilé et sans main droite ; la famille le suit dans son délire et pleure par avance ce qui risque de lui arriver. Mais la mise en scène a quand même lieu, l'amour de l'argent l'emportant sur la crainte.

On fait entrer le notaire et deux témoins. Schicchi répond d'une voix faibleà leurs questions et le nouveau testament est élaboré. Schcchi suggère d'abord des funérailles modestes, ce qui rassure la famille ; puis il fait quelques legs sans importance à tous les membres de la famille, lesquels finissent par réaliser qu'il ne reste plus que les biens de très grande valeur : la villa de Florence, les moulins de Signa... Au milieu des protestations de la famille, il lègue ces derniers biens à son « ami dévoué, Gianni Schicchi. » Quand les membres veulent se révolter, il fait quelques allusions aux sanctions pour les falsificateurs de testament, ce qui calme tout le monde. Mais la famille a compris qu'elle vient de se faire piéger et qu'elle n'y peut rien. Histoire d'embêter encore plus Zita, Schicchi ordonne qu'elle donne à chaque témoin 20 florins et 100 au notaire.

Dès le départ du notaire, les parents de Donati se jettent sur Schicchi, lui arrache sa chemise mais il les frappe avec la canne du mort et les chasse de la maison. Ils essaient de piller la maison avant de partir tandis que Lauretta et Rinuccio chantent leur bonheur futur. Schicchi va récupérer les objets volés puis se tourne vers le public, les bras chargés : « Pouvait-on faire meilleur usage de l'argent de Buoso ?... Si vous avez apprécié cette soirée, vous n'hésiterez pas, j'en suis sûr, à m'accorder les circonstances atténuantes ».

VIDEO 2 : Air « O mio babbino caro » - Angela Gheorghiu

 

 

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