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18 avril 2009

Le Triptyque : 2 - Suor Angelica

Chers lecteurs, s'il y a parmi vous de grands « spécialistes », des vénérés « critiques », des « musicologues avertis », que tous ces braves gens passent leur chemin car l'opéra dont je vais parler n'est pas pour eux. Leurs congénères l'ont maudit depuis belle lurette et il est considéré comme la lie des œuvres lyriques. Adonc, adieu, spécialistes de mon cœur...

D'accord : cet opéra est nunuche ; mélo à souhait ; sirupeux ; niais ; sentimental au-delà du supportable ; raté musicalement ; en un mot : Nul ! Il est tout ce que vous voudrez. Il n'empêche que je l'adore. Je veux bien être taxé de mauvais goût ; après tout, c'est un défaut que je partage avec un bon nombre de gens et que j'assume.  Et je ne suis pas certain que les « spécialistes » en art lyrique ne fassent pas preuve d'un mauvais goût identique dans d'autres domaines (la peinture, leur lieu de vacances, le choix de leur époux/épouse...) Finalement, à chacun ses tares...

Maintenant que ces choses sont dites, venons-en à l'objet de ce billet, à savoir le volet central du Triptyque de Puccini. Pauvre Suor Angelica ! Le moins qu'on puisse dire, c'est que ses malheurs n'ont pas attendri grand monde, et en tout cas, pas le public du Met à la création du Triptyque ni les exégètes de l'œuvre, dont les plus gentils se sont bornés à dire que « seul le final était raté ». Quant au public américain, sa froideur s'explique, d'après le critique du Musical Courrier au lendemain de la première par le fait que « la passion chez une religieuse n'est pas une chose que le public aime voir ». Pourtant, en soi, le sujet n'était pas inintéressant et en tout cas, le cadre de l'opéra était assez original.

Suor Angelica, c'est l'histoire d'un enfermement, celui d'une jeune fille de la noblesse ayant eu un enfant lors d'une liaison illégitime ; ayant déshonoré son nom et sa famille, elle est cloîtrée de force au couvent afin d'éviter le scandale. La religion n'est nullement au centre de l'ouvrage (alors que ce sera le cas dans les Dialogues des Carmélites de Poulenc, opéra qui a aussi pour cadre un couvent) ; cependant, ce couvent à l'intérieur duquel évoluent les personnages de Suor Angelica est l'endroit rêvé pour se faire s'affronter l'humain et le divin, le Bien et le Mal, le Paradis et l'Enfer : la prière est le seul mode de communication, la mixité n'existe pas et la notion même de désir est volontairement refoulée. Angelica est particulièrement isolée, car en sept ans, elle n'a reçu aucune lettre et aucune visite de sa famille. Cet opéra, c'est en fait le drame de la solitude. Dans une société aussi fermée où les morts sont honorés mais où l'on se désintéresse volontairement du passé des autres, Angelica est encore plus seule que ses sœurs : peu d'échange avec ses compagnes, aucune communication avec sa tante. Ce n'est qu'à la fin de l'œuvre qu'elle sera entendue et pas par ses semblables.

La sensation d'oppression est de même intensité que dans Il Tabarro mais vient évidemment de sources différentes. Ce qui attira Puccini dans la pièce que lui présenta son librettiste Giovacchino Forzano, ce sont les liens psychologiques unissant les personnages. Avant tout, cette œuvre est certes un opéra de femmes, mais surtout de mères. D'abord, parce qu'il est placé du début à la fin sous le signe de la Vierge Marie ; ensuite parce qu'il oppose une vraie mère (Angelica) et une femme sans enfant mais mère adoptive (La Princesse, qui a recueilli ses  neveux et nièces à la mort de leurs parents).Les rapports entre les deux femmes sont assez fascinants : Il est aisé de voir la Princesse comme un double négatif et malfaisant d'Angelica ; la première est vêtue de noir, vit dans le luxe, méprise sa nièce et se montre d'une impardonnable cruauté ; la seconde est vêtue de blanc, a fait vœu de pauvreté, et n'exprime que compassion pour autrui. L'une ne laisse aucune place à l'émotion, est figée dans une stérile et froide « dignité » aristocratique, l'autre au contraire exprime sans honte et sans contrainte ses désirs et ses passions, allant même jusqu'à la révolte (« Sœur de ma mère, vous êtes inexorable ! ») et jusqu'au péché en menaçant sa tante de la damnation (« Un seul instant de ce silence encore et vous allez vous damner pour l'éternité ! »).

Si l'intrigue est tragique et oppressante, la musique, elle ne l'est jamais ; pas un seul instant la partition ne donne dans la lourdeur. Presque pas de tutti assourdissant et quand l'orchestre s'enfle, c'est toujours pianissimo, voire quadruple piano d'où l'impression de légèreté et de fluidité.

Enfin, l'originalité de l'opéra tient dans le fait qu'il n'y a pas une seule voix masculine dans l'ouvrage. Suor Angelica est la seule œuvre de Puccini à avoir été écrite uniquement pour les femmes. Quinze chanteuses au total sont requises, dont six personnages secondaires, et deux personnages principaux : Angelica et la Princesse. Il faut ajouter en outre un chœur important en coulisses.

ARGUMENT : Un couvent italien, fin du 17ème siècle.  C'est la prière du soir dans le couvent. Deux sœurs ayant manqué l'office, la sœur Zélatrice les réprimande puis permet aux religieuses de prendre une récréation. Sœur Genovieffa attire l'attention de ses sœurs sur un rayon de soleil qui éclaire d'une  lumière d'or la fontaine du couvent : trois fois par an, ce qu'elles appellent « le signe de la Vierge » se produit et leur rappelle ainsi le passage du temps et les sœurs disparues dans l'année. Angelica chante que « la mort est le plus beau temps de la vie », que les désirs sont les fleurs des vivants et qu'ils ne fleurissent pas au royaume des morts. Bien que les désirs soient interdits aux sœurs, toutes en ont un, innocent et pur comme celui de Genovieffa, péché de gourmandise pour Sœur Dolcina ; seule sœur Angelica prétend qu'elle n'en a aucun mais ses compagnes savent qu'elle ment. Elle attend ardemment des nouvelles de sa famille qui fait partie de la haute aristocratie ; depuis sept ans qu'elle est au couvent, elle n'a jamais reçu de lettre ou de visite. Ses compagnes cependant louent son dévouement ainsi que sa connaissance des plantes qui fait d'elle une infirmière réputée.

Deux sœurs quêteuses entrent, accompagnées d'un âne. Elles remettent les aumônes reçues à la sœur économe ; une sœur annonce qu'une visite va avoir lieu. Un somptueux carrosse s'est arrêté devant la porte. La nouvelle émeut Angelica qui a reconnu les armoiries ainsi que la voiture. L'abbesse s'adresse à elle et confirme que la visite est bien pour elle : il s'agit de sa tante la Princesse.

Cette dernière entre : Angelica va à sa rencontre ; la vieille dame tend sa main gauche, signe qu'elle n'accorde que le baisemain, geste de soumission. La Princesse n'est venue que pour demander à sa nièce de renoncer à son héritage. La jeune sœur d'Angelica va se marier, et la Princesse a décidé de faire le partage entre les enfants de sa sœur, qu'elle a élevés après la mort de leurs parents. Angelica essaie d'obtenir un peu de compassion de la part de sa tante mais la Princesse la repousse impitoyablement : elle a déshonoré la famille en donnant le jour à un enfant conçu illégitimement. Elle doit expier son péché. Angelica implore sa tante de lui donner des nouvelles de son fils. Avec une froide cruauté, la Princesse répond que l'enfant est tombé gravement malade et qu'il n'a pas pu être sauvé. Désespoir d'Angelica qui s'effondre ; impassible, la Princesse lui tend la lettre de renonciation à l'héritage afin qu'elle la signe, ce qu'elle fait. La Princesse sort sans un mot et sans un regard.

Restée seule, Angelica prie pour son enfant puis décide de mettre fin à ses jours : elle veut ainsi rejoindre son fils au ciel. Elle prépare un breuvage empoisonné, adresse un adieu à ses sœurs, puis boit la mixture. Elle réalise soudain avec terreur qu'elle vient de commettre un acte très grave, qu'elle s'est mise en état de péché mortel en se suicidant. Elle implore la Vierge de lui donner un signe de grâce. C'est alors le miracle : l'église s'emplit de lumière, la Vierge apparaît, tenant par la main l'enfant qui s'approche lentement de la religieuse mourante.

VIDEO 1 : L'entrevue entre Angelica et la Princesse : Diana Soviero (Angelica) - Victoria Vergara (La Princesse) - Madrid

VIDEO 2 : Final de l'opéra : Diana Soviero est Angelica. (Madrid)

 

 

Commentaires

bien dit ! je fais partie des fans du triptique, de puccini et des operas veristes en general, et je n'ai jalmais compris pourquoi ces operas sont detestés par les soit disant musiclogue... recemment encore "andrea chenier" a été conspué a l'opera bastille alors qe c'est un des plus gros succes public que bastille ait eu ces derieres années !

Écrit par : david | 25 janvier 2010

David : le public et les critiques (ou spécialistes) ont rarement été d'accord sur le succès de telle ou telle oeuvre... Mais en définitive, c'est quand même le premier qui a le dernier mot et c'est peut-être cela le plus important. Merci pour votre commentaire. Quantà "Andrea Chénier", le prochain billet lyrique sur le blog lui sera consacré...

Écrit par : Porky | 25 janvier 2010

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