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09 avril 2009

La Wally

La Wally... Qui, aujourd'hui, connaît l'intégralité de cet opéra ? Quelle scène internationale va s'aviser d'en monter une production ? De la création triomphale du 20 janvier 1892 à 2009, s'est étendue sur cette œuvre un désert d'oubli. Et pourtant, sans Diva, le film de Beneix, le grand public connaîtrait-il l'air le plus célèbre de l'œuvre « Ebben... Nè andro lontana... » ? Porté par le succès du film (timide au début), par l'interprétation de Wilhelmenia Wiggins-Fernandez, l'air a quitté le cercle des initiés pour faire son entrée dans les « tubes » de l'année 1981. Mais cet air seulement. Le reste...

Opéra atypique, La Wally l'est, assurément : pas par son livret, dont l'intérêt dramatique n'a rien d'exceptionnel mais par les influences musicales qu'on découvre tout au long de la partition. Le cosmopolitisme d'Alfredo Catalani, le compositeur, apparaît clairement dans cette œuvre, la plus connue de tous ses opéras, quasiment oubliée de nos jours. L'influence wagnérienne, évidente, ne doit pas faire oublier les autres : le grand opéra français, Weber, le vérisme...  Il en résulte une musique certes composite, mais dont l'intérêt se trouve justement dans ces éclairages changeants qui se renouvellent constamment.

Le livret, quant à lui, est inspiré d'un roman écrit par une obscure romancière bavaroise, Wilhelmine von Hillern, Die Geyer-Wally (1875). C'est le futur librettiste de Puccini, et des autres compositeurs véristes, Luigi Illica, qui en tirera le livret de l'opéra.

Partagé entre un romantisme germanique et une fibre italienne soumise aux influences de son époque, Catalani trouva dans cet opéra le moyen de réunir ces deux éléments fortement opposés, d'où l'éclectisme de la partition. L'héroïne, dont les pulsions suicidaires n'échapperont à personne, est attirée inexorablement par les neiges éternelles ; à la fois innocente et perverse, tout feu tout flamme et plus froide que la glace, elle représente parfaitement ces personnages qui appartiennent au romantisme décadent de la fin du 19ème siècle. Si l'intrigue n'a rien de renversant, les caractères des personnages, eux, sont très forts : Wally est une femme passionnée, violente, presque sauvage ; elle est décidée à posséder son amant vivant ou mort. Mais ce qui pourrait faire d'elle une espèce de sorcière mâtinée de mégère est sublimé par la neige. Cette « fille candide de dieu » métamorphose la jeune fille en edelweiss et c'est dans la dimension symbolique que l'œuvre trouvera toute sa cohérence. La montagne, la neige, la morsure brûlante du froid sont bien plus ici qu'un décor. Eux-mêmes deviennent personnages à travers cette fable tragique qui transforme un chasseur d'ours machiste et très lourdingue, un père autoritaire et pour le moins borné et une jeune fille vindicative en héros de légende. Si on est très loin du soleil incandescent du vérisme et de ses coups de couteau, (voir Cavalleria, Paillasse) la neige est, dans La Wally, tout aussi brûlante et fatale.

Le musicien n'est cependant pas à l'abri des influences de la mode qui sévit à l'époque et qui exige une dramatisation à l'excès des livrets d'opéra. Ainsi, la version originelle présentait une fin assez allusive où l'héroïne disparaissait dans le brouillard d'une tempête de neige. Par la suite, ce final sera modifié : Catalani et Illica avaient pensé un instant revenir à la fin heureuse que l'auteur du roman avait imaginée ; mais le résultat n'était guère satisfaisant. Aussi à la tempête de neige substituèrent-ils le final tragique qu'on connaît aujourd'hui, le héros emporté par une avalanche et le suicide de l'héroïne se jetant dans le vide du précipice, après une invocation à la neige purificatrice. « Wally choisit sa mort, transforme son expiation en acte d'amour et s'immole sur l'autel de la passionL'effet est garanti.» Cette fin, poursuit Jean Caubourg, évoque un autre suicide, qui viendra après, celui de Floria Tosca se précipitant du haut du château Saint-Ange. Mais ceci est une autre histoire...

ARGUMENT : Au Tyrol, en 1800. Acte I -  Le village de Hochstoff - Le vieux Stromminger, riche propriétaire de Hochstoff, célèbre son soixante-dixième anniversaire. Au tir à la cible, Gellner fait mouche. Alors que le vieux se moque de son ennemi, Hagenbach, et de ceux du village rival, Sölden, Walter arrive et chante une chanson écrite, dit-il, par Wally, la fille de Stromminger. Hagenbach et ses amis entrent, triomphants ; le jeune homme brandit la peau de l'ours qu'il vient de tuer. Stromminger raille son adresse puis insulte son père ; Hagenbach répond à la provocation en attaquant le vieillard. Wally se précipite pour protéger son père puis reconnaît en Hagenbach qui, lui, ne la connaît pas le jeune homme dont elle est secrètement éprise. Gellner, qui aime Wally, révèle à Stromminger que sa fille est tombée amoureuse de son ennemi. Le père décide que sa fille épousera Gellner avant la fin du mois. Si elle n'obéit pas, il la jettera dehors. C'est ici que prend place l'air le plus connu de la partition, absolument magnifique (comme beaucoup d'autres passages, d'ailleurs) « Ebben... Nè andro lontana... » dans lequel Wally exprime sa résolution de partir afin de rejoindre les neiges éternelles. C'est d'ailleurs ce qu'elle fait, abandonnant maison, père, et futur mari.

ACTE II - Sölden,  auberge de l'Aigle, un an après. Afra, la tenancière, est fiancée à Hagenbach. Stromminger est mort et Wally a hérité de sa fortune. Gellner, autrefois gai et insouciant, est devenu taciturne. Wally se rend à la fête pour voir son bien-aimé Hagenbach, qui ignore toujours qu'il l'est. On le met au défit de voler un baiser à Wally, mais Alfa le supplie de ne pas jouer avec l'amour. Malgré cela, il relève le défi. Wally, cependant, refuse le jeu des baisers. Elle n'a pas revu Gellner depuis qu'elle a dû abandonner son foyer à cause de lui, et lui propose de l'argent en échange de son départ. Il proteste car il est toujours amoureux d'elle ; de toutes façons, ajoute-t-il, inutile qu'elle continue de penser à Hagenbach parce qu'il est fiancé à Afra. Fureur de Wally qui couvre Afra d'injures. Hagenbach danse avec Wally et se laissant gagner par la passion de la jeune femme, l'embrasse. Les parieurs s'écrient que Hagenbach a gagné son pari et qu'Afra est vengée. Restée seule, dévorant sa colère, Wally demande à Gellner s'il veut toujours d'elle. Sur sa réponse positive, elle lui demande de tuer Hagenbach.

ACTE III -  A Hochstoff, le soir même. Wally rentre du bal de Sölden et se retire dans sa chambre, non sans avoir entendu que Hagenbach était parti pour Hochstoff avec une mission secrète. Elle pleure sur son amour brisé ; puis se sentant capable de pardonner, elle se demande si elle ne devrait pas empêcher Gellner d'obéir à son ordre. Mais ce dernier vient lui apprendre qu'il a poussé Hagenbach dans le ravin. Wally, horrifiée, entraîne Gellner dehors. Elle promet à Afra de ne pas s'opposer à son mariage si l'on réussit à sauver Hagenbach. Elle descend dans l'abîme avec une corde pour essayer de le secourir. On le ramène inconscient, mais vivant. Wally le laisse entre les bras de sa fiancée.

ACTE IV - Dans la montagne, à Noël.  Epuisée et désespérée, Wally contemple le glacier qui s'étend près de sa maison. Walter vient lui dire qu'elle est menacée par les avalanches, nombreuses à cette époque de l'année. Elle lui demande de chanter pour elle le chant de l'edelweiss entendu au premier acte. Alors qu'elle se prépare à mourir, arrive Hagenbach. Il lui demande de lui pardonner le mauvais tour qu'il lui a joué au bal de Sölden et lui avoue qu'il l'a en fait toujours aimée. Wally confesse le crime que Gellner a été obligé d'accomplir sur son ordre. Hagenbach veut tout oublier et l'invite à vivre avec lui un bonheur idyllique. Le ciel s'obscurcit, le brouillard se lève. Hagenbach sort pour reconnaître le sentier qui descend au village. Il s'égare dans les ténèbres puis est brutalement englouti par une avalanche. Wally l'appelle en vain. Elle ouvre les bras et se précipite dans le flot de l'avalanche.

VIDEO 1 : Ne boudons pas notre plaisir : l'air de la fin de l'acte I « Nè, andro lontana... »  Maria Callas.

VIDEO 2 : Air de l'acte III : Renata Tebaldi.

 


 

 

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