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10 mars 2009

La dame orgueilleuse

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Une Pragoise tenait un commerce de volailles : elle en achetait aux villageoises pour en revendre en ville.

Une fois elle acheta des poules à une femme de Jilové, bourgade au sud de Prague. Comme elle avait envie de manger une poule à déjeu­ner, elle en tua une et se mit à la vider. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle trouva dans l'estomac du sable d'or. Vite elle tua toutes les autres poules : toutes recelaient de l'or dans l'estomac. La marchande comprit de quoi il retournait : Jilové avait été célèbre jadis pour ses gisements d'or. Nul doute, les poules avaient picoré des graines d'or sur d'anciens puits de mine. La commerçante convint avec la paysanne de Jilové qu'elle ne vendrait ses poules et ses poulets qu'à elle. Et elle fit de gros profits.

Elle s'acheta une grande maison et fit bâtir en ville des échoppes pour les commerçants et les artisans - les fameux «Kotce», lieu de négoce qui existe depuis des siècles. Elle acheta ensuite un grand domaine et un château. Elle se déplaçait en calèche et méprisait les pauvres...

Une fois qu'elle se promenait à pied sur le pont Charles, elle vit vers le milieu un mendiant assis sur le sol, qui lui demanda de l'aumône. Elle détourna son regard, mais le mendiant lui dit : « Je vous souhaite, Madame, de n'être pas obligée un jour à men­dier comme moi. »

La dame tourna vers le mendiant un visage plein de dédain, ôta un gant, enleva de son doigt une bague précieuse et la jeta dans la rivière. Avec un éclat de rire, elle jeta au mendiant un regard de victoire : « Aussi bien que je ne reverrai jamais cette bague, tes paroles ne se réaliseront jamais ! »

Le lendemain, la dame donnait un festin dans sa maison. Soudain on l'appela dans la cuisine : quelque chose d'extraordinaire venait de se passer. Elle se hâta vers la cuisine. Le cuisinier était penché sur un gros brochet. Lorsqu'elle s'approcha, il lui tendit une bague d'or qu'il avait trouvée à l'intérieur du poisson, et dit : « Madame, quelle chance est la vôtre ! Même les poissons vous apportent des trésors. »

La dame frémit. C'était cette même bague qu'elle avait jetée la veille dans la Vl­tava. « Qu'est-ce qui m'attend ? » se dit-elle. Quelque malheur, sans doute...

C'est ce qui arriva. A partir de ce moment, elle éprouva malheur sur malheur. Son château fut détruit par un incendie. Des voleurs pénétrèrent dans sa maison et emportèrent tout ce qu'ils pouvaient. Le marchand avec qui elle s'était associée la trompa. Elle tomba malade et, ne pouvant plus s'occuper de ses affaires, son commerce périclita...

« Aurait-il eu raison, ce mendiant sur le pont ? » se disait-elle.

Elle dut vendre, l'un après l'autre, les objets qui lui étaient chers, et à chaque fois elle pensait au mendiant. A présent elle aurait rem­pli son chapeau d'écus d'or, si seulement il pouvait retirer ses pa­roles... La dernière chose qui lui restait, c'était cette bague qui lui était revenue dans l'estomac du brochet. Il fallait bien qu'elle s'en défasse aussi. Mais c'était cette fois sans orgueil qu'elle s'en séparait en la proposant tristement à un orfèvre qui ne se doutait point du rôle que ce bijou avait joué dans sa vie.

Il ne lui resta rien. Elle traversait à pied la ville dans laquelle elle avait jadis roulé carrosse.

Que faire ? De nouveau, l'image du vieux mendiant lui revint en mémoire... Elle alla le retrouver sur le pont. Mais à l'endroit où il avait l'habitude de s'asseoir, il n'y avait personne.

Elle hésita. Puis elle s'assit au même endroit. Elle promena autour d'elle un regard timide. Elle tendit la paume en un geste suppliant. Les gens passaient sans lui prêter attention. Enfin quelqu'un, frappé de pitié, fit tomber une pièce dans la main tendue.

Et la dame orgueilleuse, toute reconnaissante, serra cette monnaie entre des doigts qui avaient jadis été richement ornés de bagues précieuses.

 

Ecrit par Jan M. Dolan et traduit par Eva Janovkova.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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