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23 décembre 2008

Hänsel et Gretel

« Encore un conte ! » direz-vous en voyant le titre. Certes. Mais ô combien différent de Barbe-Bleue…

Assez peu représenté en France, cet opéra d’Engelbert Humperdinck, qui triomphe en Allemagne à chaque Noël, me semble être particulièrement adapté à cette période de fête. Conte de fée dans la plus pure tradition dont l’histoire originale est due aux frères Grimm, il ouvre grand les portes d’un univers onirique et merveilleux qui nous change singulièrement de celui dans lequel nous vivons, et qui s’apparenterait plutôt au cauchemar.

Quant à la musique, tantôt joyeuse, tantôt burlesque, tantôt empreinte d’un superbe lyrisme, elle ne tombe jamais dans la facilité ou la mièvrerie, pièges que l’on pourrait redouter quand il s’agit de s’adresser à un public enfantin. Elle unit la simplicité des chants populaires allemands (pastichés et non reproduits tels quels) à une certaine sophistication héritée de Richard Wagner, le grand maître de Humperdinck. L’orchestration ressemble parfois à celle de Parsifal et on retrouve dans la partition l’utilisation du leitmotiv si cher à Wagner. Quant aux cris poussés par la sorcière au troisième acte, ils font penser à une caricature de la Chevauchée des Walkyries. Depuis sa création le 23 décembre 1893 à Weimar, sous la direction de Richard Strauss soi-même, alors tout jeune compositeur, cette œuvre a acquis une popularité sans précédent dans les pays germaniques.

A l’origine de l’opéra, il y a donc le conte des frères Grimm. Mais ce ne sont apparemment pas les « inventeurs » de l’histoire. Cette dernière semble avoir pris naissance dans les régions de la Baltique médiévale et les frères Grimm lui ont donné la version définitive que nous connaissons actuellement. Quant à l’opéra, la genèse de sa composition est assez intéressante.

Humperdinck avait une sœur cadette qui, en 1880, écrivit quelques vers tirés du conte de Grimm Hänsel et Gretel. Voulant offrir à son mari pour son anniversaire un petit spectacle musical, elle demanda à son frère aîné de composer une musique pour ces « quelques vers ». Il accepta et le résultat fut si convaincant que la jeune femme décida de développer son idée et d’écrire un livret d’opéra entier pour son frère sur le même thème. Hélas, le projet ne séduisit guère le compositeur qui craignait que le public, alors soumis au diktat du « vérisme » (représentation violente et excessive du réel) qui triomphait sur les scènes lyriques ne boudât son œuvre. Mais sa sœur sut se montrer convaincante, et Humperdinck finalement se mit au travail. Il fallut trois ans pour achever l’opéra.

La création fut un triomphe. Parmi les admirateurs les plus enthousiastes, citons Gustav Mahler. Créée à Vienne en 1894, l’œuvre conquit immédiatement le public autrichien. La critique fut nettement moins dithyrambique : elle reprochait à l’opéra sa sophistication wagnérienne et son côté trop « savant ». Mais comme chacun sait, les critiques proposent et le public dispose…

Avant de présenter l’argument de l’opéra, j’aimerais m’arrêter sur une des interprétations de l’œuvre que nous offre une discographie assez nourrie. J’ai écouté plusieurs versions de l’opéra et celle qui me semble la plus extraordinaire est celle réalisée en 1953 par Karajan avec les « deux Elisabeth » : Elisabeth Grümmer (Hänsel) et Elisabeth Schwarzkopf (Gretel). Elle existe en CD. Pour vous en parler, je préfère laisser la parole à un autre internaute, Julien Mosa, dont je retranscris ici les louanges de cet enregistrement.

« L'enregistrement réalisé les premiers jours de l'été 1953 par Herbert von Karajan à la tête de l'excellentissime Orchestre Philarmonia (de Londres) et des solistes de prestige tient du miracle. C'est un jalon des plus importants dans toute l'histoire du disque, tous styles confondus, des premières gravures au début des années 1900 jusqu'aux ultimes gravures réalisées avec les techniques les plus modernes. Les solistes vocaux sont, chacun dans leur style, exceptionnels. La soprano Elisabeth Grümmer, dans le rôle d'Hänsel, possède une voix plus opératique et un rien plus profonde que sa consoeur Elisabeth Schwarzkopf, ce qui apporte au personnage d'Hänsel une dimension plus mature qua sa soeur Grëtel, chantée donc par la soprano Elisabeth Schwarzkopf. Cette dernière adopte une voix plus légère (mais très puissante aussi). Elisabeth Schwarzkopf possède un sens théâtral plus prononcé qu'Elisabeth Grümmer ; de par ses talents de comédienne, elle humorise le personnage de Gretel, sans pour autant tomber dans une absurde caricature. La psychologie des deux bambins, leurs joie, peine, peur et douceur sont très bien rendus par les deux divas allemandes, qui se complètent donc à merveille par leurs différents talents. La première scène du premier acte de l'opéra est d'une espièglerie, d'une tendresse infinis, tout comme la fin du second acte avec les quatorze anges : c'est un rêve les yeux ouverts, ce n'est pas explicable : il faut le ressentir pour éprouver une émotion d'une puissance infinie. Merci du fond du cœur, mesdames Grümmer et Schwarzkopf ! Ilona von Ilovsay campe, grâce à sa voix de mezzo-soprano clair et colorée, une mère très sévère, très autoritaire, mais d'une grande humanité et tellement bonne dans le fond ! Josef Metternich, grand wagnérien devant l'éternel (il chanta et enregistra durant sa carrière près des trois-quarts des grands rôles de baryton des opéras de Richard Wagner), incarne, grâce à sa voix de baryton très bien posée et très profonde un père d'une autorité souveraine, respecté par son épouse Gertrud, et d'une grande tendresse envers ses enfants. Le côté alcoolique de son personnage n'est "heureusement" pas trop valorisé ; son air du premier acte (début de la troisième scène) "Ral la la la..." est d'anthologie, c'est tout simplement d-i-v-i-n. Dans la dernière scène du dernier acte, là encore il apparaît dominant et souverain. Dans l'écriture très proche de celle de Richard Wagner proposée par Engelbert Humperdinck, Josef Metternich trouve dans le rôle du père un rôle taillé sur mesure pour lui. Else Schürhoff incarne une sorcière très crédible, ses intonations à la frontière de la caricature, siéent pour le coup à merveille à son personnage : elle déclame son texte plus qu'elle ne le chante à proprement parlé. Sa voix d'alto ajoute au personnage de la sorcière un soupçon de méchanceté et de matoiserie complémentaires. Dans ses deux courts rôles du marchand de sable et de la fée rosée, la soprano Anny Felbermayer est angélique, d'une pureté tellement émouvante !! Sa voix de soprano haut perchée ainsi que sa douceur de chant sont apaisants au possible ; dans cet univers merveilleux enfantin, c'est tout à fait dans le ton de l'oeuvre. Les choeurs d'enfants londoniens qui n'apparaissent qu'à la fin de l'opéra tiennent biens leurs rôles, mais leurs trop courtes interventions ne permettent pas de se faire une idée précise de leur talent ; malgré cela, leur niveau semble très élevé. L'Orchestre Philharmonia est somptueux de couleur, d'ivresse sonore et de précision rythmique (malgré des tempi assez lents adoptés par maestro Karajan ; dès l’ouverture" de l'opéra, le ton est donné). Herbert von Karajan est le véritable maître d'oeuvre de ce conte, qu'il exalte. Ses expériences des plus grands opéras wagnériens qu'il dirigea à Bayreuth deux ans avant cette gravure lui permettent de structurer au mieux chaque plan sonore et chaque scène de l'opéra "Hänsel et Gretel". La prise de son "mono", qui accuse souvent son temps, paraît ça et là être en véritable "stéréophonie" ; de plus, le remastering en compact-disc est fort bien réalisé. Par exemple, le "rêve pantomime" orchestral de la fin du second acte est tout simplement magique, jubilatoire, comme "hors du temps" : près de six minutes de rêve, comme les cent huit minutes de l'oeuvre entière. Un coffret non pas indispensable, mais "obligatoire" ; chaque mélomane se doit de posséder ce bijou inestimable, qui s'écoute une fois, puis se réécoute avec un plaisir renouvelé et accru à chaque fois. Cette interprétation immortalise également une époque où les chanteurs n'étaient pas des machines "à fric", mais des anges gardiens des âmes et des coeurs... »

ARGUMENT : Acte I – La hutte de Peter, fabricant de balais. Gretel, la petite fille de Peter et de sa femme Gertrud, tricote. Pendant ce temps, son frère, Hänsel, attache des balais. Les enfants se disputent, se réconcilient, délaissent leur travail, s’amusent jusqu’à ce leur mère entre. Elle leur reproche leur paresse et renverse une cruche de lait en essayant de les gifler. Le souper ayant ainsi disparu, elle les envoie chercher des fraises dans les bois. Puis, après avoir maudit leur pauvreté, elle s’endort. Arrive le mari, ivre comme d’habitude, annoncé par un chant joyeux. Il apporte des saucisses, du pain et du beurre, du café, bref, de quoi faire un festin. Ne voyant pas les enfants au logis, il demande où ils sont et est horrifié d’apprendre qu’ils sont dans les bois car une méchante fée habite dans la forêt et attire à elle les enfants pour les faire cuire dans un four avant de les dévorer. Les parents se précipitent dehors, à la recherche de Hänsel et Gretel.

Acte II – Dans la forêt.  Hänsel a rempli son panier de fraises des bois et Gretl, pendant ce temps, a tressé une guirlande avec des fleurs. Son frère l’en couronne en riant puis tous deux mangent les fraises. Mais la nuit tombe et ils ne parviennent pas à retrouver leur chemin. Gretel pleure, Hänsel tente de la consoler. Le marchand de sable passe et ils ont à peine le temps de dire leur prière avant de s’écrouler, endormis. Quatorze anges gardiens descendent du ciel pour les protéger.

Acte III – Dans la forêt.  Le matin, la fée Rosée éveille les deux enfants. Ils remarquent alors une petite maison de sucre et de pain d’épice. Ils commencent à en manger quelques morceaux lorsque une voix pousse un cri à l’intérieur et la sorcière apparaît sur le seuil de la maison. Elle lance une corde autour du cou de Hänsel et ordonne aux enfants d’entrer. Ils tentent de s’enfuir mais elle les immobilise en leur jetant un sort. Puis, elle enferme Hänsel dans le chenil et force Gretel à entrer dans la cuisine. Croyant Hänsel endormi, elle s’occupe de son four puis sort pour faire quelques cercles autour de la maison avec son balai. Redescendue, elle ordonne à Hänsel de lui montrer son doigt. Mais le jeune garçon passe à travers les barreaux un bâton et, le tâtant, elle le trouve trop maigre. Gretel, profitant d’un moment d’inattention de la sorcière, s’empare du rameau de genévrier avec lequel la sorcière lance ses sorts et prononce les paroles magiques qui libèrent son frère du sort précédemment jeté sur lui. La sorcière ordonne ensuite à Gretel d’entrer dans le four pour voir si les pains d’épice sont cuits. Mais feignant la stupidité, Gretel oblige la sorcière à lui montrer ce qu’il faut faire : les deux enfants la poussent dans le four dont ils claquent la porte. Le four tombe en morceaux et à sa place, apparaît une rangée de garçons et de filles, debout contre le mur de la maison, immobiles. Gretel brise le sortilège qui les maintient prisonniers comme elle l’avait fait pour Hänsel. Les parents arrivent, on tire la sorcière du four : elle est devenue un énorme pain d’épice.

VIDEO 1 –  Acte II – Le marchand de sable et la prière du soir.

VIDEO 2  - Acte III – La sorcière

VIEDEO 3 - Final

 

 

 

 

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