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22 décembre 2008

La vengeance du Pied Fourchu : 41

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Missia voulut se retourner, doutant d’avoir reconnu la voix. Mais il lui était impossible de bouger. « Qui est là ? Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle, consciente aussitôt que ces deux questions étaient stupides. Comme si elle ignorait à qui elle avait affaire ! Ce qui toutefois la tourmentait, c’était l’identité exacte de celui qui venait de parler.  La voix appartenait à quelqu’un que le faux Martin avait présenté comme un allié ; mais les paroles elles-mêmes révélaient que c’était son pire ennemi qui se tenait derrière elle. Elle fit un nouvel effort pour tourner la tête ; cette fois, sa persévérance fut récompensée. Mais ce qu’elle vit lui arracha un gémissement d’épouvante. Non loin d’elle, appuyé contre le rocher, Louis la contemplait avec, sur les lèvres, un sourire dont l’ironie et la méchanceté la firent frémir. Il était vêtu exactement comme la première fois qu’elle l’avait vu à la foire. Et près de lui, Sigrid agitait nonchalamment sa petite ombrelle, tandis qu’un souffle d’air, venu de nulle part, faisait bouger les rubans rouges de sa robe. « Elle nous a donné beaucoup de fil à retordre, murmura la jeune femme en désignant Missia de son ombrelle. Mais nous sommes quand même parvenus à nos fins. Dans quelques instants, elle et Arnaud seront des nôtres, et la vengeance sera accomplie. » « La première partie de la vengeance, rectifia Louis. Il nous faudra ensuite recommencer à envahir le village. Mais ce sera plus facile, avec eux comme complices. Les doubles n’étaient pas suffisamment résistants. Eux le seront bien davantage… »

 

Missia ouvrit la bouche pour les insulter mais aucun son ne sortit de sa gorge. Elle ne pouvait plus parler. Elle ne pouvait que les regarder et penser que son instinct ne l’avait pas trompée ; elle avait pressenti qu’il fallait se méfier d’eux, qu’ils étaient des séides du Pied Fourchu, comme le faux Martin, comme tous les doubles maléfiques... Elle se pencha sur Arnaud, le secoua de toutes ses forces. « Inutile, dit Louis. Il est évanoui et il ne se réveillera que si je l’y autorise.  Il ne se verra pas se transformer, et c’est bien dommage. Mais toi… » La haine qui vibrait dans la voix du jeune homme porta la terreur de Missia à son comble.  Elle tenta de se relever mais son mouvement fut stoppé avant même qu’elle eut pu se mettre à genoux. Figée, privée de parole, elle ne pouvait qu’entendre les ricanements de Louis et le rire moqueur de Sigrid, et contempler sa propre défaite. « Ne perdons plus de temps, dit Sigrid. Il faut réciter l’ultime incantation. » « Je n’ai pas besoin de toi pour cela, répliqua Louis. Va, tu ne m’es plus utile. » Un geste de la main et la jeune femme disparut dans les ténèbres. « Ce qui me donne le plus de plaisir, vois-tu, reprit Louis, ce n’est pas tant de pouvoir enfin te compter très bientôt au nombre de  mes créatures ; c’est de voir ton désespoir, de savoir que je t’aurai trompée jusqu’au bout et que tu ne connaîtras jamais la vérité, ou bien trop tard, quand elle te sera devenue indifférente… »

 

« Une fois de plus, tu parles trop. Cela t’a toujours conduit à ta perte. Ne retiens-tu donc aucune leçon ? » Deux rayons rouges jaillirent de l’obscurité et vinrent frapper Louis en pleine poitrine. Il recula sous le choc et la force des rayons était telle qu’elle le plaqua contre la paroi rocheuse. Stupéfaite, Missia essayait désespérément de voir à qui appartenait cette autre voix, exactement semblable à la première. Mais elle ne voyait que l’incandescence rouge dont la luminosité augmentait de seconde en seconde jusqu’à devenir si éblouissante qu’elle dut fermer les yeux. « Ne regarde pas, Missia, ordonna la seconde voix, sinon les ténèbres s’abattront sur toi jusqu’au dernier souffle de ta vie. » Ce qui se passa alors, la jeune fille ne le sut jamais. Le dernier combat des deux forces eut lieu dans le silence le plus total et elle ne comprit qu’il ne s’était achevé que lorsque s’éleva un hurlement d’agonie, un cri si abominable qu’elle faillit s’évanouir d’horreur.  Malgré elle, elle désobéit à l’ordre, ouvrit les yeux. Ce fut pour voir une silhouette noire se tordre dans un rideau de flammes et disparaître lentement, tout en jetant d’une voix stridente les pires malédictions. Puis, tout s’éteignit et les ténèbres l’environnèrent de nouveau. Du feu qui courait sur les eaux mortes du lac il ne restait que de vagues flammèches.  Une main se posa sur son épaule, un murmure s’éleva près de son oreille.  Elle sentit des fourmillements dans le creux de sa main, puis dans le bras ; tout son corps semblait peu à peu retrouver ses fonctions vitales. Elle pouvait bouger de nouveau et lorsqu’elle essaya de parler, le son qu’émit sa gorge ressemblait d’abord à un grognement indistinct puis l’articulation se fit plus nette. « Mon Dieu ! » arriva-t-elle enfin à chuchoter et la main se retira de son épaule. « Il est vaincu, fit la voix de Louis. Définitivement. Il ne reviendra plus. « Mais… qui êtes-vous ? » balbutia Missia.  « Un ami, répondit la voix. Son dernier tour ne lui a pas réussi. Il a voulu prendre mon apparence et c’est ce qui l’a perdu car j’ai pu le localiser ainsi sans craindre de me tromper. » « Et… » commença Missia mais la main se posa sur sa bouche. « Les questions pour plus tard. Les explications aussi. Il faut à présent revenir chez toi. »

 

(A suivre)

 

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