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17 décembre 2008

La vengeance du Pied Fourchu : 39

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« A l’aide ! » chuchota une voix, plus faible qu’un murmure de ruisseau. « Voilà le quelqu’un que je dois sauver, n’est-ce pas ? » dit Louis en saisissant la main tendue. Les doigts s’agrippèrent à son poignet et le serrèrent avec une telle force qu’il en grimaça de douleur. Se penchant davantage, il aperçut un corps tassé au fond du trou ; ce dernier était si petit que le prisonnier ne pouvait pas bouger. Le libérer de sa geôle de pierre et de boue aurait été impossible pour un simple mortel. Mais l’esprit de Sigrid agissait en Louis ; assurant sa prise sur le bras du jeune homme, il le tira vers la lumière et le pouvoir occulte de la jeune femme se chargea du reste. Lentement, le corps de Martin se souleva, comme poussé par une force invisible, tandis que le roc soudain se fendait en deux, laissant au corps meurtri un passage suffisamment large pour qu’il pût remonter vers la surface.

 

Allongé sur le sol, Martin gémissait doucement. Il avait une plaie à la tête et le sang coagulé formait de larges traînées sur son front et ses joues. Sa jambe droite formait un angle curieux avec le reste du corps et il poussa un cri lorsque Louis voulut le remuer. « Elle doit être cassée, dit ce dernier. Et il n’est pas en mon pouvoir de réparer les fractures ou de guérir les plaies. » Il sortit un mouchoir de sa poche, essuya doucement le visage de Martin mais n’osa pas toucher la plaie. Il aurait fallu de l’eau afin de laver la blessure. Se redressant, Louis avisa quelques mètres plus loin un filet transparent qui courait entre les rochers. Ayant mouillé son mouchoir, il revint vers le jeune berger et entreprit de laver du mieux qu’il pouvait la blessure. Martin avait repris totalement connaissance et son regard suivait avec une certaine inquiétude les gestes de son sauveteur. « Ne craignez rien, dit Louis de sa voix la plus apaisante. Je ne suis pas votre ennemi, au contraire. Pouvez-vous me dire ce qui vous est arrivé, bien que je pense le savoir », acheva-t-il avec un rapide sourire. « Je… Je me suis trouvé face à moi-même », chuchota Martin en essayant de se redresser. Mais la douleur à la jambe le dissuada aussitôt de bouger. « Ensuite, je ne sais plus, je crois qu’on m’a frappé… » Martin ferma les yeux, incapable d’en dire davantage. « Votre double infernal, murmura Louis. Celui qui les a certainement piégés une nouvelle fois… » « De qui parlez-vous ? De Missia ? » Louis ne répondit pas mais se releva et examina avec attention les alentours. « Où est Missia ? » insista Martin en tentant une nouvelle fois de se relever –effort qui se termina par un cri de douleur. « Ne bougez pas, dit Louis. Votre jambe est en piteux état et c’est un miracle que je vous ai entendu gémir. Je ne peux pas vous laisser dans cette situation mais je ne peux pas non  plus vous emmener avec moi. Le mieux est que je vous transporte à la cabane d’Asphodèle. » « Où est Missia ? » interrogea de nouveau Martin qui n’avait pas écouté un traître mot de la réponse de Louis. « Je dois aller à son secours, dit gravement Louis. Elle est en danger. Alors écoutez-moi : vous allez vous tenir tranquille pendant cinq minutes, le temps que nous vous portions là où vous serez en sécurité. Je reviendrai vous chercher quand tout sera terminé. » « Nous ? Qui, nous ? » Martin tournait la tête de tous côtés. « Qui est avec vous ? » « Cessez de poser des questions », répliqua Louis. Il se pencha sur le corps du jeune homme, étendit les mains sur lui. Martin voulut s’agiter mais tout mouvement était impossible. « Aide-moi, pensa Louis en concentrant son esprit sur celui de Sigrid. Le transfert sera impossible tant qu’il bougera. » La voix de Sigrid s’éleva.  « Il est paralysé. Il ne s’apercevra de rien. »

 

Lorsque Martin put de nouveau ouvrir les yeux, il était assis devant la cabane d’Asphodèle, le dos appuyé à un énorme rocher. Près de lui, Louis, assis lui aussi, la tête baissée, marmonnait quelques mots dans une langue incompréhensible. La terreur envahit tout à coup le jeune berger. Il ouvrit la bouche pour crier mais une main invisible, douce et tendre, lui caressa le front puis le visage. Il se détendit et s’endormit sans même s’en apercevoir. Louis releva la tête et s’essuya les yeux. « La liaison est prête, dit-il à voix haute. J’ai choisi Marie. » « Tu as bien fait, approuva la voix immatérielle de Sigrid. Catherine est trop lente d’esprit et Philippe trop égoïste. Son esprit captera le mien sans problème. Dans peu de temps, elle sera là, avec du secours. » Louis se leva, contempla un instant le tas de pierres. « J’espère qu’il n’est pas trop tard pour les autres », murmura-t-il. Il espérait entendre en lui la voix réconfortante de sa compagne. Mais elle n’était plus là. Il ne lui restait plus qu’à descendre seul dans le royaume infernal.

 

Le passage dans le monde souterrain du Pied Fourchu avait été si rapide que ni Arnaud, ni Missia ne comprirent ce qui leur arrivait. Le décor de montagnes disparut tout à coup et fut remplacé par un environnement pour le moins effrayant. Devant eux s’étendaient les eaux mortes et noires d’un lac ; sur la surface, couraient et s’entremêlaient des flammes immenses, qui tournoyaient et semblaient se rapprocher dangereusement de la rive où ils se trouvaient. « Que s’est-il passé ? » demanda la jeune fille, stupéfaite. Elle n’avait pas encore réalisé à quel endroit on les avait projetés. « Tu as touché mon bâton, ma belle, dit Martin en lui envoyant un coup si rude sur l’épaule qu’elle s’effondra à terre. Tu n’aurais pas dû, et ton cher frère pas davantage. » Arnaud avait eu un geste pour défendre sa sœur mais il s’était à son tour retrouvé plaqué contre le sol. Debout devant eux, Martin ricanait. Puis, sous les yeux horrifiés des deux jeunes gens, il reprit sa forme originelle et cette fois, Missia n’eut plus besoin de demander où ils se trouvaient et qui les avait amenés à cet endroit. Ils n’étaient plus dans le rêve du Pied Fourchu, mais bel et bien dans son domaine et la situation ne pouvait guère être pire. Le gnome cornu, aux écailles repoussantes, trépignait de joie tout en tournant autour de ses victimes. Arnaud voulut se saisir du bâton mais ce dernier s’écarta de lui puis s’abattit sur sa tête, l’assommant pour de bon. « Arnaud ! » cria Missia, épouvantée. « Il se tiendra tranquille, ton petit frère, dit la créature infernale en continuant à sautiller. Et je te conseille de faire la même chose si tu ne veux pas que pareille aventure t’arrive. Du moins jusqu’à l’arrivée du Maître. Après… » Le rire qui sortit de sa bouche était si atroce et monstrueux que Missia se plaqua les mains sur les oreilles pour ne plus l’entendre. « Après, continua le gnome, ma toute belle, tu n’auras même plus envie de te révolter… »

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

 

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