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15 décembre 2008

La vengeance du Pied Fourchu : 38

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De plus en plus étonnés, Missia et Arnaud le dévisagèrent, ne trouvant sur le moment rien à répliquer à cette stupéfiante information. Louis et Sigrid ! Ceux que Missia, pendant la foire, avait passé son temps à espionner et dont elle avait, depuis leur aventure, totalement oublié l’existence ! « Tu les as vus ? demanda-t-elle enfin. Ici ? » « Mais oui, affirma Martin. Et je vous assure que ce ne sont pas des ennemis, au contraire. Ils possèdent des pouvoirs étranges, un peu comme ceux des sorciers. Mais ils n’en sont pas. » « Comment peux-tu en être aussi certain ? dit Arnaud, peu convaincu. Déjà, leur présence à cet endroit est incompréhensible ou plutôt, ouvre la porte à des hypothèses assez heu… déplaisantes. » « Et ces fameux pouvoirs dont tu parles, quels sont-ils ? renchérit Missia. Qui te dit qu’ils ne sont pas au service de l’autre et qu’ils ne font pas semblant de… » Martin se baissa et ramassa son bâton. « Très bien, coupa-t-il. Alors pourquoi m’auraient-ils fait cadeau de ce bâton qui n’est pas le mien et qui doit nous protéger des entreprises diaboliques de notre ennemi ? Tenez, prenez-le », continua-t-il en le tendant aux deux jeunes gens. Missia hocha négativement la tête et recula. « Pas question, dit-elle. Je n’ai absolument pas confiance en eux. Ce qui m’est arrivé m’a servi de leçon : plus question de toucher quoi que ce soit. » « Tu m’as pourtant touché, plaisanta Martin sans insister. Et cela ne t’a pas transformée en démon, que je sache. » Missia se mit à rire. « Mais toi, ce n’est pas pareil. Je te connais, je sais qui tu es. Et de plus, je t’aime. » « Mais tu me crois tout à fait capable de me faire avoir comme un enfant, répliqua Martin en adoptant le ton de badinage qu’avait pris sa fiancée. D’accord, je reconnais que je me suis fait piéger par quelqu’un qui n’était pas toi. Mais crois-moi, à moi aussi, cela m’a servi de leçon. D’ailleurs, Louis et Sigrid m’ont donné une preuve de leur bonne foi. » « Ah oui ? s’écria Missia. Et laquelle ? » Martin hésita. « Tu vas encore faire toute une histoire si je te le dis… » Elle s’approcha de nouveau de lui et posa la tête contre sa poitrine. « Bon, entendu, murmura-t-elle. Explique. » « Oh, c’est tout bête : ils m’ont appris à me servir du bâton comme protection. Déjà, le pouvoir de cet objet était phénoménal lorsque je l’ai manipulé seul, mais il parait que si nous l’utilisons tous ensemble, il devient foudroyant. » « Alors là, j’aimerais en être convaincu », murmura Arnaud en faisant quelques pas vers les deux jeunes gens. « Facile, dit Martin. Empoignons-le tous les trois, et vous verrez qu’ils ne m’ont pas trompé, que nous allons être vraiment invincibles. » « Le fait est que nous avons grand besoin de protection, dit Missia, pensive. Puisque mon double a cassé la statuette de la Vierge… Mais quand même… Louis et Sigrid… J’ai vraiment de la peine à croire qu’ils puissent être bienfaisants… Encore que… » Elle s’interrompit, fronça les sourcils, cherchant visiblement à se souvenir de quelque chose. Puis elle poussa une exclamation étouffée. « La voix ! La voix que j’ai entendue lorsque j’ai pris le collier… Celle qui m’a ordonné de le laisser où il était, qui m’a mise en garde… Je m’en rends compte, maintenant, on aurait dit la voix de Louis… C’était la même façon de prononcer les mots, le même ton… » « Tu vois bien, dit Martin avec un grand sourire. Ce sont sans doute nos anges gardiens. Ils ne peuvent pas nous faire de mal. » Missia abandonna l’épaule du jeune homme, recula de quelques pas. « Tu as raison, admit-elle enfin. Donne ce bâton. S’il peut nous permettre de n’être plus menacés par le diable, nous serions bien bêtes de ne pas l’utiliser. »

 

Devant la cabane d’Asphodèle, Louis contemplait pensivement le tas de pierres. Son incantation l’avait transporté à cet endroit, signe qu’il devait certainement y retrouver ceux dont il avait à présent la garde. Mais l’endroit était désert et il avait beau tourner la tête de tous côtés, nulle trace des jeunes gens. Se serait-il trompé ? L’incantation n’aurait-elle pas été efficace ? Baissant la tête, il se concentra sur la présence qui l’habitait depuis la disparition corporelle de Sigrid. La voix de la jeune femme résonna dans son esprit. « Tu es arrivé trop tard, disait-elle. C’est pour cela que les litanies t’ont amené ici. Il a réussi à les reprendre, grâce au double maléfique de Martin. » « Et que suis-je censé trouver ici ? » pensa-t-il. « Je l’ignore, chuchota la voix. Mais c’est sans doute lié à leur destin. Cherche. Peut-être te faut-il sauver d’abord quelqu’un d’autre avant d’aller à leur secours. »

 

Il poussa un soupir. La mission dont ils avaient été chargés ne lui avait certes jamais paru très facile ; mais elle devenait à présent quasiment impossible. Les aides se dérobaient l’une après l’autre et il savait qu’il était inutile d’invoquer l’Esprit Supérieur, ce dernier ne lui dirait rien de plus que ce qui avait été proféré dans la chapelle. Même Sigrid, pourtant revenue à l’état immatériel d’omniscience et d’omnipotence ne pouvait être plus précise.

 

Il rentra dans la cabane, en fit le tour, rapidement. Rien sur la cheminée, rien dans les recoins. Aucun indice. Il ressortit, examina à nouveau les alentours. Puis il se dirigea vers le chemin qui menait en haut de la montagne. A peine avait-il parcouru quelques mètres qu’il entendit un gémissement qui semblait venir de nulle part. Il s’arrêta, prêta l’oreille. Le souffle du vent qui tourbillonnait dans la montagne ressemblait par moment à une plainte humaine. Alors que Louis allait poursuivre son chemin, de nouveaux gémissements montèrent jusqu’à lui. On eût dit qu’ils venaient des entrailles de la terre. Il s’arrêta de nouveau. Il était au bord d’une sorte de gouffre creusé entre des rochers et qu’il allait falloir franchir. Le bruit venait de là, de ce trou. Il s’agenouilla et se pencha au-dessus du vide. Lentement, une main apparut et se dressa vers le ciel, comme un appel désespéré.

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

 

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