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12 décembre 2008

Fables de la Chine Antique VI

La place d'honneur

Un homme avait sa cheminée construite toute droite, et lorsqu'on préparait les repas, flammes et étincelles sortaient du fourneau. De plus, il avait placé ses fagots juste devant la cheminée.

Un vieux voisin lui fit cette remarque : "Vous avez là une cheminée qu'il faut reconstruire d'urgence. Donnez-lui un détour pour que les flammes ne reviennent pas ainsi, et puis pourquoi mettez-vous devant le foyer un tas de branchages qui ne manquera pas de s'enflammer à la première occasion ? Il faut le déplacer au plus vite."

Mais notre homme n'en eut cure.

Un jour, des étincelles tombèrent sur les branchages et provoquèrent un incendie qui faillit brûler la maison. Grâce au secours des voisins, accourus aussitôt, l'incendie fut vite maîtrisé.

Le propriétaire de la maison sinistrée offrit un grand dîner à tous ceux qui lui avaient prêté la main. Il tenait à mettre à la place d'honneur ceux qui, au cours de la lutte contre le feu, avaient été blessés, mais il ne pensa absolument pas à inviter le bonhomme qui l'avait mis en garde contre le mauvais tirage de la cheminée.

Au moment où l'on se mettait à table, un des convives, homme éclairé, se leva et dit :

"Si vous aviez prêté attention à ce que vous disait votre voisin -faire reconstruire la cheminée et déplacer le tas de branchages- il n'y aurait jamais eu d'incendie. Vous faites bien de récompenser d'un repas tous ceux qui vous ont secouru, mais à mon avis, il manque parmi nous celui qui vous a averti contre le danger. Pourquoi ne l'avez-vous pas invité ? C'est lui qui doit occuper la place d'honneur."

Fable de la Chine Antique, 1er siècle ap. JC.

La bécassine et la palourde

Sur la plage, une grosse palourde entr'ouvre sa coquille pour s'exposer aux rayons du soleil. Une bécassine vient à passer, allonge son bec, voulant goûter à la chair savoureuse du mollusque, lequel aussitôt se referme.

Le bec se trouve pris et l'oiseau, pour se dégager, s'épuise en efforts inutiles. De son côté, la palourde, pendue au bout du bec, ne peut s'en aller.

Et toutes deux restent là, immobilisées. Elles en viennent à susurrer leur dispute. L'échassier dit : "S'il ne pleut pas ni aujourd'hui, ni demain, il y aura pour sûr une palourde de morte." La palourde réplique : "Si je ne lâche pas ce bec ni aujourd'hui ni demain, il y aura à coup sûr une bécassine de morte."

C'est ainsi que se poursuit leur querelle sans que ni l'une ni l'autre ne consente à céder. Mais voilà que survient un pêcheur qui, sans plus de de peine, les ramasse et les emporte.

Fable de la Chine antique, Anecdotes des Royaumes combattants, 1er siècle av. JC.

Difficile à satisfaire

Un homme pauvre rencontra sur sa route un ancien ami. Ce dernier possédait une puissance surnaturelle qui lui permettait de faire des miracles. Comme l'homme pauvre se plaignait de sa vie difficile, son ami toucha du doigt une brique qui se transforma aussitôt en or. Il l'offit au pauvre qui trouva que c'était trop peu. L'ami toucha un lion de pierre qui se changea en un lion d'or massif. Il l'ajouta à la brique d'or. Le pauvre trouva encore le cadeau insuffisant.

"Que désires-tu donc de plus ?" demanda le faiseur de prodiges. "Je voudrais ton doigt !" répondit l'autre.

Fable de la Chine antique, Dynastie des Ming, 14ème - 17ème siècle ap. JC

Les filets à "maille unique"

L'expression courante dit : "Quand vous voyez des oiseaux approcher, préparez vos filets, car il suffit d'une maille pour prendre un oiseau".

Il se trouva un homme qui, séduit par ce bon mot, fit des filets dont chacun n'avait qu'une maille. Jamais il ne prit le moindre oiseau.

Fable de la Chine Antique, 2ème siècle ap. JC

 

L'arbitre des élégances

Zou Ji, du royaume de Qi avait une taille de plus de 80 pouces. C'était un fort bel homme.

Un jour, il s'habilla avec grand soin, se regarda dans le miroir et dit à sa femme : "Lequel est le plus beau, le seigneur Xu qui habite le quartier nord ou moi ?" Sa femme répondit : "Tu es bien plus beau que le seigneur Xu."

Cependant, le seigneur Xu passait généralement pour le plus bel homme du royaume. Que lui, Zou, fût encore plus beau, c'est ce qu'il avait peine à croire. Il s'adressa donc à sa concubine : "Qui te paraît le plus beau, le seigneur Xu ou moi ?" La concubine répondit : "Le seigneur Xu t'est bien inférieur."

Quelques instants après, un de ses protégés vint lui faire visite. Au cours de la conversation, Zou Ji renouvela une fois encore la question : "Qui est le plus beau, le seigneur Xu ou moi ?" Et l'homme de répondre : "Vous êtes bien plus beau que lui."

Le lendemain, le seigneur Xu vint en personne lui rendre visite. Il put donc examiner à loisir cet homme qui lui parut d'une beauté incontestablement supérieure à la sienne. Il prit de nouveau le miroir qui lui confirma cette vérité. Il était évident que le seigneur Xu était le plus beau des deux.

Le soir, quand Zou Ji se fut couché, il repensa à son aventure. Voici la conclusion qu'il en tira :

"Si ma femme a dit que j'étais plus beau que le seigneur Xu, c'est qu'elle était partiale ; si ma concubine a exagéré ma beauté, c'est qu'elle avait peur de moi ; si le visiteur a fait de même, c'est qu'il avait quelque faveur à me demander."

Fables de la Chine Antique, Anecdotes des Royaumes combattants, 3ème - 2ème siècle avant JC.

 

De la différence entre cinquante et cent pas

Le roi Hui des Liang aimait la guerre avec passion. Un jour, il dit à Mencius :

"Je m'occupe des affaires de l'Etat avec le plus grand soin. Au cas où la disette sévit à l'ouest du fleuve, je fais émigrer une partie des habitants dans la régioon est, d'où je prends des vivres pour les transférer dans la région de l'ouest ; et je fais de même lorsque c'est dans la région est que sévit la disette. J'ai observé les rois des Etats voisins, ils sont loin de se préoccuper autant que moi de leur peuple et pourtant la population ne diminue pas plus dans leur royaume qu'elle ne s'accroît dans le mien. Pourquoi cela ?"

Mencius répondit : "Vous aimez beaucoup la guerre. Je vais vous expliquer la chose à l'aide d'une comparaison tirée de cet art. Déjà, la bataille s'engage au roulement du tambour, les soldats se jettent les uns sur les autres, l'épée à la main. Mais voilà que bientôt les vaincus arrachent leur épaisse cotte de mailles pour s'enfuir avec plus de légèreté, portant leurs armes à bout de bras. Supposez un guerrier qui, ayant accompli une cinquantaine de pas, s'aviserait de rire d'un autre qui en a fait cent. "Poltron, lui-dit-il, tu as peur de mourir ?" Cet homme a-t-il le droit de parler ainsi ?"

Le roi répondit : "Nullement. Pour n'avoir parcouru qu'une cinquantaine de pas, il n'en est pas moins un fuyard."

Mencius reprit : "Si Votre Majesté en convient, comment se fait-il qu'elle espère voir la population de son royaume augmenter davantage que dans les autres ?"

Fable de la Chine antique, 4ème-3ème siècle av. JC.

 

Trop de chemins

Un jour, le voisin de Yangzi laissa s'échapper un de ses moutons.

Après avoir envoyé tous les siens à la poursuite de l'animal, il se précipta chez Yangzi en le priant de lui prêter ses valets pour se joindre aux recherches. "Eh quoi ! s'écria Yangzi, tant de monde pour retrouver un malheureux mouton !" Le voisin répondit : "Il y a trop de chemins qui se croisent, alors il faut beaucop de gens pour suivre la piste du mouton."

Quelques instants après, les valets rentrèrent l'un après l'autre. Yangzi demanda à sa voisin : "Avez-vous retrouvé le mouton ?" Le voisin secoua la tête d'un air découragé et dit : "Non, il est perdu." "Pourquoi n'avez-vous pas pu le rattraper ?" "Il y a trop de chemins qui se croisent, répondit le voisin, de sorte qu'on ne sait quelle route le mouton a prise et nous sommes tous rentrés."

Cette histoire affecta beaucoup Yangzi qui, de toute la journée, resta sombre et silencieux. Etonné, un de ses disciples lui dit : "La perte d'un mouton n'est pas une telle affaire, de plus, il n'était pas à vous. Alors pourquoi en être si affligé ?"

Mais Yangzi gardait toujours le silence. N'étant pas parvenu à recevoir de réponse, le disciple alla tout raconter à Xin Duzi. "Vous êtes son disciple, lui dit ce dernier, et pourtant  vous ne le comprenez pas. On n'a pas pu retrouver le mouton parce qu'il y a trop de chemins qui se croisent en tous sens. Eh bien de même, si nous autres, érudits, au lieu de concentrer notre attention sur un seul point, nous perdons notre temps à courir tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, nos efforts n'aboutiront à rien, tout comme ces gens qui n'ont pas pu retrouver le mouton."

Fables de la Chine Antique, 700 ou 500 ans avant JC.

Temps anormal

Par un soir d'hiver, un général dînait sous la tente. Un grand feu de braises et des chandelles allumées réchauffaient l'atmosphère.  Après avoir vidé maints gobelets de vin, l'officier sentit la chaleur lui monter à la tête. "Le temps n'est pas normal cette année, soupira-t-il. Il devrait faire froid à cette époque-ci et voilà qu'il fait chaud !"

Les soldats qui gelaient en montant la garde autour de la tente l'entendirent. L'un d'eux se présenta : "Mon Général, dit-il en s'agenouillant, il nous semble, à l'endroit où nous sommes, que la température est tout à fait de saison !"

Fables de la Chine Antique, 15ème siècle.

 

 

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