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27 novembre 2008

La vengeance du pied fourchu : 31

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« Tu nous as appelés ? dit enfin le premier visage d’une voix basse mais puissante. Que veux-tu de nous ? » Louis essuya son front couvert de sueur tandis que Sigrid essayait péniblement de se relever, tout en respirant par saccades. « Nous avons besoin de votre protection », dit Louis. Il désigna les deux corps allongés sur le lit. « Ces femmes sont en danger, l’ennemi veut s’en emparer et nous devons descendre là où vous savez. Veillez sur elles et repoussez toute intrusion. » « Tu connais nos pouvoirs, répliqua la voix. Tu peux compter sur nous. » Avec un ensemble parfait, les visages se déplacèrent vers le lit et formèrent un cercle autour de Catherine et Marie. « Laissez-nous à présent, reprit la voix. Ce que nous allons faire, même vous ne devez pas le voir. » Louis acquiesça de la tête et aida Sigrid à se diriger vers la porte. Elle chancelait et semblait avoir perdu toutes ses forces. « Descendez, dit la voix, et ne faites aucune incantation pour l’instant. Vous êtes trop faibles, vous ne résisteriez pas à la puissance de l’appel. Attendez d’avoir retrouvé tous vos pouvoirs. » Le conseil était bon, Sigrid s’en apercevait à ses dépens. Appuyée sur le bras de Louis, elle quitta la pièce tandis que le jeune homme refermait soigneusement la porte derrière eux. « Nous pouvons être tranquilles, chuchota-t-il en la guidant vers l’escalier. Jamais les Protecteurs n’ont failli à une mission. » « Ce n’est pas comme nous », dit Sigrid avec un petit rire. Tous deux s’engagèrent dans l’escalier. Parvenus au bas des marches, ils s’immobilisèrent : devant eux, se dressait Rosette ; elle tenait dans la main le collier d’émeraudes…

 

« Ecoutez-moi attentivement, dit Missia qui essayait de parler calmement malgré l’excitation qui s’était emparée d’elle. Il a insisté sur la notion de rêve, d’illusion, n’est-ce pas ? » « Oui, et alors ? Je te signale que sa phrase ne prête absolument pas à confusion », rétorqua Martin, très pragmatique. « Et moi je te dis que si, insista Missia. Arnaud, qu’as-tu senti exactement quand tu as laissé pendre ta main dans le vide ? » « C’est difficile à expliquer, répondit le jeune homme. Ce n’est qu’une impression. Il y avait quelque chose de bizarre. Le vide était comme… comme compact, comme concret, je ne sais pas si je me fais bien comprendre. » « Non », assena Philippe que ce « délire » indisposait. « Mais si, protesta Missia. Je comprends très bien. Et je sais pourquoi tu as eu cette impression. Parce que le vide n’est  pas réel. Il n’y a pas vraiment d’abîme. » « Qu’est-ce que tu racontes ? protesta Martin. Tu as failli plusieurs fois tomber dedans en venant nous rejoindre. » « Oui, c’est ce que je croyais, dit Missia. Parce qu’il voulait que je le croie. Mais si j’étais tombée, je ne serais pas allée bien loin. Ou du moins, je ne serais pas morte. » « J’aimais beaucoup ton imagination lorsque nous étions enfants et que tu me racontais tes histoires fabuleuses, dit Arnaud. Mais là, je l’apprécie moins. » « Mon imagination n’est pas en cause, affirma Missia avec chaleur. Je te le jure. Nous ne sommes pas là où nous croyons être. Voyons, Martin, souviens-toi d’un de tes rêves : tout est flou, dedans, n’est-ce pas ? Rien n’est palpable ? Et que se passe-t-il si, tout à coup, un élément se met à devenir concret ? » « Je me réveille, répondit le jeune homme. Et après ? » « Après ? Mais tu ne vois donc pas le rapport ? Arnaud nous dit que le vide ne l’est pas, que ce que nous ne pouvons logiquement pas toucher est palpable. Nous sommes dans un rêve, dans une illusion, et Arnaud, quelque part, est au bord de l’éveil. Il ne faut presque rien pour que tout redevienne réalité autour de lui. Oh, mais ne comprenez-vous donc rien ? s’écria-t-elle, à la fois vexée et désespérée du silence désapprobateur de ses compagnons. Ce n’est pas son domaine. C’est son rêve. Et tout n’est qu’illusion. Sautons dans le vide, et nous nous réveillerons quelque part. » « Elle est folle, grommela Philippe. J’ai toujours su qu’il y avait un grain dans cette famille. » « Non, elle n’est pas folle, dit lentement Arnaud. C’est exactement l’idée qui m’a traversé l’esprit quand j’ai touché le vide : je rêve. » « Tu vas être notre conducteur, Arnaud, dit Missia. C’est toi qui sens le mieux la frontière entre le rêve, l’illusion et la réalité. Moi, je ne peux que me le représenter mentalement. Mais le vecteur physique, c’est toi. » « Si j’ai bien suivi la démonstration, murmura Martin, la seule solution pour qu’il s’échappe est de se jeter dans le vide tout en sachant que ce n’est pas du vide, qu’il n’y a pas d’abysses. C’est bien ça ? » « C’est ça, fit Missia en poussant un soupir de soulagement. Et si nous formons une chaîne avec nos mains, nous échappons tous à son rêve. » « Délire total », fit la voix de Philippe tandis que Martin insistait et demandait à la jeune fille si elle était sérieuse. Mais ce fut Arnaud qui répondit à sa place. « Elle a raison, dit-il. J’ai déjà ressenti effectivement cette sensation lorsque je rêvais ; et à chaque fois, je me réveillais. Donnons-nous la main et laissons-nous tomber dans le vide. Vous verrez alors que la grotte, la plate-forme, l’abîme ne sont qu’une illusion créée pour nous épouvanter et nous torturer. »

 

Rosette souriait. Elle dévisageait le couple face à elle avec, dans les yeux, une lueur sardonique et moqueuse tandis qu’elle roulait entre ses doigts les émeraudes du collier. Puis, sans un mot, elle l’éleva à hauteur de son visage. Un éclair vert jaillit des pierres précieuses et vint frapper Sigrid au creux de l’estomac. La jeune femme chancela et poussa un cri de douleur tandis que Louis tendait la main vers Rosette et opposait à la lumière démoniaque celle du rubis qui à présent flamboyait. La lutte semblait parfaitement égale et les deux rayons se contrecarraient l’un l’autre sans qu’aucun ne pût prendre l’avantage sur l’autre. Il ne fallait apparemment pas compter sur l’aide de Sigrid, effondrée sur la dernière marche, en proie à de terribles hoquets. La lumière rouge tout à coup faiblit, parut moins incandescente. Rosette poussa un cri de triomphe tandis que Louis, en sueur, essayait de toutes ses forces de se concentrer sur le rubis. Soudain, un autre éclair rouge fulgura dans la pièce ; Sigrid s’était redressée et dans un dernier effort, unissait la force de son rubis à celui de son mari. La lumière verte s’affaissa puis disparut et Rosette s’effondra à terre, devenue en quelque secondes cendres grises. Et puis, presque au même moment, elle reprit forme et resta allongée, immobile, sur le dallage.

 

(A suivre)

 

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