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18 novembre 2008

la vengeance du pied fourchu : 28

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Elle avançait lentement, dans l’obscurité la plus totale. Le silence lui-même, qui n’était plus troublé par le grondement des flammes, devenait angoissant. La plate-forme s’agrandissait quelquefois, puis se rétrécissait bien vite, réduite à certains endroits à un mètre à peine. Il lui fallait toutes ses forces et sa volonté pour ne pas commettre un faux mouvement qui l’eût précipitée dans le gouffre sans fond. A intervalle régulier s’élevait la voix de Martin, désireux de la guider. Mais par un effet étrange, cette voix semblait s’éloigner au fur et à mesure qu’elle progressait vers elle. Bientôt, elle ne l’entendit plus que très faiblement ; c’était un murmure, à peine audible. Elle s’arrêta, épuisée ; des étoiles dansaient devant ses yeux tandis que montaient de l’abysse des ricanements moqueurs. « Arrête de t’obstiner, dit soudain Rosette, debout devant elle. Tu n’y arriveras pas. » Elle voulut la chasser d’un geste et faillit perdre l’équilibre. Alors qu’elle se laissait aller contre la paroi, une autre voix retentit ; ce n’était pas celle de Martin. C’était une femme. « Encore quelques mètres, disait-elle. Tu es bientôt sauvée, il suffit de quelques efforts supplémentaires. » « Tu parles ! ricana Arnaud et il pinça méchamment le bras de la jeune fille qui poussa un gémissement de douleur. Tu crois peut-être qu’en ayant rejoint ton amoureux, tu auras réglé ton problème ? » Et il lui tira les cheveux, si fort que cette fois, elle hurla. « Ce ne sont que des esprits envoyés pour te tourmenter, reprit la voix de la femme. Ne les écoute pas, ne les regarde pas. Ferme les yeux, avance… »

 

Elle reprit sa lente reptation. Quelques instants plus tard, elle sentit deux mains chaudes s’emparer des siennes tandis que la voix de Martin s’élevait, toute proche de son oreille. « Viens, viens, disait-il. Tu es presque arrivée. » Etait-ce lui ? Etait-ce un autre démon qui avait pris sa voix et son apparence ? Elle voulut se libérer mais la main la tenait fermement. Elle se sentit tirée en avant et tout à coup, la minuscule plate-forme se transforma en une assez large grotte. Des bras entourèrent ses épaules, elle se retrouva blottie contre une poitrine dont elle reconnue immédiatement la musculature et l’odeur. C’était lui, enfin.

 

A la nuit tombée, Arnaud et Missia décidèrent de se rendre à la villa Les Eglantiers. Ils n’avaient pas de plan bien précis pour s’y introduire mais comptaient sur les pouvoirs dont on les avait dotés pour franchir d’éventuels obstacles. Tous les volets étaient fermés et nulle lumière ne filtrait au-dessous ou par les fentes du bois. La porte, qu’Arnaud essaya doucement d’ouvrir, était fermée à clef et les verrous avaient été tirés. Ils firent en silence le tour de la maison, cherchant un endroit par où pénétrer à l’intérieur. Mais telle une forteresse imprenable, la villa se dressait devant eux, obstinément close. « Avec le collier, nous n’aurions eu aucun problème, maugréa Arnaud en obligeant Missia à se dissimuler derrière un buisson. Il va falloir trouver le moyen d’entrer. » « Mon pauvre Arnaud, tu es vraiment le roi des idiots, répliqua Missia avec sourire de pitié. Comme si nous n’avions pas suffisamment d’incantations à notre service pour franchir ces murs ! » « Mais nous ignorons ce qui se trouve derrière « ces murs » comme tu dis. Le collier nous aurait protégés. Imagine qu’ils nous attendent… » Missia émit un petit rire moqueur. « « Pourquoi nous attendraient-ils ? Ils sont certainement couchés, et endormis. Notre but n’est pas de les transformer, nous ne le pouvons pas puisque nous n’avons pas le collier, mais de savoir qui ils sont. Vois-tu un autre moyen d’obtenir l’information ? » « Non, admit Arnaud. Mais quand même… Le Maître aurait dû nous donner de quoi nous protéger. » « Tu lui présenteras tes revendications la prochaine fois que tu le verras, persifla Missia. En attendant, récite l’incantation. Je suis certaine que Louis et Sigrid ne sont pas ce qu’ils paraissent être et nous devons connaître leur identité. » Il y eut un moment de silence, puis Arnaud, qui s’était agenouillé dans l’herbe, se releva. « Non, dit-il. Je ne réciterai rien. Si ce sont eux nos ennemis, ils sont bien plus puissants que nous. Ce serait de la folie d’aller se jeter ainsi dans la gueule du loup. Attendons les prochains ordres. » Missia le regarda un instant puis recula de quelques pas. « Très bien, dit-elle. Je sais quelle sera la teneur de mon prochain rapport : tu n’es pas digne de la confiance que le Maître a placée en toi. Je le savais, d’ailleurs ; je lui ai dit qu’il ne fallait pas te confier cette tâche, que tu serais incapable de la mener à bien. Tu n’es bon qu’à faire un démon de troisième catégorie, et encore !...  Lâche-moi ! ordonna-t-elle tout à coup. Tu n’es même pas capable de m’étrangler correctement. » Il venait de la saisir à la gorge et sa main serrait son cou tandis que ses yeux jetaient des éclairs de rage. « Sale engeance ! marmonna-t-il en la libérant. Tu as de la chance que je n’aie pas assez de pouvoirs pour te tuer. » Elle passa sa main sur son cou endolori et le frotta doucement. « Je crois que les gamineries ont suffisamment duré, dit-elle. Prononce cette incantation, et vite ! Je n’ai pas l’intention de passer ma nuit ici. »

 

Elle reprenait peu à peu son souffle ; les baisers que le jeune berger déposait sur son visage lui redonnaient des forces. Elle ne le voyait toujours pas, mais elle savait qu’il n’était pas un mirage, encore moins un démon. « J’ai bien cru ne jamais arriver à te rejoindre », murmura-t-elle enfin. « Je ne comprends pas ce qui est arrivé, chuchota Martin. Arnaud m’a donné le collier et… Je me suis  retrouvé ici. » « Ce n’était pas Arnaud, expliqua-t-elle. Il doit d’ailleurs être quelque part, pas loin de nous. » « Je suis là, dit la voix de son frère. Avec Philippe. Au fond de la grotte. » « Allons les rejoindre », dit Martin.  Il aida la jeune fille à se relever et la guida dans les ténèbres, à la rencontre des deux jeunes gens.

 

Il n’y avait personne dans la maison. L’incantation avait été efficace, ils s’étaient retrouvés dans le salon, vide de ses occupants. Ils avaient fouillé le rez-de-chaussée et s’apprêtaient à monter à l’étage. « N’y allons pas », dit Arnaud que la crainte d’un piège n’avait pas quitté. « Tu as peur de tomber sur un spectacle que ta morale pourrait désapprouver ? » ricana Missia en gravissant l’escalier. Il la suivit, le cœur battant. Personne dans le couloir ; personne dans la chambre conjugale. « Tu vois bien que c’est un piège, dit Arnaud. Partons. » « Je veux savoir ce qu’ils cachent », répliqua Missia et elle poussa une porte qui se trouvait au fond du couloir.

 

D’abord, ils ne virent rien. Puis, leurs yeux s’habituant à l’obscurité, ils discernèrent deux corps allongés sur un grand lit. Ils s’approchèrent. « Et bien, ne t’avais-je pas dit que nous trouverions quelque chose d’intéressant ? dit Missia. C’est Catherine et la mère. Ils les ont endormies et séquestrées. » « J’avais donc raison », chuchota Arnaud. La surprise avait fait disparaître sa peur. « Ce sont bien eux qu’il faut combattre. » « On va les ramener à la maison, dit Missia. Prends-leur la main et récite la formule du Maître. Tout devrait redevenir normal. »

 

Le bruit de la porte se refermant les fit sursauter. Arnaud se retourna. Louis était debout, appuyé contre le chambranle tandis que Sigrid surgissait du recoin où elle s’était dissimulée. Aucune parole ne fut échangée.

 

Avec un ensemble parfait, Louis et Sigrid tendirent la main vers leurs visiteurs nocturnes. Le rayon qui surgit des rubis frappa Arnaud et Missia en pleine poitrine.

 

(A suivre)

 

 

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