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15 novembre 2008

La vengeance du pied fourchu : 27

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Tout ce qu’elle voyait de la plate-forme où on l’avait jetée, c’était un immense puits rougeoyant, d’où jaillissaient à intervalles irréguliers des vagues de flammes qui venaient lécher le rebord de pierre et l’obligeaient à se coller contre la paroi. Impossible de s’allonger, de prendre un peu de repos. Elle devait rester sans cesse vigilante si elle ne voulait pas être brûlée par ces assauts flamboyants. De temps un temps, un rire sardonique se faisait entendre. La fièvre qui s’était emparée d’elle provoquait des hallucinations : elle semblait se dédoubler et se voyait debout devant elle, flottant dans l’abîme, un sourire méchant aux lèvres tandis que des paroles incompréhensibles s’échappaient de sa propre bouche. Parfois, c’était Rosette qui apparaissait. Du moins au début parce qu’à présent, la jeune fille avait déserté ses cauchemars. Philippe avait pris sa place, et Martin, et Arnaud. Tous les trois, ils ricanaient, figés dans les airs ou bien tourbillonnaient autour d’elle, comme pour la rendre encore plus délirante qu’elle n’était.

 

L’homme en noir revenait quelquefois. Lui non plus n’avait pas besoin de la terre ferme pour se tenir debout. Et cela n’avait d’ailleurs rien d’étonnant, vu ce qu’il était. La plupart du temps, il ne disait rien. Les bras croisés, il se contentait de la regarder de ses yeux rouges et noirs, un sourire plus que sardonique aux lèvres. Une ou deux fois, il lui avait adressé la parole, et c’était pour lui faire part de ses victoires. « Encore une, encore un qui vient de tomber dans mon escarcelle, disait-il sans remuer les lèvres et sa voix ne venait pas de sa bouche mais elle résonnait en elle, comme une sorte de funeste écho. Bientôt, ta famille entière sera sous ma coupe. »

 

Et puis, très récemment, il lui était de nouveau apparut. Mais cette fois, il ne souriait plus. Il était très en colère et les ondes de sa rage se brisaient sur le corps meurtri de la jeune fille, lui arrachant des gémissements de douleur et d’épouvante. « Tes amis sont passés à l’action, avait-il dit. Ils m’ont volé une partie de mon trésor. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Ils ne peuvent pas avoir accès à mon royaume et je peux faire ce que je veux de toi et de tes compagnons d’infortune. » Puis il avait disparu sans un mot de plus. Quelque chose, cependant, semblait avoir changé.

 

La fièvre l’avait quittée. Elle avait retrouvé une certaine lucidité et si elle se sentait très faible, elle était capable de se mouvoir lentement sur la plate-forme. C’était comme si quelqu’un, très loin d’elle, lui avait insufflé ce qui lui manquait de courage et d’énergie. Elle fit quelques mètres à genoux, se gardant bien de s’écarter de la paroi. Un nouveau jet de flammes lui permit de voir que sa prison ne se limitait pas à quelques mètres. La plate-forme courait le long du rocher, et en rampant sur le ventre, elle devait pouvoir avancer jusqu’au tournant, là-bas, plongé dans l’ombre. Avec un peu de chance, peut-être arriverait-elle à s’écarter de l’abîme de feu si elle suivait ce chemin.

 

Elle eut l’impression que de longues heures s’étaient écoulées avant qu’elle ne parvienne à son but. Elle ne s’était pas trompée. Le coude de la plate-forme l’éloignait du puits infernal. Il n’y avait plus à sa droite qu’un abysse d’obscurité, plus angoissant malgré tout que le jaillissement des flammes. Alors qu’elle se reposait, le dos contre la paroi, elle entendit non loin d’elle un gémissement. Puis une voix s’éleva, une voix qu’elle reconnut tout de suite. « Martin ! » s’écria-t-elle et la joie faillit provoquer un mouvement fatal. Elle s’accrocha de tous ses doigts à la roche, reprit à la force des poignets son équilibre. La peur et la chaleur provoquaient d’abondantes suées et des mèches de cheveux se collaient sur son front ruisselant. Elle les écarta doucement. « Martin ! appela-t-elle de nouveau. Martin est-ce toi ? » « Missia ! répondit le jeune homme d’une voix que la joie faisait trembler. Missia, où es-tu ? » La jeune fille dut attendre que son cœur battît moins fort pour répondre. « Sur une plate-forme, au bord d’un gouffre. Et toi ? » « Moi aussi, dit Martin. Ce doit être la même, ta voix ne vient ni d’en haut, ni d’en bas. » « Il y a un gouffre de feu, devant toi ? » interrogea Missia. « Non, c’est le noir le plus total. » « Alors, je sais où tu es, dit Missia. Ne bouge pas, je vais essayer de te rejoindre. » « Prends garde, oh, prends garde ! » supplia le jeune homme mais Missia avait repris sa lente reptation en direction de la voix du jeune berger.

 

 

Arnaud, qui s’était absenté quelques heures, trouva en revenant Missia assise dans la cuisine, l’air soucieux. « Catherine et la mère ont disparu », dit-elle aussitôt en voyant apparaître son frère. « Qu’est-ce que tu racontes ? dit Arnaud. La mère était là ce matin, quand je suis parti. » « Oui, et Catherine était censée lui rendre visite avec le collier. Mais je les attends depuis des heures et elles ne sont pas au village. Je suis même allée à la cabane d’Asphodèle. Rien.» « En as-tu averti le Maître ? » demanda Arnaud. « Evidemment, rétorqua Missia en haussant les épaules. Il était fou furieux. J’aurais aimé que tu sois là pour le calmer. Moi, il ne me supporte pas. Je suppose que c’est à cause du rôle que je joue… » « Et tu n’as rien remarqué d’anormal en venant ici ? » demanda Arnaud. Missia réfléchit quelques instants. « Non, dit-elle enfin. Oh, si ! J’ai croisé Sigrid qui sortait de la maison. Elle m’a dit qu’il n’y avait personne. Elle nous a même invités à dîner demain soir. Je compte bien m’y rendre, avec ou sans les deux autres. Ce sera amusant de les transformer eux aussi. » « Mais as-tu le collier ? » La question ne s’était visiblement pas présentée à l’esprit de Missia car elle parut soudain interloquée tandis qu’une vive rougeur envahissait ses joues. « Non. C’est Catherine qui l’a. » « Et elle a disparu, continua Arnaud. Et le collier avec elle. Et sans le collier, nous ne pouvons rien faire. » Il se mit à marcher de long en large dans la pièce. « Je crains une intervention de l’ennemi, murmura-t-il en s’arrêtant enfin en face de sa sœur. Il fallait bien se douter qu’il n’allait pas continuer à nous laisser agir sans rien faire. » « Tu crois que… Que Catherine et le collier… » « Sont entre ses mains ? Ce n’est pas impossible. Es-tu certaine que Sigrid ne t’a rien dit de spécial ? » « Non, assura Missia. Sauf qu’elle a éludé la question quand je lui ai demandé ce qu’elle venait faire chez nous. » Les deux jeunes gens échangèrent un regard. « Et si c’était elle et son mari, nos ennemis ? » dit lentement Arnaud.

 

(A suivre)

 

 

 

 

 

Commentaires

Ça se complique, ça se complique ! Mais où diable va -t- il chercher tout ça ?

Écrit par : File la laine | 16 novembre 2008

Et tu n'as encore rien vu...

Écrit par : Porky | 16 novembre 2008

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